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Livres

  • [Livre] Le charmant cottage d’Amelia

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    Résumé : Alors qu'elle s'apprête à fêter ses 30 ans, Amelia retrouve dans un tiroir une liste de souhaits qu'elle s'était promis de réaliser. Parmi ses souhaits il y avait celui de vivre à la campagne dans un cottage. Amelia et Jack son mari achètent une vieille bâtisse de charme qui nécessite d'être rénovée. Amelia ignore combien ce déménagement allait bouleverser sa vie familiale et sentimentale.


    Auteur : Abby Clements

     

    Edition : Prisma

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 06 octobre 2016

     

    Prix moyen : 12€

     

    Mon avis : « Le charmant cottage d’Amelia » est un vrai roman doudou. Il est parfait à lire entre deux thrillers.
    Amelia réalise un rêve d’enfant en achetant un petit cottage à la campagne. Mais, par un concours de circonstance, son mari et elle doivent renoncer au cottage de leur rêve et se rabattre sur un autre cottage plein de potentiel mais qui nécessite d’importants travaux.
    Le livre est découpé en chapitre, chacun représentant la rénovation d’une pièce du cottage qui va servir de scène aux divers évènements.
    Même si le roman aborde des sujets sérieux : l’abandon, la vieillesse, le désir ou non de maternité, cela reste un roman léger qui n’approfondit pas ces sujets outre mesure.
    Il ne faut donc pas en attendre plus que ce qu’il est censé apporté : une petite lecture décontractante.
    Le couple de Jack et Amelia semble au bord de l’implosion comme si le souci de la rénovation faisait remonter à la surface tout un tas de non-dits.
    J’ai été un peu déçue par la fin, même si elle plaira sans doute au plus grand nombre.
    J’aurais aimé que, pour une fois, les concessions n’aillent pas encore dans le même sens, celui des conventions sociales.

     

    Un extrait : L’ombre d’un sourire apparut au coin de sa bouche. Un instant, je revis l’enfant vif et espiègle qu’il avait été, celui qui était entré dans ma classe en sixième.

    – Vous êtes intelligent, vous êtes doué pour le travail en groupe. Vous nous faites tous rire – quand vous êtes de meilleure humeur qu’aujourd’hui. Donnez-moi simplement quelque chose noir sur blanc pour que je puisse le prouver à tout le monde.

    – Je sais, fit-il en frottant le bout de sa basket contre le pied de la table. Je dois travailler plus.

    – Vous en êtes capable, vous savez, assurai-je en tentant de croiser son regard. Si vous avez besoin d’aide, je suis là. Et votre professeure principale aussi.

    Il hocha la tête en silence, et se pencha pour reprendre son sac.

    – Merci, m’dame.

    – De rien.

    Je me tournai pour éteindre le tableau électronique et refermer mon ordinateur portable, en vérifiant l’heure. Plus que cinq minutes, pas assez pour un café. Ma conversation avec Carly devrait attendre. Mais j’avais le temps de filer aux toilettes avant mon prochain cours.

    Trey se leva. Je le regardai sortir dans le couloir animé. Son uniforme scolaire foncé se perdit rapidement dans la masse des élèves agglutinés devant les casiers.

    On y arrivera peut-être, me dis-je en prenant mon sac pour aller aux toilettes. Trey avait encore une chance de réussir ses examens, d’obtenir quelque chose. C’était pour cette lueur d’espoir qu’au bout de sept années à préparer des cours et corriger des copies, j’enseignais encore, même s’il m’arrivait, par périodes, de voir à peine Jack, mon mari, et de me sentir bien plus vieille que mes vingt-neuf ans – et avec des rides, en prime.

    Je mis la main dans mon sac pour y prendre mon téléphone. En général, Jack m’envoyait un texto au moment de ma pause. Mais ma main ne rencontra qu’un petit carnet et la doublure. Le sac paraissait très léger. C’est une blague !

    Mon téléphone et mon portefeuille avaient disparu.

     

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  • [Livre] Le zoo

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    Résumé : Le zoo est sur le point de fermer ses portes. Joan et son fils de quatre ans, Lincoln, sont dans leur coin préféré, à l'écart du chemin principal. Ils profitent des dernières minutes. Mais quand ils se dirigent vers la sortie, ce qu'ils découvrent transforme cette journée de rêve en cauchemar : des corps étalés sur l'herbe, des hommes armés de fusils. Sans réfléchir, Joan prend son enfant dans ses bras et court, jusqu'à en perdre le souffle, jusqu'à ce que ses muscles la brûlent.
    Pendant trois heures, la mère et son fils vont se retrouver piégés avec les animaux et les tueurs. Pour sauver Lincoln, Joan est prête à tout... même au pire.


    Auteur : Gin Phillips

     

    Edition : La bête noire

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 21 septembre 2017

     

    Prix moyen : 7,50€

     

    Mon avis : Joan est une femme comme les autres. Elle n’a rien d’une héroïne, n’a pas de capacité ou de formation particulière, c’est juste une maman lambda pourvue d’un petit garçon de 4 ans qui n’a pas la langue dans sa poche.
    L’action se déroule en à peine 3h mais les chapitres, qui nous font le décompte du temps nous montrent bien combien ces 3h sont interminables pour les protagonistes.
    J’ai beaucoup aimé Joan. Ses réactions sont parfaitement réalistes et on ressent à la fois sa peur et sa farouche détermination à protéger son fils coûte que coûte.
    J’ai eu plus de mal avec Lincoln. Je pense que c’est le contraste entre son vocabulaire, qui m’a semblé trop élaboré pour son âge, ainsi que ses réflexions trop matures et son comportement (parler fort parce que sa mère lui demande de ne pas le faire, pleurer à la moindre contrariété, faire du bruit en permanence…) qui m’a agacée.
    La plupart du temps, j’ai oublié qu’il avait 4 ans et j’avais envie de le secouer pour qu’il la ferme (remarquez, même en tenant compte de son âge… il me gonflait…). Je sais que je suis injuste mais je n’ai pas pu dépasser ce sentiment d’exaspération.
    Le livre est à 95% un huis-clos et l’ambiance est oppressante. On suit essentiellement Joan et son fils mais on a quelques aperçus de ce que vivent d’autres personnes, y compris l’un des tireurs.
    Je comprends les choix de Joan, même s’ils paraissent moralement discutables. Après tout, sa préoccupation première est de protéger son fils et pour ça, elle est prête à tout.
    La fin est extrêmement abrupte puisque le livre s’arrête à la fin de l’action des tireurs quelle qu’en soit l’issue. Ainsi, on reste ignorant du sort de la plupart des protagonistes.
    J’avoue que cette fin, même si je comprends le choix de l’auteur, m’a un peu frustrée. J’aurais aimé en savoir plus sur ce qu’il s’est passé et qu’on n’a pas vu parce qu’on ne voyait que ce que voyait Joan.
    Malgré tout, ce livre reste un thriller psychologique très prenant et j’ai adoré ma lecture.

     

    Un extrait : Elle entend un nouveau bang, plus fort et plus près qu'avant, suivi d'une dizaine de détonations sèches. Peut-être un mécanisme hydraulique ?

    Ils arrivent au bord d'un plan d'eau – le plus grand du zoo, presque un lac –, et elle aperçoit des cygnes qui filent à la surface. Le sentier bifurque : la branche de droite conduit de l'autre côté de l'étang, vers le secteur de l'Afrique, tandis que celle de gauche les emmènerait à la sortie en quelques secondes. Elle voit l'éclair rouge et vert des perroquets droit devant, inhabituellement silencieux. Elle aime leur petite île au milieu de tout ce béton – un bassin entouré de briques avec un monticule couvert d'herbe et d'épineux – et c'est toujours leur premier et dernier arrêt, l'ultime rituel de toutes leurs visites.

    — Tu devrais t'exercer à parler comme un perroquet, lui suggère-t-elle.

    — Je n'ai pas besoin de m'exercer. Je veux juste voir les épouvantails.

    — Il va falloir qu'on les regarde sans s'arrêter.

    Une longue rangée d'épouvantails a été dressée le long de la palissade qui fait le tour du plan d'eau. Beaucoup ont des citrouilles à la place de la tête, et Lincoln est absolument fasciné. Il aime Superman et l'astronaute – celui avec la citrouille peinte en blanc comme un casque spatial –, mais surtout le Chat qui porte un chapeau.

    — Allez, mon cœur, c'est bon.

    Il lui lâche la main et lève les bras.

    Joan jette un coup d'œil le long de la barrière et repère la tête de citrouille bleue de Pete le Chat. Vers le milieu, plusieurs épouvantails sont tombés. Une demi-douzaine, soufflés par le vent, suppose-t-elle. Sauf que non, il n'y a pas eu de bourrasque. Et pourtant, les épouvantails sont renversés, éparpillés tout du long jusqu'à l'enclos des perroquets, et encore au-delà.

    Non, pas des épouvantails. Pas des épouvantails.

    Elle voit bouger un bras. Un corps beaucoup trop petit pour être un épouvantail. Une jupe, remontée de façon indécente sur une hanche pâle, des jambes fléchies.

    Elle relève lentement les yeux, mais quand elle regarde plus loin, derrière les formes allongées par terre, après les perroquets, vers le long bâtiment avec les toilettes publiques et les portes marquées RÉSERVÉ AU PERSONNEL, elle repère un homme debout, immobile, à côté de la fontaine à eau. Il lui tourne le dos. Il est en jean et tee-shirt noir. Il a les cheveux bruns ou noirs, et à part cela elle ne distingue pas les détails, sauf un, quand l'homme finit par bouger : il donne un coup de pied dans la porte des toilettes, son bras remonte pour la rattraper, et elle voit qu'il tient une arme à feu dans la main droite, une espèce de fusil, long et noir, dont le bout étroit monte comme une antenne derrière sa tête alors qu'il disparaît entre les murs vert pâle des toilettes pour femmes.

    Elle croit percevoir un autre mouvement du côté des perroquets, un autre personnage encore debout, mais elle n'en voit pas davantage car à cet instant elle se détourne.

    Elle attrape Lincoln, le soulève – les jambes du garçon se balancent lourdement –, et le dépose sur sa hanche, sa main droite serrée autour de son poignet gauche sous les fesses de l'enfant.

    Elle se met à courir.

     

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  • [Livre] Les sœurs Carmine – T02 – Belle de gris

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    Résumé : Trois semaines séparent Tristabelle Carmine du Grand Bal de la Reine. Trois semaines pour trouver la robe de ses rêves, un masque, une nouvelle paire d’escarpins… et aussi un moyen d’entrer au Palais. Car Tristabelle n’a pas été invitée. Mais ça, c’est un détail. Tout comme les voix dans sa tête ou cette minuscule série de meurtres qui semble lui coller aux talons.
    En tout cas, elle ne compte pas rater la fête. Quitte à écumer les bas-fonds surnaturels de Grisaille, frayer avec des criminels, travailler dans une morgue ou rejoindre un culte. S’il le faut, elle ira même jusqu’à tuer demander de l’aide à sa petite sœur. Car Tristabelle Carmine est une jeune femme débrouillarde, saine et équilibrée. Ne laissez pas ses rivales ou ses admirateurs éconduits vous convaincre du contraire. Ils sont juste jaloux. Surtout les morts.


    Auteur : Ariel Holzl

     

    Edition : Mnèmos

     

    Genre : Fantasy

     

    Date de parution : 16 Novembre 2017

     

    Prix moyen :

     

    Mon avis : La fin du tome 1 nous laissait dans une angoisse insupportable (j’exagère un peu, mais à peine). Je ne vais pas spoiler la fin, histoire de ne pas gâcher la surprise à ceux qui ne l’on pas encore lu, mais disons que c’était un retournement de situation qui m’était un poil resté en travers du gosier.
    On s’attend donc, naturellement, à ce que le tome 2 s’empresse de nous raconter ce qu’il s’est passé après le point final du tome précédent.
    Et bien non !
    Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que si le tome 1 était raconté par Merryvère, ce tome 2 l’est par son ainée, Tristabelle, et que la demoiselle n’est pas du tout disposée à perdre son temps à raconter quelque chose qui ne la concerne pas directement et même pire, qui concerne sa sœur (bon rassurez-vous, on va quand même savoir le fin mot de l’histoire, mais Tristabelle ne va guère prendre de gants et va nous balancer la sauce de manière assez succincte).
    Si Merryvère était une poissarde à la moralité presque correcte, Tristabelle, elle, est une vraie sociopathe, qui passe la moitié de son temps à se disputer avec les voix présentes dans sa tête. Elle est tellement insupportable, hautaine, arrogante et insensible qu’elle en devient drôle.
    Toujours soucieuse d’occuper le rang qu’elle estime devoir être le sien, Tristabelle brigue le poste de dame de compagnie de la Reine de Grisaille.
    Qu’elle n’ait pas d’invitation au bal, pas d’argent pour une robe et qu’elle soit qu’une roturière alors que toutes les candidates viennent des familles nobles de Grisaille importe peu. Tristabelle n’a pas l’intention de s’encombrer de détails, ni d’obstacles d’ailleurs et, franchement, est-ce bien sa faute si lesdits obstacles tombent comme des mouches autour d’elle ?
    3 histoires, tournant autour de Tristabelle, se développent et s’entremêlent. Dans ce tome, on en apprend un peu plus sur les pères des sœurs, surtout sur celui de Tristabelle.
    Quelques chapitres sont consacrés à Merryvère, ce qui nous permet de continuer à la suivre.
    J’ai un peu regretté de ne plus avoir de pages du journal de Dolorine à lire. La fillette m’a un peu manquée. Heureusement, elle sera la narratrice du 3ème tome que j’ai vraiment hâte de lire pour retrouver ces héroïnes tout sauf convenables et conventionnelles.

     

    Un extrait : L’hiver avait transformé Grisaille en sablier glacial : les monceaux de neige qui encrassaient la Haute-Ville finissaient invariablement par crouler jusqu’à la Basse-Ville sous leur propre poids. Percés par la moindre brise, ils s’écoulaient des toits en trainées souffreteuses, fardant les hauts-de-forme des messieurs, poudrant les doublets sombres des dames qui n’avaient pas eu les moyens d’adapter leur garde-robe au changement de saison. Tristabelle Carmine se gaussait de leur déconfort, drapée d’un sourire mesquin et d’une toute nouvelle pèlerine.

    « Mesquin » ? Vraiment ?

    Le sourire s’adressait également à une ou deux privilégiées – riches en lys mais pauvres en sens pratique – parées d’atours trop clairs et trop laiteux. La neige les salissait de filaments grisâtres en s’évaporant. Inhabituel pour de la neige, certes, mais les nuages débordaient de cendres à Grisaille. Pas celles – trop denses – recrachées par les haut-fourneaux Forge-Rage ; des cendre plus fines, portées aux cieux par les cheminées des crématoriums. Les particules de glace leur offraient une nouvelle vie, plus élémentaire, presque volcanique. L’occasion de se rappeler aux pauvres diables en contrebas et de ruiner la toilette de quelques prétentieuses…

    Aux yeux de Tristabelle, ce n’était que justice : ces cocottes avaient failli à leur « devoir d’avant-garde », une notion issue tout droit de l’esprit détraqué de la jeune fille.

    « Détraqué » ? Et puis quoi encore…

    En substance, ce devoir d’avant-garde signifiait que lorsque l’on appartenait au grand monde, il fallait le prouver en toute occasion. Sinon comment le bon goût et la haute-pensée rejailliraient-ils sur les masses ignorantes, surtout dans le domaine vestimentaire ? Une promenade dans la Basse-Ville offensait déjà suffisamment de sens – l’odorat, l’ouïe, le bon sens – pour ne pas y ajouter la vue. Alors oser le blanc ivoirin pour braver les neiges de la Haute-Ville, quand une nuance de gris perle était tellement plus appropriée… Impardonnable.

    Tristabelle aurait volontiers condamné un tel impair par une petite dizaine d’années aux mines de sel, histoire de faire retenir la leçon aux contrevenantes.

    La jeune fille pressa le pas, ses talons hauts mitraillant la ruelle silencieuse malgré la pellicule de neige qui vernissait les pavés. Elle marchait comme elle respirait, parlait, vivait : avec l’arrogance d’un prédateur sur son territoire de chasse, la cruauté du félin au royaume des souris, le mépris du serpent pou… 

    Un « serpent » maintenant ?!

    Bon, ça suffit ! Vous croyez que je n’entends pas vos persiflages ?

    Vous êtes peut-être une voix dans MA tête, mais cela ne vous donne pas le droit de m’insulter ! Ni de raconter n’importe quoi à mon sujet ! Qui vous a appris les bonnes manières ?!

    Je reprends les choses en main. Libre à vous d’aller espionner la vie d’une autre si cela ne vous sied pas…

    Ah, voilà qui est mieux !

    Vous êtes toujours là ? É-vi-dem-ment. Comme si vous aviez plus intéressant à faire…

     

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  • [Livre] Esprit d’hiver

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    Résumé : Réveillée tard le matin de Noël, Holly se voit assaillie par un sentiment d'angoisse inexplicable. Rien n'est plus comme avant. Le blizzards s'est levé, les invités se décommandent pour le déjeuner traditionnel. Holly se retrouve seule avec sa fille Tatiana, habituellement affectueuse, mais dont le comportement se révèle de plus en plus étrange et inquiétant...


    Auteur : Laura Kasischke

     

    Edition : Le livre de poche

     

    Genre : Drame

     

    Date de parution : 01 octobre 2014

     

    Prix moyen : 7€

     

    Mon avis : Dire que ce livre met mal à l’aise est un euphémisme. Pourtant la situation de départ n’a rien d’exceptionnel : une mère un peu prégnante et sa fille en pleine crise d’adolescence se retrouvent seules chez elles quand une soudaine tempête de neige empêche les invités, et le père parti chercher les grands-parents, de les rejoindre pour le repas de noël. Entre la mère et la fille on sent que la dispute couve.
    D’emblée, j’ai eu du mal à supporter Holly qui se pose en victime perpétuelle, pensant que chacun de ses échecs est imputables à quelqu’un qui a fait en sorte de l’empêcher de réussir. Bien qu’elle semble faire de son mieux, elle m’est apparue comme profondément perturbée, éternellement insatisfaite et surtout victime d’un sentiment de persécution assez prononcé : chaque geste fait par autrui qui ne lui convient pas est perçu comme fait spécifiquement contre elle.
    Elle projette ses désirs, peurs, envies et angoisses sur sa fille et réagit comme si le fait que Tatiana avait une individualité qui lui est propre était un rejet de sa personne en tant que mère et une offense personnelle.
    J’ai aussi été très choquée de son attitude concernant la santé. Qu’elle se méfie des vaccins, soit, plein de monde le fait, mais elle va jusqu’à mentir à son mari en prétendant conduire sa fille régulièrement chez le dentiste alors qu’il n’en est rien. On dirait qu’elle a peur que quelqu’un vienne ternir l’image de quasi-perfection qu’elle a de sa princesse russe.
    Bien que l’histoire soit écrite à la 3ème personne, on la découvre du point de vue de Holly ce qui permet d’avoir accès à des pensées qu’elle n’admettrait sûrement pas en public.
    Pendant tout le livre, je n’ai été persuadée que d’une chose : la folie de Holly.
    Je me suis demandée si on allait découvrir que Holly était schizophrène, si elle était en rupture psychotique, si elle était internée et que Tatiana sortait complètement de son imagination, je me suis même demandée si elle n’était pas dans le coma… je me suis aussi demandée si Tatiana n’était pas en train de rendre sciemment sa mère folle, et même si son père n’était pas complice… Bref, vous l’aurez compris, j’ai tout imaginé, des dizaines d’explications, y compris le basculement dans un univers fantastique avec la révélation de la présence d’une entité maléfique…
    N’importe quoi qui puisse expliquer ce malaise qui grandit page après page.
    Le rythme est lent, ça en est même encore plus angoissant ca on s’attend toujours à une action, une sorte d’explosion, qui ferait retomber la tension, quitte à ce qu’elle recommence à monter ensuite, mais non… Impitoyable, l’auteur ne nous apporte pas ce soulagement et continue de jouer avec nos nerfs jusqu’à ce que la réponse à nos questions se révèle, à la toute dernière page.
    Objectivement, une fois cette pages lues, plein d’indices m’ont sauté aux yeux (comme toujours… après coup !).
    C’est vraiment un roman particulier qu’on peut soit adorer soit détester. Personnellement, j’ai beaucoup aimé.

     

    Un extrait : Noël, 20--

    Ce matin-là, elle se réveilla tard et aussitôt elle sut :

    Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux.

    C’était dans un rêve, pensa Holly, que cette bribe d’information lui avait été suggérée, tel un aperçu d’une vérité qu’elle avait portée en elle pendant – combien de temps au juste ?

    Treize ans ?

    Treize ans !

    Elle avait su cela pendant treize ans, et en même temps elle l’avait ignoré – c’est du moins ce qu’il lui semblait, dans son état de demi-veille, en ce matin de Noël. Elle se leva du lit et s’engagea dans le couloir en direction de la chambre de sa fille, pressée de voir qu’elle était là, encore endormie, parfaitement en sécurité.

    Oui, elle était là, Tatiana, un bras blanc passé sur un couvre-lit pâle. Les cheveux bruns répandus sur l’oreiller. Si immobile qu’on aurait dit une peinture. Si paisible qu’on aurait pu la croire…

    Mais ce n’était pas le cas. Elle allait bien. Rassurée, Holly retourna dans sa chambre et se glissa de nouveau dans le lit près de son époux – mais, à peine allongée, elle pensa encore une fois :

    Cela les avait suivis jusque chez eux !

    C’était quelque chose que Holly avait su, apparemment, au plus profond de son cœur, ou de son inconscient ou quel que soit l’endroit où ce genre d’information se terre à l’intérieur d’une femme, à son insu, pendant des années, jusqu’à ce qu’un événement lui fasse prendre conscience qu’elle a oublié, ou refoulé, ou…

    Ou bien était-ce une chose qu’elle avait volontairement ignorée ? À présent, elle s’en apercevait :

    Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux !

    Mais quoi ?

    Et Holly pensa alors : Je dois l’écrire avant que cela ne m’échappe. Elle avait déjà ressenti ça plus jeune – l’envie presque paniquée d’écrire à propos d’une chose qu’elle avait entraperçue, de la fixer sur la page avant qu’elle ne file à nouveau. Certaines fois, il avait failli lui soulever le cœur, ce désir d’arracher d’un coup sec cette chose d’elle et de la transposer en mots avant qu’elle ne se dissimule derrière un organe au plus profond de son corps – un organe un peu bordeaux qui ressemblerait à un foie ou à des ouïes et qu’elle devrait extirper par l’arrière, comme si elle le sortait du bout des doigts d’une carcasse de dinde, si jamais elle voulait l’atteindre une nouvelle fois. Voilà ce que Holly avait ressenti chaque fois qu’elle écrivait un poème, et pourquoi elle avait cessé d’en écrire.

    Mon Dieu, cette pensée était pourtant comme un poème – un secret, une vérité, juste hors de portée. Holly allait avoir besoin de temps pour arracher d’elle cette pensée et l’examiner à la lumière, mais elle était en elle, qu’elle en ait eu ou pas conscience avant ce moment. Comme un poème aspirant à être écrit. Une vérité insistant pour être reconnue.

    Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux !

    Cela expliquait tellement d’événements !

     

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  • [Livre] Sang maudit

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    Résumé : Dans une France où la Révolution n’a jamais eu lieu, une épidémie mystérieuse décime la population… Angie, dix-sept ans, vient d’avoir son bac. Elle s’apprête à fêter sa réussite avec ses amis Clémence et Matt quand sa mère lui rend une visite surprise après plusieurs années d’absence : la duchesse de Noailles a décidé qu’il était temps pour sa fille, Angélique, de faire son entrée à la cour du roi Louis XXIV au château de Versailles. Angie, qui a grandi dans le quartier populaire de Belleville, au cœur de Paris, décide d'obéir, par curiosité plus que par devoir. Malgré son mépris pour la noblesse décadente française, la jeune femme va découvrir avec fascination les sombres intrigues des salons royaux...


    Auteur : Ange

     

    Edition : Castelmore

     

    Genre : Young Adult

     

    Date de parution : 16 Août 2017

     

    Prix moyen : 17€

     

    Mon avis : Quand j’ai lu le résumé de ce roman, j’ai été très intriguée à l’idée de lire une uchronie et encore plus intriguée par cette histoire d’épidémie. Je ne m’attendais pas à tomber sur une histoire de vampires.
    Bon, très honnêtement, même si j’aurais préféré lire une uchronie réaliste, l’introduction des vampires n’est pas inintéressante. Leur présence est assez discrète et apporte juste ce qu’il faut de danger. Cela dit, on aurait pu s’en passer, le sujet étant bien assez vaste sans qu’il y ait besoin d’ajout d’éléments fantastiques.
    J’ai trouvé qu’ensuite les auteurs perdaient un peu le contrôle de leur univers et que celui-ci partait dans tous les sens sans vraiment suivre une ligne directrice.
    Finalement, au début du livre, on nous survend les vampires mais je les aurais préféré plus présents (tant qu’à faire, puisqu’ils sont là, qu’ils aient une réelle utilité). J’ai regretté en revanche que le coté fantastique s’étende comme il le fait et dans la direction qu’il prend : c’était trop : trop compliqué, trop rapide, trop peu développé.
    J’ai été aussi très déçue par la fameuse épidémie, annoncé dans le résumé comme un élément central du livre et qui n’est traité que de manière très secondaire. Elle a pourtant une sacrée importance dans l’histoire, mais elle a été très mal exploitée.
    Les auteurs ont voulu en mettre trop, sans prendre le temps de mettre en place leur histoire.
    La postface est complètement inutile et gâche la fin du livre. Il aurait mieux valu que les évènements relatés soient découvert au court du livre, en plusieurs parties, au travers de rêves ou de souvenirs de Philippe. Alors que là, elle arrive vraiment comme un cheveu sur la soupe et j’ai dû me forcer à aller jusqu’au bout.
    J’ai été aussi assez déçue par la fin qui est, encore une fois, bien trop rapide et peu crédible au regard de ce qui s’est passé avant. Elle n’est pas assez développée, elle est en queue de poisson et, comme il n’y a aucune mention annonçant un tome 2, elle nous laisse dans l’incertitude. On est donc supposé rester en apnée jusqu’à plus amples informations et ça, pour moi, c’est totalement rédhibitoire. Avec tous les livres qui sortent chaque mois, si j’avais su que le résumé était aussi trompeur et qu’aucun tome 2 n’était encore annoncé (s’il y en a un annoncé un jour), je n’aurais certainement pas acheté et lu ce livre.
    L’histoire me donnait envie de mettre 3 étoiles, car dans l’ensemble, elle est bien écrite et intéressante, mais cette fin et ce comportement envers les lecteurs me fait baisser ma note à 2.
    Je ne recommande pas cette lecture, du moins pas tant qu’un tome 2 n’est pas sorti.

     

    Un extrait : Les dames de la cour royale de Versailles descendirent du métro, soulevant leurs immenses jupes brodées d’or. Puis elles se dirigèrent vers leur correspondance, slalomant entre les hommes d’affaires accrochés à leurs téléphones portables et les femmes en imper sortant de leurs trains de banlieue. Malgré les efforts de leurs pages, les crinolines des élégantes effleurèrent deux SDF enveloppés dans leurs couvertures, qui se vengèrent en les insultant copieusement.

    Des touristes japonais photographièrent avec excitation les nobles passantes, tandis que leur guide leur murmurait les noms les plus connus :

    — La comtesse de Saint-Aignan… La marquise de Grammont – vous savez, la sœur de la fameuse duchesse de Montesquieu… Mme de Guise…

    Angie Moretti, dix-sept ans, venait elle aussi de descendre du métro. Amusée, elle observa les Japonais, puis suivit des yeux le groupe des belles dames laissant derrière elles un sillage parfumé, tandis que, derrière, leurs assistants pressés confirmaient, au téléphone, la présence de leurs maîtresses au Bal de Versailles.

    — On se demande vraiment pourquoi elles prennent le métro, grommela une femme derrière Angie, avec un léger accent du sud. Je veux dire, si j’avais une robe de ce prix – et l’argent qui va avec – je serais dans une limousine !

    Angie sourit. Pour les Parisiens, le spectacle était familier, mais les touristes étaient toujours surpris.

    — Le couronnement du roi est dans une semaine, expliqua-t-elle. Les bals, les fêtes et les représentations se succèdent. La route entre Paris et Versailles n’est qu’un immense embouteillage alors les dames prennent le métro. Et comme le Premier ministre vient d’inaugurer la Navette Royale Express…

    — Ah oui, la fameuse navette, entre le palais du Louvre et le château de Versailles, commenta la dame. Réservée aux nobles. Je me souviens du scandale…

    — Sans compter tous les étrangers qui viennent pour le couronnement.

    Au fond de la station, le groupe des élégantes disparaissait dans un couloir, sous le regard exaspéré des voyageurs obligés de se plaquer contre les parois pour céder le passage à leurs jupes démesurées.

    — Pff ! Elles sont trop vieilles. Jolie comme vous êtes, ce serait plutôt à vous de porter des robes et d’aller au bal, ironisa gentiment l’interlocutrice d’Angie, puis elle adressa un signe d’adieu à la jeune fille avant de s’éloigner.

    Angie resta immobile un instant, étonnée de ressentir, à cette réflexion, une confuse envie. Elle n’était pas portée sur le luxe, mais quelle jeune fille de dix-sept ans, tout juste sortie du lycée, n’aurait pas ressenti, devant les dames de la cour, une infime pointe de jalousie ? Retenant un soupir, Angie passa la main sur son jean… puis, haussant les épaules, elle reprit son chemin.

    Qu’importe le château de Versailles, la cour du roi, les navettes réservées aux nobles. La vie était belle. Angie avait eu son bac, ses deux meilleurs amis, Matt et Clémence, également. À la fac, les cours ne commençaient que le 28 octobre – Angie, qui aimait sortir et s’amuser, avait encore devant elle plus d’un mois de liberté bienvenue.

     

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  • [Livre] Les sœurs Carmine – T01 – le complot des corbeaux

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    Résumé : Merryvère Carmine est une monte-en-l’air, un oiseau de nuit qui court les toits et cambriole les manoirs pour gagner sa vie. Avec ses sœurs, Tristabelle et Dolorine, la jeune fille tente de survivre à Grisaille, une sinistre cité gothique où les mœurs sont plus que douteuses. On s’y trucide allègrement, surtout à l’heure du thé, et huit familles d’aristocrates aux dons surnaturels conspirent pour le trône.
    Après un vol désastreux, voilà que Merry se retrouve mêlée à l’un de ces complots ! Désormais traquées, les Carmines vont devoir redoubler d’efforts pour échapper aux nécromants, vampires, savants fous et autres assassins qui hantent les rues…


    Auteur : Ariel Holzl

     

    Edition : Mnémos

     

    Genre : Fantasy

     

    Date de parution : 16 Mars 2017

     

    Prix moyen :

     

    Mon avis : L’univers que nous offre Ariel Holzl est sombre mais non dépourvu d’un certain humour. Dans ce monde, une monarchie du XIXème siècle baignant dans une brume permanente (d’où son nom de Grisaille). On y croise voleurs, assassins, vampires, zombies et autres joyeusetés à tous les coins de rue. 8 grandes familles, constituant la noblesse, toutes pourvues de pouvoirs spécifiques, luttent plus ou moins ouvertement pour le trône, lequel, s’il est supposé se transmettre héréditairement, est souvent vacant suite à des « accidents » opportuns. Le reste de la ville, s’il est constitué de roturiers peu préoccupés par les guerres de pouvoirs, ne s’entretue pas moins allégrement à la moindre occasion.
    Les sœurs Carmine, roturières sans pères, sont au nombre de trois. Leur mère étant une courtisane de haut vol, disparue depuis quelque temps, on se doute que leurs pères ne sont probablement pas bouchers ou croque-mort mais on n’en sait pas plus.
    L’aînée, Tristabelle, est égocentrique et narcissique et toujours préoccupée de son apparence même dans le pire des dangers. Elle possède le don certain de provoquer chez autrui d’irrépressibles envie de meurtre à son endroit.
    Merryvère, la cadette, et la narratrice de ce premier tome, est sans doute celle qui a le plus les pieds sur terre (sans jeu de mot avec son métier de monte en l’air). Elle vole pour faire vivre sa famille et pour tenter de payer leurs dettes tandis que Tristabelle semble croire que l’argent finira bien par tomber du ciel. Contrairement à la majorité des habitants de Grisaille, Merryvère n’aime pas tuer et essaie d’éviter au maximum que ce genre d’évènement désagréable ne se produise. Malheureusement pour elle, elle est le pire monte en l’air au monde, doté d’une poisse incroyable qui la suit partout et qui provoque diverse catastrophes. Merryvère se fourre sans cesse dans des pétrins inextricables.
    La plus jeune des sœurs Carmine, Dolorine, n’a que 8 ans. Elle traine partout avec elle une poupée appelée Nyx qui passe son temps à lui conseiller de tuer des gens. Capables de voir les fantômes, elle apprend toujours plein de choses en discutant avec eux, mais ça façon bien à elle de relayer les informations fait que ses sœurs ne comprenne toujours que trop tard ses avertissements.
    Malgré leur morale quelque peu vacillante, on s’attache très vite aux trois sœurs, que ce soit Merryvère que l’on suit tout au long du livre, Tristabelle qu’on découvre au travers des yeux de sa sœur qu’elle exaspère, ou Dolorine qu’on ne découvre quasiment qu’à travers les pages de son journal intime.
    La fin du livre nous laisse sur un sacré cliffhanger et je suis bien contente d’avoir déjà les tomes 2 et 3 dans ma bibliothèque et de ne pas être obligée d’attendre des mois pour découvrir la suite !
    Du côté de l’écriture, rien à redire. Le style est une vrai drogue, tout comme l’univers qui est décrit de manière à nous donner l’impression d’y être plongé.
    Ma scène préféré reste celle où une bataille est raconté minute par minute et que soudain, une information totalement inutile est donnée, cassant complètement le rythme et me provoquant un fou rire dont j’ai eu du mal à me remettre tant ce passage était absurde.
    Il va sans dire que je ne vais pas tarder à me jeter sur le tome 2 !

     

    Un extrait : À Grisaille, de la brume, il y en avait partout : parmi les ruelles scabreuses, à travers les allées malsaines, au fin fond des impasses, au pied des gargouilles, devant les vitraux des cathédrales, sous les lampes à gaz, entre les pavés toujours humides de pluie ou de sang…

    Partout !

    La cité en devenait plus sinistre qu’une morgue. Pour ne rien arranger, l’engouement de la Reine pour l’Arbor tragicus – un spécimen affreusement mélancolique de saule pleureur – ajoutait à la morosité générale. Pas étonnant alors que le taux de suicide dans les jardins publics ait fini par pulvériser tous les records, à tel point que les employés royaux ne décrochaient même plus les pendus des arbres. Ils se contentaient de vêtir les cadavres de couleurs vives et d’y épingler des guirlandes de lampions, pour leur donner un petit côté festif pendant les pique-niques ou les garden-parties.

    Presque aussi paresseuse, la brume somnolait ce matin entre le marbre des stèles. Elle ne faisait malheureusement pas briller le cimetière par son originalité.

    Mais il fallait l’excuser, la brume… Deux cent quarante-trois cimetières pour une seule ville, difficile de toujours se renouveler.

    L’aube pesante ne l’aidait guère. L’automne avait dénudé les saules, dégarni les cyprès, recouvert de corbeaux la moindre grille, la moindre branche tortueuse.

    On venait heureusement d’échapper au cliché des croassements de mauvais augure ; le TCHAC ! abrupt de la lame avait tué le récital dans l’œuf. Ou presque.

    La main qui avait lancé le poignard se prolongeait par une manche de dentelle blanche, puis une robe trop ample où flottait une jeune fille qui détestait les oiseaux. Elle leur vouait une haine strictement professionnelle cependant, qui n’était ni du sadisme ni de la cruauté. Comparée aux autres habitants, une telle déviance méritait d’être soulignée.

    Sa présence ici, en revanche, n’avait rien de remarquable : selon les naturalistes de Grisaille, les jeunes filles en robes blanches arrivaient en troisième position des espèces les plus communes dans les cimetières, juste après les corbeaux et les asticots. En voici d’ailleurs une autre, assise sur une pierre tombale, non loin de la première. Sa robe blanche tombait mieux sur elle, tout comme ses boucles auburn qui tombaient mieux jusqu’à ses épaules que les mèches courtes et blondes de la lanceuse de couteaux. Mais impossible de s’y méprendre, elles faisaient partie de la même espèce et, plus particulièrement, de la même fratrie.

     

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  • [Livre] Je voulais juste vivre

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    Résumé : Après des années de privations et de harcèlement, par une nuit glaciale, Yeonmi, 13 ans, et sa mère, réussissent à traverser le fleuve Yalu qui marque la frontière entre la Corée du Nord et la Chine. Elles laissent derrière elles leur pays natal et ses horreurs : la faim, la délation constante et surtout une répression impitoyable et le risque permanent d’être exécutées pour la moindre infraction. Mais leur joie n’est que de courte durée. Rien ne les a préparées à ce qui les attend entre les mains des passeurs. Après plusieurs années d’épreuves inhumaines et un périple à travers la Chine et la Mongolie, Yeonmi atteint finalement la Corée du Sud.
    À 22 ans, Yeonmi est désormais une combattante : c’est l’une des plus influentes dissidentes nord-coréennes et une activiste reconnue des droits de l’homme.


    Auteur : Yeonmi Park

     

    Edition : Le livre de poche

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 12 Avril 2017

     

    Prix moyen : 7€

     

    Mon avis : L’auteur raconte son histoire en trois parties : sa vie en Corée du Nord, sa fuite en Chine et son installation en Corée du Sud.
    Dans la première partie, elle nous décrit une vie digne des pires moments du moyen-âge : la famine, la saleté, le défaut de soins, les arrestations et la peur, cette peur qui ne lâche aucun individu depuis le premier jour où il a été capable de formuler une phrase. L’embrigadement est tel que la population croit réellement leur dirigeant immortel et capable de lire dans les pensées. La délation est obligatoire : ne pas dénoncer c’est soi-même commettre un crime.
    Chacun est en permanence sous surveillance et la moindre étincelle d’individualité, de pensée, d’analyse, est réprimée par l’envoie dans les camps de rééducation ou de travail (selon l’ampleur de la faute).
    La population n’est même plus capable de réaliser à quel point les déclarations du gouvernement sont remplis de contradictions.
    Parce qu’ils n’ont plus d’autres issues, sinon celle de mourir de faim, les parents de Yeonmi envisagent de fuir vers la Chine. La sœur ainée partira la première, Yeonmi et sa mère suivront quelques jours plus tard.
    Le père sera le dernier à se lancer, de peur que sa fuite ne provoque l’arrestation de ses frères et sœurs.

    On entre dans la seconde partie avec un sentiment d’horreur qui va crescendo. Car la Chine, c’est pire encore que la Corée du Nord si cela est possible. Traqués par la police qui cherche à les renvoyer en Corée du Nord (ce qui signifie la torture et/ou la mort), vendu par les passeurs, les trasfuges passent d’une dictature à une vie d’esclavage. Surtout les femmes : battues, violées par les différents intermédiaires, parquées dans des bordels ou réduites au rang d’esclave par des « maris » et leurs familles, elles ont à peine plus à manger qu’en Corée du Nord.
    Fuir la Chine s’avère aussi dangereux que fuir la Corée du Nord, les deux pays entretenant des relations que la Chine ne veut à aucun prix détériorer quand bien même cela signifie sacrifier la vie de millier de transfuges.
    Yeonmi et sa mère ont vécu des horreurs, traitées successivement comme des marchandises, des criminelles, des indésirables.
    Même l’arrivée en Corée du Sud, qui devrait être la fin du calvaire, puisque ce pays considère les Nord-Corréens comment des citoyens, a été difficile. Yeonmi ne savait pas comment se comporter, comment vivre cette liberté terrifiante, comment penser par elle-même sans qu’il y ait forcément de mauvaise réponses.

    De plus, la Corée du Sud étant un pays très élitiste et compétitifs, dès son arrivée, les officiels et les professeurs ont fait sentir à Yeonmi qu’elle n’avait aucune chance de se créer une vie meilleure et ce n’est que grâce à sa ténacité que la jeune fille a franchi les différents obstacles que l’on mettait encore en travers de sa route.

    Aujourd’hui militante pour le respect des droits de l’homme en Corée, Yeonmi est victime de sévères critiques. Son récit est jugé peu crédible (même si beaucoup de ses détracteurs sont des pro-Nord-Corréens).
    La première critique qui lui est faite est que d’autres transfuges ne racontent pas les mêmes exactions de la part du régime Nord-Coréen. Pour moi cette critique ne tient pas la route pour deux raisons : d’une part, avec la corruption qu’il y a dans ce pays, les habitants de deux villages différents ont pu être traités de manières plus ou moins sévères. Ensuite, il faut prendre en compte que, même sortis de Corrée du Nord, bon nombres de transfuges ont peur des représailles et se refuse à donner une image trop négative du régime.
    La seconde critique la plus rencontrée est que Yeonmi s’emmêle parfois dans les faits, les dates etc… Ici encore, ce n’est pas très probant car Yeonmi avait seulement 13 ans quand elle a fui en Chine. Vu son âge et ce qu'elle a traversé, il est possible qu'elle attribue à une personne les actions d'une autre, que ses repères temporels ne soient pas toujours parfaits et que son esprit ait pu combler certains blancs sans qu'elle en ait conscience. De là à penser qu’elle a inventé son histoire, c’est aller un peu loin.

    Pour finir, je dirai que le récit de Yeonmi est bouleversant mais que jamais l’auteur ne tombe dans le larmoyant ou se répète pour tirer des larmes aux lecteurs. L’auteur ne veut pas de la pitié de la communauté international, elle veut dénoncer les horreurs de son pays et celles commises par les passeurs et intermédiaires chinois qui se livrent ni plus ni moins au trafic d’êtres humains.

     

    Un extrait : Le Yalu serpente comme la queue d’un dragon entre la Chine et la Corée du Nord pour rejoindre la mer Jaune. À Hyesan, il débouche dans la vallée du mont Paektu, où la ville de 200 000 habitants s’étend entre les collines ondoyantes et un haut plateau recouvert de champs, de bosquets d’arbres et de tombes. Le fleuve, généralement calme et peu profond, gèle complètement en hiver, qui dure une bonne partie de l’année. C’est l’endroit le plus froid de Corée du Nord, avec des températures qui descendent parfois jusqu’à -40 °C. Seuls les plus résistants y survivent.

    Hyesan, c’était chez moi.

    Sur l’autre rive du fleuve, se trouve la ville chinoise de Changbai, dont un grand pourcentage de la population est d’origine coréenne. Les familles des deux côtés de la frontière commercent les unes avec les autres depuis des générations. Enfant, dissimulée dans l’obscurité, je scrutais souvent depuis la berge les lumières de Changbai de l’autre côté du fleuve, me demandant ce qu’il se passait au-delà des limites de ma ville. C’était excitant d’observer les feux d’artifice colorés qui explosaient dans le ciel de velours noir durant les fêtes et pour le Nouvel An chinois. Nous n’avions pas cela de notre côté de la frontière. Parfois, lorsque je descendais au fleuve pour remplir mes seaux d’eau et que le vent soufflait dans la bonne direction, je pouvais sentir la bonne odeur de nourriture, des nouilles et des raviolis chinois qu’on préparait dans les cuisines de l’autre côté. Ce même vent apportait les voix des enfants chinois qui jouaient sur la rive opposée.

    « Hé, toi ! Tu as faim ? criaient les garçons en coréen.

    — Non ! Tais-toi, espèce de gros Chinois ! » leur répondais-je.

    C’était un mensonge. En réalité, j’avais très faim mais à quoi bon s’en plaindre ?

     

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  • [Livre] Before I fall

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    Résumé : Et s’il ne vous restait plus qu’un jour à vivre ? Que feriez-vous ? Qui aimeriez-vous embrasser ? Et surtout à quel sacrifice seriez-vous prête pour changer votre destin ?" Samantha Kingstone a tout pour elle : le petit copain le plus craquant du monde, trois meilleures amies géniales, et une cote de popularité illimitée. Ce vendredi de février aurait dû être un jour comme les autres. Un jour parfait dans une vie de rêve. Mais ce vendredi de février est le dernier pour Sam. Pourtant elle va obtenir une deuxième chance. Ou plutôt six chances. Six jours pour démêler le mystère entourant sa mort. Six occasions de découvrir la vraie valeur de tout ce qui l’entoure. Ce vendredi est le dernier jour de la vie de Sam. Ou le premier ?


    Auteur : Lauren Oliver       

     

    Edition : Hachette

     

    Genre : Young Adult

     

    Date de parution : 29 Mars 2017

     

    Prix moyen : 18€

     

    Mon avis : Le roman est une version adolescente du film « un jour sans fin » avec Bill Murray. Dans le film, comme dans le roman, le personnage principal est insupportable et revit la même journée en boucle jusqu’à ce qu’il change d’attitude.
    Je ne me souviens plus de ce qui provoque la boucle temporelle dans le film, mais, dans le roman, il s’agit d’un accident de voiture dans lequel Sam, le personnage principal, va mourir.
    Sam et ses copines sont le type même des filles que je détestais au lycée (et que je ne supporte toujours pas d’ailleurs) : de sales pestes qui n’utilisent leur popularité pour torturer les autres, les humilier et ainsi se donner l’impression d’avoir une existence fabuleuse (Vous remarquerez qu’il est assez rare dans les films que les filles populaires soient amicales, ouvertes et traitent bien l’ensemble de leurs camarades…).

    J’ai eu beaucoup de mal à m’attacher à Sam car, même quand elle comprend qu’elle doit s’améliorer, elle se cherche toujours des excuses pour justifier son comportement. A l’entendre la faute vient forcément des autres. Cette fille est un vrai mouton qui suit aveuglément l’alpha de sa meute : Lindsay.
    Au fil des jours que revit Sam, j’ai appris à connaitre Lindsay et j’ai fini par avoir de la compassion pour elle car toute son attitude semble être dictée par la peur du rejet. Ca ne l’excuse pas de tout, mais ça permet de comprendre pourquoi elle est devenue comme ça.
    En revanche, Sam n’a aucune excuse. D’ailleurs elle ne modifie son attitude, au début, que par intérêt.
    Sans que ce soit trop répétitif, car chaque infime détail changé par Sam modifie le déroulement de la journée de manière assez radicale, j’ai trouvé que les états d’âmes de Sam étaient parfois longs et mal placés.
    Au final, il y a une chose qui a « sauvé » ma lecture : le dernier jour (et la fin).
    D’une part, c’est le seul jour où Sam est sincère dans les changements qu’elle opère, ensuite, quand on lit le roman, on n’imagine absolument pas une fin de ce style et l’auteur nous prend complètement au dépourvu en « changeant les règles » dans un certain sens.

    Je ne peux pas expliquer mon point de vue sur la fin plus en détail sans spoiler donc je me contenterai de dire que j’ai adoré cette fin qui casse les codes de ce type d’histoire pour adolescents. A présent, je suis curieuse de voir le film !

     

    Un extrait : D’après certains, juste avant de mourir, on voit sa vie entière défiler devant ses yeux. Ça n’a pas été mon cas.

    Pour être honnête, la perspective de ce passage en revue final m’a toujours fait frémir. Comme dirait ma mère, certains souvenirs méritent de rester aux oubliettes. Personnellement, j’aimerais autant ne pas me rappeler la dernière année du primaire (époque bénie où je portais des lunettes et un appareil dentaire rose). Et qui aimerait revivre sa rentrée au collège ?

    Ajoutez à ça les vacances familiales rasoirs, les cours de maths sans intérêt, les règles douloureuses et les baisers ratés, qui donnent suffisamment de fil à retordre la première fois…

    En revanche, je l’avoue, ça ne me dérangerait pas de revivre mes plus beaux souvenirs. La fois où nous nous sommes embrassés, Rob Cokran et moi, au milieu de la piste de danse lors de la soirée du lycée, au vu et au su de tous. La fois où nous avons bu, Lindsay, Elody, Ally et moi, au point de vouloir faire des anges dans la neige au mois de mai et de saccager la pelouse des parents d’Ally. La fête de mes seize ans, pour laquelle nous avions allumé une centaine de petites bougies et dansé sur la table de jardin. Le Halloween où Lindsay et moi avons fait une blague à Clara Seuse qui nous a valu d’être poursuivies par les flics et nous a procuré une crise de rire si violente que nous avons failli en vomir. Voilà ce dont j’aimerais me souvenir, ce pour quoi j’aimerais qu’on se souvienne de moi.

    Sauf qu’avant de mourir, je n’ai pensé ni à Rob ni à aucun autre mec. Je n’ai pas non plus pensé à tous les scandales dont nous nous étions rendues coupables, mes amies et moi. Je n’ai pensé ni à ma famille, ni à la lumière matinale qui colore les murs de ma chambre d’une teinte jaune pâle, ni même à l’odeur des azalées devant ma fenêtre en juillet, mélange de miel et de cannelle.

    Non, au lieu de tout ça, j’ai pensé à Vicky Hallinan.

    Plus exactement à ce cours de gym, en CM1, où Lindsay avait lancé devant la classe entière qu’elle ne voulait pas de Vicky Hallinan dans son équipe de balle aux prisonniers. « Elle est trop grosse, avait-elle lâché, n’importe qui pourrait la toucher les yeux fermés. » Je n’étais pas encore amie avec Lindsay, mais déjà à l’époque elle avait de l’esprit, et je m’étais marrée avec tout le monde en voyant Vicky devenir aussi rouge qu’un coucher de soleil.

    Voilà ce qui m’est revenu juste avant de mourir, au moment où j’étais censée avoir une révélation sur mon passé : l’odeur du caoutchouc et les crissements de nos baskets sur le parquet verni, mon short en polyester trop serré, les éclats de rire résonnant dans l’immense gymnase comme s’il contenait bien plus de vingt-cinq personnes.

    Et l’expression de Vicky.

     

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  • [Livre] Sisters

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    Résumé : Irène avait trois ans quand ses parents l’ont abandonnée. Sa sœur, Eléonore, en revanche, ils l’ont gardée. Mais leur mère vient de mourir, et Eléonore l’a retrouvée.
    En acceptant d’assister aux funérailles, Irène espère comprendre enfin ce qu’il s’est passé trente ans plus tôt. Elle croyait que ses parents ne voulaient plus d’elle. Et si la vérité était plus terrible encore ? 


    Auteur : Michelle Adams

     

    Edition : Bragelone

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 14 Juin 2017

     

    Prix moyen : 19,50€

     

    Mon avis : Dès le début, dès les premières lignes, on sait sans l’ombre d’un doute qu’El est une malade mentale, au sens médical. Au vu de son attitude, je pense que c’est une sociopathe.
    La relation entre Irène et El est clairement toxique mais quand on voit les relations d’Irène avec les autres membres de sa famille, que ce soit son père ou sa tante, ainsi que ses relations avec son petit ami, on se rend compte que la jeune femme n’a de bonnes relations avec personne et que tous ses problèmes relationnels ramènent toujours à El.
    Manipulatrice, sadique, violente, instable, El terrorise tout le monde et j’ai eu beaucoup de mal avec les justifications que tout le monde trouve pour ne pas avoir dénoncé cette malade à la police.
    L’excuse « c’est la famille » ne peut pas fonctionner pour tout.
    J’ai trouvé que l’histoire met très longtemps à se mettre en place. J’ai trouvé que l’histoire tournait beaucoup en rond autour de l’attitude d’El sans que ça fasse vraiment avancer l’histoire et celle-ci ne décolle vraiment qu’à la moitié du roman.
    Là, les choses s’enchaînent assez vite et l’ampleur de la psychologie instable et perverse d’El se révèle dans toute sa splendeur.
    Le problème pour Irène c’est que tout le monde ment dans cette histoire, tout le monde a quelque chose à cacher et ça ne facilite pas la tâche d’Irène.
    J’ai eu beaucoup de mal avec Antonio, le compagnon d’Irène, qui est, à mes yeux, un vrai parasite. Pour ne citer qu’un exemple, le mec fait des cadeaux à Irène et à lui-même et ce, toujours avec l’argent d’Irène bien entendu.
    J’ai eu du mal aussi avec les deux flics, surtout la femme, qui sont dans le jugement constant sur les relations d’Irène avec sa famille alors qu’ils ne savent rien de la manière dont Irène a été traité par sa famille.
    En revanche, j’ai beaucoup aimé Matt qui, même s’il a, lui aussi, des failles et des secrets, est sûrement le personnage le plus équilibré et le plus sain dans le livre.
    Si j’ai une réserve, c’est sur la fin que je trouve à la fois précipitée et incomplète.
    Plein de questions restent en suspend et je n’ai pas trop appréciée. Sans aller jusqu’à la trouver bâclée, je trouve qu’elle aurait pu être bien meilleure.

     

    Un extrait : J’opte pour un aller simple, car j’ignore quand je serai en état de rentrer chez moi. Cette idée me fait perdre aussitôt le peu d’assurance que j’ai pu puiser. Antonio ne me propose pas de m’accompagner. Peut-être qu’un peu d’air lui fera du bien. Peut-être que ça nous fera du bien à tous les deux.

    - Viens te recoucher, maintenant, dit-il.

    Antonio m’emmène en me tenant par la main, comme une adolescente qui s’apprête à se faire sauter pour la première fois. On se glisse dans les draps. Il me prend dans ses bras et m’embrasse.

    Une sensation qui m’a manqué ces derniers temps, alors qu’il s’est montré de plus en plus froid et distant. Je m’abandonne à son étreinte, en essayant de retrouver mes sensations d’antan. Mais ce n’est pas le cas. Le toucher d’Antonio est anguleux, comme si nous étions deux pièces de puzzle qui ne vont pas ensemble. Sa présence auprès de moi n’a plus le pouvoir de balayer le passé, comme avant.
    Le réveil affiche maintenant 2 :46. Le temps s’écoule de plus en plus lentement. Chaque seconde m’enfonce un peu plus loin sous la surface. Je pourrai battre des pieds tant que je veux, ça n’y changera rien. Le compte à rebours a commencé, vers ce rendez-vous inéluctable, avec une femme silencieuse qui a été ma mère. Entourée par la nuit et les bras d’Antonio, je me demande quelle terrible bêtise je viens de faire.
    Je n’aurais pas dû dire à El que je venais. J’aurais dû ignorer la voix au fond de moi qui me disait que j’avais une dette envers elle. J’aurais dû m’enfuir en courant, comme je l’ai fait il y a des années quand, en pyjama, les larmes dégoulinant de mon visage et le bras en sang, j’ai compris que ma seule chance de survie était de m’éloigner d’elle. Cette journée nous a séparées pour de bon, en même temps qu’elle nous a liées l’une à l’autre définitivement. Ce jour-là, El m’a sauvé la vie. Elle m’a aussi terrifiée, plus que jamais.
    Ce n’est pas seulement la soif d’en savoir plus qui me ramène au bercail. J’ai besoin de revoir El, aussi. Je suis irrémédiablement liée à elle, en dépit du danger. Je n’y peux rien. J’ai cru pouvoir la repousser, toutes ces années durant, mais j’en suis incapable. Je croyais que je pouvais me passer d’elle. C’est faux. Et cette idée me terrifie, parce que, quand El ma annoncé la mort de notre mère, et que j’ai oublié de lui demander comment elle est morte, j’avais une bonne raison d’oublier. Je n’avais pas besoin de le lui demander. Je sais comment elle est morte. Je suis sûre que c’est El qui l’a tuée.

     

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  • [Livre] Rue du bonheur

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    Résumé : Johanna, aide-soignante et célibataire, est la mère de deux adolescentes. Son ex-mari, Calle, s'est installé à Stockholm avec sa nouvelle petite amie et rechigne à lui payer sa pension alimentaire. Johanna tente de joindre les deux bouts et d'élever au mieux ses filles. Un jour, elle gagne 20 millions de couronnes au loto. 


    Auteur : Anna Fredriksson

     

    Edition : France Loisirs

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 2015

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : Dans ce roman, j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages. A part Fanny, la nouvelle compagne de Calle, et Sara, sa fille, les autres me sont apparus comme plutôt antipathiques.
    Johanna semble incapable d’essayer d’être heureuse. Malgré son gain qui la sort de sa situation difficile, elle continue à se comporter comme lorsqu’elle n’avait pas assez d’argent pour acheter à manger. Elle est terne, ne fait rien pour se faire des amies malgré les diverses tentatives de ses collègues de travail. Elle se pose en victime permanente, surtout dans son divorce avec Calle. Au début, je pensais que Calle l’avait quitté du jour au lendemain pour Fanny, plus jeune, plus pétillante, plus riche. Mais on se rend vite compte que sa relation avec la jeune femme est récente. Et j’ai été sidérée quand j’ai connu les circonstances de leur séparation.
    Calle ne vaut pas tellement mieux. Il ne vit que pour l’argent, l’ascension sociale. Si je peux comprendre qu’il prend là une revanche sur son enfance malheureuse, il y a des limites et Calle est insupportable d’arrogance. Il est dans la représentation permanente. Un vrai m’as-tu-vu. La seule chose qui compte pour lui est l’image qu’il montre aux autres.
    L’auteur présente les petites villes comme des lieux peu évolués où les mentalités volent au ras des paquerettes. Le harcèlement que subit Sara en est l’exemple majeur (d’ailleurs, la colère m’a pris quand j’ai vu les excuses invoquées. Sara aurait une part de responsabilité dans ce harcèlement parce qu’elle serait trop intelligente et qu’elle aurait du se mettre au niveau de ses camarades).
    Je trouve injuste et réducteur de laisser entendre qu’une telle chose n’aurait pas pu avoir lieu dans une grande ville, « tellement plus évoluées intellectuellement » et plus ouvertes d’esprit que les bourgades étriquées.
    Si le harcèlement scolaire n’avait pas lieu dans les grandes villes, ça se saurait.
    Finalement, Fanny est la seule qui relève le niveau : gentille, volontaire, forte et déterminée, c’est une vraie bouffée d’air frais dans cette famille recomposées.
    Il n’y a pas de grand retournement de situation dans la lignée du « Bon sang, mais c’est… bien sûr » du capitaine Bourrel dans les cinq dernières minutes.
    Juste l’histoire d’une famille recomposée, parfois un peu décomposée, où chacun essaie simplement de trouver sa place.

     

    Un extrait : Elles dorment encore toutes les deux, paquets informes sous leur couette.
    — Coucou, les filles, lance Johanna. Il est l’heure de se réveiller. Papa ne va pas tarder à arriver.
    Elles commencent à gigoter, lentement et à contrecoeur.
    Johanna parcourt la pièce des yeux. Des vêtements sont éparpillés sur le sol, les chaises et les montants des lits. Des brosses à cheveux, du maquillage et des manuels scolaires. Les valises sont béantes, à moitié prêtes. Une bande dessinée gît, ouverte, à côté du lit de Sara.
    — Ne vous rendormez pas. Il faut que vous ayez le temps de finir vos valises. Allez, debout.
    Elle leur passe la main dans les cheveux.
    — Mhm. Deux minutes.
    Comme d’habitude, seule Agnes répond. Sara reste muette. Pourvu qu’elle n’ait pas en tête de refuser d’y aller. Ça lui arrive parfois, et il faut alors une sérieuse séance de négociations pour la faire changer d’avis.
    Johanna attrape quelques habits sur un tas et essaie de déterminer s’ils sont propres ou sales. Elle aperçoit un jean, un t-shirt et un chemisier qu’elle a repassés l’autre jour, à nouveau froissés. 
    Elle continue à sélectionner des affaires dans la pile de vêtements, sans vraiment savoir ce qu’elle cherche à faire. Mettre de l’ordre dans ce chaos semble mission impossible. Puis elle attrape un sweat-shirt en coton roulé en boule. Il est humide et dégage une odeur désagréable.
    - Sara

    Pas de réponse.

    - Sara

    - Mhm ?

    Sara ouvre les yeux. Johanna tend le sweat sous son nez.

    - Qu’est ce que c’est que ça ?

    - Quoi ?

    - Le sweat. Il est humide et il sent mauvais. Qu’est-ce que tu as fait ?

    Sara se tourne vers le mur et referme les yeux.
    - Tu as renversé quelque chose ? Pourquoi ne l’as-tu pas mis à la lessive ?

    - C’est rien.

    - Vraiment ? Tu ne peux pas me regarder ?

    Sara se contorsionne. Johanna lui montre le vêtement.

    - Qu’est-ce qui sent comme ça ?

    - Du lait.

    Une brève pause.

    - Comment ça se fait ?

    Sara garde le silence, puis elle se redresse dans son lit et se frotte les yeux.
    — C’est des copains de classe, mais c’était juste pour rigoler.
    — Ils ont versé du lait sur ton sweat ? s’étonne Johanna. Pour rigoler ?
    Agnes relève la tête de son oreiller et les observe.
    Elle a cette expression déterminée dans les yeux, ce regard mûr, qui n’exprime pas seulement la révolte, mais impose le respect. À quinze ans, elle est sensiblement plus adulte et raisonnable que Sara, âgée de treize ans. Il se passe beaucoup de choses en deux ans.
    — Bon, d’accord, abdique Johanna. Levez-vous et habillez-vous maintenant.
    Elle emporte le sweat et le jette dans la corbeille à linge en passant devant sa chambre. Elle consulte l’heure : dix heures et demie. Elle entend ses filles se lever et commencer à se préparer. Bien. Pas de mutinerie cette fois-ci.

     

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