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Romans contemporains

  • [Livre] Sauveur et fils – T01

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    Lecture terminée le : 31 mai 2020

     

    Résumé : Quand on s’appelle Sauveur, comment ne pas se sentir prédisposé à sauver le monde entier ? Sauveur Saint-Yves, 1,90 mètre pour 80 kg de muscles, voudrait tirer d’affaire Margaux Carré, 14 ans, qui se taillade les bras, Ella Kuypens, 12 ans, qui s’évanouit de frayeur devant sa prof de latin, Cyrille Courtois, 9 ans, qui fait encore pipi au lit, Gabin Poupard, 16 ans, qui joue toute la nuit à World of Warcraft et ne va plus en cours le matin, les trois soeurs Augagneur, 5, 14 et 16 ans, dont la mère vient de se remettre en ménage avec une jeune femme…

    Sauveur Saint-Yves est psychologue clinicien.

    Mais à toujours s’occuper des problèmes des autres, Sauveur oublie le sien. Pourquoi ne peut-il pas parler à son fils Lazare, 8 ans, de sa maman morte dans un accident ? Pourquoi ne lui a-t-il jamais montré la photo de son mariage ? Et pourquoi y a-t-il un hamster sur la couverture ?


    Auteur : Marie-Aude Murail

     

    Edition : L'École des loisirs

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 16 Mai 2018

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : A force d’entendre Alex, de la chaine Alex bouquine en Prada, vanter les mérites de ce livre et de cet auteur, j’ai fini par craquer et sortir de ma PAL le 1er tome de Sauveur et fils (qui y était depuis bien trop longtemps)

    Il y a beaucoup d’humour dans ce livre et pourtant les sujets abordés ne prêtent pas toujours à rire.
    Sauveur Saint-Yves est un psychologue clinicien qui reçoit des enfants et des adolescents.
    Les problèmes que rencontrent ses différents patients sont parfois très lourds à porter car on balaye tout un tas de sujet allant de la scarification à la manipulation en passant par la pédophilie, la transsexualité, la phobie scolaire ou encore l’insomnie et l’homoparentalité.

    Dans certains cas, il suffit de dédramatiser, d’écouter, de conseiller… Dans d’autres cas, c’est plus compliqué (aussi bien de libérer la parole de l’enfant  que d’apporter des solutions adaptée en cas d’urgence).
    Mais si Sauveur trouve toujours les bons mots pour aider ses jeunes patients, il n’en va pas de même avec son fils.
    Souvent occupé avec ses patients ou préoccupé par eux, il élude un peu trop souvent les questions que se pose son fils, notamment à propos de sa mère décédée.
    D’ailleurs ce dernier, à défaut d’obtenir des réponses de la part de son père, a pris l’habitude d’espionner les consultations qu’il donne ce qui lui fait se poser au final plus de question que cela lui apporte de réponses.
    Comme quoi, quand on est touché personnellement, ce n’est plus la même histoire et toutes les formations du monde ne sont d’aucun secours. En effet, quand l’affaire concerne Lazare, impossible de prendre la distance émotionnelle qui permet d’aider efficacement ses patients. Et le psychologue n’est plus qu’un père démuni comme un autre.
    Pour chaque patient, on ne tombe jamais dans le pathos et il y a toujours une note d’espoir.
    Ce livre est un petit bonbon et je suis ravie qu’il y a 5 tomes et donc qu’il me reste 4 tomes à découvrir (je ne sais pas s’il y aura d’autres tomes, mais j’ai déjà mis tous ceux disponibles dans ma PAL !)

     

    Un extrait : Son papa psychologue commençant ses consultations de bonne heure, Lazare se rendait seul à l’école Louis-Guilloux en traînant son cartable à roulettes. Ce mardi matin, les CE2 de madame Dumayet étaient encore sous tension après les attentats terroristes des 7 et 9 janvier. Certains d’entre eux avaient déposé une fleur ou un crayon aux pieds de Marianne, place de la République, en hommage aux journalistes assassinés.

     — C’est vrai qu’on peut vous tuer si on fait des dessins ? s’était inquiété Paul.

     — Mais c’était des dessins pour se moquer, lui avait répliqué la petite Océane. Hein, maîtresse, tu as dit qu’il fallait pas se moquer ?

     — Moi, avait déclaré Noam, je suis juif. Il y a des méchants qui vous tuent juste parce qu’on est juif.

     — C’est des nazis d’Hitler.

     — Non, c’est des Arabes.

     — Mais je suis arabe ! avait protesté Nour.

     Madame Dumayet, la maîtresse des CE2, avait essayé de leur répondre en son âme et conscience mais elle s’était sentie très démunie. Elle avait hâte qu’on revienne au « business as usual », comme disent les Américains.

     — Dépêchez-vous de vous installer ! Jeanne, retourne-toi. Mathis, si tu as quelque chose à dire, lève le doigt. Je vous mets le proverbe du jour au tableau.

    Sous la date du mardi 20 janvier, madame Dumayet écrivit : Chose promise, chose due.

     — Qui sait ce que ça signifie ? Oui, Mathis ?

     — J’ai oublié ma trousse chez mon père.

     — Mais on ne parle pas de ça maintenant ! Oui, Océane ?

     — J’ai oublié mon livre de maths chez maman.

     Sans se laisser abattre, madame Dumayet parcourut sa classe du regard à la recherche d’un doigt levé. Nour finissait sa nuit, les yeux dans le vide. Noam ramassait son bâton de colle qui venait de rouler sous la table d’Océane. Paul était en train de faire la démonstration à Lazare que sa règle en plastique, une fois frottée contre son pull-over, soulevait de table des petits bouts de papier.

     — Paul, apporte-moi cette règle ! le gronda madame Dumayet, qui se résigna ensuite à expliquer qu’« on est obligé de faire ce qu’on a promis ».

  • [Livre] Quand la nuit devient jour

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    Lecture terminée le : 29 mai 2020

     

    Résumé : On m’a demandé un jour de définir ma douleur. Je sais dire ce que je ressens lorsque je m’enfonce une épine dans le pied, décrire l’échauffement d’une brûlure, parler des nœuds dans mon estomac quand j’ai trop mangé, de l’élancement lancinant d’une carie, mais je suis incapable d’expliquer ce qui me ronge de l’intérieur et qui me fait mal au-delà de toute souffrance que je connais déjà.

    La dépression.

    Ma faiblesse.

    Le combat que je mène contre moi-même est sans fin, et personne n’est en mesure de m’aider. Dieu, la science, la médecine, même l’amour des miens a échoué. Ils m’ont perdue. Sans doute depuis le début.

    J’ai vingt-neuf ans, je m’appelle Camille, je suis franco-belge, et je vais mourir dans trois mois.

    Le 6 avril 2016.

    Par euthanasie volontaire assistée.


    Auteur : Sophie Jomain

     

    Edition : Pygmalion

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 27 Avril 2016

     

    Prix moyen : 16€

     

    Mon avis : Je n’avais encore jamais lu de livres de Sophie Jomain mais j’ai cru comprendre que ce roman était très différent de ses écrits habituels.
    Ce bouquin est d’un réalisme presque flippant.
    Les sentiments que décrit Camille sont tellement précis, réels, tout comme les réactions de son entourage.
    Camille souffre de dépression depuis l’enfance et rien, ni le temps, ni les thérapies, ni les traitements, n’y peuvent rien.
    Or Camille est à moitié Belge. Et en Belgique, l’euthanasie volontaire (ou suicide médicalement assisté) est légale. Il suffit de déposer un dossier devant une commission qui va évaluer le caractère intolérable et sans issue de votre état.
    Autant dire qu’en France, le sujet est plus que tabou. On parle d’un pays qui juge plus acceptable de garder des gens enfermés, tellement shootés de médicaments qu’ils en oublient jusqu’à leur nom et sont dans un état proche de l’inconscience plutôt que de leur accorder le droit de mourir. Pays des droits de l’homme…
    C’est le cas de conscience que pose ce livre.
    A-t-on le droit de décider de mourir ? A-t-on le droit de forcer quelqu’un à vivre dans une souffrance intolérable ?
    Ce roman fait état d’une vérité qui dérange : Dénier à quelqu’un le droit de mourir quand sa souffrance est trop intense, c’est de l’égoïsme.
    Je comprends la réaction des parents de Camille, mais j’ai franchement ressenti plus d’empathie pour elle que pour eux. Pour sa souffrance. Près de vingt ans de souffrance. En France, les meurtriers se prennent des peines moins lourdes.
    La plume de Sophie Jomain nous fait prendre en pleine poire les émotions de Camille. Et ça fait mal. Pas autant qu’à elle, c’est certain, mais ça fait mal parce que l’écriture de l’auteur nous fait presque ressentir ces émotions.
    Et ça fait d’autant plus mal que je connais ce sentiment. La dépression et moi, on est de vieilles copines. Même si j’ai réussi à en sortir suffisamment pour supporter de vivre, je me souviens parfaitement de cette souffrance et de la haine pure et simple que j’ai pu éprouver pour ceux qui, du haut de leur sentiment de supériorité, me disait ce que j’étais supposée ressentir. Sans compter ceux qui sont persuadés qu’il suffit d’avoir « de la volonté ». Comme si la dépression n’était pas une vraie maladie.
    Autant vous dire que j’ai pleuré comme une madeleine du début à la fin (bah oui, je suis moins dépressive, mais je suis toujours autant hypersensible… je pleure devant les pubs de croquettes pour chat… ne me jugez pas)
    L’auteur traite ce sujet difficile et tabou sans avoir recours à des clichés.
    On aurait presque l’impression de lire une autobiographie.
    La dureté de ce roman est aussi réelle que les émotions qu’il procure et fait réfléchir sur la question du droit à choisir.

     

    Un extrait : À l’issue de ma formation, à vingt-quatre ans, en juillet 2012, j’ai obtenu mon diplôme d’horticultrice, et avec lui, mon indépendance. J’ai dégoté un job à Liège chez un fleuriste spécialisé en orchidées et trouvé un appartement dans le centre. Je ne suis donc pas revenue dans la région lilloise, à part pour récupérer quelques affaires et rendre ponctuellement visite à mes parents. À chacun de mes séjours, ma mère s’alarmait devant ma maigreur. Mais ce détail mis à part, je lui paraissais être en bonne santé et ça la rassurait.

     Elle se trompait. J’étais psychologiquement affectée, et ce, depuis ma plus tendre enfance. Ça, je l’ai compris bien avant tout le monde. Sans vraiment le faire exprès, et sans être motivée par une quelconque vision déformée de mon corps – l’apparence que j’avais ne m’importait finalement plus beaucoup. Grosse, normale ou maigre, je ne m’aimais pas –, j’avais pris le problème à contre-pied. Manger m’ennuyait, alors je me contentais souvent d’une pomme verte pour tout repas et d’une bouteille de Coca Light dans la journée.

     En décembre 2012, je pesais quarante-cinq kilos.

     Inconsciemment, j’avais sauté à pieds joints dans l’anorexie.

     Ce sont les trois jours que j’ai passés chez mes parents pour les fêtes de fin d’année qui ont déclenché la première crise alimentaire m’envoyant tout droit à l’hôpital. Parce que ma mère me trouvait anormalement maigre, elle avait veillé à cuisiner des plats gras et sucrés à souhait. Je savais que si je ne mangeais pas, j’irais au-devant de remontrances, critiques et discussions moralisatrices que je voulais éviter à tout prix. Mes parents n’avaient pas leur pareil pour mettre en œuvre toutes leurs notions de pédagogie dans le but de me faire plier. J’allais sur mes vingt-cinq ans, j’étais indépendante socialement et financièrement, mais je n’étais pas suffisamment bien dans mes baskets pour ne pas être affectée par le harcèlement psychologique. Ils n’avaient pas conscience d’en faire preuve, et pourtant…

     J’ai donc mangé sans rechigner, même quand on m’a resservie, encaissant avec brio les réflexions de mes oncles et de mes tantes sur mon poids. « Camille, mange ! Tu es maigre comme un coucou ! Tu n’as que la peau sur les os, on dirait un squelette ! Tu étais bien plus jolie avant ! »

     Il n’y avait rien de méchant dans leurs remarques, c’était l’inquiétude qui les faisait réagir ainsi, mais quand, comme moi, on rejette avec autant de force son enveloppe corporelle, la moindre critique vous enfonce un peu plus la tête sous l’eau.

     

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  • [Livre] Le mur invisible

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    Lecture terminée le : 24 avril 2020

     

    Résumé : Une catastrophe sans doute planétaire, mais dont l'origine chimique ou nucléaire restera indéfinie, va bouleverser l'existence d'une femme ordinaire. A la suite d'un concours de circonstances, elle se retrouve seule dans un chalet en pleine forêt autrichienne, séparée du reste du monde par un mur invisible au-delà duquel toute vie semble s'être pétrifiée durant la nuit. Le chalet est confortable, équipé de provisions et des objets de première nécessité. L'héroïne, tel un moderne Robinson, va organiser sa survie en compagnie de quelques animaux familiers.


    Auteur : Marlen Haushofer

     

    Edition : Babel

     

    Genre : roman contemporain

     

    Date de parution : 24 Avril 1992 dans cette édition (1963, 1ère édition)

     

    Prix moyen : 8,7€

     

    Mon avis : Quand on commence à lire « le mur invisible », on se dit que, étant donné les circonstances, la narratrice semble quand même très sereine.
    Mais très vite, on comprend que le récit qu’on lit est écrit avec un certain recul puisqu’un jour, la narratrice a décidé de mettre par écrit le commencement de sa « captivité ».
    A aucun moment, on ne sait ce qui est arrivé, d’où vient ce mur et ce qui est exactement arrivé au reste du monde.
    C’est très frustrant mais parfaitement logique. En effet, la narratrice est coupée du monde et n’a aucun moyen de savoir ce qu’il s’est passé. Elle élabore des théories mais plus le temps passe, plus ses théories semblent ne pas coller avec la réalité.
    Et comme nous découvrons l’histoire de la narratrice à travers ses propres mots, on ne peut pas en savoir plus qu’elle. Et notre frustration fait finalement écho à la sienne.
    Ce livre n’a pas d’action à proprement parler.
    En effet, on ne fait finalement que suivre les actions d’une femme pour survivre. Et une fois la routine installée, elle n’en dévie guère.
    Cependant, les animaux qui l’entourent : la vache Bella, la vieille chatte et le chien Lynx (pour les principaux) entraînent parfois quelques péripéties.
    Dès le début du livre, la narratrice nous parle d’un évènement qui l’a beaucoup marquée.
    Du coup, j’ai été dans une tension permanente durant ma lecture, tellement j’avais hâte et en même temps j’avais peur d’en savoir plus sur cet évènement.
    La vie est physiquement difficile (couper du bois, chasser, cultiver un champ, couper du fourrage…) et n’est pas exempte de perte.
    La première d’entre elle m’a traumatisée tant elle nous est assenée sans la moindre précaution, brutalement, au détour d’une phase sur le temps.
    Il a fallu que je relise la phrase trois fois pour y croire.
    De la même manière, j’ai eu l’impression que j’avais été plus anéantie par la fin que la narratrice elle-même. Cette fin m’a bouleversée surtout à cause de la gratuité de l’évènement majeur qui s’y passe.
    J’ai eu du mal à m’en remettre et ça m’a provoqué un malaise qui a duré plusieurs jours.
    Le texte est écrit à la 1ère personne du singulier ce qui nous fait partager sa solitude, sa frustration, sa peine…
    L’auteur a écrit ce livre pendant les débuts de la guerre froide, à une époque où on craignait plus que tout qu’une action humaine ne vienne éradiquer la population.
    La question qu’on peut se poser est : Pourquoi la narratrice a-t-elle une telle volonté de survivre quand toute l’humanité a, de toute évidence, totalement dépourvue.
    L’instinct de survie est-il si fort qu’il s’impose alors que l’on se retrouve seul, sans le moindre contact humain et sans aucune chance d’en avoir un jour ? Ou bien, en dépit des apparences, peut-être est-il simplement humain de garder espoir… quoi qu’il arrive.

     

    Un extrait : Je ne rêvai pas et vers six heures je me réveillai, reposée, au moment où les oiseaux commençaient à chanter. Tout me revint à l’esprit d’un coup et, terrifiée, je refermai les yeux, espérant retrouver le sommeil. Bien sûr, je n’y parvins pas. J’avais à peine bougé, que Lynx avait déjà compris que j’étais réveillée et il s’approcha de mon lit pour me souhaiter le bonjour par de joyeux aboiements. Je me levai donc, ouvris les volets et le fis sortir. Il faisait très frais, le ciel était bleu pâle et les buissons couverts de rosée. Une journée radieuse commençait.

    Soudain, il me parut tout à fait impossible de survivre à cette radieuse journée de mai. En même temps, je comprenais que je devais lui survivre et qu’il n’y avait pas de fuite possible. Je devais garder tout mon calme et tout simplement la surmonter. Ce ne serait pas la première journée de ma vie que j’aurais eu ainsi à surmonter. Moins je me défendrais, plus ce serait supportable. L’engourdissement de mon cerveau avait entièrement disparu. J’étais capable de penser clairement, du moins aussi clairement qu’il m’était possible de penser d’habitude. Mais quand mes pensées retournaient au mur, c’était comme si elles aussi se heurtaient à un obstacle froid, lisse et insurmontable. Mieux valait ne pas penser au mur.

    J’enfilai ma robe de chambre et mes pantoufles puis traversai le sentier mouillé jusqu’à la voiture pour mettre la radio en marche. Il y eut un grésillement, fragile, vide ; il semblait si étrange et si inhumain que je l’arrêtai aussitôt.

    Je ne croyais plus que quelque chose s’était détraqué dans l’appareil. Dans la froide clarté du matin, il m’était devenu impossible d’y croire.

     

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  • [Livre] L'ours

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    Lecture terminée le : 28 janvier 2020

     

    Résumé : Anna, 5 ans, et son petit frère Stick campent avec leurs parents dans un parc naturel sauvage lorsqu’ils sont surpris en pleine nuit par ce que la petite fille confond avec un gros chien. Le lendemain, Anna découvre qu’elle et Stick sont désormais seuls, et que c’est à elle, la « grande », qu’il incombe de protéger son frère. Débute alors pour les deux enfants isolés une dangereuse errance…


    Auteur : Claire Cameron

     

    Edition : 10/18

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 05 Janvier 2017

     

    Prix moyen : 7€

     

    Mon avis : Avant même de commencer le livre, on sait exactement ce qu’il arrive aux parents d’Anna. En effet, dans la préface, l’auteur nous parle du fait divers qui a inspiré son livre : un couple de campeurs s’était fait sauvagement attaqué par un ours sans aucune raison. L’alerte avait été donnée lorsqu’on ne les avait pas vus revenir au bout de 3 jours et il avait fallu encore deux jours pour trouver le campement dévasté et l’ours montant la garde à côté des cadavres. Pour son histoire, l’auteur a rajouté des enfants et a fait de l’ainée, une fillette de 5 ans, le narrateur de l’histoire.
    La fillette ne comprend pas ce qu’il se passe et la brutalité de l’attaque ne lui laisse pas le temps d’assimiler quoi que ce soit. J’ai trouvé vraiment horrible de la voir parler de ce qu’il se passe, de comment elle l’a perçu, tout en sachant ce qu’il s’est vraiment passé.
    On ne peut pas dire que j’ai apprécié Anna et son frère. Alors, ok, vous allez me dire que ce ne sont que des enfants, mais ils passent leur temps à se battre, ou à faire leur possible pour que l’autre n’obtienne pas ce qu’ils arrivent à avoir.
    Oui, je sais, je n’ai aucune patience avec les gosses ! Surtout les sales mioches mal élevés.
    Le récit, fait pas une enfant, dans le langage d’une enfant de 5 ans également, était une bonne idée, et à plus d’une reprise, il m’a filé la chair de poule.
    D’un autre côté, c’était parfois difficile de suivre ce genre de langage et à une ou deux occasions, je n’ai carrément pas compris de quoi parlait Anna.
    J’ai aussi sauté certains passages, parce que ça commençait à faire un peu long.
    J’ai été un peu contrarié par les passages avec la psy, car elle m’a fait penser à ces psy qui à une époque voulaient tellement que des enfants dénoncent des agressions sexuelles qui n’avaient jamais eu lieu qu’ils leur ont créé de faux souvenirs à force de faire les questions et les réponses. Là c’est un peu pareil, la psy semble vouloir à toute force qu’Anna soit complétement traumatisée et ne la laisse pas s’exprimer à son rythme.
    L’épilogue est terrifiant en ce sens qu’avec le recul, on se rend compte de dangers auxquels on a pas forcément pensé au cours de l’histoire et que la réponse à la question « pourquoi il n’y a pas eu ce danger-là » est vraiment horrifiante dans sa froide simplicité.
    Le seul reproche que j’aurais à faire à ce livre est qu’il détaille un peu trop chaque fait et geste des enfants avec un langage qui devient vite pénible à lire.
    J’aurais préféré un récit à la troisième personne avec, pourquoi pas, des notes écrites dans le langage d’Anna, un peu comme si un psy ou un policier avaient été en train de rédiger un rapport sur l’histoire.
    C’était une lecture intéressante, mais ce langage m’a empêchée de vraiment entrer dans l’histoire et d’en profiter pleinement.

     

    Un extrait : Même avec les yeux très fermés j’entends la fermeture Éclair se déchirer. Je me retourne pour regarder. Il y a un bout de ciel vraiment bleu foncé maintenant mais la tête de Pap le cache presque complètement. Il a l’air en colère et moi je vais avoir des ennuis. Il crie et je vois rien que des dents, pas très blanches mais grandes, grandes… Des crocs pointus devant et par derrière des dents encore plus grosses et larges, qui pourraient être dans la bouche d’un dinosaure. Presque toutes ont un morceau d’or au milieu. C’est là qu’il cache notre trésor, en sûreté parce qu’aucun voleur pourra le prendre là-dedans, ou si dans la nuit un cambrioleur vient le prendre il devra essayer de partir avec les dents de Pap aussi et ça le réveillera, et il fera fuir le méchant. Je me recroqueville et il me soulève d’un coup.

    Pap me serre contre lui mais c’est pas un câlin, il m’écrase et je perds tout l’air que j’avais dans mon corps. Le ciel tremble. Je vois un bras qui ressemble à une griffe et c’est une branche d’arbre pleine d’aiguilles. Pap court, je suis secouée dans tous les sens. Ça crie toujours. La tête de Gwen monte et descend, monte et descend, si je ne la tiens pas fort-fort elle va tomber, je la rapproche de ma figure et j’essaie de sentir son odeur mais elle ballotte trop.
    Pap me pousse en arrière et je vois des choses s’éparpiller par terre, et je me dis qu’il met du désordre. Ensuite, il part en courant et je sens le sol rentrer dans mon dos, ça pique et ça empêche de respirer. Une grosse aiguille de pin se plante dans la fente entre le haut et le bas de mon pyjama. Le pantalon de mon pyje tombe tout le temps, surtout si je cours, alors je dois le remonter par derrière avec la main. Un jour un garçon a ri en me montrant du doigt et il a dit qu’il voyait mon derrière mais c’était pas vrai, pas la partie toute ronde mais seulement le haut de la fente qui sort du pantalon. Maman, elle dit que c’est mon sourire d’en bas. J’aime bien les pantalons qui restent en place.

    Je voudrais le remonter plus haut mais Pap m’a reprise sous son bras et il me lance en l’air comme il le fait dans l’eau du lac, seulement il y a pas d’eau ici. Je me cogne la tête. Je hurle ça fait mal et Pap est tellement fâché qu’il crie aussi, sauf que la pagaille partout c’est lui, pas moi. Ou bien Stick est sorti de la tente sans rien dire et c’est lui qui a fait tout ce désordre ? En tout cas, Pap continue à crier. Il me pousse et il me pousse et je me demande s’il va me jeter dans le lac, il le fait des fois mais on est censés jouer doucement dans l’eau, on doit rire et être contents pour que Pap me laisse grimper sur ses épaules et sauter debout, ou bien c’est lui qui me lance. Quand c’est moi qui plonge j’ai pas peur, je pince mon nez et je pars en avant et tous les bruits s’arrêtent. C’est tranquille, sous l’eau. Il y a des bulles autour de moi mais pas de requins parce qu’ils vivent pas dans notre lac, rien que de tout petits poissons qui me mordillent les doigts de pied si je reste vraiment sans bouger et ça fait même pas mal. Quand il y a le silence et que je vois les bulles, je sais que c’est le moment de remonter, je dépince mon nez et je bats des jambes, je ressors de l’eau et je trouve le bras de Pap pour me tenir, et alors tous les bruits reviennent dans mes oreilles.

    Cette fois Pap me jette mais je pars pas sous l’eau. J’ai quelque chose de dur dans mon dos et lui, il appuie sur mon ventre mais c’est pas un jeu. On a pas le droit de se pousser, normalement, je lui dis d’arrêter et je crie, parce qu’il hurle tellement de trucs à la fois qu’il doit pas pouvoir m’entendre. Il me pousse encore même si c’est pas autorisé, et cette fois ça fait trop mal dans mon bidou, alors je me roule en boule autour de Gwen. Il me lance sur le dos, je sens l’air courir de chaque côté de moi. Il y a un bruit sourd bang et un clic.

     

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  • [Livre] Le blues du pêcheur

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    Lecture terminée le : 15 octobre 2020

     

    Résumé : «Maman, Comme tu vois, je ne t’ai pas oubliée. Quatre mois déjà que je suis à Marseille. Le temps est passé vite, j’ai eu tant à faire, j’ai eu tant à apprendre et à découvrir. Marseille est grande. Elle m’a étourdi d’abord, puis elle m’a enchanté. Je m’y sens libre. L’anonymat a quelque chose d’exaltant. Livourne est un bourg comparé à Marseille. Je crois qu’il me serait impossible d’y vivre maintenant, je m’y sentirais enchaîné à une vie trop étroite. Ici, on peut trouver du travail, on peut tenter sa chance. Il y a beaucoup d’Italiens à Marseille. Je ne suis pas trop dépaysé. Nous, les Italiens, on vit en communauté, on se serre les coudes, tous confinés dans le quartier de la Belle de Mai. Les Français nous appellent les babi. On voit souvent des affiches dans la rue : « Immigrés italiens dehors, travailleurs français! » Quelques escrocs m’ont même proposé une fausse carte d’identité si je soutenais le parti socialiste. Mais avec mon accent à couper au couteau et mon peu de vocabulaire, ce n’est pas demain la veille qu’on cessera de m’appeler macaroni. Ces sales gens ne doivent pas connaître notre cuisine pour en faire une insulte! Ton cacciucco me manque, nos longues discussions aussi. »


    Auteur : Alan Alfredo Geday

     

    Edition : Autoédité

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 01 Avril 2019

     

    Prix moyen : 12,50€

     

    Mon avis : J’ai accepté de lire ce roman, lorsque l’auteur me l’a proposé, car il y avait beaucoup de point commun dans le résumé avec ma famille et moi : Livourne, un immigré italien, la belle de mai à Marseille… Il fallait que je découvre l’histoire qui s’articulait autour de ces mots clefs.
    J’ai vraiment beaucoup aimé cette histoire dans laquelle on suit Giovanni, un jeune pêcheur de Livourne qui rêve d’une autre vie que la pêche et se sent coincé par la « tradition familiale » qui veut qu’un fils reprenne le métier de son père et reste au village pour s’occuper de ses parents.
    A la mort de son père, il quitte l’Italie et s’embarque clandestinement pour Marseille.
    La communauté italienne s’est regroupé dans le quartier de la belle-de-mai et c’est là que va atterrir Giovanni où il loger dans une famille de brave gens.
    Mais le rejet des français envers « les ritals » est fort dans le Marseille d’après seconde guerre mondiale. La rancœur envers les italiens, ces « fascistes » qui étaient dans « l’autre camp » sont encore fortes. Les amalgames n’ont pas attendu le XXIème siècle pour exister !
    La mafia italienne est également bien présente et taxe la communauté italienne en échange d’une pseudo « protection ».
    Entraîné malgré lui dans une vie qui ne lui ressemble, Giovanni peine à se faire une place, il a du mal à retrouver « son rêve ».
    Toujours accompagné de son harmonica, il va d’espoirs en désillusions car comme le lui écrit sa mère « Le monde est-il si différent où tu es ? » Giovanni fuit la routine de sa vie, mais la routine se réinstalle toujours. Après avoir fui l’Italie, il quitte également Marseille pour Paris. Paris va-t-elle lui apporter ce qu’il cherche ?
    Il fait des rencontres, certaines sont belles, d’autres moins, certaines lui apporteront beaucoup, d’autres ne lui apporteront que de la déception.
    Il y a beaucoup d’émotions dans ce roman, sans pour autant tomber dans le pathos, loin de là. Tout est dans la mesure et le style de l’auteur, fluide et agréable à lire décrit merveilleusement bien les aléas de l’immigration, les difficultés, les doutes.
    Je ne me prononcerais pas sur Paris, mais il décrit très bien Marseille. Même plusieurs décennies après l’époque de l’histoire, je reconnais la ville de mon enfance, avant qu’elle ne se dégrade autant.

    La seule raison pour laquelle je n’ai pas dévoré ce livre d’une seule traite, c’est que je n’avais pas beaucoup de temps pour lire.
    En tout cas, une chose est sûre, je ne regrette pas du tout d’avoir accepté de découvrir ce livre car je me suis vraiment régalée.
    J’ai soigneusement noté le titre du second livre de l’auteur. Quand j’aurais un peu plus de temps pour lire, il est fort possible que je me le procure pour aller faire un tour sous le pont de Brooklyn !

     

    Un extrait : Le père Valci est satisfait. Sa femme Nina sera heureuse. La joie lui fait recouvrer ses forces, et il manœuvre la barque vers le port. Giovanni profite de cette allégresse temporaire pour sortir son harmonica. Il a envie de blues, de quelque chose qui le fasse rêver. Le père n’aime pas voir son fils mélancolique, mais il est trop occupé à ramer et ne le rabroue pas. Giovanni se plonge dans ce monde sensible qui l’aide à vivre. Un monde où se rejoignent espoirs et souvenirs. Mais il sait que cet intermède sera de courte durée, que, sur la terre ferme, il devra revenir parmi les siens. En attendant, il laisse ses pensées divaguer. Le vent siffle dans ses oreilles comme dans un coquillage. Le souffle du blues s’échappe dans le clapotis des vagues. C’était Benjamin, que Giovanni appelait Ben, qui lui avait appris à jouer du blues. Pendant que les Américains reconstruisaient le port, Giovanni aimait se baigner en leur compagnie. Ce jour-là, il avait laissé son harmonica sur le quai, caché au fond d’un mocassin. Mais alors qu’il goûtait la mer tiède de cette fin d’après-midi, nageant parmi les poissons et les algues vertes qui lui chatouillaient les jambes, il entendit s’élever une mélodie suave. Qui aurait pu lui faire une telle chose ? Lui prendre son harmonica ! Il rebroussa chemin avec empressement et aperçut un rassemblement qui cachait le mystérieux musicien. On était émerveillé, le marine jouait quelque chose de différent et d’envoûtant. Il portait une veste kaki, un pantalon couleur moutarde et des bottes à lacets. Les gamins scrutaient avec envie le couteau qu’il portait à la cuisse droite. C’était l’Amérique à Livourne. Ke jeune marine afro-américain leur faisait découvrir Chicago et ses cabarets. Giovanni s’avança vers l’homme qui s’amusait de l’enthousiasme des pêcheurs : « è moi, è moi ! ». Le soldat les yeux vers lui et s’arrêta de jouer :

    - Hey man ! It’s yours ?

    Giovanni ne comprenait pas, mais il pointa l’instrument du doigt, et le marine continua :

    - I am Benjamin, I am from Chicago. Do you like blues ?

    L’adolescent acquiesça, et le soldat en fut amusé. Jusqu’au retour des américains au pays, Giovanni vint apprendre de Ben le rythme du blues, un rythme lent et sulfureux.

     

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  • [Livre] La vie a plus d’imagination que nous

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    Lecture terminée le : 24 janvier 2020

     

    Résumé : Après sa récente rupture avec Clément, Léna redoutait une fois encore les vacances de Noël dans sa famille quelque peu agitée. Mais elle n'imaginait pas avoir affaire à un nouveau cataclysme. Cette fois, c'est son père qui fait des siennes ! Une semaine avant Noël, la voilà forcée de venir le chercher à l'hôpital, car il a été ramassé ivre mort devant la grille du cimetière de Vallenot... Qu’est-ce qui lui a pris ? Et pourquoi a-t-il rompu avec sa dernière conquête ? Comme si cela ne suffisait pas, sa mère a décidé de la recaser avec Clément, Mamie Jacotte l’a inscrite en secret sur un site de rencontres et son oncle Xavier a invité un SDF pour les fêtes... Cette année, encore, les vacances ne s'annoncent pas de tout repos ! Heureusement qu'il y aura la neige, le chocolat chaud, le marché de Noël et les traditionnelles décorations au programme !


    Auteur : Clarisse Sabard

     

    Edition : Charleston

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 08 Octobre 2019

     

    Prix moyen : 19€

     

    Mon avis : J’avais beaucoup aimé « La vie est belle et drôle à la fois » et ma foi, je n’avais pas envie d’attendre un an pour lire la suite. Dont acte.
    Lena n’est plus aussi allergique qu’avant aux fêtes de noël, et filant le parfait amour avec Clément, elle envisage même de revenir vivre dans son bled natal.
    Mais voilà qu’après un évènement dramatique, Clément rompt brusquement avec elle, la laissant dévastée.
    Mais Lena n’a guère le temps de se morfondre car sa famille fait à nouveau des siennes.
    Cette fois, c’est son père qui se distingue et Lena ne sait plus comment faire pour savoir ce qui, de toute évidence, le tourmente.
    Et tout ça en devant gérer sa grand-mère et ses « combines Meetic », sa mère qui veut à tout prix la rabibocher avec Clément, et deux adolescentes toujours à deux doigts de se crêper le chignon.

    Sans compter que Rémi, le frère de Clément, lui demande son aide pour sauver leur entreprise, ce qui l’obligerait à revoir Clément.
    Franchement, je les ai tous trouvé lourds avec leurs « Clément » par-ci, « Clément » par-là. Ils agissent comme si c’était Lena qui l’avait quitté sans raison et je me suis demandé s’ils avaient, ne serait-ce qu’une fois, pensé à ce que peut ressentir Léna.
    A la place de la jeune femme, je crois que je les aurais tous planté là et que je serais rentré passer noël chez moi devant un film avec un plateau TV !
    Non parce que la famille, ça va bien un moment quand elle est comme ça !
    J’ai retrouvé avec plaisir la plume et l’humour de l’auteur.
    J’avais très envie de baffer Clément. Mais alors de le baffer très fort ! Parce qu’il a été en dessous de tout !
    Il ne mérite pas une fille comme Léna qui est tout bonnement géniale (dès lors qu’on ne lui met rien de fragile dans les mains).

    Pour Lena, c’est difficile d’être près de Clément et elle n’a pas besoin qu’on la fasse culpabiliser quand elle essaie de se protéger un peu !

    Quand on fini par apprendre le secret du père (même si on avait de sacrés indices), je l’ai trouvé très bien amené.

    Et j’ai aussi beaucoup aimé l’histoire de Jacotte et de sa demi-sœur Catherine, ainsi que la manière dont Lena et Violette s’efforcent de gérer les problèmes qui gâchent la vie d’Emma-Lou, la petite fille de Catherine.
    J’ai vraiment adoré cette histoire qui se lit très vite.
    Est-ce qu’on retrouvera Lena et sa famille de dingue pour Noël 2020 ?
    J’espère que oui car je suis sûre qu’ils nous réservent encore tous plein de surprises !

     

    Un extrait : – JE SUIS CONSCIENT que les apparences jouent contre moi, mais je te jure que ce n’est pas ce que tu crois.

    — Ah oui ? Et qu’est-ce que je pourrais bien penser, selon toi ? je rétorque en adressant à mon père un regard lourd de reproches.

    Ce dernier se redresse contre ses coussins et insiste, d’une voix presque suppliante :

    — Je n’ai pas tenté de me suicider, Léna. Tu dois me croire.

    Et sur mon front, il y a écrit « idiote ».

    De justesse, je retiens un profond soupir.

    — Tu picoles plus que de raison alors que tu es sous antidépresseurs et Xavier t’a retrouvé inanimé devant la grille du cimetière… Excuse-moi d’émettre quelques doutes.

    — Je sais, Léna. Cela va te paraître bête, mais je n’ai pas pensé aux conséquences du mélange alcool et médicaments.

    — Bah voyons.

    — Assieds-toi, ma chérie.

    Fermement décidée à comprendre les raisons de cet acte désespéré, je reste debout et croise les bras. Je dois prendre le problème sous un autre angle si je veux amener mon père à se confier.

    — Admettons que tu avais seulement envie de te chiffonner le portrait… On peut savoir ce qui t’a pris ?

    Mon père s’efforce de sourire.

    — Je n’ai pas réfléchi. J’étais embourbé dans mes pensées et je me suis dit qu’un petit remontant m’aiderait à les faire passer. Je… je n’ai pas su m’arrêter.

    — Visiblement, tu ne vas pas très bien. Si ton médecin t’a placé sous antidépresseurs…

    Une grande femme à la carrure solide entre tout à coup dans la chambre, une série de stylos ingénieusement attachés à la poche de sa blouse blanche.

    — Bonjour, monsieur Pichon, je suis Esther Hauquier, la psychiatre en charge de votre dossier, se présente-t-elle. Notre entretien permettra de déterminer si on vous laisse sortir aujourd’hui.

    Avec un peu de chance, cette inconnue marquera plus de points que moi. Faire parler les gens, c’est son métier, non ?

    — Bien, dis-je en me dirigeant vers la porte. Je vais boire un café, je vous laisse papoter.

    — Je vous retrouve en salle d’attente, me précise le docteur.

    J’opine du chef et me dirige à grand pas vers le distributeur de boissons. Pendant que ma dose de caféine coule dans le gobelet en carton, je préviens ma mère par SMS qu’elle peut passer me récupérer. Puis, café en main, je me laisse tomber sur le premier siège venu et touille machinalement le liquide fumant. J’en suis déjà à mon quatrième café de la matinée. Vu les circonstances, mon organisme, qui n’a pas apprécié d’être tiré du lit en plein milieu de la nuit par la sonnerie du téléphone, me le pardonnera. Un mal de crâne lancinant m’enserre la tête comme un étau et je n’ai qu’une envie : dormir. Ce qui risque de ne pas être possible avant plusieurs heures.

    Et moi qui espérais secrètement que Noël ne virerait pas au désastre, cette année…

     

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  • [Livre] Manuel de survie à l’usage des jeunes filles

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    Lecture terminée le : 23 janvier 2020

     

    Résumé : Que font deux gamines en plein hiver dans une des plus sauvages forêts des Highlands, à des kilomètres de la première ville ?

    Sal a préparé leur fuite pendant plus d'un an, acheté une boussole, un couteau de chasse et une trousse de premiers secours sur Amazon, étudié le Guide de survie des forces spéciales et fait des recherches sur Youtube. Elle sait construire un abri et allumer un feu, chasser à la carabine. Elle est capable de tout pour protéger Peppa, sa petite sœur.

    Dans le silence et la beauté absolue des Highlands, Sal raconte, elle parle de leur mère désarmée devant la vie, de Robert le salaud, de la tendresse de la sorcière attirée par l'odeur du feu de bois, mais surtout de son amour extraordinaire pour cette sœur rigolote qui aime les gros mots et faire la course avec les lapins.


    Auteur : Mick Kitson

     

    Edition : Métailié

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 30 Août 2018

     

    Prix moyen : 18€

     

    Mon avis : Sal est une gamine de 13 ans qui semble dénuée de toute émotion. Dès le début du livre, on apprend qu’elle a tué le petit ami de sa mère en préméditant son coup, et sa fuite, depuis une année entière. Elle ne semble en éprouver aucune remord, mais au fil des révélations sur cet homme, je dois dire que j’aurais tendance à dire qu’il ne l’a pas volé.
    Le style est assez lent, d’autant que Sal raconte par le menu tout ce qu’elle fait.
    Il est impressionnant qu’une gamine de cet âge ait emmagasiné autant d’informations, non seulement sur la survie mais sur tout un tas de sujets d’Histoire de la Grande-Bretagne.
    Les seules émotions que Sal semble ressentir sont toutes liées à sa petite sœur, Peppa.
    Peppa est l’exact opposé de Sal, mais j’avoue qu’elle m’a plus exaspérée qu’autre chose avec ses manières et sa façon de ne rien prendre au sérieux. Ok, elle a 10 ans, mais vu la vie qu’elle et sa sœur ont mené, on peut se dire qu’elle devrait avoir un peu plus de plomb dans la tête et surtout, qu’elle pourrait écouter un peu Sal au lieu de n’en faire qu’à sa tête tandis que sa sœur se démène pour la protéger.
    Les choses sont parfois un peu faciles, et du coup manquent un peu de crédibilité.
    Certes Sal a vu des dizaines de vidéos sur les techniques de survie, et elle a clairement compris et retenu toute la théorie, mais est-ce suffisant pour qu’une gamine de 13 ans arrive à mettre ces techniques en pratique au point de pouvoir survivre au fin fond d’une forêt écossaise en plein hiver ? Avec une gamine de 10 ans à charge ?
    Avouez que ça fait se poser des questions !

    Heureusement, les filles ne vont pas toujours rester seules et rencontrer Ingrid.
    Je ne sais pas trop ce que j’ai pensé de cette femme. Je trouve qu’elle conforte un peu trop Sal dans l’idée qu’elle a eu raison d’agir comme elle l’a fait.
    Alors attention, je comprends Sal. Cette gamine a subi des horreurs et on lui a toujours présenté les flics et les travailleurs sociaux comme des ennemis sans cœur n’ayant d’autre but que de séparer les familles et il faut avouer que les frères et sœurs sont rarement placés ensemble.
    C’est une gamine perdue, blessée, qui ne pense pourvoir faire confiance à personne.
    Elle a été réduite à l’état d’animal sauvage et a réagi comme tout animal blessé : en attaquant.
    Si Judith lui avait dit qu’elle la comprenait mais qu’il fallait aller voir la police et tout leur expliquer, j’aurais compris. Mais son propre passé l’empêche de toute évidence d’avoir la bonne attitude vis-à-vis de l’adolescente qui n’est pas aussi dénuée d’émotions qu’elle le laisse paraître.
    J’ai bien aimé la fin. Ce n’est clairement pas un happy end à la Disney mais c’est certainement la partie la plus crédible de l’histoire.
    Et j’ai trouvé qu’elle n’était pas dénuée d’espoir.

     

    Un extrait : Peppa a dit “Froid” et puis plus rien pendant un moment. Et après elle a dit “Froid Sal. J’ai froid”. Sa voix était basse et sourde et feutrée. Pas comme d’habitude. J’ai commencé à avoir peur qu’elle soit en hypothermie. J’ai vu quelque part que ça vous rend tout mou et tout endormi. Alors je l’ai touchée mais son dos était chaud et son ventre était chaud. Après elle a dit “Arrête de m’peloter – ’spèce de pédo”. Et là j’ai su qu’elle n’était pas en hypothermie.

    Mais il faisait froid. C’était la nuit la plus froide depuis notre arrivée ici. Je savais que le vent avait viré au nord grâce à ma boussole et notre abri faisait face au sud-est parce que c’est le vent d’ouest qui domine ici. Du coup le vent arrivait par le haut où on était couchées sur les branches d’épicéa. Peppa n’avait pas de bonnet. J’allais lui en fabriquer un une fois qu’on aurait attrapé des lapins. Mais je n’avais pas encore posé les pièges. J’ai retiré mon bonnet et le lui ai enfoncé sur la tête.

    “C’est mieux comme ça ?” j’ai murmuré dans sa petite oreille. Mais elle s’était rendormie. J’étais réveillée maintenant et j’ai commencé à me faire du souci pendant un moment. Avant je chronométrais le temps que je passais à m’inquiéter avec l’horloge de mon téléphone. Je le faisais dix minutes presque tous les matins, mais ça avait augmenté ces dernières semaines parce qu’il y avait beaucoup de choses à régler et à prévoir avant de nous enfuir. J’allais essayer de deviner l’heure. Je sentais que l’aube approchait, il n’y avait pas de lumière mais je sentais quelque chose. Je sais presque toujours l’heure qu’il est. Je ne sais pas comment mais avant c’était important que je le sache. Parce que par exemple m’man et Robert rentraient un peu après 23 heures et une fois que j’ai eu installé le verrou sur la porte de Peppa, je m’assurais toujours qu’il était bien tiré et qu’elle dormait juste avant leur retour.

     

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  • [Livre] La vie est belle et drôle à la fois

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    Lecture terminée le : 09 janvier 2020

     

    Résumé : Léna et Tom sont frère et soeur. Un jour, leur mère les convie dans leur maison d'enfance, dans le Sud. Seulement, quand ils arrivent, elle a disparu en leur laissant un seul mot : « C'est le moment pour moi de réaliser quelques rêves. »


    Auteur : Clarisse Sabard

     

    Edition : Charleston

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 08 Octobre 2019

     

    Prix moyen : 19€

     

    Mon avis : On m’a beaucoup parlé de Clarisse Sabard. Alors un roman autour de noël en plein Cold Winter Challenge, c’était l’occasion de découvrir sa plume.
    J’ai plutôt bien aimé.
    Une mère invite ses deux enfants pour noël, dont sa fille qui déteste cette fête, et quand ils arrivent, c’est pour trouver leur grand-mère dans la maison d’à côté, aussi fuyante qu’une anguille, et une lettre disant en gros « Partie réaliser mes rêves ».
    La raison du rejet de Noel par Lena est assez obscure et ne va se dévoiler que petit à petit.
    La famille est haute en couleur. Entre un oncle curé, un père qui change de copine tous les 6 mois, une grand-mère inscrite sur Meetic, un frangin en pleine crise conjugale et une nièce en pleine crise d’ado, on peut dire que Lena ne va pas s’ennuyer.
    Chose assez récurrente dans les romances de noël, Lena, donc, déteste noël et a fichu le camp de sa petite ville à la première occasion.
    Tout le caractère de Lena est issu du même traumatisme, mais à plusieurs reprises, il semblerait que les autres membres de la famille n’aient pas le même souvenir de l’évènement en question.
    Ils m’ont rendu dingue, tous, avec leur silence autour de cet événement alors qu’une franche discussion aurait certainement soulagé tout le monde et aurait guéri Lena de son aversion pour Noël (peut-être même qu’elle ne l’aurait jamais développée si on lui en avait parlé bien plus tôt).
    Bien entendu, il n’y aurait pas de romance de noël sans romance.
    Et pour une fois, on n’a pas ici deux personnes qui se détestent et finissent pas tomber miraculeusement dans les bras l’une de l’autre, non, Clément et Lena se connaissent depuis longtemps. Le jeune homme est un ami (et ancien béguin) de Lena du temps où elle bossait pour le restaurant de ses parents, restau que Clément a repris aujourd’hui.
    Le jeune homme, contrairement à Lena, n’a pas quitté la petite ville et s’est formé à reprendre ce fameux restaurant en tant que cuisinier.
    En dehors de la romance et des problèmes de Léna, j’ai adoré cette famille et les moments simples qu’on les voit partager ce qui en fait un vrai roman feel good.
    Alors, bien sûr, il y a plein d’évènements parfaitement prévisibles, mais c’est un peu le « problème » de ce genre de lecture.
    Que ce soit romance, romance de noël ou roman feel good, il y a toujours une ligne directrice qu’il n’est pas bien difficile à déceler, mais ça n’enlève rien au plaisir de la lecture de ces petites pépites.

     

    Un extrait : La lettre toujours entre les mains, j’oscille entre fou rire et agacement. Ce séjour ne commence pas sous les meilleurs auspices. Au fond, j’aurais dû m’en douter. Dès l’instant où j’ai récupéré Tom et Violette à l’aéroport, tout est allé de travers. Ils n’ont pas arrêté de se chamailler pour un oui ou pour un non. Les bagages, la longueur du trajet à effectuer en train, n’importe quel prétexte était bon. Ils sont ensuite restés mutiques durant la quasi-intégralité du déjeuner, ce qui m’a fait regretter ma décision d’aller finalement passer les fêtes à Vallenot, en dépit de mon aversion pour cette période de l’année.

    Quand j’ai répondu de manière positive à son mail, ma mère a sauté de joie ; son courriel de retour était ponctué de points d’exclamation et d’émojis au bord de la névrose. Dans l’heure, ma grand-mère m’a téléphoné pour me demander nos dates et horaires d’arrivée, puis ce que nous souhaitions manger pour le réveillon. À ce moment-là, j’ai sérieusement étudié la possibilité d’inventer un engin à voyager dans le temps, afin de faire machine arrière et tout annuler. Comme cette option n’était pas envisageable, j’ai mis les bouchées doubles côté boulot et prié pour que les fêtes soient abolies cette année. Ce qui n’est évidemment pas arrivé, puisque je me suis retrouvée là, à devoir me coltiner l’ambiance électrique entre mon frangin et sa fille.

     

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  • [Livre] Sauvage

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    Lecture terminée le : 08 janvier 2020

     

    Résumé : À dix-sept ans, Tracy Petrikoff possède un don inné pour la chasse et les pièges. Elle vit à l’écart du reste du monde et sillonne avec ses chiens de traîneau les immensités sauvages de l’Alaska. Immuablement, elle respecte les trois règles que sa mère, trop tôt disparue, lui a dictées : «ne jamais perdre la maison de vue», «ne jamais rentrer avec les mains sales» et surtout «ne jamais faire saigner un humain». Jusqu’au jour où, attaquée en pleine forêt, Tracy reprend connaissance, couverte de sang, persuadée d’avoir tué son agresseur. Elle s’interdit de l’avouer à son père et ce lourd secret la hante jour et nuit. Une ambiance de doute et d’angoisse s’installe dans la famille, tandis que Tracy prend peu à peu conscience de ses propres facultés hors du commun.


    Auteur : Jamey Bradbury

     

    Edition : Gallmeister

     

    Genre : roman contemporain

     

    Date de parution : 07 Mars 2019

     

    Prix moyen : 22€

     

    Mon avis : L’ambiance de ce roman est étrange.
    Il y a l’Alaska, la nature, la chasse, les grandes étendues neigeuses, les courses de chiens… Toute la vie de cette famille semblait tourner autour de ces courses. Du moins jusqu’à la mort accidentelle de la mère de famille.
    Depuis, tout se délite. Le père s’est fait interdire de course, il essaie tant  bien que mal de faire vivre sa famille à force de petits boulots et en vendant ou louant les chiens (ce qui n’est guère du goût de sa fille).
    Mais ce qui frappe le plus dans cette histoire, c’est le manque de communication et les difficultés relationnelles entre le père et sa fille, Tracy.
    La jeune fille est bien plus à l’aise dans la forêt ou en compagnie de ses chiens que dans la civilisation.
    J’ai bien aimé toute la partie sur la nature, sur les courses et j’ai également beaucoup aimé tout ce qui touche l’agression dont Tracy a été victime en forêt et lors de laquelle elle enfreint une des lois de sa mère : ne jamais faire saigner un être humain (quoi que je doute que la mère ait voulu parler d’un cas de légitime défense).
    A partir de cet évènement, Tracy devient de plus en plus méfiante et paranoïaque. Plus rebelle aussi, à la grande colère de son père qui ne sait plus trop par quel bout la prendre.
    Si j’ai beaucoup aimé tout le côté nature et relationnel, j’ai en revanche eu beaucoup plus de mal avec la partie fantastique de l’histoire.
    En fait, ce côté-là aurait pu me plaire, parce qu’en général je suis bon public dans ce genre de lecture, j’ai d’ailleurs bien apprécié la nature de Tracy, ses pulsions incontrôlables qui la rendent physiquement malade si elle tente de les ignorer et j’étais impatiente d’en apprendre plus sur ce côté sauvage qui rappelle le titre. Et c’est bien là que le bât blesse, car au final, on n’a aucune explication sur cette nature, aucune indication sur ce qu’est ou n’est pas Tracy. D’où viennent ces capacités ? Est-ce héréditaire ou l’a-t-elle attrapé comme une maladie ? Si c’est héréditaire, pourquoi son frère n’est-il pas touché ?
    Ça m’a vraiment dérangée de ne pas avoir de plus amples explications. C’était comme avoir une moitié d’histoire.
    Quant à la fin, elle m’a laissée vraiment très mitigée car l’auteur laisse beaucoup de questions en suspens.
    Au final, Sauvage est une lecture sympathique (grâce aux courses de chiens) mais que j’aurais aimée plus fouillée, plus développée et avec une fin plus aboutie.

     

    Un extrait : Notre maison était la meilleure des maisons. C’était mon grand-père qui l’avait construite, avant la naissance de mon père. Il avait trouvé un coin d’Alaska qu’il aimait bien, puis il avait déboisé un cercle de quatre hectares dans la forêt, et dans une moitié il avait construit notre maison, et dans l’autre moitié il avait construit le chenil, un long bâtiment avec un atelier à un bout et plein de place pour le matériel et les traîneaux. Entre la maison et le chenil, nous avions quarante niches. Et puis des arbres tout autour et tout au bout de la cour le départ d’une piste qui s’enfonçait dans la forêt sur cinq kilomètres jusqu’au lac Ptarmigan, et puis qui continuait sur encore environ cinquante kilomètres jusqu’à la rivière, et puis après la rivière, c’étaient encore des arbres, puis des montagnes, puis la toundra.

    Je passais autant de temps que je pouvais dans la forêt. À me voir, vous vous seriez peut-être dit, Mais t’as que dix-sept ans, t’es une fille, t’as rien à faire toute seule dehors dans la nature sauvage où un ours pourrait te déchiqueter, un élan te piétiner. Mais la réalité, c’est que si on m’emmenait moi et n’importe qui d’autre dans la nature sauvage et qu’on nous y abandonnait, vous verriez bien lequel de nous deux en reviendrait une semaine plus tard, saine et sauve, et même en pleine forme. Je fais du traîneau pratiquement depuis que je sais me tenir debout, et à l’âge de dix ans j’emmenais des petits attelages sur la piste pour des sorties de deux jours, et parfois plus, sans autre compagnie que celle de mes chiens. J’ai participé à l’Iditarod Junior dès que j’ai pu, et à seize ans je concourais dans mes premières compétitions professionnelles. Comme j’avais déjà engrangé suffisamment de kilomètres pour me qualifier pour l’Iditarod, j’ai pu m’y inscrire dès mes dix-huit ans, l’âge minimal requis. J’ai même réussi à gagner le remboursement de mes frais d’inscription en terminant la Gin Gin 200 dans les cinq premières, catégorie féminine. Franchement, je me fichais pas mal de l’argent. Tout ce que je voulais, c’était être sur mon traîneau, dehors, aussi longtemps que je pouvais.

     

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  • [Livre] La déréliction de la chaussette trouée

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    Lecture terminée le : 31 octobre 2019

     

    Résumé : Depuis que l’air est devenu irrespirable, les gens ne sortent plus de leur appartement. Les portes des immeubles sont scellées, tel l’entrejambe d’une chrétienne prémaritale.
    Alors Vincent, programmeur, occupe ses journées de lignes de code, de sandwichs lyophilisés et de porno sur le web.
    Sa vie est insipide.
    Jusqu’au jour où apparaît sur son écran un message gouvernemental. Roulements de tambours et musique à crissement, sa vie bascule. L’acharnement ubuesque qu’il a donné pendant tant d’années à maintenir sa vie dans la banalité la plus inintéressante vole alors en éclat. La prison le guette, les cyber-terroristes l’espionnent. C’est la merde.
    Dystopie drôle et crue, La Déréliction de la Chaussette trouée propose une réflexion cynique sur la génération Y au travers d’une société cyber dépendante.


    Auteur : Geoffrey Marchand

     

    Edition : Inceptio

     

    Genre : Contemporain

     

    Date de parution : 28 Novembre 2018

     

    Prix moyen : 19€

     

    Mon avis : Je crois que je suis totalement passée à côté de ce livre.
    A part quelques réflexions de Léon, le bot de compagnie, qui font sourire, je n’ai pas retrouvé l’humour dont on parle tant au sujet de ce bouquin.
    Mais bon, admettons, l’humour est subjectif et je ne partage clairement pas celui de l’auteur.
    Mais ce n’est pas la seule chose qui m’ait dérangée dans ce livre.
    D’abord, coquilles ou style de l’auteur, j’ai trouvé plusieurs phrases (ou ensemble de phrases) incohérentes, comme s’il manquait des mots ou des phrases. J’ai deux exemples à l’esprit :
    « Qu’importe, devait-elle penser, il est là ; lui de s’y opposer ». On d’accord que la seconde partie ne veut rien dire ?
    « Le résumé de l’épisode précédent ne lui dit rien du tout. Pour autant, Vincent n’en fit rien. » Il n’en fit rien ? De quoi ?
    L’utilisation excessive d’adjectifs fantaisistes devient également vite pénible.
    Lire « un silence cadavérique » au lieu d’un « silence de mort », ça prête à sourire. Mais quand ce petit jeu se répète trop souvent, ça devient indigeste (quand ce ne sont pas carrément des mots sortis de nulle part tels que procrastinativement… j’ai eu beau chercher, aucun dictionnaire ne connait cet adverbe).
    J’ai eu énormément de mal à entrer dans l’histoire, j’ai failli abandonner plusieurs fois. Ce n’est que dans les 80 dernières pages que j’ai été un peu plus prise dans l’histoire.
    Pourtant, j’aimais bien le sujet du roman. Entre l’addiction à la technologie et les problèmes climatiques, il avait tout pour plaire. Il y avait également cet aspect, très présent de nos jours, qui veut qu’on prétende s’inquiéter du sort de la planète alors qu’on ne s’inquiète en réalité que pour notre peau.
    J’ai trouvé que ce livre montrait jusqu’où certaines personnes étaient capables d’aller pour la « survie de l’espèce » alors que, soyons réaliste, la planète se remettra très vite et très bien de notre passage quand nous aurons disparus. Il faut peut-être commencer à admette que l’espèce humaine arrive simplement en fin de cycle.
    Enfin bref, tout ça pour dire que le sujet était sympa mais je l’ai trouvé mal traité, surtout à cause du style d’écriture, et s’il y a une suite, ce que la fin laisse entendre, ce sera très certainement sans moi.

     

    Un extrait : Le salaire n’était, de toute façon, plus une véritable nécessité. Depuis la fameuse parution de ce rapport sur la qualité de l’air, à ses six ans, les portes des immeubles avaient peu à peu été scellées, rendant la sortie des hommes dans la rue difficile, puis interdite. L’air était, disaient les communiqués du Duché, devenu nocif pour l’homme, il ne fallait plus sortir, ne surtout plus ouvrir ses fenêtres.
    La panique avait au début gagné la population, puis des voix s’étaient fait entendre pour refuser l’enfermement. Mais cancer après cancer, les gens avaient accepté : l’espèce ne pouvait plus survivre qu’en appartement climatisés, sous le joug des purificateurs d’air. Alors avait émergé une nouvelle économie. Les constructeurs avaient dans un premier temps fait fortune en construisant des tours propres, renouvelables, sans entretien.
    Puis les grandes surfaces, qui désormais livraient à domicile repas et courses. Mais finalement, un homme avait émergé de la masse : le Duc.
    Le Duc avait fait fortune dans les serveurs informatiques. Il avait d’abord proposé une application, banale, pour mettre en relation les gens d’un même immeuble qui souhaitaient s’entraider. Vous refusiez d’attendre dix jours ouvrables qu’un plombier vienne réparer vos toilettes ? L’application vous proposait, dans votre immeuble, le voisin le plus apte à vous dépanner. Ç’avait été brillant.

    Mais très vite, l’enfermement et la peur chronique d’une sociabilisation sauvage et forcée avaient pris le pas, rendant l’application obsolète et le Duc au bord de la faillite. Il avait alors eu l’idée qui avait fait de lui l’homme qu’il était aujourd’hui : il avait créé un logiciel, simple, presque idiot, pour permettre à tout un chacun de coder, de participer à la révolution en cours. Chacun pouvait désormais travailler de chez soi, être payé, et aider à automatiser un monde devenu trop hostile pour que quiconque puisse mettre le pied dehors. La nouvelle économie était née.

    Peu à peu, elle s’était imposée. Rares étaient ceux qui sortaient encore. Il n’y avait, pour ainsi dire, plus que les techniciens, réparateurs à l’espérance de vie raccourcie, qui abandonnaient en combinaison la sécurité de leur immeuble pour aller dehors, réparer les lignes hors tension et faire ce qu’aucun robot n’avait encore su faire : analyser en profondeur un problème.

    Les parents de Vincent avaient été contraints de vivre comme cela. Non-qualifiés, foncièrement pauvres, ils n’avaient pu franchir le pas de la nouvelle économie, et s’étaient retrouvés forcés mais dévoués, à aller réparer leur vie restante les infrastructures du Duc.

    Ils étaient morts il y a quelques années, lors d’une fuite de gaz. Un accident, lui avait dit l’inspecteur milicien, ça arrive, malheureusement. La milice du Duc avait arrangé pour lui une petite cérémonie, et lui avait offert tout ce que ses parents possédaient. Quelques meubles, quelques créances, et la lourde tâche de ne plus avoir pour connaissance que Jack, son chat d’enfance.

     

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