Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Historiques

  • [Livre] Danse avec les loups

    Danse avec les loups.jpg

     

    Lecture terminée le : 22 décembre 2019

     

    Résumé : Fort Sedgewick. Un avant-poste au fin fond de l'Ouest sauvage. Trois ou quatre baraques délabrées, une poignée d'hommes épuisés. C'est là qu'est affecté le lieutenant Dunbar. Il rêvait de grands espaces, de batailles glorieuses. A son arrivée, une surprise l'attend: le fort est abandonné, il se retrouve seul.

    Seul... jusqu'au jour où il découvre une femme blessée qu'il ramène chez les Comanches. Au fil des jours, il gagne leur amitié, apprend leur langue... et tombe amoureux de cette étrange squaw aux yeux couleur de feu, cette Blanche que les Indiens ont enlevée quand elle était enfant. Comme elle, il deviendra un Comanche. Désormais, le lieutenant Dunbar n'existe plus. Il est celui qui "danse avec les loups". Mais la guerre n'est pas finie. Pour l'armée des États Unis d'Amérique, John Dunbar est un déserteur.


    Auteur : Michael Blake

     

    Edition : J’ai lu

     

    Genre : Historique

     

    Date de parution : 24 Février 2003

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : De Danse avec les loups, je ne connaissais que le film avec Kevin Costner, comme beaucoup de monde (et en plus, ça ne date pas d’hier !)
    Quand je suis tombé sur le livre, j’avoue que j’ai hésité car il est arrivé, pour ce genre de film se passant dans de grandes étendues sauvages, que le livre contienne trop de passages descriptifs et qu’il m’ennuie.
    Mais j’ai décidé de tenter le coup et j’ai bien fait car j’ai été complètement embarquée dans l’histoire.
    Déjà, on nous explique plein de choses qu’on ne sait pas dans le film, comme pourquoi le fort où arrive John Dunbar est désert. On apprend aussi son passé, on découvre ses premiers contacts avec les indiens et d’ailleurs on a beaucoup le point de vue des comanches sur les différentes situations. On découvre aussi le passé de Celle-qui-se-dresse-avec-le-poing-fermé et on apprend comment elle est devenue une comanche.
    Tous les personnages ont bien plus de profondeurs que dans le film.
    Il y a très peu de dialogue (forcément, sur plus de la moitié du livre, les personnages ne parlent pas la même langue).
    Il y a évidemment beaucoup de descriptions mais pas d’ennuie grâce à l’écriture qui est très fluide et à des descriptions qui rendent les lieux très vivants.
    En filigrane de l’histoire, on voit les massacres à venir des indiens. Dans chaque questionnement des comanches, dans chaque hésitation de Dunbar à leur répondre, on sent venir ce qu’il va se passer.
    J’ai particulièrement aimé découvrir la culture, les coutumes, la vie quotidienne des comanches.
    Et comme Dunbar l’apprend lui aussi, tout nous est expliqué en même temps qu’à lui.
    La transformation de Dunbar d’officier zélé de l’armée américaine à guerrier comanche se fait progressivement et il est très intéressant de le voir remettre en question tout ce en quoi il croit pour évoluer vers une autre façon de vivre.
    J’ai trouvé la fin incroyablement triste peut-être parce qu’elle met une dernière fois l’accent sur ce qui attend les peuples indiens.

     

    Un extrait : Le Lieutenant Dunbar ne fut pas véritablement avalé, mais ce fut le premier mot qui lui vint à l’esprit.

    Tout était immense.

    Le grand ciel sans nuages. L’océan d’herbe ondulant.

    Rien d’autre, où qu’il posât les yeux. Pas de route. Pas de traces d’ornières que le grand chariot aurait pu suivre.

    Juste un immense espace absolument vide.

    Il était à la dérive. Il était totalement seul. Cela faisait bondir son cœur d’une manière étrange et profonde. Assis en plein air sur le siège plat, laissant son corps osciller au rythme de la prairie, les pensées du Lieutenant Dunbar se focalisèrent sur son cœur bondissant. Il était excité. Pourtant, son sang ne bouillonnait pas, son pouls était lent. La contradiction lui agitait délicieusement l’esprit. Des mots tournaient constamment dans sa tête, tandis qu’il essayait de formuler les phrases ou les tournures de style qui lui permettraient de décrire ce qu’il ressentait. Il était difficile de mettre exactement le doigt dessus.

    Au cours de leur troisième jour de voyage, la voix dans sa tête prononça les mots : « C’est religieux », et cette phrase semblait des plus exactes. Mais le Lieutenant Dunbar n’avait jamais été un homme religieux, et, bien que la phrase ait sonné juste, il ne savait pas vraiment ce qu’il devait en tirer.

    S’il n’avait pas été ainsi transporté, le Lieutenant Dunbar aurait probablement trouvé l’explication, mais dans sa rêverie, il la dépassa sans la voir.

    Il était tombé amoureux. Il était tombé amoureux de ce pays sauvage et beau, et de tout ce qu’il contenait. C’était le genre d’amour que les gens rêvent de partager avec autrui : sans égoïsme et dégagé de tout doute, déférent et éternel. Son esprit avait reçu une promotion et son cœur bondissait. Peut-être était-ce la raison pour laquelle ce beau lieutenant de la cavalerie avait pensé à la religion.

     

    bonne lecture 3 étoiles.jpg

  • [Livre] Un bûcher sous la neige

    un bucher sous la neige.jpg

     

    Lecture terminée le : 11 décembre 2019

     

    Résumé : Au coeur de l'Ecosse du XVIIe siècle, Corrag, jeune fille accusée de sorcellerie, attend le bûcher.

    Dans le clair-obscur d'une prison putride le Révérend Charles Leslie, venu d'Irlande espionner l'ennemi, l'interroge sur les massacres dont elle a été témoin. Mais, depuis sa geôle, la voix de Corrag s'élève au-dessus des légendes de sorcières, par-delà ses haillons et sa tignasse sauvage. Peu à peu, la créature maudite s'efface; du coin de sa cellule émane une lumière, une sorte de grâce pure. Et lorsque le révérend retourne à sa table de travail, les lettres qu'il brûle d'écrire sont pour sa femme Jane, non pour son roi.

    Chaque soir, ce récit continue, Charles suit Corrag à travers les Highlands enneigés, sous les cascades où elle lave sa peau poussiéreuse des heures de chevauchée solitaire. Chaque soir, à travers ses lettres, il se rapproche de Corrag, la comprend, la regarde enfin et voit que son péché est son innocence et le bûcher qui l'attend le supplice d'un agneau.


    Auteur : Susan Fletcher

     

    Edition : J'ai Lu

     

    Genre : Historique

     

    Date de parution : 29 Mars 2013

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : Ce roman ne ressemble pas à ceux que je lis d’ordinaire.
    Il est à deux voix. Celle de Charles, d’abord, un ecclésiastique, mais aussi un jacobite qui espère trouver de quoi faire tomber Guillaume d’Orange et rétablir Jacques Stuart sur le trône en enquêtant sur un massacre commis en Ecosse.
    Celle de Corag, ensuite, une jeune fille dont j’estime l’âge à 18 ans, qui aurait été témoin du massacre et qui attend, dans une geôle sordide, que le dégel permette de construire le bûcher auquel on la destine.
    Il faut noter d’abord que ce roman se classe dans les historiques car les éléments principaux sont bel et bien réels. Le massacre dont il est question a bien eu lieu (et il a d’ailleurs servi d’inspiration à George R.R. Martin pour ses noces pourpres) ; Charles Leslie a bien existé (vous pouvez lire sa biographie, en anglais ICI) et Corrag fait l’objet d’une légende que vous pouvez découvrir, toujours en anglais, ICI. On ne sait donc pas si elle a vraiment existé, mais il n’est pas rare que les légendes soient tissées autour de personnes bien réelles.
    Pour en revenir au livre de Susan Fletcher, il est donc à deux voix. Mais ces voix ne s’adressent qu’indirectement l’une à l’autre.
    La voix de Charles, on ne l’entend qu’à travers les lettres qu’il écrit à l’épouse qu’il a laissé en Irlande. D’abord très rigide, presque obtus, il semble pourtant autant touché par Corrag que j’ai pu l’être. Entre les doux reproches de son épouse, qu’on devine au fil des lettres de Charles, et le récit de la jeune femme, on sent clairement certaines de ses certitudes vaciller.
    Corrag est la seconde voix de ce livre, et la plus présente.
    Avant d’accéder à la demande de Charles et de lui dire ce qu’elle sait sur le massacre, Corrag exige de raconter son histoire.
    Et bon sang, quelle histoire !

    J’ai été tellement émue par Corrag. Alors qu’elle est promise à une mort atroce, que sa terreur fait parfois surface, que la vie ne lui a fait aucun cadeau, elle tient un discours sur la vie, la nature, les croyances, absolument époustouflant.

    Une réflexion de Corrag a le mérite de faire réfléchir Charles : Pourquoi ceux qui sont proches de la nature sont-ils presque toujours accusés de sorcellerie si la nature est une création de Dieu ?
    Dans ce roman, on écoute une histoire, un récit sans dialogue.
    D’habitude, l’absence de dialogue est plutôt rédhibitoire pour moi, mais là j’étais tellement prise dans l’histoire de Corrag que j’ai presque entendu les dialogues se détacher de son récit.
    Et puis, au fil de l’histoire, il y a ces petites mentions à la neige qui fond, au bûcher qui se construit. Avec l’approche du dégel, une angoisse a commencé à poindre. La peur de voir la fin de Corrag.
    La fin est magnifique, avec, pour moi, une grande mélancolie.
    Ce n’est pas un livre qui se dévore, c’est un livre qui se savoure.

    Et je vous le conseille vivement.

     

    Un extrait : Quand ils viendront me chercher, je penserai à l’extrémité de la corniche du nord, car c’est là que j’ai été le plus heureuse, avec le ciel et le vent, et les collines toutes sombres de mousse ou de l’ombre d’un nuage les survolant. Je reverrai ce moment où un coin de montagne s’éclaire soudain, comme si ce rocher avait été choisi entre tous les autres par le soleil, marqué par ses rayons. Il va briller, puis s’assombrir à nouveau. Je serai là cheveux au vent puis rentrerai chez moi. J’aurai en moi ce rocher éclairé par le soleil. Je le garderai en sécurité.

    Ou bien je penserai à ma course dans la neige. Il n’y avait pas de lune mais je voyais l’étoile du matin, on dit que c’est l’étoile du diable mais c’est aussi celle de l’amour. Elle luisait cette nuit-là, elle luisait très fort. Et moi je courais au-dessous en me répétant que tout aille bien que tout aille bien. Puis j’ai vu les terres en bas qui étaient tellement paisibles, tellement blanches et immobiles et endormies que j’ai pensé que l’étoile avait peut-être entendu, alors tout allait bien, la mort n’approchait pas. C’était une nuit de beauté, à ce moment. La plus grande beauté que j’avais vue de toute ma vie. Ma courte vie.

    Ou encore je penserai à toi.

    Dans mes derniers instants silencieux, je penserai à lui près de moi. Comment, très doucement, il a dit : toi…

    Certains l’appellent un sombre endroit, comme s’il n’y avait rien de bon à trouver dans ces collines. Mais du bon, moi je sais qu’elles en étaient pleines. Je grimpais sur les hauteurs enneigées. Je m’accroupissais au bord du loch et je me penchais pour y boire, si bien que mes cheveux flottaient dans l’eau, et je levais la tête pour voir la brume tomber. Par une claire nuit de gel, alors qu’on racontait que tous les loups avaient disparu, j’en ai entendu un qui hurlait du côté de Bidean nam Bian. C’était un cri tellement long et triste que j’ai fermé les yeux en l’entendant. Il pleurait sa propre fin, je crois, ou la nôtre, comme s’il savait. Les nuits là-bas ne ressemblaient à aucune autre. Les collines étaient très noires, des formes découpées dans du drap, le drap du ciel bleu foncé, étoilé. Je connaissais les étoiles, mais pas ces étoiles-là.

    Voilà de quoi elles étaient faites, les nuits. Et les jours, c’étaient des nuages et des rochers. Les jours, c’étaient des sentiers dans l’herbe, et cueillir mes plantes dans des coins détrempés qui me tachaient les mains et laissaient sur moi leur odeur de tourbe. J’étais mouillée, je sentais la tourbe. Des biches suivaient leurs chemins. Je les suivais moi aussi, ou me blottissais dans leurs tanières et le reste de leur chaleur. Je voyais ce que leurs yeux noirs avaient vu avant mes yeux à moi. Les jours là-haut, voilà de quoi ils étaient faits : des petites choses. Par exemple, observer la rivière qui se sépare en deux autour d’un rocher et après se réunit.

    Ce n’était pas sombre. Non.

    L’obscurité, il fallait que je la trouve. Il fallait basculer des rochers ou la chercher dans des grottes. Les nuits d’été pouvaient être tellement claires, tellement remplies de lumière que je me recroquevillais comme une souris, me couvrais les yeux avec la main pour avoir un peu d’obscurité où dormir. C’est comme ça que je dors, même maintenant, recroquevillée.

     

    coup de coeur.jpg

  • [Livre] Petites recettes de bonheur pour les temps difficiles

    petites recettes de bonheur pour les temps difficiles.jpg

     

    Lecture terminée le : 29 octobre 2019

     

    Résumé : Entre Iowa et Massachusetts de 1943 à 1946
    Depuis que son mari a été appelé à rejoindre les forces alliées pour combattre en Europe, Glory Whitehall s’ennuie. Laissée seule avec son fils de 3 ans, enceinte jusqu’aux yeux, la jeune femme cherche une occupation pour tromper la solitude. Un beau matin, Rita Vincenzo reçoit la lettre d’une inconnue du Massachussetts…
    Entre Glory, jeunette impulsive, et Rita, femme de poigne au grand cœur, se tisse une amitié au fil de la plume. Une correspondance entre deux femmes séparées par des centaines de kilomètres, accidentellement rapprochées par l’absence de leurs époux, partis sur le front.
    Étayée d’instants complices, de joies, de peines, de drames, cette correspondance offre à chacune des deux femmes un moment de réconfort unique dans un monde bouleversé par les échos de la guerre qui menacent de saper leur courage. Comment vivre dans un monde sans hommes ? Comment égayer le quotidien lorsque tout est rationné ? À qui confier le mal-être, la souffrance de celles qui attendent, impuissantes et fébriles des nouvelles des époux, des fils qu’elles ont vus partir de l’autre côté de l’océan ?Trois ans de correspondance, autant de partage de recettes, de conseils de jardinage, de confidences inavouées… pour l’une des plus belles histoires d’amitié jamais écrites.


    Auteur : Suzanne Hayes et Loretta Nyhan

     

    Edition : Pocket

     

    Genre : Historique

     

    Date de parution : 18 juin 2015

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : J’ai souvent eu du mal avec les romans épistolaires, du coup je n’en lis jamais. Comme quoi, tout dépend du contenu des lettres, parce que ce roman-là a été un véritable coup de cœur.
    En pleine seconde guerre mondiale, deux femmes, que plusieurs centaines de kilomètres et une vingtaine d’années séparent, entament une correspondance sur l’impulsion du club des femmes de leurs villes respectives.
    Gloria « Glory » Whitehall est une jeune femme de 24 ans, enceinte, mère d’un petit garçon de 2 ans. Son mari, Robert, est dans un camp d’entrainement en attendant de partir en Europe.
    Marguerite « Rita » Vincenzo a 41 ans. Son mari, Sal, bien que trop âgé pour être appelé sous les drapeaux, a décidé de s’engager après Pearl Harbor et a été envoyé en Afrique comme médecin militaire. Leur fils de 18 ans, Toby, est dans un camp d’entrainement et doit être déployé dans le Pacifique.
    A travers leurs lettres, les deux femmes vont nouer une solide amitié et se confier leur solitude, leurs petits et gros tracas et surtout cette inquiétude qui ne les quitte jamais.
    Avec elles, on découvre les restrictions, l’effort de guerre, les mesures gouvernementales pour protéger la population des raids aériens…
    On découvre aussi le mal-être et la honte des hommes réformés pour raisons médicales voire pour casier judiciaire (comme si ces derniers n’étaient pas dignes de mourir pour leur pays).
    Les femmes et les soldats communiquent par V-Mail, sorte de formulaire au nombre de ligne limité et lu par d’impitoyables censeurs avant de parvenir à leur destinataire. Si je comprends que les informations qui pourraient dévoiler des déplacements militaires soient caviardées, j’ai eu plus de mal avec certaines démonstrations d’affection, censurés au nom de la morale (Franchement, en pleine guerre, ils avaient rien d’autres à faire ?).
    Très vite, les deux femmes s’échangent des astuces pour faire fructifier leur jardins et des « recettes de guerre » (Des recettes très intéressantes mais que je ne suis pas certaine d’aller jusqu’à tester).
    Les femmes, en plus de contribuer à l’effort de guerre en faisant des bandages ou en écrivant aux soldats dépourvus de famille, vont également devoir remplacer dans leur travail les hommes partis au front.
    C’est là que la place de la femme va évoluer, car quand les hommes vont rentrer de la guerre, elles vont devoir se battre pour conserver leur indépendance et ne pas simplement être renvoyer derrière leurs fourneaux.
    On passe par beaucoup d’émotions dans ce roman : on sourit, on rit, on s’angoisse en même temps que Rita et Glory, on s’indigne aussi face aux situations ou aux réactions des voisines, on pleure (personnellement, je suis devenue une madeleine).
    Difficile de quitter ce roman écrit à quatre mains et ses deux héroïnes aussi différentes qu’attachantes.
    Mais avec la fin de la guerre, se termine aussi cette superbe correspondance et ce roman que l’on referme en laissant Rita et Glory reconstruire la vie que la guerre est venue chambouler.

     

    Un extrait : Chère « Sorcière aux mains vertes »,

    À trop vouloir m’appliquer, j’ai de l’encre bleue plein les doigts.

    Mais ce soir, j’avais le cœur lourd… Alors j’ai décidé de faire fi du reste et de prendre ma plus belle plume pour écrire à une parfaite inconnue qui n’aura peut-être ni le temps ni l’envie de me répondre.

    Et si je commençais par le commencement ?

    Notre Club des femmes se réunit au presbytère chaque mercredi après-midi. Ce n’est pas vraiment ma tasse de thé, mais il faut bien que je m’occupe. On ne nous a pas donné de vrais noms, juste fait passer une liste d’adresses en nous disant que si nous nous sentions seules (c’est mon cas) ou désespérées (pas encore, mais j’avoue que ça devient de plus en plus pesant), nous pourrions ainsi correspondre avec une autre jeune femme dans la même situation. La « situation ». J’ai particulièrement aimé la manière dont notre vieille Mme Je-sais-tout (Mme Moldenhauer) a prononcé ce mot. Que sait-elle, au juste, de notre « situation » ?

    Un chapeau passait de main en main avec de petits papiers comportant de faux noms et de vraies adresses. Histoire de préserver l’anonymat, je suppose. Mais après tout, pour s’écrire, ne vaut-il pas mieux se connaître ? Les morceaux de papier n’étaient pas pliés et les autres filles fouillaient dans le chapeau pour choisir leur préféré. Tout ce rituel me semblait un peu ridicule et confus, à vrai dire. Je ne voulais pas participer, mais Mme Moldenhauer m’a pincé l’avant-bras si fort que je dois encore avoir une marque. Du coup, j’ai fait exprès de choisir en dernier. Toutes les autres avaient rejeté votre pseudonyme à cause du mot « Sorcière », j’imagine. J’ai de la chance d’être tombée sur vous. En ce moment, j’aurais bien besoin d’un coup de baguette magique. J’en suis à mon septième mois et Robbie Jr. vient d’avoir deux ans. C’est une vraie terreur.

    Voilà… J’espère que ces quelques lignes vous parviendront et vous donneront l’envie de me répondre. Je me réjouis à l’idée de courir jusqu’à la boîte aux lettres pour y trouver une enveloppe sans le cachet de l’armée dessus.

    Mon nom est Gloria Whitehall. J’ai vingt-trois ans. Mon mari, Robert Whitehall, est premier sergent dans la 2e division d’infanterie.

    Ravie de faire votre connaissance.

    Sincères salutations,
    Glory



    coup de coeur.jpg

  • [Livre] Retour à Whitechapel

    retour à whitechapel.jpg

     

    Lecture terminée le : 24 octobre 2019

     

    Résumé : Automne 1941, Amelia Pritlowe est infirmière au London Hospital et tente de survivre aux bombardements de l’armée allemande. Lorsqu’elle reçoit la lettre posthume de son père, elle n’imagine pas qu’elle va devoir affronter un cataclysme personnel tout aussi dévastateur. Sa mère n’est pas morte d’une maladie pulmonaire comme elle l’a toujours cru. Sa mère, Mary Jane Kelly, a été la dernière victime de Jack l’Éventreur. Elle avait deux ans.? ? Mue par une incommensurable soif de vengeance, l’infirmière va se lancer dans une traque acharnée. Elle intègre anonymement la société savante d’experts « ripperologues », la Filebox Society, et va reprendre l’enquête depuis le début, étudiant et répertoriant tous les éléments qui ont touché de près ou de loin chacune des victimes de Jack l’Éventreur. Plongeant ainsi dans les bas-fonds de l’East End victorien, revivant le calvaire de ces femmes qui vendaient leur âme et leur corps pour quelques heures de sommeil, elle va reconstituer les dernières semaines de la vie de sa mère, suivre toutes les pistes et accepter tous les sacrifices pour retrouver celui qui reste encore aujourd’hui une énigme.? « Pourquoi ni la police de l’époque, ni les enquêteurs qui ont suivi l’affaire depuis plus d’un siècle n’ont jamais identifié Jack l’Éventreur ? Parce qu’ils cherchaient un homme correspondant à un a priori social ou allégorique. “Jack” n’était pas un médecin fou, ni un membre de l’aristocratie victorienne ou un haut personnage de la cour d’Angleterre. Il était simplement dans la place, tout près de ses victimes, invisible à force d’être là. »


    Auteur : Michel Moatti

     

    Edition : 10/18

     

    Genre : Historique

     

    Date de parution : 03 décembre 2015

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : Comme beaucoup d’auteurs, Michel Moatti s’est intéressé de près au mythique Jack l’éventreur.
    Le dernier livre que j’ai lu sur le sujet était long, ennuyeux, et présentait une idée tout faite sur l’identité du tueur, écartant d’un revers de main les preuves qui contredisaient sa théorie.
    Michel Moatti nous évite le documentaire lourd et ennuyeux en choisissant de nous présenter sa théorie au travers d’un roman.
    Ainsi, un personnage fictif va, 50 ans après les meurtres, chercher à identifier le tueur. C’est à travers ce personnage, fille cachée de Mary Jane Kelly, que l’auteur nous présente documents d’époque et interrogations, ceux-là même qui lui ont permis de se forger une opinion quant à l’identité du tueur.
    Amelia, notre personnage principal, est une infirmière de plus de 50 ans, qui exerce dans un hôpital londonien pendant la seconde guerre mondiale.
    Le roman alterne entre la période des assassinats, qui permet de nous faire connaitre les minutes du jury d’enquête présidé par le coroner Roderick McDonald ainsi que les théories de différents médecins dont plusieurs réfutèrent l’idée que le tueur puisse avoir une formation médicale (contrairement à ce que disent souvent les théories complotistes) ; et la période du Blitz, où, dans un climat de terreur constante, Amelia analyse, au sein d’une société de ripperologue, fictive mais qui auraient pu exister, les documents collectés.
    L’auteur réfute avec logique la théorie de l’aristocrate tueur (et du coup la théorie complotiste impliquant l’entourage direct de la Reine Victoria).
    Pour lui, le tueur ne peut être qu’une personne connaissant parfaitement les rues de Whitechapel (sinon comment fuir la police), quelqu’un qui ne se ferait pas remarquer, qui ne dénoterait pas dans ce quartier où règne une extrême pauvreté.
    Contrairement à Patricia McDonald, qui assenait sa théorie en dépit des preuves et sans se préoccuper de rendre son histoire crédible, Michel Moatti, à la fin de son roman, résume les indices (déjà disséminés dans le roman) qui le pousse à désigner une personne en particulier.
    Il faut admettre que la théorie avancée a le mérite d’être plausible et les preuves avancées par Moatti, convaincantes.
    Le coupable que désigne l’auteur est crédible et, si on ne lui connait pas de mobile, j’ai toujours pensé que c’était une erreur que de chercher un mobile rationnel à cette boucherie. J’ai toujours eut la conviction que Jack, comme bon nombre de tueurs séquentiels, n’était motivé que par sa haine de l’autre. Et les prostituées, surtout dans ce quartier, étaient des proies facilement approchables.
    Quant à l’arrêt des meurtres, je ne pense pas que ce soit parce qu’il avait terminé une quelconque mission mais plutôt que la présence policière toujours plus importante a rendu l’exercice de son petit hobby un peu trop risqué.
    Ce livre était un roman doublé d’un documentaire et d’une enquête admirablement menée.
    Si je ne crie pas victoire pour autant sur la découverte de l’identité de jack (je pense qu’on ne saura jamais la vérité avec certitude), j’ai vraiment apprécié cette lecture et cette hypothèse.

     

    Un extrait : Joe Barnett était une sorte de gros garçon à l’allure pataude. Malgré ses trente ans révolus, des joues rondes, un poil jaune et des rouflaquettes de cocher peu fournies l’empêchaient d’avoir tout à fait l’air d’un homme adulte. Il gardait cet aspect d’adolescent attardé, que ses yeux bleus très clairs, presque transparents, renforçaient. Pourtant, ce regard, lorsqu’on le croisait, faisait frémir. On avait l’impression qu’il contenait un fonds inépuisable de rage qui ne demandait qu’à se libérer.

    Ce matin du 12 novembre, Joe Barnett était justement plein de rage en se présentant devant le jury de Shoreditch, pour témoigner sur l’assassinat de sa dernière compagne, Mary Kelly. Il se vit soudain debout devant une assemblée d’hommes en gilets et redingotes, tous la mine très imprégnée de leur mission, fronçant également les sourcils pour mieux dévisager celui qui faisait figure, dès l’ouverture de cette audition, de suspect idéal. Joe Barnett sentit la culpabilité sourdre de lui comme le suc d’un fruit mûr à l’instant même où le coroner le regarda fixement.

    Nom de Dieu, pensa-t-il, ils vont me resservir cette histoire de carreau cassé, et l’une ou l’autre des putains de Miller’s Court va se mettre à raconter qu’elle m’a entendu cent fois crier et menacer du monde dans Spitalfields.

    Son pas résonna comme un coup de fusil dans une cathédrale quand il approcha des jurés tapis près du coroner comme des canetons autour de leur mère.

    Le contraste entre ce qu’il était et l’image que renvoyaient ces hommes aux allures de notaires et de chefs de service le frappa comme un coup de poing. L’odeur de poisson rance qui s’exhalait de son paletot sombre aux taches suspectes se fit plus forte. Joe Barnett jeta un regard sur ses brodequins ferrés, largement recouverts de la boue jaune des abords du fleuve. Il inspecta enfin ses pantalons de gros drap couleur mastic, dont les genoux déformés s’auréolaient de cambouis et de graisse. Il fut submergé non plus seulement par la rage, mais par une violente vague de haine.

     

    Beaucoup aimé 4 étoiles.jpg

  • [Livre] Le parfum de Katsu

    le parfum de Katsu.jpg

    Lecture terminée le : 13 septembre 2019

     

    Résumé : À quelques jours des noces qui doivent l’unir à Akeko Kawa, l’héritière du clan ennemi de son peuple, l’honorable seigneur de guerre Toru Okami croise la route de Katsu, modeste paysanne mariée à un homme violent qui se plaît à l’humilier chaque jour. Toru est troublé par la beauté sauvage et le parfum envoûtant de la jeune femme. Quand celle-ci sauve d’une chute le père gravement malade de Toru, le seigneur l’invite à rejoindre le château pour devenir la suivante de sa future épouse…


    Auteur : Claire Volanges

     

    Edition : France Loisirs

     

    Genre : Romance historique

     

    Date de parution : 28 avril 2019

     

    Prix moyen : 15€

     

    Mon avis : En général, dans la collection Nouvelle Plume, je prends des thrillers. Alors pourquoi ai-je choisi le parfum de Katsu ? Bonne question.
    En vérité, j’ai dû le voir sur une des chaînes booktube que je suis (généralement les suggestions de vibration littéraires qui ne me déçoivent jamais).
    Le parfum de Katsu a frôlé le coup de cœur. Mais vraiment frôlé. A vrai dire, je ne saurais pas dire pourquoi je n’ai pas atteint le coup de cœur parce que j’ai très vite complétement happée par cette histoire.
    L’histoire d’amour entre Katsu et Toru semble impossible : elle est mariée, il est sur le point de conclure un mariage politique.
    Leur les sentiments ne s’expriment pas physiquement, mais à travers des regards et les mots.
    La vie maritale de Katsu est toxique mais dans le japon féodal, une femme valait moins qu’un cheval et on se doute bien que la jeune femme n’a aucun recours contre sa brute de mari.
    Pour autant, si Katsu se soumet à son mari, contrainte et forcée, dans sa tête elle ne capitule pas. Son mari possède peut être son corps, mais il ne peut l’empêcher de s’élever intellectuellement au-dessus de lui.
    Akeko, la future épouse de Toru n’est guère mieux lotie. Alors, oui, elle ne subit pas de violence physique mais elle souffre aussi, même si elle cache sa souffrance derrière son attitude insupportable.
    Je ne vais pas dire que je l’ai appréciée mais on ne peut pas dire non plus qu’elle n’a aucune raison d’être amère.
    A part Akeko, Rintinto (le mari de Katsu), et quelques autres personnages qu’on croise ou qui sont juste cités, j’ai apprécié tous les autres personnages. Oui, même le frère cadet de Toru qui se conduit comme un vrai con, mais peut-être parce qu’il ne supporte pas l’idée de ne pas être maître de son destin.
    Le côté historique semble particulièrement bien documenté.
    A chaque terme japonais, une note de bas de page nous en explique le sens.
    Encore mieux, ces termes et leur explication sont récapitulés dans un glossaire à la fin du livre.
    C’est quelque chose de particulièrement apprécié car il n’y a rien qui m’énerve plus que de devoir aller sans cesse à la fin du livre à chaque fois que je tombe sur un terme inconnu, tout comme je déteste avoir à re-feuilleter un bouquin pour retrouver un terme en particuliers.

    A la fin du livre, il y a également un rappel des diverses légendes qui sont évoqués dans le roman.
    D’habitude, j’ai horreur de tomber sur un « à suivre » sans avoir été prévenue que le livre n’est finalement pas un one shot.
    Mais là, non, au contraire, j’ai été contente de savoir que j’allais pouvoir retrouver cet univers sans pour autant que la fin m’ait collée en PLS.

     

    Un extrait : Le village était endormi. On entendait à peine le chuchotement du vent dans les arbres. Même la pluie tombait avec la nonchalance d’une berceuse. Personne ne s’éveillait à une heure aussi précoce. Personne à part une jeune femme qui venait d’enfiler un pantalon et une chemise élimés pour prendre l’air.
    Anxieuse, elle jeta un regard à son mari qui cuvait son alcool de riz sur leur natte commune. Debout dans la pièce principale où ses beaux-parents dormaient, Katsu fit quelques pas sur les nattes posées à même la terre battue avant de pousser l’écran qui la séparait de l’extérieur.
    Comme à son habitude, elle prit les deux seaux en bois posés devant l’entrée pour aller chercher de l’eau. Elle aurait pu le faire à n’importe quelle heure de la journée, mais l’aube lui permettait de gagner quelques minutes de liberté.
    La rue était déserte. Le sol trempé de pluie brillait sous les faibles rayons de la lune. Le jour ne se lèverait pas avant une bonne heure, et Katsu se réjouissait par avance de ce petit moment de tranquillité. Aussi fugaces et éphémères soient-elles, elle savait que ces minutes lui appartenaient et que personne ne pourrait les lui ravir.
    Bientôt, elle pourrait savourer les premiers rayons du soleil. Cette promesse l’emplissait chaque matin de gratitude et lui permettait de rester debout.

     

    adoré 5 étoiles.jpg

  • [Livre] La prisonnière du temps

    La prisonnière du temps.jpg

    Lecture terminée le : 23 août 2019

     

    Résumé : À l'été 1862, un groupe de jeunes peintres proches des Préraphaélites, menés par le talentueux Edward Radcliffe, s'installe au Birchwood Manor, sur les rives de la Tamise. Là, inspiré par sa muse, la sulfureuse Lily avec qui il vit une passion ravageuse, Edward peint des toiles qui marqueront l'histoire de l'art. Mais à la fin de sa retraite, une femme a été tuée, une autre a disparu, un inestimable diamant a été dérobé, et la vie d'Edward Radcliffe est brisée. Plus d'un siècle plus tard, Elodie Winslow, jeune archiviste à Londres fiancée à un golden-boy qui l'ennuie, découvre dans une vieille sacoche deux objets sans lien apparent : le portrait sépia d'une femme à la beauté saisissante en tenue victorienne, et un cahier de croquis contenant le dessin d'une demeure au bord de l'eau. Pourquoi le Birchwood Manor semble-t-il si familier à Elodie ? L'inconnue de la photo pourra-t-elle enfin livrer tous ses secrets ? Et si, en l'entraînant sur les traces d'une passion d'un autre siècle, son enquête l'aidait à percer le mystère de ses propres origines et à enfin mener la vie qu'elle désire ?


    Auteur : Kate Morton

     

    Edition : Presse de la cité

     

    Genre : Historique

     

    Date de parution : 04 avril 2019

     

    Prix moyen : 22€

     

    Mon avis : J’ai retrouvé dans ce livre tout ce que j’avais adoré dans le 1er livre que j’ai lu de l’auteur, « L’enfant du lac », à savoir le mélange des époques et des personnes. J’ai adoré ces histoires qui semblent n’avoir aucun lien entre elles si ce n’est cette maison, Birchwood manor.
    Et puis, au fil des pages, les destins s’entrecroisent, mais jamais franchement. Les liens entre les personnages sont parfois furtifs, comme un simple échange entre une femme adulte et un enfant.
    Tout début en 2017 avec une jeune archiviste passionnée, Elodie, qui découvre un carnet de croquis d’un artiste, dans un porte document d’un autre homme, le tout dans une sacoche au nom de l’artiste. La jeune femme travaillant pour une sorte de musée/archives consacrés à l’autre homme, elle cherche à savoir si la photo découverte avec le carnet appartenait à l’artiste ou à l’autre homme.
    Sa recherche de l’identité de la jeune femme la lance sur les traces de ce peintre et d’un diamant disparu.
    Birchwood manor est un personnage à part entière, elle qui fut tour à tour maison de particulier, pensionnat de jeune fille, refuse pour artiste ayant accueillis une famille chassée de Londres par les bombardements de la seconde guerre mondiale et enfin musée consacré au peintre dont on parle tout au long du livre, Edward Radcliffe.
    Un personnage, parmi tous ceux que l’on va rencontrer, traverse les époques. Un esprit, prisonnier de la maison, une femme qui y est morte et ne l’a jamais quitté.
    Qui est cette femme ? Comment est-elle morte ? Cela, on le découvrira par bribes pour n’avoir le fin mot… ben qu’à la fin de l’histoire, justement.
    Chacune des histoires a sa part d’émotions. J’ai particulièrement aimé celle de Juliet, qui s’installe à Birchwood manor avec ses trois enfants après que les bombes aient détruit leur maison londonienne.
    Ce livre n’est pas un livre que l’on peut lire rapidement, en pensant à moitié à autre chose. On a besoin de toute sa concentration pour suivre toutes les ramifications qui se révèlent au fil de l’histoire.
    Avec un minimum de concentration, les liens qui apparaissent sont assez clairs, on pourrait facilement en tracer un schéma.
    En résumant beaucoup, on pourrait dire que deux questions essentielles se posent : Qu’est-il arrivé à la jeune femme qui hante le manoir ? Où est passé le diamant, le fameux «Radcliffe blue » ?
    Et bien, je dois dire que si j’ai pu répondre à la première question (bon, ok, trois pages avant que ce soit écrit noir sur blanc, mais quand même), je n’avais vraiment, mais alors vraiment rien vu venir pour le diamant. J’en suis restée toute bête.
    J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman, et si je n’avais pas été si fatiguée, le soir après le boulot, je l’aurais certainement dévoré en deux jours.
    Je n’ai plus qu’une envie, choisir le prochain livre de Kate Morton dans lequel je vais me plonger.

     

    Un extrait : Si nous nous sommes retrouvés à Birchwood Manor, c’est que les lieux, disait Edward, étaient hantés. Ce n’était pas le cas – pas encore –, mais il faut être bien revêche pour s’abstenir de raconter une bonne histoire sous prétexte qu’elle est fausse. Edward était tout sauf revêche. Sa passion, sa foi aveugle en ce qu’il défendait, même les idées les plus absurdes, constituaient deux des raisons pour lesquelles j’étais tombée amoureuse de lui. Il avait la ferveur du prêcheur : dans sa bouche, n’importe quelle opinion revêtait la puissance d’une parole d’évangile. Il avait aussi le don d’attirer à lui des hommes et des femmes et d’allumer en eux des enthousiasmes incendiaires – brasiers devant lesquels tout pâlissait, hormis Edward et ses convictions.

    Mais Edward n’était pas un prêcheur.

    Je me souviens de lui. Je n’ai rien oublié.

    L’atelier dans le jardin de sa mère, à Londres, avec son toit de verre, l’odeur des couleurs qu’il venait de mélanger, le crissement des soies du pinceau sur la toile, tandis que son regard frôlait ma peau. Ce jour-là, j’avais les nerfs à vif. J’étais si désireuse de l’impressionner, de lui donner à voir une jeune femme que je n’étais pas, pendant qu’il me jaugeait et que l’injonction de Mme Mack me trottait dans la tête. « Ta mère était une vraie dame, ta famille des plus honorables : ne va pas l’oublier, ça, hein ! Si tu joues les bonnes cartes, nous recueillerons le fruit de nos efforts. »

    Alors je m’étais redressée sur la chaise en bois de rose, ce jour-là, dans l’atelier aux murs passés à la chaux, sous le buisson de pois de senteur aux rougeurs subtiles.

    Lorsque j’avais eu faim, la plus jeune de ses sœurs m’avait servi du thé et des gâteaux. Puis sa mère avait descendu l’étroite allée pour le regarder peindre. Elle adorait son fils. Elle voyait en lui s’accomplir les espoirs de la famille. Membre distingué de la Royal Academy, il était fiancé à une demoiselle généreusement dotée avec laquelle il engendrerait bien vite une portée d’héritiers aux yeux bruns.

    Une fille comme moi n’était pas faite pour lui.

    Sa mère par la suite s’est reproché le cours des événements. Mais il lui aurait été plus facile d’empêcher la lune de se lever que de nous séparer. J’étais, disait Edward, sa muse, son destin. Il l’avait su, compris, à la seconde où il m’avait vue sous la lumière trouble des becs de gaz, dans le vestibule du théâtre de Drury Lane.

    J’étais sa muse et son destin. Et lui, il était mien.

    C’était il y a si longtemps. Et c’était hier.

    Oh, je me souviens de l’amour.

     

    Beaucoup aimé 4 étoiles.jpg

  • [Livre] La vallée des carnutes

    La vallée des Carnutes.jpg

    Résumé : La vie est douce en pays carnute en cette fin du second siècle avant notre ère, au centre de ce qui deviendra un jour la Gaule, le commerce des céréales y enrichit désormais plus que les batailles et les butins. Cette quiétude est brutalement troublée par une série de morts aux circonstances effrayantes. Quel animal est sorti des enfers, et pourquoi ? Le druide Andanatos, autorité judiciaire incontestée, va devoir comprendre et dénouer l'écheveau, tandis que les menaces s'accumulent de toute part sur la Celtique. À l'est, les hordes cimbres et teutonnes s’apprêtent à déferler sur les riches campagnes celtes, tandis qu'au nord, des tribus belges ont retrouvé le chemin des pillages. Le jeune seigneur Donotalos, missionné par les druides, voit dans tous ces événements l'occasion de sortir de cette paix qui l'ennuie et d'être digne de sa glorieuse lignée. Il y trouvera plus encore.


    Auteur : Jean-Pierre Deséchalliers

     

    Edition : Autoédité

     

    Genre : Historique

     

    Date de parution : 01 septembre 2019

     

    Prix moyen : 18€

     

    Mon avis : La dernière fois que j’ai lu une histoire avec des druides, des bardes et des guerriers, c’était un « Astérix ».

    Alors, vous voyez, je partais de loin !
    Il y a beaucoup de personnages, avec des noms parfois très proches les uns des autres. Autant vous dire que j’ai énormément apprécié la délicate attention de l’auteur de nous mettre en début d’ouvrage un lexique des noms (des dieux, des personnages, des lieux, des fonctions…) ainsi que le calendrier utilisé par les druides qui nous permet de situer l’histoire dans le temps.
    En plus de la plongée dans la vie quotidienne des carnutes : justice, règles de successions, fêtes… On assiste aussi aux pillages des peuples ennemis et des combats qui en découlent.
    Et au milieu de tout cela, une étrange créature sème la terreur parmi la population.
    Même si tout laisse à penser que la bête en question est un sanglier plus gros que la moyenne, j’ai quand même eu le même sentiment d’angoisse qu’en lisant des romans sur la bête du Gévaudan.
    On sent un danger omniprésent, on sent que cet animal est bien trop intelligent pour un simple sanglier.
    Toute l’histoire ne tourne pas autour de cette affaire mais elle est en filigrane de l’histoire et sert un peu de fil conducteur.
    Ce roman semble très documenté mais je regrette un peu l’absence d’une bibliographie car je suppose que l’auteur a eu plus d’une source historique pour écrire son roman.
    En tout cas, au-delà des exactitudes ou éventuelles inexactitudes de la période historique, l’inspiration de l’auteur n’est jamais prise en défaut.
    Les chapitres sont très longs. D’habitude c’est quelque chose qui me dérange parce j’ai tendance à vouloir aller jusqu’au bout du chapitre en cours avant de dormir, mais là, l’histoire était si prenante que je ne me suis réellement rendue compte qu’en finissant le livre et en voyant le nombre total de chapitres, de leur longueur.
    Et si le texte comporte quelques coquilles, cela n’a jamais dérangé ma lecture et à chaque fois que j’ai dû poser le livre, j’ai eu beaucoup de mal à sortir de l’histoire.
    J’ai vraiment apprécié cette lecture même si je n’ai pas atteint le coup de cœur… mais ce n’était vraiment pas très loin !

     

    Un extrait : Une forte et longue averse prolongea la nuit, noyant tout autre bruit, et au petit jour le réveil fut paresseux, chacun restant réfugié à l’abri des maisons aux vastes toits de chaume et de branchages. Même les appels des bêtes manquaient de conviction.
    À son habitude, Artopennos fut un des premiers debout. Il passa le mors à Maros, son cheval pommelé gris et blanc aux épaules et à la croupe élevées et solides à même de le porter sans fatigue, et le sortit silencieusement de l’écurie. Puis il entama la ronde d’inspection qui inaugurait chacune de ses journées dans le domaine. Le portail franchi, il tourna à main droite en remontant la pente vers la forêt, selon un chemin invariable qui suivait le fossé hautement remparé qui cernait les habitations et les cours de Cauanoialon. Il en connaissait chaque pieu, chaque poutre, chaque pierre, et aucune anomalie n’aurait pu échapper à l’attention constante qui était sa raison de vivre depuis la promesse faite il y avait déjà bien des hivers. Tout en scrutant les défenses et les alentours, la mine sombre, il ressassait les événements de la nuit, irrité de les avoir si mal anticipés.
    Un guerrier devait tout envisager, et s’il devait risquer sa vie, il ne devait le faire qu’en pleine connaissance de cause ! Son imprévoyance avait mis Donotalos en danger, ce qui s’avérait pire que tout. De quoi enrager, après tout ce temps de vigilance sans faille.

    Le passé remontait en flots au fond de sa gorge. Il lui semblait entendre dans les appels et les cris de la maison qui s’animait de l’autre côté de la clôture, les éclats de rire et la voix forte d’Adiantos, le père de Donotalos, son seigneur, son ami.
    Artopennos l’avait servi comme premier écuyer dans ses incessantes campagnes, sans une hésitation, sans un doute. Guerriers redoutables, invaincus, ils avaient conquis honneurs et butins, assis la réputation du clan et ramené l’or qui avait permis de fonder et bâtir Cauanoialon tel qu’Adiantos l’avait rêvé. C’est lui aussi qui avait finalement guidé vers le vallon de la chouette le cheval de son maître, le corps ballant d’Adiantos sanglé sur le dos, après sa dernière bataille douze ans plus tôt. Par les dieux infernaux, cette bataille, quel piège, quelle déroute invraisemblable ! Artopennos en grinçait des dents chaque fois qu’il y pensait, c’est-à-dire souvent.
    Une fois de plus, il laissa filer ses souvenirs.

     

    Beaucoup aimé 4 étoiles.jpg

  • [Livre] Victoria

    victoria.jpg

    Résumé : Alors qu’elle vient d’avoir dix-huit ans, Alexandrina Victoria est sacrée reine de Grande-Bretagne et d’Irlande. Dès lors, la jeune souveraine surprend tout le monde : elle abandonne son prénom détesté pour adopter celui de Victoria, insiste pour avoir ses propres appartements et rencontrer ses ministres en tête à tête. L’un d’entre eux, lord Melbourne, devient très vite son secrétaire particulier. Il aurait peut-être pu devenir davantage… si tout le monde n’avait pas soutenu que la reine devait épouser son cousin, le taciturne prince Albert. Mais ce que Victoria ignore encore c’est qu’en amour comme en politique, il ne faut pas se fier aux apparences.


    Auteur : Daisy Goodwin

     

    Edition : Milady

     

    Genre : Historique

     

    Date de parution : 20 octobre 2017

     

    Prix moyen : 18,50€

     

    Mon avis : Dans ce roman, que l’auteur a écrit en parallèle du scénario de la série « Victoria », Daisy Goodwin relate la vie, de façon romancée, de la reine Victoria de sn accession au trône jusqu’à ses fiançailles avec le prince Albert.
    J’ai adoré Victoria. Certes, elle est impulsive et têtue comme une bourrique, parfois naïve, mais il faut se rappeler qu’elle a 18 ans, qu’elle goûte pour la première fois de sa vie à la liberté et qu’elle est entourée de personnes qui entendent la manipuler pour exercer le pouvoir à travers elle.
    De son enfance à Kensington, isolée, stricte et à l’emploi du temps millimétré qui ne lui laisse aucune ouverture sur le monde, Victoria garde un souvenir amer et une profonde rancune envers sa mère et le conseiller de celle-ci, John Conroy.
    Sa seule alliée était la duchesse de Lehzen qui détestait la mère de Victoria et Conroy. Je me demande d’ailleurs pourquoi la duchesse et Conroy, qui avaient alors tous les pouvoirs, ne se sont pas débarrassé d’elle en la renvoyant à Hanovre.
    Victoria, une fois reine, est entourée de personnes malveillantes : son oncle Cumberland et Conroy sont certainement les pires.
    A première vue, on peut penser que la mère de Victoria fait partie des personnes malveillantes mais je pense que c’est une mère inquiète qui a été manipulée par un homme qui a su profiter de son isolement.
    Au final, j’ai trouvé la duchesse de Lehen bien plus malveillante.
    Son affection pour Victoria semble sincère mais sa possessivité la pousse à tenter d’isoler Victoria afin de la garder pour elle. Cet état d’esprit la pousse à mal conseiller la reine, comme dans l’affaire Flora Hasting.
    Lord Melbourne est le plus fidèle sujet de Victoria.
    L’auteur a fait le choix de faire une romance entre Melbourne et Victoria.
    Des sentiments partagés mais qui ne débouchent sur rien de concret par soucis des convenances.
    S’il parait évident que Victoria ait pu concevoir une grande admiration pour la première personne qui la traitait autrement que comme une fillette sans cervelle, et si la propension de la Reine à le consulter à propos de tout a produit certaines rumeurs, aucune relation sentimentale n’a été établie entre eux. Il est plus probable que Victoria, orpheline de père, ait vu en Melbourne, veuf et sans enfant de 40 ans son aîné, une figure paternelle et que l’homme ait vu en cette jeune femme inexpérimentée qu’il devait guider, une fille spirituelle.
    en dehors de ce côté romancé, le livre est asse fidèle sur le plan historique. Malgré ses plus de 500 pages, j’ai eu une impression de trop peu à la fin de ma lecture.
    J’avais encore envie de rester avec Victoria et Albert, de lire les débuts de leur vie à deux, la naissance de leurs enfants, sous la superbe plume de Daisy Goodwin.
    Il me faudra me contenter de la série !

     

    Un extrait : En ouvrant les yeux, Victoria vit un fin rayon de lumière filtrer à travers les volets. Elle entendait sa mère respirer dans le grand lit à l’autre bout de la pièce. Mais plus pour très longtemps. Bientôt, songea-t-elle, elle disposerait de sa propre chambre. Bientôt, elle pourrait descendre l’escalier sans tenir la main de Lehzen ; bientôt, elle pourrait faire ce qu’elle voudrait. Elle avait fêté son dix-huitième anniversaire le mois précédent ; par conséquent, le moment venu, elle régnerait seule.

    Dash leva la tête. Victoria entendit les pas précipités de sa gouvernante. Si Lehzen venait la voir maintenant, cela ne pouvait signifier qu’une chose. La jeune femme sortit de son lit et gagna la porte, qu’elle ouvrit à l’instant où Lehzen s’apprêtait à toquer. La baronne avait l’air si drôle, debout, la main levée, que Victoria éclata de rire ; mais elle se reprit en voyant l’expression de sa gouvernante.

    — Le messager de Windsor est en bas, annonça Lehzen. Il porte un brassard noir. (Elle s’inclina en faisant une profonde révérence.) Votre Majesté.

    Victoria sentit un sourire s’épanouir sur son visage sans qu’elle puisse le réprimer. Elle tendit la main et releva Lehzen pour que celle-ci lui fasse face. La dévotion qu’elle lut dans les yeux bruns inquiets de son aînée l’émut.

    — Ma très chère Lehzen, je suis si heureuse que vous soyez la première personne à m’appeler ainsi ! s’exclama Victoria.

    La gouvernante jeta un coup d’œil à la silhouette endormie dans le lit voisin, mais Victoria secoua la tête.

    — Je ne veux pas encore réveiller maman, dit-elle. La première chose qu’elle fera sera d’appeler sir John ; et ensuite, ils entreprendront de me dicter ce que je dois faire.

    Les lèvres de Lehzen frémirent.

    — Mais vous êtes la reine, Drina, protesta la baronne qui s’interrompit aussitôt en s’apercevant de sa bévue. Je veux dire, Majesté. Personne ne peut vous dicter ce que vous devez faire, à présent.

    Victoria sourit.

     

    adoré 5 étoiles.jpg

  • [Livre] Black Hills (Paha Sata)

    Black Hills Paha Sapa.jpg

    Résumé : Au milieu du 19e siècle, aux États-Unis, l'avancée des colons blancs atteint la région des Black Hills et des grandes plaines. Le soir de ses fiançailles, la jeune Emma London, issue de la bourgeoisie de Chicago, est enlevée par une bande de Sioux Lakotas. Emmenée de force au village indien, Emma y restera prisonnière durant près de huit mois : huit mois de révolte et de confrontation avec ses ravisseurs, mais aussi de découverte d'un peuple paradoxalement attachant, au cœur duquel naîtra un improbable amour. Écartelée entre ses origines et une société qui la fascine, Emma va devoir choisir. Ce choix ne se fera pas sans danger...


    Auteur : Christian Carlier

     

    Edition : Plumes solidaires

     

    Genre : Historique

     

    Date de parution : 15 Octobre 2019

     

    Prix moyen : 19€

     

    Mon avis : C’est sur la proposition des éditions plumes solidaires que j’ai découvert ce roman.
    Emma London est une jeune femme volontaire, qui n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Son père l’a fiancée à David Bentley, jeune homme de bonne famille, riche héritier, de la région des Black Hills dans le Dakota, à la limite des terres colonisées (oui, comme docteur Quinn, mais dans un autre état).
    Après la mort de son père, Emma ne voit aucune raison de reprendre sa parole et quitte son Chicago natal pour rejoindre son futur.
    Au cours de la soirée donnée pour fêter les fiançailles du fils de la maison, David et Emma s’éloignent dans le jardin et David, passablement ivre, tente de violer Emma.
    Au même moment, un petit groupe de Sioux Lakota menés par le chef Chayton s’introduisent sur la propriété pour délivrer certains des leurs, prisonniers et réduits en esclavage par Bentley père.
    Entendant les cris d’Emma et soucieux de ne pas laisser de témoins, ils s’approchent pour voir qui est là et David Bentley étant un homme qu’ils détestent, ils le frappent violemment, le laissant pour mort. Sur l’impulsion du moment, ils enlèvent Emma.
    Commence alors pour la jeune femme une incursion aussi effrayante que fascinante dans le monde des sioux Lakota.
    Comme tous les blancs de cette époque, Emma ne connait les indiens qu’à travers les préjugés véhiculés par ceux qui leur vole leurs terres, sans faire de distinction entre les différentes tribus.
    Pourtant, au fil des jours de sa captivité, Emma découvre un peuple qui, s’il est sans pitié avec ses ennemis, plutôt vaniteux et enclin à une certaine violence, se montre parfaitement cordial avec ses prisonniers, et mène une vie tournée vers la nature où le respect de l’autre tient une grande place. Petit à petit, celle que les indiens appellent du nom indien signifiant Carcajou (à cause de son caractère mordant, comme l’animal), va s’adapter bon gré, mal gré, à sa nouvelle vie.
    Pendant ce temps, chez les blancs, James Bentley est ivre de rage. Son désir de vengeance ne connait aucune limite. Et ce désir de vengeance est mêlé de son avidité de pouvoir. Je me suis même demandé sérieusement si c’était vraiment l’attaque de son fils qui le rendait furieux ou si c’était parce qu’il considère cette attaque comme une attaque contre son autorité.
    C’est un homme qui veut avoir tout le monde à sa botte, ou, à défaut, sous sa coupe.
    Ce mec à tout pour plaire : il n’est courageux que s’il est en position de force, hurle et menace dès qu’on le contrarie et enfin, méprise ouvertement tous ceux qu’il juge inférieurs, soit la quasi-totalité de son entourage.
    L’auteur n’idéalise pas les indiens. S’il dépeint un mode de vie empreint de respect au sein de leur tribu, il montre aussi que les guerres entre les tribus avec scalp et vol de chevaux et de femmes est la norme et qu’ils sont enclins à régler les conflits dans le sang.
    Mais aucun de ces défauts n’arrivent à la chevilles de ceux des blancs, pas forcément les colons, pauvres, qui viennent travailler la terre pour survivre et chez qui on attise la peur des indiens, mais les blancs qui sont là pour déposséder les indiens de leurs terres afin d’exploiter les ressources de cette dernière, et qui les chassent ou les réduisent en esclavage en les maltraitant et les rendant dépendant à l’alcool.
    J’ai beaucoup aimé, à la fin du roman, avoir la signification des noms indiens ainsi que le calendrier qu’ils utilisent et qui rythme leur vie (j’ai particulièrement aimé la lune du gel dans le tipi, je me demande bien ce qui a inspiré ce nom ^^ ).
    J’ai été complètement captivée par ce roman que j’ai lu d’une traite, n’arrivant jamais à m’en éloigner plus de quelques minutes (heureusement que je ne travaillais pas !).
    Je voulais impérativement savoir ce qui allait se passer au chapitre suivant et même à la page suivante. Et je n’ai pas été déçue !

     

    Un extrait : David et Emma sortent sur la terrasse afin de s’isoler de tous ces regards qui les suivent depuis le début de soirée. Seulement, il y a là aussi trop de monde. Un solide quadragénaire à la redingote élimée, la chemise ouverte sur un poitrail velu, vient leur réitérer ses vœux de bonheur d’une voix pâteuse. David propose à sa fiancée de faire quelques pas à l’extérieur, là où on les laissera en paix. Ils s’enfoncent lentement dans la nuit en se tenant par la main. Parce que la musique de l’orchestre fait écran, Emma n’entendra pas l’étrange mélopée qui vient de s’élever près d’eux, dans une partie du jardin qu’aucune lumière n’éclaire.

    Il s’y trouve, invisible à cet instant, une baraque de bois très basse, longue et étroite, au bardage confectionné de planches disjointes. C’est de là que provient le chant. Des hommes y sont enfermés, des Peaux-Rouges, serrés dans un espace réduit et si bas qu’ils ne peuvent s’y tenir debout. Ils sont huit, jeunes, sauf un. C’est le vieux qui a entonné la mélopée d’une voix grave. Une voix qui dit leur présence.

    David Bentley et sa milice les ont capturés la semaine précédente lors de l’attaque-surprise d’un camp de chasse où se trouvait Chayton. Ce dernier et quelques braves avaient pu s’échapper malgré les balles sifflant autour d’eux. Trois Peaux-Rouges avaient trouvé la mort, fauchés par les tirs des blancs. Les autres, stupéfiés, désarmés, avaient dû se rendre sans combattre. Ils ne faisaient que chasser sur leurs terres, loin du village des blancs. David Bentley les épargna parce qu’il avait besoin de cette main-d’œuvre gratuite et forcée qu’il loue aux fermiers aisés d’Oxfield. Pour faire taire les bonnes consciences — il s’en trouvait —, on présenta les Lakotas comme ayant été sur le point de commettre un vol de chevaux. Cela eut pu être possible, mais ce n’était pas le cas. Le vieil Indien n’avait pas vraiment de valeur marchande, toutefois James Benthey, qui se targue de bien connaître les indigènes, savait que les jeunes guerriers emprisonnés, poussés par la honte et l’affliction, pouvaient avoir des réactions extrêmes. La présence parmi eux d’un ancien se montrait apaisante. C’est pour cela qu’il avait épargné le vieux, pour qu’il conseille la sagesse aux jeunes. Les Lakotas ont foi en la parole des anciens. Peut-être que James Bentley ne connaissait pas si bien que cela les Lakotas, finalement.

     

    Beaucoup aimé 4 étoiles.jpg

  • [Livre] Le choix du roi

    Le choix du roi.jpg

    Résumé : Royaume des Francs, 792. L’heure est grave : Charlemagne vient d'apprendre que son fils d’un premier lit, Pépin le Bossu, a conspiré contre lui. Le roi est loin d'avoir été un père idéal, mais la sentence est sans appel : le jeune traître doit rejoindre un monastère et y demeurer le restant de ses jours. Peu enclin à faire amende honorable et encore moins à devenir un homme de Dieu, Pépin dépérit. L'héritier déchu est loin de se douter que c’est par une entremise des plus inattendues que viendra son salut, avant d'entamer un périlleux voyage vers l'inconnu...


    Auteur : Solène Beauché

     

    Edition : Librinova

     

    Genre : Historique, Fantastique

     

    Date de parution : 15 novembre 2018

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : Ce roman m’a vraiment happée.
    A la lecture, on repère certains faits historiques connus, comme la mort de Roland à Roncevaux ou encore le défilé d’épouses de Charlemagne.
    Pour d’autres, c’était plus difficile. Il a fallu que je fouine sur internet pour découvrir qu’Amaudra (aussi appelée Alpaïs) a bel et bien existé.
    En fait, toute la base du roman est parfaitement juste historiquement parlant en ce qui concerne les personnages principaux. Puis, à partir du moment où Peypin le bossu et Amaudra se retrouvent, l’histoire se met en veilleuse, sans s’effacer totalement, pour laisser la place à la fiction.

    Mais très franchement, à part lorsqu'il est question d’un don surnaturel (dont on connaît l’existence mais qui ne prend pas le pas sur l’histoire), tout est parfaitement crédible et pourrait tout à fait s’être déroulé ainsi.

    L’histoire est découpée en trois parties, chacune étant racontée à la première personne par l’un des trois personnages principaux.
    La première partie est du point de vue de Charles (Charlemagne). Mon Dieu que j’ai pu détester ce type ! Son arrogance est insupportable, son attitude générale est d’une hypocrisie sans nom ! Il n’a que Dieu à la bouche alors que son comportement va à l’encontre de cette religion et notamment son rapport avec ses femmes.
    La seconde partie est racontée par Peypin le bossu et la troisième par Amaudra, les deux ainés de Charles qu’il a eu avec sa première épouse, Himiltrude, qu’il a répudiée pour conclure une alliance plus avantageuse, réduisant ses deux premiers enfants au rang de bâtard.
    Ces deux jeunes gens ont vécu, chacun à leur manière, une vie misérable à cause de leur père.
    Là, en revanche, j’ai vraiment adoré ces deux personnages et je serais bien incapable de vous dire si j’ai préféré Peypin ou Amaudra.
    L’histoire de chacun d’eux m’a profondément touchée. La solitude que ressent Peypin au sein de sa famille, ou celle d’Amaudra, en exil, utilisée honteusement par son père sans pour autant qu’il daigne faire autre chose que la reléguer aux oubliettes, m’a interpellée de la même façon.
    Cette saga familiale où un frère et une sœur se portent l’affection qui leur a toujours été refusée par un père égoïste, est portée par l’écriture captivante de l’auteur.
    Son histoire est si bien documentée que j’ai parfois eu l’impression de lire du Philippa Gregory.
    En demandant « Le choix du roi » comme service presse, j’espérais lire une histoire plaisante qui saurait me charmer.
    Elle a dépassé toutes mes espérances car j’ai eu un vrai coup de cœur pour ce superbe roman.

     

    Un extrait : Été 792. Je me redressai en sursaut, mon cœur battant la chamade. Le cauchemar qui m’avait réveillé m’engourdissait encore, plus vivace que jamais. Haletant, sans prendre la peine de me couvrir, j’enjambai le corps dénudé de l’une des jeunes filles qui partageait mon lit et me dirigeai vers la fenêtre. Dehors, la lune se dessinait en filigrane derrière une fine couche nuageuse. Ses contours nets et pleins découpaient dans le paysage des ombres ruisselantes. Une pluie diluvienne s’abattait sur Ratisbonne. Je lui présentai mon visage pour y laisser éclater quelques gouttelettes échappées des trombes d’eau crachées par le ciel. Un effluve de terre détrempée me parvint furtivement.

    J’avais rêvé qu’on me volait ma couronne. Mes assaillants n’avaient rien d’identifiable. Leur figure était lisse, à peine parée d’yeux vides, sans âme, comme sculptés à même leur peau. Ce n’était pas la première fois que ces visions m’apparaissaient. C’était le prix de la royauté. L’angoisse d’être déchu, de devenir un homme parmi les hommes ou pire, de quitter ce monde en sachant son royaume entre de mauvaises mains. Que cette peur ne m’ait jamais taraudé eut été intolérable.

    Je regagnai mon lit, que je distinguais tout juste dans l’obscurité à peine balayée de timides rayons lunaires. Aucune des deux servantes qui y dormaient à poings fermés, épuisées par nos ébats tardifs, n’avait bronché quand je m’étais réveillé en sursaut. L’une d’entre elles émit un gémissement discret tandis que j’embrassais son sein charnu, puis elle replongea dans un sommeil paisible. Le lendemain, elles retourneraient à leur vie de labeur avec la seule satisfaction d’avoir procuré une nuit de plaisir à leur roi. Le grain fin et ferme de leur peau contrastait avec le relâchement naissant de la mienne. Mon corps, bien qu’encore vigoureux, commençait à montrer les signes de ses quarante-cinq ans. Je n’étais plus un jeune homme.

    Soudain, j’entendis un garde se braquer à l’entrée de ma chambre. Une voix essoufflée semblait insister pour s'entretenir avec lui.

    — Pitié, je dois lui parler, c’est une question de vie ou de mort !

    — Le roi est occupé, il ne veut être dérangé sous aucun prétexte.

    Le tumulte provoqué par leur discussion fit tressaillir mes jeunes amantes qui, prises de panique, tentèrent tant bien que mal de cacher leur nudité. Elles étaient moins chastes quelques heures auparavant.

    Je les laissai à leur affolement, plus soucieux d’aller à la rencontre de celui qui osait troubler ma prétendue quiétude. J’interpellai l’importun, que je n’étais pas sûr de reconnaître. Il portait l’habit monacal et était trempé jusqu’aux os.

    — Que se passe-t-il ici ?

    — Roi Charles, je vous prie de m’excuser, mais je ne vous dérangerais pas si ce n’était pas de la plus haute importance. Mon nom est Fardulf. Je viens vous avertir du danger qui vous guette. Je me suis rendu coupable d’avoir cédé à la fatigue dans l’église dont je suis le chapelain et il y a quelques heures de cela, un bruit de pas m’a réveillé. Sous les nefs, des conspirateurs parlaient à voix basse contre vous. Ils ont pour dessein de vous tuer et de mettre votre fils Pépin sur le trône à votre place.

    — Pépin ? grinçai-je. Il n’a pas quinze ans, il est trop jeune pour régner. Et puis, la couronne d'Italie lui est tout acquise.

    — C’est de votre autre fils qu’il s’agit, roi Charles. Celui qui est contrefait. Je l’ai vu. Il était là, avec les conspirateurs.

    Un nœud étreignit ma poitrine tandis que le clerc, intarissable, continuait de radoter.

    — Ils m’ont surpris et j’ai couru aussi vite que j’ai pu pour leur échapper. Ils ont bien failli me rattraper, mais ma loyauté envers vous…

    Je n’écoutais déjà plus. J’avais été trahi par ma chair et mon sang.

     

    coup de coeur.jpg