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Drames

  • [Livre] Too late

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    Résumé : Sloan n'a jamais eu une vie facile et elle a toujours dû se battre pour obtenir ce dont elle avait besoin. C'est justement pour échapper à une situation sans issue qu'elle a accepté de partager la vie de son petit ami, Asa. Depuis, elle étouffe dans cette relation toxique. De plus, c'est un homme à la morale douteuse qui se livre à de multiples trafics. Elle n'a pas le choix de partir et décide de supporter ce qu'il lui fait subir jusqu'à ce qu'elle puisse lui échapper. Seule. Personne ne peut l'aider à sortir de cette situation. Sauf peut-être Carter, cet étudiant aux multiples secrets qu'elle vient de rencontrer. Asa est prêt à tout pour garder Sloan. Il a besoin d'elle et il fait tout pour la persuader qu'elle ne peut pas se passer de lui. Personne ne s'interposera entre Sloan et lui. Sauf peut-être Carter.


    Auteur : Colleen Hoover

     

    Edition : Hugo Roman

     

    Genre : Drame

     

    Date de parution : 03 mai 2018

     

    Prix moyen : 17€

     

    Mon avis : Après avoir lu « Jamais plus » j’ai été très réticente à lire un autre roman de Colleen Hoover de crainte de la déception. Ce sentiment a été renforcé par le fait que l’auteur disait que ce livre était différent de ses autres livres. Et justement, ce livre a été pour moi un coup de cœur, donc si ses livres habituels sont différents, est ce qu’ils vont me plaire ou est ce que tout ça va être trop romance pour moi ?
    Et puis est sorti Too late. Et Colleen Hoover de dire que ce livre est différent de ses autres livres. Tiens donc ? Cette information m’a fait me radiner dans ma librairie comme ma chatte quand on ouvre une boîte de thon !
    Et je ne l’ai pas regretté. Si ce livre a failli ne pas entrer dans la catégorie « coup de cœur », j’expliquerais pourquoi, il reste qu’il en est un, et un gros.
    Sloan n’a jamais eu la vie facile et sa relation avec Asa n’est pas pour arranger les choses. Pourtant la jeune fille n’a guère le choix : Asa est la seule chance pour son petit frère handicapé de recevoir les soins dont il a besoin. Et pour son frère, Sloan est prête à tout accepter, à tout subir. Malgré tout la situation commence à lui peser de plus en plus et Asa se montre de plus en plus difficile à vivre.
    Pendant toute la durée du roman, je me suis demandée sui Asa est sociopathe ou schizophrène. Après la fin du roman, je ne suis toujours pas sûre de ce qu’il en est, même si je penche plus pour une option que pour l’autre.
    Le roman alterne entre les points de vue de Sloan, Asa et Carter ce qui nous permet de nous attacher aux personnages (enfin, nettement moins à Asa qu’aux deux autres).
    Asa est vraiment horrible, non content d’être un dealer, il est d’une jalousie maladive, violent (même s’il se contrôle avec Sloan la plupart du temps), infidèle, sans aucun respect pour qui que ce soit. Pour couronner le tout, il impose à plusieurs reprises des relations sexuelles non consenties à Sloan. Et c’est justement ce point qui a failli m’empêcher d’avoir un coup de cœur pour ce livre. Certes, les relations imposées à Sloan font parties du personnage d’Asa, cela participe à nous montrer sa psychologie et a donner du corps au personnage. Mais le problème que j’ai eu avec ses scènes est leur description un peu trop minutieuse. A chaque fois. Je veux bien que la première scène relatée soit décrite de manière assez détaillée, encore que certains détails n’apportent rien à l’histoire, mais je ne vois pas l’intérêt de décrire par le menu chacun de ces rapports, tout comme je ne vois pas l’intérêt de décrire minutieusement les rapports d’Asa avec ses conquêtes. Pour moi, dans ces moments là, on s’est rapproché des romances new adult, toutes conçues sur le même modèle, à savoir flirter avec le porno pour émoustiller les ados pré pubères. Ce n’est pas digne de ce livre qui aborde des sujets difficiles et qui, par ailleurs, le fait avec beaucoup de justesse.
    En plus d’Asa, qui est déjà assez dangereux à lui tout seul, Sloan est aux prises avec la concupiscence des acolytes de ce dernier. Si Asa fait en général assez peur pour que personne n’ose toucher sa copine, on sent que la peur qu’il inspire ne va plus faire le poids longtemps face à la rancœur que ressentent ses hommes en le voyant faire main basse sur leurs propres compagnes.
    Carter est mignon. Il veut sincèrement aider Sloan mais c’est un idéaliste qui veut tout réussir : sa mission, sauver Sloan… Il est assez naïf par certains aspects et ça se retourne à la fois contre lui et contre Sloan.
    Je sais que c’est une chose qui a dérouté beaucoup de lecteurs, mais personnellement, j’ai tout simplement adoré qu’il y ait une sorte de prologue à la fin du livre, ainsi que plusieurs épilogues. Ces aller-retour dans le temps sont vraiment un plus qui rendent la fin de ce roman explosive. A chaque fois qu’on se dit : on peut souffler… Et bien non.
    A tel point que quand c’est vraiment fini, on tourne la page avec une certaine méfiance, se demandant si l’auteur ne nous réserve pas un dernier rebondissement.
    Sérieusement, vraiment un coup de cœur.

     

    Un extrait : Des doigts tièdes entrelacent les miens, enfonçant davantage mes mains dans le matelas. J’ai les paupières trop lourdes pour les rouvrir tellement je manque de sommeil, cette semaine. Ce mois-ci, devrais-je dire.
    Ou plutôt toute cette putain d’année !
    Dans un gémissement, j’essaie de resserrer les jambes mis je n’y arrive pas. Je sens trop de pression partout. Sur ma poitrine, contre ma joue, entre mes cuisses. Il me faut plusieurs secondes pour dégager ma conscience de sa brume de sommeil, mais je suis assez consciente pour savoir ce qu’il est en train de faire. Je murmure d’un ton irrité :
    - Asa. Lâche-moi.
    Il pousse à plusieurs reprises de tout le poids de son corps sur le mien, geignant contre mon oreille, me griffant la joue de sa barbe matinale.
    - J’ai presque fini, chérie, souffle-t-il.
    J’essaie de dégager mes mains mais il les serre trop fort, me rappelant que je ne suis qu’une prisonnière dans mon propre lit, qu’il est le gardien de la chambre.
    Asa m’a toujours fait sentir que mon corps était à sa disposition. Il n’est pas méchant pour autant, il n’utilise jamais la force, mais il a continuellement envie de moi, et ça commence à m’exaspérer.
    Comme en ce moment.
    A six heures du matin.
    Le soleil vient de se lever, un rayon passe sous la porte ; Asa vient à peine de se coucher après la fête d’hier soir. Seulement moi, j’ai cours dans moins de deux heures. J’aurais préféré ne pas être réveillée de cette façon, après tout juste trois heures de sommeil.
    J’enroule les jambes autour de sa taille, en espérant lui donner l’impression que je prends du plaisir aussi. Dès que je me montre un peu intéressée, il termine plus vite.
    Il empaume mon sein droit et je laisse échapper le gémissement qu’il attend, à l’instant où il se met à trembler contre moi.
    - Merde ! grogne-t-il en enfouissant le visage dans mes cheveux.
    Maintenant, il oscille légèrement sur moi. Au bout de quelques secondes, il s’effondre dans un profond soupir, puis m’embrasse sur la joue et roule vers sa place sur le lit. Il se lève, ôte le préservatif, qu’il jette dans la poubelle, puis attrape une bouteille d’eau sur la table de nuit, la porte à sa bouche tout en promenant ses yeux sur mon corps dénudé. Ses lèvres s’étirent en un sourire indolent.
    - Ca me plait de penser que je suis le seul à pénétrer là-dedans.
    Il avale les dernières gorgées, debout, nu, à côté du lit.
    Difficile d’accepter ses compliments quand il surnomme mon corps « là-dedans ».
    Il est séduisant mais est loin d’être parfait. En fait, il n’a que des défauts, il est juste beau mec. Et aussi frimeur, susceptible, parfois difficile à gérer. Sauf qu’il m’aime. Il m’adore. Et je mentirais si je disais que je ne l’aime pas. Il y a tant de choses en lui que je voudrais changer si je le pouvais mais, pour le moment, je n’ai que lui, alors je m’en accommode. Il m’a accueillie quand je n’avais nulle part où aller, personne auprès de qui me tourner. Pour cette seule raison, je le supporte. Je n’ai pas le choix.

     

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  • [Livre] On achève bien les chevaux

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    Résumé : Gloria et moi avions été prévenus par de vieux routiers que la seule façon de tenir le coup jusqu'au bout dans un marathon de danse, c'était d'utiliser au mieux ces pauses de dix minutes grâce à une méthode précise : apprendre à manger son sandwich tout en se rasant et en se faisant soigner les pieds, apprendre à lire les journaux en dansant, apprendre à dormir sur l'épaule de son ou de sa partenaire ; mais tout cela, c'étaient des trucs de métier qui demandaient de l'entraînement. Au début, nous eûmes beaucoup de peine à nous y mettre, Gloria et moi.


    Auteur : Horace McCoy

     

    Edition : Folio

     

    Genre : Drame

     

    Date de parution : 1935 ; 1998 dans cette édition

     

    Prix moyen : 5€

     

    Mon avis : Dans ce livre, tout commence par la fin. Dès la première page, on sait que Robert est devant le juge pour le meurtre de Gloria. Chaque début de chapitre est un fragment de la sentence que le juge prononce à l’égard du jeune homme et, si on sait lire entre les lignes, on sait parfaitement quelle va être cette sentence.
    Mon soucis à ce sujet a été que lorsque j’arrivais au chapitre suivant, je ne me souvenais plus de ce que disait le fragment précédent et que du coup j’ai eu du mal à lire cette phrase comme ça par petit bout. J’ai d’ailleurs fini par la lire en une seule fois, en retournant au début de chaque chapitre pour relire chaque fragment les uns après les autres.
    Entre ces fragments de sentence, on reprend l’histoire de Robert et Gloria, de leur rencontre jusqu’au geste fatal du jeune homme. Leur histoire va tourner tout entière autour d’un marathon de danse. Il faut dire que le prix pour le gagnant est de 1000 dollars, une sacrée somme pour l’époque, de quoi appâter bon nombre de personnes. Même pour ceux qui ne vont pas gagner, la perspective de plusieurs repas par jour suffit à leur faire relever le défi. Et pourtant, les conditions du « jeu » relèvent plus de l’enfer que de la compétition. Les participants ne doivent jamais cesser de bouger, sauf pendant 10 minutes de pauses accordées toutes les deux heures. Autant dire que les repas chaud promis se prennent sur le pouce, que le sommeil n’est très vite plus qu’un vague souvenir et que l’épuisement, pour des personnes déjà à l’origine pas bien vaillantes, va très vite se révéler dangereux. Et comme si cela ne suffisait pas, les organisateurs mettent en place des « derby », des courses de vitesses au terme desquelles le couple arrivé en dernier sera éliminé. Autant vous dire que si les participants sont enthousiastes après quatre ou cinq heures de danse, ils le sont nettement moins après 700 heures. Car oui, les marathons durent des semaines entières, semaines pendant lesquelles les joueurs sont réduits à l’étant de loque, de zombies, qui ne bougent plus que mécaniquement parce que s’arrêter reviendrait à tout perdre.
    L’ouverture d’un bar va attirer la présence de gens peu recommandables et attirer l’œil désapprobateur groupes de moralité : des bourgeoises qui passent leur temps à donner des leçons aux autres et en particulier aux pauvres gens qui ont plus le souci de survivre que de se faire bien voir des rombières.
    J’ai bien aimé Robert. Il est enthousiaste et volontaire. Assez conscient de ses faibles chances de percer dans le cinéma mais voulant quand même se donner les moyens de se faire connaître.
    A l’inverse, j’ai eu énormément de mal avec Gloria. Ce n’est pas seulement qu’elle soit dépressive. Cela je pourrais le comprendre vu la vie qui est celle des pauvres à cette époque. Mais elle est négative, nocive, cherchant à entraîner quiconque lui parle dans le gouffre sans fond de morosité où elle semble se complaire.
    Je ne l’ai appréciée que dans une seule scène : celle où elle dit le fond de sa pensée aux bonnes femmes du groupe de moralité. C’était parfait, un peur instant de bonheur. Et tellement vrai en plus de ça !
    J’ai eu l’impression que Gloria arrivait à ses fins en entrainant Robert dans sa chute. Elle aurait pu mettre fin à ses jours seule dans un coin, mais non, insidieusement, elle le pousse à penser qu’il lui rend service.
    En à peine un peu plus de 200 pages, Horace McCoy démolit l’image du rêve américain (ce qui, était sûrement un choc pour tous en 1935, mais qui, pour nous lecteurs de 2018, ne fait que confirmer ce que l’on savait déjà sur le pseudo rêve américain, même s’il n’y a plus de marathon de danse).
    C’est un livre qui se lit très vite. Les chapitres sont courts et le rythme, à l’instar de la danse, ne ralentit jamais. On pourrait penser qu’il y aurait un goût de trop peu, mais non, l’histoire est parfaitement dosé et on en ressort en ayant l’impression que tout ce qu’il y avait à dire a été dit.

     

    Un extrait : C’est bizarre la façon ont j’ai connu Gloria. Elle aussi essayait de faire du cinéma, mais je ne l’ai su que plus tard. Je suivais l’avenue Melrose un jour en revenant des studios Paramount, quand j’entendis derrière moi quelqu’un brailler :

    « Eh ! Eh ! » Alors je me retournai et c’était elle qui accourait dans ma direction en me faisant de grands signes. Je m’arrêtai et, moi aussi, j’agitai la main. Lorsqu’elle parvint à ma hauteur, elle était hors d’haleine et tout animée, et je me rendis compte que je ne la connaissais pas.
    - Vacherie d’autobus ! fit-elle.
    Je tournai la tête et, en effet, à une cinquantaine de mètres plus loin, l’autobus descendait l’avenue vers les studios Western.
    - Oh ! Pardon ! dis-je. Je croyais que c’était à moi que vous faisiez signe…
    - Pourquoi vous aurais-je fait signe ?
    Je me mis à rire.
    - J’sais pas… Vous allez de mon côté ?
    - Tant qu’à faire, autant aller à pied chez Western, répondit-elle.
    Alors nous commençâmes à descendre l’avenue en direction de Western.
    C’est comme cela que tout a commencé et, à présent, cela me paraît tout à fait étrange. Je n’y comprends rien du tout. J’ai tourné et retourné tout ça dans ma tête et quand même je ne comprends pas.
    C’était pas un meurtre. Je veux rendre service à quelqu’un et, en fin de compte, je me fais tuer dans cette histoire.

     

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  • [Livre] Les sorcières de Salem

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    Résumé : 1692, Salem, Massachusetts. Deux jeunes filles ont perdu conscience suite à une sortie dans les bois. Le révérend Parris, père de Betty, a retrouvé sa fille et sa nièce Abigail dansant nues avec d’autres filles dans la forêt et prie pour sa fille tandis que les villageois en colère crient à la sorcellerie dans son salon ...


    Auteur : Arthur Miller

     

    Edition : Robert Laffon

     

    Genre : Théâtre

     

    Date de parution : 15 avril 2010

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : J’ai beaucoup aimé cette pièce, mais je regrette un peu de l’avoir lu dans l’édition que j’ai. En effet, j’ai lu la pièce traduite et adaptée par Marcel Aymé mais, contrairement au texte intégral, du moins d’après ce que j’ai pu déduire d’autres critiques, il n’y avait pas dans mon livre la richesse qu’offre le texte original. En effet, je n’ai eu ni didascalies à rallonge, donnant presque à la pièce des airs de romans, ni description détaillée des personnages.
    Il suffit de voir le nombre de pages, 238 dans mon éditions et 435 dans l’édition « Le livre de poche » pour se rendre compte de tout ce qui a disparu entre les deux.
    En réalité, je ne sais pas si j’aurais autant apprécié la pièce si je n’avais pas déjà connu l’adaptation cinéma et l’histoire vraie qui l’a inspirée.
    Pendant toute la pièce on en peut être qu’outré devant l’attitude des juges. Que les accusatrices soient des manipulatrices, comme dans la pièce, où qu’elles aient été empoisonnées à l’ergot de seigle, ce qui aurait provoqué des hallucinations collectives, puis interrogées jusqu’à ce que, poussées par la peur, elles donnent des noms, comme l’une des explications possibles avancée par les historiens pour expliquer ce phénomène d’hystérie collective, elles restaient des enfants (Si dans la pièce Abigaïl Williams a 17 ans, dans les faits, elle n’en avait que 11) et c’étaient aux juges de faire preuve d’impartialité. Mais on dirait que les juges ont été pris d’une boulimie d’exécution, signant des arrêts de mort à tour de bras sans même s’encombrer de preuves un tant soit peu solides. Comme si faire le plus de victimes possible allait garantir leur salut. Quand on sait qu’il suffisait de ne pas savoir dire ses 10 commandements pour qu’on commence à vous regarder de travers (Et les commandements c’est comme les nains de Blanche-Neige, il en manque toujours 1).
    D’ailleurs, l’indignation a été énorme déjà à l’époque puisque c’est le clergé de Boston, indigné, qui est intervenu auprès du gouverneur royal du Massachusetts pour mettre un terme aux agissements des juges de Salem et que l’un d’eux, Increase Mather, a déclaré dans un essai : « Il apparaît préférable que dix sorcières suspectées puissent échapper, plutôt qu'une personne innocente soit condamnée ». Comme quoi, ils avaient pas tous la même vision des choses !

    Un extrait : ABIGAÏL : Mon oncle, je n’ai rien voulu dire devant Suzanna, mais vous savez qu’au village le bruit commence à se répandre d’un mal surnaturel, justement. On va même jusqu’à dire que Betty s’est envolée.

    PARRIS : Envolée… Betty envolée… Voilà bien la fable la plus absurde qu’on puisse inventer.

    ABIGAÏL : Ne voulez-vous pas descendre ? Le parloir est plein de gens venus aux informations.

    PARRIS : Et que veux-tu que je leur dise, moi ? Que j’ai trouvé ma fille et ma nièce en train de danser la nuit comme des païennes dans une clairière de la forêt ?

    ABIGAÏL : Pourquoi pas ? Ce serait le meilleur moyen de couper court aux racontars.

    PARRIS : Abigaïl, je ne peux pas me présenter devant mes paroissiens alors que vous me cachez la vérité.

    ABIGAÏL : Mais je vous l’ai dit, elle est des plus simples, mon oncle. Nous dansions dans la clairière et quand vous avez brusquement surgi des buissons, Betty a eu si peur qu’elle s’est évanouie. Et voilà toute l’histoire. Il n’y a rien à dire de plus.

    PARRIS : Enfant, assieds-toi. Si tu sais quelque chose qui puisse aider le médecin, pour l’amour de Dieu, dis-le-moi.

    ABIGAÏL, tremble en s’asseyant : Je n’ai pas voulu faire de mal à Betty. J’ai toujours beaucoup aimé Betty.

    PARRIS : Réfléchis, mon enfant. Tu vois, je ne te gronde pas, je ne te punis pas. Mais si vous êtes allées dans la forêt pour évoquer les esprits, je dois le savoir tout de suite, car mes ennemis, eux, ne tarderont pas à l’apprendre et ce sera ma ruine.

    ABIGAÏL : Mais nous n’avons jamais évoqué les esprits.

    PARRIS : Une bouilloire était suspendue sur le grand feu autour duquel vous dansiez avec les autres jeunes filles. Pourquoi cette bouilloire ?

    ABIGAÏL : Nous avions froid, et Tituba nous a apporté de la soupe.

    PARRIS : Tu m’as dit que vous étiez allées au bois pour vous rafraîchir. Voilà maintenant qu’il vous fallait de la soupe pour vous réchauffer. (Abigaïl baisse les yeux.) Abigaïl, regarde-moi. Comprends-tu que j’ai de nombreux ennemis ?

    ABIGAÏL : Je le sais, mon oncle.

    PARRIS : Il y a dans le village une faction qui a juré de m’arracher à mon ministère, le comprends-tu ?

    ABIGAÏL : Je crois que oui.

    PARRIS : Eh bien, c’est précisément cette faction-là qui se réjouira d’apprendre que ma propre famille se livre dans la forêt à je ne sais quelles pratiques obscènes ! À quelles abominations !

     

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  • [Livre] La couleur des sentiments

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    Si vous désirez acheter ce livre, vous pouvez cliquer ICI ou sur l'image. Vous serez alors redirigés sur bookwitty. Si vous achetez le livre par ce lien, je touche une petite commission. Cela ne change rien au prix! D'ailleurs, j'indique dans la fiche le prix auquel je l'ai acheté, mais si entre-temps une version poche est sortie, je vous mets le lien vers le format le moins cher (après à vous de voir!)

     

    Résumé : Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s'occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L'insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s'enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s'exiler dans un autre Etat, comme Constantine, qu'on n'a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l'ont congédiée.

    Mais Skeeter, la fille des Phelan, n'est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s'acharne à découvrir pourquoi Constantine, qui l'a élevée avec amour pendant vingt-deux ans, est partie sans même laisser un mot.

    Une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires. Personne ne croirait à leur amitié; moins encore la toléreraient. Pourtant, poussées par une sourde envie de changer les choses, malgré la peur, elles vont unir leurs destins, et en grand secret écrire une histoire bouleversante.

     

    Auteur : Kathryn Stockett

     

    Edition : Edition de la loupe

     

    Genre : Drame

     

    Date de parution : 01 Mai 2009

     

    Prix moyen : 21€

     

    Mon avis : Encore une fois, en France, on est plus malin que les autres. Le titre original est : the help, qu’on peut traduire par : les bonnes. Nous on a mis comme titre : La couleur des sentiments. C’est très joli, mais quel rapport avec la choucroute ? Le titre du livre qu’on a dans les mains fait l’écho du titre du livre dont il est question dans le roman, ainsi, on a le sentiment de lire ce livre là… Là le titre français ne nous renvoie à rien.
    Dans ce livre s’oppose plus ou moins 3 clans. Il y a les riches blanches dont la première préoccupation sont les ragots, les vêtements et de renouveler leur abonnement au country club. Celles-ci s’opposent à tout rapprochement entre elles et leurs domestiques noires, assez bonnes pour élever leurs enfants, mais pas assez pour utiliser les mêmes toilettes qu’elles.
    Il y a les blanches qui se moque plus ou moins de ces considérations et qui traitent leur domestique comme des amies. C’est le cas de Miss Celia Foote et de Miss Eugenia « Skeeter » Phelam.
    Et il y a les domestiques. Qu’elles soient soumises, résignée, comme Aibileen, ou pleine de colère comme Minny, elles sont confrontées à la réalité du sud des Etats-Unis des années 60. Un simple regard réprobateur peut leur valoir le renvoie et une seule parole d’une employeuse mécontente peut leur fermer les portes du travail dans toute la ville et même alentours. Il ne faut pas oublier qu’on est à une époque où les mariages interraciaux sont interdits, que Martin Luther King commence à peine à faire parler de lui, qu’il y a des cinéma, des plages, des commerces, réservés aux noirs et d’autres aux blancs… La rébellion peut leur couter très cher.
    C’est en cherchant ce qui a pu arriver à Constantine, la domestique noire qui l’a élevée et qui a disparue pendant qu’elle était à la fac, sans un mot, que Skeeter prend conscience de la façon dont on traite les domestiques noires à Jackson.
    Le livre est un roman, mais l’auteur a connu cette période et a elle-même été élevée par une de ces domestiques noires, plus présente pour les enfants que leurs propres mères.
    Hilly est vraiment un Hitler en jupon. Non seulement elle tyrannise sa propre domestique, mais aussi celles des autres, ordonnant les renvois et les embauches, faisant en sorte que la domestique qui la contrarie ne retrouve plus de travail, que ses parents et ses enfants perdent également leur travail. Quant aux blanches qui s’opposent à elle, elle a vite fait de les mettre au pas en les excluant de la bonne société et en les mettant au ban de la ville. Cette femme a une telle influence ! Mais on se rend bien compte qu’il suffirait que trois ou quatre personnes s’élèvent contre elle pour qu’elle se dégonfle comme une baudruche.
    Quand Skeeter fait part de son projet (qui n’est pas son idée, mais celle du fils décédé d’une des bonnes), il m’a semblé qu’au début, elle ne s’intéresse qu’à se faire un nom dans le monde de l’édition, mais, petit à petit, les témoignages qu’elle recueille lui font prendre conscience des choses.
    Au début, d’ailleurs, les bonnes sont réticentes. Elles ont peur de parler, peur des conséquences si elles se font prendre. Mais certains événements vont faire que les langues vont se délier. Et les histoires racontées ne sont pas toutes horribles, certaines ont profondément aimé leurs employeurs, qui le leur rendent bien.
    Le livre alterne entre les voix d’Aibileen, de Minny et de Skeeter et chaque style est parfaitement reconnaissable.
    L’adaptation ciné est très bien, mais bien évidemment, elle a dû couper de très large parties du roman, sinon le film aurait duré 6 ou 7 heures. Du coup, on dirait presque que c’est un résumé.
    Pour une fois, je suis contente d’avoir vu le film avant de lire le livre, comme ça je n’ai pas passé deux heures à me dire : Ah ça c’est pas dans le livre, Ah, ça c’est un sacré raccourci…
    J’ai dévoré ce livre de plus de 600 pages sans même m’en rendre compte tant j’étais plongée dans l’histoire.
    Personnellement j’aime beaucoup, mais certains pourraient être dérangés par le rythme assez lent du livre. J’ai, pour ma part, trouvé que ça nous plongeait un peu plus profondément dans le sud.

     

    Un extrait : Mae Mobley, elle est née de bonne heure un dimanche matin d’août 1960. Un bébé d’église, comme on dit. Moi je m’occupe des bébés des Blancs, voilà ce que je fais, et en plus, de tout le boulot de la cuisine et du ménage. J’en ai élevé dix-sept de ces petits, dans ma vie. Je sais comment les endormir, les calmer quand ils pleurent et les mettre sur le pot le matin, avant que les mamans aient seulement le temps de sortir du lit.

    Mais un bébé qui hurle comme Mae Mobley Leefolt, ça j’en avais jamais vu. Le premier jour que je pousse la porte je la trouve toute chaude et toute rouge à éclater et qui braille et qui se bagarre avec son biberon comme si c’était un navet pourri. Miss Leefolt, elle a l’air terrifiée par son propre enfant. « Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Pourquoi je ne peux pas arrêter ça ? »

    Ça ? Tout de suite, je me suis dit : il y a quelque chose qui cloche ici.

    Alors j’ai pris ce bébé tout rouge et hurlant dans mes bras. Je l’ai un peu chahuté sur ma hanche pour faire sortir les gaz et il a pas fallu deux minutes pour que Baby Girl arrête de pleurer et me regarde avec son sourire comme elle sait faire. Mais Miss Leefolt, elle a plus pris son bébé de toute la journée. Des femmes qui attrapent le baby blues après l’accouchement, j’en avais déjà vu des tas. Je me suis dit que ça devait être ça.

    Mais il y a une chose avec Miss Leefolt : c’est pas juste qu’elle fronce tout le temps les sourcils, en plus elle est toute maigre. Elle a des jambes tellement fines qu’on les dirait poussées de la semaine dernière. À l’âge de vingt-trois ans, la voilà efflanquée comme un gamin de quatorze. Même ses cheveux bruns sont tellement fins qu’on voit au travers. Elle essaie de les faire bouffer, mais ça les fait seulement paraître plus fins. Et sa figure, elle ressemble à celle du diable rouge sur la bonbonnière, avec le menton pointu et tout. Pour tout dire, elle a le corps tellement plein de pointes et de bosses qu’il faut pas s’étonner si elle arrive jamais à calmer ce bébé. Les bébés, ils aiment les grosses. Ils aiment fourrer la tête sous votre bras pour s’endormir. Ils aiment les grosses jambes, aussi. Ça, je peux vous le dire.

    Mae Mobley, à un an, elle me suivait déjà partout où j’allais. Quand arrivait cinq heures elle se cramponnait à mes Scholl, elle se traînait par terre et elle bramait comme si j’allais jamais revenir. Après, Miss Leefolt me regardait de travers, à croire qu’il aurait pas fallu décrocher ce bébé qui criait à mes pieds. Je pense que c’est le risque qu’on prend, quand on laisse quelqu’un d’autre élever ses enfants.

     

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  • [Livre] Pour l'amour d'un terroriste

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    Résumé : Depuis quelques années maintenant, la montée croissante des attentats frappe le monde entier entrainant à chaque fois des dizaines de victimes. Des divergences d’opinions, des rivalités entre peuples ont toujours existés et persisteront encore. Cependant la violence des actes est de plus en plus importante, les moyens utilisés le sont également. La population doit vivre avec et se montrer plus forte que la haine. Un voisin, un ami, un conjoint, chacun peut basculer dans la violence très rapidement en se laissant guider par les nouvelles technologies qui véhiculent un tissu d’agressivité et de barbarie. Dans ce livre, un jeune homme au passé de délinquant, Benjamin, tombe sous l’emprise d’un individu puissant et radicalisé qu'il rencontre en prison, Abou. Lorsque le jeune homme prend conscience de la dangerosité de cette alliance, il est trop tard. Abou a des projets mortels pour le pays et Benjamin en sait trop. Dans cette spirale, il entraine celle qui deviendra sa compagne Sara, des proches, et des centaines de victimes. Sara est une surveillante pénitentiaire qui va tenter de lutter contre son attirance pour le détenu mais qui succombera à cette passion. Elle ira jusque braver les interdits de sa profession pour entretenir l'étincelle qui brille dans ses yeux. Cependant au début de leur idylle, Benjamin a un objectif bien différent. Une intrigue sentimentale mêlée au suspense d’un polar macabre caractérisent ce roman. De l’émotion, de la tristesse, de la douleur, de la colère, de la froideur, tout autant de sentiments qui viennent envahir le lecteur au fil de l’histoire. De multiples attentats, des blessés en nombre, une femme aveuglée par un amour qui va la dévaster, ...

     

    Auteur : Fanny Matthew

     

    Edition : Autoédition

     

    Genre : Drame

     

    Date de parution : 5 octobre 2017

     

    Prix moyen : 2€

     

    Mon avis : Ce livre a un gros point positif : son histoire. Le machiavélisme derrière la rencontre, à première vue fortuite, de Sara et de Ben, l’organisation de la cellule terroriste… tout cela est vraiment intéressant et donne une profondeur à l’histoire.
    Malheureusement, cette histoire n’est pas mise en valeur.
    Tout d’abord, la première chose qui m’a frappée, c’est le titre. « Pour l’amour d’un terroriste », ça fait vraiment romance Harlequin. J’ai failli refuser le livre à cause de ce titre. Il ne rend pas justice à l’histoire.
    Aux premières lignes de ma lecture, j’ai été très dérangée par le style. Je l’ai trouvé assez abrupt, factuel. J’avais l’impression de lire une chronique judiciaire plutôt qu’un roman, surtout au tout début lors de la présentation des personnages. J’aurais préféré les découvrir petit à petit, plutôt que cette biographie assénée d’entrée de jeu.
    De plus, définitivement, je trouve que le présent n’est pas du tout adapté au récit. A la rigueur dans les biographies, dans les documentaires romancés d’une période de l’histoire, mais pour un roman, je n’adhère pas. Mais ça, c’est vraiment une opinion très personnelle et ce qui me dérange dans l’utilisation du présent ne fera peut-être pas sourciller un autre lecteur.
    Ce style assez…rigide, dirai-je, à défaut d’un meilleur terme, m’a empêché d’entrer pleinement dans l’histoire et de m’attacher aux personnages.

    J’ai aussi trouvé que l’auteur a une tendance très nette à répéter le prénom de ses personnages. Plusieurs phrases d’affilées, et des phrases très courtes, qui plus est, commencent par Sara. Sara dit que, Sara pense, Sara…Sara… Parfois, une seule phrase pourrait en remplacer trois, avec quelques virgules, quelques pronoms, et une tournure différente.

    Au niveau de l’écriture elle-même, j’ai remarqué quelques coquilles (orthographe et conjugaison essentiellement), mais j’ai franchement vu pire.
    En revanche, souvent, trop souvent pour moi, j’ai dû arrêter ma lecture pour comprendre ce que l’auteur avait voulu dire. J’ai trouvé qu’il y avait un gros problème de vocabulaire, un mot étant souvent employé à la place d’un autre, ce qui change complètement le sens de la phrase et parfois fait qu’elle ne veut plus rien dire.
    Un exemple parmi tant d’autres ? A un moment, on parle d’un attentat. Dans l’énumération des actes qui doivent avoir lieu, je lis : « trois hommes se feront exploser à l’aide de ceintures dans des endroits stratégiques de ce monument après avoir essuyé un déluge de rafales sur ceux qu’ils qualifient de « mécréants ». »
    C’est précis et c’est réaliste. Le seul problème, c’est qu’essuyer une rafale de balles, cela veut dire la recevoir. Quand on est celui qui tire, on arrose, plutôt qu’on essuie. Donc : Après avoir arrosé d’un déluge de balles ceux qu’ils…
    Un autre ? « Ben sait qu’il va devoir engranger la vitesse supérieure. » Depuis quand on engrange une vitesse ? Des informations, des vivres, du grains, mais non, pas une vitesse. On peut passer à la vitesse supérieure, à la rigueur l’embrayer ou l’engager…
    Ce ne serait pas grave si c’était les seuls exemples, mais je suis tombée sur bon nombre de ce genre d’erreurs ou de méconnaissance du vocabulaire et ça a rendu ma lecture vraiment pénible.
    En résumé, je dirais que les idées sont là, le déroulé de l’histoire aussi. Il y a un énorme potentiel sur ce roman. Mais il nécessite un énorme travail de relecture, de réécriture et de correction.
    En l’état, je ne le recommande pas. Remanié, j’en parlerais certainement autour de moi.

     

    Un extrait : Benjamin, 32 ans, originaire de la métropole lilloise est un jeune délinquant au passé chargé de petits larcins. À l’adolescence, celui qui se fait appeler Ben quitte sa région natale pour s’installer avec ses parents en banlieue parisienne. Son dernier braquage lui vaut une condamnation à six mois de prison ferme qu’il passera à l’établissement pénitentiaire de Fresnes. Il purge sa peine, y fait la rencontre d’un autre détenu Abou, surnommé le guerrier, qui le prend sous son aile avant de l’amener à se convertir à l’islam. Les semaines passent et ce grand brun aux yeux noisette se réfugie dans la religion, celle qu’on lui a expliquée en prison. Les six mois s’écoulent, à sa sortie Ben a radicalement changé, il ne voit plus ses proches, sa famille l’évite de plus en plus. Il trouve refuge auprès du guerrier rencontré lors de son passage en prison. Ben a de l’admiration pour celui qui devient son mentor, il lui est totalement dévoué. Il finit par se radicaliser et tombe dans un islam extrémiste. Des projets sont en pourparlers autour de lui. Ben est alors chargé de recruter des jeunes sur le web, il passe des heures sur internet, diffuse des dizaines de vidéos faisant référence à l’État islamique et encourage ses lecteurs à se rebeller. Très vite, il fait parler de lui auprès des services de sécurité nationale et se voit de nouveau condamné. Le 03 janvier 2016 au tribunal de Paris, une condamnation pour incitation au terrorisme est prononcée à son encontre assortie d’une peine de prison ferme d’une année.

            C’est désormais un retour en prison pour Ben. Ce retour en détention qui bouleversera son existence et sera marqué par une rencontre, celle de Sara.

            Sara, jolie brune au regard pétillant, un petit bout de femme, sensible et attachante. Elle vient de fêter ses 25 ans. Sara est surveillante pénitentiaire à la prison de Fleury Mérogis. Rien ne la prédestinait à exercer ce métier, son bac ES en poche, elle décide de poursuivre son parcours à l’université de Tolbiac en filière Administration économique et sociale. Elle s’ennuie dans ce parcours, n’est pas très assidue et comprend que la vie active l’attend. Elle consulte les différents portails de concours de la fonction publique puis décide de passer celui de gardien de la paix – surveillant pénitentiaire. En juillet 2015, elle apprend avec joie être lauréate du concours, puis se dirige vers l’École nationale de l’administration pénitentiaire à Agen, où elle suivra une formation de huit mois. Sa formation en poche, elle rejoint les couloirs de Fleury. Ses journées sont rythmées par le même rituel, en premier lieu, l’appel. S’ensuit alors le balai quotidien des promenades, des activités, les rendez-vous à l’infirmerie, les parloirs, les repas, la distribution du courrier, les ateliers dans lesquels les détenus travaillent. Sara connaît l’ensemble des détenus qui se partagent l’aile ouest. Elle a toujours préféré ne pas connaitre la raison de détention de chacun d’entre eux et considère ainsi chacun des prisonniers de la même manière. Sara exerce son métier selon un rythme de 3 jours en prison suivi de 2 journées de repos

     

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  • [Livre] A tout jamais

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    Résumé : Landon Carter, maintenant un homme d'âge mûr, ne peut s'empêcher chaque mois d'avril, de repenser à sa dernière année de lycée. Il avait alors 17 ans, lorsque sa vie a été bouleversée à jamais...

    Enfant d'une famille riche dans un petit village, il n'était pas spécial et ne cherchait pas à l'être. Fuyant un père trop absent, il aimait sortir avec ses amis et s'amusait. Parfois, se moquer avec eux de la fille du pasteur : Jamie Sullivan, toujours prête à aider tout le monde, gentille et attentionnée envers tous. Président du conseil des élèves et sans cavalière pour le bal, Landon décide donc d'y aller avec elle. Il a alors l'occasion de mieux la connaître... Peu à peu, il tombe sous le charme de la jeune fille.

     

    Auteur : Nicholas Sparks

     

    Edition : Pocket

     

    Genre : Drame

     

    Date de parution : 21 novembre 2002

     

    Prix moyen : 6€

     

    Mon avis : Même si j’ai beaucoup aimé ce livre, ce n’est jamais qu’une énième reprise de Love Story, avec des protagonistes plus jeunes (peut-être pour faire plus dramatique ?)
    J’avais vu le film avant de lire le livre et j’ai trouvé que pour une fois, le film nous offrait une fin moins abrupte, plus développée et du coup plus satisfaisante. Il y a d’autres différences comme le physique de Jamie ou encore sa liste de choses à faire qui n’existe pas dans le livre mais qui a dû être rajoutée dans le film pour faire entrer un peu d’action dans l’histoire.
    Il faut dire que le livre est sans surprise, on sait assez vite de quoi il retourne et il n’y a aucun rebondissement.
    Le livre étant très court, tout se passe très vite. Un peu trop vite d’ailleurs : quand on voit le temps qu’il faut pour rentrer au cœur du problème, il reste très peu de temps pour le déroulement de l’histoire et on a l’impression que soudain les protagonistes ont sauté dans un train en marche pour aller plus vite.
    Le père de Landon est un politicien qui vit dans la capitale, et donc est souvent absent, mais, même si ce n’est pas le grand amour entre eux, Landon et lui se voit régulièrement, contrairement au film où le père est un médecin qui entretient de mauvais rapports avec son fils.
    Landon d’ailleurs n’est pas un mauvais garçon. Le pire qu’il fait est d’aller manger des cacahouètes dans le cimetière. Un vrai loubard !
    C’est un livre qui se lit rapidement et qui serre le cœur, mais quand on a vu Love Story ou lu le livre, on a juste l’impression d’un énorme plagiat et on se demande comment il se fait que personne ne semble s’en rendre compte.

     

    Un extrait : L’année de mes dix-sept ans, ma vie a changé à tout jamais.

    Je sais que certaines personnes sont intriguées en m’entendant dire cela.

    Elles me regardent d’un air étrange comme si elles essayaient de deviner ce qui a pu m’arriver. Ayant passé presque toute mon existence ici, je n’éprouve pas le besoin de m’expliquer. Ou alors il faudrait me laisser plus de temps qu’on ne m’en accorde en général : mon histoire ne se résume pas en deux ou trois phrases, on ne peut la réduire à un récit court et précis. Et même si quarante années se sont écoulées depuis, les gens d’ici qui me connaissaient alors se passent très bien de mes explications. En fait, mon histoire est aussi un peu la leur, car nous avons tous été touchés par elle.

    Mais moi, je l’ai été plus qu’aucun autre.

    J’ai cinquante-sept ans, pourtant je me souviens encore de cette année-là dans ses moindres détails. Elle revit souvent en moi, et, chaque fois que je la ressuscite, un curieux mélange de peine et de joie m’envahit. Parfois j’aimerais pouvoir remonter le temps et effacer tout ce qui fut triste, seulement la gaieté ne disparaîtrait-elle pas aussi ? Je laisse donc mes souvenirs m’entraîner comme ils l’entendent.

    Nous sommes le 12 avril et en sortant de chez moi je remarque malgré le ciel maussade que les cornouillers et les azalées sont en fleur. Il fait frais et je remonte légèrement le col de ma veste, mais je sais que d’ici quelques semaines la grisaille cédera la place à ces journées qui font de la Caroline du Nord une des plus belles régions du monde.

    Mes souvenirs resurgissent, mon cœur se serre. Je ferme les yeux et les années défilent, comme les aiguilles d’une horloge qui tourneraient à l’envers. Et comme par les yeux d’un autre je me regarde rajeunir. Mes cheveux redeviennent bruns, les rides autour de mes yeux s’estompent, mes bras et mes jambes retrouvent leur tonicité. Ce que j’ai appris de la vie s’estompe et c’est l’innocence qui s’impose au fur et à mesure que cette année mémorable se rapproche.

    Puis le décor autour de moi se met à changer lui aussi : les banlieues envahissantes sont reconquises par les fermes, les rues du centre-ville s’animent. Les hommes portent des chapeaux, les femmes sont en robe. Et au bout de la rue, la cloche sonne dans le beffroi du tribunal.

    Je rouvre les yeux face au fronton de l’église baptiste, et tout en le contemplant, je me revois exactement.

    Je m’appelle Landon Carter, et j’ai dix-sept ans.

     

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  • [Livre] A la vie, à la mort

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    Résumé : Atteinte d’une tumeur au cerveau, Megan doit rentrer à l’hôpital pour suivre une chimiothérapie. À son grand dépit, elle est transférée dans une unité de soins pour enfants… où le seul qui semble avoir plus de cinq ans est Jackson Dawes. Et tout le monde adore l’irrésistible Jackson, des enfants aux parents, sans compter les infirmières. Très vite, Megan se laisse apprivoiser aussi. Il lui rase la tête parce que de toute façon elle va perdre ses cheveux. Ils partent pour des balades nocturnes dans d’autres bâtiments puisque de toute façon qu’est-ce qu’une réprimande, ils vont peut-être mourir. Au mépris du règlement et de la maladie, Megan et Jackson se réinventent une vie de hors-la-loi, hors-la-maladie, même si chacun sait que le temps est compté…

     

    Auteur : Celia Bryce

     

    Edition : Albin Michel

     

    Genre : Drame

     

    Date de parution : 06 janvier 2015 

     

    Prix moyen : 13,50€

     

    Mon avis : J’ai eu du mal à m’attacher aux personnages. Jackson, je n’y suis arrivée qu’au travers des sentiments qu’éprouve Megan, mais sur le moment, il m’a surtout énervée : sa manière de s’imposer à Megan, son sans gêne… A un moment j’ai même souhaité que les infirmières mettent leurs menaces de l’attacher au lit à exécution !
    Pour Megan ça a été difficile aussi. Si elle avait eu 17 ans, j’aurais compris qu’elle supporte mal d’être en pédiatrie… mais à 13 ans, il ne faut pas exagérer, d’autant qu’elle est tout sauf mature ! Son premier grief contre Jackson n’est pas tant qu’il soit sans gêne, agité et pénible, mais qu’il accepte d’amuser les plus petit alors que Megan semble penser qu’il faut, au mieux les ignorer.
    Les « copines » de Megan, les jumelles, ne sont pas mieux : elles ne pensent qu’aux garçons et semblent croire que le cancer s’enlève comme on enlève l’appendicite.
    Gemma est plus mature. Elle a plus conscience des choses, même si ça lui fait peur.
    J’ai trouvé dommage que la relation entre Megan et Jackson ne soit pas plus approfondie car au final je trouve qu’on les voit peu ensemble. Pareil pour la sardine, son personnage aurait pu être plus développé.
    J’ai bien aimé dans ce livre le fait que l’auteur montre l’après. Megan, une fois rentrée chez elle, va mieux, physiquement. Et c’est là que j’ai apprécié que l’auteur montre l’incompréhension de la plupart de ses proches, jusqu’à sa mère, pour qui puisqu’elle va mieux, il n’y a plus de problème, alors que psychologiquement Megan ne va pas tellement mieux. La maladie ne laisse pas que des séquelles physiques.
    C’est cette seconde partie que j’ai préférée, car on continue le roman en huis clos avec Megan et tout ce qui touche les autres personnages nous est raconté à travers les émotions de Megan (concrètement c’est à que j’ai commencé à pleurer).
    Malgré le bandeau, cette histoire n’a de commun avec « nos étoiles contraires » que le cancer touchant des adolescents. Le contenu est totalement différent.
    Si j‘ai eu plus de mal à entrer dans cette histoire, au final, je l’ai beaucoup aimé et elle m’a fait ressentir énormément d’émotions.

    Un extrait : – Maintenant tu sais ce que je pense des hôpitaux, alors tu peux m’appeler à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.

    La voix de Papy semblait venir de très loin, à croire qu’il était encore plus vieux qu’en réalité, à croire qu’il se trouvait sur une autre planète et non au téléphone.

    C’était le premier jour de Megan à l’hôpital.

    – Oui, je sais, dit-elle d’un ton qui se voulait courageux.

    Si seulement elle avait pu guérir sans passer par cet endroit.

    Elle suivit sa mère qui franchissait la porte à double battant, et se pétrifia.

    Service pédiatrique ?

    Il devait y avoir erreur.

    Sauf que non.

    Il y avait des mioches et des trucs de mioches partout. Des jouets qu’on malmenait. Un machin qui cliquetait. Un autre qui carillonnait. Vrombissement. Couinement. Quelque part vers la droite, un bébé pleurait.

    Devant, un bambin au volant d’une voiture en plastique obliquait sur la gauche, accompagnant son virage d’un coup de klaxon tonitruant. Un adulte suivait le mouvement, en grande conversation avec une infirmière.

    Papy continuait de parler au téléphone. Il lui conseillait de ne pas s’inquiéter. Megan fut incapable de répondre.

    Où étaient les autres patients ? Les gens comme elle ? Les gens de son âge ?

    Elle n’était pas un bébé, ni une gosse. Elle avait presque quatorze ans !

    Pourquoi l’avait-on mise ici ? Comment avait-on pu faire ça ?

  • [Livre] Nous les menteurs

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    Résumé : Une famille belle et distinguée. L'été. Une île privée. Le grand amour. Une ado brisée. Quatre adolescents à l'amitié indéfectible, les Menteurs.

    Un accident. Un secret. La vérité.

    Un drame familial époustouflant où culmine le suspense. Une lecture qui, à peine terminée, donne envie de retourner à la première page pour recommencer...

     

    Auteur : E. Lockhart

     

    Edition : Gallimard jeunesse

     

    Genre : Drame

     

    Date de parution : 04 mai 2015

     

    Prix moyen : 14,50€

     

    Mon avis : Vous connaissez l’adage : L’argent ne fait pas le bonheur ? Et bien c’est exactement ça dans la famille Sinclair. Famille parfaite en apparence, on se rend vite compte que les trois filles n’ont jamais rien réussi dans leur vie et donc paniquent un peu de se trouver livrées à elles-mêmes quand le patriarche aura disparu. Le patriarche, parlons en, d’ailleurs, un vieil égoïste cruel et manipulateur, qui se plait à monter ses filles les unes contre les autres et à brandir la sanction financière à quiconque ose lui tenir tête, comme sa fille aînée, Carrie, qui a osé, non contente d’être divorcée, vivre avec un indien. Le vieux n’est pas raciste, hein, mais bon, pas de bronzé dans la famille, non mais !
    Ses filles, soucieuses d’assurer leur avenir financier, malgré une belle somme déjà placée à leur nom à la banque n’ont d’autre but que de s’accaparer le maximum de la fortune familiale, au détriment de leurs sœurs, et pour cela se servent sans scrupules de leurs enfants, n’hésitant pas à les punir ou à les menacer pour qu’ils aillent plaider la cause de leur maman devant grand-père. Il ne faut pas oublier non plus que, stressées comme elles le sont, les chères mamans ont tendances à forcer sur la bouteille. Mais attention ! On n’est pas un vulgaire alcoolique chez les riches, non, on est adepte de l’apéritif, nuance.
    Bonjour l’ambiance !
    L’été des 15 ans des aînés des petits enfants, Cadence (oui déjà, côté prénom, elle est pas aidée) a un accident. Lequel ? Mystère.
    Car elle ne se souvient pour ainsi dire de rien de cet été là, ni de l’accident dont elle ne conserve que d’horribles migraines qui envahissent son quotidien. Deux ans plus tard, elle est autorisée à revenir sur l’île privée de la famille et bien décidée, malgré la résistance qu’elle rencontre, à comprendre ce qu’il s’est passé.
    Le texte oscille entre le présent et l’été 15 comme Cadence appelle l’été de ses 15 ans qui se dévoile au fur et à mesure qu’elle retrouve des bribes de souvenirs.
    Très vite, j’ai eu une hypothèse, mais la suite de l’histoire semblait me donner tort. En réalité, j’étais sur la bonne voie, je n’allais juste pas assez loin.
    Et donc on est là, à suivre ce qui semble être de banales vacances d’ados avec l’une des leurs malade qu’il faut ménager, à se demander où veut en venir l’auteur… Et en même temps, on sent que quelque chose cloche, qu’il nous manque un détail…
    C’est une phrase qui m’a tout fait comprendre. J’avais déjà une idée générale de ce qui s’était passé, mais j’étais partie sur un autre type d’accident, qui aboutissait au même résultat. Mais cette phrase… Après l’avoir lue, j’étais sûre de moi, j’étais sûre de ce qui s’était passé… et j’en ai eu la confirmation une trentaine de pages plus loin.
    Concernant les personnages, pour avoir parfois d’affreuses migraines, j’ai compati avec la douleur que ressent Cadence. Je n’imagine pas avoir ces mêmes migraines aussi souvent qu’elle et je comprends qu’elle se décourage parfois.
    Gat m’a un peu énervé, surtout quand il dit plus ou moins à Cadence qu’elle n’a pas à se plaindre parce qu’elle a de l’argent : la maladie et la douleur ne demande pas à voir le compte en banque avant de frapper. J’ai vraiment trouvé ridicule de lui dire qu’elle devait souffrir en silence comme si le fait d’appartenir à une famille fortunée lui ôtait tout droit à la compassion pour la douleur qui lui vrille le crâne un jour sur deux.
    J’ai eu un peu de mal à m’habituer au style de l’auteur au début. Le livre commence en effet sur des phrases un peu simplistes, très courtes, pas vraiment le style que j’affectionne. Mais une fois pris dans l’histoire, le style s’efface, d’autant plus que l’auteur va faire des phrases plus élaborées.
    En tout cas, si je n’ai pas atteint le coup de cœur, j’ai beaucoup aimé ce livre. J’ai versé une petite larme à la fin et surtout j’ai eu comme un poids sur la poitrine pendant quelques heures.

    Un extrait : Mon histoire commence avant l’accident. L’été de mes quinze ans, au mois de juin, mon père nous a quittées pour une femme qu’il aimait plus que nous.

    Papa était un professeur d’histoire militaire à la carrière relativement médiocre. Je l’adorais. Il portait des vestes en tweed. Il était maigre. Il buvait du thé avec du lait. Il était fan de jeux de société (et il me laissait gagner), fan de bateau (et il m’apprenait à faire du kayak), de vélo, de livres et de musées.

    Il n’était pas trop fan des chiens, en revanche, et il devait vraiment beaucoup aimer ma mère pour autoriser nos golden retrievers à dormir sur les canapés ou pour les emmener marcher près de cinq kilomètres tous les matins. Il n’était pas trop fan de mes grands-parents non plus, et il devait vraiment beaucoup nous aimer, maman et moi, pour accepter de passer tous ses étés à la maison Windemere, sur Beechwood Island, à rédiger ses articles sur des guerres terminées depuis belle lurette et à sourire à table pour faire plaisir à tout le monde.

    Au mois de juin de l’été quinze, papa nous a donc annoncé qu’il nous quittait. Deux jours plus tard, il est parti. Il a expliqué à ma mère qu’il n’était pas un Sinclair et qu’il n’arrivait plus à faire semblant. Il n’arrivait plus à sourire, à mentir, à faire partie de cette splendide famille dans ces majestueuses villas.

    Il n’en pouvait plus. Il ne voulait plus de tout ça.

    Il avait déjà loué les camions de déménagement. Et déjà loué une autre maison, aussi. Il a posé sa dernière valise sur la banquette arrière de sa Mercedes (maman devrait se contenter de garder la Saab) et il a mis le contact.

    Puis il a sorti un revolver et m’a visée en pleine poitrine. Debout sur la pelouse, je me suis écroulée. Le trou formé par la balle s’est élargi et mon cœur a roulé hors de ma cage thoracique pour atterrir dans un parterre de fleurs. Le sang pulsait hors de ma plaie béante,

    hors de mes yeux,

    de mes oreilles,

    de ma bouche.

    Un goût de sel et d’échec. La honte vive et écarlate du rejet imprégnait la pelouse, les dalles de l’allée, les marches du porche. Mon cœur convulsait au milieu des pivoines comme une truite hors de l’eau.

    D’un ton sec, maman m’a ordonné de me ressaisir.

    Sois normale, a-t-elle déclaré. Immédiatement.

    Parce que tu l’es. Parce que tu peux l’être.

    Pas de scandale, m’a-t-elle ordonné. Respire un bon coup et redresse-toi.

    J’ai obéi.

    Elle était tout ce qui me restait, désormais.

    Maman et moi avons relevé bien haut nos mentons carrés tandis que la voiture de papa descendait la colline. Puis nous sommes rentrées dans la maison et nous avons détruit tous les cadeaux qu’il nous avait faits : bijoux, vêtements, livres, tout. Les jours suivants, nous nous sommes débarrassées du canapé et des fauteuils qu’ils avaient achetés ensemble. Nous avons jeté le service en porcelaine de leur mariage, l’argenterie et les photos.

    Nous avons changé tout le mobilier. Engagé un décorateur d’intérieur. Commandé des couverts en argent chez Tiffany. Passé une journée à faire les galeries d’art et acheté de nouveaux tableaux pour combler les places vides sur les murs.

    Nous avons demandé à l’avocat de grand-père de protéger l’intégrité des biens de maman.

    Nous avons fait nos bagages et nous sommes parties pour Beechwood Island.

  • [Livre] Des bleus au cœur

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    Résumé : Rebecca et Hephzibah sont soeurs jumelles.
    Elles viennent d'entrer au lycée, c'est la première fois qu'elles ont le droit de sortir.
    Ce qu'elles partagent : un secret terrible, des parents violents et l'envie de s'enfuir.
    Une seule d'elles réussira, mais jusqu'au bout elles resteront unies: le reflet l'une de l'autre dans le miroir, l'une dans la lumière, l'autre dans l'ombre.

    Auteur : Louisa Reid

     

    Edition : Plon

     

    Genre : Drame

     

    Date de parution : 10 Mai 2012

     

    Prix moyen : 18€

     

    Mon avis : Le livre s’ouvre avec l’enterrement d’Hephzibah, l’une des deux jumelles.
    L’histoire alterne ensuite entre Rebecca, timide, effrayée, effacée, amoureuse de la lecture, qui raconte sa vie après la mort de sa sœur et Hephzibah, plus délurée, qui raconte comment c’était, avant.
    La situation n’a guère changée entre les deux, mais chacune a un point de vue légèrement différent sur la situation.
    Haphzibah est plus rebelle, plus déterminée à changer sa vie. Elle se montre aussi très égoïste, utilisant sa sœur sans aucun scrupule que ce soit pour la couvrir lors des instants de libertés qu’elle se procure ou pour la protéger quand les choses risquent de tourner mal.
    Elle ne lui donne rien en échange, se moquant d’elle ou l’ignorant, allant jusqu’à faire semblant de ne pas la connaître au lycée, puisqu’elles ne se ressemblent pas.
    Quand l’orage gronde, elle s’enfuit, laissant sa sœur l’affronter seule.
    Rebecca désapprouve beaucoup sa sœur, mais je crois que c’est par peur de se retrouver seule. Pourtant, elle n’hésite jamais à faire en sorte que la colère de leur père se porte sur elle pour protéger sa sœur qui, franchement ne le mérite pas.
    Elle est plus effacée, atteinte d’un syndrome qui rend son visage différent ce qui la complexe. Et comme elle est confrontée aux moqueries ou aux gens qui la dévisagent et que son père lui a seriné depuis sa naissance que c’était là l’œuvre du diable, elle ne peut pas accepter sa différence.

    Les parents sont de vrais monstres, il n’y a pas d’autres mots. Le père est un fanatique religieux ayant sa propre vision des écritures et j’ai eu l’impression qu’il n’était guère apprécié par sa hiérarchie. C’est lui le plus violent. Hephzibah parle de lui en disant papa ou Saint Roderick, Rebecca l’appelle Le Père.
    La mère est plus effacée mais n’est pas en reste, sa haine envers ses filles suinte de tous ses pores. Parfois je me suis même demandée si elle n’était pas plus coupable encore que son époux.

    Mais les plus coupables, à mon sens, ce sont les gens : l’oncle et la tante qui ont désertés, les paroissiens, les voisins, tous ceux qui n’ont pas pu ne pas se rendre compte que quelques chose clochait, que ce n’était pas normal que deux jeunes filles ne sortent jamais de chez elles sauf pour nettoyer l’église et assister aux offices. Tous ceux qui n’ont pas trouvé anormal qu’elles ne soient scolarisées qu’au moment d’entrer au lycée. Tous ceux, enfin, qui se sont contenté de se dire qu’un vicaire ne pouvait qu’être un bon parent.
    Personne ne leur tend la main, tout le monde croit les mensonges du père, aussi énormes soient-ils.

    Dès les premières pages, donc, on sait qu’Hephzi est morte et on sait aussi que les sœurs sont victimes de maltraitance. Mais ce n’est qu’au fil des pages que l’ampleur de cette maltraitance se dévoile et ce n’est qu’à la presque fin que l’on connaît les circonstances de la mort de l’adolescente.

    C’est un livre très dur dans lequel on est révolté la majorité du temps. C’est aussi un livre qui se lit vite, car une fois qu’on est plongé dans l’histoire, on veut en savoir plus. On veut savoir si Rebecca va réussir à se sortir de cette spirale de violence, si le vicaire va enfin payer pour ses crimes, et comment est réellement morte Hephzibah.

    Un extrait : Aujourd’hui, ils m’ont obligée à aller à l’enterrement de ma sœur. J’ai fini par céder, je n’avais pas tellement le choix. La robe noire qu’Hephzibah avait portée l’année dernière, aux funérailles de Mamie, retombait lourdement sur mes os. Je l’ai portée comme on porte une armure. Elle a toujours été la plus grande. La première-née, la plus forte, la plus jolie, la plus aimée des jumelles. J’avais marché dans son ombre pendant seize ans et j’avais appris à aimer cette douce obscurité ; c’était une cachette sûre. Je frissonnais, maintenant, dans l’air saisissant du mois de janvier. Nous étions le premier jour de la nouvelle année et cela faisait une semaine que ma sœur était morte.

    Mamie était si gentille, nous guettions nos séjours chez elle, comme d’autres enfants guettent Noël. Enfin une occasion de manger du chocolat et de regarder la télévision. De lire des livres jusque tard, bien plus tard que l’heure d’éteindre la lumière. Chez Mamie, on avait le droit d’éclater de rire et de se déguiser, elle nous laissait même essayer son maquillage. Hephzi adorait se maquiller, plus ça scintillait et plus elle aimait. C’est Mamie qui s’est arrangée pour qu’Hephzi ait un soutien-gorge quand elle a commencé à avoir de la poitrine, à douze ans. Parfois, elle nous emmenait au cinéma et on regardait des films inconvenants : les princesses Disney, les dessins animés, Harry Potter. Elle était la maman de La Mère et elle nous aimait. Elle m’embrassait, elle me disait que j’étais adorable. Que j’étais son petit cœur. Personne d’autre ne m’avait jamais dit ça. Mais nous avons grandi et plus nous grandissions, moins nous allions lui rendre visite. Cela n’en valait pas la peine, disaient Les Parents, nous serions plus utiles dans leur église qu’à traînasser chez Mamie. Les années ont passé, béantes de son absence. Je savais que nous manquions à Mamie. Quand elle appelait et que l’une d’entre nous parvenait à décrocher le combiné, sa voix semblait faible et très éloignée, comme un avion de papier qui disparaîtrait peu à peu au loin, en tourbillonnant. Et puis elle est morte.

    J’ai classé la journée d’aujourd’hui comme une nouvelle journée noire. Cette histoire est profondément gravée dans mon cœur. J’ai beaucoup d’histoires au fond de moi ; si on ouvrait mon corps, on pourrait en lire les manuscrits. Si on regardait en moi après avoir épluché ma peau, sous la chair et les os, on trouverait une bibliothèque entière de souffrance. Peut-être qu’on me demanderait des explications. Après tout, je suis la gardienne de ce passé. Mais certaines choses sont trop terribles à raconter et j’ai enfoui ces mots tout au fond de moi. Ce sont des mots que je n’ai pas même murmurés à ma sœur, des mots que je n’ose pas prononcer à voix haute. Je voudrais tellement qu’ils cessent de gémir entre les quatre murs de ma chambre, qu’ils arrêtent de me hanter jusque dans mes rêves.

    Sur le cœur je porte une cicatrice pour la mort de Mamie et une autre pour le premier jour où Hephzi n’a pas voulu rentrer à la maison avec moi, après l’école. J’ai dû mentir pour expliquer son absence quand je suis arrivée seule au presbytère ; j’ai dit qu’elle était en cours de soutien de maths. Ça, c’était au début, quand on est allées au lycée pour la première fois, en septembre dernier, il y a cinq mois. À l’école, tout le monde s’est vite aperçu à quel point ma jumelle était jolie, mignonne et drôle. Elle n’a pas tardé à être invitée à des fêtes, à parler à des garçons. Comme je suis sa sœur, on ne m’a pas trop embêtée mais je crois qu’ils se moquaient de moi derrière mon dos. Peut-être qu’Hephzibah se joignait à eux, d’ailleurs. Tout le monde évitait mon regard. Les profs eux-mêmes avaient du mal à me regarder.

     

  • [Livre] Il faut qu'on parle de Kevin

    Les lectures de Gribouille et moi-même participons à un challenge.
    Ce challenge consiste à sélectionner trois livres dans la PAL de notre binôme. Celui-ci choisi lequel des trois il lira et chroniquera. Les lectures de Gribouille et moi avons choisi de lire les trois livres que chacune a choisis pour l'autre (c'est qu'on a une PAL assez conséquente à faire descendre!)

    Ce livre est le second que m'a choisi Les lectures de Gribouilles dans le cadre du challenge Livra'deux sur livraddict. Pour sa part je lui avais choisi Des souris et des hommes de John Steinbeck dont vous trouverez la chronique ICI


    il faut qu'on parle de kevin.jpg

    Résumé : À la veille de ses seize ans, Kevin Khatchadourian a tué sept de ses camarades de lycée, un employé de la cafétéria et un professeur. Dans des lettres adressées au père dont elle est séparée, Eva, sa mère, retrace l'itinéraire meurtrier de Kevin.

     

    Auteur : Lionel Shriver

     

    Edition : J'ai lu

     

    Genre : Drame

     

    Date de parution : 1 Mai 2008

     

    Prix moyen : 9€

     

    Mon avis : L’auteur écrit à la première personne, se mettant dans la peau de la mère de Kevin, Eva. Le récit commence après l’acte meurtrier de Kevin et c’est au travers d’une trentaine de lettres adressée à son mari qu’on découvre l’histoire de Kevin et de sa famille depuis le couple que formaient ses parents avant sa naissance jusqu’au drame et au-delà.
    En général, je n’aime pas les romans épistolaires mais dans ce cas précis, même si on a effectivement la date au début de chaque lettre et souvent la signature à la fin, il n’y a pas d’échange de lettres puisque celles-ci sont à sens unique. Le style épistolaire ne m’a donc pas gênée car il sert plus à dater et donc à donner une chronologie dans le récit d’Eva. On aurait pu tout à fait avoir ces mêmes dates comme titres de chapitres.

    Comme souvent, j’ai un avis contraire à la majorité des lecteurs. J’ai beaucoup aimé ce livre, oui, mais je n’ai pas trouvé qu’Eva soit particulièrement égoïste. Il s’agit d’une jeune femme qui n’a jamais ressenti le besoin ou l’envie d’avoir un enfant et qui fini par céder à la pression à la fois de la société mais aussi de son mari. Et même là, on sent une différence dans la conception de l’existence de parent : pour Eva, ils sont un homme et une femme qui sont aussi des parents. Pour son mari, ils ne sont rien d’autre que des parents. Et c’est une situation très lourde pour Eva, d’autant plus que son mari continue à travailler et donc à avoir une vie sociale tandis qu’Eva a été priée de mettre sa carrière entre parenthèse.

    Le conflit entre Eva et son fils est quasi immédiat. Eva dit que son fils n’est pas un sociopathe (ce qui reste à prouver) mais dès sa plus tendre enfance on voit qu’on a affaire à un gamin manipulateur, calculateur et profondément méchant.
    Mais en ce qui me concerne, il aurait pu être remis sur le droit chemin. Mais, il y a un MAIS, comme on dit. Et ce MAIS c’est son père.
    Franklin est un personnage qu’on ne connaît qu’au travers les yeux d’Eva, mais qui m’est apparu comme profondément antipathique depuis qu’il est devenu père.
    Un père aveugle au point d’en être coupable. Rien ne le convaincra que son fils puisse faire ne serait-ce qu’une bêtise. Il lui passe tout, refuse d’admettre que le gamin puisse faire preuve de méchanceté. Tout est toujours la faute des autres : les nounous sont incompétentes et n’aiment pas les enfants, les voisins sont jaloux, les institutrices ont pris son fils en grippe parce qu’il est trop intelligent…bref Kevin est un enfant roi.
    Son attitude va jusqu’à d’abord refuser de faire un second enfant parce que « Kevin n’aimerait pas ça », puis, quand leur fille est là, et se montre une enfant tout à fait normale, quoique qu’un peu effacée, il la rejette complètement. Peut être que la normalité de sa fille lui montre avec plus d’acuité le monstre qu’est devenu Kevin.
    Si Eva pressent assez vite qu’il faut agir, elle est sans cesse contrée par son mari qui refuse la moindre sévérité envers son fils. Et à un moment, il ne faut pas se leurrer, quand on ne fait rien pendant des années, qu’on laisse un enfant dicter sa loi, à un moment donc, il est trop tard pour le sauver de lui-même. Il ne peut que mal tourner et finir par faire quelque chose de grave.
    Ici bien sûr on est dans le pire scénario, ce que les américains appellent le mass murderer. Mais il aurait pu tout aussi bien voler une voiture, provoquer un accident en conduisant en état d’ivresse, braquer une station service… n’importe quoi que papa n’aurait pas pu balayer d’un revers de la main parce que l’affaire aurait été placée entre les mains de la justice.
    Bien sûr, un drame de ce genre peut arriver à n’importe qui, mais, contrairement à ce que j’ai pu lire, un gamin bien élevé, équilibré, faisant la différence entre le bien et le mal, respectueux des autres, tourne rarement aussi mal sans raison. Soit un élément déclencheur lui fait péter les plombs, soit le problème remonte bien plus loin dans l’enfance.
    J’ai remarqué que tout le monde, d’Eva jusqu’aux journalistes, en passant par les familles des victimes, les autorités et les gens en général cherchent sans cesse à comprendre pourquoi. Pourquoi Kevin a-t-il fait ça ?
    En ce qui me concerne, je pense que lui, comme tous les adolescents tueurs qui sont cités dans ce livres, et ce quelques soient les raisons qu’ils ont invoqué pour justifier leurs actes, n’ont tous qu’une seule vraie réponse à ce pourquoi : Ils l’ont fait parce qu’ils pouvaient le faire. C’est aussi simple que ça.

    L’auteur a situé la date du drame, qu’Eva nomme comme LE JEUDI, une douzaine de jours avant le massacre du lycée de Columbine. Le texte est d’ailleurs émaillé des drames de ce genre, comme pour noyer le geste de Kevin dans celui des autres, comme pour montrer que son acte n’est pas si extraordinaire dans une société où il est plus difficile à un adolescent de se procurer un paquet de cigarette ou une bière qu’une arme.

    La fin est une véritable claque, même si je le savais déjà, ayant été honteusement spoilée. Mais même en sachant à l’avance, le lire, avec les détails, en le voyant par les yeux d’Eva, était vraiment à couper le souffle.

    J’ai peut être eu un peu de mal, dans les premières lettres, soit les 50 premières pages, à entrer dans l’histoire, surtout du fait du style d’écriture, mais une fois plongée au cœur du récit, il était impossible de lâcher ce livre !

    Un extrait : Il m'est encore difficile de m'aventurer en public. On pourrait croire que, dans un pays aussi dépourvu de « sens de l'Histoire », comme le prétendent les Européens, j'allais pouvoir tabler sur la célèbre amnésie américaine. Je n'ai pas cette chance. Personne au sein de cette « communauté » ne montre le moindre signe d'oubli, après un an et huit mois - jour pour jour. Il faut donc que je m'arme de courage quand les provisions s'épuisent. Oh, pour les employées du 7-Eleven de Hopewell Street, j'ai perdu un peu de l'attrait de la nouveauté, et je peux prendre un demi-litre de lait sans me faire foudroyer du regard. Mais notre Grand Union traditionnel demeure une épreuve.
    Je me sens toujours en situation irrégulière là-bas. Pour compenser, je me force à me tenir droite, à baisser les épaules. Je comprends maintenant l'expression « garder la tête haute », et il m'arrive d'être surprise par la transformation intérieure que peut procurer une certaine raideur dans l'attitude. Quand j'affiche physiquement de la fierté, je me sens un tout petit peu moins mortifiée.
    Hésitant entre les oeufs gros ou moyens, j'ai lorgné du côté des yaourts. À quelques pas de là, les cheveux d'un noir roussi d'une autre cliente avaient pris deux bons centimètres de blanc à la racine, et la frisure ne tenait plus que sur les pointes : une vieille permanente fatiguée. L'ensemble jupe et haut lavande avait peut-être connu des jours meilleurs, mais à présent le chemisier tirait aux emmanchures et le plissé ne servait qu'à souligner les hanches lourdes. Le tout avait besoin d'un coup de pressing, les épaules garnies d'épaulettes et légèrement passées portaient la trace d'un long séjour sur un cintre métallique. Un truc sorti du fin fond d'une penderie, ai-je diagnostiqué, ce qu'on décroche quand tout le reste est sale, ou chiffonné par terre. Elle a tourné la tête pour s'intéresser au fromage et j'ai remarqué le sillon d'un double menton.
    N'essaie pas de deviner : impossible de la reconnaître dans ce portrait. Elle était jadis d'une minceur névrotique, toujours tirée à quatre épingles, impeccable comme un paquet-cadeau. Bien qu'il soit plus romantique de conjuguer le deuil avec l'extrême maigreur, j'imagine que les chocolats peuvent efficacement remplacer l'eau du robinet pour accompagner la détresse. Sans compter que certaines femmes font moins attention à leur silhouette et à leur tenue pour plaire à un mari que pour soutenir la comparaison avec leur fille, et, grâce à nous, cette motivation lui fait désormais défaut.