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Livres - Page 41

  • [Livre] La sœur du roi

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    Résumé : Elle est princesse de sang. Recluse à la Cour de Versailles, vouée à rester seule et à se consacrer aux œuvres charitables.
    Lui est roturier. Brillant botaniste du jardin du Roy, il est adepte des Lumières.
    Tout oppose Madame Elisabeth, la jeune sœur de Louis XVI, et François Dassy. Pourtant, lorsqu’ils se rencontrent par hasard dans la forêt de Fontainebleau, une irrésistible attirance les pousse l’un vers l’autre. Mais la révolution gronde et menace cet amour clandestin… Elisabeth saura-t-elle suivre les idées nouvelles qui bouleversent la France ? Et mettre en danger la royauté ? Dassy est-il un honnête homme ou un imposteur ?


    Auteur : Alexandra de Broca

     

    Edition : Albin Michel

     

    Genre : Historique

     

    Date de parution : 01 juin 2017

     

    Prix moyen : 22€

     

    Mon avis : Alexandra de Broca a le chic pour prendre un pan de l’histoire méconnu et broder autour des connaissances que l’on possède pour nous offrir une histoire plausible.
    Ici son roman se fonde sur l’amitié profonde qui semble avoir uni Madame Elisabeth, petite sœur de Louis XVI, et François Dassy (ou Dacy), son médecin personnel.
    Dans la mesure où, à l’époque, la moindre amitié entre un membre de la famille royale et une personne de rang inférieur, donnait lieu à des rumeurs de liaisons plus vite qu’il n’en faut pour dire « rumeur », les relations entre Madame Elisabeth et son médecin a probablement du donner lieu à des rumeurs. Pour autant, les amourettes d’une petite princesse avec un roturier, dans la mesure où les tourments de la Révolution n’ont pas tardé à prendre le dessus sur tout le reste, n’ont pas donné lieu à de nombreux écrits, pour ne pas dire aucun.
    De Dassy, on ne sait pas grand-chose : Il fut le médecin de Madame Elisabeth, un botaniste. On sait aussi qu’après avoir vu passer la princesse dans la charrette et avoir fait un malaise dans la rue, il dit à son épouse : « J’ai reçu le coup de la mort. Je viens de voir un Ange conduit à l’échafaud ».
    A partir des quelques écrits historiques attestant de l’affection de la princesse, Alexandra de Broca nous dépeint une histoire platonique, touchante et tragique.
    Bien loin des « histoires d’amour » « dangereuses » et « passionnées » dont on nous abreuve à longueur de temps et où la plus dure des épreuves pour le couple est de devoir attendre une journée entière avant de se sauter dessus, on voit ici l’émergence d’un amour non seulement impossible mais interdit. Elisabeth et Dassy vivent dans un monde où le simple fait de se promener seul en forêt, où le fait de s’effleurer de leurs mains dégantées pourraient leur valoir des sanctions autrement plus grave que tout ce que l’on peut voir dans les romances moderne.
    D’ailleurs Alexandra de Broca le fait répéter à ses personnages, comme dans une volonté de conjurer le sort qui pourrait leur pendre au nez : « Le couvent pour Elisabeth, l’exil pour le docteur Lemonnier (complice des deux jeunes gens), les galères pour Dassy »
    Toute la vie d’Elisabeth a été sacrifiée par son frère Louis XVI qui trouvait en elle un interlocuteur avisé. Il ne voulait pas qu’elle soit détournée de lui par un mari et des enfants et il a fait peu de cas du bonheur de sa sœur.
    Les chapitres alternent entre Elisabeth et Dassy.
    Tout ce qui concerne la princesse repose sur des éléments historiques, en revanche l’auteur prévient qu’elle a imaginé la vie de Dassy puisqu’on ne connaît de lui que son existence, sa fonction et une relation avec la princesse dont la nature exacte reste inconnue. Alexandra de Broca a donc imaginé ce qu’aurait pu être cette relation en s’appuyant sur ce que l’on sait de la vie et du caractère d’Elisabeth.
    La religion tient une grande place dans la vie de la princesse et l’auteur en a fait l’un des obstacles majeurs entre Elisabeth et Dassy, presque plus important, du moins pour la princesse, que leur différence de classe.
    Alexandra de Broca a le don pour donner vie à l’Histoire. Ces romans, qui mélangent faits historiques et extrapolation plausibles, donnent toujours envie d’en savoir plus sur les personnages historiques qu’elle met en avant.

     

    Un extrait : Elisabeth voit le jour un matin de 1764 dans la demeure de ses parents. Lorsqu’on est née Bourbon, le château se nomme Versailles, le propriétaire en est Louis XV, et il faut partager son quotidien avec les trois mille occupants du haut lieu de la monarchie française.
    L’enfant n’a quasiment pas connu ses parents. Son père, le seul fil de Louis XV, décède de phtisie quelques mois après sa naissance. Sa mère, une princesse de Saxe, s’est passionnément consacrée à son époux, chose rare à la Cour, puis a succombé elle aussi à la même maladie, laissant deux filles et trois garçons survivants. De cette tragédie, Elisabeth ne se souvient de rien, si ce n’est d’avoir été embrassée par une ombre dans une chambre obscure, avant que sa gouvernante ne lui demande de prier pour que Son Altesse rejoigne au plus vite Monseigneur son père au ciel. Quelques heures plus tard, la même dame serre contre ses jupes la petite fille avant de lui expliquer qu’elle doit se réjouir.
    - Son Altesse Madame le Dauphine est désormais au royaume des Cieux parmi les anges.
    Le savoir transformée en bienheureuse ne change rien à la vie de la fillette de trois ans. Ce baiser furtif dans une atmosphère de tristesse sera son premier souvenir, à moins que sa sœur Clotilde, de six ans son aînée, n’ait voulu l’en persuader en le lui racontant.
    Elisabeth grandit choyée par sa sœur, sa gouvernante, et les membres de sa maison. Elle habite au premier étage de l’aile du Midi. De sa fenêtre, lorsqu’elles ne sont pas givrées par le froid ou assombries par la fumée de la cheminée elle aperçoit l’Orangerie. Elle est fascinée par les agrumes au feuillage persistant. L’hiver, elle observe les arbres protégés de paille et réchauffés de brasiers. Que de soins pour offrir aux descendants de Louis XIV ces fruits exotiques ! Comme lui, elle les adore et bat des mains lorsque sa gouvernante lui présente l’orange recouverte de filets de sucre…
    Dans cet immense palais, chacun s’extasie sur l’adorable princesse aux joues rebondies et aux cheveux bouclés. Son entourage fait son possible pour qu’elle grandisse avec le sourire, et tout particulièrement la princesse Clotilde, la gouvernante des Enfants de France, Madame de Marsan, et sa subordonnée Madame de Mackau. Cette dernière, nommée sous-gouvernante, aime profondément cette enfant joyeuse et cabotine. Pourtant, Elisabeth est autoritaire et colérique. Elle se déclare trop petite pour apprendre, et réclame qu’on la laisse jouer.

     

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  • [Livre] Paroles d'honneur

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    Résumé : Rabat, été 2015. Suite à la parution de son livre "Dans le jardin de l'ogre", un roman cru et audacieux qui aborde la thématique de l'addiction sexuelle, Leila Slimani part à la rencontre de ses lectrices marocaines. Face à cette écrivaine franco-maghrébine décomplexée qui aborde la sexualité sans tabou, la parole se libère. Au fil des pages, l'auteur recueille des témoignages intimes déchirants qui révèlent le malaise d'une société hypocrite dans laquelle la femme ne peut être que vierge ou épouse, et où tout ce qui est hors mariage est nié : prostitution, concubinage, homosexualité.
    Le code pénal punit toute transgression : un mois à un an de prison pour les relations hétérosexuelles hors mariage, six mois à trois ans de prison pour les relations homosexuelles, un à deux ans de prison pour les adultères. Soumises au mensonge institutionnalisé, ces femmes nous racontent les tragédies intimes qui égrènent leurs vies et celles des femmes qui les entourent : IVG clandestines, viols, lynchages, suicides.
    Toutes sont tiraillées entre le désir de se libérer de cette tyrannie et la crainte que cette libération n'entraîne l'effondrement des structures traditionnelles. A travers cette BD, il s'agit de faire entendre la réalité complexe d'un pays où l'islam est religion d'Etat. Et où le droit des femmes passera, avant tout, par la défense de leurs droits sexuels.


    Auteur : Leila Slimani

     

    Edition : Les Arènes

     

    Genre : Bande-dessinée

     

    Date de parution : 06 Septembre 2017

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : Ce qui m’a le plus frappée dans cette BD c’est l’hypocrisie. Il y a un article du code pénal qui puni de plusieurs mois d’emprisonnement et d’amende les relations sexuelles hors mariage. Bon, en dehors du fait qu’en tant qu’occidentale je ne peux que m’insurger contre une telle loi, il faut aussi voir son application dans le pays même qui l’a adoptée.
    A aucun moment dans cette loi, il n’est dit : Est punie de…. LA FEMME qui… non, c’est tout le monde, quel que soit son sexe. Pourtant, la femme semble être la seule touchée. Car une femme doit être vierge ou mariée. En revanche l’homme lui, pas de soucis, il peut s’envoyer en l’air à tous les coins de rue.
    Quand une femme seule veut prendre un appartement, non seulement on lui réclame l’autorisation écrite de son père mais en plus même cela ne suffit pas toujours car, dans l’esprit des propriétaires : femme seule = prostituée…Ben oui, forcément, c’est bien connu, perdez-nous des yeux trente secondes et on peut pas s’empêcher d’ouvrir des maisons closes !
    En revanche un homme célibataire est accueilli à bras ouvert par le même propriétaire !
    Un des personnages masculin va même s’énerver lorsque sa meilleure amie lui fait remarquer l’incohérence qu’il y a à collectionner les aventures mais à ne vouloir se marier avec une fille vierge seulement. Il lui sort cette phrase à graver dans les anales de l’hypocrisie masculine : C’est mon droit quand même, j’ai le droit de vouloir à la fois baiser et me marier avec une vierge.
    Et que dire du médecin qui, confronté à la grossesse extra-utérine d’une patiente célibataire (situation potentiellement mortelle), est plus concerné par la dénonciation de cette femme que par les soins à lui apporter ?
    Quand on pense que le Maroc est dans les premier au rang des pays plus gros consommateur de films pornographiques, il y a de quoi s’arracher les cheveux.
    Cette bande-dessinée me conforte dans l’idée que le problème ne vient pas de la religion mais des hommes qui la détournent afin d’assouvir leur soif de pouvoir et de contrôle sur les femmes.
    En quoi les femmes les effraient-elles tant pour vouloir à tout prix les enfermer dans un carcan de règles plus rétrogrades les unes que les autres ? Si c’est le pouvoir de donner la vie, franchement, les gars, on vous refile les règles douloureuses, les nausées matinales et l’accouchement de bon cœur !
    Cette bande dessinée est l’adaptation d’un essai de Leila Slimani : Sexe et mensonges, édité lui aussi aux éditions Les Arènes. Si la bande-dessinée permet de vulgariser le sujet et de le rendre accessible à tous, sans doute l’essai est-il plus étoffé et peut intéresser ceux qui veulent se documenter davantage sur le sujet.

     

    Un extrait :

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  • [Livre] Captive

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    Résumé : 1859 : Grace Marks, condamnée à perpétuité, s'étiole dans un pénitencier canadien. A l'âge de seize ans, Grace a été accusée de deux horribles meurtres. Personne n'a jamais su si elle était coupable, innocente ou folle. Lors de son procès, après avoir donné trois versions des faits, Grace s'est murée dans le silence : amnésie ou dissimulation ? Le docteur Simon Jordan veut découvrir la vérité. Gagnant sa confiance, Jordan découvre peu à peu la personnalité de Grace, qui ne semble ni démente ni criminelle. Mais pourquoi lui cache-t-elle les troublants rêves qui hantent ses nuits ? Inspiré d'un sanglant fait divers qui a bouleversé le Canada du XIXe siècle, Margaret Atwood nous offre un roman baroque où le mensonge et la vérité se jouent sans fin du lecteur.


    Auteur : Margaret Atwood

     

    Edition : Robert Laffon

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 05 juin 2003

     

    Prix moyen : 9€

     

    Mon avis : J’ai beaucoup aimé ce roman inspiré d’un fait divers canadien. Même si l’auteur a romancé l’histoire, on peut voir qu’elle s’est documentée et qu’elle est restée aussi proche que possible de la réalité, du moins pour ce que l’on en sait.
    J’ai apprécié qu’elle ne cherche pas à nous donner une fin tranchée et que, si elle nous offre plusieurs explications possibles au cas Grace Marks (manipulatrice, innocente, amnésique ou victime de dédoublement de la personnalité), elle reste dans l’incertitude puisque la vérité à ce sujet n’a jamais été découverte et qu’aujourd’hui encore on se demande qu’elle a été la réelle implication de Grace dans les meurtres de son patron et de la femme de charge.
    Le récit alterne entre l’histoire à la troisième personne suivant le docteur Simon Jordan, le récit à la première personne de Grace et les lettres échangées, des coupures de journaux, des citations, qui éclairent sur l’opinion publique. D’ailleurs l’auteur effectue un changement de style entre les différentes parties. Grace a un langage oral, familier, elle dit les choses comme elles lui viennent, tandis que les parties concernant le docteur Jordan sont plus structurées, avec un ton plus soutenu.
    Les dialogues ne sont pas marqués par des tirets ou des guillemets dans le récit de Grace. C’est un peu déroutant, au début, car si on ne fait pas attention, on peut vite perdre le fil et ne plus savoir qui dit quoi, mais on fini par s’y habituer, d’autant plus que c’est assez logique puisque le texte est censé être la transcription du récit de la jeune femme.
    Le roman est long, tout est raconté de manière extrêmement détaillé, et le rythme est assez lent. Il n’y a pas vraiment d’action qui nous pousse à aller plus vite, pas de suspense concernant l’histoire puisqu’on sait qu’elle se fini par le meurtre et l’emprisonnement de Grace.
    C’est un roman passionnant mais qu’on peut avoir besoin de poser de temps en temps.
    Du côté des personnages, j’ai trouvé qu’en dehors de Grace, ils étaient, dans l’ensemble, assez antipathiques.
    Ils se montrent très souvent condescendants et considèrent Grace comme une distraction, même ceux qui cherchent à prouver son innocence.
    Quant au docteur Simon Jordan, je ne suis pas certaine de l’apprécier. Certes il essaie d’aider Grace, mais il veut avant tout se faire un nom et le cas de la jeune femme pourrait le propulser sur le devant de la scène. Son comportement en dehors des séances montre qu’il se croit facilement supérieur à ses semblables et j’ai eu du mal à le supporter.
    Grace, elle, est d’une complexité troublante. Elle est pétrie de contradictions et son récit laisse perplexe à plusieurs reprises. J’avoue que je m’interroge à propos d’un éventuel dédoublement de personnalité car elle a vécut un choc qui aurait pu le provoquer. Mais j’ai été incapable de découvrir si Grace simulait ou non les passages à ce propos.
    Je sais qu’une série a été faite sur ce livre, « Alias Grace », et j’ai hâte de voir ce qu’elle donne, maintenant que j’ai lu le livre !

     

    Un extrait : Je suis assise sur le canapé en velours cramoisi du petit salon du gouverneur, du petit salon de l’épouse du gouverneur ; ça a toujours été le petit salon de l’épouse du gouverneur, même si ce n’est pas toujours la même épouse, puisqu’on les déplace en fonction de la politique. J’ai les mains jointes sur les genoux, très comme il faut, bien que je n’aie pas de gants. Les gants que j’aimerais avoir seraient soyeux et blancs, et ils ne feraient pas du tout de plis.

    Je suis souvent dans ce salon en train de débarrasser les affaires du thé et de faire la poussière des petites tables, du grand miroir au cadre orné de raisins et de feuilles et du piano ; et de la grande horloge venue d’Europe avec le soleil orange doré et la lune argent qui apparaissent et disparaissent selon l’heure de la journée et la semaine du mois. Moi, dans le petit salon, c’est l’horloge que je préfère bien qu’elle égrène le temps et que j’en aie déjà à revendre.

    Mais, avant, je ne m’étais jamais assise sur le canapé, vu que c’est pour les invités. Mme Alderman Parkinson avait dit qu’une dame ne devait jamais s’asseoir sur un siège qu’un gentilhomme venait de libérer, bien qu’elle n’eût pas voulu donner de raison ; mais Mary Whitney s’était écriée, Parce que, espèce d’andouille, il conserve encore la chaleur de son derrière ; ce qui était une grossièreté. C’est pour ça que je ne peux pas m’asseoir là sans penser à tous ces derrières distingués qui se sont assis sur ce canapé, tous délicats et blancs, comme des œufs mollets.

    Les visiteuses portent des robes d’après-midi avec des rangées de boutons sur le devant et des crinolines en fils métalliques bien raides par-dessous. C’est franchement un miracle qu’elles puissent s’asseoir, et, quand elles marchent, il n’y a rien qui touche leurs jambes sous leurs jupes bouffantes, excepté leurs chemises et leurs bas. Elles ressemblent à des cygnes, à avancer en glissant sur des pieds invisibles ; ou sinon aux méduses du petit port rocailleux à côté de notre maison, quand j’étais petite, avant même que j’aie entrepris cette longue et triste traversée de l’océan. Elles avaient une forme de cloche et ondoyaient gracieusement sous la mer ; mais quand elles étaient rejetées sur le rivage et qu’elles séchaient au soleil, il ne restait plus rien d’elles. Et c’est ce à quoi ressemblent les dames : à de l’eau, principalement.

    Les crinolines en métal n’existaient pas quand on m’a amenée ici pour la première fois. C’était du crin de cheval, à l’époque, vu qu’on n’avait pas inventé les armatures en métal. Je regarde celles qui sont accrochées dans les penderies quand je vais faire le ménage et vider les seaux de toilette. On dirait des cages à oiseaux ; mais qu’est-ce qu’elles enferment, ces cages ? Des jambes, les jambes des dames ; des jambes parquées dedans pour ne pas qu’elles s’échappent et aillent se frotter contre les pantalons des messieurs. L’épouse du gouverneur ne prononce jamais le mot jambe et, pourtant, les journaux ont dit jambes quand ils ont parlé de Nancy dont les jambes mortes dépassaient de dessous le cuvier.

     

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  • [Livre] La tresse

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    Résumé : Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.
    Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
    Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
    Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
    Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.


    Auteur : Laetitia Colombani

     

    Edition : Grasset

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 10 Mai 2017

     

    Prix moyen : 18€

     

    Mon avis : 3 femmes, 3 destins. A première vue, Giulia, Sarah et Smitta n’ont rien en commun. Giulia est fille d’artisan en Italie au sein d’une famille ancrée dans ses traditions, Sarah est une working-girl au Canada et ne vit que pour son travail, n’accordant que peu de temps à ses enfants, et Smita est une intouchable en inde et veut absolument sauver sa fille de la vie de misère et d’humiliations qu’elle-même a toujours connu. Pourtant, ces trois femmes, si différentes les unes des autres, aux destins si distincts, ont en commun une soif d’indépendance de liberté et de dignité qui les met un peu en porte-à-faux avec leur entourage.
    Mais même là, il y a de grandes différences. Si Smita se fait surprendre à tenter de changer de vie, elle pourrait être tuée, tant le statut des intouchables, statut pourtant interdit, est misérable. Les « notables » du villages ne voudront pas prendre le risque de perdre de la main d’œuvre gratuite faisant le sale boulot et encore plus, refuseront de prendre le risque qu’un intouchable puisse dénoncer leurs actes (comme le viol appliqué comme sanction par des tribunaux tribaux totalement illégaux).
    Giulia risque de perdre sa famille dans sa quête pour laisser de côtés des traditions qui les empêchent d’avancer et de sortir la tête de l’eau.
    Enfin Sarah elle, risque de perdre son boulot en se consacrant à la lutte contre sa maladie, mais là elle a des recours. Sarah risque quand même beaucoup moins que Giulia qui elle-même a beaucoup moins à perdre que Smita.
    En plus de cette soif de liberté, un point particulier va être un trait d’union entre ces trois femmes, une tresse, pour reprendre le titre du livre, mais on ne le découvre qu’à la fin du livre puisqu’il va servir de conclusion à chacune des histoires. J’avoue que je ne m’attendais pas à cette fin, et pourtant, franchement, c’est d’une logique ! Mais j’étais tellement prise dans l’histoire que je n’ai pas fait le rapprochement entre les différents éléments !
    Bien entendu ces histoires n’ont pas de fins tranchées. On ne sait pas si sur la durée l’idée de Giulia est viable, on ne sait pas si Smita et sa fille vont vraiment avoir une nouvelle vie, on ne sait pas si Sarah va vaincre la maladie, mais on les quitte pleines d’espoirs, de projets et de rêves qui ont plus de chances de se réaliser qu’au début du roman.
    Je n’ai pas eu de coup de cœur, mais ce n’était pas très loin, j’ai vraiment beaucoup aimé ce roman. Il se lit très vite. D’une part, il ne fait que 222 pages et les chapitres, tous assez courts, s’enchaînent assez vite, chacun nous donnant envie de sauter 3 chapitres plus loin pour avoir la suite de l’histoire de celle qu’on vient de suivre. Et du coup, une chose en entraînant une autre, on ne le lâche pas du début à la fin.

     

    Un extrait : L’alarme sonne et le compte à rebours commence. Sarah est en lutte contre le temps, de l’instant où elle se lève à celui où elle se couche. A la seconde où elle ouvre les yeux, son cerveau s’allume comme le processeur d’un ordinateur.

    Chaque matin, elle se réveille à cinq heures. Pas le temps de dormir plus, chaque seconde est comptée. Sa journée est chronométrée, millimétrée comme ces feuilles de papier qu’elle achète à la rentrée pour les cours de maths des enfants. Il est loin le temps de l’insouciance, celui d’avant le cabinet, la maternité, les responsabilités. Il suffisait alors d’un coup de fil pour changer le cours d’une journée : et si ce soir on faisait… ? et si on partait… ? et si on allait… ? Aujourd’hui tout est planifié, organisé, anticipé. Plus d’improvisation, le rôle est appris, joué, répété chaque jour, chaque semaine, chaque mois, toute l’année. Mère de famille, cadre supérieur, working-girl, it-girl, wonder-woman, autant d’étiquettes que les magazines féminins collent sur le dos des femmes qui lui ressemble comme autant de sacs pesant sur leurs épaules.

    Sarah se lève, se douche, s’habille. Ses gestes sont précis, efficaces, orchestrés comme une symphonie militaire. Elle descend à la cuisine, dresse la table du petit déjeuner, toujours dans le même ordre : lait/bol/jus d’orange/chocolat/pancake pour Hannah et Simon/ céréales pour Ethan/ double café pour elle. Elle va ensuite réveiller les enfants, Hannah d’abord, puis les jumeaux. Leurs vêtements ont été préparés la veille par Ron, ils n’ont qu’à se débarbouiller et les enfiler pendant qu’Hannah remplit les lunchboxes, c’est une affaire qui roule, aussi vite que la berline de Sarah dans les rues de la ville, pour les déposer à l’école, Simon et Ethan en primaire, Hannah au collège.
    Après les bises, les tu n’as rien oublié les couvre toi mieux, les bon courage pour ton examen de maths, les arrêtez de chahuter derrière, les non, tu vas à la gym, et enfin le traditionnel le weekend prochain vous êtes chez vos pères, Sarah prend la direction du cabinet.

    A huit heures vingt précisément, elle gare sa voiture dans le parking, devant le panneau portant son nom : « Sarah Cohen, Johnson & Lockwood ». Cette plaque, qu’elle contemple tous les matins avec fierté, désigne plus que l’emplacement de sa voiture ; elle est un titre, un grade, sa place dans le monde. Un accomplissement, le travail d’une vie. Sa réussite, son territoire.

     

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  • [Livre] La cuisinière d’Himmler

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    Résumé : Ceci est l'épopée drolatique d'une cuisinière qui n'a jamais eu peur de rien. Personnage loufoque et truculent, Rose a survécu aux abjections de cet affreux XXe siècle qu'elle a traversé sans rien perdre de sa sensualité ni de sa joie de vivre. Entre deux amours, elle a tout subi : le génocide arménien, les horreurs du nazisme, les délires du maoïsme. Mais, chaque fois, elle a ressuscité pour repartir de l'avant. Grinçant et picaresque, ce livre raconte les aventures extraordinaires d'une centenaire scandaleuse qui a un credo : "Si l'Enfer, c'est l'Histoire, le Paradis, c'est la vie".


    Auteur : Franz-Olivier Giesbert

     

    Edition : Gallimard

     

    Genre : Historique

     

    Date de parution : 26 avril 2013

     

    Prix moyen : 21€

     

    Mon avis : J’ai vraiment bien aimé ce livre, mais honnêtement, je cherche encore le « drolatique » dans cette histoire. Même si Rose a parfois des réactions qui arrachent un sourire, le livre est surtout tragique. Rose a tout connu des horreurs du XXème siècle : génocide arménien (elle sera la seule survivante de sa famille et connaitra l’esclavage sexuel), 2nd guerre mondiale (son ex-mari et ses enfants seront déportés, elle sera violé par un nazi), le régime de Mao (son 3ème mari sera tué. Elle n’aura la vie sauve que grâce à son emploi à l’ambassade qui lui permettra de fuir le pays).
    Rose n’oublie rien, ne pardonne rien. Elle n’hésite pas à se venger en éliminant ceux qui lui ont fait du tort. Si on peut comprendre son envie de vengeance et si on ne va pas pleurer sur le sort de ses cousins adoptifs qui la réduisent en esclavage pour s’approprier l’héritage ou des collabos à qui elle a fait payer ses malheurs, on ne peut que s’interroger sur la moralité de cette femme qui s’érige en juge, jury et bourreau. D’autant plus qu’elle n’a pas hésité à travailler pour Himmler et plus si affinité, cuisinant même pour Hitler en personne pour avoir des informations sur le sort de ses enfants. Pendant tout ce temps, elle a fait les 4 volontés de ce haut fonctionnaire nazi sans broncher.
    J’avoue que si j’ai été très intéressée par le côté historique (Rose nous fait découvrir ou redécouvrir l’Histoire), j’ai été moins emballée par toutes les parties se déroulant de nos jours et où une rose de 105 ans continue à avoir « la gâchette facile ».
    Disons qu’à trop de surenchère, le personnage de Rose devient si absurde (mais pas dans le sens amusant du terme) qu’il perd tout intérêt au fur et à mesure qu’il perd en crédibilité.
    C’est dommage car c’était une manière intéressante de raconter l’histoire. Mais je pense que la Chine de Mao était de trop. Ou alors il aurait fallu plus d’un personnage, pour que chacun ait sa part d’histoire.
    Pour autant l’écriture est agréable et cette manière de raconter l’Histoire reste originale et percutante.
    Une lecture en demi-teinte quand on en attendait autre chose, trompé par le résumé.

    Un extrait : Je ne supporte pas les gens qui se plaignent. Or, il n’y a que ça, sur cette terre. C’est pourquoi j’ai un problème avec les gens.

    Dans le passé, j’aurais eu maintes occasions de me lamenter sur mon sort mais j’ai toujours résisté à ce qui a transformé le monde en grand pleurnichoir.

    La seule chose qui nous sépare des animaux, finalement, ce n’est pas la conscience qu’on leur refuse bêtement, mais cette tendance à l’auto-apitoiement qui tire l’humanité vers le bas. Comment peut-on y laisser libre cours alors que, dehors, nous appellent la nature et le soleil et la terre ?

    Jusqu’à mon dernier souffle et même encore après, je ne croirai qu’aux forces de l’amour, du rire et de la vengeance. Ce sont elles qui ont mené mes pas pendant plus d’un siècle, au milieu des malheurs, et franchement je n’ai jamais eu à le regretter, même encore aujourd’hui, alors que ma vieille carcasse est en train de me lâcher et que je m’apprête à entrer dans ma tombe.

    Autant vous dire tout de suite que je n’ai rien d’une victime. Bien sûr, je suis, comme tout le monde, contre la peine de mort. Sauf si c’est moi qui l’applique. Je l’ai appliquée de temps en temps, dans le passé, aussi bien pour rendre la justice que pour me faire du bien. Je ne l’ai jamais regretté.

    En attendant, je n’accepte pas de me laisser marcher sur les pieds, même chez moi, à Marseille, où les racailles prétendent faire la loi. Le dernier à l’avoir appris à ses dépens est un voyou qui opère souvent dans les files d’attente qui, à la belle saison, pas loin de mon restaurant, s’allongent devant les bateaux en partance pour les îles d’If et du Frioul. Il fait les poches ou les sacs à main des touristes. Parfois, un vol à l’arraché. C’est un beau garçon à la démarche souple, avec les capacités d’accélération d’un champion olympique. Je le surnomme le « guépard ». La police dirait qu’il est de « type maghrébin » mais je n’y mettrais pas ma main à couper.

    Je lui trouve des airs de fils de bourgeois qui a mal tourné. Un jour que j’allais acheter mes poissons sur le quai, j’ai croisé son regard. Il est possible que je me trompe, mais je n’ai vu dedans que le désespoir de quelqu’un qui est sens dessus dessous, après s’être éloigné, par paresse ou fatalisme, de sa condition d’enfant gâté.

    Un soir, il m’a suivie après que j’eus fermé le restaurant. C’était bien ma chance, pour une fois que je rentrais chez moi à pied. Il était presque minuit, il faisait un vent à faire voler les bateaux et il n’y avait personne dans les rues. Toutes les conditions pour une agression. À la hauteur de la place aux Huiles, quand, après avoir jeté un œil par-dessus mon épaule, j’ai vu qu’il allait me doubler, je me suis brusquement retournée pour le mettre en joue avec mon Glock 17. Un calibre 9 mm à 17 coups, une petite merveille.

     

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  • [Livre] 13 ½

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    Résumé : 13 1/2 : un juge, douze jurés et même pas une moitié de chance...

    Minnesota, 1968. Quand Dylan, onze ans, se réveille dans sa maison couvert de sang, il ne se souvient de rien. Pourtant, tout prouve qu'il vient de massacrer ses parents et sa petite sœur à la hache. Seul survivant : Richard, son frère aîné. Dylan est désormais le célèbre "petit Boucher".

    La Nouvelle-Orléans, 2007. Dans une petite ville dévastée par l'Ouragan Katrina vivent sous le même toit deux frères, Marshall et Danny... en réalité Richard et Dylan. Nouveau départ, nouvelle identité, mais qui est qui ? Lorsque Marshall rencontre Polly, mère de deux filles, c'est le coup de foudre. Mais en entrant dans la vie des deux hommes, Polly vient de se jeter avec ses enfants dans la gueule du loup.


    Auteur : Nevada Barr

     

    Edition : France Loisirs

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 2010

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : Dès le premier chapitre on se doute de ce qu’il s’est réellement passé dans la maison de Dylan et Richard. Mais ce que j’ai trouvé intéressant, c’est la psychologie des personnages. Au final on se fiche un peu de savoir qui, de Dylan ou Richard est un meurtrier. Ce qui est fascinant c’est la manière dont chacun des deux va vivre cette partie de leur vie puis la suite.
    Pendant une partie du roman on se demande qui est qui. Comme les garçons ont changé d’identité et sont devenus Marshall et Danny, j’ai envisagé plusieurs hypothèses. Deux en fait, basées toutes les deux sur le fait que Danny semble ouvertement hostile à l’idée que Marshall épouse Polly.
    Ma première hypothèse était que Marshall était le tueur de la famille et que Danny ne voulait pas que Polly entre dans la famille sachant de quoi son frère est capable.
    Ma seconde hypothèse était que Danny était le tueur et ne voulait pas que Marshall se marie de peur de perdre l’ascendant qu’il avait sur lui.
    Vous remarquerez que dans mes hypothèses je n’ai pas relié les anciens noms aux nouveaux.
    Même si très vite, j’ai compris qui était le tueur, j’avais du coup quand même un doute sur l’identité réelle de Marshall et Danny et surtout, je ne voyais pas qu’elles étaient les motivations du tueur. J’avais bien quelques idées (mais je me suis royalement plantée !). Quand est venu le temps des révélations, j’avais bien raison sur certains points mais il y a des choses que je n’avais pas du tout vu venir.
    J’ai passé tout mon temps de lecture dans une certaine tension comme quand on connait le coupable au début du livre et qu’on aimerait crier aux inspecteurs ou à l’entourage qu’ils se font mener en bateau.
    J’ai trouvé dommage que ce livre s’attire de mauvaises critiques au seul motif que sa construction est différente des thrillers habituels : « meurtre – recherche du suspect – découverte du coupable ».
    J’ai trouvé qu’au contraire, bouleverser un peu l’ordre de lecture, en permettant au lecteur de se douter dès le début de l’identité du tueur, était très intéressant et permettait d’avoir un tout autre rapport avec l’histoire.
    Un thriller que j’ai vraiment apprécié.

     

    Un extrait : Richard était grièvement blessé. Il le savait, avec cette atroce certitude que l’on ressent à la seconde où l’on comprend que c’est la dernière erreur que l’on commettra sur terre, quand l’horreur dure une éternité avant que votre corps s’écrase sur les rochers en contrebas.
    Une lueur effrayante se faufilait à travers la tempête de neige, l’orange éclatant des lampadaires avalé et recraché par dix milliards de facettes verglacées : le ciel, le sol, les branches d’arbres, l’air. Les pièces de la maison étaient orange, le monde entier pareil à l’intérieur d’une citrouille d’Halloween.
    Dans cette lumière incandescente, Richard n’arrivait pas à déterminer quelle quantité de sang il perdait. Beaucoup. Beaucoup trop. Il le sentait jaillir en petites giclées contre la paume de sa main. L’espace d’une seconde étourdissante, il eut la sensation que le sang pénétrait en lui en une vague nocturne et s’écoulait de ses veines en un étang, un lac, une étendue d’eau sans cesse grandissante.
    Son petit frère était étendu en travers du lit où il était tombé. Sur le pyjama de Dylan, les cow-boys et les indiens étaient noyés d’un rouge écarlate, une guerre de flanelle avait eu lieu. Du sans imprégnait le drap contre la joue droite du visage de Dylan.
    Il semblait mort.
    « Dyl ? » Richard essaya de crier, mais il n’eut que la force de murmurer. « Dylan, t’avise pas de mourir. » Richard se mit à pleurer, puis s’interrompit. Il prit une profonde inspiration et essaya de nouveau, « Dylan si t’es réveillé, appelle les secours, la police. »
    Son frère ne bougea pas.
    Pour l’avoir appris chez les scouts et à la télé, Richard savait que s’il retirait sa main de la blessure ouverte sur l’intérieur de sa cuisse, il mourrait d’hémorragie.
    Pendant un battement de cœur ou deux, il envisagea de céder, de lâcher prise et de regarder sa vie jaillir de son corps. Elle paraissait si pressée de le quitter, et il y avait eu un tel carnage, pourquoi ne pas abandonner, se laisser aller au néant ?
    Dylan gémit doucement. Malgré l’aspect étouffant de ses rêveries morbides, dans le silence total d’une nuit enneigée, le son grinça à plein volume dans les oreilles de Richard. Il ne l’avait pas tué – son frère était vivant.
    Le rêve s’évapora ; le néant cessa de l’attirer. Soudain, Rich voulut vivre. « Frangin », murmura-t-il. Les paupières de Dylan frémirent. Richard aperçut l’éclair blanc de son orbite, éclatant au milieu du masque d’un rouge séché. « Réveille-toi, petit frère. S’il te plait. »
    A l’aide de sa main et de sa jambe intacte, son autre paume pressée contre sa blessure, Richard essaya de se traîner à travers la chambre. Le tissu et le sang le clouaient au parquet. Centimètre par centimètre – deux, sept, dix – il avança vers Dylan. L’effort était si intense qu’il n’y avait plus de place pour ses pensées.

     

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  • [Livre] Pourvu que la nuit s’achève

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    Résumé : Lorsque Zeba est retrouvée devant chez elle, le cadavre de son mari à ses pieds, il paraît évident aux yeux de tous qu’elle l’a tué. Depuis son retour de guerre, Kamal était devenu un autre homme, alcoolique et violent. Mais cette mère de famille dévouée est-elle capable d’un tel crime ? Présumée coupable, Zeba est incarcérée dans la prison pour femmes de Chil Mahtab, laissant derrière elle ses quatre enfants. C’est à Yusuf, revenu des États-Unis pour régler une dette symbolique envers son pays d’origine, l’Afghanistan, que revient la défense de ce cas désespéré. Mais la prisonnière garde obstinément le silence. Qui cherche-t-elle à protéger en acceptant de jouer le rôle du suspect idéal ? Et dans ces conditions, comment faire innocenter celle qu’on voit déjà pendue haut et court ?


    Auteur : Nadia Hashimi

     

    Edition : Milady

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 07 juillet 2017

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : Nadia Hashimi a le don de nous transporter en Afghanistan dans chacun de ses romans. Déjà, dans la perle et la coquille, on se passionnait pour la coutume des Basha Posh et le bouleversement que le retour à leur condition de femme pouvait entrainer pour ces jeunes filles qui s’étaient si longtemps conduites en garçon et avaient si longtemps été traité comme tels.
    Aujourd’hui, avec Pourvu que la nuit s’achève, on découvre la justice afghane et surtout la justice appliquée aux femmes et, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle est sommaire.
    Déjà, concernant Zeba, elle est arrêtée et emprisonnée sans que la moindre enquête soit menée par la police. Pourquoi mener une enquête après tout ? C’est son mari qui a été tué et elle était juste à côté du corps. C’est donc forcément elle la coupable. Et avec la coutume Afghane de ne jamais dire du mal des morts, l’homme, violent, bon à rien, mauvais musulman (ce qui, dans ce pays est un crime), passerait presque pour un saint.
    Mais ce qui m’a le plus choquée, outre l’histoire de Zeba, c’est les raisons de l’emprisonnement des autres femmes. La plupart sont là pour crimes moraux. Certes on savait qu’en Afghanistan, le fait pour une femme de tomber amoureuse, était un crime qui pouvait la conduire à la mort pour « laver l’honneur de la famille ». La plupart des femmes sont donc plus en sécurité derrière les barreaux que dans leur foyer. Mais il y a quand même des cas qui dépassent l’entendement, même dans ce pays !
    Pour n’en citer que 2 qui m’ont marqués : une femme, la soixantaine, est condamnée à 30 ans de prison parce que son fils s’est enfui avec une jeune fille. Le couple a été rattrapé, le fils tué, mais cela ne suffisait pas à la famille de la jeune fille. La mère a donc payé pour la « faiblesse » du fils.
    Le second cas est encore plus ahurissant car il va à l’encontre même des traditions du pays. Une jeune fille est emprisonnée parce que ses parents ont refusé la demande en mariage d’un homme puis ont arrangé son mariage avec un autre. La famille du prétendant éconduit l’a donc fait emprisonnée pour « zina » comprendre « acte sexuel en dehors du mariage » alors même qu’elle n’a probablement pas eu son mot à dire dans le choix de son mari.
    Le crime de zina est d’autant plus pratique que le témoignage d’une femme à moitié moins de valeur que celui d’un homme. Si un homme accuse une femme de zina, sa propre parole ne fait pas le poids contre lui.
    Au fil des réunions entre l’avocat, le procureur et le juge, on tombe des nues en découvrant que l’Afghanistan est bel et bien doté d’un code pénal. Mais celui-ci est interprété selon le bon vouloir du juge, ce qui va rarement dans le sens de l’intérêt de la femme, mais plutôt selon l’intérêt de celui qui le paie le plus cher.
    Le mystère de la mort du mari de Zeba se lève lentement et on ne peut que saluer le courage de cette femme qui risque la pendaison mais garde le silence, pensant aux autres avant elle-même.
    J’ai aimé aussi le minuscule brin d’espoir que constituent certaines des faits que rapporte Yusuf : un violeur qui a pris 20 ans de prison, un mollah agresseur de petite fille qui a été violement sanctionné par la famille de la gamine, la réaction du père d’une des petites voisines de Zeba devant le drame vécu par sa fille. Ce ne sont que des grains de sable, mais cela reste un espoir car ces pères-là n’ont pas fait peser le poids de la honte sur leurs filles et les ont reconnus pour ce qu’elles sont : des victimes innocentes. Grain de sable par grain de sable, on ne peut qu’espérer que le sort des femmes d’Afghanistan puisse s’améliorer, avec peut-être l’aide de la pression internationale.

    Un extrait : Basir et ses sœurs franchirent le portail perçant le haut mur qui isolait leur foyer de la rue et des voisins. En entendant les pleurs de Rima, les cris d’un bébé appelant sa maman les bras tendus, Basir fut saisi d’une sourde angoisse. Les filles se précipitèrent dans la maison, et en un éclair, Shabnam souleva Rima pour la bercer sur sa hanche. Le visage du bébé était rouge, son nez coulait. Karima regarda sa sœur avec hébétude, tandis que l’odeur des gombos brûlés imprégnait l’air tel un mauvais présage. Aucun signe de Madar-jan. Quelque chose n’allait pas.

    Sans un mot, Basir jeta un bref coup d’œil dans les deux chambres puis dans la cuisine. Les mains tremblantes, il poussa la porte donnant sur la cour. Des pantalons bouffants, des foulards, des chemises flottaient sur la corde à linge. Un faible gémissement attira son attention vers le fond du jardin, où se trouvait la remise, contiguë au mur extérieur du voisin.

    Il fit un pas, puis deux. Comme il aurait aimé remonter le temps, revenir au matin, quand tout était encore normal ! Comme il aurait aimé faire demi-tour, trouver sa mère dans la cuisine en train de remuer des haricots verts dans une lourde marmite, en s’inquiétant de ne pouvoir nourrir correctement ses enfants.

    Mais rien ne serait plus jamais comme avant. Basir le comprit dès qu’il contourna la remise, dès l’instant où la vie qu’il connaissait se noya dans le sang et la violence. Zeba, sa mère, leva vers lui un visage blême et hagard. Elle était assise, dos contre le mur, dans une atmosphère macabre. Ses mains étaient noires de sang, ses épaules tremblaient.

    — Madar-jan, commença-t-il.

    Une silhouette avachie reposait quelques mètres plus loin.

    — Bachem, dit-elle d’une voix faible.

    Sa respiration s’accéléra. Zeba se mit à sangloter, la tête entre les genoux.

    — Rentre à la maison, mon fils… Rentre à la maison… Tes sœurs, tes sœurs… Rentre à la maison…

    Basir sentit sa poitrine se serrer. Comme son père, il n’avait rien vu venir.

     

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  • [Livre] Bébé boum

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    Résumé : Lorsque Lili tombe enceinte pour la première fois, elle est certaine que les neuf prochains mois seront un véritable conte de fées pour elle et son chum. Ils ont tellement désiré ce bébé !

    Esther, mère de deux enfants, accueille une grossesse imprévue en silence : son couple bat de l’aile et son mari vasectomisé pourrait croire qu’elle lui est infidèle.

    Pour Frédérique, la croix qui apparaît sur le test de grossesse est synonyme d’un paquet d’emmerdes dont il faut se débarrasser au plus vite. Difficile de savoir qui est le père quand on jongle avec autant d’amants…

    Même après des années d’essais infructueux, Jeannine espère, à quarante-trois ans, revivre le miracle d’une grossesse avant qu’il ne soit trop tard. Plus qu’un enfant, il s’agit pour elle d’une indispensable rédemption.

    Quatre femmes, quatre personnalités, quatre visions complètement différentes, autant de bébés boums. Quatre trames qui s’entremêlent pour tisser une foule de situations savoureuses, de sautes d’hormones cocasses et de rebondissements incessants.


    Auteur : Josée Bournival

     

    Edition : France Loisirs

     

    Genre : Chick lit

     

    Date de parution : 04 juin 2014

     

    Prix moyen : 10€

     

    Mon avis : Le premier bon point de ce livre est que, même s’il est écrit par une québécoise, il est parfaitement compréhensible pour une française de France. Il ne regorge pas d’expression typique et, si certaines tournures de phrase font un peu grincer des dents car grammaticalement incorrectes en France, on s’y fait vite (sans pour autant cesser de les remarquer, on nous a trop seriné le contraire en cours pour qu’on puisse l’oublier aussi vite).
    Chacune des quatre femmes a une histoire particulière avec sa grossesse. Il y a Lili et Jeannine qui ont eu beaucoup de mal à tomber enceinte et ont eu recours à l’aide de la médecine, mais Lili est une jeune fille tandis que Jeannine a dépassé la quarantaine. Il y a Esther qui est enceinte pour la 3e fois et qui ne sait pas comment l’annoncer à son mari, lequel, en plus de clamer partout qu’il a assez donné avec la maternité, a subi une vasectomie et pourrait bien mal digérer la nouvelle. Enfin il y a Frédérique qui n’a aucune envie d’avoir un enfant et serait bien incapable de dire qui est le père de celui qui vient de s’inviter dans son ventre.
    L’histoire m’a beaucoup plu mais j’ai été freinée dans ma lecture parce je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages.
    Lily est une petite cruche égoïste. Avant même de tomber enceinte, elle se montrait exigeante et capricieuse mais lorsqu’elle attend son bébé c’est pire que tout : elle semble incapable de faire la distinction entre fantasme et réalité et fait des crises dès que les choses ne se passent pas exactement comme elle le voudrait.
    Esther ne doit jamais avoir dit la vérité à qui que ce soit. Elle se pose en mère et épouse parfaite alors qu’elle fait n’importe quoi et est prête à inventer n’importe quel mensonge pour garder son apparence de perfection. J’avoue que je n’avais pas vu venir certaines révélations la concernant, mais avec le recul, je me dis que j’aurais dû m’en douter.
    Jeannine n’a aucune limite. Elle s’impose dans la vie des autres sans se demander les dégâts qu’elle peut causer ou simplement si ses attentions sont les bienvenues. Elle est complètement intrusive. 
    Enfin, Frédérique est celle à laquelle j’aurais pu m’attacher si elle n’avait pas eu une attitude inqualifiable quand elle apprend qu’elle est enceinte.
    La lecture n’était pas mauvaise mais les personnages trop énervantes pour que je lise les suites qui ont été faites.

     

    Un extrait : Le lendemain midi, Lili semblait déjà avoir repris du poil de la bête. Sa déception était de courte durée en comparaison avec les mois précédents. Thomas attribuait ce changement aux bons soins dont il entourait Lili. Il s’apprêtait d’ailleurs à lui servir un repas mijoté avec amour lorsqu’il sentit que la respiration de Lili s’était interrompue. Elle fixait son assiette, les yeux embués. Thomas hésitait sur la marche à suivre. Devait-il ignorer cet excès d’émotivité ou y plonger au risque de devoir ramer pendant de longues minutes afin d’en repêcher Lili ?

    - Est-ce que c’est trop chaud ?

    - Non. Ça a l’air parfait.

    - Ça manque d’assaisonnement ?

    - Non. C’est parfait.

    Thomas savait bien que son repas n’était pas en cause. Lili n’avait pas touché à son assiette, comment pouvait-elle prétendre que l’assaisonnement était adéquat ? A regret, Thomas plongea au cœur de la tempête.

    - Pourquoi t’as envie de pleurer, Lili ?

    - Les carottes.

    Le cerveau de Thomas tournait à mille à l’heure pour comprendre ce que Lili sous-entendait. Thomas avait cuisiné un mijoté de porc auquel il avait pris soin d’ajouter de belles petites carottes biologiques. Un légume que Lili appréciait en temps normal. Mais un lendemain de test de grossesse négatif n’était pas en temps normal.
    Le silence dura suffisamment longtemps pour que Lili lève les yeux et comprenne que Thomas avait besoin d’un peu plus d’explications.

    - T’as fait des minicarottes.

    - T’aimes pas ça ?

    - Thomas, t’as fait des bébés carottes. Des BEBES carottes !

     

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  • [Livre] L’enfer de Kathy

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    Résumé : L'enfer, Kathy ne craint pas d'y aller, elle y a vécu toute son enfance. C'était en Irlande, au début des années 1970.
    Maltraitée par un père colérique, violée pour la première fois à sept ans, la veille de sa première communion, elle est placée à huit ans dans un foyer de redressement où elle subit abus et maltraitance, et où elle est de nouveau violée. Quand elle dénonce son agresseur - un prêtre catholique -, on la « sauve » en l'envoyant à l'hôpital psychiatrique, où elle servira de cobaye pour de nouveaux traitements, dont les électrochocs !
    Puis c'est dans un couvent des sœurs de Marie-Madeleine (les tristement célèbres Magdalene Sisters) de Dublin qu'elle est internée. Dans cette institution religieuse accueillant les jeunes filles dites « perdues », elle prie et trime toute la journée, pour expier ses fautes.
    Mais de quels péchés doit se repentir une enfant dont le seul tort est de se voir abandonnée de tous ? Comment garder espoir face à la cruauté d'adultes censés veiller sur elle ?


    Auteur : Kathy O’Beirne

     

    Edition : Pocket

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 05 juillet 2012

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : Kathy décrit avec précision les horreurs infligées à des jeunes filles sans défense par des personnes à la moralité soi-disant exemplaire.
    Tout commence mal pour la petite fille qui, dès l’âge de 5 ans, est battue, humiliée, voire torturée par son père. Aujourd’hui adulte, Kathy ne sait toujours pas pourquoi son père a fait preuve d’une telle cruauté envers elle. Qu’avait-elle de différent de ses deux sœurs ? De ses frères ?
    Mais même si les agissements de l’homme sont à vomir, ce n’est rien à côté de ce que les institutions religieuses ET d’Etats ont pu faire subir à Kathy. Une école religieuse dans laquelle elle trimait comme une bête sans jamais voir l’intérieur d’un livre de classe, un hôpital psychiatrique où elle sert de cobaye pour de nombreux produits et actes « thérapeutiques » dans lequel on ne l’a envoyé que parce qu’elle a dénoncé le prêtre qui l’avait violé, puis le comble de l’horreur avec une des tristement célèbres couvents des sœurs Madeleine (qu’on préfère appeler aujourd’hui les laveries des sœurs Madeleine, comme si cela justifiait les traitements infligés aux détenues, car oui, c’était des détenues), dont les agissements ont été portés à la connaissance du public international avec le film Magdalene sisters de Peter Mullan en 2001. Quand on sait que le dernier de ces couvents de l’horreur n’a été fermé qu’on 1996, on croit rêver, et quand on apprend par Kathy que, loin d’avoir été libérées, les anciennes Madeleines sont souvent, encore aujourd’hui, détenues dans des hôpitaux psychiatriques, on se demande à quoi joue le gouvernement irlandais (et les organisations internationale : il n’y a pas que dans le tiers monde qu’il faut se battre pour le respect des droits de l’homme).
    Kathy O’Beirne a gardé la foi car qu’on soit croyant ou non, il semble évident que les personnes qui ont commis ces atrocités ne méritent pas de représenter la communauté des fidèles, quelle que soit leur religion.

     

    Un extrait : Je suis en train de courir dans un grand couloir. Devant moi, la lumière du soleil filtre à travers le carreau d’une porte. On dirait la lumière du paradis. Derrière se cache un ciel bleu azur sous lequel une plage dorée s’étire à l’infini le long des vagues chargées d’écume. C’est là que je voudrais être : sentir la chaleur du soleil sur ma peau, construire des châteaux de sable, nager dans l’eau. Mon enfance idéale. Mon paradis.
    En atteignant la porte, je suis presque éblouie par cette lumière. Je tente de l’ouvrir, mais il n’y a pas de poignée et des barreaux protègent la vitre. Je frappe contre eux en hurlant mais personne de l’autre côté ne peut m’entendre. Dans mon dos, des bruits de pas résonnent et se rapprochent lentement. Je ferme les yeux et tombe à genoux, les mains jointes.
    Les larmes ruissellent sur mes joues tandis que les pas s’immobilisent derrière moi. La lumière au-dessus de ma tête s’évanouit en même temps que le soleil, la mer et le sable sont absorbés par une nuit obscure, sans lune. Me voici plongée dans les ténèbres de ma sinistre enfance. Je m’agrippe aux barreaux et laisse échapper un hurlement de douleur, de honte, de rage et de haine mêlées. Je suis une fillette prise sous le joug cruel d’un cauchemar sans fin.

     

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  • [Livre] Les sorcières de Salem

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    Résumé : 1692, Salem, Massachusetts. Deux jeunes filles ont perdu conscience suite à une sortie dans les bois. Le révérend Parris, père de Betty, a retrouvé sa fille et sa nièce Abigail dansant nues avec d’autres filles dans la forêt et prie pour sa fille tandis que les villageois en colère crient à la sorcellerie dans son salon ...


    Auteur : Arthur Miller

     

    Edition : Robert Laffon

     

    Genre : Théâtre

     

    Date de parution : 15 avril 2010

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : J’ai beaucoup aimé cette pièce, mais je regrette un peu de l’avoir lu dans l’édition que j’ai. En effet, j’ai lu la pièce traduite et adaptée par Marcel Aymé mais, contrairement au texte intégral, du moins d’après ce que j’ai pu déduire d’autres critiques, il n’y avait pas dans mon livre la richesse qu’offre le texte original. En effet, je n’ai eu ni didascalies à rallonge, donnant presque à la pièce des airs de romans, ni description détaillée des personnages.
    Il suffit de voir le nombre de pages, 238 dans mon éditions et 435 dans l’édition « Le livre de poche » pour se rendre compte de tout ce qui a disparu entre les deux.
    En réalité, je ne sais pas si j’aurais autant apprécié la pièce si je n’avais pas déjà connu l’adaptation cinéma et l’histoire vraie qui l’a inspirée.
    Pendant toute la pièce on en peut être qu’outré devant l’attitude des juges. Que les accusatrices soient des manipulatrices, comme dans la pièce, où qu’elles aient été empoisonnées à l’ergot de seigle, ce qui aurait provoqué des hallucinations collectives, puis interrogées jusqu’à ce que, poussées par la peur, elles donnent des noms, comme l’une des explications possibles avancée par les historiens pour expliquer ce phénomène d’hystérie collective, elles restaient des enfants (Si dans la pièce Abigaïl Williams a 17 ans, dans les faits, elle n’en avait que 11) et c’étaient aux juges de faire preuve d’impartialité. Mais on dirait que les juges ont été pris d’une boulimie d’exécution, signant des arrêts de mort à tour de bras sans même s’encombrer de preuves un tant soit peu solides. Comme si faire le plus de victimes possible allait garantir leur salut. Quand on sait qu’il suffisait de ne pas savoir dire ses 10 commandements pour qu’on commence à vous regarder de travers (Et les commandements c’est comme les nains de Blanche-Neige, il en manque toujours 1).
    D’ailleurs, l’indignation a été énorme déjà à l’époque puisque c’est le clergé de Boston, indigné, qui est intervenu auprès du gouverneur royal du Massachusetts pour mettre un terme aux agissements des juges de Salem et que l’un d’eux, Increase Mather, a déclaré dans un essai : « Il apparaît préférable que dix sorcières suspectées puissent échapper, plutôt qu'une personne innocente soit condamnée ». Comme quoi, ils avaient pas tous la même vision des choses !

    Un extrait : ABIGAÏL : Mon oncle, je n’ai rien voulu dire devant Suzanna, mais vous savez qu’au village le bruit commence à se répandre d’un mal surnaturel, justement. On va même jusqu’à dire que Betty s’est envolée.

    PARRIS : Envolée… Betty envolée… Voilà bien la fable la plus absurde qu’on puisse inventer.

    ABIGAÏL : Ne voulez-vous pas descendre ? Le parloir est plein de gens venus aux informations.

    PARRIS : Et que veux-tu que je leur dise, moi ? Que j’ai trouvé ma fille et ma nièce en train de danser la nuit comme des païennes dans une clairière de la forêt ?

    ABIGAÏL : Pourquoi pas ? Ce serait le meilleur moyen de couper court aux racontars.

    PARRIS : Abigaïl, je ne peux pas me présenter devant mes paroissiens alors que vous me cachez la vérité.

    ABIGAÏL : Mais je vous l’ai dit, elle est des plus simples, mon oncle. Nous dansions dans la clairière et quand vous avez brusquement surgi des buissons, Betty a eu si peur qu’elle s’est évanouie. Et voilà toute l’histoire. Il n’y a rien à dire de plus.

    PARRIS : Enfant, assieds-toi. Si tu sais quelque chose qui puisse aider le médecin, pour l’amour de Dieu, dis-le-moi.

    ABIGAÏL, tremble en s’asseyant : Je n’ai pas voulu faire de mal à Betty. J’ai toujours beaucoup aimé Betty.

    PARRIS : Réfléchis, mon enfant. Tu vois, je ne te gronde pas, je ne te punis pas. Mais si vous êtes allées dans la forêt pour évoquer les esprits, je dois le savoir tout de suite, car mes ennemis, eux, ne tarderont pas à l’apprendre et ce sera ma ruine.

    ABIGAÏL : Mais nous n’avons jamais évoqué les esprits.

    PARRIS : Une bouilloire était suspendue sur le grand feu autour duquel vous dansiez avec les autres jeunes filles. Pourquoi cette bouilloire ?

    ABIGAÏL : Nous avions froid, et Tituba nous a apporté de la soupe.

    PARRIS : Tu m’as dit que vous étiez allées au bois pour vous rafraîchir. Voilà maintenant qu’il vous fallait de la soupe pour vous réchauffer. (Abigaïl baisse les yeux.) Abigaïl, regarde-moi. Comprends-tu que j’ai de nombreux ennemis ?

    ABIGAÏL : Je le sais, mon oncle.

    PARRIS : Il y a dans le village une faction qui a juré de m’arracher à mon ministère, le comprends-tu ?

    ABIGAÏL : Je crois que oui.

    PARRIS : Eh bien, c’est précisément cette faction-là qui se réjouira d’apprendre que ma propre famille se livre dans la forêt à je ne sais quelles pratiques obscènes ! À quelles abominations !

     

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