Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Policiers/Thrillers

  • [Livre] Chuuut !

    chuuut.jpg

    Résumé : «On se tait, on se tient.» Telle est la devise des Saint Junien. L'arrivée de Nils, «l'enfant prodigue» que personne n'attendait, va faire voler en éclats l'unité de cette famille en apparence si parfaite...

     

    Auteur : Janine Boissard

     

    Edition : Pocket

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 07 mars 2013

     

    Prix moyen : 7€

     

    Mon avis : Chuuut ! est le premier livre de Janine Boissard que je lis, et pourtant la dame est prolifique. Difficile de classer ce livre dans une catégorie : un peu polar, quoi qu’il n’y ait pas d’enquête à proprement parler, un peu romance, mais très peu, un peu saga familiale mais en un seul tome… le mélange de genre ne perturbe pas le lecteur, bien au contraire. Il donne au texte de multiples facettes, montrant que tout n’est pas noir ou blanc : le côté polar cherche le coupable mais le côté saga familiale hésite à le chercher au risque de faire exploser la famille…
    Dès le début, enfin dès ce qu’on va appeler le drame pour éviter de trop en dévoiler, on sait que Nils est innocent. Tout simplement parce qu’on était avec lui et que l’écriture n’est pas faite pour tromper le lecteur. Pas de moment caché que le lecteur n’a pas pu voir, donc. Nils est innocent. C’est un fait.
    Très vite après qu’il soit accusé (à tort donc) on sait, enfin on devine ce qu’il a pu se passer. Là aussi pas de piège : tout est logique.
    Ce qui l’est moins, c’est l’attitude de la famille dans cette affaire et même avant.
    Il y a deux camps : d’un côté le grand-père, droit fier, mais doté d’un grand cœur et sachant remettre en question ses actions passé, la grand-mère, à l’image de son époux, la plus jeune de ses trois fille, Hermine avec son mari, ses enfants et une de ses nièces.
    De l’autre le reste de la famille. Qui voit d’un mauvais œil arriver ce nouveau venu, Nils, fils de la sœur perdu, enfuie, qui a « mal tournée » qu’on juge sans jamais essayer de comprendre. Dans ce clan-là, on a peur surtout, j’ai l’impression, de voir son héritage diminuer.
    Tout le livre oscille entre deux impératifs : prouver l’innocence de Nils en confondant le vrai coupable et préserver la famille et surtout ce grand-père au grand cœur à qui personne ne veut briser le cœur. Les deux sont incompatibles ? Peut-être.
    Ce qui nous tient en haleine dans ce livre, ce n’est pas tant le mystère (oui, il y en a une petite part), ce sont les sentiments qui animent les personnages.
    J’ai beaucoup aimé Nils et ses grands-parents, qui ne les aimerait pas, tout comme Hermine et son mari. Philippine m’a parfois agacée, dès son plus jeune âge on sent la journaliste qu’elle aspire à être, friande de vérité mais parfois un peu trop centrée sur cet objectif en écartant d’un haussement d’épaule les dommages collatéraux.
    Fine, plus douce, est plus effacée, parfois peut être un peu trop. L’avocate est quelqu’un d’exceptionnel qui a su écouter son client et ses désirs comme ses problèmes de conscience.

    Je suis arrivée à la fin, sûre d’avoir tout compris sur ce qu’il s’était passé. Et puis non. Malgré le fait que l’on sache beaucoup de choses dès le début, l’auteur a sur nous garder un élément de surprise.
    Ce livre a été un coup de cœur !

     

    Un extrait : Je viens d'avoir quatorze ans et voilà longtemps que les « chut » ont dévoilé leurs secrets.

    « Fille perdue », ça veut dire que tante Roselyne s'est laissé séduire par un maquereau qui l'a emmenée à l'étranger où elle vend son corps sur le trottoir. Le maquereau s'appelle Werner.

    La maladie d'Alexander s'appelle l'autisme et il ne guérira jamais.

    Tante Monique a tout essayé, les psys, une école spécialisée et des leçons particulières, c'est cuit. Attention, il n'est pas idiot ! Il connaît un certain nombre de mots même s'il les mélange, et il sait plutôt bien compter, mais il vit dans une prison qu'il s'est fabriquée pour se protéger des dangers de l'extérieur. L'endroit où il se sent le mieux, c'est sa chambre : sa forteresse où tout doit être rangé dans un ordre parfait. Même tante Monique n'a pas le droit de bouger ses affaires quand elle fait le ménage. Elle profite des promenades pour aérer, mais quand il rentre, il flaire l'air nouveau, alors il se méfie et vérifie que rien n'a changé de place. Parfois, il se parle à lui-même avec des voix différentes. Il a des crises d'angoisse et des moments de violence dont on ignore la cause, c'est dans son cerveau. Maman craint que tante Monique ne finisse par devenir folle ; à mon avis et à celui de Philippine, c'est bien parti pour.

    En tout cas, plus personne n'a besoin de nous dire « chut ». Nous avons compris qu'il s'agissait de secrets de famille qui ne devaient sous aucun prétexte passer la grille du château.

  • [Livre] A la une, à la deux, à la proie

    A la une, a la deux, a la proie.jpg

    Résumé : "Coucou! C'est Stéphanie. - Stéphanie?" Stéphanie Plum, la chasseuse de primes. Parée, bottée, cagoulée - c'est l'hiver à Trenton et le thermomètre flirte outrageusement avec les basses températures... Prête à se lancer dans de nouvelles aventures.

    Cette fois encore, son cousin, l'immonde Vinnie, la charge d'une mission impossible. Ramener devant les tribunaux Oncle Mo, le marchand de glaces et de bonbons adulé par au moins trois générations. De quoi se mettre à dos les trois quarts de la ville. Heureusement, la belle a plus d'un tour dans son sac et quelques amis pour l'aider : Morelli, le flic de son cœur, Lula, l'ancienne prostituée black, relookée façon Shirley Temple, et l'énigmatique Ranger...

     

    Auteur : Janet Evanovich

     

    Edition : Pocket

     

    Genre : Polar

     

    Date de parution : 13 janvier 2000

     

    Prix moyen : 7€

     

    Mon avis : Ce roman est le troisième tome des aventures de Stephanie Plum, mais il peut être lu sans problème indépendamment des autres. Je n’ai pas (encore) lu les 2 premiers tomes, et, en dehors de certaines relations entre les personnages (et encore, car les circonstances de la rencontre sont rappelées en 2 mots), je n’ai eu à aucun moment l’impression d’avoir raté quelque chose.
    1ère chose, importante pour moi, dans ce roman Stephanie découvre un lien entre l’un des fugitifs qu’elle recherche et l’univers de la pornographie et pourtant, il n’y a pas de vulgarité dans le texte. C’est la preuve que l’on peut parler de ces sujets sans adopter le langage de ceux qui en font partie.
    Le personnage principal me fait beaucoup rire. Elle est très consciente de ses faiblesses mais se lance toujours dans l’aventure en se disant que sur un malentendu, ça peut passer. Lula, sa coéquipière, ancienne prostituée, m’agace un peu. Elle veut devenir chasseur de prime mais ne supporte pas d’avoir à suivre des règles et ne veut rien avoir à faire avec les flics.
    Pour moi Stephanie Plum c’est une Eve Dallas avec un peu moins de conscience professionnelle et beaucoup moins de respect des procédures !
    J’ai beaucoup aimé Ranger et Morelli, même si je comprends que Stephanie ait parfois envie de leur arracher les yeux (Cette manie de forcer sa porte pour entrer chez elle !!).
    L’enquête est bien présente mais sert aussi de prétexte à suivre Stephanie dans sa vie sentimentale, sur sa vie personnelle avec ses problèmes de voiture, sa mère qui rêve de la voir mariée et surtout de la voir faire un autre métier, plus « respectable », son père qui ne jure que par les buick, etc… Et le changement de coiffure de Stephanie nous fait presque regretter de ne pas avoir d’illustration dans ce livre !
    En bref ce roman regroupe plusieurs genres : policier, romance, chick lit… et c’est avec plaisir que je lirais très certainement les autres tomes de la saga.

    Un extrait : Ciel gris métallisé. Voitures et trottoirs gelés, passants frigorifiés. C'est Trenton en janvier.

    Dans le bureau de Vincent Plum, Vinnie pour les intimes, agent de cautionnement judiciaire, c'était la sinistrose.

    - C'est hors de question, dis-je à mon cousin Vinnie. Je n'ai jamais refusé une affaire, mais là, c'est non. Je ne peux pas l'arrêter. Tu n'as qu'à demander à Ranger. Ou à Barnes.

    - Pas question de refiler ce minable à Ranger, fit Vinnie. C'est de la roupie de sansonnet, c'est pour toi. Sois pro, merde. Ça va faire cinq mois que t'es "chasseuse de primes", bordel ! C'est quoi le problème ?

    - C'est Oncle Mo ! m'écriai-je. Si je l'arrête, je me mets tout le monde à dos, même ma meilleure amie !

    Vinnie coula son corps de mollusque dans son fauteuil de bureau et appuya sa nuque contre le dossier en cuir.

    - Mo ne s'est pas présenté au tribunal, contrairement aux termes de sa caution, dit-il. Donc, c'est une ordure. Point final.

    Moïse Bedemier, plus connu sous le nom d'Oncle Mo, a commencé à vendre des glaces et des bonbons le 5 juin 1958, et il en vend toujours. Sa boutique se trouve à l'orée du Bourg, agréable quartier résidentiel de Trenton où les maisons et les esprits sont fiers d'être étroits, et où les gens ont un coeur gros comme ça. Je suis née et j'ai grandi dans le Bourg, et même si mon appartement actuel est à un peu plus d'un kilomètre, j'y suis toujours reliée par un cordon ombilical invisible.

    Moïse Bedemier est un habitant du Bourg pur jus. Son lino et lui se sont fanés, écaillés, étiolés de concert au fil des trente et quelques années qu'ils ont passées sous un éclairage au néon. La façade jaune en brique et l'enseigne métallique de son magasin font vieillot et ont été dégradées par les intempéries.

    Le chrome des tabourets et le formica du comptoir ont perdu de leur éclat. Mais rien de tout cela n'a la moindre importance car ici, Oncle Mo n'est pas loin d'être classé monument historique.

    Et moi, Stéphanie Plum, soixante-deux kilos et demi, un mètre soixante-dix, brune aux yeux bleus et... chasseuse de primes, je venais de me voir confier la mission de traîner Oncle Mo en prison, par la peau de ses augustes fesses s'il le fallait !

  • [Livre] Le couple d'à côté

    le couple d'a cote.jpg

    Résumé : La baby-sitter leur a fait faux bond, et alors ? Invités à dîner chez leurs voisins, Anne et Marco décident de ne pas renoncer à leur soirée. Cora, leur bébé de six mois, dort à poings fermés et ils ne sont qu’à quelques mètres. Que peut-il arriver ? Toutes les demi-heures, l’un ou l’autre va vérifier que tout va bien. Pourtant quand à une heure déjà avancée, le couple regagne son domicile, c’est un berceau vide qui les attend.

    Désespérés mais aussi dépassés, les jeunes parents attirent les soupçons de la police : Anne en dépression depuis son accouchement, Marco au bord de la ruine, les victimes ont soudain des allures de coupables. Dans cette sombre histoire, chacun semble dissimuler derrière une image lisse et parfaite de terribles secrets. L’heure de la révélation a sonné…

     

    Auteur : Shari Lapena

     

    Edition : France Loisirs

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 2017

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : Dès que la disparition de l’enfant est signalée, l’inspecteur en charge de l’affaire, Rasbach, se focalise immédiatement sur les parents, sans prendre en compte la possibilité d’autres pistes. Pourquoi ? Parce que en ce qui le concerne « ce sont toujours les parents ». Et parce que personne n’a vu de personne inconnu sortir par la porte principale et que pour lui, c’est impossible de sortir avec un bébé dans les bras sans se faire remarquer. Sauf que l’enlèvement a eu lieu entre minuit et demi et 1h30 du matin… c’est bien connu, les gens ont tous le nez à la fenêtre à cette heure-ci.
    Du coup, je n’ai pas vraiment été en phase avec cet inspecteur, surtout quand il est persuadé que la mère est la coupable au seul motif qu’elle souffre de dépression post-partum… Que toutes celles qui ont souffert de baby blues lui jette une tonne de pierre… et à l’auteur aussi car, après tout, c’est son personnage !
    Que l’inspecteur suive la piste des parents ne m’a pas dérangée, mais j’aurais préféré soit qu’il ait une raison valable de le faire, soit qu’il démontre clairement que, même s’il suit cette piste, il n’a pas pour autant laissé de côté l’hypothèse d’un enlèvement d’opportunité. La vie d’un bébé est en jeu quand même !
    Pour moi presque tous les personnages sont susceptibles d’avoir commis l’enlèvement. A part Anne. A aucun moment je n’ai soupçonné Anne, elle est fragile, c’est vrai, elle est fatiguée et elle se reproche sans cesse de ne pas être à la hauteur… mais je ne la vois pas une seconde s’en prendre à sa fille.
    Les parents d’Anne m’ont énervée parce que pour eux Marco, leur gendre, ne vaut rien, pour la seule et unique raison qu’il ne vient pas d’une famille fortunée.
    J’ai eu quelques doutes sur le fin mot de l’histoire vers le milieu de l’histoire. Mais je n’ai fait qu’effleurer la vérité car il y avait tellement plus… un peu comme si j’avais repéré un iceberg sans savoir la masse qui se cache sous l’eau.

    Quant à la fin après la fin, si j’ose dire, elle m’a laissée stupéfaite !

    Un extrait : La baby-sitter a annulé, et alors ? Ils auraient dû amener Cora, en prenant son lit parapluie. Mais Cynthia avait dit : « Pas d’enfants. » Ce devait être une soirée entre adultes, pour l’anniversaire de Graham. Encore une des raisons pour lesquelles Anne a pris Cynthia en grippe, alors qu’elles ont été amies à une époque : elle n’aime pas les bébés. Comment peut-on déclarer qu’un nourrisson de six mois n’est pas le bienvenu à une soirée ? Comment Anne a-t-elle pu laisser Marco la persuader que ce n’était pas grave ? C’est irresponsable. Elle se demande ce qu’en penseraient les autres participantes à son groupe de jeunes mamans, si elle leur racontait ça : « Nous avons laissé notre petite de six mois toute seule à la maison, pour aller dîner chez les voisins. » Elle imagine leurs expressions stupéfaites, le silence gêné. Mais elle ne leur dira jamais. On la fuirait.
    Marco et elle se sont disputés à ce propos. Quand la jeune fille a appelé pour annuler, Anne s’est proposée pour rester avec la petite – de toute manière, ce dîner ne lui disait rien. Mais Marco n’a rien voulu savoir.
    « Tu ne vas quand même pas rester ici ! » a-t-il protesté, chez eux, dans la cuisine.
    Elle a répondu à voix basse, ne voulant pas que Cynthia les entende se quereller au sujet de son invitation, de l’autre côté du mur.
    « Ca ne me dérange pas du tout.
    - Ca te fera du bien de sortir un peu », l’a contrée Marco en lui aussi la voix.
    Puis il a ajouté : « Tu sais bien ce que t’a dit le médecin. »
    Toute la soirée, elle a tâché de déterminer si ce dernier commentaire était perfide, ou égoïste, ou s’il avait simplement lancé cela pour l’aider. Elle a fini par céder. Marco l’a convaincue que, grâce au babyphone, ils entendraient la petite aussitôt qu’elle bougerait ou se réveillerait. Ils iraient jeter un coup d’œil sur elle toutes les demi-heures. Rien ne pouvait lui arriver.

  • [Livre] Les nuits blanches du chat botté

    les nuits blanches du chat botte.jpg

    Résumé : En octobre 1700, d'étranges crimes ensanglantent la région si paisible des Alpes provençales. A quelques jours d'intervalle, on a retrouvé le cadavre d'une jeune fille curieusement vêtue d'une cape rouge, puis un mari et sa femme étranglés dans leur lit, la bouche emplie de petits cailloux blancs, enfin un marchand et sa fillette eux aussi étranglés. L'enquête est confiée au procureur Guillaume de Lautaret. Jeune homme à l'esprit vif, aussi habile à tirer l'épée qu'à trousser les filles, il s'ennuie mortellement dans cette place forte où rien ne se passe et rêve d'une brillante carrière à Versailles. Non loin de là, Delphine d'Orbelet s'ennuie tout autant dans les salons du château de sa mère. L'affaire va passionner et rapprocher les deux jeunes gens. Ils ne pourront cependant comprendre le sens de ces meurtres sauvages sans la découverte faite par Delphine à la lecture des fameux Contes de ma mère l'Oye...

     

    Auteur : Jean-Christophe Duchon-Doris

     

    Edition : 10/18

     

    Genre : Thriller historique

     

    Date de parution : 01 avril 2004

     

    Prix moyen : 7€

     

    Mon avis : J’ai lu ce roman par curiosité car l’auteur est l’époux de mon ancienne prof de droit comparé. Comme j’ai maintenant quitté la fac et que je ne risque plus ni d’être saquée, ni d’être accusée de fayottage, j’ai enfin lu ce livre et peut donner mon avis sans « risque ».
    Dès les premières pages, 1er point positif pour moi : l’auteur a adapté le vocabulaire employé à l’époque à laquelle se passe l’histoire. Je sais que c’est souvent, au contraire, un point négatif pour les lecteurs qui sont perturbés de ne pas avoir une écriture moderne, mais pour moi, c’est un des plaisirs de lire une histoire qui se passe au moyen-âge ou sous l’Ancien Régime: avoir l’impression d’y être. Bon évidemment, je ne lirai pas un livre écrit en ancien français : ça peut être marrant, mais faut s’accrocher.
    Au début, j’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, mais assez rapidement on se prend au jeu. Si on sait dès le départ que les meurtres ne sont pas du fait d’un animal mais d’un homme, il est difficile de ne pas voir tout le monde comme un suspect.
    Je me suis vraiment attachée à Delphine et Guillaume (et d’ailleurs, je pense lire les deux autres romans qui les mettent en scène).
    Plusieurs affaires se mêlent : Guillaume s’intéresse surtout au meurtrier, tandis que les agents du royaume veulent avant tout capturer un leader de la foi réformé (A la limite, la population peut se faire massacrer, ils s’en foutent).
    J’ai bien aimé les références aux contes qui permettent d’avancer dans l’enquête sans pour autant prendre le pas sur elle. On a d’ailleurs aussi une référence à l’histoire de la bête du Gévaudan, puisque les loups sont accusés d’une partie des meurtres et qu’une battue va être organisée quand bien même Guillaume est certain que les bêtes n’ont rien à voir dans l’histoire.
    Personnellement, même si j’avais établi plusieurs hypothèses, j’étais très loin de l’identité du coupable que je n’ai trouvé qu’en même temps que Guillaume. J’ai plongé à pied joint dans les pièges tendus par l’auteur, sans aucune frustration d’ailleurs, parce que c’était vraiment bien tourné.

    Un extrait : Si Mme d’Astuard et Mme d’Orbelet ne partageaient pas toujours les mêmes idées, elles s’entendaient pour ne pas se mêler aux autres familles nobles de la vallée, la première parce qu’elle redoutait que les fêtes d’aujourd’hui ne fussent que la pâle copie des fêtes d’autrefois, la seconde parce qu’elle fuyait l’agitation du monde. Si bien qu’à l’exception des domestiques, les seuls hommes qui fréquentaient le château étaient l’abbé Jorisse, vicaire officiel de la chapelle de Montclar, et le chevalier de Beuldy.

    Le chevalier de Beuldy habitait une ancienne forteresse, à moins d’une lieue du château, et venait en voisin. C’était un petit homme au pourpoint fatigué, canne à la main, fraise et chausses fanées, et toujours, sur sa tête chiffonnée, pardessus une vieille perruque poudrée de frimas, un chapeau avec la plume unique d’un faisan. Ancien compagnon d’armes de feu le baron François-Louis d’Astuard, il avait, en cette qualité, acquis le privilège définitif d’entrer comme chez lui dans la bibliothèque de Montclar où il se livrait à des travaux d’érudit dont lui seul connaissait la teneur. D’une maigreur et d’une discrétion qui le dotaient comme d’une transparence, il venait sans se faire annoncer, glissait dans les couloirs, montait les escaliers, flottait jusqu’aux ouvrages qu’il voulait consulter. Seul, parfois, le hurlement aigu mais bref d’un domestique sursautant en croisant son fantôme révélait sa présence à Montclar.

    Mais, ce matin-là, il ne chercha pas à se cacher. Ce fut dans un grand désordre qu’il fit irruption dans le vestibule du château et qu’il se précipita sur Delphine.

    – Ah ! mon Dieu ! dit-il. Connaissez-vous la nouvelle ? Une jeune fille a été tuée sur vos terres !

    – Sur nos terres ! s’écria, à l’étage, Mme d’Astuard en se penchant par-dessus la rampe de l’escalier. Comment est-ce possible ? Êtes-vous sûr de vous, monsieur le chevalier ?

    – Je viens de croiser le chirurgien que l’on était allé quérir. Il réclame de l’eau et des linges.

    – Une jeune fille… ? répéta Delphine, très pâle, en s’appuyant sur l’une des colonnes de l’entrée.

    Marie d’Astuard donnait déjà des ordres. Elle avait enfilé sa capeline et secouait le chevalier pour qu’il la conduisît le plus vite possible sur les lieux du drame. Ils partirent en courant. Leurs pas pressés sur la pierraille du chemin sonnaient dans l’air limpide comme du verre brisé.

    C’était un jour pâle et tranquille, un jour d’automne, balayé de longs tourbillons de feuilles. Le ciel, dans l’aube naissante, n’était qu’un grand linceul blanc. Delphine hésita et puis, les jambes chancelantes, elle courut après eux.

  • [Livre] Les diables du Mont-Saint-Michel

    les diables du mont saint michel.jpg

    Résumé : 1430. Assiégé par les Anglais, le Mont-Saint-Michel résiste depuis trente ans à tous les assauts, grâce à de grands capitaines comme Bertrand du Guesclin, quand, soudain, la cité héroïque est le théâtre de crimes mystérieux qui frappent moines et chevaliers, sans distinction. Meurtres politiques ? Rituels ? Sataniques ? Louis d'Estouteville, le nouveau chef de la garnison, enquête avec l'aide du nouveau supérieur des Bénédictins, savant chimiste et physicien, et l'aubergiste de la cité, complice de tous les contrebandiers. L'atmosphère étrange de l'île, avec ses brumes propices aux hallucinations, oriente les recherches vers des causes surnaturelles.

     

    Auteur : Claude Merle

     

    Edition : Nouveau monde

     

    Genre : Thriller Historique

     

    Date de parution : juin 2015

     

    Prix moyen : 16€

     

    Mon avis : 1430, les anglais jubilent d’avoir capturé (enfin, plutôt de s’être fait livrer) Jeanne d’Arc. Ils ne le savent pas encore, mais la guerre de 100 ans entame sa dernière phase, celle qui va les conduire à la défaite.
    Pour l’heure, ils multiplient attaques et embargo sur la forteresse du Mont-Saint-Michel où ne vit plus qu’une poignée de moines, des soldats et quelques laïcs.
    Claude Merle mêle personnages historiques comme Jeanne D’Arc, Yolande d’Aragon ou encore l’abbé Jolivet à d’autre inventés de toute pièce comme Héloïse ou l’abbé Richard de Mantoue.
    L’introduction de ce dernier parait logique pour l’histoire car, dans la réalité, l’abbé qui a succédé à l’abbé Jolivet a été Guillaume d’Estouteville qui était le frère de Louis d’Estouteville, capitaine du Mont-Saint-Michel et héro, si j’ose dire, de notre histoire. Or une grande partie de l’histoire repose sur le fait que Louis ne sais pas si l’abbé lui cache ou non des choses… Si ce dernier avait été son frère, ils auraient eu une relation différente qui n’aurait pas forcément servi le roman.
    Claude Merle simplifie les choses en plaçant Richard de Mantoue à la place de l’abbé Jolivet, passé à l’ennemi (en réalité c’est
    Jean Gonnault, vicaire qui le remplaça), tout en précisant qu’il occupe la place d’abbé sans qu’aucun vote n’ait eu lieu.
    Pour moi Louis d’Estouteville est un peu un anti-héro : il est violent, orgueilleux, très fier de son rang de noble et n’accordant qu’un regard méprisant à tous ceux qu’il juge inférieur à son rang (en gros, presque tout le monde). Il n’hésite pas à recourir à la torture pour obtenir des aveux, ce que ne manque pas de lui signifier discrètement l’abbé Richard, qui lui laisse entendre que des aveux soutirés dans ces conditions ne peuvent guère être considérés comme solides.
    Dans l’affaire à laquelle il est confronté, on a l’impression qu’il est plus énervé de voir un meurtrier lui échapper et donc porter atteinte à son honneur, à son autorité et à sa réputation, qu’affecté par les morts qui s’accumulent.
    Le style de Claude Merle est clair, les chapitres sont assez courts pour donner un rythme soutenu aux évènements, le texte, émaillés de données historiques qui l’étoffent sans l’alourdir.
    Bien qu’à aucun moment, tout comme Louis d’Estouteville, je n’ai suspecté de cause surnaturelle aux meurtres perpétrés, j’ai été incapable de déceler le moindre indice, mes soupçons ne se portaient vraiment sur personne. La seule chose dont j’étais sûre était que chaque meurtre avait été perpétré parce que la victime avait vu ou entendu quelque chose susceptible de démasquer le coupable.
    Pourtant, quand enfin on connaît le fin mot de l’histoire, j’ai trouvé ça tellement logique que je me demande encore comment j’ai pu ne pas avoir de doutes.
    Un livre assez court, mais qui ne bâcle aucun détail de son histoire.

    Un extrait : Louis d’Estouteville examina l’immense miroir de la baie, puis la forteresse éclairée par la lumière de l’aube, puissante lame de pierre brandie vers le ciel. Après la tempête de la nuit, le beau temps était revenu, mélange de bleu et de vert sillonné de coulées brunes.

    Au soleil, il était huit heures. L’eau glacée lui brûlait le torse et les joues, plus franche cependant que l’humidité sournoise des murs de granit. Le baquet sur lequel il se penchait lui renvoya le reflet d’un visage aux traits durs, lèvres minces, pommettes hautes, cheveux coupés ras. Il effleura par habitude la cicatrice qui lui entaillait le front et se perdait sous sa brosse blonde. Avant d’être promu capitaine du Mont-Saint-Michel, le gentilhomme, fils du chambellan du duc d’Orléans, grand bouteiller de France, avait combattu victorieusement les Anglais sur terre et sur mer. Son corps portait témoignage de sa vaillance.
    Il revêtit une chemise de toile, mit ses chausses, laça son pourpoint de cuir, chaussa ses bottes et ceignit son épée. Avant de l’engainer, il éprouva le tranchant de sa lame, songeant qu’il devrait la confier bientôt à Estienne, le forgeron de l’île, quand Yvon surgit.
    - Seigneur, venez !
    Louis dévisagea le jeune chevalier breton, qu’il avait lui-même adoubé quelques mois auparavant, nota les joues rouges, le souffle court et l’excitation mal maîtrisée de ses yeux bleus. Instinctivement, il se tourna vers la baie d’où pouvait venir le danger. Le rivage était désert, l’ennemi retenu par la marée montante.
    - Là-bas, précisa Yvon.
    Il désigna les puissants contreforts de l’abbaye ancrés dans le rocher.
    - Que se passe-t-il ?
    - Un mort, seigneur.

    Le capitaine haussa ses larges épaules avec indifférence. Des morts, on en voyait souvent, à cause de la guerre, des pestilences et de l’épuisement. Ce dernier fléau frappait les pèlerins venus de très loin prier Saint Michel, malgré les vexations des Godons qui assiégeaient l’île.
    Il suivit le soldat dans l’escalier, traversa la cour du Roy, puis escalada les marches de pierre jusqu’au pied de la tour Sainte-Catherine. Sur la terrasse il y avait foule : hommes d’armes, gens de la cité, moines et pèlerins, les yeux levés vers le ciel. Suivant leurs regards, Louis d’Estouteville aperçu un corps suspendu à la muraille. On aurait dit l’un des mannequins de paille, vêtu d’oripeaux bruns, qu’on brûlait jadis à la Saint-Jean pour célébrer l’avènement de l’été. Cependant, le personnage n’était pas factice, c’était un moine pendu par le col à l’aspérité d’un confort.

  • [Livre] La dame en noir

    la dame en noir.jpg

    Résumé : Angleterre, début du XXe siècle. Par un mois de novembre froid et brumeux, Arthur Kipps, jeune avoué londonien, est dépêché dans le nord du pays pour assister aux funérailles d'Alice Drablow, 87 ans, puis trier ses papiers en vue d'organiser sa succession.

    À Crythin Gifford, village où Kipps pose ses valises, les habitants lui battent froid dès qu'il prononce le nom de feue Mme Drablow, unique occupante du Manoir des Marais, demeure isolée, battue par les vents et située sur une presqu'île uniquement accessible à marée basse.

    Lors de l'inhumation, dans une église quasi déserte, Arthur remarque la présence, un peu en retrait, d'une femme tout de noir vêtue, le visage émacié, comme rongée par une terrible maladie. Il l'aperçoit ensuite dans le cimetière, mais elle s'éclipse avant qu'il ait le temps de lui parler...

    Cette femme en noir, Arthur la verra de nouveau aux abords du manoir, une fois qu'il s'y sera installé pour commencer son travail. Mais se produisent alors nombre de phénomènes mystérieux qui ébranleront le jeune homme et feront vaciller sa raison...

    Comme il l'apprendra peu à peu, une malédiction plane sur ces lieux…

     

    Auteur : Susan Hill

     

    Edition : L’Archipel

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 08 février 2012

     

    Prix moyen : 12€

     

    Mon avis : La lecture de ce livre n’était pas désagréable, mais j’ai trouvé qu’il ne tenait pas les promesses de son quatrième de couverture.
    C’est un livre très court, à peine 224 pages, et plus de la moitié du livre est consacré à la mise en place de l’histoire.
    Si je ne m’attendais pas à la fin et que je l’ai nettement préférée à celle de l’adaptation cinématographique, il m’a manqué, tout au long du livre, cette montée d’angoisse que l’on était en droit d’attendre à la lecture du résumé.
    J’ai beaucoup aimé l’idée de raconter l’histoire par le biais d’une sorte de confession destinée à libérer l’esprit d’Arthur, de longues années après les évènements qu’il a vécu, mais le problème pour moi à été le déroulé de l’histoire.
    Le moment où j’ai le plus tremblé a été lors de la mésaventure de Spider, la petite chienne qui accompagne Arthur au manoir et qui est sans doute le seul personnage attachant de l’histoire.
    Si j’ai trouvé que le décor était bien planté, cette présentation aurait été plus adaptée à un texte plus long car ici, toute l’intrigue est concentrée dans les 80 dernières pages, ce qui n’est pas assez long pour faire correctement monter la pression.

    C’est dommage parce que le style d’écriture de l’auteur est vraiment agréable et aurait pu être clairement addictif.
    J’ai trouvé que la malédiction n’était pas assez développée car au final, on n’en parle que le temps d’un dialogue, à la fin, ou presque, du roman.
    J’ai aussi trouvé que le personnage d’Arthur n’était pas assez approfondi, on a du mal à s’attacher à lui. Il n’est pas antipathique, mais on ne tremble pas pour lui (on s’inquiète plus pour la petite chienne que pour lui).
    La dame en noir n’est pas très présente. Dommage pour un personnage qui a donné son nom au livre !

    Un extrait : En ce lundi après-midi de novembre régnait une pénombre que n’expliquait pas l’horloge – il n’était même pas encore trois heures – mais la présence d’un brouillard épais, une de ces purées de pois typiquement londoniennes qui nous cernait de toutes parts depuis le lever du jour – si tant est que le jour se fût levé, la grisaille malodorante ayant à peine laissé filtrer la lumière.

    Dehors, le brouillard était partout : il se déployait au-dessus du fleuve, s’insinuait dans les ruelles et les passages, tournoyait en nappes épaisses entre les arbres dépouillés de tous les parcs et les jardins de la ville. Il n’épargnait pas les intérieurs non plus, allant jusqu’à s’immiscer à travers les moindres fentes et fissures tel un souffle fétide, se faufilant sournoisement par chaque entrebâillement de porte. C’était une masse nébuleuse jaunâtre, sale et nauséabonde, qui prenait à la gorge et aveuglait, souillait et encrassait. Obligés d’avancer à tâtons dans les rues, hommes et femmes progressaient au péril de leur vie, et, titubant sur les trottoirs, se cramponnaient aux grilles ou à leurs semblables pour se guider.

    Les bruits étaient assourdis, les formes indistinctes. Le brouillard, tombé sur la ville trois jours plus tôt, ne semblait pas décidé à se dissiper et possédait, semblait-il, toutes les caractéristiques propres à ce genre de phénomène : à la fois menaçant et sinistre, il rendait méconnaissable l’univers le plus familier, désorientant ceux qu’il avait piégés, les égarant comme si on leur avait bandé les yeux avant de les faire tourner sur eux-mêmes lors d’une partie de colin-maillard.

    C’était un temps affreux, en somme, propre à assombrir encore l’humeur en ce mois le plus triste de l’année.

    Avec le recul, je serais tenté de croire que, tout au long de cette journée, j’avais eu un mauvais pressentiment au sujet de mon voyage à venir, qu’une sorte de sixième sens, d’intuition occulte en sommeil au plus profond de chacun ou presque s’était soudain réveillée en moi. Mais, à l’époque, j’étais un jeune homme solide, plein de bon sens, et je n’éprouvais ni malaise ni appréhension d’aucune sorte. Toute altération de mon entrain habituel ne pouvait être due qu’à la brume et au mois de novembre, qui me plongeaient dans une morosité partagée par l’ensemble des citoyens de Londres.

  • [Livre] Derrière la haine

    derriere la haine.jpg

    Résumé : D'un côté, il y a Tiphaine et Sylvain ; de l'autre, il y a Laetitia et David. Deux couples voisins et amis, ayant chacun un enfant du même âge. Deux couples fusionnels et solidaires qui vivent côté à côte dans une harmonie parfaite. Jusqu'au jour du drame. Un tragique accident fait voler en éclats leur entente idyllique, et la cloison qui sépare leurs maisons tout comme la haie qui sépare leurs jardins ne seront pas de trop pour les protéger les uns des autres. Désormais, les seuls convives invités à la table des anciens amis s'appellent Culpabilité, Suspicion, Paranoïa et Haine...

     

    Auteur : Barbara Abel

     

    Edition : Fleuve noir

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 12 avril 2012

     

    Prix moyen : 18€

     

    Mon avis : Ce livre a été un tel coup de cœur que j’ai été incapable de lire quoi que ce soit d’autre pendant 24h !
    J’ai découvert Barbara Abel avec « je sais pas ». Dans ce roman, tous les personnages étaient plus ou moins antipathiques et on était plongé dans une atmosphère qui, dès les premiers chapitres, était glauque, malsaine…
    Ici, pas du tout. Que ce soit David et Laetitia ou Sylvain et Tiphaine, les deux couples sont plutôt sympathiques, même s’ils ne sont pas parfaits.
    Contrairement à beaucoup de thriller, il n’y a quasiment pas de violence dans « derrière la haine ». Les indices disséminés peuvent nous amener à une conclusion mais personnellement, je n’étais sûre de rien. Difficile de savoir si les indices nous induisent en erreur ou pas.
    Pendant la quasi-totalité du livre j’ai été incapable de dire si les craintes d’un des personnages étaient fondées ou si il était en train de devenir fou, comme semble le penser l’entourage.
    Chaque action de la mère qui a perdu son enfant semble parfaitement logique dans le travail de deuil, même si elle se montre parfois injuste. On ne peut que se dire qu’elle rejette son propre sentiment de culpabilité sur quelqu’un d’autre.
    Cependant, même si les plus perspicaces verront sans doute venir là où nous emmène l’auteur, au final, comme dans « je sais pas », ce n’est pas tant le final qui importe que la manière d’y arriver.
    Quand on lit le quatrième de couverture, on se dit que la rupture entre les voisins va être franche, nette, sans aucune ambiguïté. Et bien non ! On se retrouve sur une pente savamment savonnée, sur laquelle on glisse petit à petit, puis de plus en plus vite jusqu’à la conclusion.
    Barbara Abel sait nous tenir en haleine, et, même quand on finit par avoir un gros doute sur la fin (surtout si on a eu le malheur de lire le quatrième de couverture du second tome), on ne peut tout simplement pas lâcher le livre avant d’en avoir lu la dernière page !
    Et, en ce qui me concerne, il m’a également fallut toute ma volonté pour ne pas me jeter dans la foulée sur « Après la fin », le second tome qui va conclure cette histoire, car il faut bien avouer que la fin de « derrière la haine » nous laisse la bouche ouverte en train de nous dire : « non, elle n’a pas osé finir comme ça ! »
    Et bien si ! Elle ose tout !

    Un extrait : — Santé !

    Trois bras levés au bout desquels deux coupes de champagne et un verre d’eau s’entrechoquaient à l’unisson. Éclats de rire, regards entendus, hochements de têtes et sourires complices. Puis David et Sylvain sirotèrent à petites gorgées, et le champagne pétilla au fond des gosiers. Laetitia, quant à elle, reposa sa boisson sans autre forme de procès, puis caressa un ventre aux rondeurs éloquentes.

    — Tu n’as pas bu une seule goutte d’alcool depuis le début de ta grossesse ? s’enquit Sylvain.

    — Pas une goutte ! répondit Laetitia avec fierté.

    — Ma femme est une sainte, se moqua gentiment David. Tu n’imagines pas tout ce qu’elle s’inflige pour donner à notre fils le meilleur départ dans la vie : pas d’alcool, pas de sel, pas de graisse, très peu de sucre, légumes cuits à la vapeur, fruits à volonté, pas de viande rouge, beaucoup de poissons, yoga, natation, musique classique, dormir tôt…

    Il soupira. Avant d’ajouter :

    — Depuis six mois, notre vie est d’un ennui !

    — Je ne suis pas une sainte, je suis enceinte, c’est différent, rétorqua Laetitia en châtiant son mari d’une claque sur la cuisse pour ses propos narquois.

    — Sans compter qu’elle me bassine avec ses principes d’éducation… Pauvre gosse ! Je peux te dire qu’il ne va pas rigoler tous les jours !

    — Vous parlez déjà de la manière dont vous allez l’élever ? s’étonna Sylvain.

    — Et comment ! affirma Laetitia avec le plus grand sérieux. Ce n’est pas quand on sera face aux problèmes qu’il faudra commencer à réfléchir à la manière de les régler.

    — Et… vous parlez de quoi ?

    — De tout un tas de choses : faire équipe, ne jamais se contredire devant l’enfant, pas de bonbons avant 3 ans, pas de Coca avant 6 ans, pas de Nintendo avant 10 ans…

    Sylvain émit un sifflement impressionné.

    — Je pense qu’on va vite lui faire comprendre que, si la vie est trop dure chez vous, il pourra toujours venir chez nous !

    David consulta sa montre.

    — On aurait peut-être dû attendre ta douce moitié avant de trinquer, dit-il à Sylvain. Elle va nous en vouloir.

    — Absolument pas. D’abord parce qu’elle déteste le champagne, ensuite parce qu’elle n’avait pas envie de stresser et de nous faire attendre. Elle… elle est un peu fatiguée, ces jours-ci.

    — Au fait… Pourquoi du champagne ? demanda Laetitia. Une petite bouteille de vin aurait bien fait l’affaire.

    La question prit Sylvain de court. Visiblement à la recherche d’une raison plausible, il bredouilla deux « ben… », un « parce que… » et un « tu comprends… ».

    — Non, je ne comprends pas, répliqua aussitôt Laetitia qui s’amusait beaucoup de l’embarras de son ami.

    Embarras qui lui mit la puce à l’oreille : une bouteille de champagne n’a pas besoin de raison pour être offerte, encore moins pour être bue… Ou plutôt si ! On apporte une bouteille de champagne quand on a une bonne nouvelle à annoncer !

    Laetitia observa Sylvain d’un œil suspicieux, sentit l’anguille sous la roche, s’apprêta à ferrer le poisson. Puis, soudain, elle comprit.

    — Elle est enceinte ! hurla-t-elle en se redressant dans son fauteuil.

  • [Livre] Rouge armé

    rouge armé.jpg

    Résumé : Patricia, journaliste au Spiegel, enquête sur les personnes qui, dans les années soixante, ont fui l'Allemagne de l'Est au péril de leur vie. Inge est passée de l'autre côté du Mur quarante ans plus tôt et accepte de lui raconter son enfance, son arrivée à l'Ouest, son engagement...

    Mais certains épisodes de la vie d'Inge confrontent Patricia à ses propres démons, à son errance.

    Leur rencontre n'est pas le fruit du hasard.

    Dans les méandres de la grande Histoire, victimes et bourreaux souvent se croisent. Ils ont la même discrétion, la même énergie à se faire oublier, mais aspirent rarement au pardon.

     

    Auteur : Maxime Gillio

     

    Edition : Ombres noires

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 02 novembre 2016

     

    Prix moyen : 19€

     

    Mon avis : J’ai beaucoup aimé ce livre mais j’ai failli m’étrangler en le lisant.
    J’avoue volontiers que je n’ai pas été la plus assidue des élèves, que ce soit au collège ou au lycée, mais ôtez-moi d’un doute : la destruction du mur de Berlin, c’était bien en 1989 ? Et 1977 plus 22 ans, ça fait bien 1999 ? Parce que à un moment du livre, un des personnages dit qu’un évènement s’est passé en 1977 et que rien n’a changé jusqu’à la destruction du mur vingt-deux ans plus tard.
    Alors de deux choses l’une, soit l’auteur était encore pire que moi en cours d’histoire, soit, et je vais pencher pour cette explication, parce que le bonhomme est quand même un ancien prof, c’est une énorme coquille ! Ou alors je suis encore plus mauvaise en histoire que je le pensais !
    Mais mis à part ce petit point (et oui c’est tout petit, c’est une phrase, une seule, dans un livre de 342 page, mais j’aime bien être chichiteuse).
    Nous suivons dans ce livre deux personnages principaux : Patricia et Inge.
    Patricia est une journaliste qui prend contact avec Inge en prétextant écrire un livre sur les personnes qui ont réussir à fuir la RDA et qui y sont retournés ensuite. Je dis « en prétextant » parce que, dès la première visite de Patricia, j’ai eu du mal à la croire. Je la trouvais d’une agressivité étrange, qui ne collait pas avec le sujet qu’elle voulait couvrir.
    Je n’ai pas apprécié ce personnage. En plus de son agressivité, elle a une attitude complètement autodestructrice sans pour autant susciter la compassion. On a l’impression qu’elle est toujours à la limite de la folie.
    Tout le contraire de Inge qui, malgré une enfance difficile puis une adolescence passée dans l’Allemagne de l’est avec tout ce que cela comporte de restriction et de tension, à toujours craindre que la Stasi ne s’intéresse de trop près à vous, c’est une vieille femme un peu revêche au premier abord (mais vu comment elle est abordée, qui ne le serait pas ?) mais qui montre un grand cœur et une grande compassion sans pour autant se laisser marcher sur les pieds.
    Autour de ces personnages, on fait la connaissance de Paul, un collègue de travail de Patricia, mais surtout de personnes ayant jalonnées la vie d’Inge, comme Anna, sa maman, Frieda et Richard ses parents adoptifs, Helmut, son frère ou encore Christian, son amour de jeunesse et que l’on découvre au fil du récit de la vieille dame.
    Le récit oscille ainsi entre le présent, en 2006 ; la fin de la seconde guerre mondiale où on va connaître la vie d’Anna et la période à partir de la construction du mur jusqu’à la fin des années 70 où l’on s’attache à la jeunesse d’Inge.
    L’écriture de l’auteur est addictive. Parfois on se demande où il veut en venir. Par exemple, il a fallut que je relise deux fois la fin de la partie « présent » du chapitre 11 pour être sûre que j’avais bien compris ce que j’avais lu la première fois tellement je ne m’attendais pas à ça. Et puis, plus rien, on ne reparle plus d’un évènement qui a l’air important et ce pendant des chapitres entiers. Et oui, pendant ces chapitres, je me suis demandé pourquoi l’auteur avait écrit ça si ce n’était pas pour s’en servir.
    Mais en fait, ne vous inquiétez pas, il sait parfaitement où il veut en venir, et au fil des révélations, on se rend compte que des passages qui nous avaient semblé n’être que du remplissage étaient en réalité des indices qui nous amenaient tout doucement vers la fin complètement inattendue que nous offre l’auteur.
    Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde, je n’ai trouvé aucune longueur dans ce livre, toutes les descriptions, toutes les explications se justifiaient.
    Ce n’est pas un coup de cœur, mais on en n’était pas loin !

    Un extrait : Elle ne répond pas, car elle sait, mieux que quiconque, que j’ai raison. Les gens de ma génération ont vécu l’édification du Mur et les années de guerre froide comme le plus gros traumatisme de leur vie. Familles déchirées, décimées parfois, la suspicion permanente, des frères qui deviennent des étrangers, les cicatrices qui ne se referment pas.

    — Admettons, finit-elle par concéder. Cela ne m’explique toujours pas comment vous êtes remontée jusqu’à moi, et surtout, pourquoi ? Nous ne nous connaissons pas, que je sache ? Nous n’avons aucun lien.

    La cendre de ma cigarette commence à trembler dangereusement. Je cherche autour de moi après un cendrier. Je me résous à l’écraser à l’intérieur de mon paquet et annonce :

    — Les archives disparues…

    L’une de ses paupières tressaille.

    — Les jours qui ont précédé la chute du mur, les officiers de la Stasi avaient entrepris de détruire les archives les plus compromettantes. Notamment celles sur les espions, les agents doubles, les transfuges, les prisonniers, les morts… Les déchiqueteuses ont fonctionné à plein régime, mais tout n’a pas pu être détruit. On a trouvé près de seize mille sacs contenant chacun environ soixante-quinze mille fragments de papier. Soit l’équivalent d’un puzzle géant de seize millions de pages. Si certaines archives ne seront jamais retrouvées, d’autres en revanche sont en cours de recomposition. Je vous laisse imaginer le travail de fourmi : près de douze milliards de morceaux de papier à recoller. Il paraît que des chercheurs planchent sur un prototype de scanner géant qui permettrait d’avancer plus vite dans cette tâche titanesque.

    Elle ne réagit toujours pas, mais s’est tassée sur sa chaise. Je profite de mon avantage, me lève et vais m’adosser à l’évier. Je ne la quitte pas du regard. Mon débit est posé, sans interruption.

    — La curiosité du journaliste est un très vilain défaut, surtout quand votre instinct vous souffle que vous tenez un sujet brûlant pour une enquête. J’ai trouvé cette histoire d’archives détruites passionnante. Qu’avaient donc ordonné les dirigeants de l’époque, pour qu’on veuille faire disparaître toutes ces preuves dans une si grande précipitation ? Combien de secrets d’État honteux voulait-on cacher ? J’ai décidé d’enquêter. C’est notre histoire. C’est l’histoire de chaque famille allemande, et à travers elle, celle de notre pays. Il nous faut savoir. C’est mon rôle que de contribuer à ce que la vérité soit connue de tous, même si ce n’est pas simple. À force d’opiniâtreté, j’ai réussi à recomposer partiellement un dossier. Le vôtre, Inge Oelze. C’était comme une loterie, ça aurait pu être n’importe qui d’autre, mais le hasard m’a fait tomber sur vous… J’ai appris tellement de choses à votre sujet. Plus que vous ne pourriez le croire. Mais c’est votre interprétation de l’histoire que j’aimerais recueillir. Pour la confronter avec la version officielle.

    Elle a pris dix ans d’un coup. Pour la première fois depuis que je l’ai rejointe devant la cour de l’école, elle évite mon regard et elle ressemble enfin à ce qu’elle est : une femme perdue et isolée.

    — Que… Que savez-vous au juste ?

    Je m’approche, pose les mains sur le dossier de sa chaise, me penche sur son oreille et souffle :

    — Ce que je sais sur vous, madame Oelze, c’est tout ce que la Stasi a consigné. Mais il ne tient qu’à vous de rétablir la vérité… ou de la confirmer. C’est votre version des faits qui m’intéresse. Votre histoire. Je veux vos larmes, vos joies, vos espérances et vos drames. Je veux l’histoire d’une femme, pas le compte rendu froid et impersonnel d’un bureaucrate.

    Je regagne ma place, ramasse mon sac et en sors mon portefeuille. Inge Oelze a relevé la tête et regarde par la fenêtre obstruée.

    Je ressors une carte de visite que je fais glisser sur la table.

    — Je ne suis pas de la police. Si vous décidez de me parler, je vous promets que votre témoignage sera anonyme et que vous ne serez pas embêtée. Si vous préférez vous taire, je respecterai votre choix, mais serai obligée d’écrire mon livre à partir du simple témoignage d’un dossier morcelé. Or, si j’en crois ce qui y est écrit, vous n’avez plus vos parents, pas d’époux, pas d’enfants. Vous n’avez donc rien à perdre, mais tout à gagner. Je vous laisse mon numéro de téléphone. Je rentre à Berlin ce soir. Libre à vous de me rappeler ou non. Mais mon livre sortira de toute façon. Reste à savoir avec quelle version des faits.

  • [Livre] L'expédition

    l'expedition.jpg

    Résumé : Archipel du Svalbard. Un appel au secours en provenance du 87e parallèle nord parvient à Knut Fjeld. Une expédition norvégienne est en difficulté, alors qu’elle cherche, sur les traces des grands explorateurs, à rejoindre le pôle Nord. Un projet mal ficelé, que les spécialistes critiquent pour l’itinéraire retenu, et pour le choix du mois de février, trop tôt en saison. Mais le challenge est là, précisément : réussir ce qui ne s’est jamais fait. Lorsque courage et ambition riment avec folie. L’expédition est partie, mal préparée, mal financée. Deux attelages, huit chiens et quatre hommes.
    Ce sont les chiens qui tombent en premier.
    Knut Fjeld, le flic norvégien du Svalbard, se rend sur place. En plein désert arctique, sur la banquise qui dérive. Bientôt prisonnier d’un huis clos sur glace, angoissant, et périlleux.

     

    Auteur : Monica Kristensen

     

    Edition : Gaïa polar

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 05 octobre 2016

     

    Prix moyen : 21€

     

    Mon avis : J’ai beaucoup aimé ce livre. J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, mais une fois ceci fait, impossible de lâcher le roman.
    Il y a une tension presque palpable dans ce huis-clos glacial.
    Le policier, Knut, n’est pas sur place pour officiellement enquêter, il est venu rejoindre l’expédition après un appel de détresse. Mais quand il voit l’état des chiens et du musher, il décide de rester sur place pour essayer de comprendre ce qu’il s’est passé.
    Les membres de l’expédition ne sont guère sympathiques : les deux amis d’enfance à l’origine du départ sont d’une arrogance insupportable, le troisième membre est plus renfermé, plus secret.
    Quand aux deux épouses restées en arrière, l’une semble cacher un secret, l’autre ne penser qu’à la gloire quelque en soit les conséquences.
    Difficile dans ces circonstances de définir les responsabilités de chacun.
    Difficultés supplémentaires : toutes communications est coupée avec la civilisation et un ours polaire affamé rode. Mener une enquête dans ces conditions n’est pas franchement l’idéal.
    J’ai été sidérée par l’inconscience de ces hommes qui ont fait des promesses et pris des engagements qu’il était impossible à tenir tant l’expédition a été mal préparée. Karsten est sans doute celui qui est le plus arrogant et qui manque le plus de discernement. Il semble croire que du moment qu’il pense à un objectif, il va forcément l’atteindre. Il refuse d’admettre qu’il n’est qu’un amateur et qu’il fonce droit dans le mur. Sans doute le fait qu’il ait été un enfant-star puis qu’il ait brillamment réussi ses études d’avocat lui ont-ils fait croire qu’il réussirait tout ce qu’il entreprendrait. Il semble croire aussi que la fin justifie les moyens et qu’il n’aura jamais à faire face à aucune conséquence.
    Si pendant la majorité du livre, on suit les membres de l’expédition et Knut qui évolue complètement à l’aveugle, certains chapitres suivent le chef de la police, et patron de Knut, qui mène lui-même une enquête pour comprendre ce qui est arrivé au musher et aux chiens. D’autres chapitres, moins nombreux, et écris à la première personne, suivent les pensées de l’épouse de Karster, Karin Hauge, qui raconte la préparation de l’expédition ainsi que les informations que les deux épouses reçoivent tandis que leurs maris se dirigent vers le pôle.
    Ainsi on en sait plus que Knut sur ce qui est arrivé au musher et aux chiens, mais cela ne nous aide guère à savoir qui est le coupable parmi les membres de l’expédition, ni même s’il y a un ou plusieurs coupables.
    La chute est inattendue quoique pas assez développée à mon goût. On reste un peu sur sa faim.
    Mais pour l’essentiel, c’était un thriller très prenant et qui tient en haleine.

    Un extrait : La couche de glace à 87 degrés nord s’étendait à perte de vue autour d’eux, jusqu’à l’horizon, où elle disparaissait dans un rai de lumière. Les chenaux et les crêtes de compression dessinaient des lignes sombres au tracé aléatoire. Au-dessus d’eux, la voûte céleste semblait tapissée de couvertures de laine grise. Et entre le ciel et l’océan, ces deux immensités : l’hélicoptère, un cylindre de métal noir vrombissant maintenu en suspension par un lourd rotor qui fouettait l’air de ses pales. Quatre hommes se trouvaient à son bord : deux pilotes, un mécanicien de la compagnie aérienne Airlift et un policier dépendant du bureau du gouverneur à Longyearbyen.

    Il faisait chaud dans la cabine réservée aux passagers dans laquelle étaient assis Knut Fjeld et le mécano. Les discussions dans l’intercom s’étaient tues. Il flottait dans l’habitacle une atmosphère paisible, ils étaient un peu comme plongés en plein rêve. Knut somnolait sur son siège, sa tête dodelinait au rythme des mouvements de l’hélicoptère. Peu lui importait de calculer le temps qui s’était écoulé depuis le décollage, il laissait ses pensées vagabonder au petit bonheur, il glissait dans cet agréable état de somnolence, puis en ressortait, avant de repiquer du nez.

    L’hélicoptère avait fait une escale sur un navire océanographique allemand dans le détroit de Framstredet, entre le Svalbard et le Groenland, pour remplir les réservoirs de carburant, mais ils étaient repartis aussitôt, sans même prendre le temps de boire un café avec l’équipage. Le Polastern avait disparu derrière eux depuis quelques minutes, quand ils avaient aperçu l’île de Danskøya à tribord, avant d’entrevoir au loin le minuscule

    îlot de Moffen, une réserve naturelle abritant une des dernières colonies de morses du Svalbard. Aucun n’était visible ce jour-là.

    Ils n’avaient plus eu ensuite que la banquise au-dessous d’eux.

    Ils se dirigeaient vers la dernière position connue du campement d’une expédition norvégienne en route pour le pôle Nord – un petit point dans la blancheur d’un désert de solitude. Un appel de détresse par téléphone satellite était à l’origine de cette opération de sauvetage. D’ordinaire, il en fallait beaucoup pour que le gouverneur déclenche une intervention coûteuse nécessitant d’envoyer un hélicoptère très au large du Svalbard, mais le message selon lequel un ours polaire rôderait dans les parages

    les avait poussés à agir.

    La procédure habituelle, lors du signalement d’un ours, voulait qu’un policier et une personne chargée de l’environnement au bureau du gouverneur se rendent sur les lieux afin d’évaluer la situation, mais l’agent du service environnement n’était pas là depuis longtemps et comme Knut était le policier de terrain le plus expérimenté, ses supérieurs avaient décidé de l’envoyer seul sur place.

     « Dis-toi que c’est là une super occasion de monter plus au nord que tu ne l’as jamais fait », avait déclaré Tom Andreassen, le chef de la police, en conduisant Knut au hangar de l’hélicoptère.

    « Il suffira probablement d’effrayer l’ours pour qu’il s’en aille. Il y a de fortes chances que ce ne soit qu’une pure mission de routine. »

    Knut ne lui avait pas répondu. Il avait comme l’impression d’avoir déjà entendu cette phrase.

     

     

  • [Livre] Je sais pas

    je sais pas.jpg

    Résumé : C'est le grand jour de la sortie en forêt de l'école maternelle des Pinsons. La météo clémente et l'enthousiasme des éducateurs comme des enfants donnent à cette journée un avant-goût de vacances. Tout se déroule pour le mieux jusqu'au moment du retour, quand une enfant manque à l'appel. C'est Emma, cinq ans, une des élèves de la toute jeune institutrice Mylène Gilmont. C'est l'affolement général. Tandis que deux enseignantes ramènent le groupe d'enfants au car, les autres partent aussitôt à sa recherche. Mylène prend une direction différente, s'aventurant donc seule dans la forêt. Au bout d'une demi-heure, les forces de l'ordre sont alertées. Un impressionnant dispositif est mis en place et l'équipe du capitaine Dupuis se déploie dans la forêt avec une redoutable efficacité. Et puis Emma réapparaît. Le soulagement de ses parents arrivés sur place, Camille et Patrick, est à la hauteur de l'angoisse qu'ils ont éprouvée. Visiblement, il y a eu plus de peur que de mal pour la petite. Pourtant, la battue doit continuer avant la tombée de la nuit, car cette fois, c'est Mylène qui ne revient pas. Camille a retrouvé sa fille. En vérité, elle ne le sait pas encore, pour elle, le cauchemar ne fait que commencer.

     

    Auteur : Barbara Abel

     

    Edition : Belfond

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 06 octobre 2016

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : J’ai lu ce livre dans le cadre d’une lecture commune avec les copinautes.
    L’histoire commence de manière assez calme : une mère qui semble s’ennuyer dans son mariage, une jeune institutrice en retard, une sortie scolaire en forêt.
    Mais très vite les choses dérapent. Au moment de rentrer à l’école, on constate la disparition de la petite Emma. Pendant que trois des accompagnateurs la cherchent, se séparant pour couvrir plus de terrain, une des deux accompagnatrices qui surveillent les enfants prévient la police.
    Quand Emma est retrouvée, le soulagement est de courte durée car on constate très vite l’absence de Mylène, une des institutrices qui était partie à sa recherche.
    Tout au long de ce livre la phrase « Je sais pas » résonne dans toutes les bouches comme un mantra qui fait monter l’angoisse.

    Chaque évènement est lié aux autres d’une manière ou d’une autre, parfois d’une manière que l’on n’aurait pas imaginée, et qui n’est pas forcément expliquée noir sur blanc dans le roman.
    Mais la première chose qui m’a frappée dans ce roman c’est que tous les personnages, absolument tous, sont antipathiques. Oui, oui, tous. Du policier chargé de l’affaire et qui semble plus à cheval sur son grade que sur la manière dont l’enquête est menée à la petite Emma de cinq ans, en passant par les parents de la gamine et Mylène, la disparue.
    Déjà, il y a la petite Emma, 5 ans. Malgré son visage d’ange, la gamine, dès les premières lignes se montre effrontée, tyrannique et très vite, on décèle une réelle malveillance chez cette gosse malgré son jeune âge.
    Ce qui n’a rien d’étonnant quand on voit son père : arrogant, doté d’un immense complexe de supériorité (ou sociopathe…ça se discute…). On se doute bien qu’une gamine de 5 ans ne devient pas ainsi sans une éducation défaillante et des exemples parentaux désastreux.
    J’ai eu moins de mal avec Camille, sa mère, elle a ses failles et est complètement inconsciente sur certains points, mais son attitude n’est pas volontairement destinée à nuire.
    Mylène, l’institutrice disparue m’a semblé n’avoir aucun sens des responsabilités. Dès les premières pages, on apprend qu’elle est diabétique, mais elle semble incapable de se prendre en charge : elle traite son diabète par-dessus la jambe, fais ses injections quand bon lui semble…et je trouve complètement irresponsable, quand on a la charge de jeunes enfants, de ne pas informer son employeur d’une maladie qui peut vous faire perdre connaissance en cas d’hypoglycémie.
    Devant ces personnages aussi antipathique les uns que les autres, on est débarrassé de toute empathie et on est plus concentré sur l’ambiance malsaine et oppressante qui fait la force du roman. 
    On reste en haleine jusqu’à la fin, les explications et rebondissement gardant tous nos sens en éveil jusqu’à la dernière ligne de l’épilogue.

    Un extrait : Dans la cour de l’école, l’agitation est à son comble. D’autant que, pour la première fois depuis deux semaines, la journée promet d’être belle, même les bulletins météo sont tombés d’accord sur ce coup-là. La menace de quelques orages d’été n’est prévue qu’en début de soirée. Dans l’excitation du départ, les enfants ne cessent de s’éparpiller alors qu’on leur demande de rester groupés, tandis que les parents campent par grappes à l’entrée de l’école alors qu’on souhaite qu’ils se dispersent.

    — Mireille ! Avez-vous vu le carton des brassards ? Il a mystérieusement disparu !

    À proximité des toilettes, Bruno Danzig, le prof de gymnastique, gesticule en direction d’une femme élégante, la quarantaine dynamique, qui vient de débouler dans la cour qu’elle traverse d’un pas militaire.

    — Dans le réfectoire ! lui répond-elle du tac au tac.

    Sans se départir de son sourire légendaire, Mireille Cerise, directrice de l’école maternelle des Pinsons, poursuit sa course sans ralentir. Le joyeux désordre qui règne dans le patio ne paraît pas l’affecter ; il semble que tout soit sous contrôle. Ce qui, en vérité, est loin d’être le cas.

    — Éliane ! clame-t-elle à l’adresse d’une institutrice qui tente tant bien que mal de faire régner l’ordre. Il est temps de faire votre rang, les enfants embarquent dans cinq minutes !

    Éliane acquiesce d’un signe de tête avant de hausser le ton pour exiger le calme. Mireille se dirige vers le préau, zigzague entre les enfants, attrape au vol un ballon qu’elle confisque dans la foulée, évite de justesse un petit garçon qui s’étale à ses pieds et qu’elle relève presque sans s’arrêter.

    — Mireille ! hurle le concierge depuis l’entrée de la cours. Le car bloque toute la rue ! Faut se magner, là !

    — On y va, on y va !

    Puis, avisant Bruno qui revient du réfectoire chargé d’une caisse :

    — Postez-vous au portail, monsieur Danzig, et distribuez un brassard à chaque enfant qui sort.

    — C’est ce que je m’apprête à faire !

    — Et virez-moi les parents, ça fait bouchon !

    Bruno Danzig s’éloigne en grommelant.

    — Virer les parents ! Elle en a de bonnes, elle !

    Mireille poursuit en direction de l’accueil. Juste avant d’atteindre la porte, elle avise trois enfants qui se battent comme des chiffonniers à quelques mètres d’elle.

    — Ho ! vocifère-t-elle aussitôt en rejoignant les marmots. C’est pas bientôt fini, non ? Mettez-vous tout de suite en rang ou je vous garde à l’école !

    Les gamins tentent de se justifier, peine perdue, Mireille les attrape par le bras et les entraîne vers Éliane.

    — Ils sont à vous, ces trois-là ?

    — Non, ce sont des élèves de Mylène, répond Éliane, doyenne des enseignantes de l’école.

    — Et elle est où, Mylène ? s’informe Mireille en balayant la cour des yeux.

    — Pas encore vue !

    — C’est une blague ?

    Pour le coup, le sourire de Mireille se fige. Elle consulte sa montre et laisse échapper un soupir contrarié. Les garçons en profitent pour lui fausser compagnie tandis qu’un peu plus loin, un rang approximatif se forme sous les injonctions d’Éliane. La directrice change aussitôt de cap et rejoint rapidement le concierge.

    — Tu as vu Mylène, ce matin ?

    — Non, répond-il, indifférent à l’agacement qui pointe dans sa voix. Bon, tu les embarques, les gosses ? On va encore avoir des remarques du conseil municipal !

    — J’attends Mylène, figure-toi !!!

    Tout en s’éloignant, Mireille sort son téléphone portable de sa poche, le consulte, constate l’absence de nouveau message. Elle ouvre ensuite son répertoire, sélectionne le numéro de Mylène Gilmont, s’apprête à établir la communication lorsque enfin elle aperçoit la jeune femme se hâter à sa rencontre.

    Mylène est la plus jeune institutrice de l’école maternelle des Pinsons. Sa lourde chevelure rousse et bouclée lui confère une allure d’adolescente que son visage constellé de taches de rousseur accentue encore. N’étaient ses tenues vestimentaires toujours irréprochables, elle paraîtrait avoir dix-sept ans, ce qui, dans son métier, n’est pas forcément un atout : perturbés par sa physionomie juvénile, beaucoup de parents éprouvent méfiance et appréhension quant à sa capacité d’encadrer une quinzaine d’enfants de grande section.

    La dictature de l’apparence.