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Romans contemporains

  • [Livre] Juste avant le bonheur

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    Résumé : Julie, 20 ans, qui élève seule son fils Lulu est caissière dans un supermarché. Elle attire l'attention d'un client, quinquagénaire aisé à nouveau célibataire. Généreux et désintéressé, Paul invite Julie à passer quelques jours dans sa belle villa de bord de mer en Bretagne. Ils y retrouvent Jérôme, le fils de Paul, qui se remet mal du suicide de sa jeune femme. Gaieté et optimisme reviennent grâce à l'attachante présence du petit Lulu. Mais au retour, un nouveau drame survient. Une chaîne de soutien, d'affection et de tendresse se forme autour de Julie. Avec elle, à travers elle, des êtres désemparés tentent de réapprendre à vivre et de saisir une deuxième chance. La force des épreuves surmontées, l'espoir d'un nouvel amour, ainsi qu'une bonne dose d'intelligence et d'humour peuvent réussir ce miracle.


    Auteur : Agnès Ledig

     

    Edition : Albin Michel

     

    Genre : Drame, Contemporain

     

    Date de parution : 2013

     

    Prix moyen : 19€

     

    Mon avis : Ce livre a été à la fois un coup de cœur et une torture. Un coup de cœur parce que l’écriture est tellement belle, l’auteur fait passer tellement d’émotions à travers ses mots qu’il me semble impossible de ne pas aimer ce livre.
    Les sentiments que décrit l’auteur sonnent si justes qu’on se demande si elle n’a pas fait l’expérience de certaines des situations qu’elle décrit.
    Mais ce roman a également été une torture pour exactement les mêmes raisons qu’il a été un coup de cœur : les émotions qu’il déclenche.
    Je n’ai jamais autant pleuré en lisant un livre.
    Ce roman c’est l’histoire de la vie qui doit continuer car, malgré les épreuves, la terre ne s’arrête pas de tourner et il faut continuer d’avancer car, comme le dit le proverbe arabe cité dans le livre à de nombreuses reprises : « ne baisse pas les bras, tu risquerais de le faire deux secondes avant le miracle », et ce même quand, les miracles, on a plus trop envie d’y croire.
    Je ne peux pas développer les sentiments que j’ai ressenti sans vous dévoiler l’intrigue, ce que je ne veux absolument pas faire, car découvrir au fur et à mesure contribue à la force de ces sentiments. Alors pour conserver toute son intensité à ce roman, je me contenterai de vous dire de foncer, de ne pas hésiter et de le lire sans réserve !
    Juste un conseil : n’oubliez pas la boîte de mouchoirs… Je dis ça, je dis rien…

     

    Un extrait : Elle en a vu d’autres, Julie.

    Elle aurait pu s’opposer, prendre le risque, perdre son travail, mais garder sa dignité.

    Quelle dignité ?

    Ça fait belle lurette que ce petit bout de femme l’a perdue. Quand c’est une question de survie, on range au placard les grands idéaux qu’on s’était fabriqués gamine. Et on encaisse, on se tait, on laisse dire, on subit.

    Et puis, elle a besoin de ce boulot. Vraiment. Ce connard de Chasson le sait. Directeur sans scrupules, capable de virer une caissière pour une erreur de dix euros. Alors cinquante !

    Julie sait pourtant qui lui a volé ces cinquante euros, quand elle avait le dos tourné. Mais il est mal vu de dénoncer les collègues. Très mal vu. Ça vous colle une réputation sur le dos aussi solidement qu’un pou sur une tête blonde. Elle préfère éviter.

    « Mademoiselle Lemaire, je pourrais vous virer sur-le-champ. Cependant, je connais votre situation, je sais que vous ne pouvez pas rembourser. Méfiez-vous, je pourrais vous demander de trouver une solution pour réparer vos erreurs de caisse. Vous voyez de quoi je parle ? Sinon, demandez à certaines de vos collègues, elles ont compris comment faire », lui a-t-il lancé, le regard fixe, sans aucun état d’âme, un mauvais sourire sur les lèvres.

    Salaud !

    Il présente bien, pourtant. Le gendre idéal. Grand, dynamique, souriant, le menton carré et les tempes grisonnantes. Toujours une main dans le dos pour rassurer, encourager. Toujours un mot gentil quand il passe saluer les employés le lundi matin. Une épouse élégante et des enfants polis. Le type qui a commencé petit et a gravi les échelons à la sueur de son front, forçant le respect et l’admiration. Voici pour la face brillante de la médaille. Et puis, quand on la retourne, il y a le loup, le prédateur, l’homme qui veut des femmes à ses pieds pour se prouver qu’il est le plus fort.

    Quelques minutes plus tard, Julie marche d’un pas rapide dans le long couloir qui sépare le bureau du directeur de la galerie marchande. Sa pause touche déjà à sa fin. Elle aurait préféré la passer à autre chose qu’à ce genre de convocation. D’un revers de manche, elle essuie avec rage une larme échouée sur sa joue. Un malheureux signe de faiblesse qu’elle se doit de chasser immédiatement.

    Parce qu’elle en a vu d’autres, Julie.

    Elle fait partie de ces gens que le destin épargne peu.

    Il y en a comme ça…

     

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  • [Livre] 84 Charing Cross Road

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    Résumé : Par un beau jour d'octobre 1949, Helene Hanff s'adresse depuis New York à la librairie Marks & Co., sise 84, Charing Cross Road à Londres. Passionnée, maniaque, un peu fauchée, extravagante, Miss Hanff réclame à Frank Doel les livres introuvables qui assouviront son insatiable soif de découvertes. Vingt ans plus tard, ils s'écrivent toujours et la familiarité a laissé place à l'intime, presque à l'amour. Drôle et pleine de charme, cette correspondance est un petit joyau qui rappelle avec une délicatesse infinie toute la place que prennent, dans notre vie, les livres et les librairies. Livre inattendu et jamais traduit, 84, Charing Cross Road fait l'objet, depuis les années 1970, d'un véritable culte des deux côtés de l'Atlantique.


    Auteur : Helene Hanff

     

    Edition : Autrement

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 17 janvier 2008

     

    Prix moyen : 9€

     

    Mon avis : Les lettres échangées entre Helen Hanff et Franck Doel (et une partie de son entourage) n’étaient pas destinées à être publiées.
    Helen, fauchée mais à la recherche de belles éditions anciennes qu’elle ne peut trouver en Amérique, écrit à une petite librairie anglaise.
    Va s’ensuivre une correspondance de plus de 20 ans, toujours ponctuées de demande et d’envois de petites pépites à des prix qui m’ont fait baver d’envie.
    Impulsive et spontanée, Helen, au début de la correspondance, apprenant que l’Angleterre est toujours soumise à des restrictions drastiques d’après-guerre (nous sommes alors en 1949) va prendre l’habitude d’envoyer des colis contenant des produits introuvables tels que des jambons, de la viandes, des œufs, des bas etc… à la librairie (dont profitent aussi bien les employés que leurs familles). Ces colis, qui vont changer le quotidien du personnel, seront très attendus, très appréciés et ne cesseront qu’à la fin des restrictions.
    En retour, on peut dire que la librairie va se mettre en quatre pour Helen.
    En lisant certaines lettres d’Helen, je me suis dit : « Bon sang, mais cette nana est juste affreuse ! ». Il faut dire que, comparé au flegme et à la politesse britannique, ses façons de faire ont tout de l’éléphant dans un magasin de porcelaine.
    Au fil des lettres, une solide amitié se noue entre l’américaine et toute la petite équipe anglaise.
    Si plein de titre qui me sont totalement inconnus émaillent ces quelques 20 années de correspondance, j’ai surtout été touchée par ces vies qui se racontent à distance et les dernières lettres m’ont provoquées une sacrée émotion, comme si je recevais, mais aussi, une dernière fois, des nouvelles d’un ami de vingt ans.

     

    Un extrait : Marks & Co.

    84, Charing Cross Road

    Londres, W.C. 2

    Angleterre

     

    Messieurs :

     

    Les livres me sont bien parvenus, le Stevenson est tellement beau qu’il fait honte à mes étagères bricolées avec des caisses à oranges, j’ai presque peur de manipuler ces pages en vélin crème, lisse et épais. Moi qui ai toujours eu l’habitude du papier trop blanc et des couvertures raides et cartonnées des livres américains, je ne savais pas que toucher un livre pouvait donner tant de joie.

    Un Britannique dont la fille habite au-dessus de chez moi a traduit les 1 livre 17 shillings 6 pence et m’a dit que je vous devais 5,30 dollars pour les deux livres. J’espère qu’il ne s’est pas trompé. Je joins un billet de 5 dollars et un billet de 1 dollar. Les 70 cents restants seront une avance sur le prix des Nouveaux Testaments, que je veux tous les deux.

    Pourriez-vous désormais traduire vos prix ? Même en américain, je ne suis pas très forte en calcul, alors maîtriser une arithmétique bilingue, ça tiendrait du miracle !

    Bien à vous,

    Helene Hanff

    J’espère que « madame » n’a pas le même sens chez vous que chez nous.

     

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  • [Livre] Le charmant cottage d’Amelia

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    Résumé : Alors qu'elle s'apprête à fêter ses 30 ans, Amelia retrouve dans un tiroir une liste de souhaits qu'elle s'était promis de réaliser. Parmi ses souhaits il y avait celui de vivre à la campagne dans un cottage. Amelia et Jack son mari achètent une vieille bâtisse de charme qui nécessite d'être rénovée. Amelia ignore combien ce déménagement allait bouleverser sa vie familiale et sentimentale.


    Auteur : Abby Clements

     

    Edition : Prisma

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 06 octobre 2016

     

    Prix moyen : 12€

     

    Mon avis : « Le charmant cottage d’Amelia » est un vrai roman doudou. Il est parfait à lire entre deux thrillers.
    Amelia réalise un rêve d’enfant en achetant un petit cottage à la campagne. Mais, par un concours de circonstance, son mari et elle doivent renoncer au cottage de leur rêve et se rabattre sur un autre cottage plein de potentiel mais qui nécessite d’importants travaux.
    Le livre est découpé en chapitre, chacun représentant la rénovation d’une pièce du cottage qui va servir de scène aux divers évènements.
    Même si le roman aborde des sujets sérieux : l’abandon, la vieillesse, le désir ou non de maternité, cela reste un roman léger qui n’approfondit pas ces sujets outre mesure.
    Il ne faut donc pas en attendre plus que ce qu’il est censé apporté : une petite lecture décontractante.
    Le couple de Jack et Amelia semble au bord de l’implosion comme si le souci de la rénovation faisait remonter à la surface tout un tas de non-dits.
    J’ai été un peu déçue par la fin, même si elle plaira sans doute au plus grand nombre.
    J’aurais aimé que, pour une fois, les concessions n’aillent pas encore dans le même sens, celui des conventions sociales.

     

    Un extrait : L’ombre d’un sourire apparut au coin de sa bouche. Un instant, je revis l’enfant vif et espiègle qu’il avait été, celui qui était entré dans ma classe en sixième.

    – Vous êtes intelligent, vous êtes doué pour le travail en groupe. Vous nous faites tous rire – quand vous êtes de meilleure humeur qu’aujourd’hui. Donnez-moi simplement quelque chose noir sur blanc pour que je puisse le prouver à tout le monde.

    – Je sais, fit-il en frottant le bout de sa basket contre le pied de la table. Je dois travailler plus.

    – Vous en êtes capable, vous savez, assurai-je en tentant de croiser son regard. Si vous avez besoin d’aide, je suis là. Et votre professeure principale aussi.

    Il hocha la tête en silence, et se pencha pour reprendre son sac.

    – Merci, m’dame.

    – De rien.

    Je me tournai pour éteindre le tableau électronique et refermer mon ordinateur portable, en vérifiant l’heure. Plus que cinq minutes, pas assez pour un café. Ma conversation avec Carly devrait attendre. Mais j’avais le temps de filer aux toilettes avant mon prochain cours.

    Trey se leva. Je le regardai sortir dans le couloir animé. Son uniforme scolaire foncé se perdit rapidement dans la masse des élèves agglutinés devant les casiers.

    On y arrivera peut-être, me dis-je en prenant mon sac pour aller aux toilettes. Trey avait encore une chance de réussir ses examens, d’obtenir quelque chose. C’était pour cette lueur d’espoir qu’au bout de sept années à préparer des cours et corriger des copies, j’enseignais encore, même s’il m’arrivait, par périodes, de voir à peine Jack, mon mari, et de me sentir bien plus vieille que mes vingt-neuf ans – et avec des rides, en prime.

    Je mis la main dans mon sac pour y prendre mon téléphone. En général, Jack m’envoyait un texto au moment de ma pause. Mais ma main ne rencontra qu’un petit carnet et la doublure. Le sac paraissait très léger. C’est une blague !

    Mon téléphone et mon portefeuille avaient disparu.

     

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  • [Livre] Rue du bonheur

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    Résumé : Johanna, aide-soignante et célibataire, est la mère de deux adolescentes. Son ex-mari, Calle, s'est installé à Stockholm avec sa nouvelle petite amie et rechigne à lui payer sa pension alimentaire. Johanna tente de joindre les deux bouts et d'élever au mieux ses filles. Un jour, elle gagne 20 millions de couronnes au loto. 


    Auteur : Anna Fredriksson

     

    Edition : France Loisirs

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 2015

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : Dans ce roman, j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages. A part Fanny, la nouvelle compagne de Calle, et Sara, sa fille, les autres me sont apparus comme plutôt antipathiques.
    Johanna semble incapable d’essayer d’être heureuse. Malgré son gain qui la sort de sa situation difficile, elle continue à se comporter comme lorsqu’elle n’avait pas assez d’argent pour acheter à manger. Elle est terne, ne fait rien pour se faire des amies malgré les diverses tentatives de ses collègues de travail. Elle se pose en victime permanente, surtout dans son divorce avec Calle. Au début, je pensais que Calle l’avait quitté du jour au lendemain pour Fanny, plus jeune, plus pétillante, plus riche. Mais on se rend vite compte que sa relation avec la jeune femme est récente. Et j’ai été sidérée quand j’ai connu les circonstances de leur séparation.
    Calle ne vaut pas tellement mieux. Il ne vit que pour l’argent, l’ascension sociale. Si je peux comprendre qu’il prend là une revanche sur son enfance malheureuse, il y a des limites et Calle est insupportable d’arrogance. Il est dans la représentation permanente. Un vrai m’as-tu-vu. La seule chose qui compte pour lui est l’image qu’il montre aux autres.
    L’auteur présente les petites villes comme des lieux peu évolués où les mentalités volent au ras des paquerettes. Le harcèlement que subit Sara en est l’exemple majeur (d’ailleurs, la colère m’a pris quand j’ai vu les excuses invoquées. Sara aurait une part de responsabilité dans ce harcèlement parce qu’elle serait trop intelligente et qu’elle aurait du se mettre au niveau de ses camarades).
    Je trouve injuste et réducteur de laisser entendre qu’une telle chose n’aurait pas pu avoir lieu dans une grande ville, « tellement plus évoluées intellectuellement » et plus ouvertes d’esprit que les bourgades étriquées.
    Si le harcèlement scolaire n’avait pas lieu dans les grandes villes, ça se saurait.
    Finalement, Fanny est la seule qui relève le niveau : gentille, volontaire, forte et déterminée, c’est une vraie bouffée d’air frais dans cette famille recomposées.
    Il n’y a pas de grand retournement de situation dans la lignée du « Bon sang, mais c’est… bien sûr » du capitaine Bourrel dans les cinq dernières minutes.
    Juste l’histoire d’une famille recomposée, parfois un peu décomposée, où chacun essaie simplement de trouver sa place.

     

    Un extrait : Elles dorment encore toutes les deux, paquets informes sous leur couette.
    — Coucou, les filles, lance Johanna. Il est l’heure de se réveiller. Papa ne va pas tarder à arriver.
    Elles commencent à gigoter, lentement et à contrecoeur.
    Johanna parcourt la pièce des yeux. Des vêtements sont éparpillés sur le sol, les chaises et les montants des lits. Des brosses à cheveux, du maquillage et des manuels scolaires. Les valises sont béantes, à moitié prêtes. Une bande dessinée gît, ouverte, à côté du lit de Sara.
    — Ne vous rendormez pas. Il faut que vous ayez le temps de finir vos valises. Allez, debout.
    Elle leur passe la main dans les cheveux.
    — Mhm. Deux minutes.
    Comme d’habitude, seule Agnes répond. Sara reste muette. Pourvu qu’elle n’ait pas en tête de refuser d’y aller. Ça lui arrive parfois, et il faut alors une sérieuse séance de négociations pour la faire changer d’avis.
    Johanna attrape quelques habits sur un tas et essaie de déterminer s’ils sont propres ou sales. Elle aperçoit un jean, un t-shirt et un chemisier qu’elle a repassés l’autre jour, à nouveau froissés. 
    Elle continue à sélectionner des affaires dans la pile de vêtements, sans vraiment savoir ce qu’elle cherche à faire. Mettre de l’ordre dans ce chaos semble mission impossible. Puis elle attrape un sweat-shirt en coton roulé en boule. Il est humide et dégage une odeur désagréable.
    - Sara

    Pas de réponse.

    - Sara

    - Mhm ?

    Sara ouvre les yeux. Johanna tend le sweat sous son nez.

    - Qu’est ce que c’est que ça ?

    - Quoi ?

    - Le sweat. Il est humide et il sent mauvais. Qu’est-ce que tu as fait ?

    Sara se tourne vers le mur et referme les yeux.
    - Tu as renversé quelque chose ? Pourquoi ne l’as-tu pas mis à la lessive ?

    - C’est rien.

    - Vraiment ? Tu ne peux pas me regarder ?

    Sara se contorsionne. Johanna lui montre le vêtement.

    - Qu’est-ce qui sent comme ça ?

    - Du lait.

    Une brève pause.

    - Comment ça se fait ?

    Sara garde le silence, puis elle se redresse dans son lit et se frotte les yeux.
    — C’est des copains de classe, mais c’était juste pour rigoler.
    — Ils ont versé du lait sur ton sweat ? s’étonne Johanna. Pour rigoler ?
    Agnes relève la tête de son oreiller et les observe.
    Elle a cette expression déterminée dans les yeux, ce regard mûr, qui n’exprime pas seulement la révolte, mais impose le respect. À quinze ans, elle est sensiblement plus adulte et raisonnable que Sara, âgée de treize ans. Il se passe beaucoup de choses en deux ans.
    — Bon, d’accord, abdique Johanna. Levez-vous et habillez-vous maintenant.
    Elle emporte le sweat et le jette dans la corbeille à linge en passant devant sa chambre. Elle consulte l’heure : dix heures et demie. Elle entend ses filles se lever et commencer à se préparer. Bien. Pas de mutinerie cette fois-ci.

     

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  • [Livre] Le froid modifie la trajectoire des poissons

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    Résumé : 4 janvier 1998. Un garçon de dix ans apprend que ses parents vont se séparer. Désespéré, il demande au ciel de l'aider. Le lendemain débute la plus grande tempête de verglas que le Québec ait jamais connue. Ce déluge de glace n'empêche pas son père de quitter la maison. Mais les choses se présentent différemment pour ses voisins, car des événements incroyables ou anodins vont faire peu à peu basculer leurs vies. Julie, danseuse en mal d'amour, accueille chez elle Boris, scientifique égocentrique, qui ne vit que pour ses expériences sur les poissons ; Michel et Simon, les deux «frères » si discrets, qu'on ne voit jamais ensemble, ouvrent leur porte à Alexis, leur voisin homophobe. Face à l'adversité, des liens se créent ; face au froid, l'entraide, la solidarité et l'altruisme enflamment les coeurs. Le Grand Verglas va progressivement changer la vie de tous les habitants de cette rue... pour le meilleur.


    Auteur : Pierre Szalowski

     

    Edition : J’ai lu

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 29 août 2012

     

    Prix moyen : 7€

     

    Mon avis : Décidément je ne suis pas faite pour lire des romans en français québécois (mais pour ma défense, je ne savais pas que c’était le cas. Ce n’est pas parce que ça se passe à Montréal que ça doit forcément être écrit comme ça !). Les expressions et tournures de phrases m’ont vraiment exaspérée.
    Le narrateur est un enfant d’une dizaine d’année, qui ne nous révèle pas son prénom, et qui va être confronté à la séparation de ses parents. Il va demander au ciel de l’aider à empêcher le divorce et, dès le lendemain, une immense tempête de glace va peu à peu paralyser l’ensemble de la ville.
    Mais si le verglas ne va pas empêcher son père de partir, il va bouleverser la vie des voisins car tout un côté de la rue va se retrouver privé d’électricité.
    Ainsi, les voisins d’un côté vont inviter les voisins de l’autre pour passer le cap de cette tempête. Ainsi Julie, jeune fille un brin nymphomane, stripteaseuse de son métier, va héberger Boris, un étudiant cherchant à boucler sa thèse en mathématique sur la trajectoire des poissons et qui, pour y parvenir et ne pas ficher en l’air plusieurs années d’études, doit maintenir la température de l’eau à 32°.
    Simon et Michel, qui se prétendent frères, vont inviter Alexis et Alex. Alex est le meilleur ami du narrateur, sa mère a quitté la famille depuis des années et depuis, son père s’enlise dans le chagrin et le ressentiment qu’il exprime par un rejet des juifs et des homosexuels. Mais pense-t-il vraiment ce qu’il dit, ou n’est ce que le reflet d’un mal être intérieur ?
    Le problème, en dehors de l’écriture en français québécois (ou peut-être à cause de ça ?), c’est que je n’ai absolument pas réussi à m’attacher aux personnages. A aucun moment je n’ai eu envie de vite tourner les pages pour savoir ce qui allait leur arriver. Tout au long du roman, je me suis sentie très détachée d’eux. Et ça a eu un effet certain sur ma lecture. Si je n’ai pas forcément eu envie d’abandonner, je l’ai lu sans passion et j’ai été soulagée d’en finir et de passer à autre chose !

    Un extrait : Neuf heures trente-neuf. Toc ! Toc ! Toc ! Ma mère a ouvert la porte de ma chambre. Elle a passé la tête sans sourire.

    — Ton père est réveillé…

    Je n’ai pas sauté du lit comme je le fais tous les matins de Noël. Dans la voix de ma mère, il y avait de la tristesse. Sur le moment, je n’ai pas remarqué qu’elle avait dit « ton père » au lieu de « papa ». C’est juste sa tristesse qui m’a frappé.

    En sortant de ma chambre, j’ai vu dans la cuisine que mon père et Julien n’avaient pas bu une bouteille de plus, mais deux. Dans le salon, papa m’attendait, affalé dans son fauteuil face à la télévision qui n’était pas allumée, le grand break du matin de Noël. Il m’a difficilement souri en se frottant la tête. Je me suis demandé s’il n’y avait pas d’autres bouteilles vides cachées sur le balcon.

    Noël, c’est une fois par an, mais on n’oublie jamais nos petites habitudes. Ça m’a étonné que mes parents ne soient pas ensemble. Ma mère n’était pas assise sur l’accoudoir du fauteuil réservé à mon père, mais sur le divan plus loin. Ils faisaient deux.

    On a beau avoir onze ans, c’est toujours le plus gros cadeau qu’on ouvre en premier sous le sapin. J’ai tout de suite compris que c’était une idée de maman, cette boîte de chimie. Elle m’a toujours acheté des jouets éducatifs. Pour elle, un cadeau, ça doit être utile. J’ai un an d’avance à l’école puisqu’elle m’a appris à lire à l’âge de quatre ans. J’étais la vedette de la garderie. Aujourd’hui, je suis le premier de classe qui fait une tête de moins que les autres.

    Il me restait à ouvrir trois cadeaux de taille presque identique. Dans ce cas-là, c’est toujours le plus lourd qu’on ouvre. Mon père m’a fixé, soudain trop complice.

    — Ça, c’est la petite surprise à papa…

    J’ai fait semblant de ne pas voir le regard noir que venait de lui jeter maman. J’ai déchiré le papier cadeau et mes yeux se sont grands ouverts ! J’en revenais pas. Un caméscope ! Je me suis tourné vers mon père. J’ai juste murmuré.

    — Wow ! p’pa…

    Il s’est calé dans son fauteuil, satisfait. Ma mère a serré ses mâchoires. Je ne pouvais pas la laisser triste.

    — Merci, maman aussi ! Merci, vous deux… Merci, Père Noël !

    Elle a souri, forcée. Le caméscope, ce n’était vraiment pas son idée. J’ai rapidement ouvert les deux autres cadeaux, une boîte de Lego, une autre idée de ma mère pour développer ma motricité fine. J’ai tellement été développé de ce côté-là que je suis capable de démonter une montre avec des gants de hockey.

     

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  • [Livre] Captive

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    Résumé : 1859 : Grace Marks, condamnée à perpétuité, s'étiole dans un pénitencier canadien. A l'âge de seize ans, Grace a été accusée de deux horribles meurtres. Personne n'a jamais su si elle était coupable, innocente ou folle. Lors de son procès, après avoir donné trois versions des faits, Grace s'est murée dans le silence : amnésie ou dissimulation ? Le docteur Simon Jordan veut découvrir la vérité. Gagnant sa confiance, Jordan découvre peu à peu la personnalité de Grace, qui ne semble ni démente ni criminelle. Mais pourquoi lui cache-t-elle les troublants rêves qui hantent ses nuits ? Inspiré d'un sanglant fait divers qui a bouleversé le Canada du XIXe siècle, Margaret Atwood nous offre un roman baroque où le mensonge et la vérité se jouent sans fin du lecteur.


    Auteur : Margaret Atwood

     

    Edition : Robert Laffon

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 05 juin 2003

     

    Prix moyen : 9€

     

    Mon avis : J’ai beaucoup aimé ce roman inspiré d’un fait divers canadien. Même si l’auteur a romancé l’histoire, on peut voir qu’elle s’est documentée et qu’elle est restée aussi proche que possible de la réalité, du moins pour ce que l’on en sait.
    J’ai apprécié qu’elle ne cherche pas à nous donner une fin tranchée et que, si elle nous offre plusieurs explications possibles au cas Grace Marks (manipulatrice, innocente, amnésique ou victime de dédoublement de la personnalité), elle reste dans l’incertitude puisque la vérité à ce sujet n’a jamais été découverte et qu’aujourd’hui encore on se demande qu’elle a été la réelle implication de Grace dans les meurtres de son patron et de la femme de charge.
    Le récit alterne entre l’histoire à la troisième personne suivant le docteur Simon Jordan, le récit à la première personne de Grace et les lettres échangées, des coupures de journaux, des citations, qui éclairent sur l’opinion publique. D’ailleurs l’auteur effectue un changement de style entre les différentes parties. Grace a un langage oral, familier, elle dit les choses comme elles lui viennent, tandis que les parties concernant le docteur Jordan sont plus structurées, avec un ton plus soutenu.
    Les dialogues ne sont pas marqués par des tirets ou des guillemets dans le récit de Grace. C’est un peu déroutant, au début, car si on ne fait pas attention, on peut vite perdre le fil et ne plus savoir qui dit quoi, mais on fini par s’y habituer, d’autant plus que c’est assez logique puisque le texte est censé être la transcription du récit de la jeune femme.
    Le roman est long, tout est raconté de manière extrêmement détaillé, et le rythme est assez lent. Il n’y a pas vraiment d’action qui nous pousse à aller plus vite, pas de suspense concernant l’histoire puisqu’on sait qu’elle se fini par le meurtre et l’emprisonnement de Grace.
    C’est un roman passionnant mais qu’on peut avoir besoin de poser de temps en temps.
    Du côté des personnages, j’ai trouvé qu’en dehors de Grace, ils étaient, dans l’ensemble, assez antipathiques.
    Ils se montrent très souvent condescendants et considèrent Grace comme une distraction, même ceux qui cherchent à prouver son innocence.
    Quant au docteur Simon Jordan, je ne suis pas certaine de l’apprécier. Certes il essaie d’aider Grace, mais il veut avant tout se faire un nom et le cas de la jeune femme pourrait le propulser sur le devant de la scène. Son comportement en dehors des séances montre qu’il se croit facilement supérieur à ses semblables et j’ai eu du mal à le supporter.
    Grace, elle, est d’une complexité troublante. Elle est pétrie de contradictions et son récit laisse perplexe à plusieurs reprises. J’avoue que je m’interroge à propos d’un éventuel dédoublement de personnalité car elle a vécut un choc qui aurait pu le provoquer. Mais j’ai été incapable de découvrir si Grace simulait ou non les passages à ce propos.
    Je sais qu’une série a été faite sur ce livre, « Alias Grace », et j’ai hâte de voir ce qu’elle donne, maintenant que j’ai lu le livre !

     

    Un extrait : Je suis assise sur le canapé en velours cramoisi du petit salon du gouverneur, du petit salon de l’épouse du gouverneur ; ça a toujours été le petit salon de l’épouse du gouverneur, même si ce n’est pas toujours la même épouse, puisqu’on les déplace en fonction de la politique. J’ai les mains jointes sur les genoux, très comme il faut, bien que je n’aie pas de gants. Les gants que j’aimerais avoir seraient soyeux et blancs, et ils ne feraient pas du tout de plis.

    Je suis souvent dans ce salon en train de débarrasser les affaires du thé et de faire la poussière des petites tables, du grand miroir au cadre orné de raisins et de feuilles et du piano ; et de la grande horloge venue d’Europe avec le soleil orange doré et la lune argent qui apparaissent et disparaissent selon l’heure de la journée et la semaine du mois. Moi, dans le petit salon, c’est l’horloge que je préfère bien qu’elle égrène le temps et que j’en aie déjà à revendre.

    Mais, avant, je ne m’étais jamais assise sur le canapé, vu que c’est pour les invités. Mme Alderman Parkinson avait dit qu’une dame ne devait jamais s’asseoir sur un siège qu’un gentilhomme venait de libérer, bien qu’elle n’eût pas voulu donner de raison ; mais Mary Whitney s’était écriée, Parce que, espèce d’andouille, il conserve encore la chaleur de son derrière ; ce qui était une grossièreté. C’est pour ça que je ne peux pas m’asseoir là sans penser à tous ces derrières distingués qui se sont assis sur ce canapé, tous délicats et blancs, comme des œufs mollets.

    Les visiteuses portent des robes d’après-midi avec des rangées de boutons sur le devant et des crinolines en fils métalliques bien raides par-dessous. C’est franchement un miracle qu’elles puissent s’asseoir, et, quand elles marchent, il n’y a rien qui touche leurs jambes sous leurs jupes bouffantes, excepté leurs chemises et leurs bas. Elles ressemblent à des cygnes, à avancer en glissant sur des pieds invisibles ; ou sinon aux méduses du petit port rocailleux à côté de notre maison, quand j’étais petite, avant même que j’aie entrepris cette longue et triste traversée de l’océan. Elles avaient une forme de cloche et ondoyaient gracieusement sous la mer ; mais quand elles étaient rejetées sur le rivage et qu’elles séchaient au soleil, il ne restait plus rien d’elles. Et c’est ce à quoi ressemblent les dames : à de l’eau, principalement.

    Les crinolines en métal n’existaient pas quand on m’a amenée ici pour la première fois. C’était du crin de cheval, à l’époque, vu qu’on n’avait pas inventé les armatures en métal. Je regarde celles qui sont accrochées dans les penderies quand je vais faire le ménage et vider les seaux de toilette. On dirait des cages à oiseaux ; mais qu’est-ce qu’elles enferment, ces cages ? Des jambes, les jambes des dames ; des jambes parquées dedans pour ne pas qu’elles s’échappent et aillent se frotter contre les pantalons des messieurs. L’épouse du gouverneur ne prononce jamais le mot jambe et, pourtant, les journaux ont dit jambes quand ils ont parlé de Nancy dont les jambes mortes dépassaient de dessous le cuvier.

     

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  • [Livre] La tresse

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    Résumé : Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.
    Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
    Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
    Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
    Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.


    Auteur : Laetitia Colombani

     

    Edition : Grasset

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 10 Mai 2017

     

    Prix moyen : 18€

     

    Mon avis : 3 femmes, 3 destins. A première vue, Giulia, Sarah et Smitta n’ont rien en commun. Giulia est fille d’artisan en Italie au sein d’une famille ancrée dans ses traditions, Sarah est une working-girl au Canada et ne vit que pour son travail, n’accordant que peu de temps à ses enfants, et Smita est une intouchable en inde et veut absolument sauver sa fille de la vie de misère et d’humiliations qu’elle-même a toujours connu. Pourtant, ces trois femmes, si différentes les unes des autres, aux destins si distincts, ont en commun une soif d’indépendance de liberté et de dignité qui les met un peu en porte-à-faux avec leur entourage.
    Mais même là, il y a de grandes différences. Si Smita se fait surprendre à tenter de changer de vie, elle pourrait être tuée, tant le statut des intouchables, statut pourtant interdit, est misérable. Les « notables » du villages ne voudront pas prendre le risque de perdre de la main d’œuvre gratuite faisant le sale boulot et encore plus, refuseront de prendre le risque qu’un intouchable puisse dénoncer leurs actes (comme le viol appliqué comme sanction par des tribunaux tribaux totalement illégaux).
    Giulia risque de perdre sa famille dans sa quête pour laisser de côtés des traditions qui les empêchent d’avancer et de sortir la tête de l’eau.
    Enfin Sarah elle, risque de perdre son boulot en se consacrant à la lutte contre sa maladie, mais là elle a des recours. Sarah risque quand même beaucoup moins que Giulia qui elle-même a beaucoup moins à perdre que Smita.
    En plus de cette soif de liberté, un point particulier va être un trait d’union entre ces trois femmes, une tresse, pour reprendre le titre du livre, mais on ne le découvre qu’à la fin du livre puisqu’il va servir de conclusion à chacune des histoires. J’avoue que je ne m’attendais pas à cette fin, et pourtant, franchement, c’est d’une logique ! Mais j’étais tellement prise dans l’histoire que je n’ai pas fait le rapprochement entre les différents éléments !
    Bien entendu ces histoires n’ont pas de fins tranchées. On ne sait pas si sur la durée l’idée de Giulia est viable, on ne sait pas si Smita et sa fille vont vraiment avoir une nouvelle vie, on ne sait pas si Sarah va vaincre la maladie, mais on les quitte pleines d’espoirs, de projets et de rêves qui ont plus de chances de se réaliser qu’au début du roman.
    Je n’ai pas eu de coup de cœur, mais ce n’était pas très loin, j’ai vraiment beaucoup aimé ce roman. Il se lit très vite. D’une part, il ne fait que 222 pages et les chapitres, tous assez courts, s’enchaînent assez vite, chacun nous donnant envie de sauter 3 chapitres plus loin pour avoir la suite de l’histoire de celle qu’on vient de suivre. Et du coup, une chose en entraînant une autre, on ne le lâche pas du début à la fin.

     

    Un extrait : L’alarme sonne et le compte à rebours commence. Sarah est en lutte contre le temps, de l’instant où elle se lève à celui où elle se couche. A la seconde où elle ouvre les yeux, son cerveau s’allume comme le processeur d’un ordinateur.

    Chaque matin, elle se réveille à cinq heures. Pas le temps de dormir plus, chaque seconde est comptée. Sa journée est chronométrée, millimétrée comme ces feuilles de papier qu’elle achète à la rentrée pour les cours de maths des enfants. Il est loin le temps de l’insouciance, celui d’avant le cabinet, la maternité, les responsabilités. Il suffisait alors d’un coup de fil pour changer le cours d’une journée : et si ce soir on faisait… ? et si on partait… ? et si on allait… ? Aujourd’hui tout est planifié, organisé, anticipé. Plus d’improvisation, le rôle est appris, joué, répété chaque jour, chaque semaine, chaque mois, toute l’année. Mère de famille, cadre supérieur, working-girl, it-girl, wonder-woman, autant d’étiquettes que les magazines féminins collent sur le dos des femmes qui lui ressemble comme autant de sacs pesant sur leurs épaules.

    Sarah se lève, se douche, s’habille. Ses gestes sont précis, efficaces, orchestrés comme une symphonie militaire. Elle descend à la cuisine, dresse la table du petit déjeuner, toujours dans le même ordre : lait/bol/jus d’orange/chocolat/pancake pour Hannah et Simon/ céréales pour Ethan/ double café pour elle. Elle va ensuite réveiller les enfants, Hannah d’abord, puis les jumeaux. Leurs vêtements ont été préparés la veille par Ron, ils n’ont qu’à se débarbouiller et les enfiler pendant qu’Hannah remplit les lunchboxes, c’est une affaire qui roule, aussi vite que la berline de Sarah dans les rues de la ville, pour les déposer à l’école, Simon et Ethan en primaire, Hannah au collège.
    Après les bises, les tu n’as rien oublié les couvre toi mieux, les bon courage pour ton examen de maths, les arrêtez de chahuter derrière, les non, tu vas à la gym, et enfin le traditionnel le weekend prochain vous êtes chez vos pères, Sarah prend la direction du cabinet.

    A huit heures vingt précisément, elle gare sa voiture dans le parking, devant le panneau portant son nom : « Sarah Cohen, Johnson & Lockwood ». Cette plaque, qu’elle contemple tous les matins avec fierté, désigne plus que l’emplacement de sa voiture ; elle est un titre, un grade, sa place dans le monde. Un accomplissement, le travail d’une vie. Sa réussite, son territoire.

     

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  • [Livre] Pourvu que la nuit s’achève

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    Résumé : Lorsque Zeba est retrouvée devant chez elle, le cadavre de son mari à ses pieds, il paraît évident aux yeux de tous qu’elle l’a tué. Depuis son retour de guerre, Kamal était devenu un autre homme, alcoolique et violent. Mais cette mère de famille dévouée est-elle capable d’un tel crime ? Présumée coupable, Zeba est incarcérée dans la prison pour femmes de Chil Mahtab, laissant derrière elle ses quatre enfants. C’est à Yusuf, revenu des États-Unis pour régler une dette symbolique envers son pays d’origine, l’Afghanistan, que revient la défense de ce cas désespéré. Mais la prisonnière garde obstinément le silence. Qui cherche-t-elle à protéger en acceptant de jouer le rôle du suspect idéal ? Et dans ces conditions, comment faire innocenter celle qu’on voit déjà pendue haut et court ?


    Auteur : Nadia Hashimi

     

    Edition : Milady

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 07 juillet 2017

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : Nadia Hashimi a le don de nous transporter en Afghanistan dans chacun de ses romans. Déjà, dans la perle et la coquille, on se passionnait pour la coutume des Basha Posh et le bouleversement que le retour à leur condition de femme pouvait entrainer pour ces jeunes filles qui s’étaient si longtemps conduites en garçon et avaient si longtemps été traité comme tels.
    Aujourd’hui, avec Pourvu que la nuit s’achève, on découvre la justice afghane et surtout la justice appliquée aux femmes et, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle est sommaire.
    Déjà, concernant Zeba, elle est arrêtée et emprisonnée sans que la moindre enquête soit menée par la police. Pourquoi mener une enquête après tout ? C’est son mari qui a été tué et elle était juste à côté du corps. C’est donc forcément elle la coupable. Et avec la coutume Afghane de ne jamais dire du mal des morts, l’homme, violent, bon à rien, mauvais musulman (ce qui, dans ce pays est un crime), passerait presque pour un saint.
    Mais ce qui m’a le plus choquée, outre l’histoire de Zeba, c’est les raisons de l’emprisonnement des autres femmes. La plupart sont là pour crimes moraux. Certes on savait qu’en Afghanistan, le fait pour une femme de tomber amoureuse, était un crime qui pouvait la conduire à la mort pour « laver l’honneur de la famille ». La plupart des femmes sont donc plus en sécurité derrière les barreaux que dans leur foyer. Mais il y a quand même des cas qui dépassent l’entendement, même dans ce pays !
    Pour n’en citer que 2 qui m’ont marqués : une femme, la soixantaine, est condamnée à 30 ans de prison parce que son fils s’est enfui avec une jeune fille. Le couple a été rattrapé, le fils tué, mais cela ne suffisait pas à la famille de la jeune fille. La mère a donc payé pour la « faiblesse » du fils.
    Le second cas est encore plus ahurissant car il va à l’encontre même des traditions du pays. Une jeune fille est emprisonnée parce que ses parents ont refusé la demande en mariage d’un homme puis ont arrangé son mariage avec un autre. La famille du prétendant éconduit l’a donc fait emprisonnée pour « zina » comprendre « acte sexuel en dehors du mariage » alors même qu’elle n’a probablement pas eu son mot à dire dans le choix de son mari.
    Le crime de zina est d’autant plus pratique que le témoignage d’une femme à moitié moins de valeur que celui d’un homme. Si un homme accuse une femme de zina, sa propre parole ne fait pas le poids contre lui.
    Au fil des réunions entre l’avocat, le procureur et le juge, on tombe des nues en découvrant que l’Afghanistan est bel et bien doté d’un code pénal. Mais celui-ci est interprété selon le bon vouloir du juge, ce qui va rarement dans le sens de l’intérêt de la femme, mais plutôt selon l’intérêt de celui qui le paie le plus cher.
    Le mystère de la mort du mari de Zeba se lève lentement et on ne peut que saluer le courage de cette femme qui risque la pendaison mais garde le silence, pensant aux autres avant elle-même.
    J’ai aimé aussi le minuscule brin d’espoir que constituent certaines des faits que rapporte Yusuf : un violeur qui a pris 20 ans de prison, un mollah agresseur de petite fille qui a été violement sanctionné par la famille de la gamine, la réaction du père d’une des petites voisines de Zeba devant le drame vécu par sa fille. Ce ne sont que des grains de sable, mais cela reste un espoir car ces pères-là n’ont pas fait peser le poids de la honte sur leurs filles et les ont reconnus pour ce qu’elles sont : des victimes innocentes. Grain de sable par grain de sable, on ne peut qu’espérer que le sort des femmes d’Afghanistan puisse s’améliorer, avec peut-être l’aide de la pression internationale.

    Un extrait : Basir et ses sœurs franchirent le portail perçant le haut mur qui isolait leur foyer de la rue et des voisins. En entendant les pleurs de Rima, les cris d’un bébé appelant sa maman les bras tendus, Basir fut saisi d’une sourde angoisse. Les filles se précipitèrent dans la maison, et en un éclair, Shabnam souleva Rima pour la bercer sur sa hanche. Le visage du bébé était rouge, son nez coulait. Karima regarda sa sœur avec hébétude, tandis que l’odeur des gombos brûlés imprégnait l’air tel un mauvais présage. Aucun signe de Madar-jan. Quelque chose n’allait pas.

    Sans un mot, Basir jeta un bref coup d’œil dans les deux chambres puis dans la cuisine. Les mains tremblantes, il poussa la porte donnant sur la cour. Des pantalons bouffants, des foulards, des chemises flottaient sur la corde à linge. Un faible gémissement attira son attention vers le fond du jardin, où se trouvait la remise, contiguë au mur extérieur du voisin.

    Il fit un pas, puis deux. Comme il aurait aimé remonter le temps, revenir au matin, quand tout était encore normal ! Comme il aurait aimé faire demi-tour, trouver sa mère dans la cuisine en train de remuer des haricots verts dans une lourde marmite, en s’inquiétant de ne pouvoir nourrir correctement ses enfants.

    Mais rien ne serait plus jamais comme avant. Basir le comprit dès qu’il contourna la remise, dès l’instant où la vie qu’il connaissait se noya dans le sang et la violence. Zeba, sa mère, leva vers lui un visage blême et hagard. Elle était assise, dos contre le mur, dans une atmosphère macabre. Ses mains étaient noires de sang, ses épaules tremblaient.

    — Madar-jan, commença-t-il.

    Une silhouette avachie reposait quelques mètres plus loin.

    — Bachem, dit-elle d’une voix faible.

    Sa respiration s’accéléra. Zeba se mit à sangloter, la tête entre les genoux.

    — Rentre à la maison, mon fils… Rentre à la maison… Tes sœurs, tes sœurs… Rentre à la maison…

    Basir sentit sa poitrine se serrer. Comme son père, il n’avait rien vu venir.

     

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  • [Livre] Les contes de crimes

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    Résumé : Imprégné des personnages des frères Grimm ou de Charles Perrault, l’auteur se livre ici à une réécriture un tantinet diabolique des contes ayant bercé notre enfance. Machiavélique, le mariage improbable des contes de fées avec le roman policier produit des monstruosités, des vengeances fatales de personnages depuis toujours persécutés : Cendrillon, lolita victime d'un prince héritier, la Belle au bois dormant, otage pathétique d'un époux déséquilibré.

    Inspirant la mise en scène macabre d'un tueur en série qui opère au cyanure, Blanche-Neige pose une énigme à C. Marmaduke Perthwee, fantasque détective des fées qui sait faire parler les nains de jardin, troublante signature du meurtrier. Rondement troussés par l'elficologue Pierre Dubois, Les Contes de crimes exhalent la musique envoûtante de ce familier du " Merveilleux Voisinage ". Noirs à souhait, ils font aussi entendre un humour sardonique qui fait frissonner.

     

    Auteur : Pierre Dubois

     

    Edition : Folio

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 02 avril 2009

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : Pierre Dubois revisite les contes de fées à la sauce criminelle. J’ai trouvé dommage que les différentes histoires soient aussi inégales en longueur, en qualité et en intérêt. Autant j’ai trouvé très bien Le petit chaperon rouge ou cendrillon, autant j’ai trouvé Peter Pan et Rapunzel trop longs, trop alambiqués et au final brouillons.
    Je suis d’autant plus déçue que d’une part on m’avait dit beaucoup de bien du livre et que j’en attendais donc sûrement trop et d’autre part que je trouvais l’idée de remanier les contes de fées pour en faire des affaires criminelles tout simplement géniale.
    Ici j’ai trouvé la lecture longue et contraignante et j’avoue que j’ai parfois lu en diagonale certaines digressions interminables.
    D’autant plus que l’auteur s’amuse dans des tournures de phrases alambiquées, un vocabulaire plus que soutenu, des envolées lyriques etc… tant de choses qui ont ralenti ma lecture parce que j’ai trouvé que ce style n’était pas adapté au type de texte que voulait nous présenter l’auteur. J’aurais aimé plus de sobriété, qu’il aille un peu plus souvent droit au but.
    A part quelques nouvelles comme cendrillon ou le petit chaperon rouge, on ne retrouve pas grand-chose du conte originel dans ces histoires, et pour moi, du coup, il n’y a pas revisite de contes. Pierre Dubois aurait pu tout aussi bien écrire des nouvelles avec des protagonistes issus de son imagination, j’aurais moins eu l’impression d’être trompée sur la marchandise.
    Une lecture un peu laborieuse, même si j’ai réussi à aller jusqu’au bout. Mais sûrement un livre que je ne garderais pas, ni en mémoire, ni dans ma bibliothèque.

     

    Un extrait : Il était une fois une damoiselle rose et rousse dotée de tous les avantageux apanages propres aux vraies princesses - celles à qui un petit pois glissé sous cent matelas, en leur dormant, torture la peau de lys. Elle passait ses jours, comme il se doit, à ne rien faire de ses dix doigts, sinon se mirer, se coiffer, se manucurer. Ou bien, la mode n'étant plus au teint d'ivoire et veines bleues, à bronzer au bord de ses piscines et toutes les nuits à sortir en boîte.
    A dire vrai ce n'était pas sa pantoufle qu'elle abandonnait aux douze coups du clair de Lune !
    Or si, insatiablement, la gourgandine se complaisait au marivaudage, libertinait et consommait à en décrocher les baldaquins, c'était toujours en compagnie de douteux pointeurs, de gandins, de snobs noctambules, mais jamais, au grand jamais, avec de nobles et gents partis censés lui offrir l'anneau d'or du mariage.
    Toujours elle dédaignait ses prétendants qui, avec quelques espoirs, s'en venaient dès potron-minet faire antichambre pour s'en repartir bredouille et fort marris à la brune.
    Trouvant l'un, président-directeur général, trop vieux, ce jeune financier trop gros, cet autre-là trop maigre, trouve chauve ou fat... Mais surtout, se moquait-elle d'un brave roi de la couture de haut luxe aux rondes rentes mais dont le menton présentait une légère asymétrie."
    "Tiens ! se gaussait-elle, il a le menton de travers comme le bec d'une grive... C'est Barbe de Grive !

     

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  • [Livre] Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants et puis...

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    Si vous désirez acheter ce livre, vous pouvez cliquer ICI ou sur l'image. Vous serez alors redirigés sur bookwitty. Si vous achetez le livre par ce lien, je touche une petite commission. Cela ne change rien au prix!

     

    Résumé : Ils vécurent heureux, eurent beaucoup d'enfants et puis... La beauté de la princesse se fane, la Belle éprouve des regrets, Jack dilapide tout l'argent qu'il avait reçu pour ses haricots magiques... Dix contes revisités avec une bonne dose de cynisme et un soupçon d'humour noir par Michael Cunningham. Adieu les étoiles dans les yeux, l'heure du désenchantement a sonné.

     

    Auteur : Michael Cunningham

     

    Edition : 10/18

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 17 mars 2016

     

    Prix moyen : 7€

     

    Mon avis : En ce mois de janvier j’ai décidé de me consacrer aux contes et revisites de contes. C’est donc tout naturellement que mes copinautes m’ont conseillée ce livre, et, ma foi, pour le prix, je n’allais pas me priver.
    On a ici un recueil de nouvelles, chacune n’étant pas très longue et égratignant allégrement les happy ends des contes traditionnels.
    J’ai beaucoup aimé le style de l’auteur, même dans le cas où la nouvelle ne me plaisait pas plus que ça, ce qui est arrivé à une ou deux reprises.
    Parfois le conte ne fait aucun doute comme pour blanche neige, la belle et la bête ou encore Jack et le haricot magique. Parfois en revanche, on a plus de mal à identifier le conte, on se demande même s’il n’y a qu’un conte particulier qui est visé ou si l’auteur a décidé d’égratigner le genre même du conte à travers sa nouvelle.
    Il y a un certain humour, même si les nouvelles sont le plus souvent malsaines et/ou glauques, mais j’avoue que malgré tout, j’ai eu plusieurs fois le sourire aux lèvres.
    Evidemment, la lecture de ce livre est à déconseiller à ceux qui ne jurent que par Disney et refusent obstinément de connaitre une autre version des contes.
    En revanches, ceux qui ont lu les « vrais » contes, ceux qui savent que les mignonnes colombes crèvent les yeux des sœurs de Cendrillon, que la méchante reine a tenté de tuer Blanche Neige 3 fois, que la petite sirène n’a jamais épousé son prince, que la mère du prince charmant de la belle au bois dormant était une ogresse de la pire espèce ou encore que le chasseur n’a été rajouté à l’histoire du petit chaperon rouge que tardivement, eux, pourront trouver beaucoup de plaisirs à la lecture de ces revisites, non de contes, mais de fins de contes.

     

    Un extrait : Nous ne parlons pas ici d’un garçon intelligent. Ce n’est pas un gosse à qui vous pouvez vous fier pour emmener sa mère à sa séance de chimio, ou fermer les fenêtres quand il pleut.
    Encore moins pour vendre la vache, quand sa mère et lui n’ont plus un rond, et que la vache est leur dernier capital.
    Nous parlons d’un garçon qui n’a pas parcouru la moitié du trajet jusqu’à la ville chargé du dernier bien de sa mère qu’il a déjà vendu la vache à un inconnu pour une poignée de haricots. Le type prétend que ce sont des haricots magiques, ce qui suffit à Jack, semble-t-il. Il ne demande même pas quel genre de magie les haricots sont censés accomplir. Peut-être vont-ils se transformer en sept superbes épouses qui lui sont destinées. Peut-être prendront-ils la forme des sept péchés mortels qui le harcèleront comme des mouches jusqu’à la fin de son existence.
    Jack ne doute pas. Jack n’est pas porté sur les questions. Jack est le garçon qui dit « Waouh, mec, des haricots magiques, sans blague ? »

     

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