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  • [Livre] L’étrange vie de Nobody Owen

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    Résumé : Nobody Owens est un petit garçon parfaitement normal. Ou plutôt, il serait parfaitement normal s'il n'avait pas grandi dans un cimetière, élevé par un couple de fantômes, protégé par Silas, un être étrange ni vivant ni mort, et ami intime d'une sorcière brûlée vive autrefois. Mais quelqu'un va attirer Nobody au-delà de l'enceinte protectrice du cimetière : le meurtrier qui cherche à l'éliminer depuis qu'il est bébé. Si tu savais, Nobody, comme le monde des vivants est dangereux... 

     

    Auteur : Neil Gaiman

     

    Edition : Albin Michel

     

    Genre : Jeunesse

     

    Date de parution : 04 mai 2012

     

    Prix moyen : 7€

     

    Mon avis : L’histoire commence bien avec un homme qui s’introduit dans une famille pour la décimer. Pourquoi ? Quel intérêt de tuer ainsi toute une famille ? Mystère… On n’en saura pas plus avant la fin du roman. Toujours est-il que cet homme, appelé le Jack, semble non seulement très désireux d’accomplir sa tâche, mais aussi obnubilé par l’idée de tuer tout le monde, y compris et surtout le bébé. Mais celui-ci, petit cascadeur fugueur, crapahute en dehors de la maison et se retrouve à l’intérieur d’un cimetière où il va déclencher la curiosité des morts.
    Les fantômes de Mr et Mme Owens vont décider de l’adopter et vont convaincre l’assemblée des fantômes de permettre au petit garçon de devenir citoyen du cimetière.
    Un autre débat lui donnera son prénom : Nobody. Ainsi sera baptisé Nobody Owens. On ne lui connait aucun autre nom. Ses parents et autres fantômes ne pouvant pas sortir du cimetière, il aura pour tuteur un être à cheval entre les deux mondes. Même si le mot n’est pas prononcé, je pense qu’il est assez clair, très vite, que Silas est un vampire.
    Dans le cimetière on trouve aussi un affreux passage vers un monde, les enfers ou autre chose, dans lequel vivent les goules. C’était un passage assez sombre, assez horrible aussi et les plus jeunes lecteurs risquent de voir les affreuses bestioles s’inviter dans leurs rêves (et personnellement, je ne pardonne pas à l’auteur d’avoir fait de Victor Hugo une goule… non mais vraiment ! Ils n’ont pas leurs propres auteurs à discréditer ces anglais ? Ca ne leur a pas suffi de nous faire bruler Jeanne d’Arc et de nous avoir exilé un empereur ?)
    Nobody n’a pas le droit de sortir du cimetière car dehors, le tueur rode et n’a pas renoncer à retrouver l’enfant qu’il a échoué à tuer. Or, tant qu’il est dans le cimetière, Nobody échappe à son radar…
    Bon vous vous doutez, du coup, qu’il ne va pas y rester dans ce cimetière !
    Ce qui m’a un peu gêné c’est le manque d’action. Certes chaque petit détail, comme la brève camaraderie qu’il a avec une enfant de 5 ans, va avoir un impact plus tard, un impact important sur l’intrigue. Mais la lenteur avec laquelle ces éléments sont mis en place a un peu freiné mon enthousiasme. La lecture n’a pas été pénible, mais j’ai connu plus entraînant.
    Concernant le méchant, j’ai mis un petit moment à l’identifier, aussi bien dans le livre que dans l’origine de son nom (et une fois que j’ai eu les éléments sous les yeux, je me suis sentie comme une imbécile tant ça paraissait soudain évident !)

    En revanche, j’ai bien aimé l’histoire du Jack et l’explication de pourquoi on l’appelle LE Jack et pas seulement Jack.

    En résumé, ce n’était pas une mauvaise lecture, l’idée était originale et sympa mais l’action met bien trop de temps à arriver dans le récit.

    Un extrait : Noyé dans l’ombre, l’inconnu regarda le Jack jusqu’à ce qu’il fut hors de vue. Puis il se déplaça dans la nuit et monta, monta jusqu’au replat sous le sommet de la colline, là où se dressait un obélisque et où une pierre plate sertie dans le sol perpétuait la mémoire de Josiah Worthington, brasseur local, politicien puis baronnet, qui avait, voilà presque trois cents ans, acquis le vieux cimetière et les terres alentour pour céder l’ensemble à la ville, concession à perpétuité. Il s’était attribué le meilleur emplacement de la colline – un amphithéâtre naturel avec vue sur toute la cité et au-delà –, et avait fait en sorte que le cimetière demeurât durablement un cimetière, ce dont les habitants lui étaient reconnaissants, quoique pas tout à fait autant qu’ils l’auraient dû, de l’avis même du baronnet Josiah Worthington.

    Ce cimetière comptait en tout quelque dix mille âmes, mais la plupart dormaient profondément ou ne s’intéressaient nullement aux petites affaires nocturnes du lieu, et moins de trois cents étaient présentes dans l’amphithéâtre, sous le clair de lune.

    L’inconnu les rejoignit, aussi silencieux que la brume elle-même, et assista aux débats dans l’ombre, sans rien dire.

    Josiah Worthington avait la parole.

    — Ma chère madame, votre obstination est tout à fait, tout à fait… enfin, ne voyez-vous pas le ridicule de la situation ?

    — Non, répondit Mrs Owens. Je ne vois pas.

    Elle était assise par terre, jambes croisées, et l’enfant vivant dormait sur ses genoux. Elle tenait délicatement sa tête entre ses mains pâles.

    — Sauf votre respect, votre honneur, intervint Mr Owens debout à côté d’elle, ce qu’essaie de dire Mrs Owens, c’est qu’elle ne voit point les choses ainsi. Elle n’y voit que son devoir.

    Mr Owens avait rencontré Josiah Worthington en chair et en os du temps qu’ils étaient tous deux en vie, il avait même fabriqué plusieurs meubles de qualité pour le manoir Worthington, près d’Inglesham, et le baronnet lui faisait toujours forte impression.

    — Son devoir ?

    L’honorable Josiah Worthington secoua la tête, comme pour en déloger un fil d’araignée.

    — Votre devoir, madame, s’exerce envers le cimetière, pour le bien commun de ceux qui composent cette population d’esprits désincarnés, de revenants et d’entités diverses, et votre devoir est donc de restituer dès que possible la créature à son environnement naturel… qui ne se trouve point ici.

    — C’est sa maman qui m’a confié ce garçon, s’obstina Mrs Owens d’un ton sans réplique.

    — Chère petite madame…

    — Je ne suis pas votre chère petite madame, trancha-t-elle en se levant. À vrai dire, je ne sais même pas pourquoi je reste ici à parler avec tous ces ânes bâtés bêtes à manger du foin que vous êtes, alors que ce petit-là va bientôt se réveiller affamé… et où vais-je lui trouver à manger dans ce cimetière, je vous le demande ?

    — Voilà, dit Caius Pompeius avec raideur, précisément le problème. De quoi, en effet, allez-vous le nourrir ? Comment pourriez-vous vous occuper de lui ?

    Les yeux de Mrs Owens lancèrent des éclairs.

    — Je saurai veiller sur lui. Aussi bien que sa vraie maman. Elle me l’a confié, non ? Regardez : je le tiens dans mes bras. Je le touche.

    — Enfin, Betsy, soyez donc raisonnable, gronda la mère Slaughter, une petite vieille perdue sous le bonnet et la cape énormes qu’elle portait de son vivant et dans lesquels on l’avait enterrée. Où logerait-il ?

    — Ici même. Nous pourrions le nommer citoyen libre du cimetière.

    La bouche de la mère Slaughter forma un minuscule « o ».

    — Mais ! fit-elle.

    Puis :

    — Ça par exemple.

    — Et pourquoi pas ? Ce ne serait point la première fois que nous accorderions la libre citoyenneté à un étranger.

    — C’est vrai, concéda Caius Pompeius. Mais il n’était pas vivant, lui.

  • [Livre] La mécanique du Chaos – T01 – Le grand partage

     

    Je remercie le site Librinova et Tom Joad pour cette lecture

     

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    Résumé : « — C’est parti, dit Lana sans réfléchir. Ça va nous tomber dessus avec une puissance incroyable...
    Comme pour lui donner raison, un sifflement s'éleva du côté est. D'abord lointain, timide, semblable au chuintement d'une cocotte-minute. Et puis de plus en plus impérieux. Il devint vite assourdissant, terrifiant. Le ciel et la terre s'étaient mis à gémir, à hurler de concert. Et ça continuait de croître de façon exponentielle. […] Le vent ne tournait pas, il fonçait en ligne droite comme un tsunami, et son souffle titanesque balayait tout sur son passage en une fraction de seconde...
    — Seigneur ! » pensa Lana horrifiée. »
    Alors que l’univers semble s’abattre sur Lana et son frère Alex, parviendront-ils à s’échapper avant qu’il ne soit trop tard ?

     

    Auteur : Tom Joad

     

    Edition : Librinova

     

    Genre : Aventure/ Anticipation

     

    Date de parution : 2017

     

    Prix moyen : 2€

     

    Mon avis : J’ai adoré ce livre ! Enfin un livre autoédité qui a la qualité de ceux qui ont passé le barrage impitoyable de l’édition traditionnelle.
    Les dialogues sont naturels et percutants. Il n’y a pas de dialogues inutiles faits uniquement pour meubler et donner quelques paragraphes supplémentaires à un texte trop court. Non, ici chaque échange est intéressant et utile pour l’histoire.
    Les descriptions sont courtes et vont droit au but, il n’y a donc aucune longueur et c’est tant mieux parce que dans ce genre de livres, les longueurs font perdre tout le rythme et il est difficile ensuite de se remettre dans le bain.
    Il y a quelques coquilles, mais nettement moins que ce que j’ai pu voir dans d’autres livres autoédités. La plupart du temps ce sont des mots qui, a priori, n’ont pas été effacé alors que l’auteur a changé une partie de la phrase. Par exemple : « et traversa la chambre sur à pas de loup ». Je suppose que l’auteur avait commencé par écrire quelque chose comme « et traversa la chambre sur la pointe des pieds » et qu’il a ensuite changé pour « à pas de loup ». Dans l’opération, il semblerait que « sur » n’ait pas été effacé. Voilà le genre de coquilles que l’on peut trouver et il faut dire qu’il y en a très peu.
    L’histoire est mise en place assez rapidement et on apprend les informations en même temps que les personnages ce qui nous donne vraiment l’impression de vivre les évènements.
    Lana et Alex sont deux ados assez attachants, même si Alex est un peu trop donneur de leçon à mon goût. Franck, leur père, est un peu trop « militaire » (remarquez, pour un capitaine des Navy Seals, ça se comprend un peu), il a un peu trop tendance a exiger de ses enfants qu’ils soient de parfaits soldats ce qui ne semble pas marcher avec sa fille.
    Price est si détestable qu’il en est écœurant et si ses gardes et sa « petite amie » ne sont pas blancs comme neige, loin de là, ils semblent quand même avoir une certaine morale et je suis impatiente de voir ce qu’ils réservent à ce sale type.
    On fini ce tome avec énormément de questions en suspens.
    Si souvent je trouve qu’il est un peu présomptueux de la part des auteurs autoédités d’écrire un roman en plusieurs tomes, ici je suis contente que Tom Joad l’ait fait et je suis vraiment très impatiente de découvrir le tome 2 !

     

    Un extrait : Franck raccrocha le téléphone avec un grognement sourd et balança la poche de glace à l'autre bout du bureau. Elle s'aplatit sur le mur et retomba mollement sur le parquet. Il se força ensuite à inspirer profondément et posa ses grosses mains à plat devant lui. Il détestait agir dans l'urgence, mais là il n'avait pas le choix. Tous ses plans tombaient à l'eau.

    Il ne fallait pas compter attraper un avion d'une ligne régulière. Il était également trop tard pour espérer parcourir en voiture les centaines de kilomètres les séparant de la future Zone Blanche. Aussitôt les premiers phénomènes observés, le gigantesque dispositif se mettrait en place, créant une frontière presque hermétique qui leur interdirait l'accès vers l'ouest. Les principaux axes routiers seraient barrés par l'armée. Les transports aériens seraient suspendus jusqu'à une date inconnue.

    Les gens se retrouveraient alors bloqués d'un côté ou de l'autre. Du bon ou du mauvais. Question de chance, ou de relations...

    Pour l'instant, Franck et ses enfants se trouvaient du mauvais côté, et même lui ne pouvait mesurer tout ce que cela impliquait - personne ne le pouvait vraiment, en fait, il y avait trop de paramètres inconnus. Après le mal de chien qu'il s'était donné ces derniers mois pour assurer leur avenir, c'était à devenir dingue.

    Pourtant, il ne fallait surtout pas qu'il cède à la colère, et encore moins à la panique. Cela ne ferait qu'empirer les choses. Il devait relativiser, se dire que dans leur malheur ils avaient quand même de la chance. Ils vivaient aux environs du quarante-cinquième parallèle, suffisamment au Nord pour couper au plus gros du désastre - du moins en théorie. Mais pour ceux qui habitaient plus au Sud, vers le point zéro, ce serait l'enfer sur terre...

    Garder la tête froide. Rester calme, concentré et méthodique.

    Selon les informations relayées par Terry, l'événement se produirait donc durant la nuit, aux alentours d'une heure. Soit près de deux mois avant la date qu'on leur avait donnée depuis le départ.

    Franck ne croyait absolument pas à l'erreur de calcul. Ils s'étaient fait berner, tous autant qu'ils étaient. On avait acheté leur silence à coups de promesses, et maintenant...

    Ainsi, seuls quelques initiés – parmi les plus riches, les plus puissants - allaient finalement tirer leur épingle du jeu ; un groupe encore plus réduit que celui initialement prévu. Ces salauds ne l'emporteraient pas au paradis, mais l'heure des comptes viendrait plus tard. Du moins, Franck l'espérait de tout cœur. Il fallait bien qu'il subsiste encore un peu de justice dans ce monde, sinon on ne pouvait plus croire en rien...

    Pour l'instant, il fallait parer au plus pressé.

    Il n'était plus question de mettre la maison en vente pour récupérer de l'argent - Franck avait fait des économies, mais dans ce Nouveau Monde où ils allaient vivre, qui pouvait savoir... -, ni de préparer psychologiquement Lana et Alex au déménagement, comme c'était prévu. Ils allaient tous y laisser des plumes, ça ne faisait pas de doute.

  • [Livre] Moby Dick

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    Résumé : Attiré par la mer et le large, Ishmaël (en), le narrateur, décide de partir à la chasse à la baleine. Il embarque sur le Péquod (en), baleinier commandé par le capitaine Achab. Ismaël se rend vite compte que le bateau ne chasse pas uniquement pour alimenter le marché de la baleine. Achab recherche Moby Dick, un cachalot blanc particulièrement féroce et d'une taille impressionnante, qui lui a arraché une jambe par le passé. Achab emmène son équipage dans un voyage autour du monde à la poursuite du cachalot dont il a juré de se venger.

     

    Auteur : Herman Melville

     

    Edition : Ferni

     

    Genre : Classique étranger

     

    Date de parution : 1978 (traduction partielle)

     

    Prix moyen : 10€ (d’occasion)

     

    Mon avis : La version que je possède est une traduction partielle de 1978, expurgée de toutes les descriptions et longueurs que l’on reproche souvent à se livre à l’origine de près de 1000 pages et 135 chapitres (dans la version partielle que j’ai, il y a 287p et 21 chapitres, sans pour autant  qu’on ait une sensation de manque).
    Je ne regrette pas que cette version ait supprimé tous les passages sur l’étude des baleines, sur la chasse, sur les diverses utilisations qui sont faites de la viande de baleine… Ce sont des informations qui sont certainement intéressantes, mais qui ont plus leur place dans un traité que dans un roman. Pour le peu qui a été conservé dans la version que j’ai lu, j’ai trouvé que ça coupait le rythme de l’histoire et après coup, c’était difficile de se remettre dedans.
    Il faut dire que la lecture est assez difficile : il y a peu de dialogues, les personnages ne sont guère attachants. Le seul qui aurait pu l’être est Queequeg mais il n’est pas assez développé pour qu’on puisse vraiment avoir de l’empathie pour lui.
    La narration est assez monotone, Ismaël décrivant tout ce qu’il fais presque geste par geste (disons qu’après trois pages où il ne fait que décrire la vie sur la baleinière, on commence à comprendre la situation…).
    Achab est détestable, il se fiche complètement des autres, que ce soit ses hommes ou ceux que sa baleinière croise sur sa route. Pendant une grande partie du roman, on se demande même si la baleine blanche ne serait pas qu’une élucubration de son esprit malade (même si on sait bien que non). Son obsession à tuer la baleine blanche serait peut être moins malsaine s’il ne prêtait pas à la bête une préméditation dans ses attaques qui ne sont que des réactions normales d’un animal traqué, blessé et effrayé. Achab se place en victime en oubliant un peu vite que c’est lui l’agresseur, et non la baleine.
    Mais qui est le plus coupable dans cette histoire ? Le capitaine Achab et sa folie ? Ou ses second, qui bien conscient que l’homme a non seulement perdu l’esprit mais agit en totale contradiction avec les ordres donnés par les propriétaires du bateau, le laisse faire, par pure lâcheté, alors que même Achab admet qu’ils auraient le droit pour eux.
    De plus alors que le résumé et le sujet du livre promettent de l’action et de l’aventure, on en a finalement très peu : seulement pendant les 2 ou 3 chasses auxquelles on assiste. Tout le reste est lent, très lent.
    La fin est attendue, il n’y a aucune surprise et elle est trop rapide par rapport à la longueur du roman (même dans cette version abrégée). Quant à l’épilogue, il est si bref qu’on en garde un sentiment de manque, d’inachevé. On aurait presque préféré qu’il n’y en ait pas.

    Un extrait : Appelez-moi Ismaël, si vous voulez. Il y a quelques années – à quoi bon préciser davantage ? – n’ayant plus d’argent en poche, ou si peu, et rien à faire à terre, je décidai de naviguer encore et de revoir les grands espaces liquides du globe. C’est ma façon de chasse le spleen et de purifier le sang. Quand je sens ma bouche prendre un pli amer, quand un Novembre triste et bruineux s’installe en mon âme, quand je me surprends arrêté devant les magasins de Pompes Funèbres et suivant tous les enterrements que je rencontre, c’est qu’il est grand temps pour moi de lever l’ancre. Mais n’allez pas croire que j’embarque comme passager, car pour être passager, il faut avoir une bourse et une bourse n’est qu’un chiffon si elle est vide. Non, quand je vais en mer c’est comme simple matelot. Mais pourquoi, après avoir plusieurs fois pris l’air du large en m’engageant dans la Marine marchande, ne suis-je mis dans la tête d’aller pêcher la baleine ? Maintenant que toutes les circonstances me reviennent, je crois comprendre un peu quels motifs m’ont poussé à jouer ce rôle. En premier, venait l’image fabuleuse de la grande baleine elle-même. Ce monstre formidable et mystérieux, les océans lointains et sauvages où il roulait sa masse semblable à une île, et les périls indescriptibles qu’il représentait, tout cela piquait au vif ma curiosité. Pour un autre, tout ceci n’aurait peut-être pas d’attrait, mais moi je brûle sans cesse de découvrir les choses lointaines. J’aime naviguer sur les mers interdites et débarquer sur les rivages redoutables. Pour toutes ces raisons, la pêche à la baleine était la bienvenue.

  • [Livre] Les diables du Mont-Saint-Michel

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    Résumé : 1430. Assiégé par les Anglais, le Mont-Saint-Michel résiste depuis trente ans à tous les assauts, grâce à de grands capitaines comme Bertrand du Guesclin, quand, soudain, la cité héroïque est le théâtre de crimes mystérieux qui frappent moines et chevaliers, sans distinction. Meurtres politiques ? Rituels ? Sataniques ? Louis d'Estouteville, le nouveau chef de la garnison, enquête avec l'aide du nouveau supérieur des Bénédictins, savant chimiste et physicien, et l'aubergiste de la cité, complice de tous les contrebandiers. L'atmosphère étrange de l'île, avec ses brumes propices aux hallucinations, oriente les recherches vers des causes surnaturelles.

     

    Auteur : Claude Merle

     

    Edition : Nouveau monde

     

    Genre : Thriller Historique

     

    Date de parution : juin 2015

     

    Prix moyen : 16€

     

    Mon avis : 1430, les anglais jubilent d’avoir capturé (enfin, plutôt de s’être fait livrer) Jeanne d’Arc. Ils ne le savent pas encore, mais la guerre de 100 ans entame sa dernière phase, celle qui va les conduire à la défaite.
    Pour l’heure, ils multiplient attaques et embargo sur la forteresse du Mont-Saint-Michel où ne vit plus qu’une poignée de moines, des soldats et quelques laïcs.
    Claude Merle mêle personnages historiques comme Jeanne D’Arc, Yolande d’Aragon ou encore l’abbé Jolivet à d’autre inventés de toute pièce comme Héloïse ou l’abbé Richard de Mantoue.
    L’introduction de ce dernier parait logique pour l’histoire car, dans la réalité, l’abbé qui a succédé à l’abbé Jolivet a été Guillaume d’Estouteville qui était le frère de Louis d’Estouteville, capitaine du Mont-Saint-Michel et héro, si j’ose dire, de notre histoire. Or une grande partie de l’histoire repose sur le fait que Louis ne sais pas si l’abbé lui cache ou non des choses… Si ce dernier avait été son frère, ils auraient eu une relation différente qui n’aurait pas forcément servi le roman.
    Claude Merle simplifie les choses en plaçant Richard de Mantoue à la place de l’abbé Jolivet, passé à l’ennemi (en réalité c’est
    Jean Gonnault, vicaire qui le remplaça), tout en précisant qu’il occupe la place d’abbé sans qu’aucun vote n’ait eu lieu.
    Pour moi Louis d’Estouteville est un peu un anti-héro : il est violent, orgueilleux, très fier de son rang de noble et n’accordant qu’un regard méprisant à tous ceux qu’il juge inférieur à son rang (en gros, presque tout le monde). Il n’hésite pas à recourir à la torture pour obtenir des aveux, ce que ne manque pas de lui signifier discrètement l’abbé Richard, qui lui laisse entendre que des aveux soutirés dans ces conditions ne peuvent guère être considérés comme solides.
    Dans l’affaire à laquelle il est confronté, on a l’impression qu’il est plus énervé de voir un meurtrier lui échapper et donc porter atteinte à son honneur, à son autorité et à sa réputation, qu’affecté par les morts qui s’accumulent.
    Le style de Claude Merle est clair, les chapitres sont assez courts pour donner un rythme soutenu aux évènements, le texte, émaillés de données historiques qui l’étoffent sans l’alourdir.
    Bien qu’à aucun moment, tout comme Louis d’Estouteville, je n’ai suspecté de cause surnaturelle aux meurtres perpétrés, j’ai été incapable de déceler le moindre indice, mes soupçons ne se portaient vraiment sur personne. La seule chose dont j’étais sûre était que chaque meurtre avait été perpétré parce que la victime avait vu ou entendu quelque chose susceptible de démasquer le coupable.
    Pourtant, quand enfin on connaît le fin mot de l’histoire, j’ai trouvé ça tellement logique que je me demande encore comment j’ai pu ne pas avoir de doutes.
    Un livre assez court, mais qui ne bâcle aucun détail de son histoire.

    Un extrait : Louis d’Estouteville examina l’immense miroir de la baie, puis la forteresse éclairée par la lumière de l’aube, puissante lame de pierre brandie vers le ciel. Après la tempête de la nuit, le beau temps était revenu, mélange de bleu et de vert sillonné de coulées brunes.

    Au soleil, il était huit heures. L’eau glacée lui brûlait le torse et les joues, plus franche cependant que l’humidité sournoise des murs de granit. Le baquet sur lequel il se penchait lui renvoya le reflet d’un visage aux traits durs, lèvres minces, pommettes hautes, cheveux coupés ras. Il effleura par habitude la cicatrice qui lui entaillait le front et se perdait sous sa brosse blonde. Avant d’être promu capitaine du Mont-Saint-Michel, le gentilhomme, fils du chambellan du duc d’Orléans, grand bouteiller de France, avait combattu victorieusement les Anglais sur terre et sur mer. Son corps portait témoignage de sa vaillance.
    Il revêtit une chemise de toile, mit ses chausses, laça son pourpoint de cuir, chaussa ses bottes et ceignit son épée. Avant de l’engainer, il éprouva le tranchant de sa lame, songeant qu’il devrait la confier bientôt à Estienne, le forgeron de l’île, quand Yvon surgit.
    - Seigneur, venez !
    Louis dévisagea le jeune chevalier breton, qu’il avait lui-même adoubé quelques mois auparavant, nota les joues rouges, le souffle court et l’excitation mal maîtrisée de ses yeux bleus. Instinctivement, il se tourna vers la baie d’où pouvait venir le danger. Le rivage était désert, l’ennemi retenu par la marée montante.
    - Là-bas, précisa Yvon.
    Il désigna les puissants contreforts de l’abbaye ancrés dans le rocher.
    - Que se passe-t-il ?
    - Un mort, seigneur.

    Le capitaine haussa ses larges épaules avec indifférence. Des morts, on en voyait souvent, à cause de la guerre, des pestilences et de l’épuisement. Ce dernier fléau frappait les pèlerins venus de très loin prier Saint Michel, malgré les vexations des Godons qui assiégeaient l’île.
    Il suivit le soldat dans l’escalier, traversa la cour du Roy, puis escalada les marches de pierre jusqu’au pied de la tour Sainte-Catherine. Sur la terrasse il y avait foule : hommes d’armes, gens de la cité, moines et pèlerins, les yeux levés vers le ciel. Suivant leurs regards, Louis d’Estouteville aperçu un corps suspendu à la muraille. On aurait dit l’un des mannequins de paille, vêtu d’oripeaux bruns, qu’on brûlait jadis à la Saint-Jean pour célébrer l’avènement de l’été. Cependant, le personnage n’était pas factice, c’était un moine pendu par le col à l’aspérité d’un confort.

  • [Livre] A la vie, à la mort

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    Résumé : Atteinte d’une tumeur au cerveau, Megan doit rentrer à l’hôpital pour suivre une chimiothérapie. À son grand dépit, elle est transférée dans une unité de soins pour enfants… où le seul qui semble avoir plus de cinq ans est Jackson Dawes. Et tout le monde adore l’irrésistible Jackson, des enfants aux parents, sans compter les infirmières. Très vite, Megan se laisse apprivoiser aussi. Il lui rase la tête parce que de toute façon elle va perdre ses cheveux. Ils partent pour des balades nocturnes dans d’autres bâtiments puisque de toute façon qu’est-ce qu’une réprimande, ils vont peut-être mourir. Au mépris du règlement et de la maladie, Megan et Jackson se réinventent une vie de hors-la-loi, hors-la-maladie, même si chacun sait que le temps est compté…

     

    Auteur : Celia Bryce

     

    Edition : Albin Michel

     

    Genre : Drame

     

    Date de parution : 06 janvier 2015 

     

    Prix moyen : 13,50€

     

    Mon avis : J’ai eu du mal à m’attacher aux personnages. Jackson, je n’y suis arrivée qu’au travers des sentiments qu’éprouve Megan, mais sur le moment, il m’a surtout énervée : sa manière de s’imposer à Megan, son sans gêne… A un moment j’ai même souhaité que les infirmières mettent leurs menaces de l’attacher au lit à exécution !
    Pour Megan ça a été difficile aussi. Si elle avait eu 17 ans, j’aurais compris qu’elle supporte mal d’être en pédiatrie… mais à 13 ans, il ne faut pas exagérer, d’autant qu’elle est tout sauf mature ! Son premier grief contre Jackson n’est pas tant qu’il soit sans gêne, agité et pénible, mais qu’il accepte d’amuser les plus petit alors que Megan semble penser qu’il faut, au mieux les ignorer.
    Les « copines » de Megan, les jumelles, ne sont pas mieux : elles ne pensent qu’aux garçons et semblent croire que le cancer s’enlève comme on enlève l’appendicite.
    Gemma est plus mature. Elle a plus conscience des choses, même si ça lui fait peur.
    J’ai trouvé dommage que la relation entre Megan et Jackson ne soit pas plus approfondie car au final je trouve qu’on les voit peu ensemble. Pareil pour la sardine, son personnage aurait pu être plus développé.
    J’ai bien aimé dans ce livre le fait que l’auteur montre l’après. Megan, une fois rentrée chez elle, va mieux, physiquement. Et c’est là que j’ai apprécié que l’auteur montre l’incompréhension de la plupart de ses proches, jusqu’à sa mère, pour qui puisqu’elle va mieux, il n’y a plus de problème, alors que psychologiquement Megan ne va pas tellement mieux. La maladie ne laisse pas que des séquelles physiques.
    C’est cette seconde partie que j’ai préférée, car on continue le roman en huis clos avec Megan et tout ce qui touche les autres personnages nous est raconté à travers les émotions de Megan (concrètement c’est à que j’ai commencé à pleurer).
    Malgré le bandeau, cette histoire n’a de commun avec « nos étoiles contraires » que le cancer touchant des adolescents. Le contenu est totalement différent.
    Si j‘ai eu plus de mal à entrer dans cette histoire, au final, je l’ai beaucoup aimé et elle m’a fait ressentir énormément d’émotions.

    Un extrait : – Maintenant tu sais ce que je pense des hôpitaux, alors tu peux m’appeler à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.

    La voix de Papy semblait venir de très loin, à croire qu’il était encore plus vieux qu’en réalité, à croire qu’il se trouvait sur une autre planète et non au téléphone.

    C’était le premier jour de Megan à l’hôpital.

    – Oui, je sais, dit-elle d’un ton qui se voulait courageux.

    Si seulement elle avait pu guérir sans passer par cet endroit.

    Elle suivit sa mère qui franchissait la porte à double battant, et se pétrifia.

    Service pédiatrique ?

    Il devait y avoir erreur.

    Sauf que non.

    Il y avait des mioches et des trucs de mioches partout. Des jouets qu’on malmenait. Un machin qui cliquetait. Un autre qui carillonnait. Vrombissement. Couinement. Quelque part vers la droite, un bébé pleurait.

    Devant, un bambin au volant d’une voiture en plastique obliquait sur la gauche, accompagnant son virage d’un coup de klaxon tonitruant. Un adulte suivait le mouvement, en grande conversation avec une infirmière.

    Papy continuait de parler au téléphone. Il lui conseillait de ne pas s’inquiéter. Megan fut incapable de répondre.

    Où étaient les autres patients ? Les gens comme elle ? Les gens de son âge ?

    Elle n’était pas un bébé, ni une gosse. Elle avait presque quatorze ans !

    Pourquoi l’avait-on mise ici ? Comment avait-on pu faire ça ?

  • [Livre] Brooklyn

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    Résumé : Enniscorthy, sud-est de l’Irlande, années 1950. Comme de nombreux jeunes de sa génération, Eilis Lacey, diplôme de comptabilité en poche, ne parvient pas à trouver du travail. Par l’entremise d’un prêtre, sa sœur Rose obtient pour elle un emploi aux États-Unis. En poussant sa jeune sœur à partir, Rose se sacrifie : elle sera seule désormais pour s’occuper de leur mère veuve et aura peu de chance de se marier. Terrorisée à l’idée de quitter le cocon familial, mais contrainte de se plier à la décision de Rose, Eilis quitte l’Irlande. À Brooklyn, elle loue une chambre dans une pension de famille irlandaise et commence son existence américaine sous la surveillance insistante de la logeuse et des autres locataires…

     

    Auteur : Colm Toibin

     

    Edition : 10/18

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 18 octobre 2012

     

    Prix moyen : 9€

     

    Mon avis : J’ai eu envie de lire ce livre depuis que j’ai vu la bande annonce pour son adaptation ciné. Oui oui, la bande annonce, je n’ai toujours pas vu le film (je voulais lire le livre avant).
    Brooklyn est un livre assez court d’à peu près 330 pages et, pendant la première moitié du roman, il ne se passe pour ainsi dire rien. On voit le quotidien de Eilis, depuis sa traversée en bateau et son arrivée à New York. On la voit aller au travail, rentrer dans sa pension irlandaise, aller à la paroisse… Le seul moment un peu plus intense dans cette première partie est quand elle nous fait une sorte de dépression, liée au mal du pays et que le prêtre lui déniche un cours du soir pour qu’elle soit assez occupée pour ne pas se dire que l’Irlande lui manque.
    Dans cette première partie, bien que l’écriture de l’auteur soit très belle, je n’ai rien retrouvé de ce qui m’a attirée dans la bande annonce. Ce dilemme auquel doit être confrontée Eilis, tiraillée entre Amérique et Irlande, entre Tony et Jim.
    Bien sûr, ça fini par arriver. Enfin Tony fini par arriver. Car entre son arrivée et les évènements auxquels on s’attend, il y a encore de longues pages o on le voit venir la chercher à la fin de son cours du jeudi, l’emmener au bal le vendredi, la sortir le samedi…
    Finalement, toute la tension qu’on ressent en voyant la bande annonce va avoir lieu en l’espace d’une cinquantaine de pages. Pourtant, on n’a pas l’impression que le déroulé de ces évènements est bâclé. J’ai une petite réserve sur la fin qui, bien qu’elle soit conforme à ce que j’espérais, aurait pu être un peu plus développée.
    Du coté des personnages, j’ai trouvé la famille d’Eilis extrêmement égoïste. Pas Rose, qui au contraire fait tout pour que sa sœur ait une vie meilleure, mais ses frères et sa mère. Après l’évènement qui va obliger Eilis à revenir voir sa mère en Irlande, aucun de ses frères ne prend contact avec elle, et quand l’un d’eux le fait, c’est pour la culpabiliser, pour s’assurer qu’elle va rentrer en Irlande et donc ne pas obliger l’un d’entre eux à rentrer d’Angleterre (le voyage est pourtant bien plus court). Quant à sa mère, quand sa fille revient la voir, elle ne lui pose aucune question sur sa vie en Amérique, comme si elle pouvait effacer le fait qu’elle y a envoyé sa fille. Elle fait comme si Eilis lui avait dit qu’elle revenait définitivement en Irlande, l’obligeant à différer son retour à Brooklyn, sans jamais se demander ce que veux sa fille. Elle ne pense qu’à son confort. Et ce n’est pas une question vitale, mais juste qu’elle ne veut pas vivre seule.
    Quant à Miss Kelly, la propriétaire de l’épicerie en Irlande et Mme Kahoe, la logeuse d’Eilis à Brooklyn, elles me font toutes les deux penser à Mme Oleson dans la petite maison dans la prairie : méchantes, se mêlant de tout, autoritaires, s’empressant d’aller diffuser la moindre petite information qu’elles croient détenir sur les gens qui les entourent…
    J’ai regretté qu’Eilis soit aussi timorée avec ces personnes, qu’elle ne s’impose pas plus en disant clairement ce qu’elle voulait faire.
    A certains moments, j’ai trouvé qu’elle agissait un peu en gamine gâtée, surtout concernant Tony qu’elle semble considérer comme importun quand elle n’a pas besoin de lui, et indispensable quand elle est désemparée.
    Je pense toutefois qu’elle a pris la bonne décision, même si son comportement avant qu’elle la prenne n’est pas toujours très glorieux et que se cacher derrière le fait qu’elle n’ose pas dire les choses telles qu’elles sont est un peu facile.
    Même si la première partie du roman est assez lente, j’ai apprécié ma lecture, j’ai beaucoup aimé découvrir la nouvelle vie d’Eilis et j’ai régit comme elle quand j’ai appris l’évènement qui bouleverse sa vie.

    Un extrait : Eilis connaissait Mlle Kelly de vue. Cependant, sa mère ne lui achetait rien car, disait-elle, c’était beaucoup trop cher. Et aussi, croyait savoir Eilis, elle ne l’appréciait guère. On disait de Mlle Kelly qu’elle vendait le meilleur jambon de la ville, le meilleur beurre et tout ce qu’il y avait de plus frais, y compris la crème, mais Eilis n’avait pas le souvenir d’être jamais entrée dans son magasin. Elle se contentait de jeter un regard vers l’intérieur, en passant, et apercevait alors Mlle Kelly debout derrière sa caisse.

    Mlle Kelly apparut en haut de l’escalier. Elle descendit lentement les marches et, une fois en bas, alluma le plafonnier.

    — Eh bien, dit-elle. Eh bien.

    Elle répéta la formule comme s’il s’agissait d’une salutation. Elle ne souriait pas.

    Eilis avait été sur le point de dire poliment qu’on l’avait envoyée chercher, mais que le moment était peut-être mal choisi. Elle se ravisa toutefois et ne dit rien, car l’attitude de Mlle Kelly suggérait que quelqu’un l’avait gravement offensée, et qu’elle la prenait par erreur pour cette personne.

    — Vous voilà donc, continua Mlle Kelly après un silence.

    Eilis remarqua que plusieurs parapluies noirs étaient rangés en appui contre la console de l’entrée.

    — On me dit que vous êtes sans travail, mais que vous vous y entendez bien, côté chiffres.

    — Ah ?

    — Vous savez, toutes les personnes respectables de cette ville fréquentent mon magasin, et je suis informée de tout ce qui se raconte.

    Eilis se demanda si c’était une allusion au fait que sa mère fréquentait une autre épicerie, mais elle n’en était pas sûre. Les verres épais des lunettes de Mlle Kelly rendaient son expression peu déchiffrable.

    — Et nous sommes débordées de travail le dimanche. Évidemment, personne d’autre n’est ouvert ce jour-là. Et il nous vient tout un tas de gens, des bons, des mauvais et certains qui ne sont ni l’un ni l’autre. En règle générale, j’ouvre après la messe de sept heures, et de la fin de la messe de neuf heures jusqu’à la fin de celle de onze, eh bien, on ne peut pas remuer une nageoire dans ma boutique. J’ai Mary pour m’aider, mais c’est un escargot, dans le meilleur des cas, alors je cherche quelqu’un d’intelligent, qui sache distinguer le bon grain de l’ivraie, parmi la clientèle, et leur rendre correctement leur monnaie. Mais attention: uniquement le dimanche. Le reste de la semaine, nous nous débrouillons. Vous m’avez été recommandée et je me suis renseignée sur votre compte. Ce serait sept shillings et six pence la semaine, ça pourrait aider un peu votre mère.

    Mlle Kelly parlait, pensa Eilis, comme si elle décrivait un tort qu’on lui aurait causé, en pinçant les lèvres à la fin de chaque phrase.

    — Voilà, je n’ai rien à ajouter. Vous pouvez commencer dimanche, mais passez demain, comme ça on vous fera mémoriser les prix et on vous montrera le fonctionnement de la balance et de la machine à trancher. Il faudra attacher vos cheveux et vous acheter une blouse correcte, chez Dan Bolger ou chez Burke O’Leary.

    Eilis, qui s’efforçait d’enregistrer intérieurement leur échange à l’intention de sa mère et de Rose, aurait voulu pouvoir répondre à Mlle Kelly, lui décocher une réplique futée qui ne soit pas ouvertement impertinente. En définitive, elle garda le silence.

    — Eh bien ? l’interrogea Mlle Kelly.

    Eilis avait compris qu’elle ne pouvait pas refuser. C’était mieux que rien et, pour le moment, elle n’avait rien.

  • [Livre] Nous les menteurs

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    Résumé : Une famille belle et distinguée. L'été. Une île privée. Le grand amour. Une ado brisée. Quatre adolescents à l'amitié indéfectible, les Menteurs.

    Un accident. Un secret. La vérité.

    Un drame familial époustouflant où culmine le suspense. Une lecture qui, à peine terminée, donne envie de retourner à la première page pour recommencer...

     

    Auteur : E. Lockhart

     

    Edition : Gallimard jeunesse

     

    Genre : Drame

     

    Date de parution : 04 mai 2015

     

    Prix moyen : 14,50€

     

    Mon avis : Vous connaissez l’adage : L’argent ne fait pas le bonheur ? Et bien c’est exactement ça dans la famille Sinclair. Famille parfaite en apparence, on se rend vite compte que les trois filles n’ont jamais rien réussi dans leur vie et donc paniquent un peu de se trouver livrées à elles-mêmes quand le patriarche aura disparu. Le patriarche, parlons en, d’ailleurs, un vieil égoïste cruel et manipulateur, qui se plait à monter ses filles les unes contre les autres et à brandir la sanction financière à quiconque ose lui tenir tête, comme sa fille aînée, Carrie, qui a osé, non contente d’être divorcée, vivre avec un indien. Le vieux n’est pas raciste, hein, mais bon, pas de bronzé dans la famille, non mais !
    Ses filles, soucieuses d’assurer leur avenir financier, malgré une belle somme déjà placée à leur nom à la banque n’ont d’autre but que de s’accaparer le maximum de la fortune familiale, au détriment de leurs sœurs, et pour cela se servent sans scrupules de leurs enfants, n’hésitant pas à les punir ou à les menacer pour qu’ils aillent plaider la cause de leur maman devant grand-père. Il ne faut pas oublier non plus que, stressées comme elles le sont, les chères mamans ont tendances à forcer sur la bouteille. Mais attention ! On n’est pas un vulgaire alcoolique chez les riches, non, on est adepte de l’apéritif, nuance.
    Bonjour l’ambiance !
    L’été des 15 ans des aînés des petits enfants, Cadence (oui déjà, côté prénom, elle est pas aidée) a un accident. Lequel ? Mystère.
    Car elle ne se souvient pour ainsi dire de rien de cet été là, ni de l’accident dont elle ne conserve que d’horribles migraines qui envahissent son quotidien. Deux ans plus tard, elle est autorisée à revenir sur l’île privée de la famille et bien décidée, malgré la résistance qu’elle rencontre, à comprendre ce qu’il s’est passé.
    Le texte oscille entre le présent et l’été 15 comme Cadence appelle l’été de ses 15 ans qui se dévoile au fur et à mesure qu’elle retrouve des bribes de souvenirs.
    Très vite, j’ai eu une hypothèse, mais la suite de l’histoire semblait me donner tort. En réalité, j’étais sur la bonne voie, je n’allais juste pas assez loin.
    Et donc on est là, à suivre ce qui semble être de banales vacances d’ados avec l’une des leurs malade qu’il faut ménager, à se demander où veut en venir l’auteur… Et en même temps, on sent que quelque chose cloche, qu’il nous manque un détail…
    C’est une phrase qui m’a tout fait comprendre. J’avais déjà une idée générale de ce qui s’était passé, mais j’étais partie sur un autre type d’accident, qui aboutissait au même résultat. Mais cette phrase… Après l’avoir lue, j’étais sûre de moi, j’étais sûre de ce qui s’était passé… et j’en ai eu la confirmation une trentaine de pages plus loin.
    Concernant les personnages, pour avoir parfois d’affreuses migraines, j’ai compati avec la douleur que ressent Cadence. Je n’imagine pas avoir ces mêmes migraines aussi souvent qu’elle et je comprends qu’elle se décourage parfois.
    Gat m’a un peu énervé, surtout quand il dit plus ou moins à Cadence qu’elle n’a pas à se plaindre parce qu’elle a de l’argent : la maladie et la douleur ne demande pas à voir le compte en banque avant de frapper. J’ai vraiment trouvé ridicule de lui dire qu’elle devait souffrir en silence comme si le fait d’appartenir à une famille fortunée lui ôtait tout droit à la compassion pour la douleur qui lui vrille le crâne un jour sur deux.
    J’ai eu un peu de mal à m’habituer au style de l’auteur au début. Le livre commence en effet sur des phrases un peu simplistes, très courtes, pas vraiment le style que j’affectionne. Mais une fois pris dans l’histoire, le style s’efface, d’autant plus que l’auteur va faire des phrases plus élaborées.
    En tout cas, si je n’ai pas atteint le coup de cœur, j’ai beaucoup aimé ce livre. J’ai versé une petite larme à la fin et surtout j’ai eu comme un poids sur la poitrine pendant quelques heures.

    Un extrait : Mon histoire commence avant l’accident. L’été de mes quinze ans, au mois de juin, mon père nous a quittées pour une femme qu’il aimait plus que nous.

    Papa était un professeur d’histoire militaire à la carrière relativement médiocre. Je l’adorais. Il portait des vestes en tweed. Il était maigre. Il buvait du thé avec du lait. Il était fan de jeux de société (et il me laissait gagner), fan de bateau (et il m’apprenait à faire du kayak), de vélo, de livres et de musées.

    Il n’était pas trop fan des chiens, en revanche, et il devait vraiment beaucoup aimer ma mère pour autoriser nos golden retrievers à dormir sur les canapés ou pour les emmener marcher près de cinq kilomètres tous les matins. Il n’était pas trop fan de mes grands-parents non plus, et il devait vraiment beaucoup nous aimer, maman et moi, pour accepter de passer tous ses étés à la maison Windemere, sur Beechwood Island, à rédiger ses articles sur des guerres terminées depuis belle lurette et à sourire à table pour faire plaisir à tout le monde.

    Au mois de juin de l’été quinze, papa nous a donc annoncé qu’il nous quittait. Deux jours plus tard, il est parti. Il a expliqué à ma mère qu’il n’était pas un Sinclair et qu’il n’arrivait plus à faire semblant. Il n’arrivait plus à sourire, à mentir, à faire partie de cette splendide famille dans ces majestueuses villas.

    Il n’en pouvait plus. Il ne voulait plus de tout ça.

    Il avait déjà loué les camions de déménagement. Et déjà loué une autre maison, aussi. Il a posé sa dernière valise sur la banquette arrière de sa Mercedes (maman devrait se contenter de garder la Saab) et il a mis le contact.

    Puis il a sorti un revolver et m’a visée en pleine poitrine. Debout sur la pelouse, je me suis écroulée. Le trou formé par la balle s’est élargi et mon cœur a roulé hors de ma cage thoracique pour atterrir dans un parterre de fleurs. Le sang pulsait hors de ma plaie béante,

    hors de mes yeux,

    de mes oreilles,

    de ma bouche.

    Un goût de sel et d’échec. La honte vive et écarlate du rejet imprégnait la pelouse, les dalles de l’allée, les marches du porche. Mon cœur convulsait au milieu des pivoines comme une truite hors de l’eau.

    D’un ton sec, maman m’a ordonné de me ressaisir.

    Sois normale, a-t-elle déclaré. Immédiatement.

    Parce que tu l’es. Parce que tu peux l’être.

    Pas de scandale, m’a-t-elle ordonné. Respire un bon coup et redresse-toi.

    J’ai obéi.

    Elle était tout ce qui me restait, désormais.

    Maman et moi avons relevé bien haut nos mentons carrés tandis que la voiture de papa descendait la colline. Puis nous sommes rentrées dans la maison et nous avons détruit tous les cadeaux qu’il nous avait faits : bijoux, vêtements, livres, tout. Les jours suivants, nous nous sommes débarrassées du canapé et des fauteuils qu’ils avaient achetés ensemble. Nous avons jeté le service en porcelaine de leur mariage, l’argenterie et les photos.

    Nous avons changé tout le mobilier. Engagé un décorateur d’intérieur. Commandé des couverts en argent chez Tiffany. Passé une journée à faire les galeries d’art et acheté de nouveaux tableaux pour combler les places vides sur les murs.

    Nous avons demandé à l’avocat de grand-père de protéger l’intégrité des biens de maman.

    Nous avons fait nos bagages et nous sommes parties pour Beechwood Island.

  • [Livre] Harry Potter et la chambre des secrets

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    Résumé : Une rentrée fracassante en voiture volante, une étrange malédiction qui s'abat sur les élèves, cette deuxième année à l'école des sorciers ne s'annonce pas de tout repos ! Entre les cours de potion magique, les matches de Quidditch et les combats de mauvais sorts, Harry trouvera-t-il le temps de percer le mystère de la Chambre des Secrets ? Un livre magique pour sorciers confirmés.

     

    Auteur : Joanne Kathleen Rowling

     

    Edition : Gallimard

     

    Genre : Jeunesse

     

    Date de parution : 23 mars 1999

     

    Prix moyen : 21€

     

    Mon avis : En Octobre 2016, j’ai relu le premier tome de la saga, que j’avais déjà lu mais encore jamais chroniquée, en me promettant de lire un tome par mois. Bien évidemment, entre les nouvelles sorties, les SP et ma PAL assez conséquente, vous vous en doutez, je n’ai absolument pas tenu parole.
    Et puis, Moody, de la chaîne Moody take a book, a eu la bonne idée d’organiser une lecture commune Harry Potter qui s’étale sur l’année 2017. Comme il n’y a rien de mieux que les challenges et/ou l’effet de groupe pour tenir ses promesses, je me suis empressée de m’inscrire.
    Pendant que le groupe lisait le tome 1, j’en ai profité pour me mettre à jour de mes SP et c’est dans les temps (qui a dit : pour une fois ?) que je termine ce tome 2.
    Je me rends compte qu’il y avait plein de détails dont je ne me souvenais plus ou auxquels j’avais inconsciemment substitués la version cinéma. Ce ne sont jamais des choses bien importantes, mais ça m’a fait plaisir de les retrouver.
    Dans ce tome, on en apprend un peu sur le passé de Voldemort, c’est un peu un avant goût de tout ce qu’on apprendra sur lui dans le tome 6.
    Percy commence à devenir sérieusement un enquiquineur. Il est encore jeune, seulement 15 ans, puisqu’il vient d’être nommé Préfet, mais on devine déjà une attitude et des idées qui ne sont pas vraiment en accord avec la bienveillance dont font toujours preuve ses parents (sauf à l’égard de Malefoy père, mais là, on peut les comprendre).
    Circonstances obligent, Dumbledore est plus sérieux que dans le tome précédent. Là on voit bien qu’on a affaire au Directeur et à un sorcier expérimenté. Il est moins dans la malice. Mais il faut dire que ses élèves tombant comme des mouches, s’il continuait à jouer les excentriques amusant, cela risquerait de contrarier un tantinet les parents.
    On fait aussi la connaissance de Dobby et, à travers lui, Harry, comme le lecteur, découvre une nouvelle espèce, et une tradition qui n’est pas très glorieuse chez les sorciers : les elfes de maison et l’esclavage auquel ils sont soumis.
    Malefoy père est affreux, et on comprend d’où Draco tient son insupportable arrogance. Mais là où, dans le film, il y avait une insinuation de violence et de peur du gamin envers son père, là pas du tout. Lucius est peut être un affreux personnage, mais il chéri son fils (il le gâte complètement aussi) et quand il lui parle, même quand il lui fait des reproches, il n’est pas très différent de n’importe quel père qui trouve que les notes de son rejeton sont insuffisantes. Dans le film, en instillant ce doute dans la relation père fils, on dirait que les scénaristes ont essayé de trouver des excuses au comportement de Draco. Un peu comme s’ils nous mettaient un message en fond d’écran « Oui, c’est un affreux gamin, mais s’il ne se comporte pas comme son père l’attend, il aura des ennuis ».
    Le trio semble être encore plus proche qu’avant, même si Hermione cherche toujours à mener les garçons à la baguette.
    Quand à la catastrophe ambulante qu’est le nouveau professeur de défense contre les forces du mal, il serait risible sans la révélation de la fin sur la réalité de ses livres. J’ai trouvé qu’il méritait amplement ce qu’il lui arrivait.
    Avec le secret que contient la chambre et l’artefact magique principal (oui, c’est dur de ne pas spoiler, car, oui, il y a encore des gens qui n’ont pas lu Harry Potter !) on est déjà dans un registre un peu plus sombre que dans le tome 1. Pas énormément plus sombre, mais on sent quand même la différence.
    Le tome 3 devant être lu avant le 04 juin, je reviens très vite avec la chronique du prochain tome !

     

    Un extrait : La fin des vacances d'été arriva trop vite au goût de Harry. Bien sûr, il avait hâte de retourner à Poudlard, mais le mois qu'il avait passé au « Terrier » était le moment le plus heureux de sa vie. Il ne pouvait s'empêcher d'éprouver une certaine jalousie à l'égard de Ron en pensant à l'existence que lui avaient fait mener les Dursley.

        La veille de la rentrée, Mrs Weasley fit apparaître par magie un somptueux dîner qui comportait les plats préférés de Harry ainsi qu'un délicieux gâteau à la crème. Pour terminer la soirée en beauté, Fred et George firent exploser des pétards du Dr Flibuste en un véritable feu d'artifice, remplissant la cuisine d'étoiles rouges et bleues qui rebondirent sur les murs et au plafond pendant une bonne demi-heure. Ils burent ensuite une dernière tasse de chocolat avant d'aller se coucher.

        Le lendemain matin, ils mirent longtemps à se préparer. Ils s'étaient tous levés au chant du coq, mais ils avaient encore beaucoup à faire et tout le monde s'activait dans la maison, à moitié habillé, un morceau de toast à la main, criant et bougonnant sans cesse. Mr Weasley faillit même se rompre le cou en trébuchant contre un poulet alors qu'il traversait la cour pour mettre la valise de Ginny dans la voiture.

        Harry ne voyait pas comment huit personnes, six grosses valises, deux hiboux et un rat allaient bien pouvoir tenir dans une petite Ford Anglia. Mais c'était compter sans les aménagements très particuliers que Mr Weasley lui avait apportés.

        —Pas un mot à Molly, surtout, chuchota-t-il à l'oreille de Harry en ouvrant le coffre que quelques tours de magie lui avaient permis d'agrandir suffisamment pour y ranger toutes les valises.

        Mrs Weasley et Ginny prirent place sur le siège avant qui avait la taille d'un banc public tandis que la banquette arrière offrait suffisamment d'espace à Harry, Ron, Fred, George et Percy pour s'y asseoir confortablement.

        —Finalement, les Moldus sont beaucoup plus astucieux qu'on ne le pense, vous ne trouvez pas ? remarqua Mrs Weasley. Quand on voit cette voiture de l'extérieur, on ne dirait jamais qu'il y a autant de place à l'intérieur.

        Mr Weasley mit le moteur en marche et la voiture traversa la cour en cahotant. Avec un pincement au cœur, Harry se retourna pour regarder une dernière fois la maison. Les préparatifs avaient mis plus de temps que prévu et Mr Weasley, après avoir jeté un coup d'œil à sa montre, se tourna vers sa femme.

        —Molly, ma chérie, je crois que nous irions plus vite si...

        —Non, Arthur, répliqua Mrs Weasley.

        —Personne ne nous verrait. Le petit bouton que tu vois là commande un réacteur d'invisibilité que j'ai installé. Nous pourrions décoller instantanément, voler au-dessus des nuages et en dix minutes nous serions arrivés sans que personne s'aperçoive...

        —Arthur, j'ai dit non. Pas en plein jour.

  • [Livre] La dame en noir

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    Résumé : Angleterre, début du XXe siècle. Par un mois de novembre froid et brumeux, Arthur Kipps, jeune avoué londonien, est dépêché dans le nord du pays pour assister aux funérailles d'Alice Drablow, 87 ans, puis trier ses papiers en vue d'organiser sa succession.

    À Crythin Gifford, village où Kipps pose ses valises, les habitants lui battent froid dès qu'il prononce le nom de feue Mme Drablow, unique occupante du Manoir des Marais, demeure isolée, battue par les vents et située sur une presqu'île uniquement accessible à marée basse.

    Lors de l'inhumation, dans une église quasi déserte, Arthur remarque la présence, un peu en retrait, d'une femme tout de noir vêtue, le visage émacié, comme rongée par une terrible maladie. Il l'aperçoit ensuite dans le cimetière, mais elle s'éclipse avant qu'il ait le temps de lui parler...

    Cette femme en noir, Arthur la verra de nouveau aux abords du manoir, une fois qu'il s'y sera installé pour commencer son travail. Mais se produisent alors nombre de phénomènes mystérieux qui ébranleront le jeune homme et feront vaciller sa raison...

    Comme il l'apprendra peu à peu, une malédiction plane sur ces lieux…

     

    Auteur : Susan Hill

     

    Edition : L’Archipel

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 08 février 2012

     

    Prix moyen : 12€

     

    Mon avis : La lecture de ce livre n’était pas désagréable, mais j’ai trouvé qu’il ne tenait pas les promesses de son quatrième de couverture.
    C’est un livre très court, à peine 224 pages, et plus de la moitié du livre est consacré à la mise en place de l’histoire.
    Si je ne m’attendais pas à la fin et que je l’ai nettement préférée à celle de l’adaptation cinématographique, il m’a manqué, tout au long du livre, cette montée d’angoisse que l’on était en droit d’attendre à la lecture du résumé.
    J’ai beaucoup aimé l’idée de raconter l’histoire par le biais d’une sorte de confession destinée à libérer l’esprit d’Arthur, de longues années après les évènements qu’il a vécu, mais le problème pour moi à été le déroulé de l’histoire.
    Le moment où j’ai le plus tremblé a été lors de la mésaventure de Spider, la petite chienne qui accompagne Arthur au manoir et qui est sans doute le seul personnage attachant de l’histoire.
    Si j’ai trouvé que le décor était bien planté, cette présentation aurait été plus adaptée à un texte plus long car ici, toute l’intrigue est concentrée dans les 80 dernières pages, ce qui n’est pas assez long pour faire correctement monter la pression.

    C’est dommage parce que le style d’écriture de l’auteur est vraiment agréable et aurait pu être clairement addictif.
    J’ai trouvé que la malédiction n’était pas assez développée car au final, on n’en parle que le temps d’un dialogue, à la fin, ou presque, du roman.
    J’ai aussi trouvé que le personnage d’Arthur n’était pas assez approfondi, on a du mal à s’attacher à lui. Il n’est pas antipathique, mais on ne tremble pas pour lui (on s’inquiète plus pour la petite chienne que pour lui).
    La dame en noir n’est pas très présente. Dommage pour un personnage qui a donné son nom au livre !

    Un extrait : En ce lundi après-midi de novembre régnait une pénombre que n’expliquait pas l’horloge – il n’était même pas encore trois heures – mais la présence d’un brouillard épais, une de ces purées de pois typiquement londoniennes qui nous cernait de toutes parts depuis le lever du jour – si tant est que le jour se fût levé, la grisaille malodorante ayant à peine laissé filtrer la lumière.

    Dehors, le brouillard était partout : il se déployait au-dessus du fleuve, s’insinuait dans les ruelles et les passages, tournoyait en nappes épaisses entre les arbres dépouillés de tous les parcs et les jardins de la ville. Il n’épargnait pas les intérieurs non plus, allant jusqu’à s’immiscer à travers les moindres fentes et fissures tel un souffle fétide, se faufilant sournoisement par chaque entrebâillement de porte. C’était une masse nébuleuse jaunâtre, sale et nauséabonde, qui prenait à la gorge et aveuglait, souillait et encrassait. Obligés d’avancer à tâtons dans les rues, hommes et femmes progressaient au péril de leur vie, et, titubant sur les trottoirs, se cramponnaient aux grilles ou à leurs semblables pour se guider.

    Les bruits étaient assourdis, les formes indistinctes. Le brouillard, tombé sur la ville trois jours plus tôt, ne semblait pas décidé à se dissiper et possédait, semblait-il, toutes les caractéristiques propres à ce genre de phénomène : à la fois menaçant et sinistre, il rendait méconnaissable l’univers le plus familier, désorientant ceux qu’il avait piégés, les égarant comme si on leur avait bandé les yeux avant de les faire tourner sur eux-mêmes lors d’une partie de colin-maillard.

    C’était un temps affreux, en somme, propre à assombrir encore l’humeur en ce mois le plus triste de l’année.

    Avec le recul, je serais tenté de croire que, tout au long de cette journée, j’avais eu un mauvais pressentiment au sujet de mon voyage à venir, qu’une sorte de sixième sens, d’intuition occulte en sommeil au plus profond de chacun ou presque s’était soudain réveillée en moi. Mais, à l’époque, j’étais un jeune homme solide, plein de bon sens, et je n’éprouvais ni malaise ni appréhension d’aucune sorte. Toute altération de mon entrain habituel ne pouvait être due qu’à la brume et au mois de novembre, qui me plongeaient dans une morosité partagée par l’ensemble des citoyens de Londres.

  • [Livre] Le Robinson suisse

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    Résumé : Quel heureux homme que ce Robinson suisse ! Il a en effet sauvé du naufrage sa famille au complet. Les débris du vaisseau vont être pour lui l'occasion de prouver de quoi il est capable. Au milieu d'une nature tour à tour généreuse et hostile, périlleuse et insolite, il va reconstruire sa vie quotidienne à force d'ingéniosité et de courage.

     

    Auteur : Johann David Wyss

     

    Edition : CreateSpace Independent Publishing Platform

     

    Genre : Classique étranger

     

    Date de parution : 2012 (pour cette édition)

     

    Prix moyen : 14€

     

    Mon avis : Ce livre ne fait pas l’unanimité comme j’ai pu le voir en lisant les avis sur internet. Toutefois, la plupart du temps, à la lecture des critiques, j’ai eu l’impression que le livre n’avait pas été compris.
    Souvent, les gens se plaignent de la trop grande facilité que ces Robinson suisses ont à trouver tout le nécessaire à leur survie et à leur confort, ainsi que du coté moralisateur et monsieur je-sais-tout du père. Ils analysent le livre comme ils le feraient de tout roman d’aventure.

    Or, un livre écrit par un pasteur à la fin du XVIIIème siècle (bien que publié en 1812, il a été écrit en 1794) n’a pas vocation à être un divertissement. Le titre d’origine était « La Famille suisse Robinson ou Le Prédicateur suisse naufragé et sa famille. Un livre didactique pour les enfants et les enfants des amis à la ville et la campagne ».
    Son but était donc de faire passer un message.

    Ici, ce message s’oriente autour de la religion (vous me direz, normal pour un pasteur).
    D’abord, l’auteur s’attache à rappeler la toute puissance paternelle, garante de la moralité et de la sauvegarde de la famille. L’obéissance filiale aveugle étant, à l’époque, au sommet de la religion, juste avant celle dû à Dieu, il n’est guère étonnant d’avoir ici un père quasiment infaillible dont les quelques rares lacunes n’ont d’autre but que de le laisser soumis à la bienveillance de Dieu et de permettre à ses fils de se former au métier d’adulte sans pour autant les délivrer du joug paternel.
    Ensuite, l’auteur met en avant l’action divine.

    Dieu étant supposé récompenser ses fidèles les plus dévoués, il n’est guère étonnant de voir la facilité avec laquelle les Robinsons pourvoient à leurs besoins.
    Le message dispensé est donc de garder foi en Dieu dans les épreuves (naufrage puis exil), de le remercier sans cesse de ses bontés (les nombreuses prières, et qu’on attirera ainsi la bienveillance de Dieu.

    J’ai vu aussi beaucoup de critiques sur les massacres d’animaux perpétrés par la famille.
    Il faut se remettre dans le contexte. En 1794, l’esclavage existait toujours, les femmes pouvaient compter leurs droits sur les doigts d’une main, les enfants appartenaient à leur père comme de simples meubles, les domestiques étaient soumis à leurs employeurs… Alors franchement les animaux… (Il a quand même fallut attendre le XXIème siècle pour qu’ils perdent le statut de meubles et gagnent celui d’êtres dotés de sensibilité)… Si ce genre de massacre me choque dans l’absolu, en revanche, je ne suis pas choquée d’en trouver dans un livre écrit à cette époque.

    Si j’ai une critique à faire, c’est que le père est constamment dans le reproche, et surtout, qu’il se montre parfois assez hypocrite.
    Par exemple, il réprimande son fils pour mensonge alors que ce dernier, en prétendant n’avoir rien chassé, ne voulait que faire une surprise à ses frères, puis, il demande à ses fils de mentir à leur mère pour exactement les mêmes raisons.

    J’ai aussi trouvé qu’il ne montrait pas le bon exemple en ne s’excusant jamais, notamment quand il se rendait compte que ses reproches ne sont pas fondés.

    L’ellipse de 8 ans, à la fin, est compréhensible et le narrateur lui-même explique, que, passée les deux premières années, l’existence des naufragés devient trop répétitive pour être racontée sans ennuyer.

    Même si ce livre est plus un livre de morale qu’autre chose, je l’ai beaucoup aimé.
    Cela dit, je le déconseille à la fois à ceux qui n’aiment pas les classiques et à ceux qui aspirent à trouver des notions modernes dans leurs lectures.


    Un extrait : La tempête durait depuis six mortels jours, et, le septième, sa violence, au lieu de diminuer, semblait augmenter encore. Elle nous avait jetés vers le S.-O., si loin de notre route, que personne ne savait où nous nous trouvions. Les passagers, les matelots, les officiers étaient sans courage et sans force ; les mâts, brisés, étaient tombés par-dessus le bord ; le vaisseau, désemparé, ne manœuvrait plus, et les vagues irritées le poussaient ça et là. Les matelots se répandaient en longues prières et offraient au Ciel des vœux ardents ; tout le monde était du reste dans la consternation, et ne s’occupait que des moyens de sauver ses jours.

    « Enfants, dis-je à mes quatre fils effrayés et en pleurs, Dieu peut nous empêcher de périr s’il le veut ; autrement soumettons-nous à sa volonté ; car nous nous reverrons dans le ciel, où nous ne serons plus jamais séparés. »

    Cependant ma courageuse femme essuyait une larme, et, plus tranquille que les enfants, qui se pressaient autour d’elle, elle s’efforçait de les rassurer, tandis que mon cœur, à moi, se brisait à l’idée du danger qui menaçait ces êtres bien-aimés. Nous tombâmes enfin tous à genoux, et les paroles échappées à mes enfants me prouvèrent qu’ils savaient aussi prier, et puiser le courage dans leurs prières. Je remarquai que Fritz demandait au Seigneur de sauver les jours de ses chers parents et de ses frères, sans parler de lui-même.

    Cette occupation nous fit oublier pendant quelque temps le danger qui nous menaçait, et je sentis mon cœur se rassurer un peu à la vue de toutes ces petites têtes religieusement inclinées. Soudain nous entendîmes, au milieu du bruit des vagues, une voix crier : « Terre ! terre ! » et au même instant nous éprouvâmes un choc si violent, que nous en fûmes tous renversés, et que nous crûmes le navire en pièces ; un craquement se fit entendre ; nous avions touché. Aussitôt une voix que je reconnus pour celle du capitaine cria : « Nous sommes perdus ! Mettez les chaloupes en mer ! » Mon cœur frémit à ces funestes mots : Nous sommes perdus ! Je résolus cependant de monter sur le pont, pour voir si nous n’avions plus rien à espérer. À peine y mettais-je le pied qu’une énorme vague le balaya et me renversa sans connaissance contre le mât. Lorsque je revins à moi, je vis le dernier de nos matelots sauter dans la chaloupe, et les embarcations les plus légères, pleines de monde, s’éloigner du navire. Je criai, je les suppliai de me recevoir, moi et les miens… Le mugissement de la tempête les empêcha d’entendre ma voix, ou la fureur des vagues de venir nous chercher. Au milieu de mon désespoir, je remarquai cependant avec un sentiment de bonheur que l’eau ne pouvait atteindre jusqu’à la cabine que mes bien-aimés occupaient au-dessous de la chambre du capitaine ; et, en regardant bien attentivement vers le S., je crus apercevoir par intervalles une terre qui, malgré son aspect sauvage, devint l’objet de tous mes vœux.