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Romans contemporains

  • [Livre] Les contes de crimes

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    Résumé : Imprégné des personnages des frères Grimm ou de Charles Perrault, l’auteur se livre ici à une réécriture un tantinet diabolique des contes ayant bercé notre enfance. Machiavélique, le mariage improbable des contes de fées avec le roman policier produit des monstruosités, des vengeances fatales de personnages depuis toujours persécutés : Cendrillon, lolita victime d'un prince héritier, la Belle au bois dormant, otage pathétique d'un époux déséquilibré.

    Inspirant la mise en scène macabre d'un tueur en série qui opère au cyanure, Blanche-Neige pose une énigme à C. Marmaduke Perthwee, fantasque détective des fées qui sait faire parler les nains de jardin, troublante signature du meurtrier. Rondement troussés par l'elficologue Pierre Dubois, Les Contes de crimes exhalent la musique envoûtante de ce familier du " Merveilleux Voisinage ". Noirs à souhait, ils font aussi entendre un humour sardonique qui fait frissonner.

     

    Auteur : Pierre Dubois

     

    Edition : Folio

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 02 avril 2009

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : Pierre Dubois revisite les contes de fées à la sauce criminelle. J’ai trouvé dommage que les différentes histoires soient aussi inégales en longueur, en qualité et en intérêt. Autant j’ai trouvé très bien Le petit chaperon rouge ou cendrillon, autant j’ai trouvé Peter Pan et Rapunzel trop longs, trop alambiqués et au final brouillons.
    Je suis d’autant plus déçue que d’une part on m’avait dit beaucoup de bien du livre et que j’en attendais donc sûrement trop et d’autre part que je trouvais l’idée de remanier les contes de fées pour en faire des affaires criminelles tout simplement géniale.
    Ici j’ai trouvé la lecture longue et contraignante et j’avoue que j’ai parfois lu en diagonale certaines digressions interminables.
    D’autant plus que l’auteur s’amuse dans des tournures de phrases alambiquées, un vocabulaire plus que soutenu, des envolées lyriques etc… tant de choses qui ont ralenti ma lecture parce que j’ai trouvé que ce style n’était pas adapté au type de texte que voulait nous présenter l’auteur. J’aurais aimé plus de sobriété, qu’il aille un peu plus souvent droit au but.
    A part quelques nouvelles comme cendrillon ou le petit chaperon rouge, on ne retrouve pas grand-chose du conte originel dans ces histoires, et pour moi, du coup, il n’y a pas revisite de contes. Pierre Dubois aurait pu tout aussi bien écrire des nouvelles avec des protagonistes issus de son imagination, j’aurais moins eu l’impression d’être trompée sur la marchandise.
    Une lecture un peu laborieuse, même si j’ai réussi à aller jusqu’au bout. Mais sûrement un livre que je ne garderais pas, ni en mémoire, ni dans ma bibliothèque.

     

    Un extrait : Il était une fois une damoiselle rose et rousse dotée de tous les avantageux apanages propres aux vraies princesses - celles à qui un petit pois glissé sous cent matelas, en leur dormant, torture la peau de lys. Elle passait ses jours, comme il se doit, à ne rien faire de ses dix doigts, sinon se mirer, se coiffer, se manucurer. Ou bien, la mode n'étant plus au teint d'ivoire et veines bleues, à bronzer au bord de ses piscines et toutes les nuits à sortir en boîte.
    A dire vrai ce n'était pas sa pantoufle qu'elle abandonnait aux douze coups du clair de Lune !
    Or si, insatiablement, la gourgandine se complaisait au marivaudage, libertinait et consommait à en décrocher les baldaquins, c'était toujours en compagnie de douteux pointeurs, de gandins, de snobs noctambules, mais jamais, au grand jamais, avec de nobles et gents partis censés lui offrir l'anneau d'or du mariage.
    Toujours elle dédaignait ses prétendants qui, avec quelques espoirs, s'en venaient dès potron-minet faire antichambre pour s'en repartir bredouille et fort marris à la brune.
    Trouvant l'un, président-directeur général, trop vieux, ce jeune financier trop gros, cet autre-là trop maigre, trouve chauve ou fat... Mais surtout, se moquait-elle d'un brave roi de la couture de haut luxe aux rondes rentes mais dont le menton présentait une légère asymétrie."
    "Tiens ! se gaussait-elle, il a le menton de travers comme le bec d'une grive... C'est Barbe de Grive !

     

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  • [Livre] Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants et puis...

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    Résumé : Ils vécurent heureux, eurent beaucoup d'enfants et puis... La beauté de la princesse se fane, la Belle éprouve des regrets, Jack dilapide tout l'argent qu'il avait reçu pour ses haricots magiques... Dix contes revisités avec une bonne dose de cynisme et un soupçon d'humour noir par Michael Cunningham. Adieu les étoiles dans les yeux, l'heure du désenchantement a sonné.

     

    Auteur : Michael Cunningham

     

    Edition : 10/18

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 17 mars 2016

     

    Prix moyen : 7€

     

    Mon avis : En ce mois de janvier j’ai décidé de me consacrer aux contes et revisites de contes. C’est donc tout naturellement que mes copinautes m’ont conseillée ce livre, et, ma foi, pour le prix, je n’allais pas me priver.
    On a ici un recueil de nouvelles, chacune n’étant pas très longue et égratignant allégrement les happy ends des contes traditionnels.
    J’ai beaucoup aimé le style de l’auteur, même dans le cas où la nouvelle ne me plaisait pas plus que ça, ce qui est arrivé à une ou deux reprises.
    Parfois le conte ne fait aucun doute comme pour blanche neige, la belle et la bête ou encore Jack et le haricot magique. Parfois en revanche, on a plus de mal à identifier le conte, on se demande même s’il n’y a qu’un conte particulier qui est visé ou si l’auteur a décidé d’égratigner le genre même du conte à travers sa nouvelle.
    Il y a un certain humour, même si les nouvelles sont le plus souvent malsaines et/ou glauques, mais j’avoue que malgré tout, j’ai eu plusieurs fois le sourire aux lèvres.
    Evidemment, la lecture de ce livre est à déconseiller à ceux qui ne jurent que par Disney et refusent obstinément de connaitre une autre version des contes.
    En revanches, ceux qui ont lu les « vrais » contes, ceux qui savent que les mignonnes colombes crèvent les yeux des sœurs de Cendrillon, que la méchante reine a tenté de tuer Blanche Neige 3 fois, que la petite sirène n’a jamais épousé son prince, que la mère du prince charmant de la belle au bois dormant était une ogresse de la pire espèce ou encore que le chasseur n’a été rajouté à l’histoire du petit chaperon rouge que tardivement, eux, pourront trouver beaucoup de plaisirs à la lecture de ces revisites, non de contes, mais de fins de contes.

     

    Un extrait : Nous ne parlons pas ici d’un garçon intelligent. Ce n’est pas un gosse à qui vous pouvez vous fier pour emmener sa mère à sa séance de chimio, ou fermer les fenêtres quand il pleut.
    Encore moins pour vendre la vache, quand sa mère et lui n’ont plus un rond, et que la vache est leur dernier capital.
    Nous parlons d’un garçon qui n’a pas parcouru la moitié du trajet jusqu’à la ville chargé du dernier bien de sa mère qu’il a déjà vendu la vache à un inconnu pour une poignée de haricots. Le type prétend que ce sont des haricots magiques, ce qui suffit à Jack, semble-t-il. Il ne demande même pas quel genre de magie les haricots sont censés accomplir. Peut-être vont-ils se transformer en sept superbes épouses qui lui sont destinées. Peut-être prendront-ils la forme des sept péchés mortels qui le harcèleront comme des mouches jusqu’à la fin de son existence.
    Jack ne doute pas. Jack n’est pas porté sur les questions. Jack est le garçon qui dit « Waouh, mec, des haricots magiques, sans blague ? »

     

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  • [Livre] Où passe l'aiguille

    Je remercie Véronique Mougin pour cette excellente lecture

     

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    Résumé : Et voici Tomas, dit Tomi, gaucher contrariant, tête de mule, impertinent comme dix, débrouillard comme vingt, saisi en 1944 par la déportation dans l'insouciance débridée de son âge, 14 ans. Ce Tom Sawyer juif et hongrois se retrouve dans le trou noir concentrationnaire avec toute sa famille. Affecté à l'atelier de réparation des uniformes rayés alors qu'il ne sait pas enfiler une aiguille, Tomas y découvre le pire de l'homme et son meilleur : les doigts habiles des tailleurs, leurs mains invaincues, refermant les plaies des tissus, résistant à l'anéantissement. À leurs côtés, l'adolescent apprendra le métier. Des confins de l'Europe centrale au sommet de la mode française, de la baraque 5 aux défilés de haute couture, Où passe l'aiguille retrace le voyage de Tomi, sa vie miraculeuse, déviée par l'histoire, sauvée par la beauté, une existence exceptionnelle inspirée d'une histoire vraie.

    Auteur : Véronique Mougin

     

    Edition : Flammarion

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 31 janvier 2018

     

    Prix moyen : 21€

     

    Mon avis : Enfin j’ai pu me poser et lire tranquillement ce livre. Je l’ai depuis un bon moment, depuis quelques temps avant sa sortie, mais j’ai passé deux mois où je ne lisais que quelques pages par-ci, par-là, entre deux portes, sur le coin d’une table ou d’un oreiller et, vu le sujet de ce livre, et la période à laquelle il se déroule, je voulais vraiment pouvoir prendre mon temps.
    Autant le dire tout de suite, c’est un coup de cœur. Le premier livre de Véronique Mougin était plein d’humour et de légèreté ; celui-ci est dur et tendre à la fois, il est poignant et superbe, malgré les horreurs dont il témoigne.
    J’ai passé mon temps à reposer ce bouquin pour digérer un peu le récit. Pas longtemps, puisque je voulais savoir la suite, mais quelques minutes, parfois une heure entière, surtout pendant la partie se passant dans les camps de concentration. Parce que c’est un récit qui tient en partie du témoignage et que c’est dur, très dur. Rien ne nous est épargné, et pourquoi nous l’épargnerait-on, Tomas et les siens n’ont pas été épargnés, eux.
    Je crois que l’image qui m’a le plus poursuivie, tout au long du récit, est la seule qui laisse planer le doute, l’espoir, mais qui, en même temps, m’est apparue comme la plus terrible : c’est celle de la mère de Tomas qui est dans la file des femmes et enfants, avec Gabor, le petit frère. Le temps de détourner le regard quelques secondes et ils ont disparus.
    Quand on sait que les nazis avaient pour habitude de gazer les femmes et les enfants dès leur arrivée, mais qu’en même temps, certains, hélas très rares, trop rares, ont survécu… difficile de ne pas y penser au fil du texte, de ne pas espérer qu’ils aient pu passer entre les mailles du filet…
    L’horreur est omniprésente, elle arrive par les nazis, bien entendus, mais également par les autres prisonniers, promus « kapo » abusant de leur peu d’autorité ou simple détenus profitant de leur faible supériorité physique pour abuser de leur compagnons d’infortune. Comme si se montrer aussi cruel que les nazis allait adoucir leur propre sort.
    Tomas est un adolescent qui refuse de plier, il refuse de se laisser gentiment mourir. En perpétuelle opposition avec son père, il magouille, triche, ment, vole, prend des risques, fait tout ce qu’il peut pour sortir du lot mais pas trop, être remarqué mais pas remarquable, bref survivre à l’enfer du camp.
    J’ai eu du mal avec le père de Tomas. J’ai eu l’impression que chacune de ses décisions étaient prises sans penser aux autres, avec pour seul soucis de respecter les règles. Il ne semble pas comprendre que le monde dans lequel il vit désormais n’a plus de règle, que ce n’est pas parce qu’il se montre obéissant qu’il sera épargné.
    Il m’a choqué à plusieurs reprises, j’ai eu l’impression qu’il préférait voir mourir son fils plutôt que de le voir faire preuve d’une audace dangereuse alors qu’il n’avait plus rien à perdre.
    Après la guerre, il ne change pas d’attitude, il continue à vouloir imposer son mode de vie et sa vision des choses sans jamais penser qu’il pourrait avoir tort (Du moins pendant la plus grande partie de sa vie).
    J’ai beaucoup aimé que le récit soit entrecoupé de chapitres en italique nous révélant les pensées de divers personnages de l’entourage de Tomas qui montrent souvent que ce qu’ils pensent est très différent des pensées que leur prête l’adolescent.
    Après la guerre, après les camps, on pourrait penser que le pire est passé, que tout va aller mieux. Alors, oui, dans un sens le pire est passé, mais il reste la suspicion, les frontières qui ont bougées, son village qui n’appartient plus au même pays qu’avant, le pillage dont sa famille a été victime pendant son absence, rien ne va, tout a changé.
    Alors c’est le départ, vers un autre pays, un autre avenir. C’est à Paris que Tomas va trouver sa voie, se réconcilier pour de bon avec la couture, et même la haute couture. Il n’avait pas la même vision du métier que son père et, ne sachant pas qu’une autre manière de l’exercer existait, il l’avait rejeté en bloc. Il va se réinventer dans un métier où rien n’est jamais figé, où tout change à une vitesse folle, où il faut de l’audace et du talent, en plus d’un travail acharné, pour espérer survivre.
    Ce talent, Tomas le possède ; le travail, il a eu l’exemple de son père pour savoir que rien ne tombe tout cuit dans le bec, et l’audace, s’il en avait déjà avant la guerre, les camps et sa rage de vivre l’ont décuplée.
    Pourtant, il y a une chose que Tomas refuse de faire : se souvenir. Jusqu’à ce qu’une petite cousine décide d’écrire un livre sur son histoire. Et qu’il accepte d’ouvrir la boite de pandore et de raconter…

     

    Un extrait : Suis pas si bête, j’ai dit « tu t’occuperas du chat » pour le rassurer, le Tomi. Mais il va partir aussi, ma main à couper. Les Allemands ne nous ont pas envahis pour des prunes, ils vont nous prendre. Paraît que les gendarmes regroupent déjà ceux de mon village pour les emmener travailler. Travailler où, tout le monde se le demande, moi je m’en fous pas mal ; travailler comment, ça oui, j’aimerais bien qu’on me le dise. Pour m’entraîner avant. Parce qu’il faudra que j’y arrive, et tout de suite. Si seulement je savais ce qu’ils vont nous demander… Mon père et les autres pourront peut-être m’aider, si c’est trop difficile. C’est pour ça que je rentre en vitesse. Manquerait plus qu’ils s’en aillent sans moi.
    Il m’aurait pas dit au revoir, le môme. Je lui en veux pas, il est têtu. C’est pas une tête qu’il a, c’est un pavé. Une bourrique est moins obstinée que lui. C’est de famille, son grand-père, son oncle, tous sur le même modèle, tous dans le tissu, tous des bourriques. Surtout son père, et je sais de quoi je parle : M. Kiss, quand il a une idée dans la tête, il l’a pas au pied. Je me souviens, avant tous les problèmes, il employait un ouvrier à la boutique, Abel, un bon couturier, et un musicien du tonnerre. Le patron lui a dit : « Tu apprendras le violon au petit. » Quand Abel jouait un air, ça collait des frissons à tout l’atelier mais quand Tomi empoignait le machin, c’était les vitres qui tremblaient. La rigolade… Il en aurait crevé de rage, le petit, il détestait ça. Son père a insisté : « Il apprendra, un point c’est tout. » Alors le môme a épluché le violon. Le premier jour, il a retiré une corde, puis il a dépiauté un morceau de bois, encore une corde… Au bout de trois semaines c’était plus un instrument de musique, c’était un trognon de pomme. Le patron a cédé : Tomi a laissé tomber le violon, un point c’est tout. De toute façon, si on le force il s’enfuit et on le retrouve perché dans l’arbre, quand on le retrouve… Celui-là, on le mettra pas dans une case. Moi c’est le contraire, j’aimerais bien y entrer, dans les cases, mais j’y arrive pas. J’arrive pas à grand-chose, à cause de ma tête, ou alors c’est Dieu qui m’a fait comme ça mais pourquoi ? Je donnerais cher pour savoir quel travail ils vont nous donner, les Allemands.
    L’important, c’est qu’ils me demandent pas de coudre. J’y peux rien, ça veut pas. Quand je sculpte, ça va, les morceaux s’associent dans ma tête, ils tournent, c’est beau comme une valse d’Abel, j’entends le rythme d’abord, les mouvements arrivent, ensuite y a plus qu’à suivre les pas. Avec les tissus, rien. Pour la boucherie, c’était pareil : je distinguais pas un quasi de veau d’une côte d’agneau. On m’a même placé chez un comptable, y a pas eu moyen. Les choses normales, ça marche pas avec moi. Même la fille de l’autre fois, la brune du bordel, elle m’a regardé et je ne sais plus comment elle a tourné sa phrase mais ça voulait dire : t’es totalement à côté de la plaque. Elle m’a raccompagné à la porte et rien fait payer. Je rentre pas dans les cases, moi. Y a peut-être même pas de case pour moi. Quand j’y pense ça me fait mal et il comprend ça, Tomi… Il va me manquer, le môme. Je donnerais tout, tout pour savoir dans quoi on va bosser.

     

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  • [Livre] Jamais plus

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    Résumé : Lily Blossom Bloom n’a pas eu une enfance très facile, entre un père violent et une mère qu’elle trouve soumise, mais elle a su s’en sortir dans la vie et est à l’aube de réaliser le rêve de sa vie : ouvrir, à Boston, une boutique de fleurs. Elle vient de rencontrer un neuro-chirurgien, Lyle, charmant, ambitieux, visiblement aussi attiré par elle qu’elle l’est par lui. Le chemin de Lily semble tout tracé. Elle hésite pourtant encore un peu : il n’est pas facile pour elle de se lancer dans une histoire sentimentale, avec des parents comme les siens et Atlas, ce jeune homme qu’elle avait rencontré adolescente, lui a laissé des souvenirs à la fois merveilleux et douloureux. Est-ce que le chemin de Lily est finalement aussi simple ? Les choix les plus évidents sont-ils les meilleurs ?

     

    Auteur : Colleen Hoover

     

    Edition : Hugo Roman

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 11 mai 2017

     

    Prix moyen : 17€

     

    Mon avis : Ce roman est le premier que je lis de Colleen Hoover et pour un coup d’essai, c’est un coup de maître… ou en tout cas un coup de cœur.
    Et pourtant, j’ai détesté l’auteur pendant la majeure partie du livre, je lui en ai voulu de me faire ressentir des émotions si diamétralement opposées ! Et surtout, je lui en ai voulu de m’avoir fait tomber amoureuse pour me briser le cœur dans les chapitres suivants.
    Et pourtant, je ne changerais pas une ligne de ce roman.
    On assiste à un roman plus ou moins en deux parties qui s’entremêlent. Il y a l’histoire de Lily telle qu’elle la vie de nos jours, alors qu’elle a 24 ans, et son adolescence qu’on découvre au travers de sa plongée dans son journal intime de l’époque qu’elle écrivait sous forme de lettres adressées à son idole : Ellen DeGeneres. Dans ces lettres elle parle de la violence de son père à l’égard de sa mère, mais aussi de sa rencontre avec Atlas avec qui elle va nouer une belle relation.
    J’ai beaucoup aimé les personnages. Oui, tous les personnages sans exception, même si j’ai eu des coups de cœur plus prononcé pour certains, comme Allysa, l’amie et belle-sœur de Lily qui est vraiment parfaite. Elle est drôle, aimante, forte, compatissante… J’ai été très triste pour elle au début du livre, mais tellement contente de voir son évolution au fil du livre.
    Lilly est une jeune femme forte, bien que fragilisée par les évènements de son adolescence, par le fait que sa mère n’ait jamais quitté son père et qui pense que cette dernière était faible.
    Comme beaucoup de femmes, Lilly pense savoir exactement comment elle réagirait si elle était elle-même confrontée à la violence et juge facilement sa mère pour sa manière d’avoir géré les choses. Elle a du mal à réaliser qu’on ne peut pas savoir à l’avance comment on réagirait car chaque cas est différent.
    C’est tellement dur de parler de ce livre sans spoiler parce que c’est justement les éléments qui composent l’intrigue principale qui nous font traverser tant d’émotions.
    Je trouve que le titre anglais, It ends with us, est bien plus révélateur et bien plus parlant que le titre français.
    A la fin du livre, une note de l’auteur explique pourquoi elle a écrit ce roman, d’où elle tient son inspiration. Ne passez pas à côté de cette note ! Vraiment ! Elle est aussi bouleversante que le roman en lui-même.

     

    Un extrait : Au-dessus des objets qu’il contient apparaît un anneau de bois en forme de cœur. Je passe les doigts dessus en me remémorant le soir où il m’a été offert. Dès que les souvenirs reviennent, je l’écarte. La nostalgie est une étrange chose.

    Je sors quelques anciennes lettres, quelques coupures de presse que je mets également de côté. En dessous, je trouve enfin ce que je cherchais… tout en espérant ne pas le trouver.

    Mes journaux pour Ellen.

    Je passe également les mains dessus. Il y en a trois dans cette boîte, mais je dirais qu’au total il en existe huit ou neuf. Je n’en ai jamais relu aucun après les avoir écrits.

    Quand j’étais plus jeune, je refusais d’admettre que je tenais un journal parce que ça faisait trop stéréotype. En fait, j’étais même parvenue à me convaincre que j’avais trouvé le truc le plus cool qui soit, qui n’avait techniquement rien d’un journal. J’adressais chacun de mes écrits à Ellen DeGeneres car je regardais son talk-show depuis ses débuts, en 2003, alors que j’étais encore une petite fille. Je l’enregistrais tous les jours et me le repassais en rentrant de l’école ; j’étais persuadée qu’Ellen m’aimerait beaucoup si elle faisait ma connaissance. Je lui écrivis régulièrement jusqu’à mes seize ans, des lettres qui ressemblaient plutôt à des pages de cahier. Bien entendu, je savais que ça ne pouvait en rien l’intéresser et j’avais eu la présence d’esprit de n’en envoyer aucune. Mais j’aimais lui adresser mes réflexions, si bien que ça resta le cas jusqu’à ce que j’arrête, purement et simplement.

    J’ouvre un deuxième carton à chaussures où se trouvent d’autres extraits, sors le journal de l’année de mes quinze ans, le feuillette à la recherche du jour où j’ai rencontré Atlas. Jusque-là, je n’avais rien vécu de particulièrement intéressant, ce qui ne m’avait pas empêchée de remplir des pages depuis six années.

    Je m’étais juré de ne jamais les relire mais, après la disparition de mon père, j’ai beaucoup repensé à mon enfance. Peut-être qu’en les parcourant de nouveau, je trouverai la force de pardonner. À moins que ça ne me rende encore plus amère.

    Je m’allonge sur le canapé et commence à lire.

     

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  • [Livre] La pâtissière de Long Island

    Je remercie Babelio et sa masse critique ainsi que les éditions J'ai lu pour cette lecture

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    Résumé : Pour l'empêcher de fréquenter l'homme qu'elle aime, le père de Marie décide de l'envoyer aussi loin que possible de leur petit village de Frise orientale : à New York, chez ses deux frères. Avec pour seuls bagages son coeur brisé et la recette secrète de son gâteau au fromage blanc, elle débarque à Brooklyn en ce froid mois de novembre 1932, à la fois fascinée et terrifiée par ce qui l'entoure. Elle est bien loin de se douter de l'incroyable destin que lui réserve le Nouveau Monde.

    Des décennies plus tard, Rona, sa petite-nièce en plein revers professionnel et sentimental, vient lui rendre visite. Marie lui raconte son histoire et lui confie la recette du cheesecake qui doit changer sa vie.

     

    Auteur : Sylvia Lott

     

    Edition : J'ai Lu

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 2017

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : J’ai découvert un roman avec une écriture très agréable. Le passé, avec l’histoire de Marie, est écrit à la 3ème personne du singulier et le présent, avec celle de Rona, est à la première personne du singulier, ce qui permet de bien distinguer les parties (même si elles se confondent difficilement).
    Du côté de l’histoire et des personnages, j’ai trouvé que le père de Marie se comporte de manière odieuse. Certes, nous qui connaissons l’Histoire, savons qu’en envoyant sa fille aux USA contre son gré en 1932, il lui a permis de ne pas être en Allemagne lors de la montée en puissance d’Hitler et de la seconde guerre mondiale, mais ses raisons pour l’éloigner sont lamentables.
    Bien entendu, il décide de qui, de ses enfants, va reprendre son travail, sans se préoccuper une seconde de leurs envies.
    Marie m’a énervée à ce moment-là. Quand elle prend le bateau, elle se dit que le ressentiment enfoui vaut mieux qu’une crise ouverte. C’est encore une manière pour l’autre partie d’avoir la conscience tranquille et de se dire que si elle ne proteste pas c’est qu’au fond d’elle, elle sait que son père à raison.
    La vie aux USA est dépaysante. D’un côté, il y a ses frères, surtout son frère aîné, Willi, qui tente d’avoir la même autorité que son père sur sa sœur sans y parvenir, de l’autre il y a toutes les possibilités qui s’offrent à elle.
    Marie va se construire une nouvelle vie, avec l’aide d’une recette secrète de cheesecake qui va faire sa réputation et entrainer bien des choses, positives ou non.
    C’est cette recette qui fait le lien entre Marie et Rona, sa petite-nièce qui vit des instants difficiles en 2003. Venue rendre visite à sa grand-tante, celle-ci est en pleine reconstruction après des échecs tant professionnels que sentimentaux.
    Si elle ne croit pas vraiment au « pouvoir » du cheesecake, elle va être passionnée par l’histoire de la vie de Marie. Et prendre exemple sur elle pour se reconstruire.
    Le secret du cheesecake m’a obsédé toute ma lecture ! A chaque page, j’espérais qu’on saurait enfin ce qui faisait sa particularité.
    Rona est moins présente que Marie mais son histoire est tout aussi intéressante. Cela dit, c’est clairement l’histoire de Marie qui fait tout l’intérêt du roman. Certains passages de la fin m’ont un peu attristée, mais on pouvait s’y attendre et ce sentiment de tristesse s’évanoui vite.
    J’ai dévoré ce livre de près de 600 pages en moins d’une journée !

     

    Un extrait : « Reste donc avec nous, Rona », m’a prié tante Marie le troisième jour. Elle était assise avec son frère pour le thé de l’après-midi dans la véranda couverte. « C’est bien qu’une autre personne de la famille connaisse les vieilles histoires, quand nous ne serons plus là. »

    J’ai pris place dans un confortable fauteuil en rotin.

    « Nous parlions à l’instant de la famille d’Imke Wilken. »

    J’ai haussé les épaules : « Je ne la connais pas. »

    Après tout j’avais grandi dans une ville à vingt kilomètres de Südrhauderfehn, dans laquelle mes parents avaient une entreprise textile, et je n’étais toujours qu’en visite ou en vacances chez mes grands-parents, dans la maison des parents de ma mère – ce qui me convenait tout à fait.

    « Les Wilken », a insisté mon grand-père comme si je devais m’en souvenir, « ce sont ceux dont la maison, au cœur du marais, tombe en ruine !

    – Ah ! » Cela fit tilt. « Cette étrange famille qui vit totalement à l’écart et dont la maison ne tient plus que grâce au lierre… C’est d’eux que tu parles ?

    – Tout à fait. Ils ont perdu une fille, a expliqué tante Marie, Imke, c’était son nom.

    – C’est pour cela que ses parents et ses sœurs sont devenus si étranges, a ajouté Papi.

    – J’ai connu Imke, elle était dans la même classe que moi, nous avons chanté ensemble dans la chorale, a précisé ma grand-tante.

    – La famille n’a jamais surmonté ça. Cela devait être au début des années trente. L’été avant que tu ne partes en Amérique, non ? »

    Le regard grave de Tante Marie se perdait dans un lointain imaginaire. « Je me souviens très bien de ce jour, a-t-elle dit posément. Je sais même que c’était un mardi, un mardi de juin 1932…

    – …et tu étais amoureuse du p’tit maît’ d’école. »

    Tante Marie a acquiescé.

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  • [Livre] La perle et la coquille

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    Résumé : Kaboul, 2007 : les Talibans font la loi dans les rues. Avec un père toxicomane et sans frère, Rahima et ses sœurs ne peuvent quitter la maison. Leur seul espoir réside dans la tradition des bacha posh, qui permettra à la jeune Rahima de se travestir jusqu’à ce qu’elle soit en âge de se marier. Elle jouit alors d’une liberté qui va la transformer à jamais, comme le fit, un siècle plus tôt, son ancêtre Shekiba. Les destinées de ces deux femmes se font écho, et permettent une exploration captivante de la condition féminine en Afghanistan.

     

    Auteur : Nadia Hashimi

     

    Edition : Milady

     

    Genre : roman contemporain

     

    Date de parution : 17 juin 2016

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : L’auteur nous dévoile parallèlement les histoires de Shekiba et de Rahima, la première étant l’arrière-arrière-grand-mère de la seconde. Les deux histoires, qui ont eu lieu à un siècle d’intervalle, sont étrangement similaires malgré les années qui les séparent. A première vue, on se dit que les choses n’ont pas changé et puis on se rend compte que non, certaines choses ont changé, mais qu’il y a eu un retour en arrière, surtout au niveau du sort des femmes.
    En 1911, Shekiba perd toute sa famille du choléra. Si elle essaie de continuer à vivre seule un temps, son secret est vite découvert, et, ses oncles convoitant la terre de son père, l’envoie vivre avec sa grand-mère qui la traite en esclave. Il faut dire que Shekiba traine deux boulets : le premier est un visage à moitié brûlé lors d’un accident domestique dans un pays qui ne tolère pas les handicaps. Le second est que son père a refusé d’épouser la femme qui lui destinait pour choisir à la place celle qui sera la mère de Shekiba. Avec un prénom qui, ironiquement, signifie cadeau, Shekiba va passer de mains en mains pour échouer au harem du roi, non pas comme concubine, mais comme garde. En effet, le roi, paranoïaque, refuse que ses femmes soient gardées par des hommes et leur préfère des femmes déguisées en homme. Une nouvelle liberté pour Shekiba, mais aussi un cadeau empoisonné.
    Un siècle plus tard, Rahima, 9 ans, est retirée de l’école avec ses sœurs par son père car des garçons les ennuient sur le trajet, et que dans ces cas-là, la faute retombe sur les filles qui sont vite mal vues par les voisins.
    Sur les conseils de leur tante Shaima, Rahima va être transformée en Bacha Posh : une fillette que l’on déguise en garçon jusqu’à ce qu’elle soit en âge de se marier afin qu’elle puisse aider sa famille et servir de chaperon à ses sœurs. Mais après avoir goûté une telle liberté, le retour à une vie de femme, avec en plus un mariage détestable va être un véritable drame dans la vie de Rahima.
    A travers les deux histoires, l’auteur dénonce les conditions de vie des femmes qui ne sont que des objets que l’on peut déplacer, vendre, louer, au gré des envies des hommes de la famille, et qui ne connaissent qu’une vie d’esclavage et de violence, souvent sous la coupe d’une belle-mère qui prend une revanche sur la vie en maltraitant ses belles-filles.
    Au cours de l’histoire de Shekiba, on reprend espoir pour les femmes quand le nouveau roi veut les libérer de leur voile, leur donner une voix. Mais force est de constater qu’un siècle plus tard, surtout dans les campagnes, les conditions de vie ne se sont absolument pas améliorées, et ceux malgré des lois censées en faire des citoyennes à part entière.
    La plume de Nadia Hashimi est puissante, pendant la moitié du livre, j’ai tremblé pour ses héroïnes, j’ai pleuré, j’ai trépigné… bref, comme on dit, je l’ai vécu intensément et j’ai eu un énorme coup de cœur !

     

    Un extrait : En effet, quand vint le moment d’affronter notre père, la petite fille de neuf ans que j’étais alors ne fit pas la fière. Lèvres scellées, je gardai mes pensées pour moi. Au bout du compte, Padar-jan décida une fois de plus de nous retirer de l’école.

    Nous le suppliâmes de changer d’avis. Une des professeurs de Parwin, une amie d’enfance de Madar-jan, vint même à la maison pour raisonner mes parents. Padar-jan avait déjà fléchi par le passé mais cette fois-ci, c’était différent. Il aurait préféré que nous soyons scolarisées mais ne voyait pas comment faire pour que cela se passe sans encombre. Que penseraient les gens en voyant ses filles pourchassées par des garçons du village ? Des choses affreuses, pour sûr.

    — Si j’avais eu un fils, ce genre de choses n’arriverait pas ! Bon sang ! Fallait-il que nous ayons une maison pleine de filles ? Pas une, pas deux, mais cinq ! s’énervait-il.

    Pendant ce temps, Madar-jan s’occupait des tâches domestiques, le dos courbé sous le poids de la déception.

    Les humeurs de notre père avaient empiré ces derniers temps. Madar-jan nous conseillait de nous taire et de nous montrer respectueuses. Elle nous expliqua qu’une accumulation de malheurs s’était abattue sur Padar-jan, d’où ses colères répétées. Si nous nous comportions bien, nous dit-elle, il reviendrait bientôt à son état normal. Pourtant, nous avions de plus en plus de mal à nous souvenir d’un temps où Padar-jan n’était pas furieux et ne criait pas.

    Comme nous étions à la maison, je reçus pour mission de m’occuper des courses. Mes sœurs aînées étaient mises en quarantaine puisqu’elles étaient plus âgées et attiraient donc davantage l’attention. Quant à moi, encore parfaitement transparente aux yeux des garçons, je ne risquais rien.

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  • [Livre] Prodigieuses créatures

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    Résumé : Dans les années 1810, à Lyme Regis, sur la côte du Dorset battue par les vents, Mary Anning découvre ses premiers fossiles et se passionne pour ces « prodigieuses créatures » dont l’existence remet en question toutes les théories sur la création du monde. Très vite, la jeune fille issue d’un milieu modeste se heurte aux préjugés de la communauté scientifique. Celle-ci, exclusivement composée d’hommes, la cantonne dans un rôle de figuration.

    Mary Anning trouve heureusement en Elisabeth Philpot une alliée inattendue. Cette vieille fille intelligente et acerbe, fascinée par les fossiles, l’accompagne dans ses explorations. Si leur amitié se double peu à peu d’une rivalité, elle reste leur meilleure arme face à l’hostilité générale.

     

    Auteur : Tracy Chevalier

     

    Edition : Folio

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 04 octobre 2012

     

    Prix moyen : 9€

     

    Mon avis : Je n’ai jamais lu de roman de cet auteur mais pour un coup d’essai c’est (presque) un coup de maître. Je n’ai pas eu de coup de cœur mais j’ai vraiment passé un excellent moment de lecture.
    Si on m’avait mis ce livre entre les mains sans rien m’en dire, je n’aurais jamais cru que l’auteur était une femme moderne. Bon, bien évidemment, au fil de la lecture, la critique à peine voilée de ces hommes qui tour à tour refusent d’imaginer que le monde ait pu être différent de ce qu’il est aujourd’hui, puis s’approprie les découvertes de Mary Anning car elle n’est qu’une femme, m’aurait fait me douter que ce n’était pas une contemporaine de Jane Austen qui avait écrit cette histoire.
    Pour autant, l’ambiance générale nous plonge vraiment en 1810, avec ses codes, et la séparation nette et quasiment infranchissable des différentes classes sociales.
    Avant d’arriver à la fin du livre et de lire la postface, j’ignorais totalement que Mary Anning et Elizabeth Philpot avaient réellement existé. Je pense que j’aurais lu avec une attention différente si j’avais su à l’avance que ce récit n’était pas purement fictif.
    Les hommes qui refusent l’idée même que les fossiles soient des créatures disparues, malgré les preuves de plus en plus évidentes, m’ont vraiment énervée. Leur argument est que Dieu a créé toutes les créatures peuplant la Terre et qu’il ne pouvait pas les avoir détruites. Au-delà des preuves scientifiques, j’ai envie de leur répondre sur leur propre terrain (bon ok, ça fait longtemps qu’ils ne sont plus là pour qu’on leur réponde mais quand même) : Puisqu’on dit que les Voies de Dieu sont impénétrables, de quel droit est ce que de simples mortels s’arrogent-ils le droit de dire ce que Dieu pourrait ou non décider de faire de Ses créatures ?
    J’ai beaucoup aimé que l’histoire se déroule sur plusieurs années ce qui permet de voir l’évolution des personnages, surtout de Mary qui n’est qu’une fillette au début de l’histoire et est une jeune femme à la fin.
    J’ai moins apprécié le changement de narrateur d’un chapitre sur l’autre. Ce n’est pas tellement ce changement en lui-même qui m’a dérangée, mais plutôt le fait que rien ne nous indique le changement de narrateur : c’est au changement de ton et à la manière dont les autres personnages sont nommés que l’on sait laquelle des deux femmes, d’Elizabeth ou Mary, est en train de s’exprimer.
    Quoi qu’il en soit, on plonge dans l’univers des fossiles, on tremble d’indignation devant l’attitude de certains messieurs, la mère de Mary nous énerve et force l’admiration en même temps.
    On referme le livre avec l’envie d’aller nous promener sur cette plage d’Angleterre (mais pas trop près des falaises) pour voir si, comme Mary, on a « l’œil ».

     

    Un extrait : Je ne me souviens pas d’un temps où je n’aurais pas été sur la plage. Maman disait toujours que la fenêtre était ouverte quand je suis née, et que la première chose que j’ai vue quand ils m’ont soulevée dans leurs bras c’était la mer. L’arrière de notre maison de Cockmoile Square donnait dessus, à côté de Gun Cliff, et dès que j’ai su marcher je partais là-bas sur les rochers, avec mon frère Joe qui était un peu plus grand pour me surveiller et m’empêcher de me noyer. À certaines époques de l’année, il y avait plein d’autres gens dans les parages, qui allaient vers le Cobb, regardaient les bateaux, ou partaient se baigner dans les cabanes de baigneurs, dont on aurait dit des cabinets d’aisance montés sur quatre roues. Il y en avait même qui se baignaient en novembre.

    Joe et moi on se moquait d’eux, ils ressortaient trempés, frigorifiés et malheureux, comme des chats qu’on a plongés dans l’eau, mais ils se persuadaient que ça leur faisait du bien. J’ai eu mon compte d’accrochages avec la mer au fil des années. Même moi, pour qui les heures des marées sont aussi naturelles que les battements de mon cœur, je me suis laissé prendre en cherchant des curios. Je me retrouvais cernée par la mer qui montait, et je devais marcher dans l’eau ou grimper sur les falaises pour rentrer. Pourtant je me suis jamais baignée volontairement, pas comme ces dames de Londres qui viennent à Lyme pour leur santé. Moi, j’ai toujours mieux aimé la terre ferme, les rochers, plutôt que la mer.

    La mer, je la remercie de me donner des poissons à manger, de libérer les fossiles des falaises, ou de les ramener depuis ses fonds sur la plage.

    Sans la mer, les os resteraient enfermés dans leurs tombes rocheuses pour toujours, et on n’aurait pas d’argent pour se nourrir et se loger. Des curios, j’en ai cherché depuis aussi longtemps que je me souviens. Pa m’emmenait sur la plage et il me montrait où regarder, il m’expliquait ce qu’étaient les différents fossiles : des vertèbres, des griffes du diable, des serpents de Ste Hilda, des bézoards, des éclairs, des lys de mer…

    Très vite j’ai pu chasser toute seule. Même quand on part chasser avec des gens, on n’est pas à côté d’eux à chaque pas. On peut pas être dans leurs yeux à eux, on doit se servir de ses propres yeux, regarder à sa propre façon. Deux personnes peuvent examiner les mêmes rochers et voir des choses différentes. L’un verra un morceau de silice, l’autre un oursin. Quand j’étais petite et que j’allais chasser avec Pa, il lui arrivait de trouver des vertèbres à un endroit que j’avais déjà inspecté. « Regarde », il disait, et il tendait le bras pour en ramasser une qui se trouvait juste à mes pieds. Alors il se moquait de moi : « Va falloir que tu cherches mieux que ça, ma p’tite ! » Ça ne m’a jamais dérangée : après tout, c’était mon

    père et c’était normal qu’il en trouve plus que moi, et qu’il m’apprenne le métier. J’aurais pas voulu être plus douée que lui. Pour moi, chercher des curios c’est comme chercher un trèfle à quatre feuilles : c’est pas l’intensité avec laquelle on cherche, mais la façon dont une chose peut tout à coup vous paraître différente. Mon regard parcourt un carré de trèfles, et je vois 3, 3, 3, 3, 4, 3, 3. Les quatre feuilles me sautent tout simplement aux yeux. Pareil avec les curios : je déambule sur la plage, mes yeux se promènent sur les galets sans réfléchir, et hop là, je repère la forme allongée d’une bélem, la courbe et les stries d’une ammo, ou encore le grenu d’un os par rapport au poli du silex… Leur aspect les fait ressortir du fouillis autour. Chacun chasse de manière différente. Miss Elizabeth étudie la paroi de la falaise, les rochers plats et les pierres avec une telle concentration qu’on croirait que sa tête va éclater. Elle en trouve, des choses, mais ça lui coûte un effort énorme.

    Elle a pas l’œil comme moi.

  • [Livre] Le testament de Marie

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    Résumé : Ils sont deux à la surveiller, à l'interroger pour lui faire dire ce qu'elle n'a pas vu. Ils dressent de son fils un portrait dans lequel elle ne le reconnaît pas, et veulent bâtir autour de sa crucifixion une légende qu'elle refuse. Seule, elle tente de s'opposer au mythe que les anciens compagnons de son fils sont en train de forger.

     

    Auteur : Colm Toibin

     

    Edition : Robert Laffont

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 20 août 2015

     

    Prix moyen : 14€

     

    Mon avis : Marie, mère de Jésus, un nom qu’elle refuse désormais de prononcer, est enfermée dans une petite maison, interrogée et harcelée par deux hommes qui veulent lui faire raconter une version de l’histoire qui n’est pas la sienne.
    Inlassablement, elle refuse de raconter leur vérité, et nous livre ce qu’elle a réellement vu. Comment ces hommes ; qu’elle nomme « la horde », ont manipulé le peuple, combien son fils a changé, à quel point elle ne le reconnait plus, combien elle l’a vu s’éloigner d’elle, méprisant ses avertissements, se montrant plein d’arrogance et de morgue.
    Marie refuse le mythe que les « apôtres » veulent créer autour de la crucifixion, elle est blessée, traumatisée par la mort de son fils, par le souvenir de ses hurlements, de la façon dont il s’est débattu pour échapper au sort auquel on l’a destiné.
    Elle est aussi folle d’une rage contenue de voir que l’on continue à essayer de lui faire raconter une version arrangée de l’histoire alors qu’elle-même est proche de la mort et n’aspire qu’à un peu de calme et de tranquillité.
    Elle refuse cette nouvelle doctrine que l’on tente d’imposer en se servant de son fils comme symbole. Elle a toujours été profondément croyante, juive, et n’a jamais été l’une des fidèles de Jésus.
    Au final, Marie est une mère, une femme ordinaire, pas une sainte, une femme à laquelle le besoin de reconnaissance d’une bande de fauteur de troubles a arraché son fils.

    Ce texte est écrit à la première personne. Colm Toibin donne une voix à la mère de Jésus, l’éloignant de l’image figée qu’ont donné d’elle les tableaux et les écritures. Les paroles sont simples mais ont une force incroyable, faisant ressortir toute la peine de Marie, sa culpabilité aussi de n’avoir pas pu sauver son fils, de n’avoir pas essayé davantage. Il y a peu de dialogues, on assiste à un long monologue mais à aucun moment on ne ressent de longueur ou de fatigue de lire ce texte si dense.
    Le roman n’est pas très long : à peine 126 pages, mais ce sont 126 pages d’une intensité à couper le souffle.
    Un coup de cœur, vraiment, et un roman à côté duquel il serait dommage de passer !

     

    Un extrait : Il y a une chaise ici qui n’a jamais servi. Ailleurs, peut-être, oui, dans le passé, mais elle a franchi le seuil de cette pièce à une époque où j’avais désespérément besoin de penser aux années où j’avais connu l’amour. J’ai décidé qu’elle resterait vide. Elle appartient à la mémoire, elle appartient à un homme qui ne reviendra pas, dont le corps est poussière mais qui avait autrefois une puissance dans le monde. Il ne reviendra pas. La chaise est pour lui, car il ne reviendra pas. Je ne lui garde ni eau, ni nourriture, ni une place dans mon lit, ni bribes d’information susceptibles de l’intéresser. Je veille seulement à ce que cette chaise reste vide. Ce n’est pas une grande occupation. Parfois je la regarde en passant et c’est tout ce que je suis capable de faire. Peut-être est-ce assez, et peut-être y aura-t-il un temps où je n’aurai pas besoin d’avoir près de moi un objet qui me le rappelle. Tout à la fin de mes jours, le souvenir de lui se retirera peut-être plus profondément dans mon cœur et tout secours extérieur deviendra superflu.

    Je savais, par leur indélicatesse, leur façon d’entrer comme s’ils envahissaient l’espace de la pièce, qu’à un moment donné l’un des deux choisirait cette chaise. Il le ferait avec désinvolture, comme s’il n’y avait aucun enjeu, de manière à déjouer ma résistance. Mais j’étais prête.

    « Pas celle-là, ai-je dit, aussitôt qu’il a écarté la table et tiré la chaise, que j’avais pris soin de coincer contre le mur.

    — Quoi ?

    — L’autre oui, mais pas celle-là.

    — À quoi sert une chaise, sinon à s’asseoir ? Je n’ai pas le droit de m’asseoir sur une chaise ? »

    Le ton était plus insolent que menaçant, mais il contenait un élément de menace.

    « Personne ne s’assoit sur cette chaise, ai-je dit à voix basse.

    — Personne ? »

    J’ai encore baissé la voix.

    « Personne. »

    Mes visiteurs se sont entreregardés. J’ai attendu sans tourner la tête. J’essayais de paraître inoffensive, quelqu’un qu’il ne vaut pas la peine de défier, surtout sur un point tel que celui-là, un caprice, une toquade de bonne femme.

    « Et pourquoi donc ? » a-t-il repris avec une douceur ironique.

    « Pourquoi ? » a-t-il insisté, comme s’il s’adressait à une enfant.

    Je pouvais à peine respirer. J’ai posé les mains sur le dossier de la chaise la plus proche, mon cœur avait presque cessé de battre et j’ai senti qu’il ne faudrait pas longtemps pour que toute vie en moi, le peu qu’il en reste, s’en aille, tout simplement, comme une flamme s’éteint par un jour de grande chaleur – une brise légère, un tremblement soudain, et puis fini, plus rien, comme si elle n’avait jamais brûlé.

    « Pas cette chaise, ai-je dit.

    — Je veux une explication.

    — Cette chaise est là pour quelqu’un qui ne reviendra pas.

    — Mais il reviendra.

    — Non. Il ne reviendra pas.

    — Ton fils reviendra.

    — Cette chaise est pour mon mari. »

    J’ai répondu comme si l’imbécile, cette fois, c’était lui. J’étais contente en le disant, comme si le simple fait de prononcer le mot « mari » avait fait surgir dans la pièce quelque chose, ou l’ombre de quelque chose, qui était suffisant pour moi, mais pas pour eux. Et puis il s’est avancé, il a empoigné la chaise. Il me tournait le dos.

    J’étais prête. Sur la table, il y avait un couteau affuté. Je m’en suis emparée. La lame n’était pas dirigée vers eux, mais mon mouvement pour le saisir avait été si vif que j’ai capté leur attention. Je les ai regardés à tour de rôle.

    « J’en ai un autre caché, ai-je dit. Si vous touchez de nouveau à cette chaise, si vous la touchez, j’attendrai, et ensuite je viendrai la nuit, aussi silencieuse que l’air, vous n’aurez pas le temps de crier. Croyez-moi, je le ferai, n’en doutez pas un instant. »

    Je me suis détournée comme si j’avais du travail. J’ai lavé deux cruches qui n’avaient pas besoin d’être lavées, puis je leur ai demandé d’aller me chercher de l’eau. Je savais qu’ils avaient envie d’être seuls. Après leur départ, j’ai replacé la chaise contre le mur, et la table devant la chaise. Le temps était peut-être venu d’oublier l’homme que j’avais épousé, puisque je ne tarderais pas à le rejoindre, de toute façon. Peut-être fallait-il rendre cette chaise à son insignifiance, mais je le ferais un jour où ce ne serait plus un enjeu. Je romprais son pouvoir au moment que j’aurais moi-même choisi.

  • [Livre] Le sari vert

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    Résumé : Une brève rencontre amoureuse tandis que l'aube se lève sur la plage de Bombay, la paix d'un village chinois épargné par la guerre, des cendres qui vont se dispersant sur les flots du Gange l'impossible dialogue entre un soldat américain et une jeune coréenne, la nostalgie d'une vieille orientale perdue dans les rues de New York...

    De Pékin à Delhi, des Philippines à la Corée, - d'un récit à l'autre -, Pearl Buck nous livre les multiples visages de cette Asie qui n'a cessé d'occuper son esprit et son cœur depuis plus de trente ans et dont elle connaît comme personne les rites et les couleurs, les raffinements et la misère, la sagesse, la permanence...
    L'Orient pose encore à l'Occident de multiples énigmes. Pour les résoudre, Pearl Buck nous propose des clefs précieuses.

     

    Auteur : Pearl Buck

     

    Edition : J’ai lu

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 1969

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : Bien que classé par l’éditeur français en roman contemporain, il s’agit ici d’un recueil de nouvelles n’ayant aucun lien les unes avec les autres.
    D’ailleurs le titre français : « Le sari vert » n’est que le titre de l’une d’entre elle. En anglais, le titre était plus révélateur du contenu proposé dans ce livre puisqu’il s’intitule : « The Good Deed and Other Stories ». L’une des nouvelles s’intitulant « la bonne action » on comprenait aisément qu’il y avait là une compilation de petites histoires.
    Du coup, m’attendant à un roman, j’ai été un peu déçue de voir que ce n’était pas le cas.
    Les histoires sont sympathiques, mais sans plus. Je n’ai pas eu l’impression d’en apprendre plus que ce que les films et livres de fictions nous apprennent de la culture chinoise. J’attendais bien plus de Pearl Buck et d’un livre dont le quatrième de couverture dit : « L'Orient pose encore à l'Occident de multiples énigmes. Pour les résoudre, Pearl Buck nous propose des clefs précieuses. » Ces fameuses clefs, je les cherche encore.
    Même si chaque petite histoire est intéressante, je leur reproche un défaut commun : une fin en queue de poisson. A aucun moment je n’ai eu l’impression que ces histoires étaient finies tant leur chute est abrupte et appelle au moins une phrase de conclusion.
    La lecture n’est pas pénible, mais voilà un livre qui sera oublié aussi vite qu’il a été lu !

    Un extrait : Un jour, brusquement, Wu Lien décida de rentrer dans son pays. Depuis six ans qu'il habitait New York, il s'était fait à cette existence agréable où il menait librement sa vie privée et exposait ses aquarelles une fois par an dans une célèbre galerie d'art. Mais au fond de lui-même il s'avouait qu'il avait le mal du pays : il regrettait la Chine et spécialement Pékin où il avait fait la connaissance de la vie, au sortir de son village natal, Wu Chia Hsiang. A New York, il avait appris à apprécier les Américains, sans mal d'ailleurs car il les trouvait d'une gentillesse puérile, mais il avait des crises de nostalgie, surtout au printemps, obsédé par la pensée de Pékin avec ses grandes rues poussiéreuses, les bourgeons de grenade prêts à éclater et aussi le village natal des Wu, avec ses saules et ses cerisiers en fleurs.

    En tant qu'artiste, il refusait fermement de céder à cette nostalgie d'un pays maintenant gouverné par une puissance étrangère. Car il était persuadé que, chinois ou non, le communisme était une idéologie étrangère et il ne tenait pas à vivre sous sa coupe.

             Toutefois, il avait l'esprit trop pratique pour se leurrer : certains Chinois, sur le plan individuel, se trouveraient aussi à l'aise sous ce régime que des canards dans une mare. Même dans son village, il se rappelait un cousin au neuvième degré, dont le caractère tyrannique était modéré à grand-peine par le reste de la famille. Ce cousin, il en était sûr, serait le premier à se dresser pour combattre des êtres tels que lui, Wu Lien, c'est-à-dire des artistes qui ne cherchaient qu'à peindre leurs aquarelles en paix.

  • [Livre] Brooklyn

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    Résumé : Enniscorthy, sud-est de l’Irlande, années 1950. Comme de nombreux jeunes de sa génération, Eilis Lacey, diplôme de comptabilité en poche, ne parvient pas à trouver du travail. Par l’entremise d’un prêtre, sa sœur Rose obtient pour elle un emploi aux États-Unis. En poussant sa jeune sœur à partir, Rose se sacrifie : elle sera seule désormais pour s’occuper de leur mère veuve et aura peu de chance de se marier. Terrorisée à l’idée de quitter le cocon familial, mais contrainte de se plier à la décision de Rose, Eilis quitte l’Irlande. À Brooklyn, elle loue une chambre dans une pension de famille irlandaise et commence son existence américaine sous la surveillance insistante de la logeuse et des autres locataires…

     

    Auteur : Colm Toibin

     

    Edition : 10/18

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 18 octobre 2012

     

    Prix moyen : 9€

     

    Mon avis : J’ai eu envie de lire ce livre depuis que j’ai vu la bande annonce pour son adaptation ciné. Oui oui, la bande annonce, je n’ai toujours pas vu le film (je voulais lire le livre avant).
    Brooklyn est un livre assez court d’à peu près 330 pages et, pendant la première moitié du roman, il ne se passe pour ainsi dire rien. On voit le quotidien de Eilis, depuis sa traversée en bateau et son arrivée à New York. On la voit aller au travail, rentrer dans sa pension irlandaise, aller à la paroisse… Le seul moment un peu plus intense dans cette première partie est quand elle nous fait une sorte de dépression, liée au mal du pays et que le prêtre lui déniche un cours du soir pour qu’elle soit assez occupée pour ne pas se dire que l’Irlande lui manque.
    Dans cette première partie, bien que l’écriture de l’auteur soit très belle, je n’ai rien retrouvé de ce qui m’a attirée dans la bande annonce. Ce dilemme auquel doit être confrontée Eilis, tiraillée entre Amérique et Irlande, entre Tony et Jim.
    Bien sûr, ça fini par arriver. Enfin Tony fini par arriver. Car entre son arrivée et les évènements auxquels on s’attend, il y a encore de longues pages o on le voit venir la chercher à la fin de son cours du jeudi, l’emmener au bal le vendredi, la sortir le samedi…
    Finalement, toute la tension qu’on ressent en voyant la bande annonce va avoir lieu en l’espace d’une cinquantaine de pages. Pourtant, on n’a pas l’impression que le déroulé de ces évènements est bâclé. J’ai une petite réserve sur la fin qui, bien qu’elle soit conforme à ce que j’espérais, aurait pu être un peu plus développée.
    Du coté des personnages, j’ai trouvé la famille d’Eilis extrêmement égoïste. Pas Rose, qui au contraire fait tout pour que sa sœur ait une vie meilleure, mais ses frères et sa mère. Après l’évènement qui va obliger Eilis à revenir voir sa mère en Irlande, aucun de ses frères ne prend contact avec elle, et quand l’un d’eux le fait, c’est pour la culpabiliser, pour s’assurer qu’elle va rentrer en Irlande et donc ne pas obliger l’un d’entre eux à rentrer d’Angleterre (le voyage est pourtant bien plus court). Quant à sa mère, quand sa fille revient la voir, elle ne lui pose aucune question sur sa vie en Amérique, comme si elle pouvait effacer le fait qu’elle y a envoyé sa fille. Elle fait comme si Eilis lui avait dit qu’elle revenait définitivement en Irlande, l’obligeant à différer son retour à Brooklyn, sans jamais se demander ce que veux sa fille. Elle ne pense qu’à son confort. Et ce n’est pas une question vitale, mais juste qu’elle ne veut pas vivre seule.
    Quant à Miss Kelly, la propriétaire de l’épicerie en Irlande et Mme Kahoe, la logeuse d’Eilis à Brooklyn, elles me font toutes les deux penser à Mme Oleson dans la petite maison dans la prairie : méchantes, se mêlant de tout, autoritaires, s’empressant d’aller diffuser la moindre petite information qu’elles croient détenir sur les gens qui les entourent…
    J’ai regretté qu’Eilis soit aussi timorée avec ces personnes, qu’elle ne s’impose pas plus en disant clairement ce qu’elle voulait faire.
    A certains moments, j’ai trouvé qu’elle agissait un peu en gamine gâtée, surtout concernant Tony qu’elle semble considérer comme importun quand elle n’a pas besoin de lui, et indispensable quand elle est désemparée.
    Je pense toutefois qu’elle a pris la bonne décision, même si son comportement avant qu’elle la prenne n’est pas toujours très glorieux et que se cacher derrière le fait qu’elle n’ose pas dire les choses telles qu’elles sont est un peu facile.
    Même si la première partie du roman est assez lente, j’ai apprécié ma lecture, j’ai beaucoup aimé découvrir la nouvelle vie d’Eilis et j’ai régit comme elle quand j’ai appris l’évènement qui bouleverse sa vie.

    Un extrait : Eilis connaissait Mlle Kelly de vue. Cependant, sa mère ne lui achetait rien car, disait-elle, c’était beaucoup trop cher. Et aussi, croyait savoir Eilis, elle ne l’appréciait guère. On disait de Mlle Kelly qu’elle vendait le meilleur jambon de la ville, le meilleur beurre et tout ce qu’il y avait de plus frais, y compris la crème, mais Eilis n’avait pas le souvenir d’être jamais entrée dans son magasin. Elle se contentait de jeter un regard vers l’intérieur, en passant, et apercevait alors Mlle Kelly debout derrière sa caisse.

    Mlle Kelly apparut en haut de l’escalier. Elle descendit lentement les marches et, une fois en bas, alluma le plafonnier.

    — Eh bien, dit-elle. Eh bien.

    Elle répéta la formule comme s’il s’agissait d’une salutation. Elle ne souriait pas.

    Eilis avait été sur le point de dire poliment qu’on l’avait envoyée chercher, mais que le moment était peut-être mal choisi. Elle se ravisa toutefois et ne dit rien, car l’attitude de Mlle Kelly suggérait que quelqu’un l’avait gravement offensée, et qu’elle la prenait par erreur pour cette personne.

    — Vous voilà donc, continua Mlle Kelly après un silence.

    Eilis remarqua que plusieurs parapluies noirs étaient rangés en appui contre la console de l’entrée.

    — On me dit que vous êtes sans travail, mais que vous vous y entendez bien, côté chiffres.

    — Ah ?

    — Vous savez, toutes les personnes respectables de cette ville fréquentent mon magasin, et je suis informée de tout ce qui se raconte.

    Eilis se demanda si c’était une allusion au fait que sa mère fréquentait une autre épicerie, mais elle n’en était pas sûre. Les verres épais des lunettes de Mlle Kelly rendaient son expression peu déchiffrable.

    — Et nous sommes débordées de travail le dimanche. Évidemment, personne d’autre n’est ouvert ce jour-là. Et il nous vient tout un tas de gens, des bons, des mauvais et certains qui ne sont ni l’un ni l’autre. En règle générale, j’ouvre après la messe de sept heures, et de la fin de la messe de neuf heures jusqu’à la fin de celle de onze, eh bien, on ne peut pas remuer une nageoire dans ma boutique. J’ai Mary pour m’aider, mais c’est un escargot, dans le meilleur des cas, alors je cherche quelqu’un d’intelligent, qui sache distinguer le bon grain de l’ivraie, parmi la clientèle, et leur rendre correctement leur monnaie. Mais attention: uniquement le dimanche. Le reste de la semaine, nous nous débrouillons. Vous m’avez été recommandée et je me suis renseignée sur votre compte. Ce serait sept shillings et six pence la semaine, ça pourrait aider un peu votre mère.

    Mlle Kelly parlait, pensa Eilis, comme si elle décrivait un tort qu’on lui aurait causé, en pinçant les lèvres à la fin de chaque phrase.

    — Voilà, je n’ai rien à ajouter. Vous pouvez commencer dimanche, mais passez demain, comme ça on vous fera mémoriser les prix et on vous montrera le fonctionnement de la balance et de la machine à trancher. Il faudra attacher vos cheveux et vous acheter une blouse correcte, chez Dan Bolger ou chez Burke O’Leary.

    Eilis, qui s’efforçait d’enregistrer intérieurement leur échange à l’intention de sa mère et de Rose, aurait voulu pouvoir répondre à Mlle Kelly, lui décocher une réplique futée qui ne soit pas ouvertement impertinente. En définitive, elle garda le silence.

    — Eh bien ? l’interrogea Mlle Kelly.

    Eilis avait compris qu’elle ne pouvait pas refuser. C’était mieux que rien et, pour le moment, elle n’avait rien.