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Documentaire

  • [Livre] Américaines

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    Résumé : 50 Wonder Women de l'Histoire des États-Unis est une version féminine, parfois féministe, de l'Histoire des États-Unis. Découvrez, à travers 50 portraits de personnages féminins célèbres ou inconnus (ou en tous cas pour les lecteurs français), l'Amérique sous une perspective nouvelle.
    En complément de ces 50 portraits, de courtes présentations de personnages icôniques, comme Calamity Jane, Betty Boop, Marilyn Monroe ou encore Katniss Everdeen (Hunger Games) présentent quelques-uns des personnages féminins fictifs, mythiques ou légendaires, ayant à leur manière marqué les esprits.
    Le texte, précis et abondamment documenté, est pointu tout en restant accessible à tous, et ne requiert pas forcément une connaissance préalable de l'Histoire américaine.

     

    Auteur : Patrick Sabatier

     

    Edition : Bibliomane

     

    Genre : Document

     

    Date de parution : 2016

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : De Pocahontas (pas celle qui s’égosille sur l’âme des pierre et des arbres ou s’extasie sur les rivières, hein, la vraie) à Hillary Clinton, en passant par Helen Keller, Eleanor Roosevelt, Rosa Parks ou encore Angela Davis (oui j’avoue, je n’ai cité que celles que je connaissais au moins de nom avant de lire ce livre), on a ici des biographies assez brèves pour que ce soit facile à lire mais assez complète pour savoir l’essentiel de la vie de chacune des femmes présentées.
    C’est presque comme une encyclopédie qui nous décrirait la vie de ces femmes de manière à ce qu’on soit renseignés si ça ne nous intéresse pas plus que ça, et qui nous donne envie de trouver une biographie plus complète sur celles qui nous tapent dans l’œil.
    J’ai un peu regretté de ne pas voir dans ce livre des femmes comme Eliza Young qui a fait en sorte que la polygamie soit interdite, ou encore des femmes qui ont fait partie du Women Airforce Service Pilots (WASP), même si une aviatrice est quand même à l’honneur.

    C’est un livre qui ne se lit pas de A à Z d’une traite, mais dans lequel on peut piocher au hasard des portraits. Des encarts nous parlent aussi des héroïnes de fiction ce qui montre l’évolution des modèles féminins.
    Même si ce n’est pas un roman, c’est une belle initiative de la part de l’auteur et c’est un livre qu’il faut lire au moins une fois.

    Un extrait : « Wonder Woman for President ».
    Le slogan s’étale en lettres géantes sur la grande banderole tendue au-dessus de la tribune. La foule enthousiaste, essentiellement féminine, qui brandit bannières étoilées et posters frappés du même slogan acclame la candidate. Impossible de ne pas reconnaître son short ultra-moulant bleu constellé d’étoiles, son bustier rouge frappé de l’aigle américain, sa longue chevelure noire retenue par une tiare dorée, ses bottes rouges à talons hauts, ses bracelets de force et le lasso tressé d’or qui pend à sa large ceinture.
    Wonder Woman, la super-héroïne dont dix millions d’Américains et d’Américaines suivent les aventures va devenir, dans ce n°7 (Spécial Hiver) du magazine de bande dessinées qui porte son nom, la première femme à occuper la Maison Blanche.

     

  • [Livre] En quête de l'Etranger

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    Résumé : La lecture de L’Étranger tient du rite d’initiation. Partout dans le monde, elle accompagne le passage à l’âge adulte et la découverte des grandes questions de la vie. L’histoire de Meursault, cet homme dont le nom même évoque un saut dans la mort, n’est simple qu’en apparence, elle demeure aussi impénétrable aujourd’hui qu’elle l’était en 1942, avec ses images à la fois ordinaires et inoubliables : la vue qui s’offre depuis un balcon par un dimanche d’indolence, les gémissements d’un chien battu, la lumière qui se reflète sur la lame d’un couteau, une vue sur la mer à travers les barreaux d’une prison. Et ces quatre coups de feu tirés en illégitime défense. Comment un jeune homme, qui n’a pas encore trente ans, a-t-il pu écrire dans un hôtel miteux de Montmartre un chef-d’œuvre qui, des décennies après, continue à captiver des millions de lecteurs? Alice Kaplan raconte cette histoire d’une réussite inattendue d’un auteur désœuvré, gravement malade, en temps d’occupation ennemie. «J’ai bien vu à la façon dont je l’écrivais qu’il était tout tracé en moi.» Le lecteur repère les premiers signes annonciateurs du roman dans les carnets et la correspondance de Camus, traverse les années de son élaboration progressive, observe d’abord l’écrivain au travail, puis les mots sur la page, accompagne l’auteur mois après mois, comme par-dessus son épaule, pour entendre l’histoire du roman de son point de vue. En quête de L’Étranger n’est pas une interprétation de plus : c’est la vie du roman.

     

    Auteur : Alice Kaplan

     

    Edition : Gallimard

     

    Genre : Essai

     

    Date de parution : 15 Septembre 2016

     

    Prix moyen : 22€

     

    Mon avis : Alice Kaplan nous livre une biographie de Camus avec comme ligne directrice la conception, la maturation, l’écriture et la publication de « l’Etranger », premier livre publié de l’auteur.
    J’ai beaucoup aimé voir les doutes et les critiques qui ont poussé Camus à remiser son premier livre et à se plonger dans l’écriture de l’Etranger.
    Le cheminement que va faire le manuscrit de l’Etranger pour être publié dans la France occupée, passer la censure allemande et collaboratrice est très intéressant à lire tout comme de voir les différentes critiques, positives ou négatives que ce manuscrit a inspiré aux proches de Camus et aux auteurs contemporains.
    Néanmoins, je trouve que cet essai fait 50 à 70 pages de trop : à trop s’étaler sur la question, l’attention finie par s’émousser. J’ai eu beaucoup de mal avec les notes : d’abord je n’ai pas apprécié de devoir à chaque note me reporter à la fin du livre, plutôt que d’avoir les notes en bas de page ; ensuite j’ai trouvé ces notes la plupart du temps inadaptées. A chaque fois que je m’attendais à avoir une précision sur ce qui avait généré le renvoie à la note, je me suis retrouvée face au titre d’un livre et de son auteur. J’aurais préféré une explication, avant que la source ne soit citée car je ne vais pas lire 15 livres pour avoir des explications. Du coup, très vite, j’ai cessé d’aller voir les notes car ces deux défauts étaient pour moi trop gênants.
    A plusieurs reprises, j’ai lu que « En quête de l’Etranger » était la biographie de l’œuvre. Je ne suis pas d’accord. D’une part parce que pour moi on explique une œuvre mais on n’en fait pas une biographie, d’autre part parce que j’en ai plus appris sur Camus, sur ses difficultés, ses aspirations, son caractère que sur l’œuvre en elle-même.
    Pour autant, après avoir lu cet essai, je pense que je ne vais pas lire l’Etranger, en tout cas pas dans un avenir proche. Voir le livre ainsi résumé en long, en large et en travers, la fin dévoilée, les divers développements aussi, m’ont fait perdre l’envie de le lire. Et contrairement à ce que pense Alice Kaplan, tout le monde n’a pas lu ce livre dans le milieu scolaire. Peut-être aurai-je du le lire avant de me plonger dans cet essai.
    La « vraie » identité de « l’arabe » m’a semblée de trop. Peut-être que Camus s’est effectivement inspiré de ce fait divers là pour créer le personnage de « l’arabe », mais s’il a décidé de ne pas lui donner de nom, de le réduire à sa nationalité, pourquoi dénaturer ses choix en cherchant à toute force à identifier l’homme ? Lui ou un autre, cela change-t-il le sens du roman et de l’acte commis ? A trop vouloir expliquer, analyser, on finit par obtenir l’effet inverse de celui recherché et, au lieu de donner envie de se plonger dans le roman, on en détache les lecteurs qui se retrouvent avec un livre vidé de sa substance à force d’être mâché et régurgité.

     

    Un extrait : Si l’on veut bien comprendre ce jeune homme talentueux qui entreprend d’écrire l’Etranger durant l’été de 1939, il n’est pas inutile de revenir aux cinq années que Camus souhaitait rayer de son existence – une période de mutations vertigineuses qui commence par son mariage avec Simone Hié.
    Quand il la rencontre, en 1933, Camus prépare sa licence à l’université d’Alger. Avec son fard à paupières bleu-mauve, ses faux cils et ses robes transparentes, Simone joue les vamps pour séduire Albert le coureur.
    Ils se marient un an plus tard ; lui a vingt-et-un ans, elle en a vingt. Ses manières flamboyantes cachent une réalité plus sinistre : depuis que sa mère, une ophtalmologue de renom, lui a injecté de la morphine pour apaiser des règles douloureuses, Simone est devenue toxicomane. Les amis de Camus le mettent en garde : n’est ce pas seulement pour tenter de la guérir qu’il épouse Simone ? Louis Bénisti lui reproche de tomber dans l’angélisme, ou de jouer les saint-bernard. Yves Bourgeois, qui a voyagé en compagnie du couple, se rappelle avec amertume une « séductrice presque professionnelle » ayant une « vocation […] de femme fatale ».
    Mais Camus n’y est pas pour rien : c’est la fiancée de son ami Max-Pol Fouchet qu’il séduit, et ce triomphe accroit encore sa ferveur amoureuse. Simone a le charme voluptueux d’un personnage de roman ; elle est la version camusienne de la Nadja de Breton, une âme errante. Pour un jeune homme bien décidé à devenir écrivain, elle apparaît comme l’épouse idéale : plus qu’une compagne, un mystère à contempler.
    L’oncle de Camus, Gustave Acault, n’approuve nullement ce choix. Il lance un ultimatum à son neveu : soit il quitte cette femme, soit il renonce à toute aide financière. Dans les deux familles, seule la mère de Simone, Martha Sogler, parait enchantée par cette union qui constitue à ses yeux le salut de sa fille. Elle installe les jeunes mariés dans une petite villa curieusement baptisée Villa Frais Cottage, située dans la rue n°12 du parc d’Hydra, une résidence moderne du faubourg d’Hydra, sur les hauteurs d’Alger. C’est un quartier résidentiel européen où Camus a souvent rendu visite à son professeur de lycée Jean Grenier, qui habite une grande villa dans la rue n°9. Grenier sait que Camus a fait du chemin pour en arriver là. Au début de la longue maladie de son élève, il s’était rendu en taxi à l’adresse indiquée sur le dossier scolaire ; sidéré par le dénuement de l’appartement de Belcourt, il avait trouvé le jeune homme embarrassé et sans voix. La rue de Lyon, artère encombrée d’un quartier populaire, était pour l’élégant professeur un territoire inconnu.

     

  • [Livre] Les grands crimes de l'histoire Tome 01

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    Résumé : "Comment devient-on le plus grand criminel de tous les temps ? Le hasard ? Le destin ? Il y a les deux dans la vie de Gilles de Rais, une vie qu'aucun romancier n'aurait osé inventer".

     

    Auteur : Pierre Bellemare et Jean-François Nahmias

     

    Edition : Le livre de poche

     

    Genre : historique

     

    Date de parution : 03 juillet 2013

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : La manière de raconter de Pierre Bellemare est toujours aussi prenante.
    Dans ce premier tome des histoires criminelles il nous fait découvrir, ou redécouvrir, 15 histoires, du Moyen-âge à nos jours.
    J'ai apprécié de découvrir complètement des affaires telles que celle de Gérard Hauser ou des époux Rosenberg, de découvrir le déroulement d’affaire que je connaissais de nom comme Sacco et
    Vanzetti ou Robert François Damiens, ou encore de connaître plus en détails des affaires plus connues comme Mata Hari, l'enlèvement du bébé Lindbergh ou encore l'affaire de Gilles de Rais.

    Parfois j’ai trouvé que Pierre Bellemare rentrait même trop dans le détail, notamment lorsqu'il nous décrit le supplice de Robert François Damiens qui avait tenté de poignarder Louis XV. La description précise de ce qu’on lui a fait subir m’a soulevé le cœur, et pourtant, il est bien accroché.

    La dernière histoire centrée sur Jack l'éventreur m'a semblé superflue tant celle-ci a été vue et revue au point que presque tout le monde puisse la citer par cœur.
    J'aurais préféré que l’auteur choisisse de nous faire découvrir ou redécouvrir une affaire plus méconnue. Sur celle ci, il donne les détails de chaque meurtre (sans parler pour autant des fameuses lettres que Jack adressait à l’inspecteur et qui commençaient toutes par « patron », ni des inscriptions mettant en cause les juifs et qui ont été probablement faites pour entraîner les policiers sur une fausse piste).
    Malgré cette « erreur de casting » à mon avis dans le choix de cette dernière histoire, c'est une lecture que j'ai vraiment appréciée et qui m'a donné envie de rechercher et de lire le deuxième tome de ces histoires criminelles.


    Un extrait : Un homme fend la file des laquais, pose une main sur l'épaule du souverain, le frappe de toutes ses forces du côté droit et disparaît dans la nuit…

    Cela a été si rapide que personne n'a bougé. Louis XV porte la main à sa poitrine.

     Cet ivrogne m'a donné un coup de poing en passant !

    Il s'aperçoit alors qu'il saigne et se met à crier d'une voix blême :

     Je suis blessé ! C'est ce coquin ! Qu'on l'arrête mais qu'on ne le tue pas.

    Le coquin en question ne s'est pas enfui. Il est là, à contempler le spectacle. Il se laisse maîtriser. Dans ses poches, il a un canif à deux lames et trente-cinq louis d'or. Il ne fait aucune difficulté pour dire son nom : il s'appelle Robert François Damiens…

    C'est l'émoi à Versailles. Transporté dans sa chambre, Louis XV n'a qu'une pensée, qu'un cri :

    « Un confesseur »

    Louis XV se confesse donc, et ce n'est qu'ensuite que les chirurgiens examinent sa plaie. C'est à peine plus qu'une égratignure : la lame a pénétré d'un centimètre environ, entre la quatrième et la cinquième côte. S'il le voulait, le roi pourrait se lever tout de suite après avoir été pansé. Comme l'a dit son ministre Choiseul : « Une telle blessure n'aurait pas empêché l'homme au courage le plus médiocre d'aller souper normalement le soir même… »

    Mais dans la chambre du roi, le mélodrame continue. Louis XV fait venir sa femme et son fils. A l'arrivée de la reine, il s'écrie :

     Je suis assassiné, madame !

    Il promet solennellement de mettre fin à sa vie dissolue, c'est-à-dire à sa liaison avec Mme de Pompadour, puis ce sont les ultimes recommandations au dauphin qu'il prononce d'une voix mourante… 

    Le roi garde la chambre dix jours et puis, comme les médecins lui disent qu'il est décidément guéri, il oublie sa terreur. Le 15 janvier, Louis XV rejoint les appartements de Mme de Pompadour et signe le décret traduisant Robert François Damiens devant le Parlement de Paris pour crime de régicide…

     

  • [Livre] Le monstre de Milwaukee: L'affaire Jeffrey Dahmer

    Le visage d’ange cachait le pire tueur de la décennie.

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    Résumé : Milwaukee, Wisconsin. Un quartier populaire, un immeuble banal. Le 22 juillet 1991, la police pénètre dans l'appartement 213 et arrête Jeffrey Dahmer, trente et un ans. Un locataire discret qui, en douze ans, a assassiné dix-sept jeunes gens. On retrouvera dans les placards, dans le réfrigérateur, les restes de ses dernières victimes.

    Auteur : Don Davis


    Edition : J’ai lu

    Genre : biographie

    Date de parution : 26 février 2001

    Prix moyen : 18€

    Mon avis : Un livre-documentaire très intéressant sur la vie du célèbre tueur en série qui fit 17 victimes entre 1978 et 1991.
    L’auteur essaie, sans grande conviction, de donner des explications au comportement de Dahmer.
    Il m’a semblé qu’il ne faisait que relater les explications avancées à l’époque, de la plus basique (le traumatisme du divorce de ses parents) à la plus farfelue (son signe astrologique et l’alignement des planètes à sa naissance).
    Même si le divorce de ses parents coïncide avec le premier meurtre de Dahmer, je ne pense pas que ce soit cet évènement qui l’ait transformé en monstre (déjà, si tous les enfants de divorcés devaient se mettre à tuer, on n’aurait plus de problème de surpopulation depuis longtemps). Il est certes possible que le divorce ait été l’élément déclencheur de sa folie meurtrière puisqu’il semblerait qu’il ait été obsédé par l’idée de l’abandon, mais il ne faut quand même pas oublier que Dahmer montrait, dès son enfance, des signes d’instabilité (il s’amusait, enfant, à dissoudre des cadavres d’animaux).
    Je ne suis pas psy, mais je pense qu’il avait un problème dès le départ (sociopathe, psychopathe ?).
    Ce qui m’a vraiment rendue folle est de penser au nombre de morts qui auraient pu être évitées si la justice, les officiers de probation, et la police avaient juste fait leur travail. Pas un fabuleux travail d’enquête, pas un zèle du feu de Dieu : juste leur travail.
    Quand on voit que Dahmer, après des actes de pédophilie est remis en liberté très vite, sans obligation de soin en centre fermé, que son alcoolisme n’est jamais pris en compte, que malgré une surveillance maximum, aucun agent de probation n’est jamais ne serait-ce que venu voir où il vivait et ce même quand il ne venait pas aux rendez-vous... ou encore la police, qui est appelée pour une agression et qui conclut à une simple dispute entre un couple homosexuel, dispute dont ils ne veulent surtout pas se mêler et ce sans même vérifier les identités des personnes mises en cause…
    Dahmer aurait pu être arrêté une dizaine de fois, on dirait qu’il a lancé des fusées de détresse pour écrire dans le ciel : Je suis un meurtrier ! Et personne n’a bougé…

    L’auteur nous donne les détails sur ce que faisait exactement Dahmer à ses victimes, selon ses propres aveux et les éléments de l’enquête et il est effrayant de penser qu’il ait pu faire de telles choses. Pas dans une maison isolée au fond des bois, pas dans un entrepôt au fin fond d’une zone industrielle, non, dans un immeuble, entouré de voisins.
    Le livre est très détaillé et se termine sur une chronologie détaillé des faits.


    Un extrait : Ayant bien pris la situation en main, les flics voulurent éviter d'attiser la curiosité de la petite foule qui commençait à se rassembler. Ils décidèrent de monter à l'appartement de l'homme blanc, qui tentait de les persuader que le jeune homme nu était son compagnon. Mais les jeunes filles qui avaient appelé les secours ne l'entendaient pas de cette oreille et elles harcelèrent les policiers jusqu'à ce qu'ils prennent leur nom et les inscrivent comme témoins. Sandra Smith déclara plus tard qu'on les avait priées de s'en aller en disant qu'on n'avait plus besoin d'elles. Ce qu'elles firent. Mais en rentrant chez elles, encore bouleversées et en colère, elles racontèrent toute l'affaire à Glenda Cleveland, la mère de Sandra, et déclenchèrent ainsi une avalanche d'événements qui allaient prendre une tournure bizarre. Glenda Cleveland, à la suite du récit de sa fille, téléphona elle-même à la police et cet appel allait finalement être diffusé dans le monde entier.

    Mais, pour le moment, les policiers poussaient les deux vedettes masculines de ce mélodrame dans le grand immeuble et tous montèrent à l'appartement 213, indiqué par le grand homme blanc élancé à la fine moustache. Il poursuivait ses explications, comme s'il s'excusait, apparemment honteux d'être mêlé à un tel scandale. Comme il s'exprimait calmement, posément, les policiers se dirent qu'il y avait des crimes plus importants qui les attendaient dans les rues. Il y avait des cambrioleurs et des agresseurs, des revendeurs de drogue et des assassins qu'il fallait traquer, arrêter, et ils étaient en train de gaspiller un temps précieux à jouer les arbitres dans ce qui était manifestement une querelle de ménage.

    Le grand blond s'exprimait remarquablement bien, sans s'énerver, alors que le petit Asiatique paraissait ivre et incapable de formuler une phrase cohérente. Qui croire, dans ce genre de situation ? Le grand blond reconnaissait qu'il savait très bien que son ami était parti dans la rue, que c'était pour ça qu'il essayait de le ramener à la maison. C'était déjà arrivé. Ils étaient tous deux homosexuels, ils vivaient ensemble dans cet appartement et ce soir ils avaient bu un peu plus que de raison et s'étaient disputés assez aigrement. Le gosse avait en réalité dix-neuf ans, il était bien plus âgé qu'il n'en avait l'air.

    L'homme assura qu'il regrettait beaucoup cette histoire et promit que cela ne se reproduirait plus. Les policiers virent plusieurs photos du jeune homme, sur lesquelles il n'était vêtu que d'un slip.

    Konerak était si terrifié qu'il ne pouvait articuler un mot pour se défendre. Il restait assis en silence sur le canapé, pendant que les hommes causaient. Les flics avaient l'air de croire le grand type ! Et ces photos éparpillées sur le sol ou épinglées sur tous les murs, ces photos d'hommes nus ? Konerak avait été violé ! Et cette odeur à tomber raide, qui provenait d'un cadavre dans la pièce voisine ? L'appartement en était imprégné, et les trois flics interrogeaient sagement le grand type sur le jeune Asiatique !

    Mais le travail de patrouille dans les rues d'une grande ville finit par cuirasser d'acier toute émotion humaine normale. Si un officier de police prend à coeur chaque scène de crime, chaque victime, chaque histoire dramatique, s'il se laisse atteindre, émouvoir, il ne tarde pas à allonger la liste des suicides. Mieux vaut garder ses distances, prendre les choses froidement, ne pas se laisser toucher personnellement.

     

    Les trois policiers établirent qu'ils avaient affaire à un couple d'homosexuels. Les flics, qui n'aiment déjà pas se mêler de discussions entre mari et femme, ont absolument horreur de mettre le nez dans des brouilles d'homosexuels. Si le devoir les appelle chez ces gens-là, ils préfèrent prétendre que les livres et les photos pornos qu'ils voient traîner sont la règle plutôt que l'exception. Surtout, ne nous excitons pas et passons à autre chose.