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Policiers/Thrillers

  • [Livre] Les diables du Mont-Saint-Michel

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    Résumé : 1430. Assiégé par les Anglais, le Mont-Saint-Michel résiste depuis trente ans à tous les assauts, grâce à de grands capitaines comme Bertrand du Guesclin, quand, soudain, la cité héroïque est le théâtre de crimes mystérieux qui frappent moines et chevaliers, sans distinction. Meurtres politiques ? Rituels ? Sataniques ? Louis d'Estouteville, le nouveau chef de la garnison, enquête avec l'aide du nouveau supérieur des Bénédictins, savant chimiste et physicien, et l'aubergiste de la cité, complice de tous les contrebandiers. L'atmosphère étrange de l'île, avec ses brumes propices aux hallucinations, oriente les recherches vers des causes surnaturelles.

     

    Auteur : Claude Merle

     

    Edition : Nouveau monde

     

    Genre : Thriller Historique

     

    Date de parution : juin 2015

     

    Prix moyen : 16€

     

    Mon avis : 1430, les anglais jubilent d’avoir capturé (enfin, plutôt de s’être fait livrer) Jeanne d’Arc. Ils ne le savent pas encore, mais la guerre de 100 ans entame sa dernière phase, celle qui va les conduire à la défaite.
    Pour l’heure, ils multiplient attaques et embargo sur la forteresse du Mont-Saint-Michel où ne vit plus qu’une poignée de moines, des soldats et quelques laïcs.
    Claude Merle mêle personnages historiques comme Jeanne D’Arc, Yolande d’Aragon ou encore l’abbé Jolivet à d’autre inventés de toute pièce comme Héloïse ou l’abbé Richard de Mantoue.
    L’introduction de ce dernier parait logique pour l’histoire car, dans la réalité, l’abbé qui a succédé à l’abbé Jolivet a été Guillaume d’Estouteville qui était le frère de Louis d’Estouteville, capitaine du Mont-Saint-Michel et héro, si j’ose dire, de notre histoire. Or une grande partie de l’histoire repose sur le fait que Louis ne sais pas si l’abbé lui cache ou non des choses… Si ce dernier avait été son frère, ils auraient eu une relation différente qui n’aurait pas forcément servi le roman.
    Claude Merle simplifie les choses en plaçant Richard de Mantoue à la place de l’abbé Jolivet, passé à l’ennemi (en réalité c’est
    Jean Gonnault, vicaire qui le remplaça), tout en précisant qu’il occupe la place d’abbé sans qu’aucun vote n’ait eu lieu.
    Pour moi Louis d’Estouteville est un peu un anti-héro : il est violent, orgueilleux, très fier de son rang de noble et n’accordant qu’un regard méprisant à tous ceux qu’il juge inférieur à son rang (en gros, presque tout le monde). Il n’hésite pas à recourir à la torture pour obtenir des aveux, ce que ne manque pas de lui signifier discrètement l’abbé Richard, qui lui laisse entendre que des aveux soutirés dans ces conditions ne peuvent guère être considérés comme solides.
    Dans l’affaire à laquelle il est confronté, on a l’impression qu’il est plus énervé de voir un meurtrier lui échapper et donc porter atteinte à son honneur, à son autorité et à sa réputation, qu’affecté par les morts qui s’accumulent.
    Le style de Claude Merle est clair, les chapitres sont assez courts pour donner un rythme soutenu aux évènements, le texte, émaillés de données historiques qui l’étoffent sans l’alourdir.
    Bien qu’à aucun moment, tout comme Louis d’Estouteville, je n’ai suspecté de cause surnaturelle aux meurtres perpétrés, j’ai été incapable de déceler le moindre indice, mes soupçons ne se portaient vraiment sur personne. La seule chose dont j’étais sûre était que chaque meurtre avait été perpétré parce que la victime avait vu ou entendu quelque chose susceptible de démasquer le coupable.
    Pourtant, quand enfin on connaît le fin mot de l’histoire, j’ai trouvé ça tellement logique que je me demande encore comment j’ai pu ne pas avoir de doutes.
    Un livre assez court, mais qui ne bâcle aucun détail de son histoire.

    Un extrait : Louis d’Estouteville examina l’immense miroir de la baie, puis la forteresse éclairée par la lumière de l’aube, puissante lame de pierre brandie vers le ciel. Après la tempête de la nuit, le beau temps était revenu, mélange de bleu et de vert sillonné de coulées brunes.

    Au soleil, il était huit heures. L’eau glacée lui brûlait le torse et les joues, plus franche cependant que l’humidité sournoise des murs de granit. Le baquet sur lequel il se penchait lui renvoya le reflet d’un visage aux traits durs, lèvres minces, pommettes hautes, cheveux coupés ras. Il effleura par habitude la cicatrice qui lui entaillait le front et se perdait sous sa brosse blonde. Avant d’être promu capitaine du Mont-Saint-Michel, le gentilhomme, fils du chambellan du duc d’Orléans, grand bouteiller de France, avait combattu victorieusement les Anglais sur terre et sur mer. Son corps portait témoignage de sa vaillance.
    Il revêtit une chemise de toile, mit ses chausses, laça son pourpoint de cuir, chaussa ses bottes et ceignit son épée. Avant de l’engainer, il éprouva le tranchant de sa lame, songeant qu’il devrait la confier bientôt à Estienne, le forgeron de l’île, quand Yvon surgit.
    - Seigneur, venez !
    Louis dévisagea le jeune chevalier breton, qu’il avait lui-même adoubé quelques mois auparavant, nota les joues rouges, le souffle court et l’excitation mal maîtrisée de ses yeux bleus. Instinctivement, il se tourna vers la baie d’où pouvait venir le danger. Le rivage était désert, l’ennemi retenu par la marée montante.
    - Là-bas, précisa Yvon.
    Il désigna les puissants contreforts de l’abbaye ancrés dans le rocher.
    - Que se passe-t-il ?
    - Un mort, seigneur.

    Le capitaine haussa ses larges épaules avec indifférence. Des morts, on en voyait souvent, à cause de la guerre, des pestilences et de l’épuisement. Ce dernier fléau frappait les pèlerins venus de très loin prier Saint Michel, malgré les vexations des Godons qui assiégeaient l’île.
    Il suivit le soldat dans l’escalier, traversa la cour du Roy, puis escalada les marches de pierre jusqu’au pied de la tour Sainte-Catherine. Sur la terrasse il y avait foule : hommes d’armes, gens de la cité, moines et pèlerins, les yeux levés vers le ciel. Suivant leurs regards, Louis d’Estouteville aperçu un corps suspendu à la muraille. On aurait dit l’un des mannequins de paille, vêtu d’oripeaux bruns, qu’on brûlait jadis à la Saint-Jean pour célébrer l’avènement de l’été. Cependant, le personnage n’était pas factice, c’était un moine pendu par le col à l’aspérité d’un confort.

  • [Livre] La dame en noir

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    Résumé : Angleterre, début du XXe siècle. Par un mois de novembre froid et brumeux, Arthur Kipps, jeune avoué londonien, est dépêché dans le nord du pays pour assister aux funérailles d'Alice Drablow, 87 ans, puis trier ses papiers en vue d'organiser sa succession.

    À Crythin Gifford, village où Kipps pose ses valises, les habitants lui battent froid dès qu'il prononce le nom de feue Mme Drablow, unique occupante du Manoir des Marais, demeure isolée, battue par les vents et située sur une presqu'île uniquement accessible à marée basse.

    Lors de l'inhumation, dans une église quasi déserte, Arthur remarque la présence, un peu en retrait, d'une femme tout de noir vêtue, le visage émacié, comme rongée par une terrible maladie. Il l'aperçoit ensuite dans le cimetière, mais elle s'éclipse avant qu'il ait le temps de lui parler...

    Cette femme en noir, Arthur la verra de nouveau aux abords du manoir, une fois qu'il s'y sera installé pour commencer son travail. Mais se produisent alors nombre de phénomènes mystérieux qui ébranleront le jeune homme et feront vaciller sa raison...

    Comme il l'apprendra peu à peu, une malédiction plane sur ces lieux…

     

    Auteur : Susan Hill

     

    Edition : L’Archipel

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 08 février 2012

     

    Prix moyen : 12€

     

    Mon avis : La lecture de ce livre n’était pas désagréable, mais j’ai trouvé qu’il ne tenait pas les promesses de son quatrième de couverture.
    C’est un livre très court, à peine 224 pages, et plus de la moitié du livre est consacré à la mise en place de l’histoire.
    Si je ne m’attendais pas à la fin et que je l’ai nettement préférée à celle de l’adaptation cinématographique, il m’a manqué, tout au long du livre, cette montée d’angoisse que l’on était en droit d’attendre à la lecture du résumé.
    J’ai beaucoup aimé l’idée de raconter l’histoire par le biais d’une sorte de confession destinée à libérer l’esprit d’Arthur, de longues années après les évènements qu’il a vécu, mais le problème pour moi à été le déroulé de l’histoire.
    Le moment où j’ai le plus tremblé a été lors de la mésaventure de Spider, la petite chienne qui accompagne Arthur au manoir et qui est sans doute le seul personnage attachant de l’histoire.
    Si j’ai trouvé que le décor était bien planté, cette présentation aurait été plus adaptée à un texte plus long car ici, toute l’intrigue est concentrée dans les 80 dernières pages, ce qui n’est pas assez long pour faire correctement monter la pression.

    C’est dommage parce que le style d’écriture de l’auteur est vraiment agréable et aurait pu être clairement addictif.
    J’ai trouvé que la malédiction n’était pas assez développée car au final, on n’en parle que le temps d’un dialogue, à la fin, ou presque, du roman.
    J’ai aussi trouvé que le personnage d’Arthur n’était pas assez approfondi, on a du mal à s’attacher à lui. Il n’est pas antipathique, mais on ne tremble pas pour lui (on s’inquiète plus pour la petite chienne que pour lui).
    La dame en noir n’est pas très présente. Dommage pour un personnage qui a donné son nom au livre !

    Un extrait : En ce lundi après-midi de novembre régnait une pénombre que n’expliquait pas l’horloge – il n’était même pas encore trois heures – mais la présence d’un brouillard épais, une de ces purées de pois typiquement londoniennes qui nous cernait de toutes parts depuis le lever du jour – si tant est que le jour se fût levé, la grisaille malodorante ayant à peine laissé filtrer la lumière.

    Dehors, le brouillard était partout : il se déployait au-dessus du fleuve, s’insinuait dans les ruelles et les passages, tournoyait en nappes épaisses entre les arbres dépouillés de tous les parcs et les jardins de la ville. Il n’épargnait pas les intérieurs non plus, allant jusqu’à s’immiscer à travers les moindres fentes et fissures tel un souffle fétide, se faufilant sournoisement par chaque entrebâillement de porte. C’était une masse nébuleuse jaunâtre, sale et nauséabonde, qui prenait à la gorge et aveuglait, souillait et encrassait. Obligés d’avancer à tâtons dans les rues, hommes et femmes progressaient au péril de leur vie, et, titubant sur les trottoirs, se cramponnaient aux grilles ou à leurs semblables pour se guider.

    Les bruits étaient assourdis, les formes indistinctes. Le brouillard, tombé sur la ville trois jours plus tôt, ne semblait pas décidé à se dissiper et possédait, semblait-il, toutes les caractéristiques propres à ce genre de phénomène : à la fois menaçant et sinistre, il rendait méconnaissable l’univers le plus familier, désorientant ceux qu’il avait piégés, les égarant comme si on leur avait bandé les yeux avant de les faire tourner sur eux-mêmes lors d’une partie de colin-maillard.

    C’était un temps affreux, en somme, propre à assombrir encore l’humeur en ce mois le plus triste de l’année.

    Avec le recul, je serais tenté de croire que, tout au long de cette journée, j’avais eu un mauvais pressentiment au sujet de mon voyage à venir, qu’une sorte de sixième sens, d’intuition occulte en sommeil au plus profond de chacun ou presque s’était soudain réveillée en moi. Mais, à l’époque, j’étais un jeune homme solide, plein de bon sens, et je n’éprouvais ni malaise ni appréhension d’aucune sorte. Toute altération de mon entrain habituel ne pouvait être due qu’à la brume et au mois de novembre, qui me plongeaient dans une morosité partagée par l’ensemble des citoyens de Londres.

  • [Livre] Derrière la haine

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    Résumé : D'un côté, il y a Tiphaine et Sylvain ; de l'autre, il y a Laetitia et David. Deux couples voisins et amis, ayant chacun un enfant du même âge. Deux couples fusionnels et solidaires qui vivent côté à côte dans une harmonie parfaite. Jusqu'au jour du drame. Un tragique accident fait voler en éclats leur entente idyllique, et la cloison qui sépare leurs maisons tout comme la haie qui sépare leurs jardins ne seront pas de trop pour les protéger les uns des autres. Désormais, les seuls convives invités à la table des anciens amis s'appellent Culpabilité, Suspicion, Paranoïa et Haine...

     

    Auteur : Barbara Abel

     

    Edition : Fleuve noir

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 12 avril 2012

     

    Prix moyen : 18€

     

    Mon avis : Ce livre a été un tel coup de cœur que j’ai été incapable de lire quoi que ce soit d’autre pendant 24h !
    J’ai découvert Barbara Abel avec « je sais pas ». Dans ce roman, tous les personnages étaient plus ou moins antipathiques et on était plongé dans une atmosphère qui, dès les premiers chapitres, était glauque, malsaine…
    Ici, pas du tout. Que ce soit David et Laetitia ou Sylvain et Tiphaine, les deux couples sont plutôt sympathiques, même s’ils ne sont pas parfaits.
    Contrairement à beaucoup de thriller, il n’y a quasiment pas de violence dans « derrière la haine ». Les indices disséminés peuvent nous amener à une conclusion mais personnellement, je n’étais sûre de rien. Difficile de savoir si les indices nous induisent en erreur ou pas.
    Pendant la quasi-totalité du livre j’ai été incapable de dire si les craintes d’un des personnages étaient fondées ou si il était en train de devenir fou, comme semble le penser l’entourage.
    Chaque action de la mère qui a perdu son enfant semble parfaitement logique dans le travail de deuil, même si elle se montre parfois injuste. On ne peut que se dire qu’elle rejette son propre sentiment de culpabilité sur quelqu’un d’autre.
    Cependant, même si les plus perspicaces verront sans doute venir là où nous emmène l’auteur, au final, comme dans « je sais pas », ce n’est pas tant le final qui importe que la manière d’y arriver.
    Quand on lit le quatrième de couverture, on se dit que la rupture entre les voisins va être franche, nette, sans aucune ambiguïté. Et bien non ! On se retrouve sur une pente savamment savonnée, sur laquelle on glisse petit à petit, puis de plus en plus vite jusqu’à la conclusion.
    Barbara Abel sait nous tenir en haleine, et, même quand on finit par avoir un gros doute sur la fin (surtout si on a eu le malheur de lire le quatrième de couverture du second tome), on ne peut tout simplement pas lâcher le livre avant d’en avoir lu la dernière page !
    Et, en ce qui me concerne, il m’a également fallut toute ma volonté pour ne pas me jeter dans la foulée sur « Après la fin », le second tome qui va conclure cette histoire, car il faut bien avouer que la fin de « derrière la haine » nous laisse la bouche ouverte en train de nous dire : « non, elle n’a pas osé finir comme ça ! »
    Et bien si ! Elle ose tout !

    Un extrait : — Santé !

    Trois bras levés au bout desquels deux coupes de champagne et un verre d’eau s’entrechoquaient à l’unisson. Éclats de rire, regards entendus, hochements de têtes et sourires complices. Puis David et Sylvain sirotèrent à petites gorgées, et le champagne pétilla au fond des gosiers. Laetitia, quant à elle, reposa sa boisson sans autre forme de procès, puis caressa un ventre aux rondeurs éloquentes.

    — Tu n’as pas bu une seule goutte d’alcool depuis le début de ta grossesse ? s’enquit Sylvain.

    — Pas une goutte ! répondit Laetitia avec fierté.

    — Ma femme est une sainte, se moqua gentiment David. Tu n’imagines pas tout ce qu’elle s’inflige pour donner à notre fils le meilleur départ dans la vie : pas d’alcool, pas de sel, pas de graisse, très peu de sucre, légumes cuits à la vapeur, fruits à volonté, pas de viande rouge, beaucoup de poissons, yoga, natation, musique classique, dormir tôt…

    Il soupira. Avant d’ajouter :

    — Depuis six mois, notre vie est d’un ennui !

    — Je ne suis pas une sainte, je suis enceinte, c’est différent, rétorqua Laetitia en châtiant son mari d’une claque sur la cuisse pour ses propos narquois.

    — Sans compter qu’elle me bassine avec ses principes d’éducation… Pauvre gosse ! Je peux te dire qu’il ne va pas rigoler tous les jours !

    — Vous parlez déjà de la manière dont vous allez l’élever ? s’étonna Sylvain.

    — Et comment ! affirma Laetitia avec le plus grand sérieux. Ce n’est pas quand on sera face aux problèmes qu’il faudra commencer à réfléchir à la manière de les régler.

    — Et… vous parlez de quoi ?

    — De tout un tas de choses : faire équipe, ne jamais se contredire devant l’enfant, pas de bonbons avant 3 ans, pas de Coca avant 6 ans, pas de Nintendo avant 10 ans…

    Sylvain émit un sifflement impressionné.

    — Je pense qu’on va vite lui faire comprendre que, si la vie est trop dure chez vous, il pourra toujours venir chez nous !

    David consulta sa montre.

    — On aurait peut-être dû attendre ta douce moitié avant de trinquer, dit-il à Sylvain. Elle va nous en vouloir.

    — Absolument pas. D’abord parce qu’elle déteste le champagne, ensuite parce qu’elle n’avait pas envie de stresser et de nous faire attendre. Elle… elle est un peu fatiguée, ces jours-ci.

    — Au fait… Pourquoi du champagne ? demanda Laetitia. Une petite bouteille de vin aurait bien fait l’affaire.

    La question prit Sylvain de court. Visiblement à la recherche d’une raison plausible, il bredouilla deux « ben… », un « parce que… » et un « tu comprends… ».

    — Non, je ne comprends pas, répliqua aussitôt Laetitia qui s’amusait beaucoup de l’embarras de son ami.

    Embarras qui lui mit la puce à l’oreille : une bouteille de champagne n’a pas besoin de raison pour être offerte, encore moins pour être bue… Ou plutôt si ! On apporte une bouteille de champagne quand on a une bonne nouvelle à annoncer !

    Laetitia observa Sylvain d’un œil suspicieux, sentit l’anguille sous la roche, s’apprêta à ferrer le poisson. Puis, soudain, elle comprit.

    — Elle est enceinte ! hurla-t-elle en se redressant dans son fauteuil.

  • [Livre] Rouge armé

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    Résumé : Patricia, journaliste au Spiegel, enquête sur les personnes qui, dans les années soixante, ont fui l'Allemagne de l'Est au péril de leur vie. Inge est passée de l'autre côté du Mur quarante ans plus tôt et accepte de lui raconter son enfance, son arrivée à l'Ouest, son engagement...

    Mais certains épisodes de la vie d'Inge confrontent Patricia à ses propres démons, à son errance.

    Leur rencontre n'est pas le fruit du hasard.

    Dans les méandres de la grande Histoire, victimes et bourreaux souvent se croisent. Ils ont la même discrétion, la même énergie à se faire oublier, mais aspirent rarement au pardon.

     

    Auteur : Maxime Gillio

     

    Edition : Ombres noires

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 02 novembre 2016

     

    Prix moyen : 19€

     

    Mon avis : J’ai beaucoup aimé ce livre mais j’ai failli m’étrangler en le lisant.
    J’avoue volontiers que je n’ai pas été la plus assidue des élèves, que ce soit au collège ou au lycée, mais ôtez-moi d’un doute : la destruction du mur de Berlin, c’était bien en 1989 ? Et 1977 plus 22 ans, ça fait bien 1999 ? Parce que à un moment du livre, un des personnages dit qu’un évènement s’est passé en 1977 et que rien n’a changé jusqu’à la destruction du mur vingt-deux ans plus tard.
    Alors de deux choses l’une, soit l’auteur était encore pire que moi en cours d’histoire, soit, et je vais pencher pour cette explication, parce que le bonhomme est quand même un ancien prof, c’est une énorme coquille ! Ou alors je suis encore plus mauvaise en histoire que je le pensais !
    Mais mis à part ce petit point (et oui c’est tout petit, c’est une phrase, une seule, dans un livre de 342 page, mais j’aime bien être chichiteuse).
    Nous suivons dans ce livre deux personnages principaux : Patricia et Inge.
    Patricia est une journaliste qui prend contact avec Inge en prétextant écrire un livre sur les personnes qui ont réussir à fuir la RDA et qui y sont retournés ensuite. Je dis « en prétextant » parce que, dès la première visite de Patricia, j’ai eu du mal à la croire. Je la trouvais d’une agressivité étrange, qui ne collait pas avec le sujet qu’elle voulait couvrir.
    Je n’ai pas apprécié ce personnage. En plus de son agressivité, elle a une attitude complètement autodestructrice sans pour autant susciter la compassion. On a l’impression qu’elle est toujours à la limite de la folie.
    Tout le contraire de Inge qui, malgré une enfance difficile puis une adolescence passée dans l’Allemagne de l’est avec tout ce que cela comporte de restriction et de tension, à toujours craindre que la Stasi ne s’intéresse de trop près à vous, c’est une vieille femme un peu revêche au premier abord (mais vu comment elle est abordée, qui ne le serait pas ?) mais qui montre un grand cœur et une grande compassion sans pour autant se laisser marcher sur les pieds.
    Autour de ces personnages, on fait la connaissance de Paul, un collègue de travail de Patricia, mais surtout de personnes ayant jalonnées la vie d’Inge, comme Anna, sa maman, Frieda et Richard ses parents adoptifs, Helmut, son frère ou encore Christian, son amour de jeunesse et que l’on découvre au fil du récit de la vieille dame.
    Le récit oscille ainsi entre le présent, en 2006 ; la fin de la seconde guerre mondiale où on va connaître la vie d’Anna et la période à partir de la construction du mur jusqu’à la fin des années 70 où l’on s’attache à la jeunesse d’Inge.
    L’écriture de l’auteur est addictive. Parfois on se demande où il veut en venir. Par exemple, il a fallut que je relise deux fois la fin de la partie « présent » du chapitre 11 pour être sûre que j’avais bien compris ce que j’avais lu la première fois tellement je ne m’attendais pas à ça. Et puis, plus rien, on ne reparle plus d’un évènement qui a l’air important et ce pendant des chapitres entiers. Et oui, pendant ces chapitres, je me suis demandé pourquoi l’auteur avait écrit ça si ce n’était pas pour s’en servir.
    Mais en fait, ne vous inquiétez pas, il sait parfaitement où il veut en venir, et au fil des révélations, on se rend compte que des passages qui nous avaient semblé n’être que du remplissage étaient en réalité des indices qui nous amenaient tout doucement vers la fin complètement inattendue que nous offre l’auteur.
    Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde, je n’ai trouvé aucune longueur dans ce livre, toutes les descriptions, toutes les explications se justifiaient.
    Ce n’est pas un coup de cœur, mais on en n’était pas loin !

    Un extrait : Elle ne répond pas, car elle sait, mieux que quiconque, que j’ai raison. Les gens de ma génération ont vécu l’édification du Mur et les années de guerre froide comme le plus gros traumatisme de leur vie. Familles déchirées, décimées parfois, la suspicion permanente, des frères qui deviennent des étrangers, les cicatrices qui ne se referment pas.

    — Admettons, finit-elle par concéder. Cela ne m’explique toujours pas comment vous êtes remontée jusqu’à moi, et surtout, pourquoi ? Nous ne nous connaissons pas, que je sache ? Nous n’avons aucun lien.

    La cendre de ma cigarette commence à trembler dangereusement. Je cherche autour de moi après un cendrier. Je me résous à l’écraser à l’intérieur de mon paquet et annonce :

    — Les archives disparues…

    L’une de ses paupières tressaille.

    — Les jours qui ont précédé la chute du mur, les officiers de la Stasi avaient entrepris de détruire les archives les plus compromettantes. Notamment celles sur les espions, les agents doubles, les transfuges, les prisonniers, les morts… Les déchiqueteuses ont fonctionné à plein régime, mais tout n’a pas pu être détruit. On a trouvé près de seize mille sacs contenant chacun environ soixante-quinze mille fragments de papier. Soit l’équivalent d’un puzzle géant de seize millions de pages. Si certaines archives ne seront jamais retrouvées, d’autres en revanche sont en cours de recomposition. Je vous laisse imaginer le travail de fourmi : près de douze milliards de morceaux de papier à recoller. Il paraît que des chercheurs planchent sur un prototype de scanner géant qui permettrait d’avancer plus vite dans cette tâche titanesque.

    Elle ne réagit toujours pas, mais s’est tassée sur sa chaise. Je profite de mon avantage, me lève et vais m’adosser à l’évier. Je ne la quitte pas du regard. Mon débit est posé, sans interruption.

    — La curiosité du journaliste est un très vilain défaut, surtout quand votre instinct vous souffle que vous tenez un sujet brûlant pour une enquête. J’ai trouvé cette histoire d’archives détruites passionnante. Qu’avaient donc ordonné les dirigeants de l’époque, pour qu’on veuille faire disparaître toutes ces preuves dans une si grande précipitation ? Combien de secrets d’État honteux voulait-on cacher ? J’ai décidé d’enquêter. C’est notre histoire. C’est l’histoire de chaque famille allemande, et à travers elle, celle de notre pays. Il nous faut savoir. C’est mon rôle que de contribuer à ce que la vérité soit connue de tous, même si ce n’est pas simple. À force d’opiniâtreté, j’ai réussi à recomposer partiellement un dossier. Le vôtre, Inge Oelze. C’était comme une loterie, ça aurait pu être n’importe qui d’autre, mais le hasard m’a fait tomber sur vous… J’ai appris tellement de choses à votre sujet. Plus que vous ne pourriez le croire. Mais c’est votre interprétation de l’histoire que j’aimerais recueillir. Pour la confronter avec la version officielle.

    Elle a pris dix ans d’un coup. Pour la première fois depuis que je l’ai rejointe devant la cour de l’école, elle évite mon regard et elle ressemble enfin à ce qu’elle est : une femme perdue et isolée.

    — Que… Que savez-vous au juste ?

    Je m’approche, pose les mains sur le dossier de sa chaise, me penche sur son oreille et souffle :

    — Ce que je sais sur vous, madame Oelze, c’est tout ce que la Stasi a consigné. Mais il ne tient qu’à vous de rétablir la vérité… ou de la confirmer. C’est votre version des faits qui m’intéresse. Votre histoire. Je veux vos larmes, vos joies, vos espérances et vos drames. Je veux l’histoire d’une femme, pas le compte rendu froid et impersonnel d’un bureaucrate.

    Je regagne ma place, ramasse mon sac et en sors mon portefeuille. Inge Oelze a relevé la tête et regarde par la fenêtre obstruée.

    Je ressors une carte de visite que je fais glisser sur la table.

    — Je ne suis pas de la police. Si vous décidez de me parler, je vous promets que votre témoignage sera anonyme et que vous ne serez pas embêtée. Si vous préférez vous taire, je respecterai votre choix, mais serai obligée d’écrire mon livre à partir du simple témoignage d’un dossier morcelé. Or, si j’en crois ce qui y est écrit, vous n’avez plus vos parents, pas d’époux, pas d’enfants. Vous n’avez donc rien à perdre, mais tout à gagner. Je vous laisse mon numéro de téléphone. Je rentre à Berlin ce soir. Libre à vous de me rappeler ou non. Mais mon livre sortira de toute façon. Reste à savoir avec quelle version des faits.

  • [Livre] L'expédition

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    Résumé : Archipel du Svalbard. Un appel au secours en provenance du 87e parallèle nord parvient à Knut Fjeld. Une expédition norvégienne est en difficulté, alors qu’elle cherche, sur les traces des grands explorateurs, à rejoindre le pôle Nord. Un projet mal ficelé, que les spécialistes critiquent pour l’itinéraire retenu, et pour le choix du mois de février, trop tôt en saison. Mais le challenge est là, précisément : réussir ce qui ne s’est jamais fait. Lorsque courage et ambition riment avec folie. L’expédition est partie, mal préparée, mal financée. Deux attelages, huit chiens et quatre hommes.
    Ce sont les chiens qui tombent en premier.
    Knut Fjeld, le flic norvégien du Svalbard, se rend sur place. En plein désert arctique, sur la banquise qui dérive. Bientôt prisonnier d’un huis clos sur glace, angoissant, et périlleux.

     

    Auteur : Monica Kristensen

     

    Edition : Gaïa polar

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 05 octobre 2016

     

    Prix moyen : 21€

     

    Mon avis : J’ai beaucoup aimé ce livre. J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, mais une fois ceci fait, impossible de lâcher le roman.
    Il y a une tension presque palpable dans ce huis-clos glacial.
    Le policier, Knut, n’est pas sur place pour officiellement enquêter, il est venu rejoindre l’expédition après un appel de détresse. Mais quand il voit l’état des chiens et du musher, il décide de rester sur place pour essayer de comprendre ce qu’il s’est passé.
    Les membres de l’expédition ne sont guère sympathiques : les deux amis d’enfance à l’origine du départ sont d’une arrogance insupportable, le troisième membre est plus renfermé, plus secret.
    Quand aux deux épouses restées en arrière, l’une semble cacher un secret, l’autre ne penser qu’à la gloire quelque en soit les conséquences.
    Difficile dans ces circonstances de définir les responsabilités de chacun.
    Difficultés supplémentaires : toutes communications est coupée avec la civilisation et un ours polaire affamé rode. Mener une enquête dans ces conditions n’est pas franchement l’idéal.
    J’ai été sidérée par l’inconscience de ces hommes qui ont fait des promesses et pris des engagements qu’il était impossible à tenir tant l’expédition a été mal préparée. Karsten est sans doute celui qui est le plus arrogant et qui manque le plus de discernement. Il semble croire que du moment qu’il pense à un objectif, il va forcément l’atteindre. Il refuse d’admettre qu’il n’est qu’un amateur et qu’il fonce droit dans le mur. Sans doute le fait qu’il ait été un enfant-star puis qu’il ait brillamment réussi ses études d’avocat lui ont-ils fait croire qu’il réussirait tout ce qu’il entreprendrait. Il semble croire aussi que la fin justifie les moyens et qu’il n’aura jamais à faire face à aucune conséquence.
    Si pendant la majorité du livre, on suit les membres de l’expédition et Knut qui évolue complètement à l’aveugle, certains chapitres suivent le chef de la police, et patron de Knut, qui mène lui-même une enquête pour comprendre ce qui est arrivé au musher et aux chiens. D’autres chapitres, moins nombreux, et écris à la première personne, suivent les pensées de l’épouse de Karster, Karin Hauge, qui raconte la préparation de l’expédition ainsi que les informations que les deux épouses reçoivent tandis que leurs maris se dirigent vers le pôle.
    Ainsi on en sait plus que Knut sur ce qui est arrivé au musher et aux chiens, mais cela ne nous aide guère à savoir qui est le coupable parmi les membres de l’expédition, ni même s’il y a un ou plusieurs coupables.
    La chute est inattendue quoique pas assez développée à mon goût. On reste un peu sur sa faim.
    Mais pour l’essentiel, c’était un thriller très prenant et qui tient en haleine.

    Un extrait : La couche de glace à 87 degrés nord s’étendait à perte de vue autour d’eux, jusqu’à l’horizon, où elle disparaissait dans un rai de lumière. Les chenaux et les crêtes de compression dessinaient des lignes sombres au tracé aléatoire. Au-dessus d’eux, la voûte céleste semblait tapissée de couvertures de laine grise. Et entre le ciel et l’océan, ces deux immensités : l’hélicoptère, un cylindre de métal noir vrombissant maintenu en suspension par un lourd rotor qui fouettait l’air de ses pales. Quatre hommes se trouvaient à son bord : deux pilotes, un mécanicien de la compagnie aérienne Airlift et un policier dépendant du bureau du gouverneur à Longyearbyen.

    Il faisait chaud dans la cabine réservée aux passagers dans laquelle étaient assis Knut Fjeld et le mécano. Les discussions dans l’intercom s’étaient tues. Il flottait dans l’habitacle une atmosphère paisible, ils étaient un peu comme plongés en plein rêve. Knut somnolait sur son siège, sa tête dodelinait au rythme des mouvements de l’hélicoptère. Peu lui importait de calculer le temps qui s’était écoulé depuis le décollage, il laissait ses pensées vagabonder au petit bonheur, il glissait dans cet agréable état de somnolence, puis en ressortait, avant de repiquer du nez.

    L’hélicoptère avait fait une escale sur un navire océanographique allemand dans le détroit de Framstredet, entre le Svalbard et le Groenland, pour remplir les réservoirs de carburant, mais ils étaient repartis aussitôt, sans même prendre le temps de boire un café avec l’équipage. Le Polastern avait disparu derrière eux depuis quelques minutes, quand ils avaient aperçu l’île de Danskøya à tribord, avant d’entrevoir au loin le minuscule

    îlot de Moffen, une réserve naturelle abritant une des dernières colonies de morses du Svalbard. Aucun n’était visible ce jour-là.

    Ils n’avaient plus eu ensuite que la banquise au-dessous d’eux.

    Ils se dirigeaient vers la dernière position connue du campement d’une expédition norvégienne en route pour le pôle Nord – un petit point dans la blancheur d’un désert de solitude. Un appel de détresse par téléphone satellite était à l’origine de cette opération de sauvetage. D’ordinaire, il en fallait beaucoup pour que le gouverneur déclenche une intervention coûteuse nécessitant d’envoyer un hélicoptère très au large du Svalbard, mais le message selon lequel un ours polaire rôderait dans les parages

    les avait poussés à agir.

    La procédure habituelle, lors du signalement d’un ours, voulait qu’un policier et une personne chargée de l’environnement au bureau du gouverneur se rendent sur les lieux afin d’évaluer la situation, mais l’agent du service environnement n’était pas là depuis longtemps et comme Knut était le policier de terrain le plus expérimenté, ses supérieurs avaient décidé de l’envoyer seul sur place.

     « Dis-toi que c’est là une super occasion de monter plus au nord que tu ne l’as jamais fait », avait déclaré Tom Andreassen, le chef de la police, en conduisant Knut au hangar de l’hélicoptère.

    « Il suffira probablement d’effrayer l’ours pour qu’il s’en aille. Il y a de fortes chances que ce ne soit qu’une pure mission de routine. »

    Knut ne lui avait pas répondu. Il avait comme l’impression d’avoir déjà entendu cette phrase.

     

     

  • [Livre] Je sais pas

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    Résumé : C'est le grand jour de la sortie en forêt de l'école maternelle des Pinsons. La météo clémente et l'enthousiasme des éducateurs comme des enfants donnent à cette journée un avant-goût de vacances. Tout se déroule pour le mieux jusqu'au moment du retour, quand une enfant manque à l'appel. C'est Emma, cinq ans, une des élèves de la toute jeune institutrice Mylène Gilmont. C'est l'affolement général. Tandis que deux enseignantes ramènent le groupe d'enfants au car, les autres partent aussitôt à sa recherche. Mylène prend une direction différente, s'aventurant donc seule dans la forêt. Au bout d'une demi-heure, les forces de l'ordre sont alertées. Un impressionnant dispositif est mis en place et l'équipe du capitaine Dupuis se déploie dans la forêt avec une redoutable efficacité. Et puis Emma réapparaît. Le soulagement de ses parents arrivés sur place, Camille et Patrick, est à la hauteur de l'angoisse qu'ils ont éprouvée. Visiblement, il y a eu plus de peur que de mal pour la petite. Pourtant, la battue doit continuer avant la tombée de la nuit, car cette fois, c'est Mylène qui ne revient pas. Camille a retrouvé sa fille. En vérité, elle ne le sait pas encore, pour elle, le cauchemar ne fait que commencer.

     

    Auteur : Barbara Abel

     

    Edition : Belfond

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 06 octobre 2016

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : J’ai lu ce livre dans le cadre d’une lecture commune avec les copinautes.
    L’histoire commence de manière assez calme : une mère qui semble s’ennuyer dans son mariage, une jeune institutrice en retard, une sortie scolaire en forêt.
    Mais très vite les choses dérapent. Au moment de rentrer à l’école, on constate la disparition de la petite Emma. Pendant que trois des accompagnateurs la cherchent, se séparant pour couvrir plus de terrain, une des deux accompagnatrices qui surveillent les enfants prévient la police.
    Quand Emma est retrouvée, le soulagement est de courte durée car on constate très vite l’absence de Mylène, une des institutrices qui était partie à sa recherche.
    Tout au long de ce livre la phrase « Je sais pas » résonne dans toutes les bouches comme un mantra qui fait monter l’angoisse.

    Chaque évènement est lié aux autres d’une manière ou d’une autre, parfois d’une manière que l’on n’aurait pas imaginée, et qui n’est pas forcément expliquée noir sur blanc dans le roman.
    Mais la première chose qui m’a frappée dans ce roman c’est que tous les personnages, absolument tous, sont antipathiques. Oui, oui, tous. Du policier chargé de l’affaire et qui semble plus à cheval sur son grade que sur la manière dont l’enquête est menée à la petite Emma de cinq ans, en passant par les parents de la gamine et Mylène, la disparue.
    Déjà, il y a la petite Emma, 5 ans. Malgré son visage d’ange, la gamine, dès les premières lignes se montre effrontée, tyrannique et très vite, on décèle une réelle malveillance chez cette gosse malgré son jeune âge.
    Ce qui n’a rien d’étonnant quand on voit son père : arrogant, doté d’un immense complexe de supériorité (ou sociopathe…ça se discute…). On se doute bien qu’une gamine de 5 ans ne devient pas ainsi sans une éducation défaillante et des exemples parentaux désastreux.
    J’ai eu moins de mal avec Camille, sa mère, elle a ses failles et est complètement inconsciente sur certains points, mais son attitude n’est pas volontairement destinée à nuire.
    Mylène, l’institutrice disparue m’a semblé n’avoir aucun sens des responsabilités. Dès les premières pages, on apprend qu’elle est diabétique, mais elle semble incapable de se prendre en charge : elle traite son diabète par-dessus la jambe, fais ses injections quand bon lui semble…et je trouve complètement irresponsable, quand on a la charge de jeunes enfants, de ne pas informer son employeur d’une maladie qui peut vous faire perdre connaissance en cas d’hypoglycémie.
    Devant ces personnages aussi antipathique les uns que les autres, on est débarrassé de toute empathie et on est plus concentré sur l’ambiance malsaine et oppressante qui fait la force du roman. 
    On reste en haleine jusqu’à la fin, les explications et rebondissement gardant tous nos sens en éveil jusqu’à la dernière ligne de l’épilogue.

    Un extrait : Dans la cour de l’école, l’agitation est à son comble. D’autant que, pour la première fois depuis deux semaines, la journée promet d’être belle, même les bulletins météo sont tombés d’accord sur ce coup-là. La menace de quelques orages d’été n’est prévue qu’en début de soirée. Dans l’excitation du départ, les enfants ne cessent de s’éparpiller alors qu’on leur demande de rester groupés, tandis que les parents campent par grappes à l’entrée de l’école alors qu’on souhaite qu’ils se dispersent.

    — Mireille ! Avez-vous vu le carton des brassards ? Il a mystérieusement disparu !

    À proximité des toilettes, Bruno Danzig, le prof de gymnastique, gesticule en direction d’une femme élégante, la quarantaine dynamique, qui vient de débouler dans la cour qu’elle traverse d’un pas militaire.

    — Dans le réfectoire ! lui répond-elle du tac au tac.

    Sans se départir de son sourire légendaire, Mireille Cerise, directrice de l’école maternelle des Pinsons, poursuit sa course sans ralentir. Le joyeux désordre qui règne dans le patio ne paraît pas l’affecter ; il semble que tout soit sous contrôle. Ce qui, en vérité, est loin d’être le cas.

    — Éliane ! clame-t-elle à l’adresse d’une institutrice qui tente tant bien que mal de faire régner l’ordre. Il est temps de faire votre rang, les enfants embarquent dans cinq minutes !

    Éliane acquiesce d’un signe de tête avant de hausser le ton pour exiger le calme. Mireille se dirige vers le préau, zigzague entre les enfants, attrape au vol un ballon qu’elle confisque dans la foulée, évite de justesse un petit garçon qui s’étale à ses pieds et qu’elle relève presque sans s’arrêter.

    — Mireille ! hurle le concierge depuis l’entrée de la cours. Le car bloque toute la rue ! Faut se magner, là !

    — On y va, on y va !

    Puis, avisant Bruno qui revient du réfectoire chargé d’une caisse :

    — Postez-vous au portail, monsieur Danzig, et distribuez un brassard à chaque enfant qui sort.

    — C’est ce que je m’apprête à faire !

    — Et virez-moi les parents, ça fait bouchon !

    Bruno Danzig s’éloigne en grommelant.

    — Virer les parents ! Elle en a de bonnes, elle !

    Mireille poursuit en direction de l’accueil. Juste avant d’atteindre la porte, elle avise trois enfants qui se battent comme des chiffonniers à quelques mètres d’elle.

    — Ho ! vocifère-t-elle aussitôt en rejoignant les marmots. C’est pas bientôt fini, non ? Mettez-vous tout de suite en rang ou je vous garde à l’école !

    Les gamins tentent de se justifier, peine perdue, Mireille les attrape par le bras et les entraîne vers Éliane.

    — Ils sont à vous, ces trois-là ?

    — Non, ce sont des élèves de Mylène, répond Éliane, doyenne des enseignantes de l’école.

    — Et elle est où, Mylène ? s’informe Mireille en balayant la cour des yeux.

    — Pas encore vue !

    — C’est une blague ?

    Pour le coup, le sourire de Mireille se fige. Elle consulte sa montre et laisse échapper un soupir contrarié. Les garçons en profitent pour lui fausser compagnie tandis qu’un peu plus loin, un rang approximatif se forme sous les injonctions d’Éliane. La directrice change aussitôt de cap et rejoint rapidement le concierge.

    — Tu as vu Mylène, ce matin ?

    — Non, répond-il, indifférent à l’agacement qui pointe dans sa voix. Bon, tu les embarques, les gosses ? On va encore avoir des remarques du conseil municipal !

    — J’attends Mylène, figure-toi !!!

    Tout en s’éloignant, Mireille sort son téléphone portable de sa poche, le consulte, constate l’absence de nouveau message. Elle ouvre ensuite son répertoire, sélectionne le numéro de Mylène Gilmont, s’apprête à établir la communication lorsque enfin elle aperçoit la jeune femme se hâter à sa rencontre.

    Mylène est la plus jeune institutrice de l’école maternelle des Pinsons. Sa lourde chevelure rousse et bouclée lui confère une allure d’adolescente que son visage constellé de taches de rousseur accentue encore. N’étaient ses tenues vestimentaires toujours irréprochables, elle paraîtrait avoir dix-sept ans, ce qui, dans son métier, n’est pas forcément un atout : perturbés par sa physionomie juvénile, beaucoup de parents éprouvent méfiance et appréhension quant à sa capacité d’encadrer une quinzaine d’enfants de grande section.

    La dictature de l’apparence.

     

  • [Livre] L'inconnue de Queen's Gate

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    Résumé : Noël approche en cette année 1899 lorsque Beth Huntly, fille de cuisine dégourdie et créative, remplace la cuisinière de l’aristocratique famille Hewes, qui vient d’être victime d’une chute.
    Christmas Pudding, entremets vanille, consommé au stilton : dans la liste des ingrédients ne figure aucun meurtre. Et pourtant… Sortie fumer discrètement un cigare au jardin, Beth découvre le corps d’une femme, poignardée avec un kriss malais appartenant à Lord Hewes. Mais c’est Rajiv, le valet indien amant de Beth, qui est embarqué par la police : un coupable bien commode…
    Beth se retrouve malgré elle en première ligne pour éclaircir la situation… et sauver sa place. Quitte à risquer sa vie.

     

    Auteur : Anne Beddingfeld

     

    Edition : France Loisirs

     

    Genre : Policier

     

    Date de parution : 2016

     

    Prix moyen : 11€

     

    Mon avis : J’ai beaucoup aimé Beth qui est partagée entre son désir de ne pas perdre sa place et celui de découvrir la vérité.
    Même si elle a quelques instants d’incertitudes, elle est sûre de l’innocence de Rajiv et voit dans son arrestation une facilité prise par la police. Beth n’a pas l’esprit assez tordu pour imaginer un complot ou pour penser que Rajiv est arrêté pour étouffer une affaire.
    Elle ne va pas réellement enquêter, elle est plutôt un témoin, parfois gênant, mais est préoccupée par l’affaire et va donc ouvrir ses yeux et ses oreilles. Elle va redoubler de vigilance quand elle va entendre la fille de 12 ans de la famille tenir des propos qui l’inquiètent.
    Mais sa perspicacité et son refus de se contenter d’accepter que l’affaire en reste là vont la mettre en danger.
    J’ai bien aimé que différents milieux se mélangent dans ce roman. Les clubs de gentlemen, les visites au bordel que bon nombre d’hommes de la haute société fréquentent mais dont personne ne parle, et les suffragettes.
    Il est intéressant de voir ce mouvement pour le droit de vote des femmes du point de vue d’une domestique qui s’en sent exclue, car les militantes sont des femmes de la haute société qui ne semblent pas être pressées de voir les droits qu’elles réclament pour elles-mêmes être également réclamés par celles qui les servent et qu’elle considèrent comme des inférieures.
    On peut également voir les réactions excessives de la police devant les rassemblements des suffragettes.
    Au fil du texte, on prend connaissance d’activités plus sombres, plus glauques, qui semblent liées à toutes ces activités auxquelles s’adonnent la bonne société londonienne.
    Voir les personnages évoluer ainsi à la fin de l’époque victorienne est également très intéressant.

    J’ai passé un excellent moment avec Beth et je lirais avec plaisir ses prochaines aventures.

    Un extrait : Perdue dans le dédale de mes pensées, j’avance bon train. Mon panier devrait me peser, me ralentir, la neige molle me faire trébucher et les chevaux qui se précipitent sur moi chaque fois que je traverse une voie m’effrayer. Mais je n’ai jamais marché aussi vite, couru presque, car le jeu en vaut la chandelle.
    Ce soir, c’est ma chance. Je sais, c’est terrible, Mrs Hudson a fait une grave chute et a été hospitalisée au Bats, il se peut qu’elle boite pour le restant de ses jours, mais je dois dire que je m’en fiche, et pas qu’un peu. Je n’aurai peut-être pas d’autre occasion de montrer ce que je vaux.
    Ce soir, c’est mon soir.
    Alors bien sûr, le panier est lourd, je n’ai pas trouvé le cheddar que je voulais pour cette foutue recette exigée par Madame, mas ça aussi, je m’en fiche.
    Je vais leur faire un dîner dont ils se souviendront, un dîner qui me vaudra la place. Ma place !
    Alors il peut bien se mettre à neiger de plus belle, mon manteau peut ruisseler et mes bottines se gorger d’eau, je cours.
    A un mois de Noël, Londres ressemble à une mare de boue géante arpentée de jour comme de nuit par des voitures pressées, conduites par des cochers qui ne regardent pas devant eux. On ramasse tous les jours des dizaines de piétons renversés, aussi je cours, mais prudemment, et je me repasse le menu de la soirée : velouté de champignons, soufflé de chester, aiguillettes de canard braisées aux cardons, haddock à la nage de crème, pudding aux poires et stilton.
    Je passe devant le chantier de l’ancien musée se South Kensington rebaptisé au printemps Victoria and Albert Museum en l’honneur de la reine qui en a posé la première nouvelle brique. Noyées dans l’obscurité, ses façades sont bardées d’échafaudages inquiétants. Il parait que, minuit venu, on peut voir des spectres, sortis des tableaux, glisser le long des larges fenêtres. Je ne crois pas aux fantômes, mais je ne m’attarde pas. Le devoir m’appelle.
    Un diner classique, deux invités seulement, mais des hommes de théatre que Madame veut séduire pour son salon littéraire. Et d’après Monsieur, qui ironise devant ce qu’il nomme « les lubies de Madame », ces pique-assiettes ne reviendront que si la table est bonne, « car ils ne mangent pas tous les jours ». Alors la table sera bonne, j’en fais mon affaire…
    Je suis sur le pied de guerre depuis cinq heure du matin, et tout ce qui pouvait se confectionner à l’avance est déjà prêt : soupe, gâteau, crackers pour le fromage, et ces boules de pain qui viennent de France, dont Kathryn raffole.
    Arrivée devant la maison, je jette un bref coup d’œil à la façade. Jasper, qui aime s’écouter parler, m’a fais un cours sur l’architecture des lieux, et je crois entendre sa voix me déclamer tout en cirant les chaussures :
    - Le contraste entre la brique rouge des étages supérieurs et la pierre claire de Portland avec laquelle sont construites la loggia et les tourelles offre un vigoureux effet de couleur.
    Jasper est de ces domestiques qui pensent que la demeure de leurs patrons est aussi un peu la leur. Je n’essaie pas de lui expliquer qu’il se fourvoie complètement…à quoi bon ?


     

  • [Livre] Dans le labyrinthe

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    Résumé : Un soir de mai, dans une banlieue cossue de Stockholm, Magda, une fillette de onze ans, disparaît mystérieusement de sa chambre. Après plusieurs jours d’investigations, la police en vient à soupçonner le père, Martin. Quatre proches de la victime se mettent à la recherche d’indices qui permettraient de la retrouver : Åsa, sa mère, brillante psychologue qui s’enfonce dans une profonde dépression ; Martin, l’éditeur talentueux à la double vie ; Tom, son loyal collaborateur à l’ambition dévorante ; et Katja, l’infirmière scolaire qui a découvert ce que cachait la petite fille. Ces quatre voix entraînent le lecteur dans un labyrinthe de confessions troublantes.

     

    Auteur : Sigge Eklund

     

    Edition : Piranha

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 02 février 2017

     

    Prix moyen : 19€

     

    Mon avis : Je ressors un peu mitigée de cette lecture. Que ce soit le déroulé de l’histoire en elle-même ou le style d’écriture de Sigge Eklund, j’ai eu du mal à poursuivre ma lecture.
    Le style est lourd et, c’est peut être bête, mais j’ai été gênée par le tutoiement permanent entre des personnages qui se rencontrent pour la première fois (comme entre la police et les parents de Magda, ou entre le grand patron à la maison d’édition et le rédacteur…). Pour avoir lu de nombreux roman suédois, je peux dire que c’est la première fois que je vois cet aspect. Les personnes se tutoies plus vite qu’ailleurs, certes, mais ils ne tutoient pas ainsi des étrangers. C’était dépasser les limites de l’impolitesse.
    D’un autre côté, il est vrai que les ramifications que l’auteur a construites entre ses personnages sont très intéressantes, mais le problème est qu’à mon sens il n’y a que ces ramifications qui aient un quelconque intérêt dans ce roman.
    On se perd dans les pensées, les interrogations et les tourments de chacun des 4 personnages qui, s’ils sont censés  nous éclairer sur la disparition de la petite Magda, ne font, en fait, que pleurer sur leur sort et leur vie (et pas seulement depuis la disparition de l’enfant).
    Le passé des personnages ne nous apporte guère d’indications sur la disparition de Magda et du coup il ne nous intéresse pas vraiment.
    Car, quand on lit le résumé, on part vers un but très précis : savoir ce qui est arrivé à Magda. Et là, on tourne en rond, en ayant l’impression qu’on ne saura jamais vraiment de quoi il retourne.
    Dans un roman qui traite d’une disparition d’enfant, on s’attend à être pris dans un tourbillon d’émotion à chaque fois que l’on lit les passages sur ses parents. Mais non. Au fil de ma lecture je n’ai ressentie aucune émotion pour eux, ni pour les deux autres protagonistes d’ailleurs, si ce n’est de l’agacement devant leurs atermoiements.
    J’ai trouvé également l’ensemble trop long, trop lent, sans rythme. Et sans aucun semblant d’enquête que ce soit de la part de la police ou de la part d’un des protagonistes.
    Pourtant l’idée de passer d’un point de vue à l’autre était vraiment super. J’aime beaucoup cette méthode de narration qui fait qu’on en sait toujours légèrement plus que chacun des personnages et qu’on reconstitue ainsi le puzzle en assemblant les découvertes de chacun.
    Mais ici, ça n’a pas eu l’effet escompté d’autant plus qu’on ne cesse de passer d’une période à l’autre : un coup on est avant la disparition de Magda, un coup on est après, sans que cela nous apporte réellement d’éléments sur la question.
    Et même si on fini par comprendre ce qu’il s’est passé avec Magda mais j’ai regretté plusieurs choses : d’abord on ne fait que déduire ce qui est arrivé à Magda, sans que ce soit jamais écris noir sur blanc. Et ensuite on ne sait pas comment les choses sont arrivées à ce point précis.
    Bref, une fin qui m’a laissé sur ma faim après une lecture qui ne m’a pas happée dans son univers.

    Un extrait : La sensation familière d’étouffement la saisit alors et la force à quitter la pièce. Elle sort dans l’aube froide. Il fait encore sombre, mais au-dessus de la lisière des bois, on aperçoit déjà un soupçon de rose. Elle constate que l’herbe scintille de givre. C’est seulement plus tard qu’elle se rend compte que c’était un simple constat. Tout ce qui est beau lui fait peur, parce qu’elle est poussée à sentir et elle ne veut pas sentir.
    Comme l’autre jour, lorsque Martin a oublié d’éteindre la machine à café, la cuisine était remplie du parfum âpre du breuvage resté des heures durant sur la plaque allumée, et elle s’est rappelée son deux-pièces à Gärdet, les visites nocturnes de Martin ; ils venaient tout juste de se rencontrer, ses baisers ardents, ses va-et-vient expérimentés, calmes mais déterminées, lorsqu’il la prenait sous la douche, et ensuite, quand ils étaient assis à la fenêtre, enveloppés dans des couvertures à partager des cigarettes tandis que la neige tombait – ce souvenir était si vivant qu’elle prit peur.
    Elle est à présent dans la rue et regarde à l’intérieur des villas.
    Pendant que les familles dorment, leurs salons les attendent. Les sapins de Noël avec leurs boules de verre rouge, les cadeaux à leurs pieds, les bougies allumées dans la nuit. Toutes ces odeurs à l’intérieur, elle sait exactement comment ça sent avant Noël, les aiguilles de sapin, le savon doux, le repas de la veille. Tout cela lui rappelle la vie avec Magda.

    Elle reste là, comme hypnotisée, à regarder à travers les fenêtres de ses voisins en soupesant ses mots. Elle va bientôt le leur dire. Le téléphone peut désormais sonner ; annoncer la confirmation. Même la pire des versions. Bientôt elle sera même en mesure de la privilégier. C’est devenu difficile ces derniers jours. Quelque chose en elle est prêt à céder. Elle ne sait pas comment cela se passera concrètement, mais quelque chose en elle le veut.

    Ce changement a probablement commencé lorsqu’elle a fini par suivre le conseil de Martin et a parcouru le Web à la recherche de quelques « blogueurs d’anges ». Elle a tout de suite vu que leur douleur n’était pas comparable à la sienne.
    Elle n’était pas nécessairement moins forte ; elle était différente.
    Les blogueurs y parlaient du travail de deuil accompli pour pouvoir avancer. Rien que ce mot « avancer » faisait la différence. Contrairement à eux, elle était vissée au sol d’une pièce de torture et ne pouvait pas bouger ; sans parler de faire son deuil ! Martin ne pouvait-il donc pas le comprendre ? Visiblement non, et elle en était aussi exaspérée que triste. C’est comme lorsqu’il était debout derrière elle à la regarder lire les blogs, et qu’il s’attendait, suppose-t-elle, à ce qu’elle lui saute au cou, profondément reconnaissante, parce qu’il lui avait montré cette source de consolation. Mais la seule chose qu’elle y voyait, c’était des femmes qui luttaient quotidiennement pour avancer, fuyant l’horreur vécue. Elle s’était finalement sentie obligée de se retourner pour lui demander s’il s’y reconnaissait vraiment. Il l’avait regardée fixement sans répondre avant qu’elle dise :

    - Je ne lutte ni pour aller de l’avant, ni pour fuir quelque chose. Et c’est justement là qu’est le satané problème. Je lutte en arrière. Vers cette nuit, pour y voir quelque chose de nouveau, pour comprendre. Regarde-moi. Réponds. Quel rapport y a-t-il entre leur situation et la nôtre ? Mon enfant vit, les leurs sont morts. C’est quelque chose de concret, elles peuvent donc commencer à faire leur deuil.
    Il avait alors gardé le silence, comme d’habitude, désemparé jusqu’à en devenir provocant.
    Elle avait quitté la pièce tandis que Martin s’était replié dans le cabinet de travail.
    Cette nuit-là elle avait encore rêvé de la cave, et cette fois-ci, la pièce était étonnamment petite ; il n’y avait pas d’air. Lorsqu’elle découvrir Magda dans un coin, elle était trop épuisée par le manque d’oxygène pour pouvoir lui venir en aide. Elle eut beau investir toutes ses forces, elle n’arriva pas à l’atteindre, malgré toute la détresse qu’elle mettait à s’étirer vers elle, vers ses mains de petite fille.

     

  • [Livre] Les enfants de cendres

    les enfants de cendres.jpg

     

    Résumé : Au milieu d'un train bondé, une petite fille disparaît. En dépit d'une centaine de témoins potentiels, personne n'a remarqué quoi que ce soit. Sa mère était descendue sur le quai pour passer un coup de fil, et n'a pu regagner le train à temps. Affolée, elle a alerté les contrôleurs qui ont gardé un oeil protecteur sur l'enfant endormie. Pourtant, à l'arrivée en gare de Stockholm, la fillette s'est volatilisée. On ne retrouve que ses chaussures sous la banquette... 

     

    Auteur : Kristina Ohlsson

     

    Edition : France Loisirs

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 2012

     

    Prix moyen : 13€

     

    Mon avis : D’après ce que j’ai compris, il vaut mieux avoir l’édition de France loisirs que l’édition j’ai lu. En effet, il semblerait que cette dernière en dise beaucoup trop sur l’histoire dans son quatrième de couverture, tandis que celle de France loisirs lui conserve tout son mystère.
    L’histoire commence de manière assez « banale » pour les enquêteurs et s’ils ne traitent pas pour autant l’affaire par-dessus la jambe et recherchent activement l’homme et l’enfant, pour eux, ce n’est rien de plus qu’un père qui a décidé qu’il ne serait pas séparé de sa fille.
    Pourtant, il y a un membre de l’équipe qui reste sceptique. Cet enlèvement dans un train lui parait trop élaboré pour être du fait d’un père n’acceptant pas la séparation.
    Le problème est que cette enquêtrice vient du civil. Le gouvernement à décidé d’introduire des personnes venant du civil et donc sortant du cursus universitaire dans les services de police. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça ne plait pas. Les enquêteurs rejettent d’un bloc ces nouveaux venus qu’ils jugent inutiles. Que ce soit les analystes ou les enquêtrices qui viennent de passer des années à l’université à étudier la criminologie et le comportement criminel.
    Alors quand Fredrika Bergman fait part à son boss de ses doutes quant à l’enquête, elle est vertement envoyée sur les roses !
    Et là, j’ai eu beaucoup de mal à supporter ledit boss : Alex et son enquêteur Peder.
    Commençons par le plus bas dans la ligne hiérarchique : Peder.
    Disons le tout net, je l’ai trouvé imbuvable ! Moi moi moi, voilà tout ce qui l’intéresse. Père depuis peu, son épouse fait une grosse dépression postnatale et il ne le supporte pas. Attention, pas parce que sa femme est malheureuse, mais parce qu’il n’a pas la vie sexuelle qu’il veut, l’accueil qu’il veut, qu’elle ne s’occupe pas assez de lui. Bref, les sentiments et l’impression de se noyer de son épouse ne sont que secondaires au vue des désagréments que doit supporter monsieur. Dans le boulot, il n’est guère mieux : il se vexe s’il n’a pas la vedette, ne supporte pas qu’un autre que lu trouve un indice ou comprenne l’importance d’une information. Il passe plus de temps à tirer la couverture à lui qu’à enquêter… Heureusement quand il devient clair que l’affaire est bien plus grave que ce qu’il n’y parait, il va se reprendre un peu, et, sans changer complètement d’attitude, il va quand même se foutre pour de bon au boulot.
    Le chef aussi m’a agacée, peut être encore plus parce que c’est le chef. Il rejette les impressions et les doutes de Fredrika, non pas parce qu’il a déjà enquêté sur cette piste et l’a mise de côté mais parce qu’elle lui est signalée par une « civile » et qu’il n’a pas l’intention de la laisser « lui apprendre son métier ». Je ne dis pas qu’ils auraient pu sauver tout le monde s’il avait écouté Fredrika, mais ils auraient moins perdu de temps !

    Enfin il y a Fredrika. Elle est très mal à l’aise dans ce service de police, au point qu’elle songe à partir à la fin de sa période d’essai. Elle sent bien qu’elle est rejetée et ses collègues prennent pour de l’indifférence et de la froideur sa maitrise d’elle-même qu’elle refuse de relâcher de peur de craquer devant les horreurs auxquelles elle va être confrontée.
    Quand (enfin) le service se lance sur la piste dénichée par Fredrika, ils se trouvent aux prises avec quelqu’un de froid, de très organisé et de quasiment invisibles : il ne laisse aucune trace, aucun adn, aucune empreinte. Les personnes interrogées sont incapables de le décrire. A croire que l’on a affaire à un véritable fantôme.
    J’ai un peu regretté que les enquêteurs tournent si longtemps en rond pour trouver le lien entre les différentes affaires, alors que ça faisait plus de 100 pages que je l’avais deviné et que j’avais envie de leur hurler : « mais il est là le lien !!! c’est ça !!! »
    Dans ce livre, l’auteur n’aborde pas que le thème du meurtre et de l’enlèvement. Au cours de l’enquête, on sera également confronté aux thèmes de la pédophilie et de la maltraitance faite aux femmes.
    Il y a des fausses pistes. Une en particulier qui m’a complètement eue ! Une vraie bleue. Je suis allègrement tombée dans le panneau (c’est limite vexant).
    Maintenant, je suis pressée de lire d’autres livres de l’auteur pour voir ce que va devenir Fredrika.

    Un extrait : La petite fille ne ressemblait pas du tout à sa mère, avait remarqué Henry en poinçonnant leurs billets, peu après la gare de Göteborg. Ses cheveux châtain foncé ondulaient si joliment autour de sa tête qu’on aurait dit des faux. Ils effleuraient ses épaules en encadrant son petit visage. Son teint était plus mat que celui de sa mère, mais elle avait de grands yeux bleus et le nez constellé de taches de rousseur, ce qui la faisait ressembler à une poupée. Henry lui sourit en passant auprès d’elle et la fillette esquissa un timide sourire en retour. Elle avait l’air fatiguée. Elle détourna les yeux et regarda par la fenêtre, la tête appuyée contre le dossier.

    – Lilian, enlève tes chaussures si tu mets les pieds sur le siège, avait dit la mère, alors qu’Henry contrôlait le billet du voyageur suivant.

    En se retournant, il avait noté que l’enfant s’était débarrassée de ses sandales rouges et avait replié les jambes sous elle.

    Ses sandales étaient restées par terre après qu’elle eut disparu.

    Ce trajet entre Göteborg à Stockholm fut plutôt perturbé. Beaucoup de monde s’était déplacé dans la deuxième ville du pays pour assister à un grand concert à Ullevi. Et tous étaient rentrés par le train du matin, celui où travaillait Henry. Tout d’abord, deux jeunes gens vomirent sur les sièges en voiture 5. Ils avaient trop bu la veille, et Henry dut courir chercher une serpillière pour nettoyer tout ça. Au même moment, deux filles se mirent à se battre en voiture 3. Une blonde accusait une brune d’avoir essayé de lui piquer son petit ami. Henry tenta de s’interposer, mais le calme ne revint dans le train qu’après Skövde, tous les fêtards ayant fini par s’assoupir. Henry put alors boire une tasse de café avec Nellie, qui travaillait au wagon-restaurant. En passant dans le couloir, Henry s’aperçut que la femme rousse et sa fille s’étaient endormies.

    Ensuite, ce fut assez tranquille jusqu’à ce qu’on approche de Stockholm. À quelques dizaines de kilomètres de la capitale, peu avant Flemingsberg, le contrôleur adjoint Arvid Melin annonça par haut-parleur que le train aurait un retard de cinq minutes, voire dix, à cause d’une erreur de signalisation. Le train fit donc un arrêt à Flemingsberg, et Henry vit la femme rousse descendre seule de la rame. Il l’observa par la fenêtre de la voiture 6, réservée au personnel. Elle marcha d’un pas décidé sur le quai et se posta un peu à l’écart des autres passagers, descendus prendre l’air quelques instants. Puis elle sortit quelque chose de sa poche, peut-être un téléphone portable. Henry se dit que la petite fille devait encore dormir. Il poussa un soupir. Se sentait-il seul au point d’espionner une passagère ? Henry retourna aux mots croisés du dernier numéro de Året Runt. Que serait-il arrivé s’il n’avait pas quitté des yeux la femme sur le quai ? Ses collègues auraient beau lui répéter qu’il ne pouvait pas s’en douter et ne devait en aucun cas s’en vouloir, Henry restait persuadé que son zèle à résoudre ses mots croisés avait infléchi le cours des événements. Impossible de revenir en arrière.

    Car Henry était plongé dans ses mots croisés quand il entendit la voix d’Arvid dans le haut-parleur. Tous les voyageurs étaient priés de regagner leurs places, le train repartant en direction de Stockholm. Personne ne se souvint d’avoir vu une jeune femme courir après le train. Mais cela avait sans doute été le cas, car quelques minutes après le départ Henry reçut un coup de téléphone signalant qu’une jeune femme assise place 6 voiture 2, à côté de sa petite fille, avait été oubliée sur le quai à Flemingsberg. Elle avait pris un taxi et faisait à présent route vers Stockholm. L’enfant était seule dans le train.

    – Oh, merde ! jura Henry en raccrochant.

    Il se rendit aussitôt à la voiture 2 pour constater que c’était la jeune femme rousse aperçue sur le quai qui avait manqué le train, puisqu’il reconnaissait la petite fille.

    Henry rassura ses supérieurs en téléphonant de son portable : l’enfant dormait toujours, et il lui paraissait inutile de la réveiller avant l’arrivée à Stockholm. Il promit de s’occuper personnellement de la fillette dès l’entrée du train en gare. Personnellement. Ce mot allait longtemps résonner dans sa tête. Au niveau de Södra Station, les filles de la voiture 3 recommencèrent à se battre et à crier. Henry entendit un bruit de verre brisé puis un voyageur quitta la voiture 3 pour la 2, et il fut bien obligé d’abandonner l’enfant endormie.

    – Arvid, viens tout de suite voiture 3 ! cria-t-il dans son talkie-walkie.

    Aucune réaction du collègue.

    Quand Henry parvint enfin à séparer les deux filles, le train s’était arrêté avec son sifflement caractéristique, un son qui n’était pas sans rappeler la respiration lourde et essoufflée d’un vieil homme.

    – Espèce de pétasse ! hurla la blonde.

    – Sale conne ! rétorqua l’autre.

    – Enfin, vous n’avez pas fini toutes les deux ? s’énerva une femme plus âgée en se levant pour prendre son sac de voyage.

    Henry se fraya un chemin dans la foule qui faisait déjà la queue dans le couloir et se dépêcha de regagner la voiture 2. Pourvu que l’enfant dorme encore ! Il y était presque. Henry bouscula plusieurs personnes le temps de ce court trajet qui – il était prêt à le jurer – lui avait pris moins de trois minutes. La durée de son absence ne changeait malheureusement rien à l’affaire.

    La petite fille endormie avait disparu. Il ne restait que ses sandales rouges, tandis que sur le quai se pressaient tous les autres voyageurs dont Henry Lindgren avait eu la charge entre Göteborg et Stockholm.

     

     

  • [Livre] Derrière les portes

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    Résumé : En apparence, Jack et Grace ont tout pour eux. L'amour, l'aisance financière, le charme, une superbe maison.
    Le bonheur.
    Vous connaissez tous un couple comme celui qu'ils forment, le genre de couple que vous aimeriez connaître mieux.
    Vous adoreriez passer davantage de temps avec Grace, par exemple. L'inviter à déjeuner, seule.
    Et pourtant, cela s'avère difficile. Vous réalisez que vous ne voyez jamais Jack et Grace l'un sans l'autre.
    Est-ce cela que l'on appelle le grand amour ?
    À moins que les apparences ne soient trompeuses.
    Et que ce mariage parfait ne dissimule un mensonge parfait.
    Et vous, connaissez vous vraiment vos amis ?

     

    Auteur : B.A. Paris

     

    Edition : Hugo thriller

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 05 janvier 2017

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : Dans la newsletter Babelio, on me présentait ce livre et on me proposait d’en lire un extrait. Dès que j’ai lu celui-ci, je n’ai pas pu attendre et j’ai immédiatement commandé le livre.
    Dès qu’on voit l’attitude de Grace, on comprend que son mariage n’a rien de parfait et que Jack est probablement un mari abusif.
    Alors ce n’est pas faut, mais j’étais loin du compte et je n’avais pas imaginé un personnage d’une telle perversité.
    C’est Grace qui nous raconte son histoire, oscillant entre passé et présent.
    Pendant tout le livre j’ai été prise entre fureur et effroi. Effroi devant la personnalité de Jack mais aussi devant sa capacité, tel un joueur d’échec maléfique, à sembler avoir toujours trois coups d’avance ; et fureur devant la passivité de l’entourage : l’entourage proche qui idolâtre Jack et l’entourage plus éloigné, comme la police ou le personnel de l’hôtel en Thaïlande, qui n’accordent pas même le bénéfice du doute à Grace et considèrent qu’un célèbre avocat comme Jack, défenseur bien connu des femmes maltraitées, ne peut être que ce qu’il parait être : parfait.
    On a ici un thriller psychologique intense, qui ne nous laisse aucun répit (et qui nous fait décider que jamais, au grand jamais, on ne se mariera. Et pour celles qui le sont déjà, que leurs maris ne soient pas étonnés d’être passé à la question à peine la porte franchie, on est jamais trop prudente).
    Il ne faut clairement pas lire ce livre si on est de nature impressionnable, sinon on risque d’avoir peur de son ombre pendant un certain temps.
    Il n’a rien de sanglant, mais il provoque une tension permanente qui ne cesse de monter, sans jamais retomber un peu, jusqu’au dénouement.
    Du coté des personnages, il y en a un certains nombres, mais seulement 2, à part Jack et Grace, on une réelle importance.
    D’abord il y a Millie. Millie a 17 ans, bientôt 18 et est trisomique. C’est la petite sœur de Grace dont elle a la charge, leurs parents, plutôt indignes dans leur genre, ne rêvant que d’être débarrassés une bonne fois pour toute de leurs filles. Millie est une jeune fille enjouée, qui vit dans une pension qu’elle doit quitter à ses 18 ans pour aller vivre avec sa sœur et son beau-frère. Elle est dotée d’une intelligence très fine qui est dissimulée par son handicap.
    Ensuite il y a Esther. Esther est une nouvelle voisine que la vie idyllique que présentent Grace et Jack à la face du monde agace profondément. On voit clairement qu’elle ne croit pas à la perfection de leur vie mais qu’elle pense qu’ils veulent montrer ainsi une certaine supériorité. Pour autant, sa suspicion inquiète Grace comme elle lui donne de l’espoir car celle-ci peut soit lui être favorable, soit la plonger un peu plus en enfer.
    J’ai apprécié que malgré un sujet relativement courant dans les thrillers psychologique, l’auteur ne tombe jamais dans les stéréotypes (parfois un peu dans l’excès, mais une fois pris dans l’intrigue, on n’y fait pas vraiment attention sur le moment).
    Même si on s’attend un peu à la fin (franchement dans une histoire pareille, il n’y a que deux fins possibles), j’ai beaucoup aimé comment cela avait été amené : tout comme le reste du roman, il n’y a rien de brutal, la fin est amenée lentement mais sûrement, en gardant tout son suspense jusqu’à la fin.
    Mon premier coup de cœur thriller de l’année !

    Un extrait : Jack demande un instant d’attention et porte un toast à Esther et Rufus, à qui il souhaite la bienvenue dans la région. Je lève mon verre, avale une gorgée de champagne. Les bulles pétillent dans ma bouche et, soudain, je suis bien. J’essaie de savourer la sensation mais, fugace, elle disparaît aussi vite qu’elle a surgi. Je considère Jack, qui parle avec animation à Rufus, rencontré au club de golf avec Adam, il y a quelques semaines. Ils lui ont proposé un parcours ensemble. Après avoir découvert que Rufus excellait au golf, mais pas assez pour le battre, Jack l’a invité à dîner avec Esther. Je n’ai qu’à les observer pour saisir qu’il désire impressionner le nouveau venu. Il est donc important que je séduise sa femme. Ce ne sera pas tâche facile. Si Diane m’idolâtre, Esther semble plus complexe. Je m’éclipse afin d’aller chercher à la cuisine les canapés que j’ai concoctés un peu plus tôt et pour mettre la dernière touche au repas. L’étiquette – Jack est pointilleux à ce sujet – exige que je ne m’absente pas trop longtemps. Aussi, je m’empresse de battre en neige les blancs d’œuf qui attendent dans un saladier avant de les ajouter à la préparation du soufflé déjà prête. Avec un coup d’œil nerveux à la pendule, je place le mélange dans des ramequins individuels, puis les enfourne au bain-marie. Je vérifie soigneusement l’heure. Un instant, une bouffée de panique me submerge à la perspective de commettre un faux pas. Mais, me rappelant que la peur est mon pire ennemi, je m’exhorte au calme et regagne le salon avec mon plateau d’amuse-gueule. Je les présente aux uns et aux autres, reconnaissante pour les compliments unanimes, parce que Jack n’aura pas manqué de les entendre. Ça ne loupe pas : tout en me gratifiant d’un baiser sur le sommet de la tête, il convient avec Diane que je suis une excellente cuisinière. Je pousse un infime soupir de soulagement. Bien décidée à progresser auprès d’Esther, je m’installe à côté d’elle. Voyant cela, Jack attrape de ses doigts élégants le plateau de canapés.
    — Repose-toi, chérie, tu le mérites, après tout ce que tu as fait aujourd’hui.
    — N’exagère pas, ce n’était rien, je proteste.
    Mensonge. Ce que Jack sait pertinemment, puisque c’est lui qui a arrêté le menu. J’entreprends de poser à Esther les questions de rigueur : s’est-elle habituée à la région ? Inquiétée à l’idée de quitter le Kent ? Ses deux enfants se sont-ils habitués à leur nouvelle école ? J’ignore pourquoi, mais que je sois aussi bien renseignée a le don de l’irriter. Conséquence, je mets un point d’honneur à m’enquérir des prénoms de ses fils et fille, bien que je les connaisse. Ils s’appellent Sebastian et Aisling et ont sept et cinq ans. Je fais comme si je n’étais pas au courant de leur âge non plus. Consciente que Jack surveille mes moindres paroles, je devine qu’il se demande ce que je mijote.
    — Vous n’avez pas d’enfants, n’est-ce pas ? lâche Esther sur un ton qui est plus affirmatif qu’interrogatif.
    — Non, pas encore. Nous souhaitions profiter un peu de notre vie de couple d’abord.
    — Depuis combien de temps êtes-vous mariés ? répond-elle, apparemment surprise.
    — Un an.
    — Ils ont fêté ça la semaine dernière, précise Diane en tendant sa flûte.
    — Et je ne suis pas encore prêt à partager ma ravissante épouse, rigole Jack en la remplissant.
    Durant une seconde de distraction, je contemple une minuscule goutte de champagne qui a giclé sur la serge de son pantalon immaculé, au niveau du genou.
    — Pardonnez mon indiscrétion, reprend Esther, mais l’un de vous deux a-t-il été marié avant ?
    J’ai l’impression qu’elle souhaiterait qu’on lui dise oui, comme si l’existence d’un ou d’une ex tapi dans l’ombre pouvait entacher notre apparente irréprochabilité.
    — Non, je réponds. Ni Jack ni moi.
    Elle dévisage ce dernier, et je me doute qu’elle essaie de comprendre comment un aussi bel homme a réussi à rester libre aussi longtemps. Sentant le poids de son regard, il la régale d’un sourire bonhomme.
    — J’avoue que, à quarante ans, je commençais à désespérer de jamais trouver la femme idéale. Mais dès que j’ai vu Grace, j’ai su qu’elle était celle que j’attendais.
    — C’est tellement romantique ! soupire Diane, qui a déjà eu droit à l’histoire. Je ne compte plus les dames que j’ai présentées à ce célibataire endurci. Aucune n’a eu l’heur de lui plaire. Jusqu’à Grace.
    — Et pour vous, Grace ? me demande Esther. Ça a été également le coup de foudre ?
    — Oui.
    Bouleversée par ce souvenir, je me relève un peu trop vite. Jack tourne vivement la tête dans ma direction.
    — Les soufflés, je me justifie d’une voix calme. Ils doivent être cuits. Tout le monde est prêt à passer à table ?