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Biographie et Témoignages

  • [Livre] Ils ont volé mon innocence

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    Résumé : Un bâtiment gris, sombre. Effrayant. Dans les souvenirs de Madeleine, c’est ainsi qu’apparaît l’orphelinat où elle a été placée dès sa plus tendre enfance. A l’âge de cinq ans, le cauchemar est quotidien pour la petite fille sans défense.

    Le directeur de l’établissement abuse d’elle comme si elle était son jouet. « Ne dis rien, personne ne croira une sale gamine comme toi », dit-il à Madeleine qui, terrorisée, se tait.

    Pire encore : dans cet orphelinat de l’horreur, les enfants sont vendus à des hommes qui leur font subir les pires sévices.

    En toute impunité, sans que personne ne s’en émeuve, parce que ces enfants sans parents sont considérés comme des moins que rien…

     

    Auteur : Madeleine Vibert avec Toni Maguire

     

    Edition : France loisirs

     

    Genre : témoignage

     

    Date de parution :

     

    Prix moyen : 15€

     

    Mon avis : Ce livre fait fulminer à plus d’un titre.
    D’abord on ne peut qu’être écœuré et révolté devant l’attitude de la direction et du personnel de l’orphelinat les Haut-de-la-Garenne qui ont trahi non seulement la confiance des enfants qui leur étaient confiés, mais également celle des tribunaux qui plaçaient chez eux des enfants, souvent retirés de leur famille pour leur protection.
    Madeleine Vibert et Toni Maguire ne s’étendent pas plus que de raison sur les sévices infligés aux pensionnaires des Haut-de-la-Garenne, évitant ainsi répétitions et escalade dans l’horreur, mais s’attachent surtout à décrire l’impact de ces actes sur l’esprit des victimes.
    Contrairement à beaucoup des personnes qui livrent ce genre de témoignage, Madeleine était pourvue d’une famille aimante mais pauvre. Leur misère, la dépression de sa mère, son alcoolisme aussi, ont poussé les autorités à placer Madeleine dès son plus jeune âge : d’abord dans une crèche, où elle a été traité comme tout enfant devrait l’être, puis dans cet enfer qu’était cet orphelinat de l’horreur. On peut se demander comment un tel établissement a pu rester ouvert si longtemps, sans que personne ne s’interroge, sur une si petite île.
    La mère de Madeleine, tout comme son beau-père, étaient pieds et poings lié, risquant de perdre la garde de leur fils s’ils faisaient trop de vagues.
    Sa mère a alterné entre la fureur et une sorte de déni, se carapaçant contre les déclarations de sa fille, puisqu’elle savait qu’elle ne pouvait rien faire pour elle. Cette impuissance n’a pas du arranger sa dépression.
    Mais il y a un second point qui est presque aussi révoltant si ce n’est plus : la tenacité des autorités, 40 ans plus tard, d’étouffer l’affaire. Malgré les quelques 200 témoignages d’anciens résidents des Haut-de-la-Garenne, police et politiques, se sont évertués à les discréditer, à répéter à qui voulait bien l’entendre que ces témoignages étaient au mieux de faux-souvenir, de l’hystérie collective, au pire, montés de toute pièce.
    Quand des policiers prêtaient un peu trop attention à l’affaire, ils étaient suspendus ; quand Madeleine se montra trop insistante, on saisit le premier prétexte pour l’envoyer en prison ; quand, malgré les magouilles et les pressions, ils ne purent éviter de mettre certaines personnes en accusation, les peines infligées furent ridicule (6 mois pour une surveillante qui se plaisaient à torturer physiquement et psychologiquement les enfants dont elle avait la charge).
    Je me demande pourquoi Madeleine ne s’est pas réfugiée en France, qui est toute proche de l’île de Jersey, pour se mettre hors de portée des persécutions.
    Dès le début du livre, j’ai été choquée par l’attitude des policiers qui disaient clairement : si vos parents avaient été de meilleurs parents, vous n’auriez pas été placé et donc tout est de leur faute.
    Comme s’il y avait un rapport ! Le fait qu’un enfant soit retiré à ses parents justifie-t-il qu’il soit maltraité et abusé au foyer supposé lui apporter la stabilité et la sécurité qu’il n’avait pas auprès des siens ?
    Pour autant, l’affaire a fait trop de bruit pour qu’elle puisse être complètement étouffée. Si la majorité des acteurs n’ont pas été poursuivis, bon nombre de victimes ont été finalement indemnisées et, grâce à la presse, le visage des tortionnaires est connu de tous.
    Ils auront du mal à reprendre leur petite vie tranquille, j’espère vraiment que leurs voisins, présents et à venir, sauront leur rappeler leur passé !

    Un extrait : Je croyais qu’ils voulaient en apprendre un peu plus au sujet de Colin Tilbrook et de ces riches hommes d’affaires qui étaient venus à l’orphelinat. Pendant que j’attendais la première question, le silence me parut assourdissant. J’entendais battre mon cœur et je sentais la sueur sur mes mains.
    Soudain, la pièce me parut insupportablement chaude. Je regrettais de ne pas avoir réclamé de l’eau. J’aurais voulu appuyer un verre glacé contre mes joues qui me donnaient l’impression d’être en feu.
    La première question vint, non de la femme comme je m’y étais attendue, mais de l’homme aux traits anguleux et aux yeux de la couleur des galets mouillés.
    - Parlez-nous des Jordan, Madeleine, commença-t-il.
    Les Jordan étaient arrivés à l’orphelinat pendant le règne de Tilbrook. Leur nom évoquait les cris et les coups, les os brisés, à peine plus épais que ceux des oiseaux, les sanglots désespérés de ceux qui savent que personne ne les aime, les enfants meurtris à tout jamais.
    Ce qui ne m’empêcha pas de continuer à ne pas comprendre, du moins à ce moment-là, pourquoi ils me posaient des questions sur les Jordan. Ils étaient apparus dans ma vie bien plus tard que les gens qui auraient dû intéresser la police, pour autant que je le sache ; et, malgré leur perversité, les Jordan n’avaient certainement pas le rôle principal parmi tous ceux qui avaient infligé tant de peine et de souffrance.
    - Nous voulons vérifier s’il y a suffisamment d’arguments pour les convoquer, dit la femme.
    Elle avait peut-être décelé la perplexité sur mon visage.
    - Pourquoi seulement eux ? insistai-je parce que je ne parvenais pas à la croire.
    Je ne pus attendre la réponse, et mes remarques fusèrent. Je sentais la colère monter en moi à la vitesse d’un feu de paille. Ce n’était pas à leur sujet que j’aurais dû être convoquée. Si on nous avait écoutés, si quelqu’un avait fait ce qu’il fallait, je n’aurais jamais rencontré les Jordan. Avant de pouvoir m’en empêcher, je dis tout cela.

    - Vous voulez dire que, si votre mère n’avait pas été déclarée inapte, vous n’auriez pas été placée pour votre propre sécurité ?
    Cette fois, c’était la femme qui parlait. Je lui adressais un regard furieux. N’allait-elle pas devenir mère (si elle ne l’était pas déjà) ? Elle pouvait certainement comprendre ce que j’avais, ce que nous avions traversé. Mais je ne décelai aucune compassion ou empathie sur son visage, uniquement la détermination d’obtenir des réponses aux questions telles qu’elles m’étaient posées.
    C’est à cet instant que je compris que ni la femme ni l’homme, dans son costume bleu foncé et sa chemise blanche étincelante, ne seraient satisfaits tant qu’ils n’auraient pas brisé la carapace que, au fil des années, j’avais réussi à ériger autour de moi, et qu’ils n’auraient pas extirpé le moindre de mes secrets. Ensuite, ils décideraient ce qu’ils allaient en faire. Eux, pas moi.
    La voix de l’homme interrompit mes pensées. Le sourire qui montrait à peine ses dents avait disparu, et ses yeux durs arboraient une expression vide et impassible.
    - Vos parents étaient des criminels, n’est ce pas ? Ils ont fait de la prison. C’est pour cela que vous avez passé la majeure partie de votre enfance dans des foyers. Alors, n’essayez pas de rejeter la faute sur nous, Madeleine.
    - Non, rétorquai-je avec emphase. Ma mère n’était pas une criminelle.
    - Alors, quel était son problème ?
    - Elle était triste, répondis-je.

  • [Livre] Rendez-moi ma fille

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    Résumé : En vacances à Londres, Candice, 18 ans, Française d'origine juive, tombe amoureuse de Saddam, un prince saoudien appartenant à la famille royale. Une passion naît entre ces deux êtres que tout - la culture comme la religion - devrait séparer. Leur fille Haya voit le jour en 2001.

    Hélas pour Candice, son prince charmant révèle vite un autre visage. Aveuglée par les sentiments qu'elle lui porte, elle subit son emprise, puis sa violence, jusqu'au jour où elle est brutalement séparée de sa fille et séquestrée au palais.

    Depuis septembre 2008, Haya est retenue prisonnière en Arabie Saoudite dans la famille de son père. Tandis que Candice, échappant à une condamnation à mort, a été exfiltrée par le Quai d'Orsay. Depuis sa libération, elle se bat sans relâche pour que Haya lui soit rendue...

     

    Auteur : Candice Cohen-Ahnine

     

    Edition : Archipoche

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 2014

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : Pas de happy end à la fin de ce témoignage, on le sait dès la préface, écrite par Jean-Claude Elfassi, co-auteur et ami de Candice Cohen-Ahnine. En effet, cette dernière, après un combat de 4 ans et alors que des retrouvailles avec sa fille avaient été organisées, a trouvé la mort en tombant du 4ème étage, depuis la fenêtre de l’appartement qu’elle partageait avec son nouveau mari. Si celui-ci plaide l’accident, la presse et l’opinion publique pointent sa responsabilité.
    Pour ma part, je m’interroge sur cette « drôle » de coïncidence qui fait disparaitre cette jeune femme alors qu’elle était si près du but, ce qui aurait très certainement été une humiliation pour son ex compagnon, cet homme qui se croit au-dessus des lois, y compris de celles de son pays et de sa religion.
    Car en effet, Candice a obtenu non seulement la garde de sa fille devant les juridictions françaises, mais dans son livre, elle nous révèle que le tribunal islamique a confirmé cette décision, ne reconnaissant pas à Haya le statut d’enfant légitime puisque ses parents n’étaient pas mariés.
    Que pouvait-on attendre d’un homme qui se prétend musulman et qui passe ses journées et ses nuits à boire, à se droguer et à coucher avec tout ce qui bouge ?
    On voit très vite à quel point cet homme est un hypocrite, lui a prétendu être juif pour séduire Candice, lui qui l’a manipulée sans cesse et qui ne lui a enlevé Haya que parce que Candice avait eu l’audace de finir par le quitter.
    Candice a profondément aimé cet homme, elle l’avoue sans s’en cacher, et c’est peut-être pour ça qu’elle a accepté ce séjour en Arabie Saoudite, incapable de concevoir qu’il puisse commettre un tel acte.
    Certains fustigent sa naïveté, et naïve, elle l’a été, c’est certain, et à plusieurs reprises, mais tous les commentaires désobligeants qu’on a pu lui faire n’auront jamais la force de la culpabilité qu’elle a ressenti. Savoir que si elle avait écouté son entourage, rien ne serait arrivé est bien pire que tout ce qu’on peut lui dire. Savoir sa fille prisonnière d’un pays aux mœurs dignes du Moyen Age est la pire des punitions.
    Non content de lui enlever son enfant, Saddam et sa famille de dégénérés ont d’abord essayé de la retenir prisonnière, puis, outrés qu’elle ait osé se battre, qu’elle ait refusé l’esclavage qu’on essayait de lui imposer, ont tout simplement essayé de se débarrasser d’elle en l’accusant d’apostasie (ce qui est passable de la peine de mort en Arabie Saoudite).
    Candice n’a eu d’autre choix que de fuir sans sa fille.
    Ce qui m’a le plus outré c’est l’attitude des français, de certains français. Oui encore plus que celle des Saoudiens, ce n’est pas peu dire : entre madame le consul de France qui est corrompue jusqu’à la moelle (et qui, à mon sens, aurait dû être démise de ses fonctions et accusée de haute trahison, mais bon…), l’avocate qui de toute évidence n’a pas envie de causer trop d’ennuis à la famille princière et l’Etat qui ne fait rien alors que Haya aurait pu être récupérée au Liban… Mais qu’est-ce que la vie d’une jeune femme et l’avenir d’une petite fille face aux accords juteux que notre pays ne cesse de signer avec un pays qui bafoue sans cesse les droits dont nous sommes censés être les pères fondateurs ?
    Malgré le décès de Candice, en 2012, sa famille continue de se battre pour le retour de Haya.

    Un extrait : Avant de vous raconter mon histoire, et celle de ma fille Haya, qui a aujourd’hui dix ans, je dois vous dire ceci : j’ai aimé follement, passionnément, l’homme dont je vais vous parler dans ce livre. Des années durant, cet amour m’a nourrie. J’ai vécu pour, et par lui. C’était un voyageur : pour être libre de le rejoindre, partout dans le monde, j’ai interrompu mes études. Afin de me rendre toujours disponible pour lui, j’ai accepté de ne pas travailler, et de dépendre de lui financièrement. Oui, j’ai aimé cet homme. Je l’ai choyé, j’ai voulu être pour lui une amante, une amie, une sœur. Pour le garder, par peur de le perdre, j’ai accepté des choses que je ne me serais jamais cru capable d’accepter. Cet homme aussi m’a profondément aimée, aujourd’hui encore j’en suis persuadée. Il m’a donné le plus beau des cadeaux : ma fille.
    Puis il me l’a reprise.
    J’étais très jeune lorsque je l’ai rencontré, je n’avais pas encore vingt ans. Plus une adolescente, pas tout à fait une adulte. Est-ce une excuse pour avoir été aussi crédule ? J’aimerais croire que oui, ainsi culpabiliserais-je moins. Ainsi comprendriez-vous mieux les lourdes erreurs que j’ai pu commettre. Au fil de ces pages, à un moment ou à un autre, vous allez me trouver bien naïve. Peut-être même stupide. Vous vous direz que j’avais perdu tout jugement. Certains me reprocheront de m’être laissée humilier, d’autres de n’avoir pas mieux protégé ma fille, d’autres enfin se diront même, peut-être, que j’ai mérité ce qui m’est arrivé. Tous ces reproches, je me les suis déjà maintes et maintes fois adressés. La culpabilité m’a longtemps habitée, mais l’énergie dont je dois faire preuve quotidiennement pour me battre est trop précieuse pour que je la gaspille. Aujourd’hui, mon seul but est de retrouver enfin mon enfant : elle m’a été enlevée il y a déjà trois ans.

     

  • |Livre] Les portes du néant

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    Résumé : Figure de l’opposition au régime de Bachar al-Assad, Samar Yazbek est contrainte de quitter son pays tant aimé en juin 2011. Depuis son exil, elle ressent l’urgence de témoigner. Au mépris du danger, elle retourne clandestinement dans son pays, en s’infiltrant par une brèche dans la frontière turque. Trois voyages en enfer dans la région d’Idlib où elle vit de l’intérieur l’horreur de la guerre civile, aux côtés des activistes. Des premières manifestations pacifiques pour la démocratie, à la formation de l’Armée Syrienne Libre, jusqu’à l’émergence de l’État islamique, Samar Yazbek livre un témoignage courageux sur le quotidien des combattants, des enfants, des hommes et des femmes ordinaires qui luttent pour survivre. Elle dit l’odeur de la terre après l’explosion d’une bombe, l’effroi dans le regard des mères, les corps mutilés ; elle dit l’une des plus grandes tragédies du XXIe siècle.

     

    Auteur : Samar Yazbak

     

    Edition : Stock

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 09 mars 2016

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : Ce témoignage n’est pas un livre qui se lit vite. Il manque un certain engagement de l’auteur que l’on sent détachée de son récit. Elle nous livre les faits assez froidement et surtout avec des répétitions qui nous font vite décrocher. A chacune de ses sorties, elle rencontre des familles avec des histoires similaires. On se dit qu’elle aurait pu nous raconter l’histoire de l’une de ces familles puis préciser que chaque famille qu’elle a rencontrée a une histoire similaire. Mais non, l’auteur s’obstine à répéter, pages après pages, les mêmes histoires, histoires qui, entre parenthèses, ne sont guère exceptionnelles et ont lieu, avec plus ou moins de similitudes, dans toutes les guerres, qu’elles soient civiles ou non.
    Chacun des chapitres du livre, que l’auteur appelle « porte » représente un de ses retours clandestins en Syrie. Chacun est d’ailleurs plus long que le précédent.
    L’auteur raconte la guerre entre les rebelles et le régime de Bachar al-Assad auquel un autre groupe va se mêler, celui des djihadistes qui profitent de cette guerre et de tout le désespoir qui en découle pour s’implanter de plus en plus dans le pays.
    Je n’ai que moyennement apprécié la remarque sur les autres pays, la Turquie en l’occurrence mais qui peut être appliqué à tous les pays, quand l’auteur dit qu’ils se plaignent de la présence massive des Syriens mais qu’ils sont bien content qu’ils soient là pour s’enrichir. Alors non, ils ne sont pas « bien content », ils s’en accommodent, nuance. Quant à s’enrichir… Encore faudrait-il que les Syriens aient de l’argent à dépenser, eux qui vivent dans ces pays des aides qu’on leur apporte !
    Je n’arrive pas à savoir si ses retours en Syrie sont dû à son mal du pays et son envie d’aider le peuple syrien encore sur place ou à son besoin de témoigner, quoi que dans ce cas là plusieurs retours n’étaient pas nécessaires. Surtout avec une petite fille qui l’attend en France et qui n’a pas d’autre famille qu’elle. Etre militante, c’est bien, mettre en jeu la vie d’une petite fille qui n’a rien demandé, c’est autre chose.
    On se demande si sa « cause » n’est pas plus importante que sa propre fille.
    Un témoignage qui ne m’a pas convaincu. Trop répétitif, trop long, il ne m’a pas plongé dans la compassion pour les victimes de cette guerre, pas plus en tout cas que les quelques infos qu’on voit à la télé ou sur internet. Pourtant pour être une adepte des témoignages, j’en ai lu bon nombre qui nous plongeait vraiment au cœur de leur histoire. Celui-ci a raté son objectif.

     

    Un extrait : Les barbelés me lacérèrent le dos. J’étais secouée de tremblements incontrôlables. Après de longues heures passées à attendre la tombée de la nuit pour éviter d’attirer l’attention des soldats turcs, je levai enfin la tête et regardai le ciel qui virait au noir. Sous les barbelés qui délimitaient la frontière, on avait creusé un fossé juste assez grand pour une personne. Mes pieds s’enfoncèrent dans le sol et les pointes du fil de fer griffèrent mon dos alors que je rampais sous la ligne de démarcation entre les deux pays.
    Je pris une profonde inspiration, me relevai et courus aussi vite que possible, comme on m’avait dit de le faire. Vite. Une demi-heure en sprint, c’est la distance à couvrir avant d’être à l’abri de l’autre coté de la frontière. Je courus, courus sur un sol traître et rocailleux d’un pied léger pourtant. Les battements de mon cœur me portaient, me soulevaient. Essoufflée, je ne cessais de murmurer : Je suis revenue ! Ce n’est pas une scène de film ! C’est réel. Je courais en répétant : Je suis revenue… Je suis ici.
    Derrière nous, on pouvait entendre des coups de feu et le roulement des blindés du côté turc, mais nous avions réussi : nous étions passés.

  • [Livre] J'ai dix ans, ma vie est un cauchemar

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    Résumé : " Erreur de casting ", abandonné par son père à la naissance, Christian Faison subira les humiliations maternelles toute son enfance... Quand sa mère rencontre enfin un homme, celui-ci se révèle être un tortionnaire. Pendant plusieurs années, il maltraite Christian et sa maman. Jusqu'à leur fuite. Le petit garçon découvre alors le monde de la nuit, ses dangers et sa liberté. Quelques rares personnes, touchées par son intelligence et ses qualités humaines, lui ouvriront d'autres horizons. Sans haine mais avec une détermination sans faille, il décide seul de se réinsérer dans la société.

     

    Auteur : Christian Faison

     

    Edition : J’ai lu

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 07 novembre 2007

     

    Prix moyen : 6€

     

    Mon avis : Ecrit à la première personne ce témoignage a plus une valeur thérapeutique pour l’auteur qu’une réelle valeur de quelque nature que ce soit pour le lecteur.
    J’ai regretté que l’auteur se sente obligé de se justifier toutes les deux pages en assurant qu’il n’invente pas, qu’il n’exagère pas, que tout s’est réellement passé comme il le raconte. Le dire une fois au début du livre aurait largement suffit, mais on dirait qu’il cherche un moyen d’étirer son témoignage.
    De la même façon, il répète inlassablement les mêmes choses concernant sa mère : on a un peu l’impression de tourner en rond.
    Il est effarant de réaliser que la majorité de sa vie dans la rue n’est finalement du qu’à l’orgueil et l’égoïsme de sa mère qui refuse catégoriquement de demander les aides sociales auxquelles elle aurait pourtant droit. Elle préfère faire travailler son fils la moitié de la nuit avant de l’envoyer à l’école, quasiment mort de fatigue, où, bien entendu, il n’est pas en état de faire quoi que ce soit.
    Toute sa vie, cette femme détruit son fils psychologiquement. On se demande ce que font les services sociaux, quand, alors qu’il travaille toute la nuit, des policiers de la Brigade Spéciale de Nuit le voient s’épuiser à la tâche. Comment une telle mère a-t-elle pu conserver la garde de son fils.
    Heureusement, il va croiser la route de quelques personnes qui vont l’aider à garder la tête hors de l’eau et à maintenir un niveau d’instruction suffisant pour, s’il ne va pas jusqu’au BAC, lui permettre de trouver sa voie professionnelle.
    Si ce livre est un exercice thérapeutique pour l’auteur on peut lui reprocher d’avoir un peu trop de distance, de ne pas décrire ses sentiments. Il énonce parfois les faits comme un journaliste narrant une affaire.
    Mais quelques soient les défauts d’écriture de ce livre, on en peut nier que Christian Faison a fait preuve d’un courage et d’une détermination sans faille pour s’en sortir, pour se faire une vie « normale », malgré le mauvais départ qu’il a eu dans la vie : enfant non désiré par sa mère, abandonné à la naissance par son père, brutalisé et quasiment réduit en esclavage par son beau-père, un vrai sociopathe.
    C’est sa foi, quelques religieux qui ont été ses professeurs, et celle qui deviendra sa femme qui l’ont soutenu envers et contre tout pour qu’il réussisse sa vie et dans sa vie.

    Un extrait : Je suis né à l’hôpital public Hoche, à Nîmes, le 9 février 1963. C’était le tout début de l’après midi. Je n’étais pas le bienvenu.
    Lorsque les sages-femmes me présentèrent à maman, elle détourna la tête et refusa de poser sur moi le moindre regard. Du moins est-ce l’unique récit de ma naissance qu’elle me fera plus tard, répétée à satiété des années durant. Au cas où je risquerais d’oublier que je n’étais pas le fruit béni d’un amour épanoui.
    A tout prendre – puisque de toute façon un accident de la nature lui imposait cette naissance de trop, cet être non désiré entré par effraction dans sa déjà triste vie -, elle eût préféré une fille. Double désillusion, double peine que je paierai jusqu’à plus soif, avec une inlassable régularité.
    Quelques année plus tard, cheveux bouclés, visage fin, silhouette androgyne, je serai souvent pris pour une fille et maman ne démentira pas, ou si peu. Ce mensonge par omission faisait naitre en elle un curieux sentiment de rêve non abouti, de possibilité avortée.
    Quand j’aurai atteint l’âge de comprendre ces choses-là, je prendrai conscience de sa haine tenace envers les hommes. Tous les hommes. Et j’en étais un, du moins en devenir. Présent tous les jours devant elle, ma vue lui rappellera constamment ce hic, cet os tenace dont elle ne voudra jamais tenter de se débarrasser.
    Elle aurait tant souhaité que je devienne danseuse ! Combien de fois l’entendrai-je invoquer ce manque qui semblait abyssal : elle n’avait pas eu de fille et n’en aurait jamais. Pas de fille à son image pour la modeler selon sa propre révolte, son caractère ombrageux d’un entêtement rare dans l’autodestruction, afin de pouvoir se venger du sexe fort par procuration.
    Elle rêvera toujours cette fille impossible, rêve trouble et malsain, me faisant partager malgré moi sa rancœur et son amertume, sans prendre conscience – ou ne voulant pas la voir – de la souffrance muette qu’elle créera en moi. Ce poison fera lentement son office destructeur au plus intime de mon esprit.

     

  • [Livre] Madeleine Project

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    Résumé : "On appellerait cela un « docutweet », ou un récit d’ordre documentaire construit avec les outils – et la grammaire – de Twitter. C’est l’exercice inédit, périlleux mais jubilatoire, auquel s’est livré Clara Beaudoux il y a quelques mois, à partir des trésors retrouvés dans la cave de son nouvel appartement. Les souvenirs d’une vie, ceux de Madeleine, que ses héritiers ont accepté de divulguer par l’intermédiaire de la jeune réalisatrice. Deux séries de tweets disséminés tout au long d’une semaine allaient permettre aux internautes de découvrir ces histoires, celle de Madeleine et celle que Clara a nourrie avec son personnage. « Madeleine Project », un récit très réussi qui devient aujourd’hui un livre."

     

    Auteur : Clara Beaudoux

     

    Edition : Sous-sol

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 26 mai 2016

     

    Prix moyen : 18€

     

    Mon avis : J’ai été très déçue par ce « livre ». Pour moi il n'a rien à faire dans un prix littéraire parce que la compilation de tweets n'a rien d'un travail d'écriture.
    Même si, avant même de le lire, j’étais assez réticente devant le projet, je me disais qu’il devait y avoir au moins un point positif : dans la mesure où, sur twitter, chaque tweet est limité à 140 caractères, je me suis dit que la personne qui a initié le projet avait certainement dû faire preuve d’imagination et de vocabulaire pour réussi à commenter ses trouvailles en si peu de mots.
    Mais finalement ça a été une nouvelle déception car soit elle a fait des tweet très long simplement en les numérotant sur le mode : 1/3 ; 2/3 ; 3/3 ; soit elle a fait des tweets très basiques, sans aucune recherche et souvent dignes d’ados commentant Closer.
    Ex : 1er tweet sous une photo d’un objet apparemment plat enveloppé de papier kraft : « Un Picasso dans ce paquet ? »
    2nd tweet sous une photo d’une tableau : « Euh non..
    Je pensais aussi que la vie de Madeleine avait dû comporter quelque chose de fascinant pour qu’on en fasse ainsi l’étalage. Genre une héroïne méconnue de la résistance comme il y en a tant eu. Mais non. Tout ce que l'on a c'est la vie entière et intime livrée aux regards d'inconnus d'une pauvre femme qui n'avait rien demandé et qui n'avait pas de descendant pour empêcher une arriviste de faire le buzz, pour commencer, puis du pognon (18€ le recueil quand même) sur son dos.

    J'ai trouvé ça choquant. Du vrai voyeurisme. Avec en plus des photos de qualités médiocres.

    J'ai honte pour « l'auteur » et pour la maison d'édition qui porte bien son nom d'éditions du sous-sol.

    Un extrait : 

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  • [Livre] Les filles de Sultana

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    Résumé : Dans ce deuxième ouvrage qui évoque la vie de la princesse Sultana d’Arabie Saoudite, derrière le voile, derrière les murs de la domination masculine, une femme cultivée, intelligente et drôle, critique et raconte un pouvoir absolu.

    Plus que le récit de la vie d’une princesse, d’une épouse et d’une mère de famille, ce livre est le cri d’une femme dans le désert masculin de son pays, ou la moindre velléité de féminisme, la plus minuscule des libertés, sont des péchés.

     

    Auteur : Jean P. Sasson

     

    Edition : Pocket

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 16 Mars 1998

     

    Prix moyen : 5€

     

    Mon avis : Dans ce second témoignage, la princesse Sultana, dont le premier témoignage a été découvert par les hommes de sa famille, persiste dans la dénonciation des actions menées contre les femmes dans son pays. Mais, peut-être est-ce dû au fait qu’elle est plus surveillée, dans ce second tome, elle parle surtout de ses enfants et des actes de personnes étrangères à la famille (bizarrement, son mari, qu’elle accusait de tous les maux dans le premier tome, est ici compréhensif et ouvert). Bien sûr elle continue à ne pas épargner son père, son frère ou sa belle-mère, mais on la sent moins vindicative.
    De ses trois enfants, son fils semble être le plus équilibré : les actions menées contre les femmes le révoltent, au point qu’il va transgresser la loi pour aider un couple d’amoureux à se retrouver malgré l’opposition de la famille de la jeune femme.
    En ce qui concerne ses filles, c’est plus compliqué. Le bon côté des choses, c’est qu’elles ne vivent pas leur adolescence comme l’a vécu Sultana, puisque, contrairement à leur mère, elles ont l’amour de Karim, leur père.
    Mais malgré l’amour qu’il leur porte, la société est ainsi faite, qu’il est plus souvent en compagnie de son fils que de ses filles et que leur frère a nécessairement plus de liberté qu’elles.
    Leurs réactions va être diamétralement opposées : Maha, l’aînée, va traverser une crise où la haine de son frère va être aussi forte que son désir de s’émanciper de la pression des religieux ; tandis qu’Amani, la cadette, va plonger dans une ferveur religieuse qui va la conduire à l’extrémisme, au point d’inquiéter ses parents.
    Sultana va revenir sur la pratique de l’excision, à laquelle elle va être confrontée à travers une de ses domestiques égyptiennes. Son impuissance à intervenir va la plonger dans une profonde affliction et cette pratique va fortement impressionner son fils, qui n’arrive pas à croire que l’on puisse faire cela à des petites filles (toutes les réactions de celui-ci rendent Sultana très fière car il n’a pas cette mentalité qui pousse les hommes d’Arabie Saoudite à asservir les femmes).
    Nous allons également avoir des réponses à certains évènements cités dans le tome 1, comme le sort réservé à Sameera, l’amie d’une des sœurs de Sultana.
    Le livre se termine sur une note à la fois plus sombre, avec un drame qui arrive à l’une des sœurs de Sultana, et plus légère, avec des sœurs unies autour de leur sujet de moquerie préféré, leur frère.
    En anglais, le témoignage de Sultana est une trilogie. Le dernier tome (Princess Sultana's Circle) est centré sur des membres de la famille (une nièce, un cousin et des neveux). Il semblerait que l’éditeur français n’ait pas jugé utile de le publier.
    En 2014, la journaliste qui relate le témoignage de Sultana a publié un quatrième tome.
    La publication d’un tel nombre de tome fait s’interroger sur la véracité du récit. En effet, s’il est si difficile de parler à des journalistes étrangers, comment expliquer que Sultana ait pu le faire tant de fois, alors même que son premier témoignage avait été découvert ?
    Malgré ces interrogations, ces livres restent très intéressants à lire.

    Un extrait : Père n’est pas encore rentré, et apparemment nous sommes les derniers arrivés. Les onze autres enfants vivants de ma mère ont été convoqués, mais sans leurs conjoints. Je sais que trois de mes sœurs ont pris l’avion de Jeddah pour Ryyad, et deux autres sont venues de Taïf.
    D’un coup d’œil, je m’aperçois que Karim est le seul membre extérieur à la famille. Même la dernière épouse de mon père et ses enfants sont invisibles. Je devine qu’on les a confinés dans leurs appartements privés.
    L’urgence bizarre de cette réunion me ramène au livre et mon cœur se serre d’effroi. Ma sœur Sara et moi échangeons des regards angoissés. Elle est la seule de la famille à être au courant de cette publication, ses craintes sont les mêmes que les miennes.
    Tous ceux de mon sang me saluent, excepté mon unique frère, Ali. Et je surprends des coups d’œil sournois et furtifs de sa part dans ma direction.
    Quelques instants après notre arrivée, père pénètre dans la pièce. Ses dix filles se redressent en même temps, avec respect et, chacune à leur tour, rendent hommage à l’homme qui leur a donné la vie – sans le moindre amour.
    Je n’ai pas vu mon père depuis quelques mois ; il me semble las et prématurément vieilli. Au moment où je tente de l’embrasser sur la joue, il se détourne avec impatience, refusant délibérément mon élan. Mes peurs n’en deviennent que plus intenses. Je vois bien maintenant à quel point je me suis montrée naïve en croyant que les Al Sa’ud étaient trop préoccupés par une insatiable soif de richesses pour prêter attention aux libres.
    Je tremble de plus en plus.

     

  • [Livre] Ma vie d'esclave chez les mormons

     

    Je remercie la masse critique de Babelio et les éditions Jourdan pour cette lecture.

     

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    Résumé : Dix ans après son mariage, dans un cas historique qui a secoué la nation américaine et mené à la réécriture des lois, Ann a divorcé de son puissant mari mormon, prétextant la négligence et les traitements cruels.

    En 1876, Ann Eliza a publié une autobiographie intitulée « Wife n° 19 ».

    Elle explique la raison de son écriture : « Si j’entreprends la rédaction de cet ouvrage, c’est pour montrer au monde le véritable visage du mormonisme et dénoncer les pitoyables conditions de vie de ses femmes, réduites au pire esclavage qui soit. Ce n’est pas seulement leur corps qui leur est ravi, mais également leur âme. »

    Son autobiographie est un document poignant révélant comment Brigham Young, président de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, et d’autres hommes mormons vivaient à la tête de nombreux ménages, visitant leurs femmes tour à tour, devenues de véritables servantes.

    Ann Eliza Young a parcouru les États-Unis pour expliquer la dégradation de la polygamie et du mormonisme, mais aussi pour révéler la véritable personnalité de Brigham Young lui-même. Elle a témoigné devant le Congrès américain en 1875. Ses remarques ont contribué à un passage de la loi qui a réorganisé le système judiciaire du territoire de l’Utah, aidant le gouvernement fédéral à poursuivre les polygames.

     

    Auteur : Ann Eliza Young

     

    Edition : Jourdan

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 13 juillet 2016

     

    Prix moyen : 19€

     

    Mon avis : Avant de commencer mon avis, il convient de préciser que l’église de Jésus Christ des Saints des Derniers Jours n’est pas considéré comme une secte et rassemble près de 15 millions de membres dont un peu plus de 6 millions aux USA ce qui en fait la quatrième confession chrétienne la plus importante des Etats-Unis.
    Il faut aussi noter que la polygamie a été interdite par l’Eglise en 1889 et qu’aujourd’hui celle-ci prône, comme la plupart des religions chrétienne l’abstinence en dehors du mariage et la fidélité absolue à un seul et unique époux.
    Le mariage plural ou polygamie est toujours pratiqué par une minorité dissidente qui a refusé l’évolution de l’Eglise et se qui se fait appeler l’église fondamentaliste de Jesus-Christ des Saints des derniers jours. L’Eglise officielle ne les reconnaît pas comme des mormons.
    A l’époque où Ann Eliza a écrit son témoignage, du vivant de Brigham Young, la pratique de la polygamie battait son plein.

    Ann Eliza est fortement opposée au mormonisme et à la polygamie et on ne peut pas ne pas le savoir tant elle est virulente sur le sujet.
    Elle veut tellement convaincre du bien fondé de son point de vue, qu’elle en perd toute objectivité et se contredit régulièrement. Elle dit à plusieurs reprises que les mormons sont manipulés par leur leader, Brigham Young, qui n’est ni plus ni moins qu’un malfrat entouré d’hommes de main faisant régner la terreur, puis quelques pages plus loin fait des généralités en disant que tous les mormons sont des êtres vils et violents.
    Concernant la polygamie, elle refuse de concevoir ou d’accepter que d’autres femmes puissent trouver un équilibre dans cette pratique. D’ailleurs elle dénigre non seulement celles qui lui disent y trouver leur compte, mais aussi celles qui déclarent que la polygamie en elle-même n’est pas en cause, mais que c’est la manière de la mettre en œuvre qui est lamentable (mariages forcés, mariages d’adolescentes avec des hommes plus âgés, abandon des épouses plurales par leurs époux qui ne subviennent pas à leurs besoins…). J’ai effectivement eu l’impression qu’au lieu de se serrer les coudes entre elles, les femmes passaient leur temps à s’opposer les unes aux autres sans se préoccuper que certaines d’entre elles avaient été contraintes au mariage.
    Ce trait de caractère entier et manquant d’objectivité apparaît également quand elle parle des indiens. Pour elle les indiens sont des monstres qui ne sont là que pour s’approprier les biens d’autrui par ruse voire violence pouvant aller jusqu’au meurtre. Quand on la voit parler des indiens de la manière dont elle reproche à Brigham Young de parler des non-mormons, on a du mal à lui accorder du crédit sur le reste de son histoire.
    Ann Eliza reproche à l’Eglise mormone beaucoup de chose, certes réelles, mais qu’elle semble croire réservées aux membres de cette religion. Je pense qu’elle a du finir par se rendre compte que quelque soit la religion, il y a des hommes qui abandonnent leurs femmes (la différence est qu’ils divorcent, les laissant sans ressources, pour en épouser une autre), d’autres qui les maltraitent, il y a des pères qui ne s’occupent pas de leurs enfants et des escrocs… je ne crois pas qu’elle réalise que le problème ne vient pas de la religion, mais des hommes en eux même. Quand au fait que les femmes sont considérées comme inférieures… c’est le cas dans la majorité des religions et si aujourd’hui la plupart d’entre elles ont évoluées, à l’époque ou Ann Eliza a écrit son livre, les femmes étaient loin d’être les égales des hommes, quelque soit leur religion.

    Ann Eliza est si pressée de faire valoir son point de vue que son texte, au fil des chapitre, perd en clarté et en cohérence : mots manquants ou au contraire deux mots côte à côte (de toute évidence, elle a voulu mettre un autre mot en oubliant de rayer le premier qu’elle avait choisi), répétition de phrases presque identiques à la suite l’une de l’autre, inversion de termes (ses compagnons et lui de voyage)…
    De toute évidence le traducteur et l’éditeur ont souhaité laisser le texte en l’état, mais je doute du bien fondé de ce choix car le texte est plus difficile à suivre et toutes ces erreurs rendent la lecture fastidieuse. Ca n’aurait pas été dénaturer le texte d’en corriger les coquilles. N’est ce pas là le travail de l’éditeur, même si l’auteur est décédé ?

    Le titre du livre est peut être mal choisi parce que je l’ai terminé et j’attends toujours de voir « la vie d’esclave » qu’elle a mené. De tout le livre, l’auteur ne nous livre que quelques anecdotes de sa vie personnelle au milieu d’un procès général de la religion mormone qui va de sa création par Joseph Smith à son apostasie.

    Puisqu’elle nous livre là un témoignage, j’aurais préféré en savoir plus sur son mariage et sur le traitement cruel qu’elle reproche à Brigham Young (et que vu le personnage je ne remets pas en doute) plutôt que de nous présenter les cas des dizaines de personnes dont elle nous parle.
    Je ne vois pas en quoi les massacres des Gentils (les non mormons) ou des apostats alors qu’elle n’était qu’une enfant, les missions à l’étranger, l’organisation interne de l’Eglise ont à voir avec sa prétendue vie d’esclave.
    Ici j’ai l’impression qu’on nous a promis un documentaire sur la révolution française et que après avoir retracé toute l’histoire de la royauté en France, le documentaire se termine par : « Et puis un jour le peuple a craqué et la révolution française a eu lieu et a mis fin à la monarchie ».
    En gros on reste un peu sur notre faim.

    Un extrait : Les mormons se retrouvèrent dans un pétrin sans nom lorsqu’ils intégrèrent la polygamie à leur mode de vie.
    Si notre famille, qui ne comptait alors que deux épouses, s’en sortait relativement bien, ce n’était malheureusement pas le cas de toutes les familles. Dans celles de mon oncle, par exemple, la transition ne se fit pas si facilement.
    En Illinois, Milo Webb, un des frères de mon père, avait épousé une femme charmante à bien des égards. Elle vouait à son mari un amour absolu et ce dernier le lui rendait au centuple. Tous deux membres de l’Eglise mormone, ils vécurent en parfaite harmonie jusqu’en 1846, date de la construction du Temple de Nauvoo.
    Les hommes que les autorités jugeaient dignes de pénétrer dans l’édifice pour y recevoir les dotations sacrées se virent confier que la polygamie faisait à présent partie intégrante de leur religion. Ils ne devaient pas se déshonorer en se présentant pour la cérémonie de Dotation avec une seule épouse à leur bras. Cette première femme, l’élue de leur cœur, la mère de leurs enfants, leur partenaire et âme sœur, qui ne reculait devant aucun sacrifice, qui s’était liée à eux pour le meilleur et surtout pour le pire, qui croyait que seule la mort pouvait les séparer et qui avait fait sien le Dieu et les proches de son mari, ne suffisait plus désormais. Si un homme avait l’audace de s’en tenir aux dictats de sa conscience et se présentait à la cérémonie accompagné de sa seule épouse, les autorités s’empressaient de le couvrir de ridicule. Brigham et Kimball ne manquaient d’ailleurs jamais une occasion, ni de se moquer, ni de mettre en garde les fidèles qui s’y risquaient : seuls les hommes polygames pourraient entrer dans le royaume de Dieu.
    A l’instar de mon père, mon oncle était un homme consciencieux et fidèle à sa religion. Si c’était là la volonté du Seigneur, il lui fallait obéir sans plus attendre. Il demanda donc en mariage une jeune fille du nom de Jane Matthews. La jeune fille demanda conseil aux autorités de l’Eglise et, comme celles-ci lui confièrent que le salut de son âme en dépendait, elle accepta. Sous le regard de sa première femme, mon oncle et Jane Matthews reçurent donc leurs dotations et furent scellés l’un à l’autre.
    Sa première femme lui avait donné son consentement à contrecœur. Elle ne toléra l’idée de se retrouver dans une relation polygame que par devoir religieux. Ni elle, ni son mari n’avaient mesuré toute l’ampleur du malheur qui allait s’abattre sur leur famille. S’ils avaient su dans quelle impasse ils s’apprêtaient à s’engouffrer, je pense qu’ils y auraient songé à deux fois.
    La nouvelle Mme Webb s’installa dans son nouveau foyer et y demeura jusqu’au départ de Nauvoo. Pendant ce court laps de temps, cette famille jadis heureuse, était devenue méconnaissable ! L’amour et la félicité n’étaient plus ; la discorde et la haine régnaient à présent en maîtres.
    La première épouse se rendit compte très vite que la polygamie n’était pas une mince affaire. Contrairement à ce qu’on lui avait pourtant affirmé, le temps n’arrangeait rien. Elle en vint à détester cordialement la nouvelle venue : elles avaient beau partager le même toit, elle refusait obstinément d’adresser la parole à sa rivale. La jalousie eut presque raison de sa santé mentale ; elle était devenue d’une violence sans nom.

     

  • [Livre] Ma part de Gaulois

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    Résumé : C’est l’année du baccalauréat pour Magyd, petit Beur de la rue Raphaël, quartiers nord de Toulouse. Une formalité pour les Français, un événement sismique pour l’“indigène”. Pensez donc, le premier bac arabe de la cité. Le bout d’un tunnel, l’apogée d’un long bras de fer avec la fatalité, sous l’incessante pression énamourée de la toute-puissante mère et les quolibets goguenards de la bande. Parce qu’il ne fait pas bon passer pour un “intello” après l’école, dans la périphérie du “vivre ensemble” – Magyd et ses inséparables, Samir le militant et Momo l’artiste de la tchatche, en font l’expérience au quotidien.
    Entre soutien scolaire aux plus jeunes et soutien moral aux filles cadenassées, une génération joue les grands frères et les ambassadeurs entre familles et société, tout en se cherchant des perspectives d’avenir exaltantes. Avec en fond sonore les rumeurs accompagnant l’arrivée au pouvoir de Mitterrand, cette chronique pas dupe d’un triomphe annoncé à l’arrière-goût doux-amer capture un rendez-vous manqué, celui de la France et de ses banlieues.
    Avec gravité et autodérision, Ma part de Gaulois raconte les chantiers permanents de l’identité et les impasses de la république. Souvenir vif et brûlant d’une réalité qui persiste, boite, bégaie, incarné par une voix unique, énergie et lucidité intactes. Mix solaire de rage et de jubilation, Magyd Cherfi est ce produit made in France authentique et hors normes : nos quatre vérités à lui tout seul !

     

    Auteur : Magyd Cherfi

     

    Edition : Actes Sud

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 17 août 2016

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : Quand j’ai reçu ce livre et que je me suis renseignée sur l’auteur, la seule chose que l’on m’a dite sur lui est qu’il était le parolier de Zebda. On ne peut pas dire que cette information, donnée avec presque des étoiles dans les yeux, m’ait donné envie de le lire dans la mesure où je trouve les chansons de ce groupe très médiocres.
    Concernant « Ma part de Gaulois », l’écriture en soi n’est pas mauvaise, même si, à plusieurs reprises j’ai eu l’impression qu’il manquait des mots pour que la phrase soit correcte et que j’ai regretté qu’il délaisse souvent une écriture simple comme pour montrer que Lui, il sait écrire.
    Au final l’ensemble est brouillon, le récit a beau être chronologique on a une impression de décousue qui n’est pas agréable et qui rend la lecture pénible.
    Du coté des personnages, il n’y en a pas uns pour rattraper l’autre et on se demande si Magyd Cherfi ne grossi pas le trait et ne caricature pas un peu ses anciens camarades tant il y a de hargne, de mépris dans chaque paroles, dans chaque actes. Beaucoup d’insultes aussi, ça, ça m’a gênée. Parce que je veux bien croire qu’il ait été insulté plus souvent qu’à son tour, mais était-il obligé de les écrire noir sur blanc à chaque page ?
    Si on l’en croit, la cité cultive la haine du blanc, du français. La France ils la veulent bien, avec les allocs, le salaire minimum, les soins gratuits, mais surtout sans les français.
    Alors je crois volontiers qu’il y ait des personnes qui agissent et réagissent comme ça, aujourd’hui encore on voit ce genre de comportement et de pensées chez certaines personnes, mais je ne peux pas croire qu’à l’intérieur d’une cité, les habitants soient TOUS dans cet état d’esprit.
    J’ai lu une réaction d’une personne qui vit dans cette cité et qui a très mal pris non seulement le bouquin mais aussi les choses que Magyd Cherfi aurait dites pour en faire la promo. Cela ne m’étonne pas car il fait un amalgame. Après tout, il cite quelques personnes nominativement, puis déclare que tous sont comme ça dans la cité. J’ai eu le sentiment que ce livre relevait plus de la vengeance que du témoignage.
    Pas convaincue du tout !

    Un extrait : Voilà donc qu’un jour je suis sorti sans cacher l’objet de tous les délits. Je me suis assis, sûr de mon fait. Pour une fois sans trembler j’ai ouvert mon livre et tranquillement j’ai basculé dans les jabots, les hauts-de-forme, les gilets de soie, les robes à taille haute remontées sous les seins et largement décolletées du roman « Une vie » de Maupassant. C’est là qu’étaient les miens, ces héros du XIXème, fardés romantiques et sans muscles.
    Je lisais depuis quelques minutes quand trois lascars, Mounir, Saïd et Fred le Gitan se sont approchés de moi…

    - Qu’est ce que tu fais ?
    - Heu…je lis.
    - T’es un pédé ou quoi ? Pourquoi tu fais ça ?
    - Non mais c’est pour l’école.
    - Qu’est ce qu’on s’en fout de l’école, tu veux des bonnes notes, c’est ça ?
    - Non, non…
    - T’as qu’à lui dire à ton prof qu’on est pas des pédés !
    - D’accord
    - D’accord… !? T’es français, c’est ça, tu veux sucer les Français ?
    - Non.
    - Et ça c’est quoi ? Montre !
    - Il m’a arraché le livre des mains, a lu :
    - Une vie…de Mau…passant, c’est un pédé lui aussi !
    - Mais non c’est pas un pédé.
    - C’est quoi alors ?
    - Un écrivain.
    - C’est ça, c’est un pédé.

    Saïd a jeté le livre non sans l’avoir éclaté de la pointe de sa chaussure, j’ai pas bougé et une deuxième coup de pied circulaire me coucha dessus. Le temps de quelques étoiles tournoyantes, je ne savais plus s’il s’agissait de mes rêves récurrents ou d’une banale réalité orchestrée par mes soins. Enfin il était là, le coup de pompe tant attendu. Enfin je le tenais, le prétexte de la rupture.

     

  • [Livre] Journal d'un vampire en pyjama

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    Résumé : « Me faire sauver la vie est l’aventure la plus extraordinaire que j’ai vécue. » 
    Journal intime tenu durant l'année où M. Malzieu a lutté contre la maladie du sang qui a altéré sa moelle osseuse et la mort personnifiée, Dame Oclès.

     

    Auteur : Mathias Malzieu

     

    Edition : Albin Michel

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 27 janvier 2016

     

    Prix moyen : 18€

     

    Mon avis : Dès les premières pages, j’ai su que je ne pourrais pas lâcher ce livre jusqu’à la fin.
    Mathias Malzieu nous emmène dans son univers hospitalier avec un mélange de doute et d’humour déconcertant. Je ne sais vraiment pas comment il a pu garder un tel sens de l’humour au vue des épreuves qu’il a traversé.

    Quand, au tout début du livre, il décrit le prélèvement de moelle osseuse par le sternum, j’ai eu le souffle coupé au moment même où je lisais l’acte tant j’avais presque l’impression d’y être. Je crois même que j’ai eu un gémissement de douleur (et comme j’ai commencé ce livre au boulot, pendant ma pause déjeuner, je vous laisse imaginer le regard des collègues).
    Atteint d’une aplasie médullaire, Mathias Malzieu a besoin de transfusions pour survivre et va faire plusieurs séjour en chambre stérile, d’où le titre : vampire en pyjama. Puisqu’il a besoin du sang des autres et qu’il est très pale car fortement anémié, il se voit comme un vampire.
    Je ne sais pas où il a trouvé la force de faire face à tout cela, peut être grâce à sa compagne, son père, sa sœur ? Très sûrement grâce à la rage de vivre qui l’habite.
    J’avoue que quand il décrit la première fois où il a senti qu’il n’allait pas bien, je suis allée voir le clip de la mécanique du cœur, histoire de voir si, entre les différents plans, on voit que quelque chose ne va pas. Et bien non, il a toujours la même énergie, il saute partout, on n’imagine pas une seconde, quand on voit ce clip, qu’il était déjà atteint de sa maladie, au point de mettre sa vie en danger, sans le savoir.
    J’ai beaucoup aimé son interprétation de l’épée de Damoclès qui devient l’épée de Dame Oclès, une espèce d’enquiquineuse toujours là pour plomber le moral et rappeler que peut importe l’espoir, tout pourrait mal finir. Dur de lui tenir tête, de l’ignorer, de se concentrer sur la guérison en sentant sa présence, juste là, à côté, prête à frapper…
    Dans sa manière d’écrire, Malzieu nous associe à son attente, au fil des pages, des dates inscrites en haut de chaque chapitre, on espère, comme lui, recevoir enfin une bonne nouvelle : des analyses meilleures ? Un traitement qui fonctionne ? Un donneur ? On ressent à quel point il est partagé quand sa sœur fait les tests pour voir si elle est compatible : partagé entre l’espoir qu’elle le soit et que le cauchemar s’arrête, et le refus de la voir entre les mains des médecins, de subir un prélèvement, de ressentir la moindre douleur. Difficile de se protéger soit même tout en ménageant les autres. Rosy semble avoir été une véritable bouée de sauvetage, solide et stable quand tout semble s’effondrer. Et si elle a eu des doutes, on dirait qu’elle a tout fait pour les montrer le moins possible.
    Il y a aussi le dévouement et la présence constante du personnel hospitalier et en premier lieu des infirmières. Elles font tout pour que les hospitalisations se passent bien, pour rassurer, pour rappeler que tout espoir n’est pas perdu.
    Malheureusement, il y en a d’autres, moins sympathiques : ceux qui se lèvent du milieu, qui se disent amis mais abandonnent le malade à son sort, ceux qui regardent comme s’il était une bête curieuse… Celui qui m’a le plus choquée c’est le chauffeur de taxi, ce n’est plus de la connerie à ce stade, c’est la mise en danger délibérée, il mériterait de perdre sa licence. J’espère qu’il a lu le livre, qu’il s’est reconnu, et qu’il est mort de honte ! (Mais j’ai des doutes, ce genre d’abruti ne lis pas ce genre de livre et surtout, ne se remettent jamais en question !)

    J’ai lu ce livre sans avoir jamais rien lu ni écouté de cet auteur-chanteur, à part le début de jack et la mécanique du cœur (juste la chanson « le jour le plus froid du monde ») donc sans aucun a priori ni attente particulière. Je suis vraiment ravie de l’avoir découvert avec ce livre ci.


    Un extrait : 7 novembre 2013

    J’entre dans une de ces boutiques médicales aux allures d’hôpital miniature qu’on appelle laboratoires. Une dose de silence bleu, une piqûre et un sucre plus tard, je suis libéré. « Vous êtes très très blanc, monsieur Malzieu… Ça va aller ? » L’infirmière qui vient de me piquer a ce sourire surentraîné à la compassion qui fout la trouille.

    Nous sommes le vendredi précédant le week-end du 11 novembre, je n’aurai donc les résultats que mardi. Je remonte le boulevard Beaumarchais au ralenti. Une petite vieille avec un mini-chien coiffé comme elle me double sur la place de la République. J’achète L’Équipe et mange des nuggets pour ne penser à rien pendant plusieurs minutes d’affilée. Ça marche un peu.
    Je rentre chez moi. C’est juste à côté mais ça me prend du temps. Je suis crispé de froid dans mon manteau alors que les gens se promènent en pull, peinards. Ça fait des semaines que je ne prends plus l’escalier, aujourd’hui même dans l’ascenseur je suis essoufflé.
    Depuis quelques mois, on me dit tout le temps que je suis blanc. C’est vrai que j’ai un peu une tête de vampire. Pas la catastrophe non plus, il m’est déjà arrivé d’être plus fatigué en tournée. Je m’allonge quelques minutes en écoutant Leonard Cohen et me sens légèrement mieux.

    J’appelle le taxi qui doit m’emmener sur le montage du clip. Entre-temps le téléphone sonne, un numéro que je ne connais pas.

    – Bonjour, monsieur Malzieu ?

    – Oui.

    – Docteur Gelperowic à l’appareil, le laboratoire vient de m’appeler pour me communiquer vos résultats en urgence…

    – Ah bon ? Ils m’avaient dit que je n’aurais rien avant mardi.

    – Ils ont préféré vérifier immédiatement votre hémoglobine, qui s’avère être très basse. Vous êtes très fortement anémié. Le taux normal de globules rouges se situe entre 14 et 17 milligrammes. Vous en avez 4,6. Il faut aller vous faire transfuser immédiatement.

    – Comment ça ?

    – Vous n’avez pas assez d’oxygène dans le sang, il faut aller aux urgences, tout de suite !

    – Tout de suite ?

    – Avec aussi peu de globules rouges, vous ne devriez même pas tenir debout… Surtout évitez les efforts physiques, vous risquez l’accident cardiaque.

    – Quel hôpital je dois appeler ?

    – Le plus proche, ne tardez pas surtout !

    Chaque phrase est une gifle. Je suis assommé.
    Je m’assois sur mon lit pour essayer de trier mes émotions. Toutes mes pensées deviennent floues. Les questions se catapultent, les réponses pas trop. Je me repasse le souvenir de la journée de la veille, à sauter partout comme le plus con des dragons. J’aurais pu me cramer le cœur en direct.
    Le téléphone sonne à nouveau, c’est le même numéro.

    – C’est encore le docteur Gelperowic. Nous venons de récupérer de nouveaux résultats…

    – Alors ?

    – Malheureusement, les trois lignées de globules sanguins sont atteintes. Votre taux de plaquettes est très bas.

    – Les plaquettes ? Je ne me souviens plus exactement…

    – Il s’agit des cellules qui arrêtent les saignements. Vous en avez très peu.

    – Comment ça « très peu » ?

    – La norme est entre 150 000 et 450 000, mais vous, vous en avez 11 500. En dessous de 20 000, on transfuse systématiquement. Vous avez saigné du nez récemment ?

    – Oui.

    – Surtout ne vous rasez pas, ne manipulez pas d’objets coupants et essayez de ne pas vous cogner, pour éviter tout risque hémorragique. Les globules blancs sont également touchés, monsieur Malzieu.

    – Ce qu’on appelle les défenses immunitaires ?

    – Oui. Vous avez 750 polynucléaires neutrophiles alors qu’il vous en faudrait le double. Je ne vous cache pas que c’est inquiétant…

    – On va me transfuser pour ça aussi ?

    – Ces globules-là ne se transfusent pas. En attendant la prise en charge, lavez-vous les mains le plus souvent possible.

    – Mais qu’est-ce que tout ça veut dire ?

    – Il faut vous faire quelques examens complémentaires pour diagnostiquer. On va devoir explorer votre moelle osseuse pour comprendre pourquoi vous perdez votre sang.

    Les battements de mon cœur s’accélèrent. Mon petit appartement paraît immense. Hémoglobine, plaquettes, polynucléaires, transfusion… ces mots avancent sous mon crâne telles des ombres menaçantes. Je tape « moelle osseuse » sur Internet : « A un rôle vital dans le fonctionnement du corps humain. Elle est responsable de la formation des cellules particulières (globules rouges, blancs et plaquettes) appelées cellules souches hématopoïétiques. Ces cellules produisent l’ensemble des globules indispensables à la vie. »

    Indispensables à la vie ?

     

  • [Livre] Sultana

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    Résumé : Protégée par un pseudonyme, une femme musulmane révèle, pour la première fois, les secrets de son pays, l'Arabie Saoudite. Sultana est née princesse mais la vie qu'elle retrace dans ce témoignage bouleversant est celle de l'esclavage auquel sont soumise toutes les Saoudiennes. Enfance dominée, mariage forcé, lapidation, enfermement à vie, humiliations, soumissions, exclusion... La liste est longue, tout aussi longue que les interdits qui pèsent sur ces femmes dépourvues de tout droit.

    Mais pour Sultana, princesse féministe, ce livre est le commencement du changement, et un message d'espoir.

     

    Auteur : Jean P. Sasson

     

    Edition : Pocket

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 01 Janvier 1994

     

    Prix moyen : 4€

     

    Mon avis : J’ai toujours été partagée en lisant l’histoire de Sultana. Car s’il est vrai qu’elle ne maîtrise pas sa propre vie, son enfance étant dirigée par son père puis sa vie d’adulte par un époux choisi par ce dernier, elle a quand même plus de chance que n’importe qu’elle autre femme ordinaire de son pays ou même de tout autre pays islamiste comme l’Iran.
    Car après tout, sa vie est peut être un long sacrifice, mais comme le dit Marius à Fanny dans la trilogie de Pagnol, elle se sacrifie de bon appétit : des milliers de dollars d’argent de poche, se levant à midi puisque les domestiques s’occupent des enfants, se faisant masser les pieds, vivant dans des maisons immense pourvues de tout le confort moderne, voyageant dans compter entre les différentes capitales, juste pour faire du shopping…
    Quant à ses « manquements » aux règles, ils ne sont guère sanctionnés. Là où toute autre jeune fille serait emprisonnée et risquerait la flagellation ou même la mort, Sultana ne récolte que des regards noirs et des sermons.
    Mais d’un autre côté, c’est cette « protection » que lui donne sa naissance royale (car les hommes de sa famille craignent plus que tout un scandale public et ne peuvent pas punir de manière trop cruelles leurs filles ou épouses, au risque que la raison de cette punition ne se sache) qui lui permet de nous dévoiler les dessous de la vie des saoudiennes, celles qui n’ont pas sa chance.
    Comme la jeune fille de 13 ans, lapidée pour avoir eu des relations sexuelles alors qu’elle a été violée par les amis de son frère en l’absence de ses parents, celle de 17 ans, mariée à un homme de 57 ans au fond du désert pour avoir eu un comportement déplacé, au même âge, et pour la même faute, une autre sera exécutée par son père…
    Sultana nous parle aussi des domestiques, surtout les philippines, qui sont régulièrement battues et violées par les familles qui les emploient.
    Même si la vie de Sultana est contrôlée par les hommes et par les lois clairement faites contre les femmes dans son pays, je la trouve parfois très naïve. Elle vit sur un tapis d’or, son père lui a choisi un époux assez proche d’elle en âge, séduisant, aux idées assez modernes pour un saoudien, elle n’a pas été excisée, son père ayant interdit cette pratique après qu’un médecin l’ait informé que sa femme l’avait fait sur ses trois filles aînée et lui ait expliqué les dangers de la pratique, elle a été éduquée, d’abord enfant, puis en reprenant des études une fois adulte… Je ne sais pas si elle réalise à quel point sa vie est facile comparée à celle des femmes de conditions plus modestes.
    Ce livre est très intéressant car il parle de la condition féminine en Arabie Saoudite, mais il faut parfois remettre les choses à leur place et imaginer les mêmes situations dans une famille qui ne dépense pas 6 millions de dollars comme nous dépensons 5€.

    Un extrait : En 1968, j’ai douze ans et mon père devient incroyablement riche. Malgré cette richesse, il est le moins extravagant des Al Sa’ud. Pourtant, il a décidé e faire construire pour chacune de ses quatre familles quatre palais, à Riyad, Djeddah, Tayf et en Espagne. Les palais sont exactement semblables dans chacune des villes, jusqu’à la couleur des tapis et au choix des meubles. Mon père déteste le changement, il veut se sentir chez lui, dans la même maison, tout en voyageant d’une ville à l’autre. Il exige que ma mère nous achète quatre fois chaque objet personnel, y compris les sous vêtements. Il refuse que sa famille s’encombre de bagages. On se procure mes livres et mes jouets par paquets de quatre destinés à chacun des palais. C’est troublant pour moi de me retrouver dans une chambre à Djeddah pareille à celle de Tayf, identique à celle de Riyad, devant les mêmes vêtements suspendus dans les mêmes penderies.
    Ma mère se plaint rarement mais, lorsque mon père achète quatre Porsche rouges identiques à mon frère Ali, qui n’a alors que quatorze ans, elle gémit tout haut que c’est une honte, un tel gaspillage avec autant de pauvres dans le monde.

    Mais dès qu’il s’agit d’Ali, aucune dépense ne compte…
    A dix ans, Alia reçu sa première montre Rolex en or. Je suis particulièrement jalouse, car j’ai demandé à mon père un lourd bracelet d’or aperçu au souk, et il a brutalement refusé. Pendant deux semaines, Ali fait grand cas de Rolex, puis je m’aperçois, un jour, qu’il l’a oublié sur une table, à côté de la piscine. Morte de jalousie, je prends une pierre et je mets la montre en morceaux.
    Pour une fois, ma méchanceté n’est as découverte et c’est avec un vrai plaisir que j’assiste aux réprimandes de mon père, reprochant à Ali sa négligence et lui recommandant de prendre soin, à l’avenir, de ce qui lui appartient.
    Bien entendu, au bout d’une semaine à peine, on offre à Ali une nouvelle Rolex en or, et ma rancune d’enfant se transforme en réel désir de vengeance.

    Ma mère me parle souvent de cette haine pour mon frère. En femme sage, elle a bien vu cette flamme dans mes yeux, même quand je m’incline devant l’inévitable. Je suis la plus jeune de la famille, donc dorlotée par ma mère, mes sœurs et mes autres parents. En y repensant, je ne peux pas nier que j’étais outrageusement gâtée. A cause de ma petite taille pour mon âge, en comparaison de mes sœurs, grandes et bien charpentées, on m’a traité comme un bébé pendant toute mon enfance. Mes sœurs étaient sages et réservées, de convenables princesses saoudiennes. J’étais dissipée et insoumise, me préoccupant fort peu de ma royale image. Comme j’ai dû abuser de leur patience !
    Mais, aujourd’hui encore, chacune de mes sœurs se précipiterait pour prendre ma défense au moindre danger.
    Triste contraste, pour mon père, je représente, fillette, le summum des déceptions. Et je passe mon enfance à essayer de gagner son affection… Finalement, désespérant d’obtenir son amour, je m’efforce d’attirer son attention par n’importe quel moyen, au risque qu’elle prenne la forme de punition pour mes nombreux méfaits.
    Je me dis que si mon père est contraint de me regarder aussi souvent que possible, il sera obligé de reconnaître mon caractère particulier et se mettra à m’aimer autant qu’il aime Ali. Mais les moyens tortueux et frondeurs que j’emprunte le mènent de la totale indifférence au véritable rejet.
    Ma mère a accepté le fait que ce pays où nous sommes nées prédestine à l’incompréhension entre les sexes. Je suis encore une enfant, le monde est devant moi, j’ai du mal à parvenir à une telle conclusion.