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Romans contemporains

  • [Livre] Les saisons éternelles

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    Résumé : La vie de Victoria se pare de toutes les exigences de son époque, de la difficulté à grandir au sein d’un foyer décomposé, à la construction de sa vie de femme.
    Anne Boleyn cherche à trouver sa place dans un monde où seule la loi du plus fort prévaut, jouant ses meilleures cartes pour s’assurer un avenir meilleur.
    Plusieurs siècles les séparent, mais elles seront pourtant confrontées à des épreuves similaires qui bouleverseront leurs existences.


    Auteur : Georgina Gay

     

    Edition : Evidence

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 06 juillet 2019

     

    Prix moyen : 12€

     

    Mon avis : Qu’est ce qui peut bien rapprocher une reine anglaise déchue décapitée en 1536, et une jeune femme française contemporaine ?
    A première vue, pas grand-chose.
    Et pourtant, Georgina Gay fait bien un parallèle entre ces deux femmes qui n’ont pas vécu à la même époque, n’ont pas fait les même choix, n’ont pas été destinés au même destin ni eu les mêmes opportunités.
    A quelques heures de son exécution, Anne Boleyn se raconte. Comme une confession, pour ne pas penser à la lame qui abrégera bientôt sa vie, elle raconte les circonstances qui l’ont conduite là.
    La vie de Victoria, elle, est racontée à la 3ème personne, par un narrateur omniscient.
    En réalité, ces deux femmes ont bien un point commun : La nature profonde de leur époux.
    Moins flagrant chez Henry VIII, du fait de sa position et de sa toute puissance, cela saute aux yeux chez le mari de Victoria.
    Aujourd’hui, à l’époque de Victoria, on met un nom sur ce genre de comportement, on identifie les signes. A l’époque d’Anne, ce n’était pas le cas et une femme n’avait aucun recours contre son époux (et alors quand l’époux en question est le roi…)

    J’ai adoré l’histoire de Victoria et, si ses parents ont cru bien faire pour son avenir, la maintenir dans la quête permanente de la perfection et dans la recherche d’approbation, en a fait une cible parfaite.
    Quant à l’histoire d’Anne… J’ai toujours eu une profonde affection pour cette jeune femme au destin tragique et profondément injuste, sacrifiée sur l’autel de l’ambition démesurée de sa famille.
    J’ai beaucoup apprécié l’écriture de Georgina Gay. Le ton utilisé correspond parfaitement à Anne Boleyn.
    Au début, j’ai regretté que l’auteur ne change pas de ton entre les deux histoires, mais finalement c’était plutôt bien trouvé. Je ne m’attendais pas à ce schéma de narration là. J’ai vraiment aimé ça !

    J’ai aussi beaucoup aimé le découpage des étapes de l’existence tel que le présente l’auteur : la part de l’autre, la part du diable…

    Je ne sais plus quoi vous dire pour vous convaincre de vous laisser tenter par ce livre qui vaut franchement le détour.
    Les femmes y sont à l’honneur et, malgré les histoires difficiles qu’il raconte, je l’ai trouvé empreint de douceur, de mélancolie, et, étonnamment, d’espoir.

     

    Un extrait : Les premières années passèrent sans que personne s’en aperçût. Les bougies se soufflaient à un rythme effréné, presque inquiétant, pour des parents qui voyaient tous les jours de leur vie se consumer sans pause ni refuge. Victoria, elle, profitait de chaque instant. Sa quête incessante de nouveauté épuisait sa mère, mais celle-ci s’en accommodait de bon gré. Le monde devenait un terrain de jeu propice aux expériences, tout devait être goûté, testé et pesé dans la balance de ce qui retenait son attention ou ses plaisirs.

             La première rentrée scolaire fut un supplice, mais Laurence resta infaillible. Il était temps pour sa petite fille de laisser son empreinte irréprochable dans les annales du monde de l’Éducation nationale. C’était la première étape du reste de sa vie, et de ce qui allait être attendu d’elle. Les pleurs constants qui retentissaient invariablement chaque matin ne changeaient rien à la détermination affichée du sein maternel, qui ne laisserait plus un seul caprice prendre le pas sur ses décisions. Pour le bien de celle qui était promise à un avenir radieux, ses parents lui imposaient une discipline sans faille, qu’ils nourrissaient des meilleures théories et des exemples conseillés par les plus grandes méthodes d’éducation.

             Ses activités furent choisies avec soin. La petite fille commença très tôt le piano, puis suivit des cours de dessin dans un atelier renommé. La fierté de ses parents n’avait d’égal que les regards impressionnés des amis et de la famille, étonnés de voir ce petit être se distinguer avec autant de brio de ses congénères. Pour Victoria, il n’y avait rien de plus naturel. L’approbation de ses géniteurs suffisait à son bonheur, étant prête à exécuter toutes leurs volontés pour que leurs bras accueillants s’ouvrissent et la chérissent. Elle ne souhaitait qu’être aimée de ses parents, eux qui savaient et connaissaient tout, maîtrisaient le monde, la protégeant quoi qu’il advînt. La petite fille se pliait de bonne grâce à leurs exigences, et montrait le meilleur d’elle-même pour gagner jour après jour l’affection de ceux qui avaient placé l’excellence au centre de leurs préoccupations.

             Victoria entra au cours préparatoire avec une année d’avance. Elle se serait bien passée de cette futilité pour continuer à évoluer avec les enfants de son âge, mais la messe était dite, le petit prodige était bien trop en avance pour perdre son temps un an de plus en classe de maternelle. Ses parents se montrèrent enthousiastes à cette idée, Victoria n’en fut que plus obéissante. Les journées étaient parfois difficiles pour la petite fille qui peinait à trouver sa place. Mais son père la rassurait, soutenant qu’elle était un être à part, bien capable de surmonter les difficultés et de transcender les épreuves, pour en faire des expériences positives lui permettant d’avancer dans la vie. Victoria ne pouvait qu’acquiescer, faire contre mauvaise fortune bon cœur et offrir à ses parents l’attitude de petite écolière irréprochable qui était attendue de sa personne.

             Elle persévéra donc, assidue, prête à fournir les efforts nécessaires pour trouver grâce à leurs yeux

     

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  • [Livre] Le plus bel endroit du monde est ici

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    Résumé : Iris a trente-six ans et des idées noires plein la tête. Ses deux parents viennent de mourir dans un tragique accident et, en une seconde, toute sa vie a basculé. Par un après-midi froid et gris, elle songe même à en finir. Son regard se pose alors sur la devanture d'un café auquel elle n'avait jamais prêté attention auparavant. Son nom étrange, Le plus bel endroit du monde est ici, éveille sa curiosité. A l'intérieur, il ne reste qu'une table libre, l'homme derrière le comptoir l'invite à s'y asseoir. Sans trop savoir pourquoi, Iris se laisse guider et fait bientôt une rencontre touchante, inoubliable, magique... Il s'appelle Luca, il est italien et, pendant six jours d'affilée, ils vont se retrouver dans cet endroit hors du temps, loin des soucis du quotidien. Petit à petit, Iris retrouve le sourire. Mais l'après-midi du septième jour, Luca ne réapparaît pas. Iris comprend qu'il ne reviendra plus mais, surtout, qu'il lui a ouvert une porte dont elle ne soupçonnait pas l'existence : celle du bonheur.


    Auteur : Francesc Miralles et Care Santos

     

    Edition : Pocket

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 19 juin 2014

     

    Prix moyen : 6,40€

     

    Mon avis : Ce roman est vraiment un roman feel good. Il est tout doux avec un rythme assez lent. Autant dire qu’il est parfait à lire après une lecture rythmée, intense et/ou effrayante.
    Le livre est écris à quatre mains, mais je n’ai pas perçu de différence de style durant ma lecture.
    L’histoire commence avec une héroïne, Iris, au fond du trou, profondément malheureuse et au bord du suicide.
    Dérangée dans ses projets pour mettre fin à ses jours, Iris échoue dans un café au nom à rallonge : Le plus bel endroit du monde est ici.
    Intriguée, Iris y entre et y rencontre Luca, jeune homme mystérieux qui entraîne la jeune femme dans une quête d’elle-même pour retrouver le goût de la vie.
    A chaque visite dans le café, Iris s’installe à une table différente et Luca lui donne une sorte de mission qui va la pousser à s’interroger sur elle-même et pas la même occasion, ces questions qu’Iris se pose, on se les pose également.
    Aussi, malgré sa longueur réduite (188p), j’ai pris mon temps pour le lire, pour réfléchir entre chaque chapitre.
    Dans la 1ère partie du livre, Iris est guidée pas à pas mais dans la seconde elle va mettre en application ce qu’elle a découvert sur elle-même.
    Si j’ai eu quelques doutes concernant Luca, je n’ai en revanche rien vu venir pour le café, et pourtant quand on nous révèle ce qu’il en est, ça semble tellement évident !

    Iris a mon âge et sa situation personnelle aurait pu être assez semblable à la mienne sans le drame qui la frappe juste avant le début du roman.
    Aussi, j’ai quand même pu m’identifier a elle assez facilement.

    Ce livre est un peu un livre de développement personnel teinté de magie et d’ésotérisme qui ne laisse pas indifférent et appelle à l’introspection.

     

    Un extrait : Le dimanche après-midi est un mauvais moment pour prendre des décisions, surtout lorsque janvier étend sur la ville son manteau gris à étouffer les rêves.

    Iris sortit de chez elle après avoir déjeuné seule devant la télé. Jusqu’à la mort de ses parents dans un accident de la route, peu lui importait de n’avoir personne dans sa vie. Peut-être était-ce en raison de sa timidité maladive qu’elle trouvait presque normal, à trente-six ans, de n’avoir connu sur le plan sentimental qu’un amour platonique non payé en retour et quelques rendez-vous sans suite.

    Tout avait changé après ce terrible événement. Ses mornes journées de standardiste dans une compagnie d’assurances n’étaient plus compensées par ses week-ends en famille. À présent, elle était seule et, pour ne rien arranger, elle avait perdu sa faculté de rêver.

    Il fut un temps où Iris était capable d’imaginer toutes sortes d’aventures pour donner un sens à sa vie. Elle se figurait par exemple travaillant pour une ONG où un coopérant aussi réservé qu’elle lui promettait tacitement un amour éternel, leurs échanges passant uniquement par des poèmes écrits en un langage codé qu’eux seuls pouvaient déchiffrer, retardant ainsi le moment sublime où ils se fondraient en une étreinte interminable.

    Ce dimanche-là, pour la première fois, elle prit conscience que tout cela aussi était terminé. Après avoir débarrassé la table et éteint la télévision, un silence oppressant s’abattit sur son petit appartement. Elle eut l’impression de manquer d’air, ouvrit la fenêtre et contempla le ciel plombé, sans oiseaux.

     

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  • [Livre] Les orphelins du Grand Nord

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    Résumé : Au centre du Canada, à la limite de la grande forêt boréale... Allie a 15 ans, et elle est orpheline.
    Le petit loup a quelques jours, et il est orphelin.
    Elle nourrit, soigne, cajole la fragile boule de poils terrorisée. Elle l'appele Rolph. Maintenant, ils se regardent avec tendresse ; même, ils se sourient. Ils ne sont plus orphelins.
    Une histoire d'amour commence.
    Qui apprendra la liberté à l'autre ?
    Au cœur du monde sauvage où elle vit, Allie n'est pas seule : des gens qui l'aiment l'accompagnent dans son aventure. Et même ce garçon venu de France qui, au début, ne comprend rien à l'univers de passion et de grandeur de la jeune fille.


    Auteur : Elina Vincent

     

    Edition : Edition de la Seine

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 2004

     

    Prix moyen : 7€

     

    Mon avis : Je ne suis pas une grande adepte des livres nature writing ou s’en approchant. Dans le cadre du Cold Winter Challenge, il fallait lire un livre de ce type et, comme j’ai horreur de laisser une catégorie vide, je me suis mise à la recherche d’un livre qui pourrait me convenir.
    Ce livre est très bien écrit et très poignant.
    Le fait que l’auteur n’ait eu que 15 ans quand elle l’a écrit renforce ce sentiment car on ne s’attend pas à une telle sensibilité chez quelqu’un de si jeune.
    Si j’ai beaucoup aimé ce livre, malgré tout, tout au long de ma lecture, j’ai eu un sentiment d’oppression. Le deuil d’Aurélie et Matty, la colère d’Aurélie, le désarroi de Matty… et le sentiment persistant que l’histoire entre Aurélie et louveteau, Rolph, ne peut que mal se terminer, tout ceci n’était certainement pas étranger à cette sensation.
    Concernant Aurélie, j’ai souvent hésité entre compassion et agacement. Compassion parce que des personnes, autour d’elle, semblent penser qu’après un peu plus de deux ans, elle devrait avoir fait le deuil de ses parents. Mais comment se remettre d’une telle perte quand on a son âge ? D’une perte aussi brutale qui plus est. Agacement à cause de son agressivité permanente, notamment envers Matthieu qu’elle décide de détester au premier regard, sans rien savoir de lui.
    Pour Matty c’est différent. Oui il est collant, possessif, parfois méchant dès qu’il a l’impression que sa sœur lui échappe, mais j’ai l’impression que personne ne lui a posé de limite après la mort de ses parents, et maintenant, 2 ans plus tard, il ne comprend pas pourquoi les choses devraient changer, pourquoi il devrait soudainement reprendre une vie normale comme si de rien n’était.

    La relation qui se noue entre Aurélie et Rolph est puissante, d’autant plus qu’elle a été presque immédiate.
    Greg m’a d’ailleurs énervée car il dit aimer les loups et ne vouloir que leur bien mais il refuse de faire le nécessaire pour les réhabiliter à la vie sauvage. Je ne sais pas si c’est par paresse ou incompétence. J’ai même eu le sentiment que, comme Matty, il était dévoré par la jalousie. Aurélie arrive à s’occuper d’un louveteau tout en lui conservant les instincts nécessaires à la vie sauvage alors que lui-même ne peut même pas approcher l’animal. On dirait qu’il le prend comme un affront personnel. J’ai trouvé son attitude bien peu digne de l’affection que lui porte Aurélie et l’adolescente ne va pas se priver de lui dire ses quatre vérités.

    Mathieu lui aussi est blessé par la vie. Mais sa souffrance est presque amenuisée par le drame vécu par Aurélie, comme si le fait que ses parents à elle soient morts l’empêchait lui de souffrir du divorce de ses parents et des relations conflictuelles qu’il entretient avec eux.
    La relation qui unie ces deux-là est houleuse, compliquée et en dents de scie.

    Il y a quelques incohérences au fil du récit, notamment sur l’âge d’Aurélie, mais rien de vraiment dérangeant.

    La fin est juste parfaite à mes yeux. On n’est pas dans un conte de fée et un happy end aurait totalement manqué de crédibilité. Comme la vie, la fin n’est pas parfaite, pas entièrement heureuse, mais pas non plus dramatique.

    Au travers de son récit, Elina Vincent partage avec nous ses réflexions sur la nature, la place de l’homme et les conséquences de ses actes sur la faune.
    Si ce roman a quelques défauts, il en a étonnamment peu quand on considère l’inexpérience de l’auteur.
    Si elle décide d’écrire un autre roman, il se pourrait qu’il soit exceptionnel.

     

    Un extrait : La nuit tombait, lentement, sur le Canada.

    C’était une nuit claire, fraîche et sans étoiles. La lune, pleine et argentée, éclairait les sous-bois de sa lueur blanchâtre et les arbres, aux lourdes branches recouvertes de neige, s’inclinaient sans bruit sous le souffle du vent.

    Un loup hurla.

    Un beau hurlement, puissant et grave, dont les notes harmonieuses s’élevèrent vers le ciel avant de se muer en un appel plus triste, et de s’évanouir.

    Le hurlement d’un chef de meute : vibrant d’une sauvagerie sans fin et sans mesure. Alors une louve souple et gracile, à la splendide fourrure grise, se détacha de l’ombre pour rejoindre le mâle et, dans un gémissement, s’immobilisa au milieu d’une vaste clairière déserte.

    Les pas feutrés du chasseur se firent plus silencieux sur la neige. Les loups sentirent son odeur, redressèrent la tête, tendirent l’oreille.

    L’odeur de l’homme… du danger. Ils hésitèrent, figés, les sens en alerte. Puis à son approche ils prirent la fuite, aussitôt suivis par toute la meute.

    L’homme devina juste des ombres, des froissements dans les branches. Il épaula précipitamment son fusil et tira… Un coup de feu, puis plus rien. La brusque détonation retentit dans la nuit comme un cri de victoire et le silence se fit lourd, pesant.

    La louve venait de s’effondrer sans bruit.

    L’homme s’approcha d’elle, sur ses gardes, et examina la blessure d’où s’échappait un mince filet de sang qui rougissait la neige. Elle était morte.

    De longues minutes s’écoulèrent avant qu’un autre hurlement, déjà lointain mais déchirant, fasse à nouveau trembler les montagnes rendormies. L’homme leva la tête mais demeura immobile, les doigts sur la crosse du fusil. Puis il passa une main experte sur le flanc de la louve morte ; elle allaitait des petits. C’était une mère.

     

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  • [Livre] Le journal intime d'un arbre

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    Résumé : "On m'appelle Tristan, j'ai trois cents ans et j'ai connu toute la gamme des émotions humaines.

    Je suis tombé au lever du jour. Une nouvelle vie commence pour moi - mais sous quelle forme ? Ma conscience et ma mémoire habiteront-elles chacune de mes bûches, ou la statuette qu'une jeune fille a sculptée dans mon bois ? Ballotté entre les secrets de mon passé et les rebondissements du présent, lié malgré moi au devenir des deux amants dont je fus la passion commune, j'essaie de comprendre pourquoi je survis.

    Ai-je une utilité, une mission, un moyen d'agir sur le destin de ceux qui m'ont aimé ?"


    Auteur : Didier Van Cauwelaert

     

    Edition : Michel Lafon

     

    Genre : Contemporaine

     

    Date de parution : 13 octobre 2013

     

    Prix moyen : 17€

     

    Mon avis : Tristan est un poirier de 300 ans qui vient d’être déraciné par une tempête.
    Malgré sa « mort », la conscience de Tristan survit à travers une sculpture taillée dans son bois.
    Au fil des déplacements de celle-ci, Tristan raconte : son passé, ceux qui l’entourent, l’humanité…
    Si je me suis attachée à Tristan et à son passé, si j’ai apprécié le docteur Lannes et la petite Manon, je n’ai pas accroché aux personnages que ce soit Manon une fois adulte, Yannis, ou les autres personnages qui entrent plus tard dans le cercle de Tristan.
    Si je n’ai pas accroché avec les personnages, j’ai beaucoup aimé la manière dont la nature s’occupe de la « menace humaine ». J’ai d’autant plus accroché que j’avais pensé à une théorie plus ou moins similaire lors d’une conversation sur la protection de la nature où on se disait que la nature allait finir par se protéger elle-même.
    Si beaucoup de personnages m’ont exaspérée, je n’ai eu aucun problème avec l’écriture de l’auteur que j’ai trouvé agréable et d’une fluidité remarquable. Je n’ai pas vraiment trouvé qu’il y avait des temps morts.
    En fait, je crois que j’aurais préféré avoir vraiment le journal intime de Tristan, depuis sa plantation jusqu’à sa mort et qu’il nous décrive plus en détail les faits qu’il ne fait qu’évoquer : la femme arrêtée pour sorcellerie, le gamin tué par les allemands pendant la guerre, plutôt que de voir ce qu’il observe après sa « mort ». J’ai trouvé son passé tellement plus attrayant !
    Je ne regrette pas ma lecture, mais je pense qu’elle aurait pu être encore meilleure.

     

    Un extrait : Je suis tombé au lever du jour. Transmise par la lumière sur mes racines et le contact de mes branches avec la terre, l'information m'a été confirmée par le facteur. Je me suis vu gisant dans ses yeux, en travers de l'allée. Sa première pensée a été pour le docteur Lannes. « Le pauvre, quand il rentrera... »

    La tristesse que j'allais causer à mon propriétaire s'est mêlée à tous les signaux de détresse que je percevais autour de moi. Insectes, oiseaux, champignons, tous avaient perdu mon repère. Je m'accrochais à l'espoir qu'on allait peut-être me sauver, comme le catalpa derrière le garage qui s'était couché lors de la tempête de 1999. On l'avait redressé avec un treuil, et depuis il survivait de son mieux, maintenu par trois câbles ornés de chiffons.

    Mais, à travers les yeux du facteur, j'ai bien vu que mes branches charpentières s'étaient brisées dans la chute. Déraciné, décapité, j'avais en tout cas épargné mes congénères, les voisins, les toitures et la tonnelle où courait la glycine. Je ne laisserais pas de mauvais souvenirs.

    On m'appelait Tristan, j'avais un peu moins de trois cents ans, j'étais l'un des deux poiriers du docteur Lannes. Il m'avait fait inscrire sur la liste d'attente des Arbres remarquables de France, et avait obtenu ma grâce au tribunal quand les voisins m'avaient poursuivi pour vieillesse dangereuse. J'étais son bien le plus cher, son devoir de mémoire, sa victoire sur le temps. À son âge, ma mort allait probablement le tuer...

    J'ignore si nos liens se renoueront. Y a-t-il un au-delà commun pour les hommes et les arbres ?

     

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  • [Livre] Juste avant le bonheur

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    Résumé : Julie, 20 ans, qui élève seule son fils Lulu est caissière dans un supermarché. Elle attire l'attention d'un client, quinquagénaire aisé à nouveau célibataire. Généreux et désintéressé, Paul invite Julie à passer quelques jours dans sa belle villa de bord de mer en Bretagne. Ils y retrouvent Jérôme, le fils de Paul, qui se remet mal du suicide de sa jeune femme. Gaieté et optimisme reviennent grâce à l'attachante présence du petit Lulu. Mais au retour, un nouveau drame survient. Une chaîne de soutien, d'affection et de tendresse se forme autour de Julie. Avec elle, à travers elle, des êtres désemparés tentent de réapprendre à vivre et de saisir une deuxième chance. La force des épreuves surmontées, l'espoir d'un nouvel amour, ainsi qu'une bonne dose d'intelligence et d'humour peuvent réussir ce miracle.


    Auteur : Agnès Ledig

     

    Edition : Albin Michel

     

    Genre : Drame, Contemporain

     

    Date de parution : 2013

     

    Prix moyen : 19€

     

    Mon avis : Ce livre a été à la fois un coup de cœur et une torture. Un coup de cœur parce que l’écriture est tellement belle, l’auteur fait passer tellement d’émotions à travers ses mots qu’il me semble impossible de ne pas aimer ce livre.
    Les sentiments que décrit l’auteur sonnent si justes qu’on se demande si elle n’a pas fait l’expérience de certaines des situations qu’elle décrit.
    Mais ce roman a également été une torture pour exactement les mêmes raisons qu’il a été un coup de cœur : les émotions qu’il déclenche.
    Je n’ai jamais autant pleuré en lisant un livre.
    Ce roman c’est l’histoire de la vie qui doit continuer car, malgré les épreuves, la terre ne s’arrête pas de tourner et il faut continuer d’avancer car, comme le dit le proverbe arabe cité dans le livre à de nombreuses reprises : « ne baisse pas les bras, tu risquerais de le faire deux secondes avant le miracle », et ce même quand, les miracles, on a plus trop envie d’y croire.
    Je ne peux pas développer les sentiments que j’ai ressenti sans vous dévoiler l’intrigue, ce que je ne veux absolument pas faire, car découvrir au fur et à mesure contribue à la force de ces sentiments. Alors pour conserver toute son intensité à ce roman, je me contenterai de vous dire de foncer, de ne pas hésiter et de le lire sans réserve !
    Juste un conseil : n’oubliez pas la boîte de mouchoirs… Je dis ça, je dis rien…

     

    Un extrait : Elle en a vu d’autres, Julie.

    Elle aurait pu s’opposer, prendre le risque, perdre son travail, mais garder sa dignité.

    Quelle dignité ?

    Ça fait belle lurette que ce petit bout de femme l’a perdue. Quand c’est une question de survie, on range au placard les grands idéaux qu’on s’était fabriqués gamine. Et on encaisse, on se tait, on laisse dire, on subit.

    Et puis, elle a besoin de ce boulot. Vraiment. Ce connard de Chasson le sait. Directeur sans scrupules, capable de virer une caissière pour une erreur de dix euros. Alors cinquante !

    Julie sait pourtant qui lui a volé ces cinquante euros, quand elle avait le dos tourné. Mais il est mal vu de dénoncer les collègues. Très mal vu. Ça vous colle une réputation sur le dos aussi solidement qu’un pou sur une tête blonde. Elle préfère éviter.

    « Mademoiselle Lemaire, je pourrais vous virer sur-le-champ. Cependant, je connais votre situation, je sais que vous ne pouvez pas rembourser. Méfiez-vous, je pourrais vous demander de trouver une solution pour réparer vos erreurs de caisse. Vous voyez de quoi je parle ? Sinon, demandez à certaines de vos collègues, elles ont compris comment faire », lui a-t-il lancé, le regard fixe, sans aucun état d’âme, un mauvais sourire sur les lèvres.

    Salaud !

    Il présente bien, pourtant. Le gendre idéal. Grand, dynamique, souriant, le menton carré et les tempes grisonnantes. Toujours une main dans le dos pour rassurer, encourager. Toujours un mot gentil quand il passe saluer les employés le lundi matin. Une épouse élégante et des enfants polis. Le type qui a commencé petit et a gravi les échelons à la sueur de son front, forçant le respect et l’admiration. Voici pour la face brillante de la médaille. Et puis, quand on la retourne, il y a le loup, le prédateur, l’homme qui veut des femmes à ses pieds pour se prouver qu’il est le plus fort.

    Quelques minutes plus tard, Julie marche d’un pas rapide dans le long couloir qui sépare le bureau du directeur de la galerie marchande. Sa pause touche déjà à sa fin. Elle aurait préféré la passer à autre chose qu’à ce genre de convocation. D’un revers de manche, elle essuie avec rage une larme échouée sur sa joue. Un malheureux signe de faiblesse qu’elle se doit de chasser immédiatement.

    Parce qu’elle en a vu d’autres, Julie.

    Elle fait partie de ces gens que le destin épargne peu.

    Il y en a comme ça…

     

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  • [Livre] 84 Charing Cross Road

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    Résumé : Par un beau jour d'octobre 1949, Helene Hanff s'adresse depuis New York à la librairie Marks & Co., sise 84, Charing Cross Road à Londres. Passionnée, maniaque, un peu fauchée, extravagante, Miss Hanff réclame à Frank Doel les livres introuvables qui assouviront son insatiable soif de découvertes. Vingt ans plus tard, ils s'écrivent toujours et la familiarité a laissé place à l'intime, presque à l'amour. Drôle et pleine de charme, cette correspondance est un petit joyau qui rappelle avec une délicatesse infinie toute la place que prennent, dans notre vie, les livres et les librairies. Livre inattendu et jamais traduit, 84, Charing Cross Road fait l'objet, depuis les années 1970, d'un véritable culte des deux côtés de l'Atlantique.


    Auteur : Helene Hanff

     

    Edition : Autrement

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 17 janvier 2008

     

    Prix moyen : 9€

     

    Mon avis : Les lettres échangées entre Helen Hanff et Franck Doel (et une partie de son entourage) n’étaient pas destinées à être publiées.
    Helen, fauchée mais à la recherche de belles éditions anciennes qu’elle ne peut trouver en Amérique, écrit à une petite librairie anglaise.
    Va s’ensuivre une correspondance de plus de 20 ans, toujours ponctuées de demande et d’envois de petites pépites à des prix qui m’ont fait baver d’envie.
    Impulsive et spontanée, Helen, au début de la correspondance, apprenant que l’Angleterre est toujours soumise à des restrictions drastiques d’après-guerre (nous sommes alors en 1949) va prendre l’habitude d’envoyer des colis contenant des produits introuvables tels que des jambons, de la viandes, des œufs, des bas etc… à la librairie (dont profitent aussi bien les employés que leurs familles). Ces colis, qui vont changer le quotidien du personnel, seront très attendus, très appréciés et ne cesseront qu’à la fin des restrictions.
    En retour, on peut dire que la librairie va se mettre en quatre pour Helen.
    En lisant certaines lettres d’Helen, je me suis dit : « Bon sang, mais cette nana est juste affreuse ! ». Il faut dire que, comparé au flegme et à la politesse britannique, ses façons de faire ont tout de l’éléphant dans un magasin de porcelaine.
    Au fil des lettres, une solide amitié se noue entre l’américaine et toute la petite équipe anglaise.
    Si plein de titre qui me sont totalement inconnus émaillent ces quelques 20 années de correspondance, j’ai surtout été touchée par ces vies qui se racontent à distance et les dernières lettres m’ont provoquées une sacrée émotion, comme si je recevais, mais aussi, une dernière fois, des nouvelles d’un ami de vingt ans.

     

    Un extrait : Marks & Co.

    84, Charing Cross Road

    Londres, W.C. 2

    Angleterre

     

    Messieurs :

     

    Les livres me sont bien parvenus, le Stevenson est tellement beau qu’il fait honte à mes étagères bricolées avec des caisses à oranges, j’ai presque peur de manipuler ces pages en vélin crème, lisse et épais. Moi qui ai toujours eu l’habitude du papier trop blanc et des couvertures raides et cartonnées des livres américains, je ne savais pas que toucher un livre pouvait donner tant de joie.

    Un Britannique dont la fille habite au-dessus de chez moi a traduit les 1 livre 17 shillings 6 pence et m’a dit que je vous devais 5,30 dollars pour les deux livres. J’espère qu’il ne s’est pas trompé. Je joins un billet de 5 dollars et un billet de 1 dollar. Les 70 cents restants seront une avance sur le prix des Nouveaux Testaments, que je veux tous les deux.

    Pourriez-vous désormais traduire vos prix ? Même en américain, je ne suis pas très forte en calcul, alors maîtriser une arithmétique bilingue, ça tiendrait du miracle !

    Bien à vous,

    Helene Hanff

    J’espère que « madame » n’a pas le même sens chez vous que chez nous.

     

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  • [Livre] Le charmant cottage d’Amelia

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    Résumé : Alors qu'elle s'apprête à fêter ses 30 ans, Amelia retrouve dans un tiroir une liste de souhaits qu'elle s'était promis de réaliser. Parmi ses souhaits il y avait celui de vivre à la campagne dans un cottage. Amelia et Jack son mari achètent une vieille bâtisse de charme qui nécessite d'être rénovée. Amelia ignore combien ce déménagement allait bouleverser sa vie familiale et sentimentale.


    Auteur : Abby Clements

     

    Edition : Prisma

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 06 octobre 2016

     

    Prix moyen : 12€

     

    Mon avis : « Le charmant cottage d’Amelia » est un vrai roman doudou. Il est parfait à lire entre deux thrillers.
    Amelia réalise un rêve d’enfant en achetant un petit cottage à la campagne. Mais, par un concours de circonstance, son mari et elle doivent renoncer au cottage de leur rêve et se rabattre sur un autre cottage plein de potentiel mais qui nécessite d’importants travaux.
    Le livre est découpé en chapitre, chacun représentant la rénovation d’une pièce du cottage qui va servir de scène aux divers évènements.
    Même si le roman aborde des sujets sérieux : l’abandon, la vieillesse, le désir ou non de maternité, cela reste un roman léger qui n’approfondit pas ces sujets outre mesure.
    Il ne faut donc pas en attendre plus que ce qu’il est censé apporté : une petite lecture décontractante.
    Le couple de Jack et Amelia semble au bord de l’implosion comme si le souci de la rénovation faisait remonter à la surface tout un tas de non-dits.
    J’ai été un peu déçue par la fin, même si elle plaira sans doute au plus grand nombre.
    J’aurais aimé que, pour une fois, les concessions n’aillent pas encore dans le même sens, celui des conventions sociales.

     

    Un extrait : L’ombre d’un sourire apparut au coin de sa bouche. Un instant, je revis l’enfant vif et espiègle qu’il avait été, celui qui était entré dans ma classe en sixième.

    – Vous êtes intelligent, vous êtes doué pour le travail en groupe. Vous nous faites tous rire – quand vous êtes de meilleure humeur qu’aujourd’hui. Donnez-moi simplement quelque chose noir sur blanc pour que je puisse le prouver à tout le monde.

    – Je sais, fit-il en frottant le bout de sa basket contre le pied de la table. Je dois travailler plus.

    – Vous en êtes capable, vous savez, assurai-je en tentant de croiser son regard. Si vous avez besoin d’aide, je suis là. Et votre professeure principale aussi.

    Il hocha la tête en silence, et se pencha pour reprendre son sac.

    – Merci, m’dame.

    – De rien.

    Je me tournai pour éteindre le tableau électronique et refermer mon ordinateur portable, en vérifiant l’heure. Plus que cinq minutes, pas assez pour un café. Ma conversation avec Carly devrait attendre. Mais j’avais le temps de filer aux toilettes avant mon prochain cours.

    Trey se leva. Je le regardai sortir dans le couloir animé. Son uniforme scolaire foncé se perdit rapidement dans la masse des élèves agglutinés devant les casiers.

    On y arrivera peut-être, me dis-je en prenant mon sac pour aller aux toilettes. Trey avait encore une chance de réussir ses examens, d’obtenir quelque chose. C’était pour cette lueur d’espoir qu’au bout de sept années à préparer des cours et corriger des copies, j’enseignais encore, même s’il m’arrivait, par périodes, de voir à peine Jack, mon mari, et de me sentir bien plus vieille que mes vingt-neuf ans – et avec des rides, en prime.

    Je mis la main dans mon sac pour y prendre mon téléphone. En général, Jack m’envoyait un texto au moment de ma pause. Mais ma main ne rencontra qu’un petit carnet et la doublure. Le sac paraissait très léger. C’est une blague !

    Mon téléphone et mon portefeuille avaient disparu.

     

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  • [Livre] Rue du bonheur

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    Résumé : Johanna, aide-soignante et célibataire, est la mère de deux adolescentes. Son ex-mari, Calle, s'est installé à Stockholm avec sa nouvelle petite amie et rechigne à lui payer sa pension alimentaire. Johanna tente de joindre les deux bouts et d'élever au mieux ses filles. Un jour, elle gagne 20 millions de couronnes au loto. 


    Auteur : Anna Fredriksson

     

    Edition : France Loisirs

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 2015

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : Dans ce roman, j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages. A part Fanny, la nouvelle compagne de Calle, et Sara, sa fille, les autres me sont apparus comme plutôt antipathiques.
    Johanna semble incapable d’essayer d’être heureuse. Malgré son gain qui la sort de sa situation difficile, elle continue à se comporter comme lorsqu’elle n’avait pas assez d’argent pour acheter à manger. Elle est terne, ne fait rien pour se faire des amies malgré les diverses tentatives de ses collègues de travail. Elle se pose en victime permanente, surtout dans son divorce avec Calle. Au début, je pensais que Calle l’avait quitté du jour au lendemain pour Fanny, plus jeune, plus pétillante, plus riche. Mais on se rend vite compte que sa relation avec la jeune femme est récente. Et j’ai été sidérée quand j’ai connu les circonstances de leur séparation.
    Calle ne vaut pas tellement mieux. Il ne vit que pour l’argent, l’ascension sociale. Si je peux comprendre qu’il prend là une revanche sur son enfance malheureuse, il y a des limites et Calle est insupportable d’arrogance. Il est dans la représentation permanente. Un vrai m’as-tu-vu. La seule chose qui compte pour lui est l’image qu’il montre aux autres.
    L’auteur présente les petites villes comme des lieux peu évolués où les mentalités volent au ras des paquerettes. Le harcèlement que subit Sara en est l’exemple majeur (d’ailleurs, la colère m’a pris quand j’ai vu les excuses invoquées. Sara aurait une part de responsabilité dans ce harcèlement parce qu’elle serait trop intelligente et qu’elle aurait du se mettre au niveau de ses camarades).
    Je trouve injuste et réducteur de laisser entendre qu’une telle chose n’aurait pas pu avoir lieu dans une grande ville, « tellement plus évoluées intellectuellement » et plus ouvertes d’esprit que les bourgades étriquées.
    Si le harcèlement scolaire n’avait pas lieu dans les grandes villes, ça se saurait.
    Finalement, Fanny est la seule qui relève le niveau : gentille, volontaire, forte et déterminée, c’est une vraie bouffée d’air frais dans cette famille recomposées.
    Il n’y a pas de grand retournement de situation dans la lignée du « Bon sang, mais c’est… bien sûr » du capitaine Bourrel dans les cinq dernières minutes.
    Juste l’histoire d’une famille recomposée, parfois un peu décomposée, où chacun essaie simplement de trouver sa place.

     

    Un extrait : Elles dorment encore toutes les deux, paquets informes sous leur couette.
    — Coucou, les filles, lance Johanna. Il est l’heure de se réveiller. Papa ne va pas tarder à arriver.
    Elles commencent à gigoter, lentement et à contrecoeur.
    Johanna parcourt la pièce des yeux. Des vêtements sont éparpillés sur le sol, les chaises et les montants des lits. Des brosses à cheveux, du maquillage et des manuels scolaires. Les valises sont béantes, à moitié prêtes. Une bande dessinée gît, ouverte, à côté du lit de Sara.
    — Ne vous rendormez pas. Il faut que vous ayez le temps de finir vos valises. Allez, debout.
    Elle leur passe la main dans les cheveux.
    — Mhm. Deux minutes.
    Comme d’habitude, seule Agnes répond. Sara reste muette. Pourvu qu’elle n’ait pas en tête de refuser d’y aller. Ça lui arrive parfois, et il faut alors une sérieuse séance de négociations pour la faire changer d’avis.
    Johanna attrape quelques habits sur un tas et essaie de déterminer s’ils sont propres ou sales. Elle aperçoit un jean, un t-shirt et un chemisier qu’elle a repassés l’autre jour, à nouveau froissés. 
    Elle continue à sélectionner des affaires dans la pile de vêtements, sans vraiment savoir ce qu’elle cherche à faire. Mettre de l’ordre dans ce chaos semble mission impossible. Puis elle attrape un sweat-shirt en coton roulé en boule. Il est humide et dégage une odeur désagréable.
    - Sara

    Pas de réponse.

    - Sara

    - Mhm ?

    Sara ouvre les yeux. Johanna tend le sweat sous son nez.

    - Qu’est ce que c’est que ça ?

    - Quoi ?

    - Le sweat. Il est humide et il sent mauvais. Qu’est-ce que tu as fait ?

    Sara se tourne vers le mur et referme les yeux.
    - Tu as renversé quelque chose ? Pourquoi ne l’as-tu pas mis à la lessive ?

    - C’est rien.

    - Vraiment ? Tu ne peux pas me regarder ?

    Sara se contorsionne. Johanna lui montre le vêtement.

    - Qu’est-ce qui sent comme ça ?

    - Du lait.

    Une brève pause.

    - Comment ça se fait ?

    Sara garde le silence, puis elle se redresse dans son lit et se frotte les yeux.
    — C’est des copains de classe, mais c’était juste pour rigoler.
    — Ils ont versé du lait sur ton sweat ? s’étonne Johanna. Pour rigoler ?
    Agnes relève la tête de son oreiller et les observe.
    Elle a cette expression déterminée dans les yeux, ce regard mûr, qui n’exprime pas seulement la révolte, mais impose le respect. À quinze ans, elle est sensiblement plus adulte et raisonnable que Sara, âgée de treize ans. Il se passe beaucoup de choses en deux ans.
    — Bon, d’accord, abdique Johanna. Levez-vous et habillez-vous maintenant.
    Elle emporte le sweat et le jette dans la corbeille à linge en passant devant sa chambre. Elle consulte l’heure : dix heures et demie. Elle entend ses filles se lever et commencer à se préparer. Bien. Pas de mutinerie cette fois-ci.

     

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  • [Livre] Le froid modifie la trajectoire des poissons

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    Résumé : 4 janvier 1998. Un garçon de dix ans apprend que ses parents vont se séparer. Désespéré, il demande au ciel de l'aider. Le lendemain débute la plus grande tempête de verglas que le Québec ait jamais connue. Ce déluge de glace n'empêche pas son père de quitter la maison. Mais les choses se présentent différemment pour ses voisins, car des événements incroyables ou anodins vont faire peu à peu basculer leurs vies. Julie, danseuse en mal d'amour, accueille chez elle Boris, scientifique égocentrique, qui ne vit que pour ses expériences sur les poissons ; Michel et Simon, les deux «frères » si discrets, qu'on ne voit jamais ensemble, ouvrent leur porte à Alexis, leur voisin homophobe. Face à l'adversité, des liens se créent ; face au froid, l'entraide, la solidarité et l'altruisme enflamment les coeurs. Le Grand Verglas va progressivement changer la vie de tous les habitants de cette rue... pour le meilleur.


    Auteur : Pierre Szalowski

     

    Edition : J’ai lu

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 29 août 2012

     

    Prix moyen : 7€

     

    Mon avis : Décidément je ne suis pas faite pour lire des romans en français québécois (mais pour ma défense, je ne savais pas que c’était le cas. Ce n’est pas parce que ça se passe à Montréal que ça doit forcément être écrit comme ça !). Les expressions et tournures de phrases m’ont vraiment exaspérée.
    Le narrateur est un enfant d’une dizaine d’année, qui ne nous révèle pas son prénom, et qui va être confronté à la séparation de ses parents. Il va demander au ciel de l’aider à empêcher le divorce et, dès le lendemain, une immense tempête de glace va peu à peu paralyser l’ensemble de la ville.
    Mais si le verglas ne va pas empêcher son père de partir, il va bouleverser la vie des voisins car tout un côté de la rue va se retrouver privé d’électricité.
    Ainsi, les voisins d’un côté vont inviter les voisins de l’autre pour passer le cap de cette tempête. Ainsi Julie, jeune fille un brin nymphomane, stripteaseuse de son métier, va héberger Boris, un étudiant cherchant à boucler sa thèse en mathématique sur la trajectoire des poissons et qui, pour y parvenir et ne pas ficher en l’air plusieurs années d’études, doit maintenir la température de l’eau à 32°.
    Simon et Michel, qui se prétendent frères, vont inviter Alexis et Alex. Alex est le meilleur ami du narrateur, sa mère a quitté la famille depuis des années et depuis, son père s’enlise dans le chagrin et le ressentiment qu’il exprime par un rejet des juifs et des homosexuels. Mais pense-t-il vraiment ce qu’il dit, ou n’est ce que le reflet d’un mal être intérieur ?
    Le problème, en dehors de l’écriture en français québécois (ou peut-être à cause de ça ?), c’est que je n’ai absolument pas réussi à m’attacher aux personnages. A aucun moment je n’ai eu envie de vite tourner les pages pour savoir ce qui allait leur arriver. Tout au long du roman, je me suis sentie très détachée d’eux. Et ça a eu un effet certain sur ma lecture. Si je n’ai pas forcément eu envie d’abandonner, je l’ai lu sans passion et j’ai été soulagée d’en finir et de passer à autre chose !

    Un extrait : Neuf heures trente-neuf. Toc ! Toc ! Toc ! Ma mère a ouvert la porte de ma chambre. Elle a passé la tête sans sourire.

    — Ton père est réveillé…

    Je n’ai pas sauté du lit comme je le fais tous les matins de Noël. Dans la voix de ma mère, il y avait de la tristesse. Sur le moment, je n’ai pas remarqué qu’elle avait dit « ton père » au lieu de « papa ». C’est juste sa tristesse qui m’a frappé.

    En sortant de ma chambre, j’ai vu dans la cuisine que mon père et Julien n’avaient pas bu une bouteille de plus, mais deux. Dans le salon, papa m’attendait, affalé dans son fauteuil face à la télévision qui n’était pas allumée, le grand break du matin de Noël. Il m’a difficilement souri en se frottant la tête. Je me suis demandé s’il n’y avait pas d’autres bouteilles vides cachées sur le balcon.

    Noël, c’est une fois par an, mais on n’oublie jamais nos petites habitudes. Ça m’a étonné que mes parents ne soient pas ensemble. Ma mère n’était pas assise sur l’accoudoir du fauteuil réservé à mon père, mais sur le divan plus loin. Ils faisaient deux.

    On a beau avoir onze ans, c’est toujours le plus gros cadeau qu’on ouvre en premier sous le sapin. J’ai tout de suite compris que c’était une idée de maman, cette boîte de chimie. Elle m’a toujours acheté des jouets éducatifs. Pour elle, un cadeau, ça doit être utile. J’ai un an d’avance à l’école puisqu’elle m’a appris à lire à l’âge de quatre ans. J’étais la vedette de la garderie. Aujourd’hui, je suis le premier de classe qui fait une tête de moins que les autres.

    Il me restait à ouvrir trois cadeaux de taille presque identique. Dans ce cas-là, c’est toujours le plus lourd qu’on ouvre. Mon père m’a fixé, soudain trop complice.

    — Ça, c’est la petite surprise à papa…

    J’ai fait semblant de ne pas voir le regard noir que venait de lui jeter maman. J’ai déchiré le papier cadeau et mes yeux se sont grands ouverts ! J’en revenais pas. Un caméscope ! Je me suis tourné vers mon père. J’ai juste murmuré.

    — Wow ! p’pa…

    Il s’est calé dans son fauteuil, satisfait. Ma mère a serré ses mâchoires. Je ne pouvais pas la laisser triste.

    — Merci, maman aussi ! Merci, vous deux… Merci, Père Noël !

    Elle a souri, forcée. Le caméscope, ce n’était vraiment pas son idée. J’ai rapidement ouvert les deux autres cadeaux, une boîte de Lego, une autre idée de ma mère pour développer ma motricité fine. J’ai tellement été développé de ce côté-là que je suis capable de démonter une montre avec des gants de hockey.

     

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  • [Livre] Captive

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    Résumé : 1859 : Grace Marks, condamnée à perpétuité, s'étiole dans un pénitencier canadien. A l'âge de seize ans, Grace a été accusée de deux horribles meurtres. Personne n'a jamais su si elle était coupable, innocente ou folle. Lors de son procès, après avoir donné trois versions des faits, Grace s'est murée dans le silence : amnésie ou dissimulation ? Le docteur Simon Jordan veut découvrir la vérité. Gagnant sa confiance, Jordan découvre peu à peu la personnalité de Grace, qui ne semble ni démente ni criminelle. Mais pourquoi lui cache-t-elle les troublants rêves qui hantent ses nuits ? Inspiré d'un sanglant fait divers qui a bouleversé le Canada du XIXe siècle, Margaret Atwood nous offre un roman baroque où le mensonge et la vérité se jouent sans fin du lecteur.


    Auteur : Margaret Atwood

     

    Edition : Robert Laffon

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 05 juin 2003

     

    Prix moyen : 9€

     

    Mon avis : J’ai beaucoup aimé ce roman inspiré d’un fait divers canadien. Même si l’auteur a romancé l’histoire, on peut voir qu’elle s’est documentée et qu’elle est restée aussi proche que possible de la réalité, du moins pour ce que l’on en sait.
    J’ai apprécié qu’elle ne cherche pas à nous donner une fin tranchée et que, si elle nous offre plusieurs explications possibles au cas Grace Marks (manipulatrice, innocente, amnésique ou victime de dédoublement de la personnalité), elle reste dans l’incertitude puisque la vérité à ce sujet n’a jamais été découverte et qu’aujourd’hui encore on se demande qu’elle a été la réelle implication de Grace dans les meurtres de son patron et de la femme de charge.
    Le récit alterne entre l’histoire à la troisième personne suivant le docteur Simon Jordan, le récit à la première personne de Grace et les lettres échangées, des coupures de journaux, des citations, qui éclairent sur l’opinion publique. D’ailleurs l’auteur effectue un changement de style entre les différentes parties. Grace a un langage oral, familier, elle dit les choses comme elles lui viennent, tandis que les parties concernant le docteur Jordan sont plus structurées, avec un ton plus soutenu.
    Les dialogues ne sont pas marqués par des tirets ou des guillemets dans le récit de Grace. C’est un peu déroutant, au début, car si on ne fait pas attention, on peut vite perdre le fil et ne plus savoir qui dit quoi, mais on fini par s’y habituer, d’autant plus que c’est assez logique puisque le texte est censé être la transcription du récit de la jeune femme.
    Le roman est long, tout est raconté de manière extrêmement détaillé, et le rythme est assez lent. Il n’y a pas vraiment d’action qui nous pousse à aller plus vite, pas de suspense concernant l’histoire puisqu’on sait qu’elle se fini par le meurtre et l’emprisonnement de Grace.
    C’est un roman passionnant mais qu’on peut avoir besoin de poser de temps en temps.
    Du côté des personnages, j’ai trouvé qu’en dehors de Grace, ils étaient, dans l’ensemble, assez antipathiques.
    Ils se montrent très souvent condescendants et considèrent Grace comme une distraction, même ceux qui cherchent à prouver son innocence.
    Quant au docteur Simon Jordan, je ne suis pas certaine de l’apprécier. Certes il essaie d’aider Grace, mais il veut avant tout se faire un nom et le cas de la jeune femme pourrait le propulser sur le devant de la scène. Son comportement en dehors des séances montre qu’il se croit facilement supérieur à ses semblables et j’ai eu du mal à le supporter.
    Grace, elle, est d’une complexité troublante. Elle est pétrie de contradictions et son récit laisse perplexe à plusieurs reprises. J’avoue que je m’interroge à propos d’un éventuel dédoublement de personnalité car elle a vécut un choc qui aurait pu le provoquer. Mais j’ai été incapable de découvrir si Grace simulait ou non les passages à ce propos.
    Je sais qu’une série a été faite sur ce livre, « Alias Grace », et j’ai hâte de voir ce qu’elle donne, maintenant que j’ai lu le livre !

     

    Un extrait : Je suis assise sur le canapé en velours cramoisi du petit salon du gouverneur, du petit salon de l’épouse du gouverneur ; ça a toujours été le petit salon de l’épouse du gouverneur, même si ce n’est pas toujours la même épouse, puisqu’on les déplace en fonction de la politique. J’ai les mains jointes sur les genoux, très comme il faut, bien que je n’aie pas de gants. Les gants que j’aimerais avoir seraient soyeux et blancs, et ils ne feraient pas du tout de plis.

    Je suis souvent dans ce salon en train de débarrasser les affaires du thé et de faire la poussière des petites tables, du grand miroir au cadre orné de raisins et de feuilles et du piano ; et de la grande horloge venue d’Europe avec le soleil orange doré et la lune argent qui apparaissent et disparaissent selon l’heure de la journée et la semaine du mois. Moi, dans le petit salon, c’est l’horloge que je préfère bien qu’elle égrène le temps et que j’en aie déjà à revendre.

    Mais, avant, je ne m’étais jamais assise sur le canapé, vu que c’est pour les invités. Mme Alderman Parkinson avait dit qu’une dame ne devait jamais s’asseoir sur un siège qu’un gentilhomme venait de libérer, bien qu’elle n’eût pas voulu donner de raison ; mais Mary Whitney s’était écriée, Parce que, espèce d’andouille, il conserve encore la chaleur de son derrière ; ce qui était une grossièreté. C’est pour ça que je ne peux pas m’asseoir là sans penser à tous ces derrières distingués qui se sont assis sur ce canapé, tous délicats et blancs, comme des œufs mollets.

    Les visiteuses portent des robes d’après-midi avec des rangées de boutons sur le devant et des crinolines en fils métalliques bien raides par-dessous. C’est franchement un miracle qu’elles puissent s’asseoir, et, quand elles marchent, il n’y a rien qui touche leurs jambes sous leurs jupes bouffantes, excepté leurs chemises et leurs bas. Elles ressemblent à des cygnes, à avancer en glissant sur des pieds invisibles ; ou sinon aux méduses du petit port rocailleux à côté de notre maison, quand j’étais petite, avant même que j’aie entrepris cette longue et triste traversée de l’océan. Elles avaient une forme de cloche et ondoyaient gracieusement sous la mer ; mais quand elles étaient rejetées sur le rivage et qu’elles séchaient au soleil, il ne restait plus rien d’elles. Et c’est ce à quoi ressemblent les dames : à de l’eau, principalement.

    Les crinolines en métal n’existaient pas quand on m’a amenée ici pour la première fois. C’était du crin de cheval, à l’époque, vu qu’on n’avait pas inventé les armatures en métal. Je regarde celles qui sont accrochées dans les penderies quand je vais faire le ménage et vider les seaux de toilette. On dirait des cages à oiseaux ; mais qu’est-ce qu’elles enferment, ces cages ? Des jambes, les jambes des dames ; des jambes parquées dedans pour ne pas qu’elles s’échappent et aillent se frotter contre les pantalons des messieurs. L’épouse du gouverneur ne prononce jamais le mot jambe et, pourtant, les journaux ont dit jambes quand ils ont parlé de Nancy dont les jambes mortes dépassaient de dessous le cuvier.

     

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