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Policiers/Thrillers

  • [Livre] Le zoo

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    Résumé : Le zoo est sur le point de fermer ses portes. Joan et son fils de quatre ans, Lincoln, sont dans leur coin préféré, à l'écart du chemin principal. Ils profitent des dernières minutes. Mais quand ils se dirigent vers la sortie, ce qu'ils découvrent transforme cette journée de rêve en cauchemar : des corps étalés sur l'herbe, des hommes armés de fusils. Sans réfléchir, Joan prend son enfant dans ses bras et court, jusqu'à en perdre le souffle, jusqu'à ce que ses muscles la brûlent.
    Pendant trois heures, la mère et son fils vont se retrouver piégés avec les animaux et les tueurs. Pour sauver Lincoln, Joan est prête à tout... même au pire.


    Auteur : Gin Phillips

     

    Edition : La bête noire

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 21 septembre 2017

     

    Prix moyen : 7,50€

     

    Mon avis : Joan est une femme comme les autres. Elle n’a rien d’une héroïne, n’a pas de capacité ou de formation particulière, c’est juste une maman lambda pourvue d’un petit garçon de 4 ans qui n’a pas la langue dans sa poche.
    L’action se déroule en à peine 3h mais les chapitres, qui nous font le décompte du temps nous montrent bien combien ces 3h sont interminables pour les protagonistes.
    J’ai beaucoup aimé Joan. Ses réactions sont parfaitement réalistes et on ressent à la fois sa peur et sa farouche détermination à protéger son fils coûte que coûte.
    J’ai eu plus de mal avec Lincoln. Je pense que c’est le contraste entre son vocabulaire, qui m’a semblé trop élaboré pour son âge, ainsi que ses réflexions trop matures et son comportement (parler fort parce que sa mère lui demande de ne pas le faire, pleurer à la moindre contrariété, faire du bruit en permanence…) qui m’a agacée.
    La plupart du temps, j’ai oublié qu’il avait 4 ans et j’avais envie de le secouer pour qu’il la ferme (remarquez, même en tenant compte de son âge… il me gonflait…). Je sais que je suis injuste mais je n’ai pas pu dépasser ce sentiment d’exaspération.
    Le livre est à 95% un huis-clos et l’ambiance est oppressante. On suit essentiellement Joan et son fils mais on a quelques aperçus de ce que vivent d’autres personnes, y compris l’un des tireurs.
    Je comprends les choix de Joan, même s’ils paraissent moralement discutables. Après tout, sa préoccupation première est de protéger son fils et pour ça, elle est prête à tout.
    La fin est extrêmement abrupte puisque le livre s’arrête à la fin de l’action des tireurs quelle qu’en soit l’issue. Ainsi, on reste ignorant du sort de la plupart des protagonistes.
    J’avoue que cette fin, même si je comprends le choix de l’auteur, m’a un peu frustrée. J’aurais aimé en savoir plus sur ce qu’il s’est passé et qu’on n’a pas vu parce qu’on ne voyait que ce que voyait Joan.
    Malgré tout, ce livre reste un thriller psychologique très prenant et j’ai adoré ma lecture.

     

    Un extrait : Elle entend un nouveau bang, plus fort et plus près qu'avant, suivi d'une dizaine de détonations sèches. Peut-être un mécanisme hydraulique ?

    Ils arrivent au bord d'un plan d'eau – le plus grand du zoo, presque un lac –, et elle aperçoit des cygnes qui filent à la surface. Le sentier bifurque : la branche de droite conduit de l'autre côté de l'étang, vers le secteur de l'Afrique, tandis que celle de gauche les emmènerait à la sortie en quelques secondes. Elle voit l'éclair rouge et vert des perroquets droit devant, inhabituellement silencieux. Elle aime leur petite île au milieu de tout ce béton – un bassin entouré de briques avec un monticule couvert d'herbe et d'épineux – et c'est toujours leur premier et dernier arrêt, l'ultime rituel de toutes leurs visites.

    — Tu devrais t'exercer à parler comme un perroquet, lui suggère-t-elle.

    — Je n'ai pas besoin de m'exercer. Je veux juste voir les épouvantails.

    — Il va falloir qu'on les regarde sans s'arrêter.

    Une longue rangée d'épouvantails a été dressée le long de la palissade qui fait le tour du plan d'eau. Beaucoup ont des citrouilles à la place de la tête, et Lincoln est absolument fasciné. Il aime Superman et l'astronaute – celui avec la citrouille peinte en blanc comme un casque spatial –, mais surtout le Chat qui porte un chapeau.

    — Allez, mon cœur, c'est bon.

    Il lui lâche la main et lève les bras.

    Joan jette un coup d'œil le long de la barrière et repère la tête de citrouille bleue de Pete le Chat. Vers le milieu, plusieurs épouvantails sont tombés. Une demi-douzaine, soufflés par le vent, suppose-t-elle. Sauf que non, il n'y a pas eu de bourrasque. Et pourtant, les épouvantails sont renversés, éparpillés tout du long jusqu'à l'enclos des perroquets, et encore au-delà.

    Non, pas des épouvantails. Pas des épouvantails.

    Elle voit bouger un bras. Un corps beaucoup trop petit pour être un épouvantail. Une jupe, remontée de façon indécente sur une hanche pâle, des jambes fléchies.

    Elle relève lentement les yeux, mais quand elle regarde plus loin, derrière les formes allongées par terre, après les perroquets, vers le long bâtiment avec les toilettes publiques et les portes marquées RÉSERVÉ AU PERSONNEL, elle repère un homme debout, immobile, à côté de la fontaine à eau. Il lui tourne le dos. Il est en jean et tee-shirt noir. Il a les cheveux bruns ou noirs, et à part cela elle ne distingue pas les détails, sauf un, quand l'homme finit par bouger : il donne un coup de pied dans la porte des toilettes, son bras remonte pour la rattraper, et elle voit qu'il tient une arme à feu dans la main droite, une espèce de fusil, long et noir, dont le bout étroit monte comme une antenne derrière sa tête alors qu'il disparaît entre les murs vert pâle des toilettes pour femmes.

    Elle croit percevoir un autre mouvement du côté des perroquets, un autre personnage encore debout, mais elle n'en voit pas davantage car à cet instant elle se détourne.

    Elle attrape Lincoln, le soulève – les jambes du garçon se balancent lourdement –, et le dépose sur sa hanche, sa main droite serrée autour de son poignet gauche sous les fesses de l'enfant.

    Elle se met à courir.

     

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  • [Livre] Sisters

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    Résumé : Irène avait trois ans quand ses parents l’ont abandonnée. Sa sœur, Eléonore, en revanche, ils l’ont gardée. Mais leur mère vient de mourir, et Eléonore l’a retrouvée.
    En acceptant d’assister aux funérailles, Irène espère comprendre enfin ce qu’il s’est passé trente ans plus tôt. Elle croyait que ses parents ne voulaient plus d’elle. Et si la vérité était plus terrible encore ? 


    Auteur : Michelle Adams

     

    Edition : Bragelone

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 14 Juin 2017

     

    Prix moyen : 19,50€

     

    Mon avis : Dès le début, dès les premières lignes, on sait sans l’ombre d’un doute qu’El est une malade mentale, au sens médical. Au vu de son attitude, je pense que c’est une sociopathe.
    La relation entre Irène et El est clairement toxique mais quand on voit les relations d’Irène avec les autres membres de sa famille, que ce soit son père ou sa tante, ainsi que ses relations avec son petit ami, on se rend compte que la jeune femme n’a de bonnes relations avec personne et que tous ses problèmes relationnels ramènent toujours à El.
    Manipulatrice, sadique, violente, instable, El terrorise tout le monde et j’ai eu beaucoup de mal avec les justifications que tout le monde trouve pour ne pas avoir dénoncé cette malade à la police.
    L’excuse « c’est la famille » ne peut pas fonctionner pour tout.
    J’ai trouvé que l’histoire met très longtemps à se mettre en place. J’ai trouvé que l’histoire tournait beaucoup en rond autour de l’attitude d’El sans que ça fasse vraiment avancer l’histoire et celle-ci ne décolle vraiment qu’à la moitié du roman.
    Là, les choses s’enchaînent assez vite et l’ampleur de la psychologie instable et perverse d’El se révèle dans toute sa splendeur.
    Le problème pour Irène c’est que tout le monde ment dans cette histoire, tout le monde a quelque chose à cacher et ça ne facilite pas la tâche d’Irène.
    J’ai eu beaucoup de mal avec Antonio, le compagnon d’Irène, qui est, à mes yeux, un vrai parasite. Pour ne citer qu’un exemple, le mec fait des cadeaux à Irène et à lui-même et ce, toujours avec l’argent d’Irène bien entendu.
    J’ai eu du mal aussi avec les deux flics, surtout la femme, qui sont dans le jugement constant sur les relations d’Irène avec sa famille alors qu’ils ne savent rien de la manière dont Irène a été traité par sa famille.
    En revanche, j’ai beaucoup aimé Matt qui, même s’il a, lui aussi, des failles et des secrets, est sûrement le personnage le plus équilibré et le plus sain dans le livre.
    Si j’ai une réserve, c’est sur la fin que je trouve à la fois précipitée et incomplète.
    Plein de questions restent en suspend et je n’ai pas trop appréciée. Sans aller jusqu’à la trouver bâclée, je trouve qu’elle aurait pu être bien meilleure.

     

    Un extrait : J’opte pour un aller simple, car j’ignore quand je serai en état de rentrer chez moi. Cette idée me fait perdre aussitôt le peu d’assurance que j’ai pu puiser. Antonio ne me propose pas de m’accompagner. Peut-être qu’un peu d’air lui fera du bien. Peut-être que ça nous fera du bien à tous les deux.

    - Viens te recoucher, maintenant, dit-il.

    Antonio m’emmène en me tenant par la main, comme une adolescente qui s’apprête à se faire sauter pour la première fois. On se glisse dans les draps. Il me prend dans ses bras et m’embrasse.

    Une sensation qui m’a manqué ces derniers temps, alors qu’il s’est montré de plus en plus froid et distant. Je m’abandonne à son étreinte, en essayant de retrouver mes sensations d’antan. Mais ce n’est pas le cas. Le toucher d’Antonio est anguleux, comme si nous étions deux pièces de puzzle qui ne vont pas ensemble. Sa présence auprès de moi n’a plus le pouvoir de balayer le passé, comme avant.
    Le réveil affiche maintenant 2 :46. Le temps s’écoule de plus en plus lentement. Chaque seconde m’enfonce un peu plus loin sous la surface. Je pourrai battre des pieds tant que je veux, ça n’y changera rien. Le compte à rebours a commencé, vers ce rendez-vous inéluctable, avec une femme silencieuse qui a été ma mère. Entourée par la nuit et les bras d’Antonio, je me demande quelle terrible bêtise je viens de faire.
    Je n’aurais pas dû dire à El que je venais. J’aurais dû ignorer la voix au fond de moi qui me disait que j’avais une dette envers elle. J’aurais dû m’enfuir en courant, comme je l’ai fait il y a des années quand, en pyjama, les larmes dégoulinant de mon visage et le bras en sang, j’ai compris que ma seule chance de survie était de m’éloigner d’elle. Cette journée nous a séparées pour de bon, en même temps qu’elle nous a liées l’une à l’autre définitivement. Ce jour-là, El m’a sauvé la vie. Elle m’a aussi terrifiée, plus que jamais.
    Ce n’est pas seulement la soif d’en savoir plus qui me ramène au bercail. J’ai besoin de revoir El, aussi. Je suis irrémédiablement liée à elle, en dépit du danger. Je n’y peux rien. J’ai cru pouvoir la repousser, toutes ces années durant, mais j’en suis incapable. Je croyais que je pouvais me passer d’elle. C’est faux. Et cette idée me terrifie, parce que, quand El ma annoncé la mort de notre mère, et que j’ai oublié de lui demander comment elle est morte, j’avais une bonne raison d’oublier. Je n’avais pas besoin de le lui demander. Je sais comment elle est morte. Je suis sûre que c’est El qui l’a tuée.

     

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  • [Livre] Glacé

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    Résumé : Décembre 2008, dans une vallée encaissée des Pyrénées. Au petit matin, les ouvriers d’une centrale hydroélectrique découvrent le cadavre d’un cheval sans tête, accroché à la falaise glacée. Le même jour, une jeune psychologue prend son premier poste dans le centre psychiatrique de haute sécurité qui surplombe la vallée. Le commandant Servaz, 40 ans, flic hypocondriaque et intuitif, se voit confier cette enquête, la plus étrange de toute sa carrière. Pourquoi avoir tué ce cheval à 2 000 mètres d’altitude ? Serait-ce, pour Servaz, le début du cauchemar ? Une atmosphère oppressante, une intrigue tendue à l’extrême, une plongée implacable dans nos peurs les plus secrètes, ce premier roman est une révélation !


    Auteur : Bernard Minier

     

    Edition : Pocket

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 10 mai 2012

     

    Prix moyen : 9€

     

    Mon avis : Comme souvent dans les romans de Bernard Minier, j’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire. Il ne m’a fallut, cela dit, qu’une soixantaine de pages pour que l’écriture de Bernard Minier fasse mouche et que je plonge toute entière dans les montagnes des Pyrénées et dans la première enquête de Martin Servaz.
    Les pratiques psychiatriques évoquées dans le livre font froid dans le dos (d’autant plus que, dans une note à la fin du livre, Bernard Minier explique qu’il n’a rien inventé et que toutes les pratiques qu’il évoque ont bien court).
    Les différents aspects de l’enquête semblent, à première vue, n’avoir aucun liens entre eux, mais, contrairement à d’autres romans dans lesquels on ne sait pas où on va, ici, on sait qu’il y a un lien. La police le sait aussi. Reste à trouver lequel. Cela dit, savoir qu’il existe un lien a changé ma façon de lire car j’étais à l’affut du moindre indice pouvant m’expliquer comment les différents éléments étaient reliés.
    La pression sur les personnages est constante que ce soit la pression de la hiérarchie pour certains, ou la peur, qu’elle soit dû à l’isolement ou au danger, ressentie par d’autres.
    On voit que l’auteur, en plus de s’être renseigné sur les pratiques psychiatriques, s’est aussi rencardé sur le coin où se déroule son histoire.
    Ses descriptions, sans être lourdes, nous plongent merveilleusement bien dans l’ambiance de cette vallée isolée, entourée de montagnes.
    J’ai beaucoup aimé le fait que l’enquête tourne parfois en rien, piétine, puis qu’un détail vienne infirmer certaines pistes, confirmer d’autres ou encore ouvre la voie à une nouvelle piste. Cela rend l’enquête plus réaliste.
    Les personnages, même quand ils ne sont pas attachants, ont beaucoup de profondeur. L’auteur dissémine des informations sur leur passé, sur leur vie, que ce soit au cours de l’enquête pour l’entourage des victimes ou lors de scènes intermédiaires qui, en plus de nous rendre les protagonistes plus réels, font un peu redescendre la pression tout au long du livre.
    Même si je vous déconseille de faire la même erreur que moi, à savoir lire ce livre dans l’obscurité (sauf si ça ne vous fait rien d’aller vérifier toutes les 5 minutes que les portes et fenêtres sont bien fermées), je ne peux que vous recommander ce roman et même, tant qu’à faire, cet auteur et toutes les enquêtes de Martin Servaz.

     

    Un extrait : L’hélico s’élança à l’assaut de la montagne comme un moustique survolant le dos d’un éléphant. Le grand toit d’ardoise de la centrale et le parking plein de véhicules s’éloignèrent brusquement – trop brusquement au goût de Servaz, qui sentit un trou d’air lui siphonner l’estomac.

    Sous l’appareil, les techniciens allaient et venaient, en combinaison blanche sur le blanc de la neige, de la gare du téléphérique au fourgon-laboratoire, transportant des mallettes qui contenaient les prélèvements effectués là-haut. Vue d’ici, leur agitation paraissait dérisoire : l’effervescence d’une colonne de fourmis. Il espéra qu’ils connaissaient leur travail. Ce n’était pas toujours le cas, la formation des techniciens en scènes de crime laissait parfois à désirer. Manque de temps, manque de moyens, budgets insuffisants – toujours la même rengaine, malgré les discours politiques promettant des jours meilleurs. Puis le corps du cheval fut emballé dans sa housse, la fermeture à glissière tirée sur lui et le tout roulé sur une grande civière jusqu’à une longue ambulance qui démarra sirène hurlante, comme s’il y avait une quelconque urgence pour ce pauvre canasson.

    Servaz regarda devant lui à travers la bulle de Plexiglas.

    Le temps s’était dégagé. Les trois tuyaux géants qui émergeaient de l’arrière du bâtiment escaladaient le flanc de la montagne ; les pylônes du téléphérique suivaient le même trajet. Il hasarda un nouveau coup d’œil vers le bas – et le regretta aussitôt. La centrale était déjà loin au fond de la vallée, les voitures et les fourgons rapetissaient à grande vitesse, dérisoires points de couleur aspirés par l’altitude. Les tuyaux plongeaient vers la vallée comme des sauteurs à skis du haut d’un tremplin : un vertige de pierre et de glace à couper le souffle. Servaz pâlit, déglutit et se concentra sur le haut du massif. Le café qu’il avait avalé au distributeur dans le hall flottait quelque part dans son œsophage.

    — Ça n’a pas l’air d’aller.

    — Pas de problème. Tout va bien.

    — Vous avez le vertige ?

    — Non…

    Le capitaine Ziegler sourit sous son casque à écouteurs. Servaz ne voyait plus ses yeux derrière ses lunettes de soleil – mais il pouvait admirer son bronzage et le léger duvet blond de ses joues caressées par la lumière violente qui se réverbérait sur les crêtes.

    — Tout ce cirque pour un cheval, dit-elle soudain.

    Il comprit qu’elle n’approuvait pas plus que lui ce déploiement de moyens et qu’elle profitait qu’ils fussent à l’abri des oreilles indiscrètes pour le lui faire savoir. Il se demanda si sa hiérarchie lui avait forcé la main. Et si elle avait renâclé.

    — Vous n’aimez pas les chevaux ? dit-il pour la taquiner.

    — Je les aime beaucoup, répondit-elle sans sourire, mais ce n’est pas le problème. Nous avons les mêmes préoccupations que vous: manque de moyens, de matériel, de personnel, et les criminels ont toujours deux longueurs d’avance. Alors, consacrer autant d’énergie à un animal…

    — En même temps, quelqu’un capable de faire ça à un cheval…

    — Oui, admit-elle avec une vivacité qui lui fit penser qu’elle partageait son inquiétude.

     

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  • [Livre] La voie du loup

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    Résumé : Elka n’a aucun souvenir de sa vie d’avant. D’avant le Grand Basculement qui a renvoyé le monde à la vie sauvage et restauré la loi du plus fort. Recueillie à l’âge de sept ans par Trappeur, un chasseur solitaire, alors qu’elle errait affamée, elle a appris à survivre dans la forêt. Mais Trappeur dissimule un horrible secret. Trappeur est un tueur. Un monstre qui n’a jamais laissé aucune proie s’échapper.
    Maintenant qu’elle le sait, Elka décide de s’enfuir. Armée de son seul couteau, traquée par le prédateur qui l’a élevée, elle part vers le Nord, à la recherche de ses vrais parents. 
    Son voyage au cœur des ténèbres commence, hanté par les souvenirs qui lui reviennent peu à peu. Féroce et vulnérable à la fois, indomptable et sensible, Elka n’est peut-être pas celle qu’elle croit


    Auteur : Beth Lewis

     

    Edition : Bragelonne

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 18 janvier 2017

     

    Prix moyen : 22€

     

    Mon avis : Dans ce livre, on se retrouve dans une société post apocalyptique, après qu’une guerre, nommée « la chute » ou « la grosse cata » ait ramené la civilisation plusieurs siècles en arrière.

    Dans ce monde dur et hostile règne la loi du plus fort et même les marshals, qui font régner une justice impitoyable et aveugle, sont plus féroces que les pires bandits.

    Les retombées des bombes tombées pendant le conflit ont créées l’apparition de « tempêtes-monstres » dévastatrices. C’est pendant l’une d’elle que l’héroïne perd sa grand-mère, sa seule famille depuis que ses parents l’ont laissé sous sa garde pour aller chercher fortune dans le nord.
    Nommée Elka par l’homme qui l’a recueillie dans la forêt et qui va l’élever, elle apprend tout ce qu’elle doit savoir pour survivre dans cet univers hostile : chasser, allumer un feu, repérer des traces, s’orienter etc…

    Elle grandit ainsi aux côté de celui qu’elle appelle Trappeur jusqu'à jour où un marshal, Jennifer Lyon, lui apprend la vérité sur celui qu’elle considère comme son père : Trappeur, de son vrai nom Kreagar est un prédateur de la pire espèce, coupable d’une dizaine de meurtres sordides. D’abord incrédule, Elka additionne certains des comportements de Trappeur et, convaincue, décide de ficher le camp.
    A partir de là, commence un vraie chasse à l’homme. Kreagar poursuit Elka, même si elle ne le sait pas pendant une grande partie du roman contrairement à nous, lecteur, car elle nous raconte l’histoire après les faits et du coup à un recul lui permettant de nous en dire plus que ce qu’elle savait elle-même au moment où elle a vécu les évènements. Le marshal Lyon poursuit Kreagar et Elka, qu’elle soupçonne de complicité. Enfin Elka poursuit un rêve : retrouver ses vrais parents.
    Elka est forte, volontaire, indépendante, débrouillarde, en revanche elle est d’une naïveté affligeante, ne connaît rien aux émotions et ne sait absolument pas juger ses semblables ce qui va la mettre à plusieurs reprises dans des situations difficiles.

    Sur sa route, Elka va rencontrer une jeune fille, elle-même porteuse d’ennuis et de secrets, Penelope, et, au contact de cette jeune fille déterminée, elle s’humanise un peu. Malgré ses propres problèmes, Penelope va lui permettre de s’ouvrir un peu.

    Je ne spoile rien en vous disant que les choses vont mal se terminer soit pour Elka, soit pour Kreagar. C’est inévitable avec deux personnalités pareilles qui s’affrontent (et puis, on sait ce qu’il va se passer dès le prologue).

    Cependant, les rebondissements ne manquent pas et il y a beaucoup de choses que je n’avais pas vu venir.

    J’ai toutefois un regret, ou plutôt deux en fait. Le premier est de ne pas avoir vu Loup plus que cela. J’aimais bien la relation entre Loup et Elka et j’ai trouvé que tout se terminait un peu en queue de poisson.

    Le second est de ne pas avoir eu d’information sur les raisons de ce nouveau monde. Certes on sait pas mal de choses mais j’aurais aimé en savoir un peu plus.

    En dehors de ces deux points, j’ai beaucoup aimé ma lecture.

     

    Un extrait : Par un temps pareil, notre petite cabane de deux pièces au fin fond de la forêt n’avait pas l’ombre d’une chance. Mamie disait que grand-père et elle l’avaient rafistolée une centaine de fois avant qu’il meure pendant le Second Conflit, une vingtaine d’années plus tôt, et qu’elle avait bien dû la reconstruire toute seule une centaine de fois depuis. Elle et moi, on n’arrêtait pas de se disputer, mais je ne gardais pas que de mauvais souvenirs de ma vie avec elle ; alors, quand la tempête est venue, j’aurais vraiment aimé qu’elle soit là pour me serrer dans ses bras puissants.

    J’ai vu la tempête approcher depuis le nord, roulant entre les collines au sommet de la vallée. Foutue vallée. Elle a agi comme un corral, un entonnoir où le vent s’est engouffré, droit vers la forêt jusqu’à notre porte, et Ridgeway quelques kilomètres plus loin. La tempête a emporté des rochers, cassé des branches et mélangé le tout avec de la glace et de la pluie. Je l’ai vue par la fenêtre, dévalant la colline tel un grizzly en chaleur.

    Le sol a tremblé. J’ai eu froid à mes doigts de pied. Le toit a été arraché et s’est écrasé contre les cèdres. Je suis certaine d’avoir hurlé, même si je ne m’en souviens pas. J’ai eu l’impression que l’enfer tombait sur mes jeunes épaules. Le tonnerre a failli me rendre sourde. La grêle et la pluie m’ont complètement gelée. Je me suis cachée sous la table de la cuisine, cramponnée à un pied comme un bébé, et j’ai crié pour que ça s’arrête, pour qu’on me laisse tranquille. Pour réclamer le retour de mamie aussi. Je l’ai maudite plus d’une fois.

    Puis j’ai été emportée dans les airs. La table s’est soulevée comme une feuille morte et, avant que j’aie eu le temps de réagir, je me suis retrouvée trop haut pour lâcher prise. J’ai enfoncé mes ongles dans le bois, les yeux plissés. Je me suis éraflé les bras et les jambes sur des rochers, des branches m’ont tirée par les cheveux. De petites billes de glace m’ont frappée au visage, on aurait dit de la limaille de fer. Ce vent nous a ballottées, la table et moi, comme si on ne pesait rien. Il s’amusait avec nous. La table a été arrachée, ou bien j’ai lâché, je ne sais plus. Je tourbillonnais dans tous les sens, je ne savais plus ce qui était en haut et en bas, ou si j’étais morte.

    Je ne sais pas grand-chose de ce qui s’est passé après. Les éléments ont dû me relâcher, après avoir assez joué avec moi. Tout à coup, j’étais en train de tomber, tiraillée par les courants d’air, et la tempête s’éloignait vers l’est. J’ai plongé la tête la première dans la forêt. J’ai traversé les branches, avec autour de moi des odeurs de cèdre, d’aulne et de cyprès. Elles m’ont bercée, ont freiné ma chute, jusqu’à ce que l’une d’entre elles refuse de me lâcher. Mon gilet est resté accroché et je me suis balancée à trois mètres du sol. J’ai senti le sang sur moi, mes coupures me piquaient et j’avais la gorge à vif à force de crier. Puis mon gilet a cédé et je suis tombée. J’ai atterri sur la mousse avec un bruit sourd et j’ai eu très mal au dos.

    Étourdie, j’étais. Je m’en souviens comme si c’était hier. La tempête s’est épuisée au-dessus de la crête. Ça ne dure jamais bien longtemps, mais ça ne s’oublie pas. J’oscillais sur mes jambes, tâchant de mettre de l’ordre dans mes pensées, de donner un sens à ce que je venais de vivre dans ma tête de gamine. Il s’est peut-être écoulé dix minutes. Ou une demi-journée. Je crois que c’est la faim qui m’a rappelée à la réalité.

    Tout était vert et brun. Impossible de distinguer le ciel à travers les branches. Je ne voyais pas à plus d’un mètre devant moi. Heureusement, ma petite taille me permettait de me faufiler entre les troncs.

    — Mamie ! j’ai crié. Mamie, t’es où ?

    Mais la forêt n’a pas répondu. Il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre que mamie ne viendrait pas.

    On habitait dans le sud de la vallée. Mais Ridgeway était encore plus au sud. Un jour, mamie me l’avait montré sur une carte. La tempête était venue du nord – une direction à éviter, donc. Ma jeune tête m’a conseillé d’aller vers le sud. En bas sur la carte. Alors, je suis partie par là.

    Je me suis perdue assez vite.

     

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  • [Livre] La fille sous la glace

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    Résumé : Encore marquée par la mort en service de son mari, l’inspectrice en chef Erika Foster découvre son nouveau poste dans un commissariat de Londres. Premier jour, première affaire et non des moindres : le corps d’Andrea Douglas-Brown, fille d’un riche industriel, a été retrouvé dans le lac gelé du Horniman Museum de Forest Hill. Que faisait la jeune femme mondaine dans ce quartier mal famé ?
    Effondrée par la disparition d’Andrea, sa famille semble pourtant redouter ce que l’enquête pourrait dévoiler d’eux. Hasard ? Vengeance ? Crime passionnel ? Pour faire éclater la vérité, Erika Foster devra faire la lumière entre règne des apparences et sombres secrets.


    Auteur : Robert Bryndza

     

    Edition : France Loisirs

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : Aout 2017

     

    Prix moyen : 21€

     

    Mon avis : Erika Foster reprend du service après avoir vécu un drame : La mort de son mari en service au cours d’une opération qu’elle-même dirigeait. J’ai d’ailleurs été très frustrée de ne pas avoir plus de détails sur cette opération.
    La reprise n’est pas de tout repos puisqu’elle se retrouve à enquêter sur la mort violente d’Andrea, fille d’un homme d’affaire aristocrate faisant partie de la chambre des Lords. Autant dire que les pressions exercées sont puissante et Erika se retrouve a devoir plus ménager les susceptibilités de la famille qu’à réellement enquêter sur le meurtre d’Andrea. D’autant plus que le détective a qui l’affaire a été retirée pour être confiée à Erika l’a assez mal pris et fait tout pour lui mettre des bâtons dans les roues.
    Au travers de l’exaspération d’Erika ont découvre une justice à deux vitesses où le rang social de la victime et du ou des suspects entrent plus en ligne de compte pour déterminer le comportement de la police que la simple équation : meurtre + meurtrier = chercher le coupable et l’arrêter.
    Aux pressions de ces gens aisés qui veulent bien qu’Erika enquête du moment qu’elle ne fouille pas trop dans leur vie privée, s’ajoute la pression des média qui ne perdent pas une occasion d’augmenter leurs tirages en attaquant tour à tour la famille, la police, les éventuels suspects et le gouvernement.
    Tout ce mic mac ne fait qu’entraver l’enquête qui n’était déjà pas facile à l’origine et quand le père de la victime s’imagine qu’il peut diriger la police à sa guise en s’appuyant sur son rang et ses amis haut placés, ça fait des étincelles. Même si Erika semble s’être lancée dans une lutte évoquant le pot de terre contre le pot de fer, elle ne baisse pas les bras et fais tout son possible pour rendre justice à la victime qui reste sa préoccupation première.
    L’auteur rend ses personnages plus réels en leur donnant une vie en dehors de l’affaire. Même si on n’insiste pas sur cet aspect des choses, les quelques scènes où l’on constate que le chef, la collègue et d’autres, ont une vie, parfois de famille, a suffit à les rendre plus consistant, sans que ces informations ne prennent jamais le pas sur l’enquête et sur l’intrigue.
    J’ai apprécié qu’aucune question ne reste en suspend à la fin du roman et j’ai également aimé que tout ne tombe pas tout cuit dans le bec d’Erika sous prétexte qu’elle prend le contrepied de sa hiérarchie. Elle rame sacrément pour étayer ses théories et, à plus d’une reprise elle se demande si elle ne fait pas fausse route. Le coupable ne lui est pas livré avec un gros nœud rouge posé sur le sommet du crâne.
    L’écriture est sacrément addictive et j’ai eu du mal à fermer le livre pour dormir. Si j’avais pu, j’aurais enchaîné les pages jusqu’à la fin sans la moindre coupure.
    Ce premier roman est une réussite et j’espère lire bientôt une nouvelle enquête d’Erika Foster !

     

    Un extrait : Erika fila se changer dans le vestiaire des femmes. Il y avait bien longtemps qu’elle n’avait plus porté cette tenue pourtant familière : pantalon noir, chemise blanche, pull noir et veste de cuir. Après avoir rangé ses vêtements civils, elle attrapa l’exemplaire du Daily Mail oublié sur l’un des bancs et y jeta un coup d’œil. Sous le gros titre – « Disparition de la fille d’un pair du Parti conservateur » – une grande photo d’Andrea Douglas-Brown montrait un gros plan de la jeune fille en bikini, sur un yacht. Fond de ciel parfaitement bleu et mer scintillante sous le soleil. Bronzée, les épaules rejetées en arrière pour mettre ses seins en valeur, Andrea défiait l’objectif d’un regard assuré et ardent. C’était une belle fille, raffinée, aux lèvres pleines et aux longs cheveux châtains. Ses yeux bruns pétillaient. La photo laissait entrevoir les épaules puissantes de deux garçons qui l’enlaçaient. L’un des deux était plus grand que l’autre. À ce détail près, impossible de savoir qui ils étaient et à quoi ils ressemblaient. Tout le reste était hors cadre.

    Une « mondaine » de seconde zone – voilà comment le Daily Mail décrivait Andrea. Ça ne lui aurait pas plu, Erika était prête à le parier. Mais, au moins, contrairement à ses concurrents, ce tabloïd s’abstenait de l’appeler familièrement « Andie ». Les journalistes s’étaient payé l’audace d’aller parler aux parents, Lord et Lady Douglas-Brown, ainsi qu’au fiancé d’Andrea. Dans l’article, tous trois la suppliaient d’entrer en contact avec eux.

    Erika glissa la main dans la poche de sa veste. Son carnet était toujours à sa place ; elle ne l’avait pas sorti depuis des mois. Elle nota le nom du fiancé, un certain Giles Osborne, et ajouta : « Andrea a-t-elle fait une fugue ? » Puis elle considéra ce qu’elle venait d’écrire… avant de déchirer furieusement la page et de ranger le carnet dans la poche revolver de son pantalon. Elle voulut mettre son badge dans l’autre poche. Ce badge…, sa main en reconnaissait la forme et le poids. L’étui de cuir avait fini par prendre une forme légèrement incurvée, à force de rester dans sa poche arrière, collé à son corps.

    Elle s’approcha des lavabos, se campa devant la glace et ouvrit l’étui à la hauteur de son visage. La photo lui renvoyait l’image d’une femme sûre d’elle. Par contraste, celle qu’elle voyait dans la glace, celle qui tenait le badge, était amaigrie et pâle à faire peur. Ses cheveux blonds coupés court grisonnaient aux racines. Et sa main tremblait.

    Erika s’observa. Il faudrait qu’elle pense à changer cette photo.

     

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  • [Livre] Au fond de l’eau

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    Résumé : Une semaine avant sa mort, Nel a appelé sa sœur, Julia. Qui n’a pas voulu lui répondre. Alors que le corps de Nel vient d’être retrouvé dans la rivière qui traverse Beckford, leur ville natale, Julia est effrayée à l’idée de revenir sur les lieux de son enfance. De quoi a-t-elle le plus peur ? D’affronter le prétendu suicide de sa sœur ? De s’occuper de Lena, sa nièce de quinze ans, qu’elle ne connaît pas ? Ou de faire face à un passé qu’elle a toujours fui ? Plus que tout encore, c’est peut-être la rivière qui la terrifie, ces eaux à la fois enchanteresses et mortelles, où, depuis toujours, les tragédies se succèdent.


    Auteur : Paula Hawkins

     

    Edition : Sonatines

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 08 juin 2017

     

    Prix moyen : 22€ (broché) ; 8,50€ (poche)

     

    Mon avis : Comme dans son premier roman, La fille du train, ce thriller est plus psychologique que rempli d’action. Il ressemble à un puzzle qui se reconstitue lentement sous nos yeux, où certaines pièces, qui ont l’air de ne pas cadrer avec l’ensemble, prennent tout leur sens une fois posée à côté des autres. Le suspense est aussi prenant que dans le premier roman de Paula Hawkins mais comporte moins de longueur. De toute évidence, l’auteur a appris de ses erreurs.
    Il y a beaucoup de personnages, ce qui peut déstabiliser au début de la lecture. Mais chacun de ces personnages détenant un fragment de l’énigme, on se fait vite à leur présence, d’autant plus que les ramifications qui les relient les uns aux autres ne sont pas difficiles à retenir. Chacun de ces personnages a donc un fragment de la solution, tout en ignorant les fragments que possèdent les autres. Mais comme chacun d’entre eux a ses propres raisons de ne pas dire tout ce qu’il sait, on avance lentement vers la résolution du mystère.
    Les passages sur Libby Seeton et Annie Ward sont plaisants à lire mais je ne trouve pas qu’ils apportent grand-chose à l’histoire si ce n’est pour appuyer la phrase écrite par Nel : « Beckford n’est pas un lieu à suicide. Beckford est l’endroit où l’on se débarrasse des femmes à problèmes. ». Et comme c’est quand même cette phrase qui fait que Julia, la sœur de Nel, doute de son suicide, elle est quand même importante.
    Ce qui fait la force de ce roman, c’est que pas moins de 5 personnages avaient l’opportunité et le mobile pour tuer Nel. On peut même dire 6 avec Nel elle-même si on considère la thèse du suicide qui n’est pas formellement écartée.
    J’ai beaucoup aimé la manière dont Julia semble (re)découvrir sa sœur et régler certains problèmes de leur passé ayant laissé une profonde rancune  à Julia.
    Nel n’apparait pas comme particulièrement sympathique mais sa mort va faire remonter à la surface d’autres drames et permettre de les clarifier.
    Malgré le grand nombre de personnages, je n’ai jamais perdu le fil de ma lecture tant l’auteur n’a rien laissé au hasard, ni dans la structure de son roman ni dans l’histoire elle-même.
    Malgré les différentes possibilités, j’ai très vite eu mon idée sur le coupable. On ne peut pas dire que je me sois complètement trompée mais il me manquait un élément, et pas des moindres !
    Si j’ai un bémol à formuler, c’est que le sort de l’un des personnages reste en suspens alors même que l’auteur a pris la peine de nous renseigner sur celui de tous les autres.
    Mais en dehors de ça, c’était un thriller psychologique très bien mené et très prenant.

     

    Un extrait : Tu voulais me dire quelque chose, c’est ça ? Qu’est-ce que tu essayais de me dire ? J’ai l’impression d’avoir dérivé loin de cette conversation il y a si longtemps. J’ai arrêté de me concentrer, j’ai pensé à autre chose, j’ai continué d’avancer, je n’écoutais plus, et j’ai perdu le fil. Ça y est, tu as toute mon attention à présent. Pourtant, je n’arrive pas à m’empêcher de penser que je suis passée à côté de l’essentiel.

    Quand ils sont venus m’annoncer la nouvelle, ça m’a mise en colère. J’ai d’abord été soulagée, parce que quand deux policiers se présentent à la porte au moment où on cherche son billet de train juste avant de filer au travail, on craint le pire. J’ai eu peur pour les gens auxquels je tiens – mes amis, mon ex, mes collègues. Mais ce n’était pas eux, m’ont-ils dit, c’était toi. Alors j’ai été soulagée, juste un instant, puis ils m’ont expliqué ce qui s’était passé, ce que tu avais fait, et quand ils m’ont dit que tu étais allée dans l’eau, ça m’a rendue furieuse. Et ça m’a fait peur.

    J’ai cherché ce que j’allais pouvoir te dire en arrivant, je savais que tu avais fait ça exprès pour me faire du mal, pour me contrarier, pour m’effrayer, pour bouleverser ma vie. Pour attirer mon attention, pour me forcer à revenir. Alors bravo, Nel, tu as réussi : me voilà de retour dans cet endroit que je ne voulais plus jamais revoir, sommée de m’occuper de ta fille, et de remettre de l’ordre dans tout ton bordel.

     

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  • [Livre] Sang de glace

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    Résumé : « Tu seras châtiée... »

    Terrée dans son appartement, l'auteur de romans à succès, Caitlin Bennett sent l'angoisse envahir sa vie. Une fois de plus, elle vient de recevoir une lettre de menaces écrite à l'encre rouge sang, adressée par un fan dérangé. Devant l'indifférence de la police, la jeune femme engage alors un ex-flic, Connor McKee, pour assurer sa protection.

    Car une menace réelle pèse sur elle. Plusieurs femmes ont en effet été retrouvées assassinées à New York, le visage balafré d'une profonde entaille en forme de croix. Et toutes ressemblaient étrangement à Caitlin. Comme si c'était elle qui était visée à travers ces crimes. Comme si, poussé par un terrible et obscur désir de vengeance, le meurtrier ne faisait que parfaire sa technique.

    En attendant le moment de réclamer enfin sa dernière victime...


    Auteur : Sharon Sala

     

    Edition : Harlequin

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 01 juillet 2006

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : Pourquoi, pourquoi, pourquoi faut-il toujours que ceux qui vont finir en couple commencent l’histoire en étant comme chien et chat ? Pourquoi, pour changer un peu, ne seraient-il pas amis ? Ou des connaissances qui s’apprécient ?
    Les auteurs sont-ils aussi peu sur de la trame de leur thriller qu’ils pensant avoir besoin de ces artifices pour séduire le lecteur ?
    Enfin voilà, une fois ce coup de gueule posé, je dois dire que j’ai vraiment apprécié ce livre.
    L’intrigue est bien ficelée et l’angoisse monte peu à peu, sans aller trop vie, mais sans accalmie.
    On comprend très vite pourquoi le tueur en veut à Caitlin, c’est rapidement assez clair, pour autant, on ne sait pas qui il est.
    Bon on se doute bien qu’il ne va pas nous tomber du ciel et qu’il traine dans les parages.
    J’ai fini par comprendre qui il était, mais honnêtement, j’ai compris quelques pages avant que ce soit révélé noir sur blanc. Cela dit, une fois que je savais que c’était lui, j’ai remarqué plein d’indices, dans ma lecture, qui pointaient vers lui. Mais bien sûr, je n’avais pas fait le rapprochement (quand je dis que j’aurais été un très mauvais flic).
    Même s’il y a beaucoup de tension, entre les meurtres d’un côté et le harcèlement de Caitlin de l’autre, il y a beaucoup d’humour, surtout venant de Caitlin qui tourne souvent ses phrases de manière à se moquer gentiment de son interlocuteur ou de façon à dédramatiser la situation.
    J’ai beaucoup aimé que Caitlin soit aussi perturbée par le regard des autres sur son argent. Toute sa vie, elle a été « la fille de » et son père avait l’air d’être un abruti fini, arrogant et fier à l’excès de son niveau social au point de décider des relations de sa fille en fonction du portefeuille des parents de ses camarades. Maintenant qu’elle a hérité de lui, on continue à la discréditer, à remettre en cause son choix d’écrire, comme si le fait d’être riche était une tare qui lui interdisait de suivre la carrière qui lui fait envie.
    L’écriture de l’auteur est agréable et j’ai lu le tout en quelques heures.

     

    Un extrait : « Tu seras châtiée. » Caitlin Bennett prit une profonde inspiration tout en parcourant des yeux la lettre qu’elle tenait d’une main tremblante. Si elle l’avait déjà lue et relue, l’avertissement qu’elle contenait ne changeait pas pour autant… C’était la dernière en date d’une série de missives haineuses qu’elle recevait depuis six mois ; chacune d’elles était pire que la précédente.
    Quand la première était arrivée, elle n’y avait vu que l’expression du mécontentement de quelque fan. Après tout, elle était C.D. Bennett, auteur de romans policiers à succès, et elle avait déjà reçu bien d’autres courriers bizarres dans sa carrière. Néanmoins, lorsque lui parvint la deuxième lettre, puis la troisième, l’une comme l’autre porteuse du même message vindicatif, elle avait commencé à se sentir nerveuse. Des personnalités publiques avaient été tuées après avoir été moins menacées que ça…
    Préférant pécher par excès de précaution, elle avait contacté Boran Fiorello, inspecteur au 45e district – un vieil ami de sa famille. Il lui accorda la plus grande attention, mais les lettres ne lui parurent pas réellement inquiétantes. Maintenant qu’elle y repensait, Caitlin pouvait comprendre sa réaction.
    Les trois premiers courriers pouvaient se prévaloir d’une certaine ambiguïté. Ils se résumaient à un chapelet de critiques assez anodines ; pas étonnant que Fiorello n’ait pas été impressionné par leur teneur… Il l’avait d’ailleurs congédiée avec une tape sur l’épaule et la promesse de l’emmener dîner au restaurant un jour prochain.
    Cependant les lettres avaient continué à arriver, de plus en plus comminatoires – et angoissantes. Persuadée que Fiorello prendrait ces nouveaux envois plus au sérieux, elle l’avait rappelé. Sa réponse fut brève, presque désinvolte. Selon lui, aucune loi n’interdisait qu’on n’aime pas ses livres, ni qu’on le lui signifie : à moins d’avoir été physiquement menacée – ce qui n’était pas le cas -, elle n’avait aucune raison de se faire du souci. Peu désireuse d’essuyer une autre humiliation, elle avait renoncé à le convaincre du bien-fondé de ses craintes, alors même que la véhémence des messages s’aggravait.

     

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  • [Livre] Black Ice

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    Résumé : En décidant de passer un week-end à la montagne avec sa meilleure amie, Britt était loin d’imaginer que son ex, Calvin, serait aussi de la partie. Tandis qu’elle profite du trajet pour réfléchir à leur histoire, Britt et Korbie se retrouvent bloquées au milieu de nulle part dans une terrible tempête de neige. Bravant le froid glacial, elles finissent par trouver refuge dans un chalet occupé par deux beaux inconnus. Deux malfaiteurs en fuite qui les prennent en otage.
    Tandis qu’elle échafaude des plans pour trouver une issue, l’angoisse de Britt grimpe d’un cran : elle découvre que plusieurs meurtres ont été commis dans la région. Sans compter que le comportement bienveillant de Mason, un des deux ravisseurs, est déconcertant : est-il un ennemi ou un allié ? Peut-elle lui faire confiance ? Les apparences sont trompeuses au milieu du blizzard, et les secrets bien gardés…

    Auteur : Becca Fitzpatrick

     

    Edition : Les éditions du Masque

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 04 février 2015

     

    Prix moyen : 17€

     

    Mon avis : Dès le début du livre, j’ai trouvé que la relation entre Korbie et Britt était complètement toxique. Korbie semble voir Britt soit comme un faire-valoir, soit comme une rivale. Sa manière de la pousser à faire des choses qu’elle ne voulait pas faire en se moquant d’elle, en la critiquant etc… Ce n’est pas de l’amitié ce genre de relation !
    Alors c’est vrai que la famille de Korbie peut mettre mal à l’aise. On parle beaucoup des colères et de l’intransigeance du père, mais aussi de la manière qu’on les parents et Korbie de mettre toujours leur argent en avant. On peut comprendre que le fils, et ex-petit-ami de Britt, ne se soit pas empressé de revenir les voir une fois parti. Lui, Calvin, dans la façon qu’il a eu de rompre avec Britt, on se dit qu’il n’a jamais appris à communiquer. Et quand Britt se souvient de leurs moments passés ensemble, je ne l’ai pas trouvé si bien que ça. Il semblait faire plus attention à ce que ses copains allaient penser de lui qu’à sa copine.
    Je ne vais pas vraiment parler de Korbie parce que je l’ai trouvée inintéressante : elle est puérile, inconstante, pleurnicheuse et quoi qu’il arrive, elle reste fidèle à elle-même : une fillette pourrie-gâtée égoïste.
    En revanche, j’ai beaucoup aimé Britt et l’évolution qu’elle a dans le roman. Au début, elle est, elle aussi un peu puérile, elle est peu sûre d’elle et se repose sans cesse sur son père et son frère, ne prenant aucune décision par elle-même. Et puis, dans son aventure, elle commence à s’affirmer, à prendre des décisions, en un mot, à se prendre en main. Et elle y arrive se prouvant ainsi à elle-même qu’elle n’a pas besoin des autres pour s’en sortir. Pendant tout le livre, elle est en constante évolution, et une évolution positive.
    On sent que l’auteur s’est renseigné sur le terrain qu’elle décrit, sur les tempêtes et la survie en montagne car ses descriptions nous donnent réellement l’impression d’être perdus en plein blizzard. Si je n’avais pas lu ce livre au printemps, je serais allée vérifier s’il ne neigeait pas dehors tant j’avais l’impression de sentir le froid qu’elle décrivait.
    Concernant les meurtres commis dans la région, et dont l’un d’eux ouvre le livre, j’ai vite éliminé un suspect, que pourtant, à la lecture du résumé, j’étais encline à mettre dans la case des coupables.
    Pendant un temps, j’ai suivi une piste, mais une scène m’a mis sur la bonne voir et j’ai fini par comprendre, ni trop tôt, ni trop tard, qui était le coupable. En revanche, jamais je n’aurais imaginé les raisons qui le motivent. Là je suis restée sciée !
    Il y a une romance qui, bien que bien présente, n’empiète pas sur le côté thriller. J’ai même trouvé qu’à plus d’un titre, elle renforce les côtés noirs du roman.
    Après avoir lu ce livre, vous y réfléchirez à deux fois avant d’aller camper dans la montagne à la sortie de l’hiver !

     

    Un extrait : Si je mourais, ce ne serait sûrement pas d’hypothermie.

    J’entassai mon sac de couchage garni de plumes dans le coffre de ma Jeep avec cinq autres bagages remplis de matériel divers, de couvertures en laine polaire, de draps chauds, de chaussettes de ski et de tapis de sol isolants. Une fois assurée de ne rien perdre en route durant les trois heures de trajet jusqu’à Idlewilde, je rabattis le hayon et m’époussetai les mains sur mon short en jean.

    Rod Stewart ronronna son « If you want my body » dans le haut-parleur de mon téléphone, que je laissai sonner pour chanter en chœur avec lui : « … and you think I’m sexy. » Sur le trottoir d’en face, la voisine ferma rageusement la fenêtre de son salon. Navrée, Mme Pritchard. C’était trop tentant.

    — Salut, miss, me lança Korbie quand je décrochai, avant de faire éclater une bulle de chewing-gum. Alors, pas de retard prévu sur l’horaire ?

    — Léger contretemps. La Jeep est pleine à craquer, répondis-je avec un soupir exagéré. J’ai pu caser les sacs de couchage et l’équipement, mais nous allons devoir laisser un bagage. Tu sais, le bleu marine avec des poignées roses.

    Amies depuis toujours, Korbie et moi prenions un malin plaisir à nous taquiner comme deux sœurs.

    — Si tu abandonnes ma valise, tu peux dire adieu à mon fric.

    — J’aurais dû me douter que tu jouerais la carte de la gosse de riche.

    — Quand on a un atout, il faut s’en servir. Remercie le taux croissant de divorces qui remplit le tiroir-caisse de ma mère. Si les gens apprenaient à se rabibocher, elle se retrouverait vite au chômage.

    — Et tu serais contrainte de déménager. Alors, ne crachons pas sur le divorce.

    Korbie lâcha un ricanement diabolique.

    — Je viens d’appeler Bear. Il n’a pas encore bouclé ses bagages, mais il m’a juré qu’il nous rejoindrait à Idlewilde avant la nuit.

    Idlewilde, le splendide chalet de ses parents, niché au cœur du parc national de Grand Teton, serait durant toute une semaine notre unique point d’ancrage dans la civilisation.

    — Il est prévenu, reprit-elle. S’il m’oblige à déloger les chauves-souris des avant-toits toute seule, ses vacances vont lui paraître longues et chastes.

    — Je n’arrive toujours pas à croire que tes parents t’autorisent à partir seule avec ton copain.

    — Euh… à ce sujet…

    — J’en étais sûre ! C’était trop beau pour être vrai.

    — Calvin nous accompagne pour jouer les chaperons.

    — Tu plaisantes ?

    Korbie lâcha une exclamation répugnée.

    — Il rentre lui aussi pour les vacances et mon père l’a contraint à nous suivre. Je n’ai pas encore eu l’occasion de lui parler, mais il doit être vert. Il a horreur que mon père le régente, surtout depuis qu’il est entré à la fac. J’imagine d’ici son humeur massacrante que je devrai supporter toute la semaine.

    Les jambes en coton, je dus m’appuyer contre le pare-choc de la Jeep. J’eus brusquement du mal à respirer. D’un seul coup, le fantôme de Calvin réapparaissait. Je me rappelai notre premier baiser, lors d’une partie de cache-cache au bord de la rivière, derrière leur maison. Il avait trituré le crochet de mon soutien-gorge et glissé sa langue dans ma bouche pendant qu’une nuée de moustiques me bourdonnait aux oreilles. J’avais gâché cinq pages de mon journal intime à relater l’événement dans les moindres détails.

     

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  • [Livre] Emma dans la nuit

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    Résumé : Les sœurs Tanner, Emma, 17 ans, et Cass, 15 ans, sont devenues tragiquement célèbres depuis leur inexplicable disparition de la communauté calme et aisée où elles ont grandi. Trois ans après les faits, Cass frappe à la porte de chez ses parents. Interrogée par le FBI, elle raconte l’enlèvement dont sa sœur et elle ont été victimes et décrit une mystérieuse île où elles auraient été retenues captives. Emma y serait toujours. Mais la psychiatre qui suit cette affaire, le Dr Abigail Winter, doute de sa version des faits. En étudiant sa personnalité, elle découvre, sous le vernis des apparences, une famille dysfonctionnelle. Que s’est-il réellement passé trois ans auparavant ? Cass dit-elle toute la vérité ?


    Auteur : Wendy Walker

     

    Edition : Sonatine

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 15 Février 2018

     

    Prix moyen : 21€

     

    Mon avis : J’avais beaucoup aimé « Tout n’est pas perdu » qui explore les mécanismes de la mémoire et la possibilité pour un psychiatre d’orienter les souvenirs qui remontent à la surface après un traumatisme.
    Quand le second livre de l’auteur est sorti, avec un résumé des plus alléchants, je n’ai pas hésité une seconde. Et j’ai bien fait !
    Dès le début, j’étais « du côté » d’Abigail Winter. Savoir que, 3 ans auparavant, quand les filles ont disparu, elle avait des doutes sur la famille et que ses supérieurs non content de ne pas la soutenir, l’on obligée à voir elle-même un psychiatre, ça m’a rendu dingue. J’avais envie que Cass, quand elle réapparait, coupe court aux interrogatoires de police et leur dise de faite leur putain de job au lieu de toujours chercher à couvrir leurs arrières.
    J’ai eu le même sentiment quand j’ai lu que le témoignage de leur frère a été écarté avec des excuses telles que : « il dit ça parce qu’il est en colère ». Ne pas prendre en compte des accusations somme toutes graves sous prétexte que ça va contrarier la famille, qu’on n’a pas envie de déranger… ça me parait totalement aberrant quand la vie de deux jeunes filles sont en jeu. Car quand Emma et Cass ont disparu, personne ne sachant si elles avaient fugué, avaient eu un accident ou avaient été enlevées, le mieux est de partir du principe qu’elles sont en danger, non ?
    Le récit alterne entre le point de vue de Cass, à la 1ère personne et celui d’Abigail Winter qui est lui à la 3ème personne.
    L’attitude de Cass est étrange mais j’ai quand même eu le sentiment qu’au moins une partie de ce qu’elle racontait était la vérité. En effet, ses pensées et sentiments, qu’elle ne partage qu’avec le lecteur, vont dans le sens de ce qu’elle raconte aux enquêteurs et ce n’est qu’à la fin que l’on voit que certains passages pouvaient donner lieu à plusieurs interprétations. Même si dès le début, elle est claire dans le fait que le récit qu’elle va offrir au monde, que ce soit les enquêteurs ou sa famille, est construit avec précision pour atteindre un certain but, on se dit que s’il y a mensonge, ils doivent être suffisamment proches de la vérité pour être crédibles et résister à des vérifications de la part de la police.
    Avec en tête les doutes d’Abigail, il est difficile de se faire une idée sur Cass et si j’avais un petit doute sur la vérité, je ne savais pas du tout comment les choses s’étaient passées pour arriver à cette vérité.
    Ca a dépassé tout ce à quoi je m’attendais.
    Je me suis attachée à Cass malgré son attitude détachée parce qu’on sent que ce qu’elle fait a une importance capitale pour elle, que ce n’est pas juste une jeune femme qui refuse de tout dire. En revanche, j’ai détesté sa mère et je n’attendais qu’une chose c’est que son comportement éclate aux yeux de tous, qu’elle soit ridiculisée devant les voisins, dans les médias, bref que sa vie soit irrémédiablement détruite. Sur ce point-là, j’ai trouvé que cette garce s’en tirait à bon compte. Mais ce ne sera peut-être pas l’avis de tout le monde.
    J’ai été complètement emportée par ce thriller et par la plume de l’auteur. Sans aucune hésitation, je lirai son prochain roman !

     

    Un extrait : Les gens croient ce qu’ils ont envie de croire. Les gens croient ce qu’ils ont besoin de croire. Peut-être n’y a-t-il aucune différence entre les deux. Une chose est sûre, la vérité peut nous échapper, se dissimuler dans notre angle mort, être masquée par nos préjugés, ignorée par nos cœurs affamés qui aspirent à la paix. Pourtant, elle est là : il suffit d’ouvrir les yeux et de regarder. Encore faut-il faire l’effort de regarder.

    Il y a trois ans, lorsque nous avons disparu, ma sœur et moi, personne n’a rien vu.

    On a retrouvé la voiture d’Emma à la plage. Son sac à main était à l’intérieur, sur le siège côté conducteur. Ses clés étaient dans le sac. On a repêché ses chaussures dans l’eau, ballottées par le ressac. Certains ont cru qu’elle avait rendez-vous avec une ou plusieurs personnes qui n’étaient jamais venues. Elle était allée se baigner et s’était noyée. Peut-être était-ce un accident. Peut-être un suicide.

    En tout cas, pour eux, Emma était morte.

    Mais pour moi, ce n’était pas si simple.

    J’avais 15 ans au moment de notre disparition. Jamais Emma n’aurait accepté que je l’accompagne. Elle entrait en terminale et n’avait pas besoin d’un pot de colle. Mon sac à main était dans la cuisine. Rien n’indiquait que j’étais allée à la plage. Tous mes vêtements étaient à leur place dans mon armoire. C’était ma mère qui l’affirmait, et les mères savent ce genre de choses. Non ?

    Mais on a retrouvé des cheveux à moi dans la voiture et certaines personnes se sont raccrochées à ça, même si j’avais eu un tas d’occasions d’en laisser là. Ils s’y sont raccrochés parce que, si je n’étais pas avec Emma et si je ne m’étais pas noyée cette nuit-là, peut-être en essayant de la sauver, alors où étais-je ? Ces gens-là préféraient me croire morte, parce que c’était trop dur de se poser cette question.

    D’autres étaient moins catégoriques. Ceux-là ne rejetaient pas l’éventualité d’une étrange coïncidence : une sœur noyée à la plage, l’autre fugueuse ou enlevée. Mais… quand on fugue, on prend au moins un sac et quelques affaires. Ce qui signifiait que j’avais été enlevée. Mais… ce genre de drame n’arrive généralement pas aux gens comme nous.

    Il y avait eu une scène, ce soir-là, ce qui alimentait les théories privilégiant la coïncidence. Ma mère avait une façon de raconter l’histoire qui captivait son auditoire et inspirait suffisamment de compassion pour étancher sa soif d’attention. C’était là, dans son regard, lorsqu’elle passait sur les chaînes d’information et dans les talk-shows. Elle décrivait la dispute entre Emma et moi, nos cris perçants et nos pleurs d’adolescentes. Puis le silence. Puis la voiture quittant la maison après l’heure du coucher. Elle avait vu les phares de la fenêtre de sa chambre. Arrivée à ce point de son récit, elle était en larmes, et un soupir ému parcourait le studio.

    On décortiquait nos vies dans l’espoir de trouver une réponse. Les réseaux sociaux, les amis, les SMS, les journaux intimes. Rien n’était épargné. Nous nous étions disputées au sujet d’un pendentif, expliquait-elle. Je l’avais acheté à Emma pour la rentrée des classes. Sa dernière année de lycée ! Ce n’était pas rien. Cass était jalouse. Elle était toujours jalouse de sa grande sœur.

    Des larmes, encore.

     

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  • [Livre] Personne n’a oublié

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    Résumé : Sam, huit ans, tombe du haut d’une grange et meurt le crâne fracassé. Pour Colette, sa mère, impossible de croire à un accident. Elle soupçonne François, son mari, un homme violent et secret, de ne pas être étranger au drame. Dix ans auparavant, Colette, enceinte d’un autre homme, a été contrainte de l’épouser. Dès lors, son mari a imposé la terreur et la tyrannie au sein de leur foyer. Bravant la violence de cet homme, Colette s’engage dans une dangereuse quête de vérité. Quel rôle a-t-il joué dans la mort de Sam ? Et quel est ce trouble passé que François semble vouloir cacher à tout prix ? Au cœur de ce petit village du Morvan, les esprits s’échauffent et les tensions remontant à la guerre atteignent leur paroxysme. Le village bruisse de rumeurs et de douloureux secrets ne tardent pas à resurgir… 


    Auteur : Stéphanie Exbrayat

     

    Edition : France loisirs

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : novembre 2017

     

    Prix moyen : 18€

     

    Mon avis : Ce roman commence par un drame : la mort d’un petit garçon de 8 ans qui a, semble-t-il, chuté du 2nd étage de la grange. Mais sa mère, Colette, ne croit pas à la thèse de l’accident. Mariée à un homme qu’elle déteste et qui n’est pas le père biologique de l’enfant, elle est persuadée qu’il est, d’une manière ou d’une autre, responsable de la mort de son enfant.
    Colette est une femme résignée et soumise qui va se découvrir un courage insoupçonné quand il va s’agir de découvrir ce qui est arrivé à son fils.
    Elle a peu de temps pour y parvenir car elle a décidé de se refuser à son mari et sait qu’il ne l’acceptera pas. Dans les années 60, le mari avait tout pouvoir, sa femme ne pouvait même pas avoir un emploi ou un compte en banque, alors quand on sait que le viol conjugal n’a été reconnu (et encore par jurisprudence) que dans les années 90. Il est clair pour Colette que son refus ne peut se solder que par un drame.
    Le compte à rebours qu’elle note soigneusement dans son carnet fait froid dans le dos.
    Colette, toujours à cause de la place de la femme dans la société des années 60, n’a jamais eu la possibilité de quitter son mari. C’est une éventualité qu’elle ne prend même pas la peine d’envisager : comment fuir quand on n’a pas d’argent, pas de compte en banque, pas le droit de travailler ? Quant à divorcer, c’était quasiment impossible. Le seul divorce autorisé était le divorce pour faute et il n’était sans doute pas facile à obtenir, d’autant plus s’il était demandé par la femme.
    En parallèle de la quête de Colette, on peut voir la vie d’un village qui est encore touché par l’après guerre. Et particulièrement par le sentiment que bon nombre de collabos ont échappé à la justice. Comme ceux-ci ne peuvent plus être traduits devant les tribunaux, les hommes sont bien décidés à faire justice eux-mêmes. Et François, le mari de Colette, qui vient de la ville, qui est renfermé, qui ne se mêle pas de la vie du village, qui fait peur par son attitude, est un suspect idéal et les commentaires vont bon train sur son compte.
    On pourrait penser que cette méfiance serait bénéfique à Colette, qui elle, est née au village, mais en fait cela lui mettrait plutôt des bâtons dans les roues.
    J’ai beaucoup aimé Madeleine, même si elle m’a agacée au début à remettre en question chaque chose que disait Colette et bien sûr le docteur Verdier, qui est toujours présent pour la jeune femme.
    François est détestable, mais a plusieurs reprises son attitude est en totale contradiction avec le comportement qu’il affiche à longueur de temps.
    La résolution du mystère de la mort de Sam ne m’a pas vraiment surprise, je m’attendais à ça. En revanche, je ne m’attendais pas à tout ce que l’enquête de Colette allait faire ressortir au grand jour. Tant de drames cachés qui ont tous, de manière plus ou moins importante, contribués à réunir les circonstances de la mort de cet enfant.

     

    Un extrait : Les premiers jours qui ont suivi les obsèques, Colette trimballait sa douleur autour de la tombe. Hébétée et incrédule, elle balayait les feuilles d’automne. Elle nettoyait. A l’aide d’une petite brosse, elle frottait la pierre dans le sillon des lettres creusées.

    Sam Guillot
    1954 – 1962

    La jeune femme ne parvenait pas à se défaire de l’image cauchemardesque de son fils mort sur les pavés de la grange, sa chevelure blonde poisseuse et noire de sang, sa jambe désarticulée comme celle d’un pantin cassé. L’avenir sans Sam ne semblait plus être qu’un abîme noir et froid, où toute diversion à sa peine serait vaine et grotesque.
    Au fil des semaines, son chagrin devenait lourd et invalidant. Son corps n’était plus que le dégorgeoir de son esprit malade, et les journées passées à vomir dans un seau le peu qu’elle avalait alternaient avec les suées nocturnes, qui trempaient ses draps. Elle se vidait de sa sève par tous les pores de sa peau. Ses mèches brunes collaient à son front, dessinant autour de sa tête un casque de guerrière. Ses membres s’amaigrissaient pernicieusement. Colette ne tenait plus debout. Craignant pour sa vie, le Dr Verdier l’avait transportée à l’hôpital. Elle ne luttait pas, attendant une chimérique délivrance. Mais les infirmières et les médecins, gonflés de compassion à son égard, ne l’auraient pas laissée mourir. Perdre son enfant comme ça. Pauvre Colette. Ils s’étaient pris d’affection pour cette femme gracile, pour ce regard bleu changeant, empli de sidération. Bourré de gardénal et alimenté par les veines, à vingt-sept ans, le corps a des ressources. La tête aussi.
    C’est là, allongée dans ce lit aseptisé, éloigné du lieu de la catastrophe, que les premiers doutes ont commencé à l’assaillir.

     

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