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  • [Livre] La passe-miroir – T01 – Les fiancés de l’hiver

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    Résumé : Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l'Arche d'Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d'un complot mortel.


    Auteur : Christelle Dabos

     

    Edition : Gallimard

     

    Genre : Fantasy

     

    Date de parution : 06 juin 2013

     

    Prix moyen : 18€

     

    Mon avis : Ca fait un certain temps, pour ne pas dire un temps certain que je vois parler de ce livre. Au vu de l’enthousiasme de certaines booktubeuses/blogueuses en qui j’ai toute confiance par expérience (de nombreuses lectures choisies après avoir vu ou lu leur avis ont été des coups de cœur ou pas loin) j’avais très envie de découvrir cette histoire.
    Mais deux points me retenaient :
    - Le premier et sans doute le plus important : quand j’ai commencé à m’intéresser à la saga, le tome 3 n’était pas sorti et, Christelle Dabos n’étant pas auteur de métier, elle avouait elle-même sans honte qu’elle mettrait un moment avant de finir le tome 3 et un très long moment avant de nous offrir le tome 4.
    Ce n’est pas que je sois spécialement impatiente (pour les enfants de la terre j’ai attendu plus de 10 ans entre certains tomes…) mais j’avais peur de ne pas avoir de suite du tout (et ça c’est nettement plus frustrant). Une fois le tome 3 publié, je me suis dit que quand même si elle était allé jusque-là, et surtout si Gallimard l’avait suivi jusque là, il n’y avait pas de raison qu’elle ne continue pas.
    - Le second point était que beaucoup de personnes ayant adoré la saga disaient que le premier tome était difficile à lire, qu’il y avait trop de descriptions, que c’était un tome d’introduction. On le présentait presque comme un mal nécessaire qui ne commençait à être vraiment intéressant que 200 pages avant la fin. Et je n’étais tout simplement pas dans le bon état d’esprit pour lire quelque chose qu’il fallait lire pour comprendre la suite mais qui était lui-même sans grand intérêt.
    Tout étant enfin réuni : la parution  tome 3 et l’état d’esprit, je me suis lancée.
    Et j’ai été conquise dès la 4ème page !
    Toutes ces descriptions qui ont fait grincer tant de dents sont pour moi un des atouts majeurs de ce tome, et à mon sens n’ont pas été étrangère au résultat du concours jeunesse qui a permis sa publication.
    Bien loi, à mon sens, d’être un mal nécessaire, à travers ces descriptions, Christelle Dabos nous brosse le tableau d’un univers d’une richesse incroyable. A chaque ligne, j’avais vraiment l’impression d’y être.
    Ca va être difficile de parler des personnages sans dévoiler l’intrigue, donc je vais être succincte 
    J’ai adoré Ophélie. Elle a l’air calme, résignée et sans volonté, mais ce n’est qu’une apparence. La scène avec la balle de plomb quand elle est encore dans son musée suffit à démontrer qu’elle n’aime pas qu’on lui marche sur les pieds et qu’elle sait se défendre ! Elle est seulement de ces gens qui savent choisir leur batailles, qui préfèrent réfléchir avant d’agir et argumenter plutôt que trépigner.
    Sa tante Rosaline, qui parait froide et sèche au premier abord, se révèle une alliée indéfectible bien que sans réel pouvoir sur l’arche où a été envoyée la jeune fille pour son mariage. C’est d’ailleurs mon sentiment sur l’ensemble de sa famille, même si on les voit très peu, tout au long du livre, à chaque fois qu’il est question d’eux, on a l’impression qu’Ophélie n’est qu’un pion destinée à servir son arche, mais à un moment, ils montrent qu’ils s’inquiètent vraiment du sort de la jeune fille.
    Du côté des habitants de l’arche du pôle, c’est une autre histoire. Chez eux, la trahison et les coups de poignards dans le dos vont bon train, même au sein d’une même famille.
    Thorn, le futur époux, souffle le chaud et le froid, on a du mal à savoir quels sont ses sentiments à l’égard d’Ophélie, mais surtout à savoir quel son but dans toute cette histoire.
    Sa tante Berenilde est affreuse mais au fil des pages je me suis dis que son attitude pouvaient être compréhensible. Bon, je reste au conditionnel quand même, parce que même si certains évènements de son passé (et de son présent aussi d’ailleurs) peuvent l’expliquer, il reste qu’elle est égocentrique, jalouse, cruelle, capricieuse, lunatique… bref, vous avez compris l’idée !
    Chacun des personnages a un pouvoir, plus ou moins offensif, plus ou moins courant, plus ou moins développé.
    Ophélie est une liseuse : en touchant un objet, elle retrace son histoire depuis sa fabrication, revivant les sentiments et la vie de ses propriétaires successifs. Il semblerait que ce soit une liseuse très douée mais elle a aussi un pouvoir très rare : c’est une passe-miroir. Elle peut passer à travers les miroirs pour se rendre d’un endroit à l’autre.
    Les habitants du Pôle ont également des pouvoirs, mais qui n’ont rien à voir avec tous ce qu’Ophélie a pu connaître. Et attention, c’est du lourd !
    Tous les personnages que l’on rencontre, même brièvement, sont parfaitement décrits. Je ne sais pas si c’est parce que l’auteur a décidé qu’ils devaient intervenir dans les prochains tomes ou non, mais j’ai trouvé que ça donnait encore plus de profondeur à l’univers des arches.
    Il y a une chose que j’ai beaucoup appréciée : tout commence par l’annonce à Ophélie de son mariage arrangé avec Thorn. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle n’est pas emballée même si elle réalise vite qu’elle n’a pas le choix.
    Dans la plupart des livres qui commencent par un mariage forcé, la jeune fille fait une crise, jurant qu’elle ne pliera jamais et tombe folle amoureuse de son mari dans les 15 pages suivantes. Vous ne pouvez pas savoir comme ça m’énerve.
    Sans, bien sûr, vous dévoiler les détails, je peux vous dire qu’Ophélie va donner nettement plus de fil à retordre à Thorn ! Il va être content du voyage celui-là !
    Si au début de l’histoire, l’auteur nous décrit parfaitement l’arche natale d’Ophélie, on ne sait du Pôle que ce que la jeune fille en apprend. On découvre donc ce nouveau monde, et ses règles, en même temps qu’elle.
    Maintenant je n’ai qu’une hâte : lire le tome 2. Mais comme le 4ème et dernier tome n’est pas encore sorti, je ne veux pas trop me précipiter, j’ai le temps !

     

    Un extrait : Au commencement, nous étions un.

    Mais Dieu nous jugeait impropres à le satisfaire ainsi, alors Dieu s’est mis à nous diviser. Dieu s’amusait beaucoup avec nous, puis Dieu se lassait et nous oubliait. Dieu pouvait être si cruel dans son indifférence qu’il m’épouvantait. Dieu savait se montrer doux, aussi, et je l’ai aimé comme je n’ai jamais aimé personne.

    Je crois que nous aurions tous pu vivre heureux en un sens, Dieu, moi et les autres, sans ce maudit bouquin. Il me répugnait. Je savais le lien qui me rattachait à lui de la plus écœurante des façons, mais cette horreur-là est venue plus tard, bien plus tard. Je n’ai pas compris tout de suite, j’étais trop ignorant.

    J’aimais Dieu, oui, mais je détestais ce bouquin qu’il ouvrait pour un oui ou pour un non. Dieu, lui, ça l’amusait énormément. Quand Dieu était content, il écrivait. Quand Dieu était en colère, il écrivait. Et un jour, où Dieu se sentait de très mauvaise humeur, il a fait une énorme bêtise.

    Dieu a brisé le monde en morceaux.

     

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  • [Livre] L'histoire de la bête

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    Résumé : C'est une histoire vieille comme le monde : celle d’un prince cruel transformé en Bête. Et celle d’une belle jeune fille qui surgit dans sa vie. Le monstre est métamorphosé par la compassion de la jeune fille et l’amour qu’il ressent pour elle. Puis ils se marient et ont beaucoup d’enfants. 
    Mais comme pour chaque histoire, il y a plusieurs versions. Qu’importe ce que l’on a pu dire ou écrire, une seule question demeure : qu’est-ce qui a changé le prince en la Bête que l’on connaît ?
    Voici l’une de ces histoires. Une histoire de bêtes, et, bien sûr, de belles.


    Auteur : Serena Valentino

     

    Edition : Hachette

     

    Genre : Jeunesse

     

    Date de parution : 01 mars 2017

     

    Prix moyen : 14€

     

    Mon avis : Après son premier livre qui explorait le passé de la méchante reine, ainsi que les raisons de ses mauvaises actions, Serena Valentino rempile avec cette fois les raisons qui ont conduit un prince à devenir la bête.
    Dans le dessin-animé de Disney, qui sert d’inspiration à ce livre, le prologue nous expliquait qu’une enchanteresse, dissimulée sous un déguisement, avait demandé au prince de la laisser entrer chez lui par un soir d’orage. Devant son refus, elle lui jette un sort.
    Ici, s’il y a bien une enchanteresse, ses motivations sont un peu plus sérieuses que de s’être levée un matin en se disant qu’elle allait tester un peu le caractère des princes des environs.
    Et si on ne connaissait pas la jeune Circé, ses trois sœurs aînées, nous les avons déjà rencontrées dans le premier tome où elles n’étaient pas étrangères au changement de comportement de la méchante Reine. J’ai comme l’impression que ces trois là ont plus ou moins à voir avec tout ce qui tourne pas rond dans tous les royaumes enchantés du coin !
    L’histoire se lit très vite et j’ai beaucoup appréciée de retrouver des scènes du dessin animé.
    Les scènes présentes dans le dessin animé sont rapportées fidèlement, mais enrichies des pensées de la bête, de ses motivations, ce qui éclaire les scènes que l’on connaît d’un jour nouveau.
    Bien que l’histoire aillé jusqu’à la fin du dessin animé, les scènes avec Belle ne sont pas nombreuse et les trois quart du roman concernent ce qu’il s’est passé avant, quand le prince était encore totalement humain, sa transformation et ses premiers temps en tant que Bête.
    L’histoire de la Bête n’est pas un coup de cœur, comme l’avait été pour moi Miroir, Miroir, mais il le frôle. A présent je suis impatiente de découvrir les histoires d’Ursula et de Maléfique, déjà sorties en anglais et qui, je l’espère, seront bientôt éditées en français.

     

    Un extrait : Avant la malédiction, la vie avait comblé le Prince de tous ses bienfaits. Cependant, il n’était rien de plus qu’un jeune homme arrogant, vaniteux et pleinement conscient des privilèges que lui apportait son ascendance royale. Il ne s’en cachait nullement, pas plus qu’il n’en rougissait. Il n’avait qu’une piètre opinion des princes qui s’abandonnaient aux billevesées codifiées par les contes de fées. Selon les croyances populaires, ils devaient chevaucher par monts et par vaux, vaincre dragons impétueux et cruelles marâtres dans le but unique de sauver de Belles au bois dormant et de les réveiller d’un premier baiser d’amour.
    Hypocrisie ! Duperie ! Qui donc pouvait croire que tous ces hommes bien-nés n’étaient autres que des princes charmants au grand cœur ? Ne combattaient-ils que pour obtenir la main de leur princesse, au nom de la justice ? Jamais ne le faisaient-ils pour leur propre gloire, pour flatter leur ego, ou tout simplement pour satisfaire un penchant belliqueux ?
    Quand bien même, le Prince se refusait à une existence d’amoureux transi. Il préférait se consacrer à la chasse et au plaisir que lui consacraient la traque et les trophées exposés à sa gloire. Abattre un élan ou vaincre un ours était tout autant gratifiant, si ce n’est plus, que de se frotter de trop près à des pommes empoisonnées ou des nains colériques. Les dépouilles qu’il traînait jusqu’à la taverne, où le vieil Higgins les empaillait, lui assuraient un nom et les faveurs de la gent féminine. Nil besoin de terrasser un dragon ou de vaincre une horrible sorcière pour obtenir le baiser d’une jouvencelle !
    Sa vie était parfaite : tous l’aimaient et l’idolâtraient comme il se devait.

     

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  • [Livre] Fragiles

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    Résumé : Gabriel a toujours été le bad boy du lycée : celui qui frappe avant de parler, qui fait craquer toutes les filles mais ne s’attache jamais. Brittany incarne la peste par excellence, à la répartie vicieuse, et au joli minois qui ne laisse aucun garçon indifférent. Pourtant, derrière leurs apparences montées de toutes pièces, tous deux cachent de profondes blessures qui les éloignent des autres. Dans cette course pour cacher leurs cicatrices, Gabriel et Brittany se cherchent mutuellement… Se trouveront-ils ?


    Auteur : Sarah Morant

     

    Edition : Hachette

     

    Genre : Young Adult

     

    Date de parution : 05 avril 2017

     

    Prix moyen : 18€

     

    Mon avis : Gabriel et Brittany sont l’image vivante de « il ne faut pas se fier aux apparences ». Lui semble être le mauvais garçon qui se fout de tout et surtout des filles qu’il met dans son lit pour les jeter aussi vite qu’il les a conquit, le garçon qui ne sait parler qu’avec ses poings. Elle, c’est la peste par excellence, populaire, jolie, crachant son venin sur chaque personne ayant le malheur de lui déplaire.
    Dès le premier chapitre, on peut voir des bribes du passé de Gabriel et on comprend très vite qu’il a eu une enfance désastreuse. L’ampleur de ce qu’il a vécut ne se dévoile qu’au fil du récit, de ses souvenirs, puis des confidences, plus ou moins forcées, qu’il peut faire.
    Quant à Brittany, on s’aperçoit très vite qu’elle a une obsession malsaine de la perfection et qu’elle a une vision déformée de l’image que lui renvoie son miroir. De plus, sa vie familiale part en lambeaux et elle le vit très mal.
    Mais l’un comme l’autre tienne à leur image plus que tout et s’efforce de ne rien laisser paraître devant leur entourage.
    Tous les deux ont un certains passif : Brittany a brisé la réputation de Gabriel en se moquant de lui devant une grande partie du lycée à l’heure du déjeuner et Gabriel est bien décidé à le lui faire payer.
    De piques en piques, d’attaques en réparties cinglantes, Gabriel et Brittany se prennent au jeu, heureux sans l’avouer d’avoir quelqu’un capable de leur tenir la dragée haute.
    Très vite, chacun se rend compte que l’autre est bien plus que ce qu’il montre aux yeux du monde et le jeu prend une autre tournure qui va les entraîner à se considérer autrement que comme des rivaux.
    Gabriel a un instinct très protecteur, que ce soit avec son frère adoptif, Jake, qui a quelques ennuis avec des petits caïds du lycée ou avec Vanessa, sa meilleure amie, qui cache et se cache à elle-même un lourd secret. Bon évidement, sa manière de protéger revient souvent à éclater la tête de tous ceux qui les regardent de travers, mais l’intention y est !
    A cause de son passé et de son comportement, Gabriel doit voir la psychologue du lycée et, très honnêtement, j’ai trouvé que cette femme devrait être virée avec interdiction d’approcher des enfants. Ses méthodes sont horribles et cruelles. J’ai eu envie de lui mettre des claques !
    Jake est sans doute l’élément le plus positif dans la vie de Gabriel. Certes Claire et Patrick, ses parents adoptifs sont là eux aussi, mais Gabriel a du mal à les laisser approcher. Jake fait un peu la liaison entre tout le monde et ce petit bonhomme de 13 ans ne se laisse pas marcher sur les pieds !
    Brittany cache beaucoup de blessures et son estime de soi est quasiment en miette. Je ne suis pas sûre que son amie Vanessa, qui est probablement aussi abîmée qu’elle, bien que pour d’autres raisons, soit d’une grande aide. J’aurais même tendance à dire qu’elle l’enfonce en la maintenant dans une tension constante de quête de la perfection.
    Les secrets de Gabriel et Brittany sont dévoilés un à un, progressivement. J’ai beaucoup aimé l’évolution des personnages.
    Pour le plus gros secret concernant Gabriel, j’avais un petit doute, mais à un moment, une description d’une scène de son enfance m’a fait comprendre ce qu’il s’était exactement passé.
    Les chapitres alternent entre Gabriel et Brittany, mais parfois, ils laissent la place à d’autres personnages comme Jake, Vanessa ou Patrick, qui permettent de faire avancer le lecteur dans l’histoire sur des sujets que les deux personnages principaux ignorent, cependant ces chapitres du point de vue des personnages secondaires restent peu nombreux.
    J’ai trouvé que ce livre décrivait à la perfection ce que des ados aux prises avec des situations difficiles pouvaient ressentir. Cela doit d’autant plus être souligné que l’auteur a l’âge de ses personnages (17 ans lors de la sortie de Timide, son premier roman, en 2016). Ce n’est pas évident d’avoir un tel recul et Sarah Morant y arrive à merveille. Une chose est sûre : je ne vais pas tarder à lire ses autres livres (déjà 3 à son actif !)

     

    Un extrait : Beaucoup de gens craignaient les rentrées scolaires. La seule pensée qui envahissait mon esprit à cet instant, c’était que ce serait la dernière. J’étais enfin en terminale et l’année prochaine je partirais loin de cette putain de ville, faire le tour des États-Unis sans plus me soucier des devoirs de physique et de math qui me pourrissaient la vie depuis six ans. Je serais totalement libre, sans plus aucune attache dans ce monde étouffant. Et, si la plupart des hommes craignaient de disparaître ainsi, j’aimais l’idée de sombrer totalement dans l’oubli.

    Mon reflet dans le miroir me renvoya l’image de ce garçon âgé de dix-huit ans aux cheveux bruns et aux yeux marron clair que je croisais tous les jours. Je ne savais pas pourquoi je plaisais tant aux filles, je devais probablement avoir une sorte d’aimant dans les abdominaux. Ou un don d’hypnose inconscient.

    Claire m’attendait au rez-de-chaussée, préparant le petit déjeuner. Son mari était assis près d’elle, les yeux rivés sur la rubrique sports du journal du matin.

    — Je t’ai fait des crêpes, mon chéri, glissa-t-elle doucement en me tendant la bouteille de sirop d’érable.

    — Merci, Claire.

    Je vis une ombre passer dans les yeux de la jeune femme et je sus que je l’avais probablement déçue, comme chaque fois. Mais j’étais incapable de l’appeler autrement.

    Claire et Patrick faisaient partie de ces personnes que vous ne pouviez détester, un petit couple parfait pas vraiment friqué mais qui trouvait encore le moyen d’aider les autres. J’avais longtemps essayé de les repousser. Je leur avais fait les pires conneries, j’avais ruiné plusieurs de leurs amitiés, j’avais même tenté de les séparer.

    Et ils étaient toujours restés. J’en étais moi-même étonné. Ils m’avaient gardé sous leur toit et avaient essayé de me donner une éducation correcte.

    Des pas lourds retentirent dans l’escalier et un blondinet descendit les marches en traînant les pieds.

    — Jake, tu veux des crêpes aussi ?

    — Ouais, m’man, répondit-il d’une voix lasse.

    Mec, si t’es déjà blasé à treize piges, je n’imagine même pas dans vingt ans.

    Claire me sortit de mes pensées en m’embrassant sur le front, et je soupirai avant de partir à l’école.

     

     

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  • [Livre] Rebecca

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    Résumé : Sur Manderley, superbe demeure de l'ouest de l'Angleterre, aux atours victoriens, planent l'angoisse, le doute : la nouvelle épouse de Maximilien de Winter, frêle et innocente jeune femme, réussira-t-elle à se substituer à l'ancienne madame de Winter, morte noyée quelque temps auparavant ? 


    Auteur : Daphné du Maurier

     

    Edition : Le livre de poche

     

    Genre : Classique étranger

     

    Date de parution : 1938

     

    Prix moyen : 6€

     

    Mon avis : J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire car le début est lent, très lent, avec la description méticuleuse de chaque détail de Manderley. Et ça, ce n’est que le tout début, avant même que l’histoire ne débute vraiment !
    La nouvelle madame de Winter m’a exaspérée. Elle n’a aucune personnalité, passe son temps à s’excuser et à se plaindre.
    Le livre est écrit de telle manière qu’il m’a fallut près de la moitié du roman pour réaliser qu’à aucun moment on ne citait son nom. Ainsi, même par là, elle est invisible, insignifiante. Elle n’a même pas de nom à elle et se contente d’être la nouvelle Madame de Winter.
    L’attitude des domestiques comme de son époux est insupportable. Maxim la traite comme une enfant, mais comment pourrait-il se rendre compte d’à quel point il est condescendant et paternaliste quand son épouse passe son temps à pleurnicher et à s’excuser d’exister.
    Dès le départ, elle aurait du remettre les domestiques à leur place. Au premier « Ah mais on faisait comme ça du temps de Madame de Winter », elle aurait du répondre : « A présent c’est moi, madame de Winter, on fera donc à ma manière et dorénavant vous parlerez de la première épouse de mon époux en l’appelant « la première épouse de monsieur ». Il n’y aura pas deux madame de Winter sous ce toit ».
    Elle passe les trois quarts du roman à être insipide, recroquevillée à l’intérieur d’elle-même, à trembler que la moindre comparaison avec Rebecca ne soit en sa défaveur.
    Elle finira par avoir un déclic mais la quasi-totalité du livre tourne autour de cette rivalité, de ce combat inégal contre un fantôme que tous idéalisent. Elle ne sait même pas si son mari l’a épousé par amour ou si son amour n’appartient qu’à Rebecca et qu’il ne l’a finalement épousé que pour rompre sa solitude.
    La tension est constante, chaque faux pas de la jeune épouse, dû à son manque de connaissance d’un monde auquel elle n’appartient pas autant qu’à l’hostilité de Mme Danvers, la femme de charge, prend des proportions énormes car tout est ramené à ce qu’aurait fait, pas fait, ou dit Rebecca.
    J’ai préféré la jeune femme après son déclic, elle est plus sûre d’elle, plus active, plus maîtresse de sa propre vie, elle montre enfin qu’elle a du caractère.
    La fin est brutale, j’aurais apprécié quelques pages de plus pour « finir » le roman mais dans l’ensemble, je ne regrette pas ma lecture.

     

    Un extrait : J’ai rêvé l’autre nuit que je retournais à Manderley. J’étais debout près de la grille devant la grande allée, mais l’entrée m’était interdite, la grille fermée par une chaîne et un cadenas. J’appelai le concierge et personne ne répondit ; en regardant à travers les barreaux rouillés, je vis que la loge était vide.

    Aucune fumée ne s’élevait de la cheminée et les petites fenêtres mansardées bâillaient à l’abandon. Puis je me sentis soudain douée de la puissance merveilleuse des rêves et je glissai à travers les barreaux comme un fantôme. L’allée s’étendait devant moi avec sa courbe familière, mais à mesure que j’y avançais, je constatais sa métamorphose : étroite et mal entretenue, ce n’était plus l’allée d’autrefois. Je m’étonnai d’abord, et ce ne fut qu’en inclinant la tête pour éviter une branche basse que je compris ce qui était arrivé. La Nature avait repris son bien, et, à sa manière insidieuse, avait enfoncé dans l’allée ses longs doigts tenaces. Les bois toujours menaçants, même au temps passé, avaient fini par triompher. Ils pullulaient, obscurs et sans ordre sur les bords de l’allée. Les hêtres nus aux membres blancs se penchaient les uns vers les autres, mêlant leurs branches en d’étranges embrassements et construisant au-dessus de ma tête une voûte de cathédrale. Et il y avait d’autres arbres encore, des arbres dont je ne me souvenais pas, des chênes rugueux et des ormes torturés qui se pressaient joue à joue avec les bouleaux, jaillissant de la terre en compagnie de buissons monstrueux et de plantes que je ne connaissais pas.

    L’allée n’était plus qu’un ruban, une trace de son ancienne existence, — le gravier aboli — gagnée par l’herbe, la mousse et des racines d’arbres qui ressemblaient aux serres des oiseaux de proie. Je reconnaissais çà et là, parmi cette jungle, des buissons, repères d’autrefois : c’étaient des plantes gracieuses et cultivées, des hydrangéas, dont les fleurs bleues avaient été célèbres. Nulle main ne les disciplinait plus et elles étaient devenues sauvages : leurs rameaux sans fleurs, noirs et laids, atteignaient des hauteurs monstrueuses.

    La pauvre piste qui avait été notre allée ondulait et même se perdait par instants, mais reparaissait derrière un arbre abattu ou bien à travers une flaque de boue laissée par les pluies d’hiver. Je ne croyais pas ce chemin si long. Les kilomètres devaient s’être multipliés en même temps que les arbres et ce sentier menait à un labyrinthe, une espèce de brousse chaotique, et non plus à la maison. Mais voici qu’elle m’apparut tout à coup ; les abords en étaient masqués par ces proliférations végétales et lorsque je me trouvai enfin en face d’elle, je m’arrêtai le cœur battant, l’étrange brûlure des larmes derrière les paupières.

    C’était Manderley, notre Manderley secret et silencieux comme toujours avec ses pierres grises luisant au clair de lune de mon rêve, les petits carreaux des fenêtres reflétant les pelouses vertes et la terrasse. Le temps n’avait pas pu détruire la parfaite symétrie de cette architecture, ni sa situation qui était celle d’un bijou au creux d’une paume.

     

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  • [Livre] Redemption

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    Résumé : A Manhattan, plusieurs femmes sont retrouvées assassinées - des prostituées que le tueur a revêtues d'une robe de bure après les avoir torturées selon un rituel pervers...
    La perversion, le Dr Morgan Snow la côtoie tous les jours, au point d'être considérée comme l'une des meilleures spécialistes en la matière. C'est ainsi qu'elle reçoit depuis peu les confidences de Cleo Thane, une prostituée de luxe à laquelle les hommes les plus riches et les plus puissants de New York demandent d'assouvir leurs fantasmes dans l'un des clubs les plus fermés et les plus chics de la ville. Des confidences que Cleo consigne dans un journal intime...
    Mais Cleo disparaît brusquement.
    Morgan fait aussitôt le lien avec le tueur en série qui sévit à Manhattan, mais refuse de trahir sa patiente en révélant ses secrets à la police. Inquiète, elle décide alors, en se faisant passer pour elle, de rencontrer un à un les clients de la jeune femme - qui tous auraient pu vouloir empêcher Cleo de divulguer leurs sulfureux secrets. Morgan est persuadée que parmi eux se cache un monstre sadique et psychopathe. Et pour le percer à jour, elle est prête à plonger au cœur de la folie humaine...


    Auteur : M.J. Rose

     

    Edition : Harlequin Best Seller

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 01 juillet 2006

     

    Prix moyen : 5€

     

    Mon avis : Avec les thrillers édités par Harlequin on peut tomber sur du bon ou du très mauvais. Parfois, on tombe sur des thrillers qui n’ont de thriller que le nom et où l’intrigue policière, cousue de fil blanc, ne sert que de prétexte pour une romance. Au final on s’ennuie parce que le roman veut quand même rester dans le registre du thriller et donc ne donne pas à fond dans une romance intéressante et du coup, nous, lecteur, on se retrouve frustré parce qu’on n’a ni une bonne romance, ni un bon thriller.
    Mais parfois, on tombe dur d’excellents thriller, qui prennent aux tripes, et c’est le cas de celui-ci.
    S’il y a bien une romance, elle est très légère et ne prend absolument pas le pas sur le thriller.
    J’ai beaucoup aimé le personnage de Morgan. Elle ne compte pas passer outre le secret professionnel mais elle met quand même tout en œuvre pour aider la police, quitte à se mettre elle-même en danger.
    J’ai mis un moment à comprendre qui était le tueur, en fait je n’ai compris que quand Morgan a remarqué quelque chose sans pour autant faire de suite la liaison. Cependant, comme, en tant que lecteur, j’avais plus d’informations que Morgan, j’ai fais le rapprochement entre les différents indices et cela m’a apporté une solution dont j’ai eu la confirmation quelques chapitres plus tard. Cependant, connaître la vérité avant Morgan ne m’a pas dérangée car d’une part ce n’était pas très longtemps avant elle et d’autre part, j’étais ensuite comme hypnotisée, frustrée de ne pas pouvoir empêcher Morgan de prendre des risques que je savais trop importants.
    En revanche j’ai eu plus de mal à comprendre son comportement envers sa fille. Qu’elle ait des réserves vis-à-vis du métier de comédien, je peux comprendre étant donné son passé. Mais il ne faut pas tout mélanger. Sa fille n’a rien à voir avec sa mère. Elle rappelle que pour devenir psy, elle a du faire une thérapie mais on se demande si celle-ci a été d’une quelconque utilité !
    J’ai eu plus de réserve sur Nina, l’amie et mentor de Morgan. Je comprends qu’elle ait été touchée par la mort de son mari, mais de là à refuser de collaborer avec la police dans le cadre d’une affaire criminelle, je l’ai trouvée ridicule. Son mari avait des activités illégales, il a été arrêté. Nina reproche aux flics d’avoir utilisé un agent sous couverture pour le coincer et donc d’avoir plus ou moins triché. On se demande dans quel monde elle vit ! Un malfaiteur doit être arrêté ! Point barre !
    J’ai aimé l’incursion de Morgan dans le monde de Cleo, la prostituée de luxe qu’elle recherche. Elle a pu ainsi se rendre compte que son métier est bien plus complexe qu’une simple affaire de sexe.
    Les scènes de crime sont très détaillée et assez horrible. Il faut avoir le cœur bien accroché. Le psychopathe est méticuleux, malgré l’horreur de ses crimes.
    Sans être exceptionnel, ce thriller était une très bonne lecture avec juste ce qu’il faut d’horreur et de danger.

     

    Un extrait : - Les filles convenables ne parlent pas de leurs liaisons.
    Elle a caressé le coussin qu’elle tenait sur ses genoux. Le mouvement de ses doigts avait quelque chose de fascinant.
    - Dois-je comprendre que vous ne vous rangez pas dans cette catégorie ou que vous n’allez pas me parler de vos liaisons ?
    Cleo Thane a éclaté de rire – un rire enfantin et innocent absolument délicieux, avec juste une pointe de sensualité.
    - Je me considère comme quelqu’un de bien, mais pas comme une fille convenable.
    Avec ses cheveux blonds, sa peau sans défaut, son maquillage discret qui illuminait sa beauté sans rien dissimuler, ses clous d’oreilles en diamant, sa montre – en platine, moins tape-à-l’œil que l’or -, son pantalon et sa veste impeccablement coupés, ses chaussures chics et son sac d’une marque prestigieuses, on l’aurait prise pour la directrice d’une compagnie de cosmétique ou d’une galerie d’art.
    Pourtant, pas plus tard que la nuit dernière, cette charmante jeune femme avait fait l’amour avec un présentateur de télévision. Installée sur le siège arrière de sa limousine, elle lui avait murmuré des mensonges à l’oreille pour l’emmener jusqu’à l’orgasme, sans se formaliser de la présence du chauffeur dont ils n’étaient séparés que par une simple vitre. Tout ça après avoir allégé de deux milles dollars la carte de crédit de son client – le prix à payer pour avoir le privilège de passer trois heures avec elle.
    Ce contraste entre ce qu’elle était et ce qu’elle paraissait m’avait toujours intriguée. Entre autres.
    - Docteur Snow, j’ai beau enrober la chose d’une manière extrêmement délicate, je suis une pute. Je gagne ma vie avec le sexe. Dans ces conditions, on ne peut pas me considérer comme une personne convenable, non ?
    Je l’ai regardé enlever une de ses chaussures et elle a surpris mon regard. Ce n’était pas la première fois que je m’intéressais à ses talons hauts, mais elle ne l’avait jamais remarqué jusque-là. J’en ai pris mentalement note.
    - Dans mon boulot, on porte toujours des talons aiguilles.
    - Parce que c’est sexy ?
    - Parce que c’est une arme.

     

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  • [Livre] La sœur du roi

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    Résumé : Elle est princesse de sang. Recluse à la Cour de Versailles, vouée à rester seule et à se consacrer aux œuvres charitables.
    Lui est roturier. Brillant botaniste du jardin du Roy, il est adepte des Lumières.
    Tout oppose Madame Elisabeth, la jeune sœur de Louis XVI, et François Dassy. Pourtant, lorsqu’ils se rencontrent par hasard dans la forêt de Fontainebleau, une irrésistible attirance les pousse l’un vers l’autre. Mais la révolution gronde et menace cet amour clandestin… Elisabeth saura-t-elle suivre les idées nouvelles qui bouleversent la France ? Et mettre en danger la royauté ? Dassy est-il un honnête homme ou un imposteur ?


    Auteur : Alexandra de Broca

     

    Edition : Albin Michel

     

    Genre : Historique

     

    Date de parution : 01 juin 2017

     

    Prix moyen : 22€

     

    Mon avis : Alexandra de Broca a le chic pour prendre un pan de l’histoire méconnu et broder autour des connaissances que l’on possède pour nous offrir une histoire plausible.
    Ici son roman se fonde sur l’amitié profonde qui semble avoir uni Madame Elisabeth, petite sœur de Louis XVI, et François Dassy (ou Dacy), son médecin personnel.
    Dans la mesure où, à l’époque, la moindre amitié entre un membre de la famille royale et une personne de rang inférieur, donnait lieu à des rumeurs de liaisons plus vite qu’il n’en faut pour dire « rumeur », les relations entre Madame Elisabeth et son médecin a probablement du donner lieu à des rumeurs. Pour autant, les amourettes d’une petite princesse avec un roturier, dans la mesure où les tourments de la Révolution n’ont pas tardé à prendre le dessus sur tout le reste, n’ont pas donné lieu à de nombreux écrits, pour ne pas dire aucun.
    De Dassy, on ne sait pas grand-chose : Il fut le médecin de Madame Elisabeth, un botaniste. On sait aussi qu’après avoir vu passer la princesse dans la charrette et avoir fait un malaise dans la rue, il dit à son épouse : « J’ai reçu le coup de la mort. Je viens de voir un Ange conduit à l’échafaud ».
    A partir des quelques écrits historiques attestant de l’affection de la princesse, Alexandra de Broca nous dépeint une histoire platonique, touchante et tragique.
    Bien loin des « histoires d’amour » « dangereuses » et « passionnées » dont on nous abreuve à longueur de temps et où la plus dure des épreuves pour le couple est de devoir attendre une journée entière avant de se sauter dessus, on voit ici l’émergence d’un amour non seulement impossible mais interdit. Elisabeth et Dassy vivent dans un monde où le simple fait de se promener seul en forêt, où le fait de s’effleurer de leurs mains dégantées pourraient leur valoir des sanctions autrement plus grave que tout ce que l’on peut voir dans les romances moderne.
    D’ailleurs Alexandra de Broca le fait répéter à ses personnages, comme dans une volonté de conjurer le sort qui pourrait leur pendre au nez : « Le couvent pour Elisabeth, l’exil pour le docteur Lemonnier (complice des deux jeunes gens), les galères pour Dassy »
    Toute la vie d’Elisabeth a été sacrifiée par son frère Louis XVI qui trouvait en elle un interlocuteur avisé. Il ne voulait pas qu’elle soit détournée de lui par un mari et des enfants et il a fait peu de cas du bonheur de sa sœur.
    Les chapitres alternent entre Elisabeth et Dassy.
    Tout ce qui concerne la princesse repose sur des éléments historiques, en revanche l’auteur prévient qu’elle a imaginé la vie de Dassy puisqu’on ne connaît de lui que son existence, sa fonction et une relation avec la princesse dont la nature exacte reste inconnue. Alexandra de Broca a donc imaginé ce qu’aurait pu être cette relation en s’appuyant sur ce que l’on sait de la vie et du caractère d’Elisabeth.
    La religion tient une grande place dans la vie de la princesse et l’auteur en a fait l’un des obstacles majeurs entre Elisabeth et Dassy, presque plus important, du moins pour la princesse, que leur différence de classe.
    Alexandra de Broca a le don pour donner vie à l’Histoire. Ces romans, qui mélangent faits historiques et extrapolation plausibles, donnent toujours envie d’en savoir plus sur les personnages historiques qu’elle met en avant.

     

    Un extrait : Elisabeth voit le jour un matin de 1764 dans la demeure de ses parents. Lorsqu’on est née Bourbon, le château se nomme Versailles, le propriétaire en est Louis XV, et il faut partager son quotidien avec les trois mille occupants du haut lieu de la monarchie française.
    L’enfant n’a quasiment pas connu ses parents. Son père, le seul fil de Louis XV, décède de phtisie quelques mois après sa naissance. Sa mère, une princesse de Saxe, s’est passionnément consacrée à son époux, chose rare à la Cour, puis a succombé elle aussi à la même maladie, laissant deux filles et trois garçons survivants. De cette tragédie, Elisabeth ne se souvient de rien, si ce n’est d’avoir été embrassée par une ombre dans une chambre obscure, avant que sa gouvernante ne lui demande de prier pour que Son Altesse rejoigne au plus vite Monseigneur son père au ciel. Quelques heures plus tard, la même dame serre contre ses jupes la petite fille avant de lui expliquer qu’elle doit se réjouir.
    - Son Altesse Madame le Dauphine est désormais au royaume des Cieux parmi les anges.
    Le savoir transformée en bienheureuse ne change rien à la vie de la fillette de trois ans. Ce baiser furtif dans une atmosphère de tristesse sera son premier souvenir, à moins que sa sœur Clotilde, de six ans son aînée, n’ait voulu l’en persuader en le lui racontant.
    Elisabeth grandit choyée par sa sœur, sa gouvernante, et les membres de sa maison. Elle habite au premier étage de l’aile du Midi. De sa fenêtre, lorsqu’elles ne sont pas givrées par le froid ou assombries par la fumée de la cheminée elle aperçoit l’Orangerie. Elle est fascinée par les agrumes au feuillage persistant. L’hiver, elle observe les arbres protégés de paille et réchauffés de brasiers. Que de soins pour offrir aux descendants de Louis XIV ces fruits exotiques ! Comme lui, elle les adore et bat des mains lorsque sa gouvernante lui présente l’orange recouverte de filets de sucre…
    Dans cet immense palais, chacun s’extasie sur l’adorable princesse aux joues rebondies et aux cheveux bouclés. Son entourage fait son possible pour qu’elle grandisse avec le sourire, et tout particulièrement la princesse Clotilde, la gouvernante des Enfants de France, Madame de Marsan, et sa subordonnée Madame de Mackau. Cette dernière, nommée sous-gouvernante, aime profondément cette enfant joyeuse et cabotine. Pourtant, Elisabeth est autoritaire et colérique. Elle se déclare trop petite pour apprendre, et réclame qu’on la laisse jouer.

     

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  • [Livre] Paroles d'honneur

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    Résumé : Rabat, été 2015. Suite à la parution de son livre "Dans le jardin de l'ogre", un roman cru et audacieux qui aborde la thématique de l'addiction sexuelle, Leila Slimani part à la rencontre de ses lectrices marocaines. Face à cette écrivaine franco-maghrébine décomplexée qui aborde la sexualité sans tabou, la parole se libère. Au fil des pages, l'auteur recueille des témoignages intimes déchirants qui révèlent le malaise d'une société hypocrite dans laquelle la femme ne peut être que vierge ou épouse, et où tout ce qui est hors mariage est nié : prostitution, concubinage, homosexualité.
    Le code pénal punit toute transgression : un mois à un an de prison pour les relations hétérosexuelles hors mariage, six mois à trois ans de prison pour les relations homosexuelles, un à deux ans de prison pour les adultères. Soumises au mensonge institutionnalisé, ces femmes nous racontent les tragédies intimes qui égrènent leurs vies et celles des femmes qui les entourent : IVG clandestines, viols, lynchages, suicides.
    Toutes sont tiraillées entre le désir de se libérer de cette tyrannie et la crainte que cette libération n'entraîne l'effondrement des structures traditionnelles. A travers cette BD, il s'agit de faire entendre la réalité complexe d'un pays où l'islam est religion d'Etat. Et où le droit des femmes passera, avant tout, par la défense de leurs droits sexuels.


    Auteur : Leila Slimani

     

    Edition : Les Arènes

     

    Genre : Bande-dessinée

     

    Date de parution : 06 Septembre 2017

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : Ce qui m’a le plus frappée dans cette BD c’est l’hypocrisie. Il y a un article du code pénal qui puni de plusieurs mois d’emprisonnement et d’amende les relations sexuelles hors mariage. Bon, en dehors du fait qu’en tant qu’occidentale je ne peux que m’insurger contre une telle loi, il faut aussi voir son application dans le pays même qui l’a adoptée.
    A aucun moment dans cette loi, il n’est dit : Est punie de…. LA FEMME qui… non, c’est tout le monde, quel que soit son sexe. Pourtant, la femme semble être la seule touchée. Car une femme doit être vierge ou mariée. En revanche l’homme lui, pas de soucis, il peut s’envoyer en l’air à tous les coins de rue.
    Quand une femme seule veut prendre un appartement, non seulement on lui réclame l’autorisation écrite de son père mais en plus même cela ne suffit pas toujours car, dans l’esprit des propriétaires : femme seule = prostituée…Ben oui, forcément, c’est bien connu, perdez-nous des yeux trente secondes et on peut pas s’empêcher d’ouvrir des maisons closes !
    En revanche un homme célibataire est accueilli à bras ouvert par le même propriétaire !
    Un des personnages masculin va même s’énerver lorsque sa meilleure amie lui fait remarquer l’incohérence qu’il y a à collectionner les aventures mais à ne vouloir se marier avec une fille vierge seulement. Il lui sort cette phrase à graver dans les anales de l’hypocrisie masculine : C’est mon droit quand même, j’ai le droit de vouloir à la fois baiser et me marier avec une vierge.
    Et que dire du médecin qui, confronté à la grossesse extra-utérine d’une patiente célibataire (situation potentiellement mortelle), est plus concerné par la dénonciation de cette femme que par les soins à lui apporter ?
    Quand on pense que le Maroc est dans les premier au rang des pays plus gros consommateur de films pornographiques, il y a de quoi s’arracher les cheveux.
    Cette bande-dessinée me conforte dans l’idée que le problème ne vient pas de la religion mais des hommes qui la détournent afin d’assouvir leur soif de pouvoir et de contrôle sur les femmes.
    En quoi les femmes les effraient-elles tant pour vouloir à tout prix les enfermer dans un carcan de règles plus rétrogrades les unes que les autres ? Si c’est le pouvoir de donner la vie, franchement, les gars, on vous refile les règles douloureuses, les nausées matinales et l’accouchement de bon cœur !
    Cette bande dessinée est l’adaptation d’un essai de Leila Slimani : Sexe et mensonges, édité lui aussi aux éditions Les Arènes. Si la bande-dessinée permet de vulgariser le sujet et de le rendre accessible à tous, sans doute l’essai est-il plus étoffé et peut intéresser ceux qui veulent se documenter davantage sur le sujet.

     

    Un extrait :

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  • [Livre] Captive

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    Résumé : 1859 : Grace Marks, condamnée à perpétuité, s'étiole dans un pénitencier canadien. A l'âge de seize ans, Grace a été accusée de deux horribles meurtres. Personne n'a jamais su si elle était coupable, innocente ou folle. Lors de son procès, après avoir donné trois versions des faits, Grace s'est murée dans le silence : amnésie ou dissimulation ? Le docteur Simon Jordan veut découvrir la vérité. Gagnant sa confiance, Jordan découvre peu à peu la personnalité de Grace, qui ne semble ni démente ni criminelle. Mais pourquoi lui cache-t-elle les troublants rêves qui hantent ses nuits ? Inspiré d'un sanglant fait divers qui a bouleversé le Canada du XIXe siècle, Margaret Atwood nous offre un roman baroque où le mensonge et la vérité se jouent sans fin du lecteur.


    Auteur : Margaret Atwood

     

    Edition : Robert Laffon

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 05 juin 2003

     

    Prix moyen : 9€

     

    Mon avis : J’ai beaucoup aimé ce roman inspiré d’un fait divers canadien. Même si l’auteur a romancé l’histoire, on peut voir qu’elle s’est documentée et qu’elle est restée aussi proche que possible de la réalité, du moins pour ce que l’on en sait.
    J’ai apprécié qu’elle ne cherche pas à nous donner une fin tranchée et que, si elle nous offre plusieurs explications possibles au cas Grace Marks (manipulatrice, innocente, amnésique ou victime de dédoublement de la personnalité), elle reste dans l’incertitude puisque la vérité à ce sujet n’a jamais été découverte et qu’aujourd’hui encore on se demande qu’elle a été la réelle implication de Grace dans les meurtres de son patron et de la femme de charge.
    Le récit alterne entre l’histoire à la troisième personne suivant le docteur Simon Jordan, le récit à la première personne de Grace et les lettres échangées, des coupures de journaux, des citations, qui éclairent sur l’opinion publique. D’ailleurs l’auteur effectue un changement de style entre les différentes parties. Grace a un langage oral, familier, elle dit les choses comme elles lui viennent, tandis que les parties concernant le docteur Jordan sont plus structurées, avec un ton plus soutenu.
    Les dialogues ne sont pas marqués par des tirets ou des guillemets dans le récit de Grace. C’est un peu déroutant, au début, car si on ne fait pas attention, on peut vite perdre le fil et ne plus savoir qui dit quoi, mais on fini par s’y habituer, d’autant plus que c’est assez logique puisque le texte est censé être la transcription du récit de la jeune femme.
    Le roman est long, tout est raconté de manière extrêmement détaillé, et le rythme est assez lent. Il n’y a pas vraiment d’action qui nous pousse à aller plus vite, pas de suspense concernant l’histoire puisqu’on sait qu’elle se fini par le meurtre et l’emprisonnement de Grace.
    C’est un roman passionnant mais qu’on peut avoir besoin de poser de temps en temps.
    Du côté des personnages, j’ai trouvé qu’en dehors de Grace, ils étaient, dans l’ensemble, assez antipathiques.
    Ils se montrent très souvent condescendants et considèrent Grace comme une distraction, même ceux qui cherchent à prouver son innocence.
    Quant au docteur Simon Jordan, je ne suis pas certaine de l’apprécier. Certes il essaie d’aider Grace, mais il veut avant tout se faire un nom et le cas de la jeune femme pourrait le propulser sur le devant de la scène. Son comportement en dehors des séances montre qu’il se croit facilement supérieur à ses semblables et j’ai eu du mal à le supporter.
    Grace, elle, est d’une complexité troublante. Elle est pétrie de contradictions et son récit laisse perplexe à plusieurs reprises. J’avoue que je m’interroge à propos d’un éventuel dédoublement de personnalité car elle a vécut un choc qui aurait pu le provoquer. Mais j’ai été incapable de découvrir si Grace simulait ou non les passages à ce propos.
    Je sais qu’une série a été faite sur ce livre, « Alias Grace », et j’ai hâte de voir ce qu’elle donne, maintenant que j’ai lu le livre !

     

    Un extrait : Je suis assise sur le canapé en velours cramoisi du petit salon du gouverneur, du petit salon de l’épouse du gouverneur ; ça a toujours été le petit salon de l’épouse du gouverneur, même si ce n’est pas toujours la même épouse, puisqu’on les déplace en fonction de la politique. J’ai les mains jointes sur les genoux, très comme il faut, bien que je n’aie pas de gants. Les gants que j’aimerais avoir seraient soyeux et blancs, et ils ne feraient pas du tout de plis.

    Je suis souvent dans ce salon en train de débarrasser les affaires du thé et de faire la poussière des petites tables, du grand miroir au cadre orné de raisins et de feuilles et du piano ; et de la grande horloge venue d’Europe avec le soleil orange doré et la lune argent qui apparaissent et disparaissent selon l’heure de la journée et la semaine du mois. Moi, dans le petit salon, c’est l’horloge que je préfère bien qu’elle égrène le temps et que j’en aie déjà à revendre.

    Mais, avant, je ne m’étais jamais assise sur le canapé, vu que c’est pour les invités. Mme Alderman Parkinson avait dit qu’une dame ne devait jamais s’asseoir sur un siège qu’un gentilhomme venait de libérer, bien qu’elle n’eût pas voulu donner de raison ; mais Mary Whitney s’était écriée, Parce que, espèce d’andouille, il conserve encore la chaleur de son derrière ; ce qui était une grossièreté. C’est pour ça que je ne peux pas m’asseoir là sans penser à tous ces derrières distingués qui se sont assis sur ce canapé, tous délicats et blancs, comme des œufs mollets.

    Les visiteuses portent des robes d’après-midi avec des rangées de boutons sur le devant et des crinolines en fils métalliques bien raides par-dessous. C’est franchement un miracle qu’elles puissent s’asseoir, et, quand elles marchent, il n’y a rien qui touche leurs jambes sous leurs jupes bouffantes, excepté leurs chemises et leurs bas. Elles ressemblent à des cygnes, à avancer en glissant sur des pieds invisibles ; ou sinon aux méduses du petit port rocailleux à côté de notre maison, quand j’étais petite, avant même que j’aie entrepris cette longue et triste traversée de l’océan. Elles avaient une forme de cloche et ondoyaient gracieusement sous la mer ; mais quand elles étaient rejetées sur le rivage et qu’elles séchaient au soleil, il ne restait plus rien d’elles. Et c’est ce à quoi ressemblent les dames : à de l’eau, principalement.

    Les crinolines en métal n’existaient pas quand on m’a amenée ici pour la première fois. C’était du crin de cheval, à l’époque, vu qu’on n’avait pas inventé les armatures en métal. Je regarde celles qui sont accrochées dans les penderies quand je vais faire le ménage et vider les seaux de toilette. On dirait des cages à oiseaux ; mais qu’est-ce qu’elles enferment, ces cages ? Des jambes, les jambes des dames ; des jambes parquées dedans pour ne pas qu’elles s’échappent et aillent se frotter contre les pantalons des messieurs. L’épouse du gouverneur ne prononce jamais le mot jambe et, pourtant, les journaux ont dit jambes quand ils ont parlé de Nancy dont les jambes mortes dépassaient de dessous le cuvier.

     

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  • [Livre] La tresse

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    Résumé : Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.
    Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
    Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
    Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
    Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.


    Auteur : Laetitia Colombani

     

    Edition : Grasset

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 10 Mai 2017

     

    Prix moyen : 18€

     

    Mon avis : 3 femmes, 3 destins. A première vue, Giulia, Sarah et Smitta n’ont rien en commun. Giulia est fille d’artisan en Italie au sein d’une famille ancrée dans ses traditions, Sarah est une working-girl au Canada et ne vit que pour son travail, n’accordant que peu de temps à ses enfants, et Smita est une intouchable en inde et veut absolument sauver sa fille de la vie de misère et d’humiliations qu’elle-même a toujours connu. Pourtant, ces trois femmes, si différentes les unes des autres, aux destins si distincts, ont en commun une soif d’indépendance de liberté et de dignité qui les met un peu en porte-à-faux avec leur entourage.
    Mais même là, il y a de grandes différences. Si Smita se fait surprendre à tenter de changer de vie, elle pourrait être tuée, tant le statut des intouchables, statut pourtant interdit, est misérable. Les « notables » du villages ne voudront pas prendre le risque de perdre de la main d’œuvre gratuite faisant le sale boulot et encore plus, refuseront de prendre le risque qu’un intouchable puisse dénoncer leurs actes (comme le viol appliqué comme sanction par des tribunaux tribaux totalement illégaux).
    Giulia risque de perdre sa famille dans sa quête pour laisser de côtés des traditions qui les empêchent d’avancer et de sortir la tête de l’eau.
    Enfin Sarah elle, risque de perdre son boulot en se consacrant à la lutte contre sa maladie, mais là elle a des recours. Sarah risque quand même beaucoup moins que Giulia qui elle-même a beaucoup moins à perdre que Smita.
    En plus de cette soif de liberté, un point particulier va être un trait d’union entre ces trois femmes, une tresse, pour reprendre le titre du livre, mais on ne le découvre qu’à la fin du livre puisqu’il va servir de conclusion à chacune des histoires. J’avoue que je ne m’attendais pas à cette fin, et pourtant, franchement, c’est d’une logique ! Mais j’étais tellement prise dans l’histoire que je n’ai pas fait le rapprochement entre les différents éléments !
    Bien entendu ces histoires n’ont pas de fins tranchées. On ne sait pas si sur la durée l’idée de Giulia est viable, on ne sait pas si Smita et sa fille vont vraiment avoir une nouvelle vie, on ne sait pas si Sarah va vaincre la maladie, mais on les quitte pleines d’espoirs, de projets et de rêves qui ont plus de chances de se réaliser qu’au début du roman.
    Je n’ai pas eu de coup de cœur, mais ce n’était pas très loin, j’ai vraiment beaucoup aimé ce roman. Il se lit très vite. D’une part, il ne fait que 222 pages et les chapitres, tous assez courts, s’enchaînent assez vite, chacun nous donnant envie de sauter 3 chapitres plus loin pour avoir la suite de l’histoire de celle qu’on vient de suivre. Et du coup, une chose en entraînant une autre, on ne le lâche pas du début à la fin.

     

    Un extrait : L’alarme sonne et le compte à rebours commence. Sarah est en lutte contre le temps, de l’instant où elle se lève à celui où elle se couche. A la seconde où elle ouvre les yeux, son cerveau s’allume comme le processeur d’un ordinateur.

    Chaque matin, elle se réveille à cinq heures. Pas le temps de dormir plus, chaque seconde est comptée. Sa journée est chronométrée, millimétrée comme ces feuilles de papier qu’elle achète à la rentrée pour les cours de maths des enfants. Il est loin le temps de l’insouciance, celui d’avant le cabinet, la maternité, les responsabilités. Il suffisait alors d’un coup de fil pour changer le cours d’une journée : et si ce soir on faisait… ? et si on partait… ? et si on allait… ? Aujourd’hui tout est planifié, organisé, anticipé. Plus d’improvisation, le rôle est appris, joué, répété chaque jour, chaque semaine, chaque mois, toute l’année. Mère de famille, cadre supérieur, working-girl, it-girl, wonder-woman, autant d’étiquettes que les magazines féminins collent sur le dos des femmes qui lui ressemble comme autant de sacs pesant sur leurs épaules.

    Sarah se lève, se douche, s’habille. Ses gestes sont précis, efficaces, orchestrés comme une symphonie militaire. Elle descend à la cuisine, dresse la table du petit déjeuner, toujours dans le même ordre : lait/bol/jus d’orange/chocolat/pancake pour Hannah et Simon/ céréales pour Ethan/ double café pour elle. Elle va ensuite réveiller les enfants, Hannah d’abord, puis les jumeaux. Leurs vêtements ont été préparés la veille par Ron, ils n’ont qu’à se débarbouiller et les enfiler pendant qu’Hannah remplit les lunchboxes, c’est une affaire qui roule, aussi vite que la berline de Sarah dans les rues de la ville, pour les déposer à l’école, Simon et Ethan en primaire, Hannah au collège.
    Après les bises, les tu n’as rien oublié les couvre toi mieux, les bon courage pour ton examen de maths, les arrêtez de chahuter derrière, les non, tu vas à la gym, et enfin le traditionnel le weekend prochain vous êtes chez vos pères, Sarah prend la direction du cabinet.

    A huit heures vingt précisément, elle gare sa voiture dans le parking, devant le panneau portant son nom : « Sarah Cohen, Johnson & Lockwood ». Cette plaque, qu’elle contemple tous les matins avec fierté, désigne plus que l’emplacement de sa voiture ; elle est un titre, un grade, sa place dans le monde. Un accomplissement, le travail d’une vie. Sa réussite, son territoire.

     

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  • [Livre] La cuisinière d’Himmler

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    Résumé : Ceci est l'épopée drolatique d'une cuisinière qui n'a jamais eu peur de rien. Personnage loufoque et truculent, Rose a survécu aux abjections de cet affreux XXe siècle qu'elle a traversé sans rien perdre de sa sensualité ni de sa joie de vivre. Entre deux amours, elle a tout subi : le génocide arménien, les horreurs du nazisme, les délires du maoïsme. Mais, chaque fois, elle a ressuscité pour repartir de l'avant. Grinçant et picaresque, ce livre raconte les aventures extraordinaires d'une centenaire scandaleuse qui a un credo : "Si l'Enfer, c'est l'Histoire, le Paradis, c'est la vie".


    Auteur : Franz-Olivier Giesbert

     

    Edition : Gallimard

     

    Genre : Historique

     

    Date de parution : 26 avril 2013

     

    Prix moyen : 21€

     

    Mon avis : J’ai vraiment bien aimé ce livre, mais honnêtement, je cherche encore le « drolatique » dans cette histoire. Même si Rose a parfois des réactions qui arrachent un sourire, le livre est surtout tragique. Rose a tout connu des horreurs du XXème siècle : génocide arménien (elle sera la seule survivante de sa famille et connaitra l’esclavage sexuel), 2nd guerre mondiale (son ex-mari et ses enfants seront déportés, elle sera violé par un nazi), le régime de Mao (son 3ème mari sera tué. Elle n’aura la vie sauve que grâce à son emploi à l’ambassade qui lui permettra de fuir le pays).
    Rose n’oublie rien, ne pardonne rien. Elle n’hésite pas à se venger en éliminant ceux qui lui ont fait du tort. Si on peut comprendre son envie de vengeance et si on ne va pas pleurer sur le sort de ses cousins adoptifs qui la réduisent en esclavage pour s’approprier l’héritage ou des collabos à qui elle a fait payer ses malheurs, on ne peut que s’interroger sur la moralité de cette femme qui s’érige en juge, jury et bourreau. D’autant plus qu’elle n’a pas hésité à travailler pour Himmler et plus si affinité, cuisinant même pour Hitler en personne pour avoir des informations sur le sort de ses enfants. Pendant tout ce temps, elle a fait les 4 volontés de ce haut fonctionnaire nazi sans broncher.
    J’avoue que si j’ai été très intéressée par le côté historique (Rose nous fait découvrir ou redécouvrir l’Histoire), j’ai été moins emballée par toutes les parties se déroulant de nos jours et où une rose de 105 ans continue à avoir « la gâchette facile ».
    Disons qu’à trop de surenchère, le personnage de Rose devient si absurde (mais pas dans le sens amusant du terme) qu’il perd tout intérêt au fur et à mesure qu’il perd en crédibilité.
    C’est dommage car c’était une manière intéressante de raconter l’histoire. Mais je pense que la Chine de Mao était de trop. Ou alors il aurait fallu plus d’un personnage, pour que chacun ait sa part d’histoire.
    Pour autant l’écriture est agréable et cette manière de raconter l’Histoire reste originale et percutante.
    Une lecture en demi-teinte quand on en attendait autre chose, trompé par le résumé.

    Un extrait : Je ne supporte pas les gens qui se plaignent. Or, il n’y a que ça, sur cette terre. C’est pourquoi j’ai un problème avec les gens.

    Dans le passé, j’aurais eu maintes occasions de me lamenter sur mon sort mais j’ai toujours résisté à ce qui a transformé le monde en grand pleurnichoir.

    La seule chose qui nous sépare des animaux, finalement, ce n’est pas la conscience qu’on leur refuse bêtement, mais cette tendance à l’auto-apitoiement qui tire l’humanité vers le bas. Comment peut-on y laisser libre cours alors que, dehors, nous appellent la nature et le soleil et la terre ?

    Jusqu’à mon dernier souffle et même encore après, je ne croirai qu’aux forces de l’amour, du rire et de la vengeance. Ce sont elles qui ont mené mes pas pendant plus d’un siècle, au milieu des malheurs, et franchement je n’ai jamais eu à le regretter, même encore aujourd’hui, alors que ma vieille carcasse est en train de me lâcher et que je m’apprête à entrer dans ma tombe.

    Autant vous dire tout de suite que je n’ai rien d’une victime. Bien sûr, je suis, comme tout le monde, contre la peine de mort. Sauf si c’est moi qui l’applique. Je l’ai appliquée de temps en temps, dans le passé, aussi bien pour rendre la justice que pour me faire du bien. Je ne l’ai jamais regretté.

    En attendant, je n’accepte pas de me laisser marcher sur les pieds, même chez moi, à Marseille, où les racailles prétendent faire la loi. Le dernier à l’avoir appris à ses dépens est un voyou qui opère souvent dans les files d’attente qui, à la belle saison, pas loin de mon restaurant, s’allongent devant les bateaux en partance pour les îles d’If et du Frioul. Il fait les poches ou les sacs à main des touristes. Parfois, un vol à l’arraché. C’est un beau garçon à la démarche souple, avec les capacités d’accélération d’un champion olympique. Je le surnomme le « guépard ». La police dirait qu’il est de « type maghrébin » mais je n’y mettrais pas ma main à couper.

    Je lui trouve des airs de fils de bourgeois qui a mal tourné. Un jour que j’allais acheter mes poissons sur le quai, j’ai croisé son regard. Il est possible que je me trompe, mais je n’ai vu dedans que le désespoir de quelqu’un qui est sens dessus dessous, après s’être éloigné, par paresse ou fatalisme, de sa condition d’enfant gâté.

    Un soir, il m’a suivie après que j’eus fermé le restaurant. C’était bien ma chance, pour une fois que je rentrais chez moi à pied. Il était presque minuit, il faisait un vent à faire voler les bateaux et il n’y avait personne dans les rues. Toutes les conditions pour une agression. À la hauteur de la place aux Huiles, quand, après avoir jeté un œil par-dessus mon épaule, j’ai vu qu’il allait me doubler, je me suis brusquement retournée pour le mettre en joue avec mon Glock 17. Un calibre 9 mm à 17 coups, une petite merveille.

     

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