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Biographie et Témoignages

  • [Livre] Le palanquin des larmes

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    Résumé : Le Palanquin des larmes, paru en 1975, est un récit biographique écrit par Georges Walter de la vie de Chow Ching Lie, pianiste, écrivain et femme d'affaires née à Shanghai en 1936.

    Le palanquin des larmes est le récit de la vie de Chow Ching Lie, qui fut fiancée de force à l'âge de treize ans, et eut son premier enfant à quatorze ans. Le récit, recueilli par Georges Walter, traite de la condition des femmes dans la chine de la guerre sino-japonaise, la guerre civile, et l'époque Maoïste.

    Il aborde aussi la vie traditionnelle des chinois de classe paysanne et les problèmes qu'engendre la révolution dans la famille de Chow Ching Lie.

     

    Auteur : Chow Ching Lie

     

    Edition : j’ai lu

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 10 janvier 2011

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : Chow Ching Lie nous livre, à travers la plume de Georges Walter, l’histoire d’un esclavage perpétuellement renouvelé. La belle-fille, épouse du fils ainé, est la domestique de ses beaux-parents, l’esclave de sa belle-mère ; le fils, même adulte, même marié, doit se plier sans mot dire aux desideratas de ses propres parents, quitte à sacrifier le bonheur de ses enfants dans la foulée.
    Il faudra attendre l’arrivée de Mao au pouvoir pour que les mariages forcés, tout comme le meurtre des nouveau-nés filles, soient interdits. A cinq mois près, Ching Lie aurait échappé à un mariage qui la révulsait.
    Même si son histoire est difficile, j’ai trouvé Ching Lie trop effacée, trop soumise. Sa jeune sœur cède moins facilement devant les pressions et même quand elle est obligée de se plier aux règles, elle n’hésite pas à faire savoir qu’elle désapprouve.
    La mère de Ching Lie est une idiote sans cervelle. D’un côté, elle veut à toute force marier sa fille de force, ne prenant en compte que la fortune de la belle-famille sans s’intéresser une seconde à la personnalité du fiancé, mais de l’autre, elle refuse de lui apprendre à coudre ou à cuisiner, car c’est pour elle les signes de l’esclavage. En mariant sa fille à une famille traditionnelle refusant le moindre progrès social, elle aurait pu se douter qu’il serait indispensable à sa fille de savoir préparer un repas ou coudre un vêtement.
    Tout au long du mariage de sa fille, elle ne pense qu’à l’argent, allant jusqu’à compter le nombre de bouchée qu’elle mange pour se les faire rembourser par la belle-famille.
    Ching Lie finira par s’habituer à un époux faible qui ne sait fonctionner que par le chantage au suicide et semble ne pas comprendre que sa femme puisse ne pas l’aimer.
    En dehors de son drame personnel, Ching Lie nous parle un peu des évolutions de la chine à cette époque et surtout de l’arrivée de Mao et de la rééducation par le travail de la Terre. On voit bien qu’on a affaire à une dictature quand les gens n’ont pas le droit de quitter le pays sans autorisation tant le nouveau gouvernement a peur de les voir vivre comme ils l’entendent loin de la Chine.
    Personnellement ce livre ne m’a pas donner envie de pleurer sur le sort de Ching Lie, mais en revanche il m’a bien décidée à ne jamais mettre les pieds dans un pays aussi hypocrite que la Chine.

     

    Un extrait : Je suis née dans la Chine de la misère et des larmes. Petite fille, j’ai souffert et pleuré de bonne heure. J’étais jolie : ce n’est pas un mérite, ce fut une malédiction. Laide et difforme, je n’aurais sans doute pas été mariée de force à l’âge de treize ans. Mais mon malheur ne vint pas de ma seule beauté : il était à l’image d’un vaste pays, où il ne faisait pas bon vivre, où il n’était surtout pas bon de naître si l’on avait l’infortune d’être une fille. J’aurais pu venir au monde dans une famille pauvre où l’on m’aurait à ma naissance enveloppée dans des chiffons et jetée avec les ordures. Qu’est-ce qui est plus cruel, étouffer un enfant à sa naissance ou plus tard, ne pouvant la nourrir, la vendre pour qu’elle devînt pensionnaire à Shanghaï d’une des maisons closes de la Quatrième Rue ? Ce dont je parle ici ne date pas du Moyen Âge, c’était le sort de la Chinoise au milieu du XXe siècle et très exactement jusqu’à Mao Tsé-toung qui, en 1950, édicta la première loi interdisant, entre autres, le meurtre des nouveau-nés, ainsi que les mariages forcés et l’abus de pouvoir de la belle-mère, tous ces fléaux qui furent aussi douloureux que les inondations et les famines.

    La famille où je suis née en 1936 ne m’aurait certes pas vendue, j’ai été pendant toute mon enfance à Shanghaï entourée d’affection et même couvée par un père plein d’amour, mais dans une aisance où le souvenir de la misère ne parvint jamais à s’estomper. C’est pourquoi, à cause de la cupidité d’une partie de ma famille, j’ai été vendue, moi aussi, sous des apparences certes plus honorables, celles du mariage, et même avec un déploiement de faste comme on en vit peu dans mon pays. Comédie de grande alliance familiale qui augmenta, par sa dérision, ma tragédie personnelle : j’étais une écolière connaissant la légende de Liang et Tso qui meurent pour leur amour comme Roméo et Juliette et je me voyais condamnée à vivre sans amour. D’autres, par millions, ont connu la faim du corps alors que je n’ai manqué de rien, mais les malheurs de la Chine sont les enfants d’une même famille. Aucun d’eux n’y échappe au sort commun.

    En entreprenant le récit de ma vie je ne crois nullement qu’elle soit exemplaire : que pèsent mes malheurs dans la tourmente qui a déchiré un continent pendant les cinquante ans qui ont précédé ma naissance et les treize ans qui l’ont suivie, puisque c’est l’année de mes treize ans que la Chine a été libérée dans tous les sens du terme ? Dans le cocon de la petite bourgeoisie de Shanghaï où vivaient soixante mille étrangers, on pouvait entendre les rumeurs des marins en goguette de toutes les flottes du monde. Mais on était sourd à la bataille gigantesque que les armées rouges vêtues de chiffons livraient depuis tant d’années aux armées bien équipées du maître de la Chine, le généralissime Tchang Kaï-chek. Personne, dans ma famille – à l’exception de mon frère aîné – n’était conscient que l’Histoire allait basculer d’un seul coup.

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  • [Livre] L’enfant de l’enfer

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    Résumé : Malgré ses années d’expérience en tant que mère d’accueil, Cathy Glass fait face à un défi de taille avec le cas d’Aimee, petite fille de 8 ans, qui n’a jamais connu que des conditions de vie déplorables : pas d’hygiène, pas d’éducation… et une violence omniprésente. Alors qu’elle découvre les joies simples de l’enfance, Aimee se libère de ses plus sombres souvenirs.

     

    Auteur : Cathy Glass

     

    Edition : France Loisirs

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 2017

     

    Prix moyen : 13€

     

    Mon avis : Cathy va devoir relever un sacré défi avec Aimee. La fillette est assez attachante, se montrant extrêmement lucide sur sa vie avec sa mère mais voulant tout de même lui être loyale et donc se montrant assez difficile dès qu’elle a vu ou parler à sa mère. Le problème est que le juge a accordé des conversations téléphoniques tous les soirs où il n’y a pas de rencontre, lesquelles ont lieu 3 fois par semaine. Autant dire que pour chaque pas en avant que fait Cathy avec Aimee, elle en fait 3 en arrière et 2 sur le côté.

    La mère d’Aimee, Susan, est agressive, violente et connais assez bien le système (elle a 6 ou 7 enfants, tous placés les uns après les autres depuis 25 ans) pour savoir ce qu’elle doit dire ou faire pour rendre la vie impossible à la famille d’accueil. Elle porte plainte, provoque enquêtes sociales et contrôles qui minent non seulement le moral de la famille mais aussi tout progrès fait avec la fillette.
    Cependant, j’ai trouvé que Susan était finalement moins à blâmer que les services sociaux. A 8 ans, Aimee a eu une douzaine d’assistantes sociales dont pas une ne connait vraiment le dossier, les services sociaux ont plus à cœur de couvrir leurs arrières que d’aider efficacement la fillette. Aimee, qui aurait dû être placé dès sa naissance, est passée entre les mailles du filet pendant 8 ans, 8 années pendant lesquelles elle a vécu une vie sordide.
    Contrairement à d’autres parents biologiques auxquels a eu affaire Cathy, ici, on n’a aucun doute sur l’amour que Susan porte à sa fille, mais elle ne sait pas l’élever et surtout elle est incapable d’échapper à l’emprise de la drogue et du coup de celle de ses différents dealers.
    J’ai aussi été choquée que Cathy soit systématiquement considérée comme fautive a priori par les services sociaux : quand le coup de téléphone quotidien n’a pas pu être donné, on lui dit qu’elle est obligé de le faire, sans se demander s’il y a eu un problème quelconque, quand Susan laisse échapper son agressivité, l’assistante qui supervise ses rencontres avec Aimee n’intervient pas, et la directrice du centre ne trouve rien d’autre pour la calmer que de lui dire de venir dans son bureau faire la liste de tout ce qu’elle reproche à Cathy.
    Susan est droguée jusqu’à la moelle et malheureuse de ne plus avoir sa fille près d’elle, on peut comprendre son agressivité, mais pourquoi la laisser s’enliser dans cette attitude ? L’absence de réaction des services sociaux est presque criminelle.
    Heureusement Cathy peut compter sur le soutien de sa famille et sur celui de son assistante sociale référente qui se bat bec et ongles pour que sa meilleure mère d’accueil ne soit pas harcelée.
    Il faut vraiment une grande force morale pour faire ce métier car, en plus des révélations souvent à la limite du soutenable que fait un enfant abusé quand il commence à se sentir en sécurité, il ne s’agit souvent que de placement de longue durée mais temporaire (entre 6 mois et 18 mois). Largement de quoi s’attacher profondément à lui, avant de le voir partir pour une autre famille.
    Je ne sais pas si j’aurais cette force.

     

    Un extrait : « Aimee est agressive. Elle donne des coups de pied, elle crie sur sa mère et lui tire les cheveux. Sa mère a avoué avoir peur d’elle et, quand Aimee s’en prend à elle, il lui arrive de s’enfermer dans la salle de bain ou de courir se réfugier chez des voisins. Sa mère a déclaré qu’Aimee avait étranglé les chatons que leur chatte venait d’avoir. »

    - Quoi ?
    Le cri m’échappa à la lecture du rapport.
    Jill hocha la tête gravement.
    - Continue. Ca ne s’arrange pas.
    Jill est mon assistante sociale de référence – ou référent tout court – à Homefinders, l’organisme où je suis inscrite comme parent d’accueil. Nous étions installées dans son bureau et Jill m’observait attentivement à mesure que je lisais la description de la petite fille de huit ans que les services sociaux venaient de prendre en charge et cherchaient à placer.
    Je poursuivi :

    « Les parents d’Aimee sont séparés et Aimee vit principalement avec sa mère. L’appartement est toujours sale, glacial, et il n’y a jamais de nourriture dans les placards. Aimee et sa mère dorment sur un matelas souillé posé par terre au milieu du salon car l’unique chambre est trop humide. Aimee est souvent débraillée, d’allure misérable, et elle a des poux. Elle refuse d’aller à l’école. Sa mère est incapable de s’occuper d’elle et la laisse souvent en compagnie d’autres adultes, la plupart du temps des hommes et des drogués notoires. Susan (la mère d’Aimee) est incapable de fixer des limites à suivre et se défend en expliquant qu’Aimee devient violente si elle l’empêche de faire ce qu’elle veut. Une assistante familiale a tenté d’intervenir pour proposer son aide mais Susan était incapable de tenir tête à sa fille. La mère et le père d’Aimee se droguaient tous les deux par intraveineuses. Il est probable qu’ils continuent. Les deux parents ont fait de la prison pour trafic de stupéfiants. »


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  • [Livre] Maman dit que c’est ma faute

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    Résumé : Cathy Glass, mère d’accueil, est désemparée devant cette petite fille qu’on vient de lui confier : Donna semble porter sur ses épaules toute la tristesse du monde. Le regard vide, elle ne dit pas un mot.

    Lorsqu’enfin elle s’exprime, elle révèle une vie de souffre-douleur. Sa mère la bat, l’humilie, la traite en esclave et boit l’argent des allocations.

    Cathy saura-t-elle redonner à Donna l’estime de soi et faire sortir toute la colère qui semble près de l’étouffer ?

     

    Auteur : Cathy Glass

     

    Edition : Archipoche

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 14 octobre 2015

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : La famille de Donna est vraiment horrible et Cathy va aller de découvertes en découvertes, chacune pire que la précédente alors qu’elle pense à chaque fois que la mère de Donna a touché le fond.
    Personnellement, je ne comprends pas que cette femme soit non seulement en liberté mais qu’on l’autorise à avoir des contacts avec sa fille qu’elle se plaît à détruire psychologiquement à défaut de pouvoir le faire de nouveau physiquement. La place de cette femme est en taule, ou à la rigueur dans un hôpital psychiatrique parce qu’avoir une telle haine pour une petite fille est révélateur de problèmes mentaux, aux cas où l’état de sa maison et son comportement autodestructeur n’auraient pas mis la puce à l’oreille des autorités.
    Même s’il n’y a pas encore eu d’audience définitive devant le juge, je n’arrive pas non plus à comprendre qu’on laisse cette femme en contact avec Donna, trois fois par semaine, surtout quand on voit les crises de violence de la fillette à chacun des retours de ces « séances », actes de violence qui montre tout le désarroi de la gamine.
    Le dilemme pour Cathy est énorme car elle doit sans cesse penser à la meilleure manière d’aider Donna mais aussi protéger ses propres enfants et surtout sa fille, Paula, âgée de 6 ans.
    A travers de l’histoire de Donna, Cathy nous parle des obligations qui pèsent sur les familles d’accueil : départ en vacances, sorties, privation d’argent de poche, tout doit être accepté par l’assistante sociale. La mère d’accueil doit aussi écrire un journal où elle doit raconter tout ce que fait l’enfant qui lui est confié et ce journal est consulté régulièrement par l’assistante sociale qui le signe pour montrer qu’elle en a eu connaissance. A se demander si les mères d’accueil ne sont pas vues comme de simples employées de garderies. Elles semblent avoir les mains liées pour tout mais doivent gérer les tensions et les difficultés des enfants au quotidien. Si je trouve bien qu’il y ait un suivi pour éviter les dérives que l’on a pu constater dans certaines familles d’accueil, je trouve que là c’est un peu exagéré. Pas étonnant qu’ils aient autant de mal à trouver des familles prêtes à accueillir des cas difficiles quand on voit toutes les contraintes qu’on leur impose.
    Cathy a gardé contact avec Donna après que celle-ci, qui est métisse, ait été confiée définitivement à une femme ayant la même couleur de peau qu’elle (décision prise car la fillette avait un gros problème d’acceptation de sa couleur), et nous donne des nouvelles pour qu’on puisse voir comment elle a évolué en grandissant. Elle nous donne aussi des nouvelles de la famille de la fillette.
    Ainsi l’histoire ne se termine pas de façon abrupte, comme parfois pour ce genre de témoignage.

     

    Un extrait : Je ne pensais pas accueillir un nouvel enfant avant la rentrée. En général, le mois d’août est « calme » pour les services de la protection de l’enfance, non que les mauvais traitements ou les crises familiales connaissent une trêve pendant cette période, mais tout simplement parce que personne ne les signale. Ce n’est qu’en septembre, lorsque les enfants retournent à l’école, que les enseignants remarquent de ecchymoses, recueillent des confidences ou repèrent des comportements anormaux de repli sur soi ; ils donnent alors l’alerte. Les périodes les plus chargées pour les services sociaux sont fin septembre, octobre et, malheureusement, après Noël, quand les familles dysfonctionnelles explosent sous la pression de toute une semaine passée ensemble.
    C’est donc avec une certaine surprise que, rentrée du jardin, où je mettais une lessive à sécher, pour aller répondre au téléphone, j’entendis la voix de Jill, ma coordinatrice de l’agence de placement.
    - Bonjour, Cathy, me dit-elle, toujours enjouée. Vous profitez bien de ce beau soleil ?
    - Et comment ! Vous avez passé de bonnes vacances ?
    - Oui, merci. La Crète est un endroit charmant. Je ne suis rentrée que depuis deux jours, mais je repartirais bien !

    - Ah oui ? L’agence a déjà beaucoup de demandes ? demandai-je, surprise.

    - Non, mais je suis seule au bureau cette semaine. Rose et Mike sont en vacances.
    Jill marqua une pause. J’attendais la suite ; elle ne m’avait sans doute pas appelée pour savoir si je profitais bien du soleil ni pour se plaindre que ses vacances soient terminées. J’avais vu juste.
    - Cathy, j’ai reçu ce matin un coup de téléphone d’une assistante sociale, Edna Smith. Une femme formidable. Elle cherche une nouvelle famille d’accueil pour une petite fille, Donna, qui a été placée fin juillet. J’ai tout de suite pensé à vous.
    Je ne pus réprimer un petit rire entendu. A n’en pas douter, cela laissait présager des ennuis. Quand un enfant doit changer de famille au bout de trois semaines, c’est que son comportement a été ingérable.

    - Qu’est ce qu’elle a fait ? demandai-je
    Cette fois, c’est Jill qui émit un petit rire.

    - Je ne sais pas vraiment, et Edna non plus. Tout ce que les parents d’accueil ont dit, c’est que Donna ne s’entend pas avec ses deux petits frères. Ils ont été placés ensemble.
    - Ca me parait léger pour justifier un changement de famille, commentai-je.
    Etant donné le caractère très déstabilisant pour l’enfant d’une telle décision, on ne la prend qu’en cas d’extrême nécessité, lorsque l’échec est patent.

     

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  • [Livre] La femme lapidée

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    Résumé : La femme lapidée, c'est Soraya M., accusée d'adultère et victime des lois islamiques qui prescrivent la lapidation chaque fois qu'un mari se sent trompé ou bafoué. Ce document raconte les derniers moments de la vie de Soraya M., depuis le verdict rendu par les hommes du village jusqu'à sa mort sous les pierres jetées par ses proches.

     

    Auteur : Freidoune Sahebjam

     

    Edition : Grasset

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 1990

     

    Prix moyen : 17,50€

     

    Mon avis : Freidoune Sahebjam est un auteur qui avait à cœur de dénoncer les injustices du système de l’Iran de Khomeiny. Il s’est rendu à plusieurs reprises clandestinement dans son pays, malgré une condamnation à mort qui pesait sur sa tête depuis 1979. C’est ainsi qu’il a recueilli les témoignages du calvaire de Soraya Manutchehri.
    Son ouvrage a fait l’objet d’une adaptation cinéma sous le titre « la lapidation de Soraya M. »
    Il nous montre combien les femmes ont été rabaissées sous le nouveau régime, devenant des poupées soumises dénuées de voix et de droits.
    Sans concession, il montre comment des hommes avides de pouvoirs et de biens n’hésitent pas à déformer une loi déjà inique pour arriver à leurs fins, comment des hommes ordinaires peuvent se transformer en meute de hyènes assoiffées de sang dès qu’il est question de leur soi-disant sacro-saint honneur.
    La plume de l’auteur est incisive, il va droit au but sans fioriture, sans emballer son propos dans des descriptions inutiles.
    Dès le titre on sait de quoi il est question et on n’a ainsi aucun doute sur le destin de Soraya. Mais toute la question est de savoir comment on en est arrivé là. Comment une femme courageuse, épouse exemplaire et mère dévouée a pu être condamnée à la plus atroce et avilissante des morts ?
    Les sentiments qui m’ont dominée tout au long de ma lecture ont été l’horreur et la colère.
    L’horreur devant une pratique aussi barbare que la lapidation dont l’auteur ne nous épargne aucun détail, la colère devant l’hypocrisie de quasiment tous les auteurs du drame, devant leur attitude après l’exécution qui a de quoi soulever le cœur.
    En peu de pages (le livre fait moins de 200 pages), l’auteur nous alerte sur ces pratiques qui ont toujours lieu aujourd’hui. Soraya a été suppliciée en 1986, autant dire hier.
    Personne n’a pu venir en aide à cette pauvre femme mais la pression internationale réussit parfois à changer le destin d’une de ces condamnées, c’est pourquoi, même si on n’est pas à côté, même si on ne les connaît pas, il ne faut jamais cesser de dénoncer et de condamner ces pratiques, en espérant que ceux qui veulent les conserver hésiteront à le faire en pleine lumière.

     

    Un extrait : Par trois fois, le religieux demanda au jeune homme s’il voulait prendre Soraya pour épouse. Aux deux premières demandes, il ne répondit rien. A la troisième, il dit oui. La même question fut posée trois fois à la jeune fille. Elle acquiesça à la troisième.
    Ils baisèrent le Coran qu’on leur présenta, ils apposèrent leurs noms sur un registre, le mollah lut l’acte de mariage. En fait, Soraya seule apportait une dot, pour sa part l’arbab avait tenu à offrir à son ancienne domestique un beau samovar, un tapis, une lampe à pétrole, un matelas et un peu d’argent.
    Quant à Gorban-Ali, en dehors d’un collier que lui remit sa mère, un korsi pour les longues soirées d’hiver et un vieux tapis élimé, il s’engageait surtout à travailler et à entretenir sa femme et sa future famille.
    Le soir, sous la haute autorité de Zahra Khanoum, les femmes entreprirent la toilette de la mariée. Elle fut lavée, totalement épilée et parfumée. Quand son mari fut enfin seul avec elle, il ne lui dit rien. Il éteignit l’unique lampe de la maison, se jeta sur elle et la pénétra de force. Dix mois plus tard naquit Hossein-Ali, suivi d’un enfant mort-né et deux ans plus tard Hassan-Ali. Puis vinrent au monde deux filles, Maryam et Leila, puis un autre enfant mort-né, puis d’autres enfants. En quatorze années, Soraya mit au monde, vivants ou morts, neuf enfants. Son dernier bébé, la petite Khojasteh, naquit l’année ou la révolution éclata.

    Ghorban-Ali, comme son père, était d’un naturel paresseux mais toujours à l’affut de bons coups et de menus profits. Tout ce qui était en marge de la légalité l’intéressait. Un peu braconnier, un peu chapardeur, c’est la révolution islamique et les changements qu’elle provoqua dans son village qui lui permirent de se donner un rôle important.
    Une fois par mois, il descendait en autocar à la ville pour ses affaires. Quelles affaires ? Soraya ne le sut jamais vraiment, mais à chaque fois qu’il revenait, il avait quelques centaines de rials en poche qui servaient à acheter le strict nécessaire pour nourrir sa famille.

     

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  • [Livre] Vous n'aurez pas mon fils

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    Résumé : La vie de Léa, avocate française, bascule dans le cauchemar le jour où son ex-mari, en proie au démon du fanatisme religieux et soupçonné d'appartenir à une cellule terroriste, enlève leur fils de 12 ans et disparaît.

    Devant l'échec des démarches officielles, Léa n'a plus le choix : il lui faut retrouver la trace de son ex-mari et découvrir ce que son fils est devenu.

     

    Auteur : John La Galite

     

    Edition : KS éditions

     

    Genre : Témoignage/ document

     

    Date de parution : 08 février 2014

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : Tiré d’une histoire vraie, ce livre diffère des autres de différentes manières :
    D’abord rien n’est édulcoré. L’écriture est brute, voire brutale. L’auteur ne nous épargne rien. Il n’adoucie pas l’histoire par des pensées positives comme on a tendance à le voir dans ce genre de livre, ou en survolant les passages violents. Ici tout est minutieusement détaillé.
    Ensuite, et c’est cela qui justifie le « tiré d’une histoire vraie », plutôt que « histoire vraie » tout court, l’auteur extrapole certains passages que la femme qui lui a raconté l’histoire ne peut pas connaitre : les motivations des djihadistes, leurs pensées, leurs actions quand ils sont entre eux, à l’abri des regards… ces passages relèvent de la fictions, même si l’auteur s’est suffisamment renseigné sur ce genre de personnages pour qu’on puisse se douter qu’il est proche de la vérité.
    J’ai lu ce livre sous le titre « Vous n’aurez pas mon fils ». J’ai trouvé ce titre parlant et collant bien avec l’histoire. En revanche, je n’aime pas l’autre titre (A-t-il été utilisé avant, ou lors d’une réédition, je ne sais pas) « Je vous salue imams ». Ce second titre me parait moins adéquat car il sous-entend que tous les imams sont à l’image de ceux présentés dans ce livre. Or il ne faut pas oublier que dans cette histoire, on a affaire à des extrémistes, des terroristes (enfin, qui préfèrent quand même que les risques soient pris par d’autres). Considérer que tous les imams sont ainsi revient à dire que tous les prêtres catholiques sont pédophiles sous prétexte qu’il y a eu des pommes pourris dans le verger.
    J’ai beaucoup aimé les personnages qui entourent Léa et tentent de lui venir en aide. Même quand Léa manque de tout faire rater par impatience, elle ne m’a pas agacé car on sent son désespoir et sa terreur de ne pas retrouver son fils à temps.
    Pas de conte de fée ici. Je ne vous dirai pas si l’histoire fini bien ou mal, mais sachez qu’elle finit mal pour certains et que cet aspect des choses non plus ne nous est pas épargné.
    C’était un livre court, mais très dur et il a me falloir des lectures toutes légère pour m’en remettre !

    Un extrait : Léa déboucla sa ceinture, attrapa son sac et se fraya un chemin dans l’allée étroite, jusqu’au fond du jet d’Etihad Airlines. Depuis l’escale d’Abu Dhabi, elle était la seule femme, la seule Occidentale à bord de cet avion, et les autres passagers la dévisageaient avec un air de surprise, comme si quelque part sa présence choquait. Elle atteignait la seconde et dernière étape du voyage qui la menait de Paris à Islamabad, « la demeure de l’Islam », la capitale du Pakistan.

    C’est dans ce pays survolté, dont la presse américaine disait qu’il était à la fois l’antre du diable et un laboratoire de la terreur, que commençait son enquête.

    Dans moins d’une heure, Léa s’enfoncerait en territoire inconnu, hostile. Elle ne connaissait rien de l’islamisme radical, de ses codes et de sa hiérarchie. Ces nouveaux possédés de Dieu, ces mollahs de cauchemar dopés au fanatisme qui prêchaient la haine et le jihad, elle ne les avait vus qu’à la télévision. Mais elle savait que près de 4000 personnes avaient été tuées depuis l’été 2007 dans une vague de plus de 400 attentats. Des attaques revendiquées par les talibans pakistanais, qui faisaient allégeance à Al Qaïda, et par des groupes alliés. Les kamikazes visaient les bâtiments officiels et les forces de sécurité. Mais ces derniers mois, ils s’en prenaient de plus en plus aux civils et aux édifices religieux des chiites, des soufis et des ahmadis, des confessions minoritaires de l’islam qu’ils considéraient comme hérétiques.

    Léa s’enferma dans les toilettes de l’avion. Le miroir lui renvoya l’image d’une femme au dernier stade de la panique. Celle de ne pas réussir ou d’arriver trop tard.

    Cette éventualité la terrorisa. Alors, elle essaya d’occuper son esprit. Elle rafraîchit son maquillage, tenta de se donner la meilleure apparence possible. La peur, à cet instant précis, était un mauvais sentiment, pas un bon conseiller.

    Rien n’avait encore commencé de ce périlleux voyage qui devait la conduire au coeur de l’inconnu et elle était déjà désemparée. Elle venait d’avoir trente-sept ans, à cet âge, une femme était censée avoir sa vie bien en main.

    Comment avait-elle pu perdre le contrôle de la sienne ? Comment ne s’était-elle aperçue de rien ? Y avait-il eu des signes, des alertes auxquels elle n’avait pas pris garde ? Peut-être n’avait-elle pas fait attention, mais on ne vit pas en « faisant attention. »

    Se plonger dans le passé ne l’aiderait pas. Et puis, la nécessité et l’urgence la privaient du moindre choix.

    Combien cela prendrait-il ?

    Des jours ? Des semaines ? Des mois ?

    Combien de temps pourrait-elle tenir ?

    Son compte épargne suffirait-il à couvrir les dépenses ?

    Elle refusait de penser en termes d’argent ou d’années.

    Dans les toilettes de l’avion le signal « Attachez vos ceintures » s’alluma. Léa fouilla dans son sac à la recherche des collants noirs qu’elle avait achetés. Elle les enfila et lissa la jupe de son tailleur vert foncé, classique. Elle noua sous son menton le foulard sombre qui complétait la panoplie qu’une femme portait au Pakistan quand elle se trouvait dans un lieu public.

    Léa regagna sa place. Le personnel de cabine débarrassait les plateaux-repas, se préparait à la descente. L’atterrissage était prévu aux alentours de 20 h 30.

  • [Livre] Vers la liberté

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    Résumé : Fille d'une Américaine et d'un médecin iranien installé depuis plusieurs années aux Etats-Unis, Mahtob a 4 ans lorsqu'elle part pour des vacances en Iran avec ses parents. Une fois sur place, son père révèle la véritable raison de ce voyage :

    « Maintenant, vous êtes dans mon pays. Vous devrez respecter mes règles. Vous resterez ici jusqu'à la mort. »

    Pendant un an et demi, la fillette et sa mère seront retenues prisonnières, subissant les coups et la folie d'un père. Elles finiront par s'évader.

    Dans Vers la liberté..., Mahtob Mahmoody revient sur ces événements dramatiques et raconte sa vie après leur fuite d'Iran : comment, des années durant, elle a vécu dans la peur d'un nouvel enlèvement ; l'obligation de prendre un nom d'emprunt pendant toute sa scolarité, la maladie grave qui a failli lui voler la vie à l'adolescence ; l'ombre menaçante et les chantages de son père, la célébrité de sa mère, les trahisons, la haine, les cauchemars, les petits bonheurs de l'existence et la force de l'espérance aussi

     

    Auteur : Mahtob Mahmoody

     

    Edition : Pocket

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 07 mai 2014

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : Mahtob Mahmoody, avec ce livre, va venir nous donner sa propre version de l’histoire de jamais sans ma fille. Mahtob raconte comment elle a vécu sa séquestration en Iran, les souvenirs sont assez identiques à ceux de sa mère, mais elle les a ressenti différemment. Le récit de Betty est étoffé par tous ces moments où Mahtob et elle étaient séparées (l’école, quand Moody avait emmené Mahtob) et que seule mahtob pouvait nous révéler. D’ailleurs elle précise qu’elle n’a jamais lu le livre de sa mère, parce qu’elle voulait être sûre que ses souvenirs étaient bien les siens et pas des souvenirs induits.

    Mahtob était une fillette très mature et c’est parfois effrayant de voir la haine profonde qu’elle ressent envers son père. Betty a tout fait pour apaiser cette haine et pour que sa fille ne rejette pas en bloc son héritage iranien.
    On peut voir aussi que Mahtob n’a pas toujours vu d’un très bon œil l’implication de sa mère dans sa fondation destinée à venir en aide aux familles confrontées à l’enlèvement d’un enfant par un parent étranger. Les déménagements successifs, les voyages, les coups de fils à toutes heures, semblent lui avoir pesés et, sans être capricieuses, elle a fini par se rebiffer.
    Mahtob a une relation avec Dieu plus profonde que sa mère. Elle s’est vraiment appuyé sur la foi pour traverser tout ce qu’elle a dû vivre, que ce soit la peur de son père ou sa maladie.
    Quand on voit la peur dans laquelle elle a vécu toute sa vie, les intimidations, le harcèlement même à certaines périodes, on se dit qu’elle a vécu presque aussi prisonnière de l’ombre de son père qu’elle l’a été physiquement en Iran.
    Pendant des années, elle a craint un enlèvement, puis, devenue adulte, elle a très lucidement craint que son père, voyant qu’il ne la ramènerait ni vers la foi musulmane, ni sous son autorité, n’en viennent à commanditer un crime d’honneur.
    Aujourd’hui Sayeed Bozorg Mahmoody est mort et j’espère que Mahtob a pu retrouver la sérénité.
    J’ai beaucoup apprécié, à la fin de son livre, le petit glossaire nous éclairant sur certains termes. Ainsi, j’ai toujours cru que Ameh Bozorg était le nom de la sœur de Moody. En lisant le glossaire, j’ai appris que cela voulait simplement dire « grand tante ».
    J’ai beaucoup aimé ce livre qui, d’une certaine façon, complète ceux de Betty Mahmoody en apportant un nouvel éclairage sur leurs vies.

    Un extrait : J’ai été parcourue d’un frisson. Maman et moi n’avions pas les documents nécessaires. Mon père avait gardé nos vrais passeports. Ceux que nous avions, bien qu’authentiques, n’étaient pas valides. Ils nous avaient été envoyés par l’ambassade américaine de Berne, en Suisse, par le biais de l’ambassade suisse à Téhéran, l’automne passé, pour une tentative d’évasion qui était tombée à l’eau. Sans les cachets adéquats, nos passeports n’étaient que de petits carnets adéquats, nos passeports n’étaient que de petits carnets sans valeur avec nos photos d’identité et il en serait ainsi jusqu’à ce que nous atteignions l’ambassade américaine d’Ankara. Si les soldats consultaient nos passeports avant, nous serions renvoyés en Iran – soit pour y être emprisonnées soit chez mon père. Quoi qu’il en soit, je ne reverrais pas ma mère.
    […]
    Je me suis rendormie et, cette fois, je me suis réveillée quand l’autocar s’est arrêté. J’ai regardé autour de moi pour voir ce qu’il se passait, puis mes yeux se sont fixés sur le chauffeur qui s’apprêtait à ouvrir la portière. Instinctivement, mon regard s’est dirigé vers les portes battantes et là, quelle horreur, se tenait un soldat.
    Me recroquevillant, je me suis agrippée à ma mère. Je ne les laisserais pas me l’enlever. Nous avons regardé le chauffeur descendre du bus et discuter avec le soldat. Les deux hommes s’entretenaient à grand renfort de gestes. Ils montraient du doigt puis parlaient puis montraient de nouveau du doigt. Ca n’était certainement pas une conversation amicale. Pendant ce qui m’a paru une éternité, ils ont poursuivi leur discussion et maman et moi retenions notre respiration, attendant l’issue, craignant le pire. Enfin le soldat a laissé remonter le chauffeur dans l’autocar. Sans un mot, il s’est laissé tomber sur son siège. L’autocar a repris vie dans un teuf-teuf, puis la route.
    Cela s’est produit plusieurs fois.

    ­[…]

    Le chauffeur nous a déposées à l’hôtel devant l’ambassade où, avec force appréhension, ma mère fut obligée de donner nos passeports non valides. C’était quasiment un miracle que, depuis la gare routière de Van, c’était la première fois que nous avions à les montrer. En échange de nos passeports, on nous a donné la clé de notre chambre où, pendant de précieuses heures, maman et moi pourrions nous reposer dans une paix relative derrière la solidité rassurante d’une porte verrouillée.
    Maman et moi, main dans la main, avons vite rejoint notre chambre, la tête nous tournant à l’idée de prendre enfin un bain et de nous brosser les dents. Nous nous sentions plus libres que jamais.
    […]
    Notre bulle a explosé quelques minutes après que nous soyons entrées dans notre chambre d’hôtel : on a frappé fort à la porte. Notre couverture avait été découverte. L’employé de l’hôtel nous demandait de partir sur-le-champ. Maman l’a imploré de nous laisser rester jusqu’au matin. Le personnel de l’ambassade tamponnerait nos passeports et tout s’arrangerait. Il n’y eut cependant aucun moyen de le persuader. Nous étions des clandestins et il ne prendrait pas le risque de nous héberger, même pour une nuit.

  • [Livre] Jamais sans ma fille 2 – Pour l’amour d’un enfant

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    Résumé : 5 février 1986 : hagardes, épuisées, Betty et sa fille voient flotter le drapeau américain devant leur ambassade à Ankara. Elles sont libres. Le cauchemar iranien s'efface alors peu à peu. Mais Betty devra encore braver ses peurs les plus secrètes pour raconter son histoire.

    Son livre, le film la rende célèbre. Et des centaines d’autres parents la contactent. Présidente de la fondation "un monde pour les enfants" elle raconte leurs histoires.

     

    Auteur : Betty Mahmoody

     

    Edition : Pocket

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 1992

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : J’ai lu le premier livre de Betty Mahmoody, « Jamais sans ma fille », et j’ai vu le film. Mais je me suis bien doutée que tout n’était pas rentré dans l’ordre à la seconde où Betty et Mahtob avait mis le pied hors d’Iran.
    Quand j’ai vu que Betty avait écrit une suite à son premier livre, j’ai eu très envie de le lire mais il m’a fallu des années pour l’avoir entre les mains.
    Ce livre est divisé en deux parties : dans la première, Betty raconte comment les choses se sont passées à leur retour d’Iran, les difficultés qu’elle et Mahtob ont pu rencontrer, que ce soit au niveau affectif, psychologique ou matériel. Elle explique comment lui est venue l’idée du livre et pourquoi elle a accepté non seulement de l’écrire mais de le voir adapté en film. Dans la seconde partie, elle raconte 3 cas auquel elle a été confrontée au sein de l’association qu’elle a fondée.
    Dans la première partie, donc, Betty et Mahtob reviennent enfin aux USA après ces 18 mois de captivité et l’éprouvant et dangereux trajet qu’elles ont dû emprunter pour sortir d’Iran.
    La première chose qui m’a un peu choquée, c’est la réaction de la famille de Betty. Ils sont en mode : « bon c’est fini, vous êtes rentrée, c’est plus la peine d’en parler ». Sauf que Betty semble en souffrir de ne pas pouvoir en parler. Pendant 18 mois, il a fallu qu’elle fasse bonne figure, que ce soit pour endormir la méfiance de son mari ou pour ne pas effrayer Mahtob plus qu’elle ne l’était déjà, et là qu’elle pourrait enfin se lâcher, parler de ce qu’elle a vécu, faire sortir ses sentiments, on lui demande encore de se taire.
    La deuxième chose qui m’a marqué, c’est l’insécurité dans laquelle Betty et Mahtob vont devoir vivre : d’abord insécurité matérielle, puisque Moody a pratiquement liquidé tous leurs biens, et insécurité financière puisque Betty n’a plus ni travail ni économies. Heureusement qu’elle va être entourée par ses parents comme par d’autres personnes comme ce banquier qui lui accorde un prêt quasiment sans garanties.
    Mais le pire, je crois que c’est l’insécurité psychologique. Betty ne peut pas divorcer sans informer son mari du lieu où elle réside et tant qu’elle est mariée elle ne peut avoir la garde exclusive de Mahtob, son père pourrait donc la ramener en Iran sans être intercepté (depuis des lois ont été adoptées). Elle vit donc dans une perpétuelle crainte d’un enlèvement.
    L’écriture du livre a permis à Betty non seulement de travailler à la maison (et donc d’être sans arrêt avec Mahtob) mais aussi d’être tant en lumière qu’un enlèvement par Moody deviendrait plus difficile.
    Dans la seconde partie, Betty, qui nous a parlé de différents cas de parents étant confrontés à des enlèvements d’enfants, revient plus en détail sur trois cas : deux mères et un père qui se sont vus arracher leurs enfants avec différentes issues.
    Ces histoires, qui si elles sont différentes, concernent tout de même en majorité des personnes ayant épousés des ressortissants de pays musulmans (pays ayant refusés, au moment de la sortie de ce livre, de signer la convention de la Haye de 1980. Certains d’entre eux l’on finalement signée comme la Turquie en 1998 ou le Maroc en 2010), sont tout aussi révoltantes que l’histoire de Betty. Dans chaque cas, je ne vois aucun acte d’amour, pas d’enlèvement parce que le parent en question ne supportait pas d’être séparé de son enfant. Je n’ai vu qu’une volonté de punir l’autre parent, de le faire souffrir ou d’affirmer sa supériorité en s’appropriant un enfant dont ils n’ont rien à faire.
    la seule chose que je regrette c’est qu’il n’y ait jamais eu, dans aucune de ces histoires, de vraies sanctions contre ces personnes qui ne méritent pas le nom de parents.

    Un extrait : Je supplie encore le consul de s’arranger pour que prenions le premier vol en partance. La police turque n’est que le dernier d’une longue série de problèmes au travers desquels nous sommes passées miraculeusement. D’abord, nous n’aurions pas dû quitter l’Iran sans une permission écrite de Moody, conformément à la loi. Ensuite, entre Téhéran et la frontière, notre chauffeur s’est fait arrêter plusieurs fois par les pasdar de la sécurité, pour des contrôles de routine. Chaque fois qu’un garde s’approchait du véhicule, mon cœur s’emballait. Figée derrière mon tchador, pauvre camouflage, j’attendais la fin. Or, jamais on ne nous a demandé nos papiers !
    La chance a persisté en Turquie. Sur la route de Van à Ankara, j’ai vu d’autres cars que le nôtre contraints de se garer sur le bas-côté, les passagers brutalement poussés dehors, sommés de présenter leurs papiers pour vérification.
    Régulièrement, notre propre car était stoppé, pris d’assaut par des hommes en uniforme kaki ; ils discutaient rapidement avec le chauffeur puis d’un signe de la main le laissait continuer.
    Finalement, nous n’avons été contrôlées qu’au moment de notre arrivée à l’hôtel, situé en face de l’ambassade américaine. Je n’ai aucune explication à donner là-dessus. Je crois simplement que nous le devons à la grâce de Dieu.
    Nous sommes invitées à déjeuner dans un salon de l’ambassade, avec le consul et le vice-consul. Le menu annoncé est une fête de retrouvailles pour nous : « cheeseburger et frites » !

    Deux marines ouvrent avec une lenteur précautionneuse les gigantesques portes de bois de l’enceinte américaine et là, les diplomates tout autant que moi nous perdons dans un dédale de courtoisie à n’en plus finir :
    - Après vous, Madame, je vous en prie, dit le consul
    J’enchaîne sans réfléchir :
    - Non, après vous, monsieur le consul…
    Et le vice-consul :
    - Après vous…
    Et moi d’insister :
    - Non, après vous…
    Ce numéro à la Marx Brothers s’arrête lorsque je me rends soudain compte à quel point j’ai pris l’habitude de marcher derrière Moody, et derrière tous les hommes, en Iran.
    Personne ne m’a obligée à agir ainsi ; je suis tout simplement tombée dans la routine des vingt-cinq millions de femmes de là-bas. La femme derrière l’homme, obéissante et humble.
    Il me faudra des mois avant de retrouver mon aisance et de précéder naturellement un homme pour franchir une simple porte.

  • [Livre] Ils ont volé mon innocence

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    Résumé : Un bâtiment gris, sombre. Effrayant. Dans les souvenirs de Madeleine, c’est ainsi qu’apparaît l’orphelinat où elle a été placée dès sa plus tendre enfance. A l’âge de cinq ans, le cauchemar est quotidien pour la petite fille sans défense.

    Le directeur de l’établissement abuse d’elle comme si elle était son jouet. « Ne dis rien, personne ne croira une sale gamine comme toi », dit-il à Madeleine qui, terrorisée, se tait.

    Pire encore : dans cet orphelinat de l’horreur, les enfants sont vendus à des hommes qui leur font subir les pires sévices.

    En toute impunité, sans que personne ne s’en émeuve, parce que ces enfants sans parents sont considérés comme des moins que rien…

     

    Auteur : Madeleine Vibert avec Toni Maguire

     

    Edition : France loisirs

     

    Genre : témoignage

     

    Date de parution :

     

    Prix moyen : 15€

     

    Mon avis : Ce livre fait fulminer à plus d’un titre.
    D’abord on ne peut qu’être écœuré et révolté devant l’attitude de la direction et du personnel de l’orphelinat les Haut-de-la-Garenne qui ont trahi non seulement la confiance des enfants qui leur étaient confiés, mais également celle des tribunaux qui plaçaient chez eux des enfants, souvent retirés de leur famille pour leur protection.
    Madeleine Vibert et Toni Maguire ne s’étendent pas plus que de raison sur les sévices infligés aux pensionnaires des Haut-de-la-Garenne, évitant ainsi répétitions et escalade dans l’horreur, mais s’attachent surtout à décrire l’impact de ces actes sur l’esprit des victimes.
    Contrairement à beaucoup des personnes qui livrent ce genre de témoignage, Madeleine était pourvue d’une famille aimante mais pauvre. Leur misère, la dépression de sa mère, son alcoolisme aussi, ont poussé les autorités à placer Madeleine dès son plus jeune âge : d’abord dans une crèche, où elle a été traité comme tout enfant devrait l’être, puis dans cet enfer qu’était cet orphelinat de l’horreur. On peut se demander comment un tel établissement a pu rester ouvert si longtemps, sans que personne ne s’interroge, sur une si petite île.
    La mère de Madeleine, tout comme son beau-père, étaient pieds et poings lié, risquant de perdre la garde de leur fils s’ils faisaient trop de vagues.
    Sa mère a alterné entre la fureur et une sorte de déni, se carapaçant contre les déclarations de sa fille, puisqu’elle savait qu’elle ne pouvait rien faire pour elle. Cette impuissance n’a pas du arranger sa dépression.
    Mais il y a un second point qui est presque aussi révoltant si ce n’est plus : la tenacité des autorités, 40 ans plus tard, d’étouffer l’affaire. Malgré les quelques 200 témoignages d’anciens résidents des Haut-de-la-Garenne, police et politiques, se sont évertués à les discréditer, à répéter à qui voulait bien l’entendre que ces témoignages étaient au mieux de faux-souvenir, de l’hystérie collective, au pire, montés de toute pièce.
    Quand des policiers prêtaient un peu trop attention à l’affaire, ils étaient suspendus ; quand Madeleine se montra trop insistante, on saisit le premier prétexte pour l’envoyer en prison ; quand, malgré les magouilles et les pressions, ils ne purent éviter de mettre certaines personnes en accusation, les peines infligées furent ridicule (6 mois pour une surveillante qui se plaisaient à torturer physiquement et psychologiquement les enfants dont elle avait la charge).
    Je me demande pourquoi Madeleine ne s’est pas réfugiée en France, qui est toute proche de l’île de Jersey, pour se mettre hors de portée des persécutions.
    Dès le début du livre, j’ai été choquée par l’attitude des policiers qui disaient clairement : si vos parents avaient été de meilleurs parents, vous n’auriez pas été placé et donc tout est de leur faute.
    Comme s’il y avait un rapport ! Le fait qu’un enfant soit retiré à ses parents justifie-t-il qu’il soit maltraité et abusé au foyer supposé lui apporter la stabilité et la sécurité qu’il n’avait pas auprès des siens ?
    Pour autant, l’affaire a fait trop de bruit pour qu’elle puisse être complètement étouffée. Si la majorité des acteurs n’ont pas été poursuivis, bon nombre de victimes ont été finalement indemnisées et, grâce à la presse, le visage des tortionnaires est connu de tous.
    Ils auront du mal à reprendre leur petite vie tranquille, j’espère vraiment que leurs voisins, présents et à venir, sauront leur rappeler leur passé !

    Un extrait : Je croyais qu’ils voulaient en apprendre un peu plus au sujet de Colin Tilbrook et de ces riches hommes d’affaires qui étaient venus à l’orphelinat. Pendant que j’attendais la première question, le silence me parut assourdissant. J’entendais battre mon cœur et je sentais la sueur sur mes mains.
    Soudain, la pièce me parut insupportablement chaude. Je regrettais de ne pas avoir réclamé de l’eau. J’aurais voulu appuyer un verre glacé contre mes joues qui me donnaient l’impression d’être en feu.
    La première question vint, non de la femme comme je m’y étais attendue, mais de l’homme aux traits anguleux et aux yeux de la couleur des galets mouillés.
    - Parlez-nous des Jordan, Madeleine, commença-t-il.
    Les Jordan étaient arrivés à l’orphelinat pendant le règne de Tilbrook. Leur nom évoquait les cris et les coups, les os brisés, à peine plus épais que ceux des oiseaux, les sanglots désespérés de ceux qui savent que personne ne les aime, les enfants meurtris à tout jamais.
    Ce qui ne m’empêcha pas de continuer à ne pas comprendre, du moins à ce moment-là, pourquoi ils me posaient des questions sur les Jordan. Ils étaient apparus dans ma vie bien plus tard que les gens qui auraient dû intéresser la police, pour autant que je le sache ; et, malgré leur perversité, les Jordan n’avaient certainement pas le rôle principal parmi tous ceux qui avaient infligé tant de peine et de souffrance.
    - Nous voulons vérifier s’il y a suffisamment d’arguments pour les convoquer, dit la femme.
    Elle avait peut-être décelé la perplexité sur mon visage.
    - Pourquoi seulement eux ? insistai-je parce que je ne parvenais pas à la croire.
    Je ne pus attendre la réponse, et mes remarques fusèrent. Je sentais la colère monter en moi à la vitesse d’un feu de paille. Ce n’était pas à leur sujet que j’aurais dû être convoquée. Si on nous avait écoutés, si quelqu’un avait fait ce qu’il fallait, je n’aurais jamais rencontré les Jordan. Avant de pouvoir m’en empêcher, je dis tout cela.

    - Vous voulez dire que, si votre mère n’avait pas été déclarée inapte, vous n’auriez pas été placée pour votre propre sécurité ?
    Cette fois, c’était la femme qui parlait. Je lui adressais un regard furieux. N’allait-elle pas devenir mère (si elle ne l’était pas déjà) ? Elle pouvait certainement comprendre ce que j’avais, ce que nous avions traversé. Mais je ne décelai aucune compassion ou empathie sur son visage, uniquement la détermination d’obtenir des réponses aux questions telles qu’elles m’étaient posées.
    C’est à cet instant que je compris que ni la femme ni l’homme, dans son costume bleu foncé et sa chemise blanche étincelante, ne seraient satisfaits tant qu’ils n’auraient pas brisé la carapace que, au fil des années, j’avais réussi à ériger autour de moi, et qu’ils n’auraient pas extirpé le moindre de mes secrets. Ensuite, ils décideraient ce qu’ils allaient en faire. Eux, pas moi.
    La voix de l’homme interrompit mes pensées. Le sourire qui montrait à peine ses dents avait disparu, et ses yeux durs arboraient une expression vide et impassible.
    - Vos parents étaient des criminels, n’est ce pas ? Ils ont fait de la prison. C’est pour cela que vous avez passé la majeure partie de votre enfance dans des foyers. Alors, n’essayez pas de rejeter la faute sur nous, Madeleine.
    - Non, rétorquai-je avec emphase. Ma mère n’était pas une criminelle.
    - Alors, quel était son problème ?
    - Elle était triste, répondis-je.

  • [Livre] Rendez-moi ma fille

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    Résumé : En vacances à Londres, Candice, 18 ans, Française d'origine juive, tombe amoureuse de Saddam, un prince saoudien appartenant à la famille royale. Une passion naît entre ces deux êtres que tout - la culture comme la religion - devrait séparer. Leur fille Haya voit le jour en 2001.

    Hélas pour Candice, son prince charmant révèle vite un autre visage. Aveuglée par les sentiments qu'elle lui porte, elle subit son emprise, puis sa violence, jusqu'au jour où elle est brutalement séparée de sa fille et séquestrée au palais.

    Depuis septembre 2008, Haya est retenue prisonnière en Arabie Saoudite dans la famille de son père. Tandis que Candice, échappant à une condamnation à mort, a été exfiltrée par le Quai d'Orsay. Depuis sa libération, elle se bat sans relâche pour que Haya lui soit rendue...

     

    Auteur : Candice Cohen-Ahnine

     

    Edition : Archipoche

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 2014

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : Pas de happy end à la fin de ce témoignage, on le sait dès la préface, écrite par Jean-Claude Elfassi, co-auteur et ami de Candice Cohen-Ahnine. En effet, cette dernière, après un combat de 4 ans et alors que des retrouvailles avec sa fille avaient été organisées, a trouvé la mort en tombant du 4ème étage, depuis la fenêtre de l’appartement qu’elle partageait avec son nouveau mari. Si celui-ci plaide l’accident, la presse et l’opinion publique pointent sa responsabilité.
    Pour ma part, je m’interroge sur cette « drôle » de coïncidence qui fait disparaitre cette jeune femme alors qu’elle était si près du but, ce qui aurait très certainement été une humiliation pour son ex compagnon, cet homme qui se croit au-dessus des lois, y compris de celles de son pays et de sa religion.
    Car en effet, Candice a obtenu non seulement la garde de sa fille devant les juridictions françaises, mais dans son livre, elle nous révèle que le tribunal islamique a confirmé cette décision, ne reconnaissant pas à Haya le statut d’enfant légitime puisque ses parents n’étaient pas mariés.
    Que pouvait-on attendre d’un homme qui se prétend musulman et qui passe ses journées et ses nuits à boire, à se droguer et à coucher avec tout ce qui bouge ?
    On voit très vite à quel point cet homme est un hypocrite, lui a prétendu être juif pour séduire Candice, lui qui l’a manipulée sans cesse et qui ne lui a enlevé Haya que parce que Candice avait eu l’audace de finir par le quitter.
    Candice a profondément aimé cet homme, elle l’avoue sans s’en cacher, et c’est peut-être pour ça qu’elle a accepté ce séjour en Arabie Saoudite, incapable de concevoir qu’il puisse commettre un tel acte.
    Certains fustigent sa naïveté, et naïve, elle l’a été, c’est certain, et à plusieurs reprises, mais tous les commentaires désobligeants qu’on a pu lui faire n’auront jamais la force de la culpabilité qu’elle a ressenti. Savoir que si elle avait écouté son entourage, rien ne serait arrivé est bien pire que tout ce qu’on peut lui dire. Savoir sa fille prisonnière d’un pays aux mœurs dignes du Moyen Age est la pire des punitions.
    Non content de lui enlever son enfant, Saddam et sa famille de dégénérés ont d’abord essayé de la retenir prisonnière, puis, outrés qu’elle ait osé se battre, qu’elle ait refusé l’esclavage qu’on essayait de lui imposer, ont tout simplement essayé de se débarrasser d’elle en l’accusant d’apostasie (ce qui est passable de la peine de mort en Arabie Saoudite).
    Candice n’a eu d’autre choix que de fuir sans sa fille.
    Ce qui m’a le plus outré c’est l’attitude des français, de certains français. Oui encore plus que celle des Saoudiens, ce n’est pas peu dire : entre madame le consul de France qui est corrompue jusqu’à la moelle (et qui, à mon sens, aurait dû être démise de ses fonctions et accusée de haute trahison, mais bon…), l’avocate qui de toute évidence n’a pas envie de causer trop d’ennuis à la famille princière et l’Etat qui ne fait rien alors que Haya aurait pu être récupérée au Liban… Mais qu’est-ce que la vie d’une jeune femme et l’avenir d’une petite fille face aux accords juteux que notre pays ne cesse de signer avec un pays qui bafoue sans cesse les droits dont nous sommes censés être les pères fondateurs ?
    Malgré le décès de Candice, en 2012, sa famille continue de se battre pour le retour de Haya.

    Un extrait : Avant de vous raconter mon histoire, et celle de ma fille Haya, qui a aujourd’hui dix ans, je dois vous dire ceci : j’ai aimé follement, passionnément, l’homme dont je vais vous parler dans ce livre. Des années durant, cet amour m’a nourrie. J’ai vécu pour, et par lui. C’était un voyageur : pour être libre de le rejoindre, partout dans le monde, j’ai interrompu mes études. Afin de me rendre toujours disponible pour lui, j’ai accepté de ne pas travailler, et de dépendre de lui financièrement. Oui, j’ai aimé cet homme. Je l’ai choyé, j’ai voulu être pour lui une amante, une amie, une sœur. Pour le garder, par peur de le perdre, j’ai accepté des choses que je ne me serais jamais cru capable d’accepter. Cet homme aussi m’a profondément aimée, aujourd’hui encore j’en suis persuadée. Il m’a donné le plus beau des cadeaux : ma fille.
    Puis il me l’a reprise.
    J’étais très jeune lorsque je l’ai rencontré, je n’avais pas encore vingt ans. Plus une adolescente, pas tout à fait une adulte. Est-ce une excuse pour avoir été aussi crédule ? J’aimerais croire que oui, ainsi culpabiliserais-je moins. Ainsi comprendriez-vous mieux les lourdes erreurs que j’ai pu commettre. Au fil de ces pages, à un moment ou à un autre, vous allez me trouver bien naïve. Peut-être même stupide. Vous vous direz que j’avais perdu tout jugement. Certains me reprocheront de m’être laissée humilier, d’autres de n’avoir pas mieux protégé ma fille, d’autres enfin se diront même, peut-être, que j’ai mérité ce qui m’est arrivé. Tous ces reproches, je me les suis déjà maintes et maintes fois adressés. La culpabilité m’a longtemps habitée, mais l’énergie dont je dois faire preuve quotidiennement pour me battre est trop précieuse pour que je la gaspille. Aujourd’hui, mon seul but est de retrouver enfin mon enfant : elle m’a été enlevée il y a déjà trois ans.

     

  • |Livre] Les portes du néant

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    Résumé : Figure de l’opposition au régime de Bachar al-Assad, Samar Yazbek est contrainte de quitter son pays tant aimé en juin 2011. Depuis son exil, elle ressent l’urgence de témoigner. Au mépris du danger, elle retourne clandestinement dans son pays, en s’infiltrant par une brèche dans la frontière turque. Trois voyages en enfer dans la région d’Idlib où elle vit de l’intérieur l’horreur de la guerre civile, aux côtés des activistes. Des premières manifestations pacifiques pour la démocratie, à la formation de l’Armée Syrienne Libre, jusqu’à l’émergence de l’État islamique, Samar Yazbek livre un témoignage courageux sur le quotidien des combattants, des enfants, des hommes et des femmes ordinaires qui luttent pour survivre. Elle dit l’odeur de la terre après l’explosion d’une bombe, l’effroi dans le regard des mères, les corps mutilés ; elle dit l’une des plus grandes tragédies du XXIe siècle.

     

    Auteur : Samar Yazbak

     

    Edition : Stock

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 09 mars 2016

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : Ce témoignage n’est pas un livre qui se lit vite. Il manque un certain engagement de l’auteur que l’on sent détachée de son récit. Elle nous livre les faits assez froidement et surtout avec des répétitions qui nous font vite décrocher. A chacune de ses sorties, elle rencontre des familles avec des histoires similaires. On se dit qu’elle aurait pu nous raconter l’histoire de l’une de ces familles puis préciser que chaque famille qu’elle a rencontrée a une histoire similaire. Mais non, l’auteur s’obstine à répéter, pages après pages, les mêmes histoires, histoires qui, entre parenthèses, ne sont guère exceptionnelles et ont lieu, avec plus ou moins de similitudes, dans toutes les guerres, qu’elles soient civiles ou non.
    Chacun des chapitres du livre, que l’auteur appelle « porte » représente un de ses retours clandestins en Syrie. Chacun est d’ailleurs plus long que le précédent.
    L’auteur raconte la guerre entre les rebelles et le régime de Bachar al-Assad auquel un autre groupe va se mêler, celui des djihadistes qui profitent de cette guerre et de tout le désespoir qui en découle pour s’implanter de plus en plus dans le pays.
    Je n’ai que moyennement apprécié la remarque sur les autres pays, la Turquie en l’occurrence mais qui peut être appliqué à tous les pays, quand l’auteur dit qu’ils se plaignent de la présence massive des Syriens mais qu’ils sont bien content qu’ils soient là pour s’enrichir. Alors non, ils ne sont pas « bien content », ils s’en accommodent, nuance. Quant à s’enrichir… Encore faudrait-il que les Syriens aient de l’argent à dépenser, eux qui vivent dans ces pays des aides qu’on leur apporte !
    Je n’arrive pas à savoir si ses retours en Syrie sont dû à son mal du pays et son envie d’aider le peuple syrien encore sur place ou à son besoin de témoigner, quoi que dans ce cas là plusieurs retours n’étaient pas nécessaires. Surtout avec une petite fille qui l’attend en France et qui n’a pas d’autre famille qu’elle. Etre militante, c’est bien, mettre en jeu la vie d’une petite fille qui n’a rien demandé, c’est autre chose.
    On se demande si sa « cause » n’est pas plus importante que sa propre fille.
    Un témoignage qui ne m’a pas convaincu. Trop répétitif, trop long, il ne m’a pas plongé dans la compassion pour les victimes de cette guerre, pas plus en tout cas que les quelques infos qu’on voit à la télé ou sur internet. Pourtant pour être une adepte des témoignages, j’en ai lu bon nombre qui nous plongeait vraiment au cœur de leur histoire. Celui-ci a raté son objectif.

     

    Un extrait : Les barbelés me lacérèrent le dos. J’étais secouée de tremblements incontrôlables. Après de longues heures passées à attendre la tombée de la nuit pour éviter d’attirer l’attention des soldats turcs, je levai enfin la tête et regardai le ciel qui virait au noir. Sous les barbelés qui délimitaient la frontière, on avait creusé un fossé juste assez grand pour une personne. Mes pieds s’enfoncèrent dans le sol et les pointes du fil de fer griffèrent mon dos alors que je rampais sous la ligne de démarcation entre les deux pays.
    Je pris une profonde inspiration, me relevai et courus aussi vite que possible, comme on m’avait dit de le faire. Vite. Une demi-heure en sprint, c’est la distance à couvrir avant d’être à l’abri de l’autre coté de la frontière. Je courus, courus sur un sol traître et rocailleux d’un pied léger pourtant. Les battements de mon cœur me portaient, me soulevaient. Essoufflée, je ne cessais de murmurer : Je suis revenue ! Ce n’est pas une scène de film ! C’est réel. Je courais en répétant : Je suis revenue… Je suis ici.
    Derrière nous, on pouvait entendre des coups de feu et le roulement des blindés du côté turc, mais nous avions réussi : nous étions passés.