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Romans contemporains

  • [Livre] La vie de A à Z

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    Lecture terminée le : 02 août 2020

     

    Résumé : Poppy et Rose étaient auparavant aussi proches que peuvent l'être deux soeurs, mais cela fait plus de dix ans qu'elles ne se parlent plus. Jusqu'au jour où elles apprennent que leur mère est morte - sans avoir jamais eu la chance de voir ses filles réunies. Mais Andrea n'était pas le genre de femme à laisser la mort se mettre en travers de ses plans. Connaissant ses filles mieux qu'elles ne se connaissent elles-mêmes, elle leur a légué un dernier cadeau d'un genre unique dans l'espoir de les réconcilier : La Vie de A à Z.


    Auteur : Debbie Johnson

     

    Edition : France Loisirs

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 13 Juin 2018

     

    Prix moyen : 18€

     

    Mon avis : Encore un roman qui m’aura fait pleurer comme une madeleine.
    La démarche d’Andréa peut paraître étrange mais, étant donné les raisons de la brouille entre ses filles, je la comprends.
    Le roman alterne entre les chapitres au présent, où l’on voit les deux sœurs suivre tant bien que mal les petits cailloux semés par leur mère, et des flash-back du passé qui nous dévoilent peu à peu les raisons de la brouille entre Rose et Poppy.
    Les messages laissés par Andréa, alors qu’elle lutte contre le cancer (et la douleur), sont bouleversants.
    Ce sont surtout eux qui m’ont fait monter les larmes aux yeux et donnés très envie d’appeler ma mère juste pour voir si elle allait bien (c’est pas comme si on s’appelait tous les jours… ah…si, en fait).
    Rose et Poppy sont très attachantes, chacune dans son genre. On ne peut pas trouver plus opposées que ces deux-là. Difficile d’imaginer qu’elles aient pu être si proches qu’on en aurait dit des siamoises.
    Si l’attitude passée de Rose peut être excusée par la situation dans laquelle elle se trouvait (situation dont la complexité est admirablement décrite, du point de vue de la victime), on se demande pourquoi elle s’obstine dans cette attitude. Une fois qu’elle avait ouvert les yeux sur la situation, je ne m’explique pas qu’elle n’ait pas demandé des explications à sa sœur. Surtout une fois sortie de cette situation.
    L’attitude de Poppy est plus logique. Elle s’est forgé une carapace pour se protéger.
    Au-delà de l’histoire de la brouille entre les deux sœurs, on a surtout ici une histoire de deuil.

    Le chemin suivi par les sœurs ne doit pas seulement leur permettre de se retrouver mais aussi de faire le deuil de leur mère.
    Si Rose et Poppy (et dans une moindre mesure, Andréa) sont les personnages principaux, il y a deux personnages secondaire qu’on ne peut pas ne pas nommer.
    Le premier est Joe, le fils de Rose. Il est très affecté par la mort de sa grand-mère mais très excité de rencontrer enfin sa fameuse tante Poppy. Il est très protecteur envers sa mère, qu’il supporte mal de voir se détruire à petit feu.
    L’autre personnage est Lewis. Avocat en semi-retraite, il est le meilleur ami d’Andréa. Il m’a beaucoup touché car il doit mettre son deuil de côté et étouffer sa peine pour s’assurer que les dernières volontés de son amie sont bien respectées.
    Même si j’ai beaucoup pleuré, j’ai trouvé que ce livre était un vrai roman feel-good et j’ai passé un très bon moment en compagnie de ces personnages tous plus attachants les uns que les autres.

     

    Un extrait : Il tend le bras pour prendre l’une de ses mains dans la sienne. Il a des mains énormes – il est bâti comme un grizzly –, et celles d’Andrea sont minuscules. Il la tient délicatement, observant sa peau parcheminée, craignant qu’elle parte en poussière et s’envole au plus léger contact. Il sent ses doigts s’enrouler autour des siens et se réjouit de se trouver là. Certes, elle n’a pas ses filles, mais elle n’est pas seule.

    — Tu crois que tout est réglé, Lewis ? murmure-t-elle, le tirant de ses réflexions dans un sursaut.

    Il avait supposé qu’elle était sur le point de piquer l’un de ces sommes intermittents.

    — Tu crois que j’en ai fait assez ? dit-elle, lui agrippant les doigts.

    Elle avait plus que jamais besoin d’être rassurée.

    — Chérie, tout est réglé. Je ne t’ai jamais vue déployer de tels talents d’organisation que ces dernières semaines. Ça suffira, je te le promets. Alors ne t’inquiète de rien, je sais quoi faire. Tout est prêt, et je jouerai mon rôle à la perfection.

    — Ah, ce sera une première, alors…, chuchote-t-elle d’un ton sarcastique.

    Toujours la critique. Juste parce qu’une fois – une seule fois – il a lâché ce foutu crâne pendant une représentation d’Hamlet.

    Elle peine à se redresser pour s’asseoir. Il l’aide à s’incliner en avant et arrange le lit de telle sorte qu’elle soit calée bien droit. Il lui lance un dernier coup d’œil ; les cheveux aussi impeccables que possible, le maquillage appliqué, les oreilles débarrassées de leurs effroyables pendants. Elle a insisté pour porter des « vêtements convenables », même si désormais son chemisier en soie crème flotte sur ses épaules, et s’est aspergée de Coco Chanel, comme si les filles allaient percevoir les odeurs sur la vidéo.

    — OK, dit-elle en prenant une grande inspiration. Je pense que je suis prête. Je vois pratiquement un homme avec une faux qui rôde dans le couloir près du distributeur automatique, mon ange, alors on ferait mieux de s’y mettre. The show must go on. Tout est prêt ?

    Il acquiesce et allume la caméra. La technologie n’a jamais été son fort, et il a dû apprendre vite. S’il en a marre de jouer au bon avocat de province, il pourra toujours se reconvertir en génie du numérique.

    — Test, test, uno-dos-tres…, dit Andrea.

    Elle a une voix haute et ferme ; plus forte qu’il ne l’a entendue depuis des jours. Quelle professionnelle. Il ajuste ses angles, sachant qu’elle insistera pour faire une nouvelle prise si le résultat n’est pas conforme à ses grandes exigences, et lève le pouce pour lui donner le départ. Elle tourne vers lui ses yeux splendides et sourit à l’objectif. C’est un gros plan parfait, et elle l’interprète exactement comme il faut.

    — Mes chéries. Rosehip, Popcorn, mes seuls véritables amours. Je ne veux pas verser dans le mélo hollywoodien, mais si vous regardez cette cassette, cela ne peut signifier qu’une chose : j’ai quitté mon enveloppe charnelle… et vous allez avoir besoin plus que jamais l’une de l’autre. Vous devez mettre de côté vos différends et veiller l’une sur l’autre, comme vous le faisiez avant

     

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  • [Livre] Ce sera moi

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    Lecture terminée le : 04 décembre 2020

     

    Résumé : Skye Shin a tout entendu. Les filles grosses ne devraient pas danser. Elles ne devraient pas porter des couleurs vives. Elles ne devraient pas attirer l’attention sur elles. Mais Skye rêve de rejoindre le monde pailleté de la K-Pop, et pour cela elle est prête à briser toutes les règles que la société, les médias et même sa propre mère ont établies pour les filles comme elle.
    Skye se présente à un concours télévisé, avec à la clé un poste d’apprentie star de la K-Pop. Elle est prête à tout pour gagner, prête à affronter la fatigue des répétitions, les difficultés de la compétition, les drames de la télé-réalité. Mais rien ne l’avait préparée à la grossophobie des membres du jury, aux haters sur les réseaux sociaux… et encore moins à un rapprochement avec un de ses concurrents, Henry Cho. Pour autant, Skye n’oublie pas son objectif : devenir la première star grande taille de la K-Pop au monde. Ce qui signifie remporter la compétition… sans se perdre elle-même.


    Auteur : Lyla Lee

     

    Edition : Hachette

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 26 Août 2020

     

    Prix moyen : 17€

     

    Mon avis : J'avais beaucoup entendu parler de ce roman qui parle de différence, notamment de grossophobie.
    Si j'ai bien aimé ma lecture, j'ai quelques reproches à lui faire.
    D'abord, même si c'est un détail sur lequel on passe rapidement, la multiplication des "Grrr" dans les dialogues quand Skye est irritée est tout simplement de trop. Ça casse le dialogue tant ce n'est pas naturel.

    Le second point que je reproche au bouquin est un petit peu plus important car il a été source d'une réelle déception.

    On a un livre qui parle de différence. Et c'est vrai que sur le sujet de la grossophobie, l'histoire est bien tournée (on y reviendra dans les points positifs, car oui, ne vous en faites pas, il y en a). Mais il y a un point qui, à mon avis, est de trop: c'est la bisexualité de Skye. En effet, dès les premières pages, on voit venir gros comme un camion la romance entre Skye et Henry, La jeune star coréenne.
    Il est dit à plusieurs reprises que leurs parents respectifs sont traditionalistes.
    Et donc, ils finissent chacun avec une personne coréenne, du sexe opposé. Donc exactement ce qu'attendent d’eux leurs parents.
    En fait, on aurait dit que la bisexualité de Skye n'est mentionnée que pour dire : « Vous avez vu ? Diversité ! »
    Parmi les participants à la compétition, il y a une jeune fille noire. Là oui, si on avait eu une histoire entre Skye et elle, les mentions à la sexualité et au traditionalisme des parents auraient eu un intérêt. Car dans l'état actuel des choses, j'ai l'impression qu'on m'a fait : « Pssst ! Viens voir ! », avant de me claquer la porte au nez.
    Pour autant, on ne peut pas dire que ce roman n'est pas une bonne lecture.
    Skye est une adolescente bien dans sa peau qui ne voit pas pourquoi elle devrait faire des régimes alors qu'elle est active et que le médecin lui assure qu'elle est en bonne santé.
    Sa relation avec sa mère est très tendue. Cette dernière ne lui apporte aucun soutien, bien au contraire, elle passe son temps à rabaisser et dénigrer sa fille. Alors ok, il y a une part de différence de culture, mais, si le père de Skye est capable d'ouverture d'esprit, pourquoi pas sa mère ? J'ai eu du mal à lui trouver des excuses et à comprendre son comportement.
    J'ai bien aimé le fait que Skye sache tenir tête à ceux qui la critiquent et/ou la harcèlent, mais qu'elle ne soit pas un rock insensible.
    Une fille de 16 ans inébranlable quoi qu'il arrive, ça n'aurait pas été crédible. Mais Skye a des moments de doute et de fragilité qui équilibrent son personnage.

    Skye n'est pas le seul personnage à être attachante.

    Henry montre les revers de la célébrité et est loin d'être aussi superficiel qu'on peut l'imaginer après sa première apparition.

    J'ai également beaucoup aimé les copines de Skye, la manager et de garde du corps de Henry, ainsi que le couple de jeunes filles qui participnt aussi à la compétition.

    Tous les personnages ne sont pas bienveillants, loin de là, mais Skye, en plus de son caractère, est quand même bien entourée.

    Même si j'ai ressenti une pointe de déception devant le côté trop prévisible et conventionnel, ce roman était quand même une bonne lecture portée par une plume agréable, à défaut d'être exceptionnelle, et, même si je ne suis pas du tout une adepte de la K-pop, je ne me suis pas senti perdue.
    L’attitude de Skye face au harcèlement est vraiment un exemple à suivre et ce livre à mettre entre les mains de tous ceux qui vivent ce genre de situation pour leur mettre un peu de baume au cœur.

     

    Un extrait : Les grosses ne savent pas danser.

    C’est ce que ma mère m’a dit quand j’étais petite, après un de mes spectacles de danse classique. Je ne me sentais déjà pas à ma place. Nous n’étions que cinq, mais les autres avaient perdu leur graisse de bébé, elles étaient minces et gracieuses alors que j’étais ronde comme un chérubin et qu’on voyait mes bourrelets ballotter depuis les sièges du balcon.

    Une gamine ordinaire aurait sans doute pleuré. Ou se serait découragée. Ou aurait même arrêté le ballet. Mais ma réaction a été tout autre : j’ai tapé du pied avec toute la force de mes cinq ans et j’ai crié à ma mère :

    — AH OUI ? Tu te trompes ! Tu verras !

    J’ai continué la danse classique pendant plusieurs années. Puis, quand j’en ai eu marre des filles snobs aux airs de diva, je me suis mise au hip-hop et à la danse moderne.

    Cette anecdote est assez représentative de ma relation avec ma mère. C’est pour cette raison que j’ai préféré ne pas lui parler de You’re My Shining Star, le concours survival de K-pop organisé à Los Angeles. C’est pour ça que je sèche les cours aujourd’hui et que j’ai pris le train pour aller passer l’audition.

    Heureusement, mon père m’a accompagnée au casting la semaine dernière. Il a fait la queue avec moi et a signé tous les formulaires d’autorisation parentale, ce que ma mère n’aurait jamais fait.

     

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  • [Livre] La chambre des merveilles

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    Lecture terminée le : 03 octobre 2020

     

    Résumé : Louis a 12 ans. Ce matin, alors qu’il veut confier à sa mère, Thelma, qu’il est amoureux pour la première fois, il voit bien qu’elle pense à autre chose, à son travail sûrement. Alors il part, fâché et déçu, avec son skate, et traverse la rue à fond. Un camion le percute de plein fouet.

    Le pronostic est sombre. Dans quatre semaines, s’il n’y a pas d’amélioration, il faudra débrancher le respirateur de Louis. En rentrant de l’hôpital, désespérée, Thelma trouve un carnet sous le matelas de son fils. À l’intérieur, il a dressé la liste de toutes ses « merveilles », c’est-à-dire les expériences qu’il aimerait vivre au cours de sa vie.

    Thelma prend une décision : page après page, ces merveilles, elle va les accomplir à sa place. Si Louis entend ses aventures, il verra combien la vie est belle. Peut–être que ça l’aidera à revenir. Et si dans quatre semaines Louis doit mourir, à travers elle il aura vécu la vie dont il rêvait.

    Mais il n’est pas si facile de vivre les rêves d’un ado, quand on a presque quarante ans…


    Auteur : Julien Sandrel

     

    Edition : Calmann-Lévy

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 07 Mars 2018

     

    Prix moyen : 18€

     

    Mon avis : Quand on lit le quatrième de couverture, on se dit qu’on va lire un livre qui va nous tirer des larmes du début à la fin. Alors oui, certes, il y a beaucoup d’émotion et pour ceux et celles qui ont la larme facile, comme moi, autant vous dire qu’il vaut mieux garder la boite de mouchoirs à proximité.
    Mais il y a aussi beaucoup d’espoir dans ce livre et beaucoup d’humour, les tâches que Thelma décide d’accomplir n’étant pas facile pour une femme adulte (comme faire un stage de foot avec des enfants de 8-12 ans).
    J’ai beaucoup aimé le fait qu’on ait le point de vue de Louis, qui dans le coma, reste conscient de certaines choses et commente tout ce qu’il apprend des tribulations de sa mère.
    J’ai aussi beaucoup aimé la mère de Thelma, la grand-mère de Louis. Même si au départ, quand elle apprend l’accident de Louis, elle se montre très dure devant l’état catatonique de sa fille, ensuite, c’est un vrai pilier pour cette dernière.
    Thelma est le type même de la femme qui fait passer sa vie professionnelle avant tout, sans se rendre compte que les moments qu’elle rate auprès de son fils ne se rattraperont pas.
    Le drame qu’elle vit va la faire relativiser et prendre conscience que non seulement aucune carrière ne vaut de négliger sa famille, mais qu’en plus elle est vraiment très mal traitée dans son entreprise qui est pleine de mec haut placée qui pensent que les remarques sexistes et insultantes sont de l’ordre du normal.
    En suivant la liste de rêves de son fils, même si ce n’est pas toujours facile pour elle de s’y plier, elle apprend non seulement à mieux le connaitre mais à mieux se connaitre elle-même. Elle s’épanouit en se « lâchant » un peu.
    Autour de Thelma, de Louis et de la grand-mère, gravite plusieurs personnages qui illustrent parfaitement l’expression « le monde est petit » : Il y a Charlotte, une des infirmières qui s’occupe de Louis, le prof de foot de Louis ainsi que la petite Isa, qui semble avoir tapé dans l’œil du jeune garçon.
    A chaque étape du parcours de Thelma, on se demande ce que Louis a bien pu inventer pour la suite, et on sourit d’avance en imaginant la tête que fera Thelma en découvrant sa prochaine épreuve.
    La fin est une très jolie fin qui va au-dela de Louis et de son entourage et qui montre que des pires drames peut sortir quelque chose de positif.

     

    Un extrait : — Louis, c’est l’heure ! Allez, je ne le répète plus, s’il te plaît lève-toi et habille-toi, on va être à la bourre, il est déjà 9 h 20.

    C’est à peu près comme ça qu’a commencé ce qui allait devenir la pire journée de toute mon existence. Je ne le savais pas encore, mais il y aurait un avant et un après ce samedi 7 janvier 2017, 10 h 32. Pour toujours il y aurait cet avant, cette minute précédente que je désirerais figer pour l’éternité, ces sourires, ces bonheurs fugaces, ces photographies gravées à jamais dans les replis sombres de mon cerveau. Pour toujours il y aurait cet après, ces “ pourquoi ”, ces “ si seulement ”, ces larmes, ces cris, ce mascara hors de prix sur mes joues, ces sirènes hurlantes, ces regards remplis d’une compassion dégueulasse, ces soubresauts incontrôlables de mon abdomen refusant d’accepter. Tout ça, bien sûr, m’était alors inaccessible, un secret que seuls les dieux – s’il en existait, ce dont je doutais fort – pouvaient connaître. Que se disaient-elles alors, à 9 h 20, ces divinités ? Un de plus, un de moins, qu’est-ce que ça peut bien faire ? Tu es sûr de toi ? Pas forcément, mais pourquoi pas ? C’est vrai après tout pourquoi pas, ça ne changera pas la face du monde. J’étais loin de tout ça, loin des dieux, loin de mon cœur. J’étais juste moi, à cet instant précis si proche du point de basculement, de rupture, de non-retour. J’étais moi, et je pestais contre Louis qui décidément ne faisait aucun effort.

     

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  • [Livre] Cadavre exquis

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    Lecture terminée le : 15 novembre 2020

     

    Résumé : Un virus a fait disparaître la quasi-totalité des animaux de la surface de la Terre. Pour pallier la pénurie de viande, des scientifiques ont créé une nouvelle race, à partir de génomes humains, qui servira de bétail pour la consommation. Ce roman est l’histoire d’un homme qui travaille dans un abattoir et ressent un beau jour un trouble pour une femelle de « première génération » reçue en cadeau. Or, tout contact inapproprié avec ce qui est considéré comme un animal d’élevage est passible de la peine de mort. À l’insu de tous, il va peu à peu la traiter comme un être humain.


    Auteur : Agustina Bazterrica

     

    Edition : Flammarion

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 21 Août 2019

     

    Prix moyen : 19€

     

    Mon avis : Âme sensible s’abstenir : ce roman est dur. Il est composé de scènes très difficiles, voire insoutenables.
    Je suis loin, très loin d’être végétarienne et je n’ai aucune intention de le devenir, mais je vous garantis que j’ai été contente de ne pas avoir mangé avant de lire ce livre ! Car l’auteur ne nous épargne pas grand-chose (pour ne pas dire rien  du tout).
    Je peux vous dire que si ce livre était un film, ce serait un film d’horreur et j’aurais été totalement incapable de le regarder : Mais en livre, ça va, ça passe…
    Concernant le virus censé avoir décimé les animaux et qui, à terme, a conduit à ce cannibalisme institutionnalisé, je suis aussi sceptique que le personnage principal. Je trouve que ce virus mortel tombe drôlement bien étant donné les problèmes de surpopulation que rencontraient les différents gouvernements et que tous ceux qui ont osé parler de complot se sont vu rapidement réduire au silence !
    Marcos Tejo travaillait dans l’abattoir de son père et aujourd’hui ce même abattoir abat des humains (même si on n’a pas le droit de les appeler comme ça, c’est illégal). Son travail le déprime mais il en a besoin, c’est un travail qui paye bien et Marcos a besoin d’argent pour payer la maison de retraite dans laquelle il a placé son père. Il faut dire que la plupart des maisons de retraite sont plutôt douteuses et que trouver un établissement correct a un prix plus que certain. Marcos ne peut donc pas se permettre de faire la fine bouche (sans mauvais jeu de mot) d’autant plus que sa sœur ne donne pas un centime pour participer aux frais.
    J’ai vraiment eu du mal à supporter sa sœur. Elle est stupide, cupide et intéressée. Elle agit comme un mouton et ne pense qu’à ce que les gens peuvent penser d’elle. Elle se fiche totalement de leur père mais affiche l’air concerné d’une bonne fille pour se donner bonne conscience tout en utilisant le soi-disant manque d’argent ou l’existence d’un couvre-feu pour ne s’occuper de rien.
    Afin de le remercier pour ses services (ou en guise de pot-de-vin), un éleveur offre à Marcos une femelle « Première Génération Pure », c’est-à-dire une « bête » de qualité supérieure. Pourtant Marcos se révèle incapable de la vendre, la faire abattre ou quoi que ce soit d’autre. Pire, il commence à la traiter en être humain. Et ce n’est pas anodin car les personnes qui donnent un statut d’humain à ceux que le gouvernement considère comme des animaux d’élevage risquent eux-mêmes d’être condamnés à mort et « déclassés » avant d’être conduit dans un abattoir public.
    Tejo est un homme à la dérive. Dès les premières pages, on apprend que sa femme est partie vivre chez sa mère, bien qu’on mette assez longtemps à en comprendre la raison.
    Le livre offre un contraste frappant entre les descriptions dans les abattoirs qui sont froides et presque cliniques et les états d’âmes de Tejo de ses visites à un ancien zoo à son comportement envers la femelle qu’il a baptisé Jasmin.
    Pendant une grande partie du roman, on fait des suppositions sur comment cette histoires va finir, comment elle peut finir. A-t-elle seulement une chance de bien finir au vue de la situation du pays, voire de la situation mondiale ?
    J’avais fait de nombreuses suppositions mais je peux vous dire que la fin m’a prise totalement au dépourvue. Je n’ai vraiment rien vu venir et le moins qu’on puisse dire c’est que cette fin est surprenante ! Mais je n’en dévoilerais pas plus !

     

    Un extrait : Demi-carcasse. Étourdisseur. Ligne d’abattage. Tunnel de désinfection. Ces mots surgissent et cognent dans sa tête. Le détruisent. Mais ce ne sont pas seulement des mots. C’est le sang, l’odeur tenace, l’automatisation, le fait de ne plus penser. Ils s’introduisent durant la nuit, quand il ne s’y attend pas. Il se réveille le corps couvert de sueur car il sait que demain encore il devra abattre des humains.

    Personne ne les appelle comme ça, pense-t-il, en s’allumant une cigarette. Lui non plus il ne les appelle pas comme ça quand il explique le cycle de la viande à un nouvel employé. On pourrait l’arrêter à ce seul motif, et même l’envoyer aux Abattoirs Municipaux pour se faire transformer. « Assassiner » serait le mot exact, mais ce mot-là n’est pas autorisé. En ôtant son maillot trempé, il cherche à chasser cette idée persistante selon laquelle c’est pourtant bien ce qu’ils sont, des humains, élevés pour être des animaux comestibles. Il va au frigo et se sert de l’eau glacée. Il la boit lentement. Son cerveau le prévient que certains mots dissimulent le monde.

    Il y a des mots convenables, hygiéniques. Légaux.

    Il ouvre la fenêtre, la chaleur l’étouffe. Il fume en respirant l’air calme de la nuit. Avec les vaches et les porcs, c’était facile. Il a appris le métier au Cyprès, la société d’abattage de son père, son héritage. D’accord, le cri d’un porc qu’on met à terre, ce pouvait être épouvantable, mais en utilisant des protections auditives, cela devenait vite un bruit parmi d’autres. Maintenant qu’il est le bras droit du chef, il doit surveiller et former les nouveaux. Enseigner à tuer, c’est pire que de le faire soi-même. Il passe sa tête par la fenêtre. Respire l’air compact, brûlant.

    Il voudrait s’anesthésier, ne plus rien ressentir. Agir automatiquement, regarder, respirer, voilà tout. Voir, savoir et ne rien dire. Mais les souvenirs sont là, ils restent.

    La majorité des gens a intégré ce que les médias s’obstinent à appeler la « Transition ». Mais pas lui, parce qu’il sait que transition est un mot qui ne dit pas que le processus a été bref et sans pitié. C’est un mot qui résume et archive un événement incommensurable. Un mot vide. Changement, transformation, tournant : autant de synonymes qui ont l’air de signifier la même chose, et pourtant le choix d’employer l’un ou l’autre dit une manière singulière de voir le monde. Les gens ont intégré le cannibalisme, pense-t-il. Cannibalisme, encore un mot qui pourrait lui attirer de sérieux problèmes.

     

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  • [Livre] A première vue

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    Lecture terminée le : 08 janvier 2021

     

    Résumé : Merit Voss sait qu’elle est une fille un peu bizarre. Elle collectionne, par exemple, les trophées qu’elle n’a pas gagné. C’est en voulant en acquérir dans une brocante qu’elle fait la connaissance d’un séduisant jeune homme, Sagan. Il lui plaît immédiatement mais elle va vite réaliser que la situation risque d’être un peu plus compliquée qu’elle ne le pensait et que l’alchimie qu’elle a cru percevoir entre eux, a peu de chances de se développer.
    Rien n’est jamais simple dans la famille Voss. Ses parents sont séparés officiellement mais vivent encore sous le même toit, celui d’une ancienne église désaffectée. Son père a épousé l’infirmière de son ex-épouse, qui l’a assistée lorsqu’elle a eu un cancer. Ses frères et sœurs ont des traits de caractère qu’elle n’apprécie pas et qui le rendent aussi étranges que leurs parents. Merit ne supporte plus cette famille dont elle juge sévèrement chaque membre.
    Mais, le pire est peut-être à venir quand elle découvre que les apparences sont peut-être trompeuses. Quand la vérité se dévoile, lorsque des secrets bien gardés commencent à émerger, Merit est confrontée à une tâche difficile : remettre toutes ses certitudes en question.


    Auteur : Colleen Hoover

     

    Edition : Hugo & cie

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 10 Octobre 2019

     

    Prix moyen : 17€

     

    Mon avis : Définitivement, j'aime le nouveau style de l'auteur. Autant j'ai trouvé ses premiers romans plats, clichés et sans grand intérêt (je sens que je vais me faire des amis), autant, à partir de "Jamais plus", je les ai trouvés excellents. Or l'auteur elle-même, tout comme les différents avis que j'ai pu lire, déclare que ces romans sont différents de ce qu'elle avait l'habitude d'écrire.
    J'espère vraiment qu'elle va continuer sur cette voie, mais ça m'a l'air bien parti.

    Ce roman, il m'a fallu une bonne cinquantaine de pages pour rentrer dedans. Mais, une fois harponnée, impossible de lâcher cette histoire. Déjà, j'ai adoré le fait que la romance, bien qu'elle existe, ne soit pas au centre de l'histoire.
    Non, cette fois-ci, le centre de l'histoire, c'est la famille. Or, la famille de Merit est quelque peu compliquée, dysfonctionnelle, on peut même dire carrément en vrac.
    4 enfants et 3 parents vivent dans une ancienne église. Oui, oui, 3 parents, vous avez bien lu. Car la première épouse de monsieur vit au sous-sol tandis que celui-ci vit à l'étage avec sa seconde épouse, les 3 enfants qu'il a eu avec la première épouse et le petit bout qu'il a eu avec la seconde ... Ça va, vous suivez?
    Ajoutez à cela le charmant Sagan qui s'installe à demeure ainsi que deux invités pas vraiment prévus au programme et qu'est-ce que ça donne ? Un joyeux bordel!!

    Merit, l'héroïne, pose un regard sans concession sur cette famille dont elle juge avec sévérité les nombreux secrets. Et c'est vrai que ces secrets gangrènent les relations des uns et des autres et surtout celles de Merit.
    J'ai beaucoup aimé cette adolescente. Elle est attachante, malgré ou peut-être à cause de son manque de confiance en elle. Elle se juge, par exemple, bien moins jolie que sa sœur Honor alors qu'elles sont des jumelles parfaites.
    Le caractère de Merit cache une vraie souffrance et on espère sans cesse qu'elle va se sentir mieux, plus apaisée, plus à sa place.
    Il faut dire que la jeune fille n'est guère aidée et que Moby, le petit frère de 4 ans, semble être le plus équilibré de cette sacrée famille.

    L'histoire nous ai racontée du point de vue de Merit et, comme celle-ci se croit responsable tous les malheurs du monde, elle nous apparaît comme le nœud de discorde de la famille.
    Ce n'est pas entièrement faux dans la mesure où Merit est la seule dépositaire de l'ensemble des secrets existants.

    Bien entendu, sans surprise, un événement va provoquer la révélation de tous ces secrets et faire exploser le fragile équilibre de la famille.
    Si la première partie était plein de tensions et de malaises, la seconde a des airs de "règlements de comptes à OK Corral".
    Ce roman aborde des sujets difficiles mais, comme pour tous ses romans depuis "jamais plus", la plume de l'auteur les traite avec finesse et talent.
    Et comme pour tous ses romans depuis "jamais plus", en plus d'être un coup de cœur, cette histoire m'a trotté dans la tête bien longtemps après que j'ai refermé le livre.

     

    Un extrait : Je possède une impressionnante collection de trophées que je n’ai pas gagnés.

    Pour la plupart, je les ai achetés dans des brocantes ou des vide-greniers. J’en ai reçu deux de mon père pour mon dix-septième anniversaire. Je n’en ai volé qu’un.

    C’est sans doute celui que j’aime le moins. Je l’ai pris dans la chambre de Drew Waldrup, juste après qu’il a rompu avec moi. On est sortis ensemble pendant deux mois et c’était la première fois que je le laissais passer la main sous mon tee-shirt. Je trouvais ça très agréable, jusqu’au moment où il a baissé les yeux sur moi et a laissé tomber :

    — Je crois que je n’ai plus envie de sortir avec toi, Merit.

    Alors que j’appréciais sa caresse sur mes seins, il ne pensait qu’à une chose : ne jamais recommencer. Stoïquement, je me suis levée. Après avoir rajusté mon tee-shirt, je me suis dirigée vers sa bibliothèque pour y prendre le plus gros de ses trophées. Il n’a pas dit un mot. J’estimais qu’après m’avoir larguée, la main sur mon cœur, il me devait bien ça.

    Ce trophée du championnat régional de football a lancé ma collection. Dès lors, j’en choisis au hasard dans les brocantes, chaque fois qu’il m’arrive des trucs nuls.

    Lorsque j’ai raté mon permis de conduire ? J’ai acquis le trophée du vainqueur du lancer de poids.

    Lorsque je n’ai pas été invitée au bal de promo ? Je me suis procuré celui de la plus brillante distribution pour une pièce en un acte.

    Lorsque mon père a demandé sa maîtresse en mariage ? J’ai trouvé la coupe des Champions de l’équipe junior.

     

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  • [Livre] Sauveur et fils – T01

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    Lecture terminée le : 31 mai 2020

     

    Résumé : Quand on s’appelle Sauveur, comment ne pas se sentir prédisposé à sauver le monde entier ? Sauveur Saint-Yves, 1,90 mètre pour 80 kg de muscles, voudrait tirer d’affaire Margaux Carré, 14 ans, qui se taillade les bras, Ella Kuypens, 12 ans, qui s’évanouit de frayeur devant sa prof de latin, Cyrille Courtois, 9 ans, qui fait encore pipi au lit, Gabin Poupard, 16 ans, qui joue toute la nuit à World of Warcraft et ne va plus en cours le matin, les trois soeurs Augagneur, 5, 14 et 16 ans, dont la mère vient de se remettre en ménage avec une jeune femme…

    Sauveur Saint-Yves est psychologue clinicien.

    Mais à toujours s’occuper des problèmes des autres, Sauveur oublie le sien. Pourquoi ne peut-il pas parler à son fils Lazare, 8 ans, de sa maman morte dans un accident ? Pourquoi ne lui a-t-il jamais montré la photo de son mariage ? Et pourquoi y a-t-il un hamster sur la couverture ?


    Auteur : Marie-Aude Murail

     

    Edition : L'École des loisirs

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 16 Mai 2018

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : A force d’entendre Alex, de la chaine Alex bouquine en Prada, vanter les mérites de ce livre et de cet auteur, j’ai fini par craquer et sortir de ma PAL le 1er tome de Sauveur et fils (qui y était depuis bien trop longtemps)

    Il y a beaucoup d’humour dans ce livre et pourtant les sujets abordés ne prêtent pas toujours à rire.
    Sauveur Saint-Yves est un psychologue clinicien qui reçoit des enfants et des adolescents.
    Les problèmes que rencontrent ses différents patients sont parfois très lourds à porter car on balaye tout un tas de sujet allant de la scarification à la manipulation en passant par la pédophilie, la transsexualité, la phobie scolaire ou encore l’insomnie et l’homoparentalité.

    Dans certains cas, il suffit de dédramatiser, d’écouter, de conseiller… Dans d’autres cas, c’est plus compliqué (aussi bien de libérer la parole de l’enfant  que d’apporter des solutions adaptée en cas d’urgence).
    Mais si Sauveur trouve toujours les bons mots pour aider ses jeunes patients, il n’en va pas de même avec son fils.
    Souvent occupé avec ses patients ou préoccupé par eux, il élude un peu trop souvent les questions que se pose son fils, notamment à propos de sa mère décédée.
    D’ailleurs ce dernier, à défaut d’obtenir des réponses de la part de son père, a pris l’habitude d’espionner les consultations qu’il donne ce qui lui fait se poser au final plus de question que cela lui apporte de réponses.
    Comme quoi, quand on est touché personnellement, ce n’est plus la même histoire et toutes les formations du monde ne sont d’aucun secours. En effet, quand l’affaire concerne Lazare, impossible de prendre la distance émotionnelle qui permet d’aider efficacement ses patients. Et le psychologue n’est plus qu’un père démuni comme un autre.
    Pour chaque patient, on ne tombe jamais dans le pathos et il y a toujours une note d’espoir.
    Ce livre est un petit bonbon et je suis ravie qu’il y a 5 tomes et donc qu’il me reste 4 tomes à découvrir (je ne sais pas s’il y aura d’autres tomes, mais j’ai déjà mis tous ceux disponibles dans ma PAL !)

     

    Un extrait : Son papa psychologue commençant ses consultations de bonne heure, Lazare se rendait seul à l’école Louis-Guilloux en traînant son cartable à roulettes. Ce mardi matin, les CE2 de madame Dumayet étaient encore sous tension après les attentats terroristes des 7 et 9 janvier. Certains d’entre eux avaient déposé une fleur ou un crayon aux pieds de Marianne, place de la République, en hommage aux journalistes assassinés.

     — C’est vrai qu’on peut vous tuer si on fait des dessins ? s’était inquiété Paul.

     — Mais c’était des dessins pour se moquer, lui avait répliqué la petite Océane. Hein, maîtresse, tu as dit qu’il fallait pas se moquer ?

     — Moi, avait déclaré Noam, je suis juif. Il y a des méchants qui vous tuent juste parce qu’on est juif.

     — C’est des nazis d’Hitler.

     — Non, c’est des Arabes.

     — Mais je suis arabe ! avait protesté Nour.

     Madame Dumayet, la maîtresse des CE2, avait essayé de leur répondre en son âme et conscience mais elle s’était sentie très démunie. Elle avait hâte qu’on revienne au « business as usual », comme disent les Américains.

     — Dépêchez-vous de vous installer ! Jeanne, retourne-toi. Mathis, si tu as quelque chose à dire, lève le doigt. Je vous mets le proverbe du jour au tableau.

    Sous la date du mardi 20 janvier, madame Dumayet écrivit : Chose promise, chose due.

     — Qui sait ce que ça signifie ? Oui, Mathis ?

     — J’ai oublié ma trousse chez mon père.

     — Mais on ne parle pas de ça maintenant ! Oui, Océane ?

     — J’ai oublié mon livre de maths chez maman.

     Sans se laisser abattre, madame Dumayet parcourut sa classe du regard à la recherche d’un doigt levé. Nour finissait sa nuit, les yeux dans le vide. Noam ramassait son bâton de colle qui venait de rouler sous la table d’Océane. Paul était en train de faire la démonstration à Lazare que sa règle en plastique, une fois frottée contre son pull-over, soulevait de table des petits bouts de papier.

     — Paul, apporte-moi cette règle ! le gronda madame Dumayet, qui se résigna ensuite à expliquer qu’« on est obligé de faire ce qu’on a promis ».

  • [Livre] Quand la nuit devient jour

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    Lecture terminée le : 29 mai 2020

     

    Résumé : On m’a demandé un jour de définir ma douleur. Je sais dire ce que je ressens lorsque je m’enfonce une épine dans le pied, décrire l’échauffement d’une brûlure, parler des nœuds dans mon estomac quand j’ai trop mangé, de l’élancement lancinant d’une carie, mais je suis incapable d’expliquer ce qui me ronge de l’intérieur et qui me fait mal au-delà de toute souffrance que je connais déjà.

    La dépression.

    Ma faiblesse.

    Le combat que je mène contre moi-même est sans fin, et personne n’est en mesure de m’aider. Dieu, la science, la médecine, même l’amour des miens a échoué. Ils m’ont perdue. Sans doute depuis le début.

    J’ai vingt-neuf ans, je m’appelle Camille, je suis franco-belge, et je vais mourir dans trois mois.

    Le 6 avril 2016.

    Par euthanasie volontaire assistée.


    Auteur : Sophie Jomain

     

    Edition : Pygmalion

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 27 Avril 2016

     

    Prix moyen : 16€

     

    Mon avis : Je n’avais encore jamais lu de livres de Sophie Jomain mais j’ai cru comprendre que ce roman était très différent de ses écrits habituels.
    Ce bouquin est d’un réalisme presque flippant.
    Les sentiments que décrit Camille sont tellement précis, réels, tout comme les réactions de son entourage.
    Camille souffre de dépression depuis l’enfance et rien, ni le temps, ni les thérapies, ni les traitements, n’y peuvent rien.
    Or Camille est à moitié Belge. Et en Belgique, l’euthanasie volontaire (ou suicide médicalement assisté) est légale. Il suffit de déposer un dossier devant une commission qui va évaluer le caractère intolérable et sans issue de votre état.
    Autant dire qu’en France, le sujet est plus que tabou. On parle d’un pays qui juge plus acceptable de garder des gens enfermés, tellement shootés de médicaments qu’ils en oublient jusqu’à leur nom et sont dans un état proche de l’inconscience plutôt que de leur accorder le droit de mourir. Pays des droits de l’homme…
    C’est le cas de conscience que pose ce livre.
    A-t-on le droit de décider de mourir ? A-t-on le droit de forcer quelqu’un à vivre dans une souffrance intolérable ?
    Ce roman fait état d’une vérité qui dérange : Dénier à quelqu’un le droit de mourir quand sa souffrance est trop intense, c’est de l’égoïsme.
    Je comprends la réaction des parents de Camille, mais j’ai franchement ressenti plus d’empathie pour elle que pour eux. Pour sa souffrance. Près de vingt ans de souffrance. En France, les meurtriers se prennent des peines moins lourdes.
    La plume de Sophie Jomain nous fait prendre en pleine poire les émotions de Camille. Et ça fait mal. Pas autant qu’à elle, c’est certain, mais ça fait mal parce que l’écriture de l’auteur nous fait presque ressentir ces émotions.
    Et ça fait d’autant plus mal que je connais ce sentiment. La dépression et moi, on est de vieilles copines. Même si j’ai réussi à en sortir suffisamment pour supporter de vivre, je me souviens parfaitement de cette souffrance et de la haine pure et simple que j’ai pu éprouver pour ceux qui, du haut de leur sentiment de supériorité, me disait ce que j’étais supposée ressentir. Sans compter ceux qui sont persuadés qu’il suffit d’avoir « de la volonté ». Comme si la dépression n’était pas une vraie maladie.
    Autant vous dire que j’ai pleuré comme une madeleine du début à la fin (bah oui, je suis moins dépressive, mais je suis toujours autant hypersensible… je pleure devant les pubs de croquettes pour chat… ne me jugez pas)
    L’auteur traite ce sujet difficile et tabou sans avoir recours à des clichés.
    On aurait presque l’impression de lire une autobiographie.
    La dureté de ce roman est aussi réelle que les émotions qu’il procure et fait réfléchir sur la question du droit à choisir.

     

    Un extrait : À l’issue de ma formation, à vingt-quatre ans, en juillet 2012, j’ai obtenu mon diplôme d’horticultrice, et avec lui, mon indépendance. J’ai dégoté un job à Liège chez un fleuriste spécialisé en orchidées et trouvé un appartement dans le centre. Je ne suis donc pas revenue dans la région lilloise, à part pour récupérer quelques affaires et rendre ponctuellement visite à mes parents. À chacun de mes séjours, ma mère s’alarmait devant ma maigreur. Mais ce détail mis à part, je lui paraissais être en bonne santé et ça la rassurait.

     Elle se trompait. J’étais psychologiquement affectée, et ce, depuis ma plus tendre enfance. Ça, je l’ai compris bien avant tout le monde. Sans vraiment le faire exprès, et sans être motivée par une quelconque vision déformée de mon corps – l’apparence que j’avais ne m’importait finalement plus beaucoup. Grosse, normale ou maigre, je ne m’aimais pas –, j’avais pris le problème à contre-pied. Manger m’ennuyait, alors je me contentais souvent d’une pomme verte pour tout repas et d’une bouteille de Coca Light dans la journée.

     En décembre 2012, je pesais quarante-cinq kilos.

     Inconsciemment, j’avais sauté à pieds joints dans l’anorexie.

     Ce sont les trois jours que j’ai passés chez mes parents pour les fêtes de fin d’année qui ont déclenché la première crise alimentaire m’envoyant tout droit à l’hôpital. Parce que ma mère me trouvait anormalement maigre, elle avait veillé à cuisiner des plats gras et sucrés à souhait. Je savais que si je ne mangeais pas, j’irais au-devant de remontrances, critiques et discussions moralisatrices que je voulais éviter à tout prix. Mes parents n’avaient pas leur pareil pour mettre en œuvre toutes leurs notions de pédagogie dans le but de me faire plier. J’allais sur mes vingt-cinq ans, j’étais indépendante socialement et financièrement, mais je n’étais pas suffisamment bien dans mes baskets pour ne pas être affectée par le harcèlement psychologique. Ils n’avaient pas conscience d’en faire preuve, et pourtant…

     J’ai donc mangé sans rechigner, même quand on m’a resservie, encaissant avec brio les réflexions de mes oncles et de mes tantes sur mon poids. « Camille, mange ! Tu es maigre comme un coucou ! Tu n’as que la peau sur les os, on dirait un squelette ! Tu étais bien plus jolie avant ! »

     Il n’y avait rien de méchant dans leurs remarques, c’était l’inquiétude qui les faisait réagir ainsi, mais quand, comme moi, on rejette avec autant de force son enveloppe corporelle, la moindre critique vous enfonce un peu plus la tête sous l’eau.

     

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  • [Livre] Le mur invisible

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    Lecture terminée le : 24 avril 2020

     

    Résumé : Une catastrophe sans doute planétaire, mais dont l'origine chimique ou nucléaire restera indéfinie, va bouleverser l'existence d'une femme ordinaire. A la suite d'un concours de circonstances, elle se retrouve seule dans un chalet en pleine forêt autrichienne, séparée du reste du monde par un mur invisible au-delà duquel toute vie semble s'être pétrifiée durant la nuit. Le chalet est confortable, équipé de provisions et des objets de première nécessité. L'héroïne, tel un moderne Robinson, va organiser sa survie en compagnie de quelques animaux familiers.


    Auteur : Marlen Haushofer

     

    Edition : Babel

     

    Genre : roman contemporain

     

    Date de parution : 24 Avril 1992 dans cette édition (1963, 1ère édition)

     

    Prix moyen : 8,7€

     

    Mon avis : Quand on commence à lire « le mur invisible », on se dit que, étant donné les circonstances, la narratrice semble quand même très sereine.
    Mais très vite, on comprend que le récit qu’on lit est écrit avec un certain recul puisqu’un jour, la narratrice a décidé de mettre par écrit le commencement de sa « captivité ».
    A aucun moment, on ne sait ce qui est arrivé, d’où vient ce mur et ce qui est exactement arrivé au reste du monde.
    C’est très frustrant mais parfaitement logique. En effet, la narratrice est coupée du monde et n’a aucun moyen de savoir ce qu’il s’est passé. Elle élabore des théories mais plus le temps passe, plus ses théories semblent ne pas coller avec la réalité.
    Et comme nous découvrons l’histoire de la narratrice à travers ses propres mots, on ne peut pas en savoir plus qu’elle. Et notre frustration fait finalement écho à la sienne.
    Ce livre n’a pas d’action à proprement parler.
    En effet, on ne fait finalement que suivre les actions d’une femme pour survivre. Et une fois la routine installée, elle n’en dévie guère.
    Cependant, les animaux qui l’entourent : la vache Bella, la vieille chatte et le chien Lynx (pour les principaux) entraînent parfois quelques péripéties.
    Dès le début du livre, la narratrice nous parle d’un évènement qui l’a beaucoup marquée.
    Du coup, j’ai été dans une tension permanente durant ma lecture, tellement j’avais hâte et en même temps j’avais peur d’en savoir plus sur cet évènement.
    La vie est physiquement difficile (couper du bois, chasser, cultiver un champ, couper du fourrage…) et n’est pas exempte de perte.
    La première d’entre elle m’a traumatisée tant elle nous est assenée sans la moindre précaution, brutalement, au détour d’une phase sur le temps.
    Il a fallu que je relise la phrase trois fois pour y croire.
    De la même manière, j’ai eu l’impression que j’avais été plus anéantie par la fin que la narratrice elle-même. Cette fin m’a bouleversée surtout à cause de la gratuité de l’évènement majeur qui s’y passe.
    J’ai eu du mal à m’en remettre et ça m’a provoqué un malaise qui a duré plusieurs jours.
    Le texte est écrit à la 1ère personne du singulier ce qui nous fait partager sa solitude, sa frustration, sa peine…
    L’auteur a écrit ce livre pendant les débuts de la guerre froide, à une époque où on craignait plus que tout qu’une action humaine ne vienne éradiquer la population.
    La question qu’on peut se poser est : Pourquoi la narratrice a-t-elle une telle volonté de survivre quand toute l’humanité a, de toute évidence, totalement dépourvue.
    L’instinct de survie est-il si fort qu’il s’impose alors que l’on se retrouve seul, sans le moindre contact humain et sans aucune chance d’en avoir un jour ? Ou bien, en dépit des apparences, peut-être est-il simplement humain de garder espoir… quoi qu’il arrive.

     

    Un extrait : Je ne rêvai pas et vers six heures je me réveillai, reposée, au moment où les oiseaux commençaient à chanter. Tout me revint à l’esprit d’un coup et, terrifiée, je refermai les yeux, espérant retrouver le sommeil. Bien sûr, je n’y parvins pas. J’avais à peine bougé, que Lynx avait déjà compris que j’étais réveillée et il s’approcha de mon lit pour me souhaiter le bonjour par de joyeux aboiements. Je me levai donc, ouvris les volets et le fis sortir. Il faisait très frais, le ciel était bleu pâle et les buissons couverts de rosée. Une journée radieuse commençait.

    Soudain, il me parut tout à fait impossible de survivre à cette radieuse journée de mai. En même temps, je comprenais que je devais lui survivre et qu’il n’y avait pas de fuite possible. Je devais garder tout mon calme et tout simplement la surmonter. Ce ne serait pas la première journée de ma vie que j’aurais eu ainsi à surmonter. Moins je me défendrais, plus ce serait supportable. L’engourdissement de mon cerveau avait entièrement disparu. J’étais capable de penser clairement, du moins aussi clairement qu’il m’était possible de penser d’habitude. Mais quand mes pensées retournaient au mur, c’était comme si elles aussi se heurtaient à un obstacle froid, lisse et insurmontable. Mieux valait ne pas penser au mur.

    J’enfilai ma robe de chambre et mes pantoufles puis traversai le sentier mouillé jusqu’à la voiture pour mettre la radio en marche. Il y eut un grésillement, fragile, vide ; il semblait si étrange et si inhumain que je l’arrêtai aussitôt.

    Je ne croyais plus que quelque chose s’était détraqué dans l’appareil. Dans la froide clarté du matin, il m’était devenu impossible d’y croire.

     

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  • [Livre] L'ours

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    Lecture terminée le : 28 janvier 2020

     

    Résumé : Anna, 5 ans, et son petit frère Stick campent avec leurs parents dans un parc naturel sauvage lorsqu’ils sont surpris en pleine nuit par ce que la petite fille confond avec un gros chien. Le lendemain, Anna découvre qu’elle et Stick sont désormais seuls, et que c’est à elle, la « grande », qu’il incombe de protéger son frère. Débute alors pour les deux enfants isolés une dangereuse errance…


    Auteur : Claire Cameron

     

    Edition : 10/18

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 05 Janvier 2017

     

    Prix moyen : 7€

     

    Mon avis : Avant même de commencer le livre, on sait exactement ce qu’il arrive aux parents d’Anna. En effet, dans la préface, l’auteur nous parle du fait divers qui a inspiré son livre : un couple de campeurs s’était fait sauvagement attaqué par un ours sans aucune raison. L’alerte avait été donnée lorsqu’on ne les avait pas vus revenir au bout de 3 jours et il avait fallu encore deux jours pour trouver le campement dévasté et l’ours montant la garde à côté des cadavres. Pour son histoire, l’auteur a rajouté des enfants et a fait de l’ainée, une fillette de 5 ans, le narrateur de l’histoire.
    La fillette ne comprend pas ce qu’il se passe et la brutalité de l’attaque ne lui laisse pas le temps d’assimiler quoi que ce soit. J’ai trouvé vraiment horrible de la voir parler de ce qu’il se passe, de comment elle l’a perçu, tout en sachant ce qu’il s’est vraiment passé.
    On ne peut pas dire que j’ai apprécié Anna et son frère. Alors, ok, vous allez me dire que ce ne sont que des enfants, mais ils passent leur temps à se battre, ou à faire leur possible pour que l’autre n’obtienne pas ce qu’ils arrivent à avoir.
    Oui, je sais, je n’ai aucune patience avec les gosses ! Surtout les sales mioches mal élevés.
    Le récit, fait pas une enfant, dans le langage d’une enfant de 5 ans également, était une bonne idée, et à plus d’une reprise, il m’a filé la chair de poule.
    D’un autre côté, c’était parfois difficile de suivre ce genre de langage et à une ou deux occasions, je n’ai carrément pas compris de quoi parlait Anna.
    J’ai aussi sauté certains passages, parce que ça commençait à faire un peu long.
    J’ai été un peu contrarié par les passages avec la psy, car elle m’a fait penser à ces psy qui à une époque voulaient tellement que des enfants dénoncent des agressions sexuelles qui n’avaient jamais eu lieu qu’ils leur ont créé de faux souvenirs à force de faire les questions et les réponses. Là c’est un peu pareil, la psy semble vouloir à toute force qu’Anna soit complétement traumatisée et ne la laisse pas s’exprimer à son rythme.
    L’épilogue est terrifiant en ce sens qu’avec le recul, on se rend compte de dangers auxquels on a pas forcément pensé au cours de l’histoire et que la réponse à la question « pourquoi il n’y a pas eu ce danger-là » est vraiment horrifiante dans sa froide simplicité.
    Le seul reproche que j’aurais à faire à ce livre est qu’il détaille un peu trop chaque fait et geste des enfants avec un langage qui devient vite pénible à lire.
    J’aurais préféré un récit à la troisième personne avec, pourquoi pas, des notes écrites dans le langage d’Anna, un peu comme si un psy ou un policier avaient été en train de rédiger un rapport sur l’histoire.
    C’était une lecture intéressante, mais ce langage m’a empêchée de vraiment entrer dans l’histoire et d’en profiter pleinement.

     

    Un extrait : Même avec les yeux très fermés j’entends la fermeture Éclair se déchirer. Je me retourne pour regarder. Il y a un bout de ciel vraiment bleu foncé maintenant mais la tête de Pap le cache presque complètement. Il a l’air en colère et moi je vais avoir des ennuis. Il crie et je vois rien que des dents, pas très blanches mais grandes, grandes… Des crocs pointus devant et par derrière des dents encore plus grosses et larges, qui pourraient être dans la bouche d’un dinosaure. Presque toutes ont un morceau d’or au milieu. C’est là qu’il cache notre trésor, en sûreté parce qu’aucun voleur pourra le prendre là-dedans, ou si dans la nuit un cambrioleur vient le prendre il devra essayer de partir avec les dents de Pap aussi et ça le réveillera, et il fera fuir le méchant. Je me recroqueville et il me soulève d’un coup.

    Pap me serre contre lui mais c’est pas un câlin, il m’écrase et je perds tout l’air que j’avais dans mon corps. Le ciel tremble. Je vois un bras qui ressemble à une griffe et c’est une branche d’arbre pleine d’aiguilles. Pap court, je suis secouée dans tous les sens. Ça crie toujours. La tête de Gwen monte et descend, monte et descend, si je ne la tiens pas fort-fort elle va tomber, je la rapproche de ma figure et j’essaie de sentir son odeur mais elle ballotte trop.
    Pap me pousse en arrière et je vois des choses s’éparpiller par terre, et je me dis qu’il met du désordre. Ensuite, il part en courant et je sens le sol rentrer dans mon dos, ça pique et ça empêche de respirer. Une grosse aiguille de pin se plante dans la fente entre le haut et le bas de mon pyjama. Le pantalon de mon pyje tombe tout le temps, surtout si je cours, alors je dois le remonter par derrière avec la main. Un jour un garçon a ri en me montrant du doigt et il a dit qu’il voyait mon derrière mais c’était pas vrai, pas la partie toute ronde mais seulement le haut de la fente qui sort du pantalon. Maman, elle dit que c’est mon sourire d’en bas. J’aime bien les pantalons qui restent en place.

    Je voudrais le remonter plus haut mais Pap m’a reprise sous son bras et il me lance en l’air comme il le fait dans l’eau du lac, seulement il y a pas d’eau ici. Je me cogne la tête. Je hurle ça fait mal et Pap est tellement fâché qu’il crie aussi, sauf que la pagaille partout c’est lui, pas moi. Ou bien Stick est sorti de la tente sans rien dire et c’est lui qui a fait tout ce désordre ? En tout cas, Pap continue à crier. Il me pousse et il me pousse et je me demande s’il va me jeter dans le lac, il le fait des fois mais on est censés jouer doucement dans l’eau, on doit rire et être contents pour que Pap me laisse grimper sur ses épaules et sauter debout, ou bien c’est lui qui me lance. Quand c’est moi qui plonge j’ai pas peur, je pince mon nez et je pars en avant et tous les bruits s’arrêtent. C’est tranquille, sous l’eau. Il y a des bulles autour de moi mais pas de requins parce qu’ils vivent pas dans notre lac, rien que de tout petits poissons qui me mordillent les doigts de pied si je reste vraiment sans bouger et ça fait même pas mal. Quand il y a le silence et que je vois les bulles, je sais que c’est le moment de remonter, je dépince mon nez et je bats des jambes, je ressors de l’eau et je trouve le bras de Pap pour me tenir, et alors tous les bruits reviennent dans mes oreilles.

    Cette fois Pap me jette mais je pars pas sous l’eau. J’ai quelque chose de dur dans mon dos et lui, il appuie sur mon ventre mais c’est pas un jeu. On a pas le droit de se pousser, normalement, je lui dis d’arrêter et je crie, parce qu’il hurle tellement de trucs à la fois qu’il doit pas pouvoir m’entendre. Il me pousse encore même si c’est pas autorisé, et cette fois ça fait trop mal dans mon bidou, alors je me roule en boule autour de Gwen. Il me lance sur le dos, je sens l’air courir de chaque côté de moi. Il y a un bruit sourd bang et un clic.

     

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  • [Livre] Le blues du pêcheur

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    Lecture terminée le : 15 octobre 2020

     

    Résumé : «Maman, Comme tu vois, je ne t’ai pas oubliée. Quatre mois déjà que je suis à Marseille. Le temps est passé vite, j’ai eu tant à faire, j’ai eu tant à apprendre et à découvrir. Marseille est grande. Elle m’a étourdi d’abord, puis elle m’a enchanté. Je m’y sens libre. L’anonymat a quelque chose d’exaltant. Livourne est un bourg comparé à Marseille. Je crois qu’il me serait impossible d’y vivre maintenant, je m’y sentirais enchaîné à une vie trop étroite. Ici, on peut trouver du travail, on peut tenter sa chance. Il y a beaucoup d’Italiens à Marseille. Je ne suis pas trop dépaysé. Nous, les Italiens, on vit en communauté, on se serre les coudes, tous confinés dans le quartier de la Belle de Mai. Les Français nous appellent les babi. On voit souvent des affiches dans la rue : « Immigrés italiens dehors, travailleurs français! » Quelques escrocs m’ont même proposé une fausse carte d’identité si je soutenais le parti socialiste. Mais avec mon accent à couper au couteau et mon peu de vocabulaire, ce n’est pas demain la veille qu’on cessera de m’appeler macaroni. Ces sales gens ne doivent pas connaître notre cuisine pour en faire une insulte! Ton cacciucco me manque, nos longues discussions aussi. »


    Auteur : Alan Alfredo Geday

     

    Edition : Autoédité

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 01 Avril 2019

     

    Prix moyen : 12,50€

     

    Mon avis : J’ai accepté de lire ce roman, lorsque l’auteur me l’a proposé, car il y avait beaucoup de point commun dans le résumé avec ma famille et moi : Livourne, un immigré italien, la belle de mai à Marseille… Il fallait que je découvre l’histoire qui s’articulait autour de ces mots clefs.
    J’ai vraiment beaucoup aimé cette histoire dans laquelle on suit Giovanni, un jeune pêcheur de Livourne qui rêve d’une autre vie que la pêche et se sent coincé par la « tradition familiale » qui veut qu’un fils reprenne le métier de son père et reste au village pour s’occuper de ses parents.
    A la mort de son père, il quitte l’Italie et s’embarque clandestinement pour Marseille.
    La communauté italienne s’est regroupé dans le quartier de la belle-de-mai et c’est là que va atterrir Giovanni où il loger dans une famille de brave gens.
    Mais le rejet des français envers « les ritals » est fort dans le Marseille d’après seconde guerre mondiale. La rancœur envers les italiens, ces « fascistes » qui étaient dans « l’autre camp » sont encore fortes. Les amalgames n’ont pas attendu le XXIème siècle pour exister !
    La mafia italienne est également bien présente et taxe la communauté italienne en échange d’une pseudo « protection ».
    Entraîné malgré lui dans une vie qui ne lui ressemble, Giovanni peine à se faire une place, il a du mal à retrouver « son rêve ».
    Toujours accompagné de son harmonica, il va d’espoirs en désillusions car comme le lui écrit sa mère « Le monde est-il si différent où tu es ? » Giovanni fuit la routine de sa vie, mais la routine se réinstalle toujours. Après avoir fui l’Italie, il quitte également Marseille pour Paris. Paris va-t-elle lui apporter ce qu’il cherche ?
    Il fait des rencontres, certaines sont belles, d’autres moins, certaines lui apporteront beaucoup, d’autres ne lui apporteront que de la déception.
    Il y a beaucoup d’émotions dans ce roman, sans pour autant tomber dans le pathos, loin de là. Tout est dans la mesure et le style de l’auteur, fluide et agréable à lire décrit merveilleusement bien les aléas de l’immigration, les difficultés, les doutes.
    Je ne me prononcerais pas sur Paris, mais il décrit très bien Marseille. Même plusieurs décennies après l’époque de l’histoire, je reconnais la ville de mon enfance, avant qu’elle ne se dégrade autant.

    La seule raison pour laquelle je n’ai pas dévoré ce livre d’une seule traite, c’est que je n’avais pas beaucoup de temps pour lire.
    En tout cas, une chose est sûre, je ne regrette pas du tout d’avoir accepté de découvrir ce livre car je me suis vraiment régalée.
    J’ai soigneusement noté le titre du second livre de l’auteur. Quand j’aurais un peu plus de temps pour lire, il est fort possible que je me le procure pour aller faire un tour sous le pont de Brooklyn !

     

    Un extrait : Le père Valci est satisfait. Sa femme Nina sera heureuse. La joie lui fait recouvrer ses forces, et il manœuvre la barque vers le port. Giovanni profite de cette allégresse temporaire pour sortir son harmonica. Il a envie de blues, de quelque chose qui le fasse rêver. Le père n’aime pas voir son fils mélancolique, mais il est trop occupé à ramer et ne le rabroue pas. Giovanni se plonge dans ce monde sensible qui l’aide à vivre. Un monde où se rejoignent espoirs et souvenirs. Mais il sait que cet intermède sera de courte durée, que, sur la terre ferme, il devra revenir parmi les siens. En attendant, il laisse ses pensées divaguer. Le vent siffle dans ses oreilles comme dans un coquillage. Le souffle du blues s’échappe dans le clapotis des vagues. C’était Benjamin, que Giovanni appelait Ben, qui lui avait appris à jouer du blues. Pendant que les Américains reconstruisaient le port, Giovanni aimait se baigner en leur compagnie. Ce jour-là, il avait laissé son harmonica sur le quai, caché au fond d’un mocassin. Mais alors qu’il goûtait la mer tiède de cette fin d’après-midi, nageant parmi les poissons et les algues vertes qui lui chatouillaient les jambes, il entendit s’élever une mélodie suave. Qui aurait pu lui faire une telle chose ? Lui prendre son harmonica ! Il rebroussa chemin avec empressement et aperçut un rassemblement qui cachait le mystérieux musicien. On était émerveillé, le marine jouait quelque chose de différent et d’envoûtant. Il portait une veste kaki, un pantalon couleur moutarde et des bottes à lacets. Les gamins scrutaient avec envie le couteau qu’il portait à la cuisse droite. C’était l’Amérique à Livourne. Ke jeune marine afro-américain leur faisait découvrir Chicago et ses cabarets. Giovanni s’avança vers l’homme qui s’amusait de l’enthousiasme des pêcheurs : « è moi, è moi ! ». Le soldat les yeux vers lui et s’arrêta de jouer :

    - Hey man ! It’s yours ?

    Giovanni ne comprenait pas, mais il pointa l’instrument du doigt, et le marine continua :

    - I am Benjamin, I am from Chicago. Do you like blues ?

    L’adolescent acquiesça, et le soldat en fut amusé. Jusqu’au retour des américains au pays, Giovanni vint apprendre de Ben le rythme du blues, un rythme lent et sulfureux.

     

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