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Policiers/Thrillers

  • [Livre] Défaillances

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    Lecture terminée le : 03 décembre 2019

     

    Résumé : Tout a commencé cette nuit-là, dans la forêt.
    Cassandra ne s’est pas arrêtée pour proposer son aide à la conductrice de la voiture immobilisée sur le bord de la chaussée, en plein orage.
    Lorsqu’elle apprend le lendemain que la femme a été retrouvée sauvagement assassinée, Cass est assaillie par la culpabilité. Et les coups de fil anonymes qu’elle reçoit désormais chez elle ravivent son angoisse. Elle en est persuadée : quelqu’un l’a vue, ce soir-là. Quelqu’un qui continue de l’observer. Quelqu’un qui pourrait bien être l’assassin.
    Pourtant ni son mari, ni sa meilleure amie ne prennent ses craintes au sérieux. Et alors que Cass elle-même commence à douter face à ses trous de mémoire de plus en plus fréquents, ses angoisses se transforment en terreur.


    Auteur : B.A. Parris

     

    Edition : Hugo

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 04 janvier 2018

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : Ce livre m’a rendue dingue !

    Alors, j’avais bien une théorie, mais je n’arrivais pas, dans l’histoire, à trouver de quoi l’étayer.
    A cause des antécédents familiaux de Cass, le personnage principal, on est en permanence dans le doute.
    Déjà, soyons clairs, concernant l’événement avec lequel débute le roman, à savoir que Cass ne s’arrête pas pour aider une jeune femme dont la voiture est arrêtée au bord d’une route traversant la forêt (de nuit, par temps d’orage), n’importe quelle femme aurait réagi de la même manière ! Franchement, vous seriez sortie de la voiture vous ? Sous l’orage, en pleine nuit, sur une route déserte, en pleine forêt ? Alors que personne dans la voiture n’a réagi à vos appels de phares ? Hein ? Voilà. Moi non plus.
    Sauf que le lendemain, Cass apprend que ladite jeune femme a été assassinée.
    Elle est rongée par la culpabilité et cette culpabilité est d’autant plus forte que Cass avait promis à son mari de ne pas emprunter cette route (je manque peut-être d’empathie, mais à sa place je serais surtout soulagée de ne pas être tombée nez à nez avec le tueur !).

    Dans l’impossibilité de s’épancher, la jeune femme se triture le cerveau.
    Quand elle commence à se sentir observée, surveillée, et qu’elle a, en prime, de nombreux trous de mémoires, elle est persuadée d’être persécutée par le meurtrier.
    Son entourage ne la croit pas (on se demande pourquoi, tiens !) et le spectre de la maladie de sa mère (diagnostiquée atteinte de démence précoce à l’âge de 40 ans) la font craindre d’être en train de perdre la tête.
    Plus Cass plonge dans la peur et la paranoïa, plus ses symptômes s’aggravent.
    On finit par ne plus savoir que croire, tout comme Cass, d’ailleurs.
    Est-ce que la jeune femme est vraiment persécutée ? Le tueur de la femme de la forêt la poursuit-il vraiment ? Ou Cass s’enfonce–t-elle dans la maladie, comme semblent le penser son mari et ses amis ?
    La descente aux enfers de Cass se fait tellement progressivement qu’on a vraiment l’impression d’assister à la détérioration de son esprit et la théorie du tueur aux aguets est mise à mal à plusieurs reprises par les réflexions des uns et des autres.
    Alors certes, son entourage ne sait pas, contrairement à nous, que Cass était dans la forêt à l’heure approximative du meurtre, mais cela ne donne aucune certitude quant à ce qu’il se passe car chaque action de Cass peut être interprétée de deux manières différentes.

    Je peux vous dire que j’ai soupçonné tout le monde : les collègues, le mari de Cass, le voisin, les amis, la maladie et même le mari de la femme assassinée.
    Même si j’avais une théorie dès le départ, elle ne reposait sur rien d’autre qu’une intuition et, au fil de ma lecture, je ne trouvais guère d’indices qui allaient dans ce sens (ou plutôt, les indices que je trouvais pouvaient aller dans ce sens comme dans deux autres directions).
    Jusqu’à la presque fin du roman, on va se poser ces questions sans relâche.
    Il était vraiment difficile de lâcher ce livre, du coup, je l’ai quasiment lu d’une traite.
    Surtout quand la lumière commence à se faire sur toute cette histoire !
    Là, impossible de le reposer avant de savoir la toute fin de l’histoire !

     

    Un extrait : Je me réveille le lendemain matin pour trouver Matthew assis sur le bord du lit, une tasse de thé à la main.

    « Quelle heure est-il ? murmuré-je, peinant à ouvrir les yeux face au soleil qui se déverse par la fenêtre.

    — Neuf heures. Je suis debout depuis sept.

    — Comment va ta migraine ?

    — Partie. » Dans le soleil, ses cheveux blonds ont des reflets d’or. Je tends la main, la passe dans sa chevelure. J’aime son épaisseur.

    Lorgnant la tasse, pleine d’espoir, je demande : « C’est pour moi ?

    — Bien sûr. »

    Je me tortille pour m’asseoir et je renfonce la tête dans les oreillers. En bas, ma chanson préférée pour être de bonne humeur, Lovely Day, passe à la radio et avec la perspective des six semaines de vacances à venir, la vie est belle.

    « Merci, dis-je en lui prenant la tasse. Tu as réussi à dormir ?

    — Oui, comme une marmotte. Désolé de ne pas avoir pu t’attendre. Le retour s’est bien passé ?

    — Très bien. Mais il y a eu des éclairs et du tonnerre. Et beaucoup de pluie.

    — Bon, au moins, le soleil est de retour ce matin. » Il me donne un gentil coup de coude. « Allez, pousse-toi. » En faisant attention de ne pas renverser mon thé, je lui laisse une place et il se glisse dans le lit à côté de moi. Il lève le bras et je me blottis contre lui, la tête sur son épaule. « On a retrouvé une femme morte pas loin d’ici, dit-il si doucement que je le comprends à peine. Je viens de l’entendre aux infos.

    — C’est atroce. » Je pose mon thé sur la table de chevet et je me tourne vers Matthew. « Quand tu dis “pas loin d’ici”, qu’est-ce que tu veux dire ? À Browbury ? »

    Il caresse une mèche sur mon front, les doigts doux sur ma peau. « Non, plus près, quelque part sur la route qui traverse la forêt entre ici et Castle Wells.

    — Quelle route ?

    — Tu sais, Blackwater Lane. » Il se penche pour m’embrasser mais je m’écarte.

    « Arrête, Matthew. » Le cœur voletant derrière mes côtes comme un oiseau enfermé dans sa cage, je le regarde en attendant qu’il se mette à sourire, qu’il m’annonce qu’il sait que je suis rentrée par là hier soir et qu’il me taquine seulement. Mais il se contente de plisser le front.

    « Je sais. C’est horrible, hein ? »

    Je le fixe. « Tu es sérieux ?

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  • [Livre] Revenir pour mourir

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    Lecture terminée le : 30 octobre 2019

     

    Résumé : Après dix ans d'absence, Sasha revient dans sa ville natale de Virginie. Elle y retrouve sa mère, ses amis d'enfance et ses repères. Mais dès ses premiers jours de travail dans l'auberge familiale, elle se sent observée, menacée. Ce retour aux sources tourne vie au cauchemar pour celle qui a fait la une des journaux locaux des années auparavant... car Sasha est la seule rescapée d'un tueur en série connu sous le nom du Marié.

    Alors que son amour de jeunesse, devenu agent fédéral, réapparaît dans sa vie et jure de la protéger, des jeunes femmes commencent à disparaître, comme à l'époque de son enlèvement et, dans l'ombre, quelqu'un guette la première erreur de Sasha pour s'assurer qu'il s'agira de sa dernière...


    Auteur : Jennifer L. Armentrout

     

    Edition : Pygmalion

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 03 avril 2019

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : Il y a dix ans, un tueur en série surnommé « le marié » a sévi dans une petite ville de Virginie occidentale.
    Sasha a été sa dernière victime. Celle qui s’est enfuie. Celle qui a survécu.
    Aujourd’hui, après dix ans exilée en Floride, Sasha prend son courage à deux mains et décide de revenir dans sa ville natale pour faire ce qu’elle a toujours souhaité faire : travailler à l’auberge familiale avec sa mère.
    Pourtant ce retour n’est pas facile pour elle. Elle se sent observée, épiée, est sujette à des cauchemars la ramenant chaque nuit à ce qu’elle a vécu…
    De plus elle est rongée par la culpabilité car, après avoir échappé au marié, elle est partie sans un mot, coupant les ponts avec tout son entourage, excepté sa mère et sa meilleure amie qui ne s’est pas laissé effacer de sa vie. Elle s’en veut d’avoir d’abord pensé à elle, à ce dont elle avait besoin.
    A peine Sasha revenue, que des femmes commencent à disparaitre. Un imitateur ?
    Quand j’ai lu les pensées du tueur, qui s’intercale dans les chapitres vu du point de vue de Sasha, j’ai eu l’impression que le tueur était plus qu’un imitateur. La fuite de Sasha, son retour, semblent être une offense personnelle qui lui est faite, comme si, non contente d’avoir osé survivre, elle revenait le narguer en revenant dans sa ville. J’ai pensé à plusieurs théories, allant jusqu’à un membre de la famille d’une victime qui n’aurait pas supporté que Sasha s’en sorte alors que l’autre jeune femme a été tuée.
    J’ai adoré Miranda, la meilleure amie, ainsi que Cole, qui sortait avec Sasha au moment de son enlèvement et qui se débat avec sa propre culpabilité de ne pas avoir été capable de la protéger. Aujourd’hui, il semble bien décidé à remplir le rôle de protecteur qu’il s’est donné mais aussi à reprendre leur relation du début.
    Ce qui m’a rendue dingue avec ce livre, c’est que très vite, j’ai su qui était le coupable. J’en étais sûre ! Mais rien, pas une preuve, pas un début d’indice, juste mon intime conviction. C’était hyper frustrant de ne rien trouver contre lui (Je vous dis pas la danse de la victoire quand j’ai vu que mon intuition était bonne, enfin plutôt le dandinement de la joie, j’étais au lit !).
    J’ai adoré l’ambiance de ce livre.
    Il y a tout ce côté tout doux avec la relation que Sasha et Cole essaient de reprendre, mais derrière, il y a toujours cette ombre, cette menace que ressent Sasha et dont, nous, lecteurs, avons pleinement conscience puisque nous avons accès à certaines pensées du tueur.
    S’il n’y avait pas ce tueur qui rode, la petite ville serait vraiment un endroit où on aurait envie de rire (un peu comme Stars Hollow dans Gilmore Girls). On a droit à de belles chutes de neige, et l’auberge a vraiment l’air d’un endroit hyper cosy.
    Le paradoxe entre ce lieu enchanteur et les horreurs qui s’y sont déroulés et qui s’y déroulent de nouveau, rend l’ambiance de cette histoire encore plus angoissante.
    J’ai vraiment adoré cette histoire (même si j’ai vérifié quinze fois que les portes et fenêtres étaient bien fermées) et j’ai très envie de découvrir d’autres titres de l’auteur.

     

    Un extrait : Mon cœur s’accéléra tandis que mon regard se posait sur le rétroviseur. Mes yeux bruns paraissaient trop grands, exorbités. J’avais l’air effrayée, et je l’étais.

    Respirant un grand coup pour me donner du courage, j’attrapai mon sac, ouvris la portière, et descendis de ma Honda. L’air froid s’infiltra aussitôt sous le fin cardigan que je portais. J’inspirai profondément, inhalant l’odeur d’herbe fraîchement coupée.

    Je fis un pas vers l’auberge où j’avais grandi et que je n’avais pas revue depuis des années. Elle était fidèle à mes souvenirs. Le vent faisait tanguer les rocking-chairs inoccupés. Les fougères touffues qui ornaient la façade de la fin du printemps au début de l’automne avaient disparu. Les bardeaux avaient été repeints en blanc. Les volets d’un vert sapin sombre et…

    Et ma gorge se dessécha. J’avais la chair de poule et je sentis les petits cheveux blonds se dresser sur ma nuque. Une sensation horrible, irréelle se logea dans mon ventre. Ma gorge se serra une nouvelle fois.

    J’avais l’impression qu’une main trop insistante me caressait le dos. J’éprouvais une brûlure dans la nuque comme quand il s’asseyait derrière moi…

    Pivotant sur mes talons, je balayai le jardin des yeux. De hautes haies bordaient la propriété. Elle se trouvait à bonne distance de Queen Street, la route principale qui traversait la ville, mais j’entendais le bruit des voitures. Il n’y avait personne. Je fis un tour complet sur moi-même. Personne sur le porche ou dans le jardin. Il y avait peut-être quelqu’un à l’une des fenêtres de l’auberge, mais j’étais seule dehors en dépit des cognements de mon cœur ou de ce que me hurlait mon instinct.

    Je me concentrai de nouveau sur les haies de verdure. Suffisamment épaisses pour que quelqu’un puisse s’y cacher et m’observer, attendant que…

    Arrête ça.

    Je formai un poing de ma main libre.

    Tu n’es qu’une idiote parano. Arrête ça tout de suite. Personne ne t’observe.

    Mais mon pouls ne ralentissait pas et un léger tremblement parcourait mes muscles tendus. Une réaction physique irrationnelle.

    Je sentais monter la panique.

    Une terreur glacée planta ses griffes dans ma poitrine et je me mis à courir – laissant derrière moi la voiture, je me ruai dans l’auberge. Je ne voyais que des formes indistinctes qui défilaient tandis que je me précipitais dans l’escalier et montais les marches quatre à quatre jusqu’au dernier étage.

    Là, dans l’étroit couloir silencieux qui longeait les appartements au-dessus de l’auberge, hors d’haleine et la peur au ventre, je lâchai mon sac par terre et me pliai en deux, les mains sur les genoux, tentant de reprendre mon souffle.

    Je ne m’étais pas arrêtée pour voir si l’auberge avait changé depuis toutes ces années, ni pour chercher ma mère. J’avais couru comme si j’avais le diable aux trousses.

    Et c’était ce que je ressentais.

    Je n’aurais pas dû revenir.

     

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  • [Livre] Révélée

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    Lecture terminée le : 19 octobre 2019

     

    Résumé : Catherine est en train de lire un livre des plus angoissant : elle voit s'inscrire l'histoire de sa vie au fil des pages et le récit dévoile même un secret qu'elle pensait être la seule à connaître. Les frontières entre réalité et fiction s'effacent, laissant place à un suspens croissant : comment le livre va-t-il se terminer ?


    Auteur : Renée Knight

     

    Edition : 10/18

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 14 avril 2016

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : Dans ce thriller psychologique, on ne sait trop dire qui, de Catherine ou de Stephen est un psychopathe.
    La première cache un secret, depuis vingt ans, et semble terrifiée à l’idée que ce dernier puisse être dévoilé.
    Le second décrit la première comme une manipulatrice sans cœur, croqueuse d’homme, froide comme la glace et prête à tout pour atteindre ses objectifs.
    Les chapitres alternent entre Catherine et Stephen mais, pendant un long moment, on n’a que la version des faits de ce dernier, Catherine refusant obstinément de s’expliquer.

    J’avoue que dès le départ, Stephen m’a agacée. Je ne croyais pas à sa version de l’histoire, d’autant plus que ni lui, ni sa femme, qui est le vrai auteur du livre racontant cette histoire, n’étaient présents sur le lieu où ce qu’il s’est passé s’est produit.
    Ca me semblait tellement évident que Stephen et son épouse cherchaient avant tout un coupable à blâmer et qu’à leurs yeux, Catherine est la coupable idéale.
    Au fil de l’histoire, je me suis dit que Catherine avait peut-être agit en partie comme Stephen le lui reproche, mais je ne voyais toujours pas en quoi cela aurait pu susciter tant de haine ou plutôt le rapport entre ce qu’elle aurait pu faire et l’événement qui a suscité tant de haine.
    Plus je lisais, et plus l’attitude de Stephen m’apparaissait comme malsaine.
    J’ai vraiment été très en colère contre Robert. Son attitude est vraiment lamentable et son égo est vraiment gigantesque.
    Nicholas, le fils de Robert et Catherine est un garçon de 25 ans qui se comporte comme un ado capricieux et amorphe de 15 ans. Robert a tendance à faire ses quatre volontés et à le laisser stagner dans sa médiocrité en lui filant du fric régulièrement (argent qu’il s’empresse de dépenser en bière et en cannabis). Catherine, elle, est plutôt du genre à lui mettre des coups de pieds au cul. Elle n’a aucune intention de se frapper un Tanguy à demeure, tout en assurant à son fils qu’ils seront toujours là en cas de gros problèmes.
    J’avais donc à peu près cerné le caractère de chacun. Mais jamais je n’aurais vu venir le fin mot de l’histoire.
    Je m’attendais à beaucoup de choses, à beaucoup de versions, mais celle-ci est vraiment la seule que je n’ai pas envisagée.
    J’ai vraiment eu l’impression d’être menée par le bout du nez par l’auteur et en même temps, si on s’interroge sur les choix de certains, la cohérence n’est jamais prise en défaut.
    On sent vraiment la tension que ressent Catherine, victime d’un véritable harcèlement. On comprend un peu mieux sa froideur apparente, une façon pour elle de se protéger.
    Sans qu’une seule goutte de sang ne soit versée, ce thriller nous plonge dans l’angoisse. Angoisse que Catherine ne tienne pas le choc face à la pression, angoisse de la voir tout perdre sans avoir eu l’opportunité de se défendre, angoisse aussi de ne pas connaitre le fin mot de l’histoire, de devoir se contenter de la version de Stephen tout en ayant le sentiment qu’il manque tout un pan de l’histoire.
    Même si la fatigue a fait que j’ai mis du temps à le lire, j’ai vraiment été happée dans ma lecture et je vous conseille vivement ce roman.

     

    Un extrait : Elle n’a pas besoin qu’un fichu bouquin lui raconte ce qui s’est passé. Elle n’a rien oublié. Son fils a failli mourir. Toutes ces années, elle n’a fait que protéger Nicholas. Le protéger de la vérité. Elle lui a permis de vivre dans une douce ignorance. Il ne sait pas qu’il est passé à un cheveu de ne pas atteindre l’âge adulte. Et si jamais il avait conservé un quelconque souvenir des événements ? Les choses seraient-elles différentes ? Serait-il différent, lui ? Leur relation en serait-elle changée ? Mais elle a la conviction absolue qu’il ne se souvient de rien. En tout cas, rien qui l’approcherait de cette réalité. Pour Nicholas, il s’agit d’un après-midi banal, qui se confond avec tant d’autres de son enfance. Il se pourrait même qu’il s’en souvienne comme d’un moment heureux, songe-t-elle.

    Si Robert avait été présent, il en aurait peut-être été autrement. Bien sûr que ç’aurait été différent. Jamais cela ne se serait produit. Sauf que Robert n’était pas là. Donc elle ne lui a pas raconté parce qu’elle n’en avait pas besoin – jamais il ne le découvrirait. Et cela valait mieux ainsi. Cela vaut mieux ainsi.

    Elle ouvre son ordinateur portable et cherche le nom de l’auteur dans Google. Un geste qui est presque devenu un rituel. Elle l’a déjà fait, espérant trouver quelque chose sur la Toile. Un indice. Mais il n’y a rien. Juste un nom : E.J. Preston. Un pseudo, sûrement. « Le Parfait Inconnu est le premier et peut-être le dernier livre de E.J. Preston. » Aucun indice non plus quant au sexe de l’auteur. Pas de il ou elle… Il est publié par Rhamnousia ; en cherchant ce nom, elle a eu confirmation de ce qu’elle soupçonnait déjà : le livre est une autopublication. Elle ignorait ce que Rhamnousia signifiait, en revanche. Maintenant, elle sait. La déesse de la vengeance, alias Némésis.

    C’est un indice, n’est-ce pas ? Sur le sexe, au moins. Mais c’est impossible. Inconcevable. Et personne d’autre ne connaissait les détails. Personne encore en vie. En dehors des témoins, bien sûr – des anonymes. Mais ce livre a été écrit par une personne impliquée. C’est personnel. Elle regarde si elle trouve des critiques ou des avis de lecteurs. Aucun. Peut-être est-elle la seule à l’avoir lu ? Et même si d’autres le lisent, ils ne devineront jamais qu’elle est la femme au cœur du récit. Quelqu’un le sait, pourtant. Quelqu’un sait.

     

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  • [Livre] Echange fatal

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    Lecture terminée le : 18 septembre 2019

     

    Résumé : De part et d’autre de l’océan, un simple échange de maisons tourne au drame… Pour les vacances de la Toussaint, Kate et Hazel décident d’échanger leur domicile. La première est irlandaise et pense que des vacances feront le plus grand bien à sa famille qui vit des moments difficiles. La seconde vit à New York mais rêve de retourner sur la terre de son enfance irlandaise, avec son mari et ses deux enfants, pour tourner la page après l’agression dont elle a été victime. Mais on est loin des vacances idylliques… Le mari de Kate se montre étrangement distant et Hazel a la désagréable impression d’être observée. Bientôt l’une des deux est retrouvée morte… Mais laquelle était visée ?


    Auteur : Siobhan MacDonald

     

    Edition : France Loisirs

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 2016

     

    Prix moyen : 18,50€

     

    Mon avis : Deux femmes qui semblent traverser une période difficile décident d’échanger leurs maisons pour partir en vacances à moindres frais. Au cours de leur séjour, l’une d’elle va mourir.
    En fait, on sait très vite laquelle des deux femmes va mourir. Dès les premiers chapitres, même. Dès lors, la vraie question n’est pas qui va mourir, mais pourquoi est-elle morte ?
    Hazel, qui vit à New York avec son mari Oscar et ses deux enfants, est enseignante dans un lycée difficile.
    Elle semble être blessée et son mari parait être un type dur, qui régente sa famille et surveille sa femme et ses enfants comme du lait sur le feu. On ne peut pas vraiment dire qu’il soit sympathique.
    Kate, l’irlandaise, vit avec son mari Mannix et ses deux enfants. Kate est un peu rigide, son mari vient de retrouver du travail après deux ans de chômage et leurs relations sont plus que tendues. On dirait qu’elle ne lui pardonne pas la perte de son emploi et qu’elle lui fait payer sans cesse leurs difficultés financières. Mannix n’est pas heureux dans son nouveau travail, sa femme contrôle la moindre de ses dépenses, le moindre de ses déplacements et leur fils est particulièrement difficile à vivre.
    Je ne sais pas s’il souffre d’une forme d’autisme, de TOC, ou d’une autre maladie, mais puisque ce n’est pas précisé, la seule chose qu’on voit, c’est un mioche qui mène son monde à la baguette à force de crises d’hystérie, qui est le centre de l’attention et qui se montre insupportable. J’ai eu plus d’une fois envie que Kate, au lieu de traquer les moindres soupirs de son mari, s’occupe un peu de recadrer son fils et cesse de faire ses quatre volontés.
    Je n’ai pas trouvé les personnages sympathiques.
    Mannix est du genre à toujours chercher la facilité, Kate et Oscar sont psychorigides et les enfants…bah ce sont des enfants… mais j’ai préféré ceux de Oscar et Hazel à ceux de Kate et Mannix.
    Le récit est tour à tour du point de vue de chacun des adultes et certaines de nos certitudes volent en éclats d’un chapitre sur l’autre.

    L’histoire ne souffre d’aucun temps mort et les difficultés de chaque couple sont assez nombreuses et variées pour que les théories sur la mort de la victime soient diversifiées.
    Le tout est cohérent et on n’a pas vraiment besoin d’apprécier les personnages pour apprécier l’histoire, même si l’un d’entre eux m’a finalement touché quand on apprend les faits qui l’on poussé d’être comme il est. En plus, il n’a pas l’air irrécupérable !

    J’ai vraiment plongé dans cette histoire avec grand plaisir.
    Alors oui, il est possible de découvrir l’identité du coupable bien avant la fin, mais franchement ça ne m’a pas dérangée, notamment parce que le thriller ne se termine pas sur cette révélation.
    J’aime bien ça, quand l’identité du coupable n’est pas une fin en soi en mode : « Ah c’est lui ! », il se fait butter et tout est bien qui finit bien.
     Non parce que parfois, la police trouve le nom du coupable, mais le coupable qui lui, a fichu le camp. Et encore faut-il l’attraper !
    J’ai bien aimé le style de l’auteur. Je crois qu’il s’agit d’un premier roman et j’espère qu’on en aura bientôt un autre parce que j’ai vraiment envie de retrouver sa plume !

     

    Un extrait : Kate sentit son moral flancher. Cela faisait déjà deux fois cette semaine. En réalité, King Kong avait envahi leur écran de télévision plus de fois ce trimestre qu’au cours de toute l’année précédente. Les épaules voûtées, elle se dirigea vers l’entrée. Elle pendit son blouson mauve et son cartable débordant de propositions de projets, qui semblaient désormais vouées à ne pas être lues de toute la soirée.

    Elle revint dans la cuisine et enlaça Izzy, qu’elle serra fort dans ses bras. Ça n’était pas bien juste envers sa fille, tout ça. Kate devait sans arrêt se répéter et répéter aux autres qu’Izzy n’avait que onze ans. Lorsque l’argent était venu à leur manquer, Izzy n’avait jamais posé la moindre question ni contesté quoi que ce soit : elle avait accueilli chaque nouvelle restriction, chaque nouvelle mesure d’économie, avec stoïcisme. Adieu les cours de musique. Adieu les cours de danse. Seuls les scouts avaient été sauvés.

    Izzy faisait de son mieux. « T’inquiète pas, maman, je garderai Fergus quand tu retourneras au travail » ; « J’irai chercher Fergus à l’école » ; « J’aiderai Fergus à faire ses devoirs ». Pour peu qu’on pût aider Fergus, Izzy s’y employait. Elle y mettait tout son cœur.

    — Papa rentre pour dîner ? Il m’a promis de m’emmener chez les scouts ce soir.

    Izzy défit son tablier et le tendit à sa mère.

    — Il doit être en route.

    Kate répondit avec une conviction exagérée. Le comportement de Mannix était imprévisible depuis quelques mois, mais il était très préoccupé par son nouveau travail, ce qui valait toujours mieux que ces nombreux mois de chômage qu’il avait connus.

     

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  • [Livre] Tu tueras le roi

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    Lecture terminée le
    : 24 août 2019

     

    Résumé : Voilà quinze mois que Dante Torre, l'Homme du Silo, a été enlevé. Quinze mois que Colomba Caselli vit retirée du monde dans une petite ferme perdue dans la région italienne des Marches.
    Mais, après une violente tempête de neige, Colomba découvre un adolescent autiste, Tommy, dans la remise de son jardin. Il est traumatisé et couvert de sang, ses parents ont été assassinés. Pour la police locale, cela ne fait aucun doute : c'est lui le coupable.
    Entraînée malgré elle dans l'enquête, l'ancienne commissaire de police découvre des liens entre cette affaire et la disparition de Dante et, peut-être, un moyen de retrouver ce dernier. Pendant ce temps, un mystérieux « Roi de Deniers » agit dans l'ombre...


    Auteur : Sandrone Dazieri

     

    Edition : Robert Laffont

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 23 mai 2019

     

    Prix moyen : 22€

     

    Mon avis : Et voilà, je termine avec ce tome la trilogie tout simplement géniale de Sandrone Dazieri.
    Depuis l’enlèvement de Dante à la fin du 2nd tome, Colomba a jeté l’éponge. Elle se terre dans un chalet de montagne, a quitté la police.
    De Dante, on a quelques « nouvelles » à travers des chapitres dont in ne sait pas bien s’il s’agit de souvenirs, de réalité ou de simples cauchemars.
    Colomba va se retrouver, un peu malgré elle, mêlée au double assassinat d’un couple en trouvant leur fils autiste caché, paniqué, dans sa remise.
    Dans ce dernier tome, on va vraiment tout savoir : les motivations du père, la relation existant entre Giltiné et les victimes de ce grand malade, comment tout ceci s’organise, tout (ou presque) va trouver son explication. D’ailleurs, l’un des aspects de cette histoire a vraiment été difficile à avaler.

    Au bout du 3ème livre, je me fais toujours autant avoir par l’auteur ! Le moins qu’on puisse dire, c’est que je n’ai vraiment pas vu venir tout ce que l’on découvre dans la dernière partie du roman.

    Pourtant, j’aurais dû me méfier, mais non, je me suis faite avoir comme une bleue.
    Le duo Colomba/Dante va être rapidement réuni (comme vous vous en doutez sûrement) mais leur collaboration m’a parue plus tendue depuis que Dante ne cache plus les sentiments que lui inspirent Colomba, surtout que cette dernière est un vrai porc-epic dès que l’on aborde ce sujet.
    Bizarrement, malgré son caractère de cochon, j’ai bien aimé le carabinier Lupo. Il a l’air d’un bouseux arriéré du fin fond de sa campagne italienne, mais il ne manque pas de flair, même s’il pourrait faire des efforts de diplomatie.
    Encore plus bizarrement, malgré tout ce qu’il a pu faire, j’ai conservé une affection particulière pour Léo (oui, je sais, honte sur moi).
    En tout cas, malgré les nombreuses ramifications de toute cette histoire, l’auteur a une parfaite maîtrise de son récit et ne nous perd jamais dans ses explications.
    La fin est assez ouverte, certaines questions (relativement peu) restent sans réponses, mais je ne sais pas si j’aurais vraiment envie de savoir la vérité sur ces sujets-là.
    J’ai vraiment adoré cette trilogie dont chaque tome a été un coup de cœur et j’ai été vraiment inspirée d’attendre la sortie du tome 3 pour lire les deux dernier tomes peu de temps l’un après l’autre parce que je crois bien que je n’aurais pas supporté le final du tome 2 si j’avais eu à attendre deux ans pour découvrir cette fin littéralement explosive.

     

    Un extrait : Dante est réveillé mais il ne commet pas l'erreur d'ouvrir les yeux tout de suite. Il essaye d'abord de sentir son corps, de le reconstituer malgré les vagues de douleur qui le submergent quand il tente de bouger. Il comprend qu'il est étendu sur le dos et que quelque chose lui entrave les poignets et les chevilles. Il a un morceau de cuir dans la bouche, quelque chose de souple autour de la taille. À part cela, il est nu. Est-ce qu'ils l'ont intubé ? Il se rappelle le bruit d'un moteur diesel qui lui vrillait le crâne. C'était celui d'un bateau. Peut-être qu'ils l'ont emmené à l'hôpital en bateau.

    Il essaye de bouger les mains et la douleur devient plus vive. Elles sont attachées avec quelque chose qui s'incruste dans sa chair à chaque mouvement.

    Des attaches en plastique.

    Les colliers de serrage en plastique sont les menottes les plus économiques du marché, mais elles ne sont pas courantes dans les hôpitaux. Il n'a donc pas été hospitalisé. Il est dans un autre endroit.

    Prisonnier.

    L'horreur le ramène au cinéma de sa mémoire. Le film reprend : la femme en vert poursuit sa chute et Dante peut maintenant voir ce qui se trouve derrière elle. Il y a des cloisons de verre en morceaux, des meubles de plastique aux couleurs criardes, de la poussière, des gravats. Et des corps qui jonchent le sol. Des hommes en smoking, des femmes en robe du soir. Couverts de sang. Dans cet état second, Dante se rend pourtant compte que, cette explosion, il l'a vue. Il était là. Il ne sait pas combien de temps s'est écoulé depuis la déflagration. Et il sait aussi que tout cela s'est passé à Venise.

    Il relève les paupières, de nouveau dans le présent, et il se concentre sur le point lumineux au-dessus de lui, il le regarde du coin de l'œil, il le perçoit mieux maintenant. En tournant la tête, il le voit se déplacer, disparaître et réapparaître. Il y a quelque chose entre lui et le reflet : il ne regarde pas directement le plafond d'une pièce sombre. Quelque chose, il le réalise seulement, qui se trouve très près de son visage. Une grille de bois.

    Ce sont des trous pour laisser passer l'air.

    Il est enfermé dans une caisse.

     

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  • [Livre] Tu tueras l'ange

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    Lecture terminée le : 08 août 2019

     

    Résumé : La mort rôde, aussi belle que fatale. Serez-vous sa prochaine victime ? Lorsque le TGV Milan-Rome arrive à quai, la police fait une macabre découverte : tous les passagers de la classe affaires sont retrouvés morts. Si les premiers indices orientent l'enquête vers un attentat, la commissaire adjointe Colomba Caselli, muscles d'acier et âme fragile, est persuadée du contraire. Pour elle, seul Dante Torre, l'« Homme du silo », est capable d'y voir clair dans ce brouillard de mensonges et de fausses pistes. Très vite, ils découvrent que ce massacre n'est que l'énième épisode d'une longue série de carnages, sur laquelle plane l'ombre d'une mystérieuse figure féminine. Elle ne laisse aucune trace, juste un nom : Giltiné, l'ange lituanien des morts.


    Auteur : Sandrone Dazieri

     

    Edition : Robert Laffont (La bête noire)

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 18 mai 2017

     

    Prix moyen : 22€

     

    Mon avis :Tu tueras le père avait été un coup de cœur, Tu tueras l’ange se hisse sans difficulté à sa hauteur.
    On retrouve l’enquêtrice Colomba Caselli qui, depuis les évènements du 1er tome, est regardée de travers aussi bien par ses chefs que par ses collègues.

    Dans cette nouvelle enquête, Colomba est confronté à la mort de tout un wagon de 1ère classe. Pour ses supérieurs, l’affaire est limpide : l’attentat a été revendiqué par deux hommes masqués, au nom de Daesh, on cherche donc deux arabes à buter et emballé c’est pesé, on est à la maison pour le diner.
    Sauf que Colomba a des doutes et va solliciter Dante Torre, qu’elle n’a pas revu depuis la fin de l’histoire du Père, pour qu’il lui donne son avis, lequel ne tarde pas à tomber : Les deux jeunes qui « revendiquent » l’attentat ne sont absolument pas des terroristes et semblent avoir été manipulés pour revendiquer un acte qu’ils n’ont pas commis et qui a lui-même autant de rapports avec Daesh que des lardons avec un couscous.
    Colomba et Dante sont un peu seuls contre tous, la hiérarchie de l’enquêtrice refuse d’envisager une autre théorie que celle déjà établie. Mais Colomba, même si elle a parfois du mal à accepter les théories de Dante, n’a pas l’intention d’en rester là. Elle ne veut pas UN coupable, elle veut LE coupable.
    Et les indices sont minces. Ils arrivent vraiment au compte-goutte et on ressent la même frustration que Colomba.
    Dante n’est pas en grande forme, ses TOC sont de plus en plus présents, sa consommation de café et de drogues a augmentée et pourtant, il est sans doute le plus lucide de tous.
    L’enquête officieuse de Colomba et Dante va les amener d’Italie en Allemagne, puis retour en Italie après un passage par la Suisse.
    J’ai compris les objectifs du coupable mais sa manière de l’atteindre est particulièrement ignoble.
    Comme pour le 1er, je l’ai lu en un temps record et, si j’ai un reproche, c’est que Colomba ne parle jamais du Père. Alors que, vu sa véritable identité, on pourrait penser que ça ait marqué la brigade, mais non, pas un mot, comme si le père avait été un criminel comme les autres.

    C’est un peu déroutant.
    Pour en revenir à Tu tueras l’ange, il y a trois éléments que je n’avais vraiment pas vu venir : Un en rapport avec le coupable, un concernant l’équipe de Colomba et enfin, la toute fin.
    Mais cette fin ! J’ai, pendant un instant, profondément détesté Sandrone Dazieri. Non mais c’est vrai : comment a-t-il pu oser nous faire un coup pareil ?
    Pour une fois, je suis bien contente d’avoir énormément de retard dans mes lectures, car au moins je n’aurais pas à attendre deux ans pour connaitre la suite, vu que j’ai acheté les deux derniers tomes en même temps.
    D’ici quelques semaines, je vais donc pouvoir découvrir la suite et fin de l’histoire de Dante et Colomba.
    Et s’il est aussi bien que les deux premiers, ça promet d’être explosif !

     

    Un extrait : Colomba avertit la centrale par radio qu'elle continuait l'inspection s'il lui donnait son feu vert, puis, tenant la torche allumée dans la main gauche et gardant la droite près de son holster, elle monta les trois marches métalliques de la voiture et s'arrêta près du corps du chef de train. Comme l'homme avant elle, elle tâta des doigts le cou de la victime et, comme l'homme avant elle, elle ne perçut aucune pulsation : la peau était visqueuse et froide. Soucieuse de ne rien déplacer, elle l'examina pour déterminer s'il avait été blessé, mais le sang semblait provenir uniquement de sa bouche et le corps ne présentait ni lésions ni contusions visibles. Si elle avait dû parier sur les causes du décès, elle aurait avancé que c'était une mort naturelle, mais c'était le médecin légiste qui trancherait. Pendant qu'elle demandait à la centrale où en étaient le médecin légiste et le magistrat de garde, Colomba perçut un étrange fond sonore. Retenant son souffle, elle comprit qu'il s'agissait d'une bonne demi-douzaine de portables qui se déclenchaient tous ensemble, dans une cacophonie de sonneries et de vibrations. Le bruit provenait de derrière la porte du compartiment de luxe, celui équipé de fauteuils en cuir véritable et où l'on servait des repas précuits signés par un chef médiatique.

    À travers le verre laiteux, Colomba aperçut les reflets verdâtres des écrans de portable qui clignotaient. Elle resta quelques instants à les observer, interdite. Il était tout bonnement impossible que tous ces téléphones aient été oubliés par leurs propriétaires, mais la seule explication qui lui venait à l'esprit était trop monstrueuse pour qu'elle puisse imaginer qu'elle soit vraie.

    Et pourtant elle l'était. Colomba le comprit en faisant coulisser la porte du compartiment : elle fut assaillie par l'odeur nauséabonde du sang et de la merde.

    Les passagers de la classe affaires étaient tous morts.

     

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  • [Livre] Entre deux mondes

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    Lecture terminée le : 08 juillet 2019

     

    Résumé : Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l'attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir.

    Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu'il découvre, en revanche, c'est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n'ose mettre les pieds.

    Un assassin va profiter de cette situation.

    Dès le premier crime, Adam décide d'intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il est flic, et que face à l'espoir qui s'amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou.

    Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu'elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d'ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.


    Auteur : Olivier Norek

     

    Edition : Michel Lafon

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 05 octobre 2017

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : Second livre d’Olivier Norek après Surtension que je lis, je me retrouve à peu de choses près dans le même état d’esprit que lors de ma première lecture de l’auteur.
    J’ai plongé assez rapidement dans l’histoire.
    Difficile de ne pas s’attacher à Adam, ce flic syrien qui risque sa vie en luttant à la fois contre DAESH et contre le gouvernement en place. Sur le point d’être découvert, il envoie en urgence sa femme et sa fille en France par la voie périlleuse des passeurs.
    Elles doivent l’attendre dans la « jungle de Calais », de là, ils comptent rejoindre l’Angleterre ensemble.
    Bond en avant de plusieurs semaines, et nous rencontrons Bastien. Flic dépassé par la dépression de sa femme, il a accepté d’être muté à Calais pour qu’elle puisse se rapprocher de sa mère.
    Il accepte mal l’attitude de ses collègues vis-à-vis des migrants : l’inertie. Qu’ils se battent, s’entretuent, s’en prennent aux calaisiens, rien n’est fait. La police ne rentre pas dans la jungle de Calais et se contente d’y reconduire les migrants qui ont commis des actes répréhensibles à l’extérieur sans les inquiéter.
    La jungle de Calais est donc une zone de non droit, et, à part quelques personnages comme Adam ou le petit Kalini, je n’ai pas ressenti la moindre empathie pour cette population violente, qui semble penser que les malheurs qu’ils ont vécu leur donnent tous les droits en compensation et sont incapable de se serrer les coudes entre eux, alors qu’ils sont dans la même galère.
    Les actes qui se déroulent dans ce camp sont insoutenables et on ne peut pas trouver des excuses à ceux qui les commettent.
    Petit bémol dans ma lecture, comme dans Surtensions, plusieurs histoires sont entamées, de manière fort détaillée, pour finir en queue de poisson ou même disparaitre en cours de route.
    Si je ne doute pas que, dans la vraie vie, cela doit arriver fréquemment, il n’en demeure pas moins que n’étant pas flic mais lectrice et lisant un thriller et non un documentaire, j’aurais apprécié d’avoir le fin mot de toutes les histoires entamées.
    J’ai aussi trouvé que le 4ème de couverture induisait en erreur concernant le contenu du roman.
    On nous promet des meurtres et une enquête là où il faut attendre plus de la moitié du roman pour qu’il y ait un meurtre, sans qu’aucune enquête soit faite.
    Le roman s’attache bien plus à parler des migrants, des passeurs, et de leurs méthodes, des trafics, des tentatives de passage en Angleterre…
    Le livre est résolument pro-migrant, rejetant la faute de l’attitude des migrants, afghans et libyens surtout, qui créent une vrai mafia à l’intérieur de la jungle, sur le gouvernement anglais (français aussi mais dans une moindre mesure) qui leur refuse l’installation dans leur pays.
    Un engagement politique qui est tout à l’honneur de l’auteur mais qui ne m’a pas apporté ce que je cherchais : un thriller.
    En dehors de cet aspect politique qui m’a dérangée, la lecture n’était pas déplaisante, bien au contraire.

    La fin est bouleversante et terriblement frustrante.
    Mais, malgré la frustration, elle rattraperait presque les éléments négatifs du récit.

     

    Un extrait : Insatiables, les pelleteuses dévoraient les cabanes et les tentes, les réduisant à l’état de débris pour en faire, un peu plus loin, des montagnes de plastiques, de tissus et de vêtements qui seraient anéantis par le feu lorsque le vent se serait calmé.

    Il ne restait plus rien sur cette lande de ce que l’espoir y avait construit.

    La pelle mécanique releva sa mâchoire et s’apprêta à traverser ce no man’s land de destructions. Le moteur s’emballa, l’engin cahota sur le sol irrégulier durci par le froid puis fit ligne droite vers sa prochaine cible, une vieille cabane en palettes de bois et au toit de carton. Une des dernières.

    Quelques années auparavant, une déchetterie et un cimetière se partageaient l’endroit. Puis l’État y parqua les migrants aux rêves d’Angleterre. Ce matin, la déchetterie avait repris forme. Mais lorsque les dents puissantes de la pelle mécanique s’enfoncèrent dans la terre, c’est le cimetière qui ressuscita.

    Comme il y avait trois bras visibles, à moitié déterrés par la pelleteuse, les ouvriers en déduisirent qu’il y avait au moins deux corps, là, dans ce trou, à la périphérie immédiate du camp. Dont celui d’un enfant, assurément, vu la taille d’un des bras. D’un coup de talkie, le chef d’équipe fut averti.

    Dissimulée à une vingtaine de mètres de là, une ombre longea l’orée des premiers arbres qui entouraient la Jungle, sans jamais perdre de vue le manège des engins. De leur côté, les ouvriers se placèrent en couronne autour de la scène, bêtement hypnotisés par l’horreur.

    L’un d’eux leva les yeux et vit une silhouette sortir des bois. Guenilles, cheveux longs et poisseux, peau noire, marron ou tout simplement sale. Et une machette, tachetée de rouille, tenue par la poignée le long de la jambe. L’homme s’approcha doucement, fixant chacun comme une menace, faisant taper la lame contre sa cuisse alors qu’il avançait. Il n’y eut personne d’assez valeureux pour se mettre en travers de son chemin et ils firent tous plusieurs pas en arrière.

    Face au trou, l’inquiétant inconnu s’agenouilla et se mit à gratter avec les mains cette terre qui recouvrait encore les cadavres. D’abord frénétiquement, accompagnant ses gestes de grognements animaux, puis de plus en plus calmement. Il toucha une jambe, caressa une main comme si elle était vivante. Il se saisit du bras d’enfant pour le porter juste sous ses yeux, puis il le renifla avant de le laisser retomber. Rigidifié par la mort, le bras demeura levé et droit quelques secondes puis, sous son propre poids, se reposa au ralenti sur le sol.

    Même en plein jour, l’homme restait une silhouette. Un amas de fringues répugnantes et de crasse, les bras plongés dans un charnier qu’il arrêta de fouiller comme s’il avait subitement perdu tout espoir. Il se releva, hagard, et repartit à reculons, machette toujours en main, pour disparaître à nouveau dans la forêt.

     

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  • [Livre] L’ombre de l’autre femme

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    Lecture terminée le : 23 juin 2019

     

    Résumé : Quand Libby rencontre Jack, elle croit vivre le plus grand bonheur de sa vie. Elle l'épouse quatre mois plus tard. Mais à peine a-t-elle emménagé dans la grande demeure de son mari que son rêve tourne au cauchemar. Jack est obsédé par son ex-femme décédée, Eve. Et son comportement est de plus en plus étrange.
    C'est alors que Libby découvre qu'Eve a peut-être été assassinée. Elle décide de tout faire pour savoir ce qui lui est arrivé.
    Et si Libby était elle aussi en danger ?


    Auteur : Dorothy Koomson

     

    Edition : Charleston noir

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 10 avril 2018

     

    Prix moyen : 9€

     

    Mon avis : Dans la première partie du livre, une ambiance pesante est mise en place. On alterne entre le passé, au moment de la rencontre de Jack et Libby, et le présent qui commence avec un accident dans lequel Libby a été gravement blessée.
    C’est au cours de cette partie que l’on apprend les circonstances de la mort de Eve, la première femme de Jack, et que l’on voit le souvenir de cette dernière s’immiscer entre Libby et son mari.
    J’ai trouvé dommage que la flic qui montre une hostilité particulièrement tenace envers Jack, ne soit pas plus exploitée. Même si j’ai vraiment apprécié de voir Libby rembarrer cette saleté, j’ai vraiment regretté que cette punaise disparaisse ainsi, en un claquement de doigts.

    Dans la seconde partie, on plonge dans la vie d’Eve, via ses journaux intimes que l’on découvre en même temps que Libby.
    On assiste alors à la véritable descente aux enfers d’une jeune femme que la vie n’a décidément pas épargnée.
    Je crois que j’ai encore plus aimé cette partie que la première. J’ai aimé voir le cheminement d’Eve, son évolution dans la vie comme son évolution psychologique.
    Plus Libby, et nous par la même occasion, avance dans la lecture des journaux, plus on sent une menace planer sur la jeune femme.

    On se demande très vite si la mort d’Eve est vraiment accidentelle ou si elle est liée à son lourd passé. Car dans ce passé, les suspects ne manquent pas.
    L’un d’eux, en particulier, m’a semblé très intéressant mais je n’aurais jamais cru que cette piste m’entrainerait là où elle m’a conduit.
    Mais remonter cette piste ne sonne pas la fin du livre, car il reste à Libby à se dépatouiller de tout ce qu’elle va découvrir.
    L’angoisse avait un peu diminuée au profit d’une certaine répulsion à l’égard de la gent masculine à la lecture de l’histoire d’Eve, mais elle va revenir dès lors qu’on réalise qu’avoir trouvé ces récits met Libby en grand danger.
    La toute fin du roman était une surprise mais j’ai vraiment adoré ça. Ça change de ce qu’on a l’habitude de voir.

     

    Un extrait : Quand je pense à Jack, j’essaie de penser à nos jambes flageolantes au sortir des montagnes russes miniatures au bout de la jetée de Brighton. J’essaie de penser à nous deux, allongés sur une couverture élimée sur la plage de galets, des filaments de barbe à papa collante plein la bouche.
    J’essaie de penser aux poignées de pop-corn fourrées dans ma chemise au premier rang de cinéma, à nos fous rires, à moi pliée en deux, les larmes roulant sur mes joues.

    « Libby, Libby, allez, réveillez-vous. Ne vous endormez pas tout de suite. »

    Cette voix douce, légèrement implorante, résonne comme un encouragement.
    J’ouvre les yeux et il est flou. L’homme à la voix douce et implorante apparait, un peu trouble. Cligner des yeux ne semble rien y faire. J’ai le visage trempé, la tête qui me tourne et un froid glacial s’est emparé de moi. La douleur me transperce le corps.

    « C’est bien. Essayez de garder les yeux ouverts, ok ? Essayez de rester éveillée. Vous savez qui je suis ? Vous vous souvenez de moi ?

    - Sam, dis-je, même si je n’ai pas l’impression que les mots sortent de ma bouche. Vous êtes un pompier, donc votre nom c’est Sam, comme dans le dessin-animé. »

    Je le vois un peu plus nettement maintenant que le voile s’estompe et j’arrive à distinguer suffisamment pour entrevoir son visage mat se fendre d’un sourire.

    « - C’est presque ça.

    - Je vais mourir ? »

    Encore une fois, je ne sais pas trop si j’ai parlé, mais Sam le pompier à l’air de ma comprendre.

    « - Pas si je peux l’éviter. »

     

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  • [Livre] Pretty dead girls

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    Lecture terminée le : 17 juin 2019

     

    Résumé : Les filles les plus populaires du campus sont tuées les unes après les autres et la reine de la promotion, Penelope Malone, présidente du club qui les réunit, est terrifiée à l'idée d'être la prochaine sur la liste. La seule issue, pour elle ? Fouiner un peu, chercher qui peut bien être ce tueur en série qui menace la tranquillité de cette petite ville côtière de Californie, un havre de paix habité par certaines des plus grandes fortunes du pays. Ses soupçons se portent d'abord sur Cass Vicenti, d'autant qu'il était étrangement proche de certaines des victimes malgré son statut de nerd de service. Mais échapper au tueur va demander à la jeune fille de se faire beaucoup, beaucoup plus maligne qu'elle ne le pensait...


    Auteur : Monica Murphy

     

    Edition : Lumen

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 14 juin 2018

     

    Prix moyen : 15€

     

    Mon avis : Quand ses copines/rivales se font assassiner, Penny Malone, présidente du club élitiste Les cygnes blancs, est morte de peur à l’idée d’être la prochaine.
    Devant l’attitude des inspecteurs chargés de l’affaire, à la fois agressifs et incompétents, Penny commence à fouiner.
    L’histoire est bien menée et les pensées du coupable, qui sont intercalées dans le récit, si elle donne un bon aperçu de sa psychologie, ne révèlent pas son identité. D’ailleurs, dans la version VO, ces pensées ne nous révèlent même pas le sexe du coupable. En revanche, en français, on a cette information quasiment dès le début, mais ça ne nous aide pas beaucoup ! D’ailleurs, je n’ai trouvé son identité que quelques pages avant que Penny ne le découvre elle-même.
    Du côté des personnages, j’ai beaucoup aimé Cass, stigmatisé pour son passé comme pour l’histoire de ses parents dans laquelle il n’a pourtant aucune responsabilité.
    Il est intelligent, mature, gentil et patient. Très patient ! La preuve, il supporte Penny !
    Penny n’est pas affreuse, elle se conduit parfois en peste mais ce n’est jamais avec la volonté de nuire, comme on peut le voir parfois chez certaines cheerleader reine du lycée. Elle a bon fond et est ouverte aux autres.
    Mais mon Dieu qu’elle est puérile ! Entre ses jugements à l’emporte-pièce sous prétexte qu’elle n’apprécie pas une personne, ne supportant pas que son entourage n’adhère pas à ses théories, et ses crises d’hystéries dès qu’elle réalise que Cass a connu d’autres filles avant elle, elle est ridicule. Alors qu’un tueur rode, elle se préoccupe plus du fait que son nouveau petit ami ait osé avoir une vie avant de la connaître que du danger qu’elle court.
    Franchement, Cass a du mérite.

    Même si le roman laisse une grande place au thriller, il reste avant tout un young adult avec une part de romance. Autant dire que si vous avez envie de flipper, même si ce roman a du potentiel, si vous avez plus de 20 ans et que vous avez l’habitude de lire des thrillers, il ne vous fera pas dresser les poils sur la tête ! (Quoi que pour l’âge, quand on voit les séries que regardent les ados aujourd’hui, ça peut être bien avant 20 ans !)
    J’ai un peu regretté le côté caricatural des flics : agressifs et totalement à côté de la plaque. C’était un peu trop et le coup des deux ados de 17 ans plus perspicaces que des enquêteurs chevronnés, ça devient vite un peu ridicule et peu crédible.
    Heureusement, les scènes avec ces deux policiers sont relativement peu nombreuses, juste assez fréquentes pour rappeler leur présence.

    J’ai aimé le fait que les personnages aient des failles : le passé de Cass, le côté puéril de Penny, la manière dont Dany court après un garçon qui se fiche ouvertement d’elle, l’addiction aux médicaments de Courtney…
    Pretty dead girls est un bon petit thriller aux allures de « scream » avec une fin un peu rapide mais qui répond à mes questions. Et malgré la puérilité de l’héroïne, j’ai beaucoup aimé ce roman.

     

    Un extrait : Tu es au courant ? chuchote Dani. Un… un corps a été retrouvé ce matin. Une fille de notre âge, il paraît.

    Prise de court, je referme brutalement mon casier pour la dévisager.

    — C’est une blague ? D’où est-ce que tu sors ça ?

    Mercredi, fin de matinée : les couloirs du lycée fourmillent d’une cohue d’élèves pressés de se rendre en cours. Malgré les coups d’épaule, j’essaie de déposer quelques bouquins à l’abri, histoire de m’épargner de les porter toute la journée. Notre uniforme est déjà assez moche comme ça, autant éviter que mon sac à dos déforme le gilet bleu marine immonde que je suis obligée de porter tous les jours.

    — Je te jure que c’est vrai. J’ai mes sources…

    Danielle, ma meilleure amie, parle si bas que c’est à peine si je l’entends. Mais après tout, si ça lui chante ! Ce n’est pas comme s’il y avait la moindre parcelle de vérité dans ce bruit de couloir improbable. Je vois déjà les gros titres : « Nouvelle preuve des ravages de la drogue chez les jeunes : Danielle Sanchez, élève de terminale du très exclusif lycée privé de Cape Bonita, invente de toutes pièces une histoire de meurtre ! » Non parce qu’un authentique cadavre, retrouvé aux aurores, entre deux villas de fortunes de la nouvelle économie, dans notre charmante petite ville de bord de mer dorée par le soleil californien, je ne sais pas vous, mais moi je dis…

    Même pas en rêve !

    Je me mords les lèvres, peine perdue : un petit rire m’échappe.

    — « Tes sources » ? Tu t’es crue dans un film policier ? Et arrête de chuchoter, tu vois bien que personne ne t’écoute !

    Ah, Dani ! Je la connais depuis la maternelle, et elle n’a jamais changé d’un iota : très crédule, elle répète la moindre rumeur qui lui revient aux oreilles, depuis les inepties que lui sert le premier sportif sans cervelle venu (elle a un petit faible pour les athlètes) jusqu’aux ragots la plupart du temps infondés qui se répandent comme une traînée de poudre à la pause-déjeuner. Et elle marche à fond à chaque fois.

     

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  • [Livre] L'échange

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    Résumé : « PERSONNE NE VIT AINSI…À MOINS D’AVOIR QUELQUE CHOSE À CACHER. »Quand Caroline et Francis reçoivent une offre pour échanger leur appartement de Leeds contre une maison en banlieue londonienne, ils sautent sur l’occasion de passer une semaine loin de chez eux, déterminés à recoller les morceaux de leur mariage. Mais une fois sur place, la maison leur paraît étonnamment vide et sinistre. Difficile d’imaginer que quelqu’un puisse y habiter.Peu à peu, Caroline remarque des signes de vie, ou plutôt des signes de savie. Les fleurs dans la salle de bains, la musique dans le lecteur CD, tout cela peut paraître innocent aux yeux de son mari, mais pas aux siens. Manifestement, la personne chez qui ils logent connaît bien Caroline, ainsi que les secrets qu’elle aurait préféré garder enfouis.Et à présent, cette personne se trouve chez elle…


    Auteur : Rebecca Fleet

     

    Edition : Robert Laffont

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 07 juin 2018

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : Les échanges de maisons, afin de prendre des vacances à moindre coût, sont assez courant et de nombreux sites permettent d’organiser ces trocs temporaires. Pas de quoi s’inquiéter donc.
    C’est en tout cas ce que pensais Caroline qui a bien besoin de vacances pour renouer avec son mari après quelques années difficiles.
    L’histoire alterne entre trois points de vues : Caroline, son mari Francis et le mystérieux occupant de leur maison, ainsi qu’entre deux périodes : le passé en 2013 et le présent en 2015.
    En 2013, Caroline doit composer avec un bébé de deux ans, un mari toxicomane et l’attirance irrésistible qu’elle ressent pour l’un de ses collègues.
    En 2015, Caroline et Francis semblent repartir sur de nouvelles bases, mais on sent que la confiance n’est pas complètement rétablie et que de nombreux non-dits existent encore entre eux.
    J’ai eu beaucoup de mal à supporter Francis. Certes la toxicomanie est une maladie et, s’il n’y avait eu que cela, l’attitude impatiente et exaspérée de Caroline à son égard me l’aurait rendu plutôt sympathique. Cependant, Francis garde tout de même beaucoup de sa lucidité et chacun des mots qu’il adresse à sa femme est destiné à l’humilier ou la faire souffrir.
    De plus, j’ai trouvé extrêmement déplacé de sa part de reprocher son incartade à sa femme quand on considère ce qu’il lui a fait subir.
    Caroline, elle, est méfiance. De toute évidence, elle ne croit pas à 100% à la guérison de son mari. Celui-ci lui a sans doute fait trop de promesses du même acabit qui n’ont pas été tenues, ou pire qui n’ont été faites que pour endormir sa vigilance, pour qu’elle se laisse aller sans réserve.
    Les informations sur le passé de Caroline, ainsi que sur le présent, nous sont distillés au compte-goutte, provoquant une tension grandissante pour le lecteur.
    Plus on en apprend et plus on a envie de savoir ce qu’il se passe.
    Et quand on croit avoir tous les éléments… bam !... une nouvelle révélation remet tout en question.
    J’ai vraiment adoré l’atmosphère de ce roman. Si la tension est présente dans le récit situé en 2015, elle l’est tout autant en 2013, quoique pour d’autres raisons.
    J’ai cependant été un peu déçue par la fin.
    Après toute cette tension, cette angoisse qui est montée en moi en même temps qu’elle montait chez Caroline, je m’attendais à une fin un peu plus explosive. J’ai eu l’impression d’un soufflé sorti trop tôt du four.
    Ce n’est pas en soi une mauvaise fin. C’est même une fin plutôt logique. Mais je voulais plus que cela.
    Malgré cette petite déception, j’ai vraiment aimé ma lecture pour toute cette tension psychologique qui s’en dégage.

     

    Un extrait : La clé glisse dans la serrure et tourne avec aisance. La nuit dernière, dans mon lit, tandis que je contemplais les ombres des branches caressant la fenêtre, je me suis imaginé cet instant. Et j'étais loin de penser que ce serait si simple. J'ai cru que le métal accrocherait, que la serrure résisterait. Après tout ce que j'ai fait pour en arriver là, j'ai l'impression que ce devrait être plus compliqué, pourtant c'est un vrai jeu d'enfant. Quelle déception !

    La porte s'ouvre et le parquet astiqué du vestibule m'apparaît. Juste à l'entrée, un bouquet de branches ornementales jaillit d'un vase. Dans le miroir, le reflet d'une série de photos encadrées, alignées sur le mur opposé. Je franchis le seuil, referme doucement la porte derrière moi, et me dépêche de traverser l'entrée en tournant le dos au mur. Ces images, je ne veux pas les regarder, pas encore. Bientôt...

    Une cuisine rustique, improbable dans cet appartement de ville situé au troisième étage ; une batterie de casseroles en cuivre et quelques bouquets garnis sont suspendus aux murs tilleul. Sur la table en chêne, un morceau de papier griffonné : Bienvenue ! Les notices pour les appareils ménagers sont réunies dans le dossier vert, dans le salon. Il y a du pain, lait, etc. dans le frigo – servez-vous. Si jamais vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas à nous appeler. Bon séjour et faites comme chez vous ! Caroline. Je fixe son prénom pendant un long moment. L'oblique du C dénote une certaine assurance, le point sur le i a bavé. J'effleure l'éclaboussure d'encre du pouce, m'attendant à ce qu'elle déteigne sur ma peau. Mais elle a séché depuis longtemps, bien entendu.

    Je finis par me lever pour me faire un café. J'ai bien l'intention de suivre le conseil de Caroline. Je vais me mettre à l'aise. Face à la table, je sirote ma tasse tout en songeant aux pièces qu'il me reste à explorer. Aux secrets qu'elles recèlent peut-être, enfouis dans les effets personnels, prêts à être déterrés. Je me rappelle le renard que j'ai croisé ce matin en voiture, tapi au bord de la chaussée, occupé à déchiqueter la dépouille d'un animal – je revois ses griffes ensanglantées tandis qu'il arrache à sa proie ce qu'il désire... Ce sera pareil. Sale, désagréable. C'est ainsi que ça doit se passer, car telle est ma volonté. La seule manière de provoquer une réaction.

     

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