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Biographie et Témoignages

  • [Livre] Vous n'aurez pas mon fils

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    Résumé : La vie de Léa, avocate française, bascule dans le cauchemar le jour où son ex-mari, en proie au démon du fanatisme religieux et soupçonné d'appartenir à une cellule terroriste, enlève leur fils de 12 ans et disparaît.

    Devant l'échec des démarches officielles, Léa n'a plus le choix : il lui faut retrouver la trace de son ex-mari et découvrir ce que son fils est devenu.

     

    Auteur : John La Galite

     

    Edition : KS éditions

     

    Genre : Témoignage/ document

     

    Date de parution : 08 février 2014

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : Tiré d’une histoire vraie, ce livre diffère des autres de différentes manières :
    D’abord rien n’est édulcoré. L’écriture est brute, voire brutale. L’auteur ne nous épargne rien. Il n’adoucie pas l’histoire par des pensées positives comme on a tendance à le voir dans ce genre de livre, ou en survolant les passages violents. Ici tout est minutieusement détaillé.
    Ensuite, et c’est cela qui justifie le « tiré d’une histoire vraie », plutôt que « histoire vraie » tout court, l’auteur extrapole certains passages que la femme qui lui a raconté l’histoire ne peut pas connaitre : les motivations des djihadistes, leurs pensées, leurs actions quand ils sont entre eux, à l’abri des regards… ces passages relèvent de la fictions, même si l’auteur s’est suffisamment renseigné sur ce genre de personnages pour qu’on puisse se douter qu’il est proche de la vérité.
    J’ai lu ce livre sous le titre « Vous n’aurez pas mon fils ». J’ai trouvé ce titre parlant et collant bien avec l’histoire. En revanche, je n’aime pas l’autre titre (A-t-il été utilisé avant, ou lors d’une réédition, je ne sais pas) « Je vous salue imams ». Ce second titre me parait moins adéquat car il sous-entend que tous les imams sont à l’image de ceux présentés dans ce livre. Or il ne faut pas oublier que dans cette histoire, on a affaire à des extrémistes, des terroristes (enfin, qui préfèrent quand même que les risques soient pris par d’autres). Considérer que tous les imams sont ainsi revient à dire que tous les prêtres catholiques sont pédophiles sous prétexte qu’il y a eu des pommes pourris dans le verger.
    J’ai beaucoup aimé les personnages qui entourent Léa et tentent de lui venir en aide. Même quand Léa manque de tout faire rater par impatience, elle ne m’a pas agacé car on sent son désespoir et sa terreur de ne pas retrouver son fils à temps.
    Pas de conte de fée ici. Je ne vous dirai pas si l’histoire fini bien ou mal, mais sachez qu’elle finit mal pour certains et que cet aspect des choses non plus ne nous est pas épargné.
    C’était un livre court, mais très dur et il a me falloir des lectures toutes légère pour m’en remettre !

    Un extrait : Léa déboucla sa ceinture, attrapa son sac et se fraya un chemin dans l’allée étroite, jusqu’au fond du jet d’Etihad Airlines. Depuis l’escale d’Abu Dhabi, elle était la seule femme, la seule Occidentale à bord de cet avion, et les autres passagers la dévisageaient avec un air de surprise, comme si quelque part sa présence choquait. Elle atteignait la seconde et dernière étape du voyage qui la menait de Paris à Islamabad, « la demeure de l’Islam », la capitale du Pakistan.

    C’est dans ce pays survolté, dont la presse américaine disait qu’il était à la fois l’antre du diable et un laboratoire de la terreur, que commençait son enquête.

    Dans moins d’une heure, Léa s’enfoncerait en territoire inconnu, hostile. Elle ne connaissait rien de l’islamisme radical, de ses codes et de sa hiérarchie. Ces nouveaux possédés de Dieu, ces mollahs de cauchemar dopés au fanatisme qui prêchaient la haine et le jihad, elle ne les avait vus qu’à la télévision. Mais elle savait que près de 4000 personnes avaient été tuées depuis l’été 2007 dans une vague de plus de 400 attentats. Des attaques revendiquées par les talibans pakistanais, qui faisaient allégeance à Al Qaïda, et par des groupes alliés. Les kamikazes visaient les bâtiments officiels et les forces de sécurité. Mais ces derniers mois, ils s’en prenaient de plus en plus aux civils et aux édifices religieux des chiites, des soufis et des ahmadis, des confessions minoritaires de l’islam qu’ils considéraient comme hérétiques.

    Léa s’enferma dans les toilettes de l’avion. Le miroir lui renvoya l’image d’une femme au dernier stade de la panique. Celle de ne pas réussir ou d’arriver trop tard.

    Cette éventualité la terrorisa. Alors, elle essaya d’occuper son esprit. Elle rafraîchit son maquillage, tenta de se donner la meilleure apparence possible. La peur, à cet instant précis, était un mauvais sentiment, pas un bon conseiller.

    Rien n’avait encore commencé de ce périlleux voyage qui devait la conduire au coeur de l’inconnu et elle était déjà désemparée. Elle venait d’avoir trente-sept ans, à cet âge, une femme était censée avoir sa vie bien en main.

    Comment avait-elle pu perdre le contrôle de la sienne ? Comment ne s’était-elle aperçue de rien ? Y avait-il eu des signes, des alertes auxquels elle n’avait pas pris garde ? Peut-être n’avait-elle pas fait attention, mais on ne vit pas en « faisant attention. »

    Se plonger dans le passé ne l’aiderait pas. Et puis, la nécessité et l’urgence la privaient du moindre choix.

    Combien cela prendrait-il ?

    Des jours ? Des semaines ? Des mois ?

    Combien de temps pourrait-elle tenir ?

    Son compte épargne suffirait-il à couvrir les dépenses ?

    Elle refusait de penser en termes d’argent ou d’années.

    Dans les toilettes de l’avion le signal « Attachez vos ceintures » s’alluma. Léa fouilla dans son sac à la recherche des collants noirs qu’elle avait achetés. Elle les enfila et lissa la jupe de son tailleur vert foncé, classique. Elle noua sous son menton le foulard sombre qui complétait la panoplie qu’une femme portait au Pakistan quand elle se trouvait dans un lieu public.

    Léa regagna sa place. Le personnel de cabine débarrassait les plateaux-repas, se préparait à la descente. L’atterrissage était prévu aux alentours de 20 h 30.

  • [Livre] Vers la liberté

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    Résumé : Fille d'une Américaine et d'un médecin iranien installé depuis plusieurs années aux Etats-Unis, Mahtob a 4 ans lorsqu'elle part pour des vacances en Iran avec ses parents. Une fois sur place, son père révèle la véritable raison de ce voyage :

    « Maintenant, vous êtes dans mon pays. Vous devrez respecter mes règles. Vous resterez ici jusqu'à la mort. »

    Pendant un an et demi, la fillette et sa mère seront retenues prisonnières, subissant les coups et la folie d'un père. Elles finiront par s'évader.

    Dans Vers la liberté..., Mahtob Mahmoody revient sur ces événements dramatiques et raconte sa vie après leur fuite d'Iran : comment, des années durant, elle a vécu dans la peur d'un nouvel enlèvement ; l'obligation de prendre un nom d'emprunt pendant toute sa scolarité, la maladie grave qui a failli lui voler la vie à l'adolescence ; l'ombre menaçante et les chantages de son père, la célébrité de sa mère, les trahisons, la haine, les cauchemars, les petits bonheurs de l'existence et la force de l'espérance aussi

     

    Auteur : Mahtob Mahmoody

     

    Edition : Pocket

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 07 mai 2014

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : Mahtob Mahmoody, avec ce livre, va venir nous donner sa propre version de l’histoire de jamais sans ma fille. Mahtob raconte comment elle a vécu sa séquestration en Iran, les souvenirs sont assez identiques à ceux de sa mère, mais elle les a ressenti différemment. Le récit de Betty est étoffé par tous ces moments où Mahtob et elle étaient séparées (l’école, quand Moody avait emmené Mahtob) et que seule mahtob pouvait nous révéler. D’ailleurs elle précise qu’elle n’a jamais lu le livre de sa mère, parce qu’elle voulait être sûre que ses souvenirs étaient bien les siens et pas des souvenirs induits.

    Mahtob était une fillette très mature et c’est parfois effrayant de voir la haine profonde qu’elle ressent envers son père. Betty a tout fait pour apaiser cette haine et pour que sa fille ne rejette pas en bloc son héritage iranien.
    On peut voir aussi que Mahtob n’a pas toujours vu d’un très bon œil l’implication de sa mère dans sa fondation destinée à venir en aide aux familles confrontées à l’enlèvement d’un enfant par un parent étranger. Les déménagements successifs, les voyages, les coups de fils à toutes heures, semblent lui avoir pesés et, sans être capricieuses, elle a fini par se rebiffer.
    Mahtob a une relation avec Dieu plus profonde que sa mère. Elle s’est vraiment appuyé sur la foi pour traverser tout ce qu’elle a dû vivre, que ce soit la peur de son père ou sa maladie.
    Quand on voit la peur dans laquelle elle a vécu toute sa vie, les intimidations, le harcèlement même à certaines périodes, on se dit qu’elle a vécu presque aussi prisonnière de l’ombre de son père qu’elle l’a été physiquement en Iran.
    Pendant des années, elle a craint un enlèvement, puis, devenue adulte, elle a très lucidement craint que son père, voyant qu’il ne la ramènerait ni vers la foi musulmane, ni sous son autorité, n’en viennent à commanditer un crime d’honneur.
    Aujourd’hui Sayeed Bozorg Mahmoody est mort et j’espère que Mahtob a pu retrouver la sérénité.
    J’ai beaucoup apprécié, à la fin de son livre, le petit glossaire nous éclairant sur certains termes. Ainsi, j’ai toujours cru que Ameh Bozorg était le nom de la sœur de Moody. En lisant le glossaire, j’ai appris que cela voulait simplement dire « grand tante ».
    J’ai beaucoup aimé ce livre qui, d’une certaine façon, complète ceux de Betty Mahmoody en apportant un nouvel éclairage sur leurs vies.

    Un extrait : J’ai été parcourue d’un frisson. Maman et moi n’avions pas les documents nécessaires. Mon père avait gardé nos vrais passeports. Ceux que nous avions, bien qu’authentiques, n’étaient pas valides. Ils nous avaient été envoyés par l’ambassade américaine de Berne, en Suisse, par le biais de l’ambassade suisse à Téhéran, l’automne passé, pour une tentative d’évasion qui était tombée à l’eau. Sans les cachets adéquats, nos passeports n’étaient que de petits carnets adéquats, nos passeports n’étaient que de petits carnets sans valeur avec nos photos d’identité et il en serait ainsi jusqu’à ce que nous atteignions l’ambassade américaine d’Ankara. Si les soldats consultaient nos passeports avant, nous serions renvoyés en Iran – soit pour y être emprisonnées soit chez mon père. Quoi qu’il en soit, je ne reverrais pas ma mère.
    […]
    Je me suis rendormie et, cette fois, je me suis réveillée quand l’autocar s’est arrêté. J’ai regardé autour de moi pour voir ce qu’il se passait, puis mes yeux se sont fixés sur le chauffeur qui s’apprêtait à ouvrir la portière. Instinctivement, mon regard s’est dirigé vers les portes battantes et là, quelle horreur, se tenait un soldat.
    Me recroquevillant, je me suis agrippée à ma mère. Je ne les laisserais pas me l’enlever. Nous avons regardé le chauffeur descendre du bus et discuter avec le soldat. Les deux hommes s’entretenaient à grand renfort de gestes. Ils montraient du doigt puis parlaient puis montraient de nouveau du doigt. Ca n’était certainement pas une conversation amicale. Pendant ce qui m’a paru une éternité, ils ont poursuivi leur discussion et maman et moi retenions notre respiration, attendant l’issue, craignant le pire. Enfin le soldat a laissé remonter le chauffeur dans l’autocar. Sans un mot, il s’est laissé tomber sur son siège. L’autocar a repris vie dans un teuf-teuf, puis la route.
    Cela s’est produit plusieurs fois.

    ­[…]

    Le chauffeur nous a déposées à l’hôtel devant l’ambassade où, avec force appréhension, ma mère fut obligée de donner nos passeports non valides. C’était quasiment un miracle que, depuis la gare routière de Van, c’était la première fois que nous avions à les montrer. En échange de nos passeports, on nous a donné la clé de notre chambre où, pendant de précieuses heures, maman et moi pourrions nous reposer dans une paix relative derrière la solidité rassurante d’une porte verrouillée.
    Maman et moi, main dans la main, avons vite rejoint notre chambre, la tête nous tournant à l’idée de prendre enfin un bain et de nous brosser les dents. Nous nous sentions plus libres que jamais.
    […]
    Notre bulle a explosé quelques minutes après que nous soyons entrées dans notre chambre d’hôtel : on a frappé fort à la porte. Notre couverture avait été découverte. L’employé de l’hôtel nous demandait de partir sur-le-champ. Maman l’a imploré de nous laisser rester jusqu’au matin. Le personnel de l’ambassade tamponnerait nos passeports et tout s’arrangerait. Il n’y eut cependant aucun moyen de le persuader. Nous étions des clandestins et il ne prendrait pas le risque de nous héberger, même pour une nuit.

  • [Livre] Jamais sans ma fille 2 – Pour l’amour d’un enfant

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    Résumé : 5 février 1986 : hagardes, épuisées, Betty et sa fille voient flotter le drapeau américain devant leur ambassade à Ankara. Elles sont libres. Le cauchemar iranien s'efface alors peu à peu. Mais Betty devra encore braver ses peurs les plus secrètes pour raconter son histoire.

    Son livre, le film la rende célèbre. Et des centaines d’autres parents la contactent. Présidente de la fondation "un monde pour les enfants" elle raconte leurs histoires.

     

    Auteur : Betty Mahmoody

     

    Edition : Pocket

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 1992

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : J’ai lu le premier livre de Betty Mahmoody, « Jamais sans ma fille », et j’ai vu le film. Mais je me suis bien doutée que tout n’était pas rentré dans l’ordre à la seconde où Betty et Mahtob avait mis le pied hors d’Iran.
    Quand j’ai vu que Betty avait écrit une suite à son premier livre, j’ai eu très envie de le lire mais il m’a fallu des années pour l’avoir entre les mains.
    Ce livre est divisé en deux parties : dans la première, Betty raconte comment les choses se sont passées à leur retour d’Iran, les difficultés qu’elle et Mahtob ont pu rencontrer, que ce soit au niveau affectif, psychologique ou matériel. Elle explique comment lui est venue l’idée du livre et pourquoi elle a accepté non seulement de l’écrire mais de le voir adapté en film. Dans la seconde partie, elle raconte 3 cas auquel elle a été confrontée au sein de l’association qu’elle a fondée.
    Dans la première partie, donc, Betty et Mahtob reviennent enfin aux USA après ces 18 mois de captivité et l’éprouvant et dangereux trajet qu’elles ont dû emprunter pour sortir d’Iran.
    La première chose qui m’a un peu choquée, c’est la réaction de la famille de Betty. Ils sont en mode : « bon c’est fini, vous êtes rentrée, c’est plus la peine d’en parler ». Sauf que Betty semble en souffrir de ne pas pouvoir en parler. Pendant 18 mois, il a fallu qu’elle fasse bonne figure, que ce soit pour endormir la méfiance de son mari ou pour ne pas effrayer Mahtob plus qu’elle ne l’était déjà, et là qu’elle pourrait enfin se lâcher, parler de ce qu’elle a vécu, faire sortir ses sentiments, on lui demande encore de se taire.
    La deuxième chose qui m’a marqué, c’est l’insécurité dans laquelle Betty et Mahtob vont devoir vivre : d’abord insécurité matérielle, puisque Moody a pratiquement liquidé tous leurs biens, et insécurité financière puisque Betty n’a plus ni travail ni économies. Heureusement qu’elle va être entourée par ses parents comme par d’autres personnes comme ce banquier qui lui accorde un prêt quasiment sans garanties.
    Mais le pire, je crois que c’est l’insécurité psychologique. Betty ne peut pas divorcer sans informer son mari du lieu où elle réside et tant qu’elle est mariée elle ne peut avoir la garde exclusive de Mahtob, son père pourrait donc la ramener en Iran sans être intercepté (depuis des lois ont été adoptées). Elle vit donc dans une perpétuelle crainte d’un enlèvement.
    L’écriture du livre a permis à Betty non seulement de travailler à la maison (et donc d’être sans arrêt avec Mahtob) mais aussi d’être tant en lumière qu’un enlèvement par Moody deviendrait plus difficile.
    Dans la seconde partie, Betty, qui nous a parlé de différents cas de parents étant confrontés à des enlèvements d’enfants, revient plus en détail sur trois cas : deux mères et un père qui se sont vus arracher leurs enfants avec différentes issues.
    Ces histoires, qui si elles sont différentes, concernent tout de même en majorité des personnes ayant épousés des ressortissants de pays musulmans (pays ayant refusés, au moment de la sortie de ce livre, de signer la convention de la Haye de 1980. Certains d’entre eux l’on finalement signée comme la Turquie en 1998 ou le Maroc en 2010), sont tout aussi révoltantes que l’histoire de Betty. Dans chaque cas, je ne vois aucun acte d’amour, pas d’enlèvement parce que le parent en question ne supportait pas d’être séparé de son enfant. Je n’ai vu qu’une volonté de punir l’autre parent, de le faire souffrir ou d’affirmer sa supériorité en s’appropriant un enfant dont ils n’ont rien à faire.
    la seule chose que je regrette c’est qu’il n’y ait jamais eu, dans aucune de ces histoires, de vraies sanctions contre ces personnes qui ne méritent pas le nom de parents.

    Un extrait : Je supplie encore le consul de s’arranger pour que prenions le premier vol en partance. La police turque n’est que le dernier d’une longue série de problèmes au travers desquels nous sommes passées miraculeusement. D’abord, nous n’aurions pas dû quitter l’Iran sans une permission écrite de Moody, conformément à la loi. Ensuite, entre Téhéran et la frontière, notre chauffeur s’est fait arrêter plusieurs fois par les pasdar de la sécurité, pour des contrôles de routine. Chaque fois qu’un garde s’approchait du véhicule, mon cœur s’emballait. Figée derrière mon tchador, pauvre camouflage, j’attendais la fin. Or, jamais on ne nous a demandé nos papiers !
    La chance a persisté en Turquie. Sur la route de Van à Ankara, j’ai vu d’autres cars que le nôtre contraints de se garer sur le bas-côté, les passagers brutalement poussés dehors, sommés de présenter leurs papiers pour vérification.
    Régulièrement, notre propre car était stoppé, pris d’assaut par des hommes en uniforme kaki ; ils discutaient rapidement avec le chauffeur puis d’un signe de la main le laissait continuer.
    Finalement, nous n’avons été contrôlées qu’au moment de notre arrivée à l’hôtel, situé en face de l’ambassade américaine. Je n’ai aucune explication à donner là-dessus. Je crois simplement que nous le devons à la grâce de Dieu.
    Nous sommes invitées à déjeuner dans un salon de l’ambassade, avec le consul et le vice-consul. Le menu annoncé est une fête de retrouvailles pour nous : « cheeseburger et frites » !

    Deux marines ouvrent avec une lenteur précautionneuse les gigantesques portes de bois de l’enceinte américaine et là, les diplomates tout autant que moi nous perdons dans un dédale de courtoisie à n’en plus finir :
    - Après vous, Madame, je vous en prie, dit le consul
    J’enchaîne sans réfléchir :
    - Non, après vous, monsieur le consul…
    Et le vice-consul :
    - Après vous…
    Et moi d’insister :
    - Non, après vous…
    Ce numéro à la Marx Brothers s’arrête lorsque je me rends soudain compte à quel point j’ai pris l’habitude de marcher derrière Moody, et derrière tous les hommes, en Iran.
    Personne ne m’a obligée à agir ainsi ; je suis tout simplement tombée dans la routine des vingt-cinq millions de femmes de là-bas. La femme derrière l’homme, obéissante et humble.
    Il me faudra des mois avant de retrouver mon aisance et de précéder naturellement un homme pour franchir une simple porte.

  • [Livre] Ils ont volé mon innocence

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    Résumé : Un bâtiment gris, sombre. Effrayant. Dans les souvenirs de Madeleine, c’est ainsi qu’apparaît l’orphelinat où elle a été placée dès sa plus tendre enfance. A l’âge de cinq ans, le cauchemar est quotidien pour la petite fille sans défense.

    Le directeur de l’établissement abuse d’elle comme si elle était son jouet. « Ne dis rien, personne ne croira une sale gamine comme toi », dit-il à Madeleine qui, terrorisée, se tait.

    Pire encore : dans cet orphelinat de l’horreur, les enfants sont vendus à des hommes qui leur font subir les pires sévices.

    En toute impunité, sans que personne ne s’en émeuve, parce que ces enfants sans parents sont considérés comme des moins que rien…

     

    Auteur : Madeleine Vibert avec Toni Maguire

     

    Edition : France loisirs

     

    Genre : témoignage

     

    Date de parution :

     

    Prix moyen : 15€

     

    Mon avis : Ce livre fait fulminer à plus d’un titre.
    D’abord on ne peut qu’être écœuré et révolté devant l’attitude de la direction et du personnel de l’orphelinat les Haut-de-la-Garenne qui ont trahi non seulement la confiance des enfants qui leur étaient confiés, mais également celle des tribunaux qui plaçaient chez eux des enfants, souvent retirés de leur famille pour leur protection.
    Madeleine Vibert et Toni Maguire ne s’étendent pas plus que de raison sur les sévices infligés aux pensionnaires des Haut-de-la-Garenne, évitant ainsi répétitions et escalade dans l’horreur, mais s’attachent surtout à décrire l’impact de ces actes sur l’esprit des victimes.
    Contrairement à beaucoup des personnes qui livrent ce genre de témoignage, Madeleine était pourvue d’une famille aimante mais pauvre. Leur misère, la dépression de sa mère, son alcoolisme aussi, ont poussé les autorités à placer Madeleine dès son plus jeune âge : d’abord dans une crèche, où elle a été traité comme tout enfant devrait l’être, puis dans cet enfer qu’était cet orphelinat de l’horreur. On peut se demander comment un tel établissement a pu rester ouvert si longtemps, sans que personne ne s’interroge, sur une si petite île.
    La mère de Madeleine, tout comme son beau-père, étaient pieds et poings lié, risquant de perdre la garde de leur fils s’ils faisaient trop de vagues.
    Sa mère a alterné entre la fureur et une sorte de déni, se carapaçant contre les déclarations de sa fille, puisqu’elle savait qu’elle ne pouvait rien faire pour elle. Cette impuissance n’a pas du arranger sa dépression.
    Mais il y a un second point qui est presque aussi révoltant si ce n’est plus : la tenacité des autorités, 40 ans plus tard, d’étouffer l’affaire. Malgré les quelques 200 témoignages d’anciens résidents des Haut-de-la-Garenne, police et politiques, se sont évertués à les discréditer, à répéter à qui voulait bien l’entendre que ces témoignages étaient au mieux de faux-souvenir, de l’hystérie collective, au pire, montés de toute pièce.
    Quand des policiers prêtaient un peu trop attention à l’affaire, ils étaient suspendus ; quand Madeleine se montra trop insistante, on saisit le premier prétexte pour l’envoyer en prison ; quand, malgré les magouilles et les pressions, ils ne purent éviter de mettre certaines personnes en accusation, les peines infligées furent ridicule (6 mois pour une surveillante qui se plaisaient à torturer physiquement et psychologiquement les enfants dont elle avait la charge).
    Je me demande pourquoi Madeleine ne s’est pas réfugiée en France, qui est toute proche de l’île de Jersey, pour se mettre hors de portée des persécutions.
    Dès le début du livre, j’ai été choquée par l’attitude des policiers qui disaient clairement : si vos parents avaient été de meilleurs parents, vous n’auriez pas été placé et donc tout est de leur faute.
    Comme s’il y avait un rapport ! Le fait qu’un enfant soit retiré à ses parents justifie-t-il qu’il soit maltraité et abusé au foyer supposé lui apporter la stabilité et la sécurité qu’il n’avait pas auprès des siens ?
    Pour autant, l’affaire a fait trop de bruit pour qu’elle puisse être complètement étouffée. Si la majorité des acteurs n’ont pas été poursuivis, bon nombre de victimes ont été finalement indemnisées et, grâce à la presse, le visage des tortionnaires est connu de tous.
    Ils auront du mal à reprendre leur petite vie tranquille, j’espère vraiment que leurs voisins, présents et à venir, sauront leur rappeler leur passé !

    Un extrait : Je croyais qu’ils voulaient en apprendre un peu plus au sujet de Colin Tilbrook et de ces riches hommes d’affaires qui étaient venus à l’orphelinat. Pendant que j’attendais la première question, le silence me parut assourdissant. J’entendais battre mon cœur et je sentais la sueur sur mes mains.
    Soudain, la pièce me parut insupportablement chaude. Je regrettais de ne pas avoir réclamé de l’eau. J’aurais voulu appuyer un verre glacé contre mes joues qui me donnaient l’impression d’être en feu.
    La première question vint, non de la femme comme je m’y étais attendue, mais de l’homme aux traits anguleux et aux yeux de la couleur des galets mouillés.
    - Parlez-nous des Jordan, Madeleine, commença-t-il.
    Les Jordan étaient arrivés à l’orphelinat pendant le règne de Tilbrook. Leur nom évoquait les cris et les coups, les os brisés, à peine plus épais que ceux des oiseaux, les sanglots désespérés de ceux qui savent que personne ne les aime, les enfants meurtris à tout jamais.
    Ce qui ne m’empêcha pas de continuer à ne pas comprendre, du moins à ce moment-là, pourquoi ils me posaient des questions sur les Jordan. Ils étaient apparus dans ma vie bien plus tard que les gens qui auraient dû intéresser la police, pour autant que je le sache ; et, malgré leur perversité, les Jordan n’avaient certainement pas le rôle principal parmi tous ceux qui avaient infligé tant de peine et de souffrance.
    - Nous voulons vérifier s’il y a suffisamment d’arguments pour les convoquer, dit la femme.
    Elle avait peut-être décelé la perplexité sur mon visage.
    - Pourquoi seulement eux ? insistai-je parce que je ne parvenais pas à la croire.
    Je ne pus attendre la réponse, et mes remarques fusèrent. Je sentais la colère monter en moi à la vitesse d’un feu de paille. Ce n’était pas à leur sujet que j’aurais dû être convoquée. Si on nous avait écoutés, si quelqu’un avait fait ce qu’il fallait, je n’aurais jamais rencontré les Jordan. Avant de pouvoir m’en empêcher, je dis tout cela.

    - Vous voulez dire que, si votre mère n’avait pas été déclarée inapte, vous n’auriez pas été placée pour votre propre sécurité ?
    Cette fois, c’était la femme qui parlait. Je lui adressais un regard furieux. N’allait-elle pas devenir mère (si elle ne l’était pas déjà) ? Elle pouvait certainement comprendre ce que j’avais, ce que nous avions traversé. Mais je ne décelai aucune compassion ou empathie sur son visage, uniquement la détermination d’obtenir des réponses aux questions telles qu’elles m’étaient posées.
    C’est à cet instant que je compris que ni la femme ni l’homme, dans son costume bleu foncé et sa chemise blanche étincelante, ne seraient satisfaits tant qu’ils n’auraient pas brisé la carapace que, au fil des années, j’avais réussi à ériger autour de moi, et qu’ils n’auraient pas extirpé le moindre de mes secrets. Ensuite, ils décideraient ce qu’ils allaient en faire. Eux, pas moi.
    La voix de l’homme interrompit mes pensées. Le sourire qui montrait à peine ses dents avait disparu, et ses yeux durs arboraient une expression vide et impassible.
    - Vos parents étaient des criminels, n’est ce pas ? Ils ont fait de la prison. C’est pour cela que vous avez passé la majeure partie de votre enfance dans des foyers. Alors, n’essayez pas de rejeter la faute sur nous, Madeleine.
    - Non, rétorquai-je avec emphase. Ma mère n’était pas une criminelle.
    - Alors, quel était son problème ?
    - Elle était triste, répondis-je.

  • [Livre] Rendez-moi ma fille

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    Résumé : En vacances à Londres, Candice, 18 ans, Française d'origine juive, tombe amoureuse de Saddam, un prince saoudien appartenant à la famille royale. Une passion naît entre ces deux êtres que tout - la culture comme la religion - devrait séparer. Leur fille Haya voit le jour en 2001.

    Hélas pour Candice, son prince charmant révèle vite un autre visage. Aveuglée par les sentiments qu'elle lui porte, elle subit son emprise, puis sa violence, jusqu'au jour où elle est brutalement séparée de sa fille et séquestrée au palais.

    Depuis septembre 2008, Haya est retenue prisonnière en Arabie Saoudite dans la famille de son père. Tandis que Candice, échappant à une condamnation à mort, a été exfiltrée par le Quai d'Orsay. Depuis sa libération, elle se bat sans relâche pour que Haya lui soit rendue...

     

    Auteur : Candice Cohen-Ahnine

     

    Edition : Archipoche

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 2014

     

    Prix moyen : 8€

     

    Mon avis : Pas de happy end à la fin de ce témoignage, on le sait dès la préface, écrite par Jean-Claude Elfassi, co-auteur et ami de Candice Cohen-Ahnine. En effet, cette dernière, après un combat de 4 ans et alors que des retrouvailles avec sa fille avaient été organisées, a trouvé la mort en tombant du 4ème étage, depuis la fenêtre de l’appartement qu’elle partageait avec son nouveau mari. Si celui-ci plaide l’accident, la presse et l’opinion publique pointent sa responsabilité.
    Pour ma part, je m’interroge sur cette « drôle » de coïncidence qui fait disparaitre cette jeune femme alors qu’elle était si près du but, ce qui aurait très certainement été une humiliation pour son ex compagnon, cet homme qui se croit au-dessus des lois, y compris de celles de son pays et de sa religion.
    Car en effet, Candice a obtenu non seulement la garde de sa fille devant les juridictions françaises, mais dans son livre, elle nous révèle que le tribunal islamique a confirmé cette décision, ne reconnaissant pas à Haya le statut d’enfant légitime puisque ses parents n’étaient pas mariés.
    Que pouvait-on attendre d’un homme qui se prétend musulman et qui passe ses journées et ses nuits à boire, à se droguer et à coucher avec tout ce qui bouge ?
    On voit très vite à quel point cet homme est un hypocrite, lui a prétendu être juif pour séduire Candice, lui qui l’a manipulée sans cesse et qui ne lui a enlevé Haya que parce que Candice avait eu l’audace de finir par le quitter.
    Candice a profondément aimé cet homme, elle l’avoue sans s’en cacher, et c’est peut-être pour ça qu’elle a accepté ce séjour en Arabie Saoudite, incapable de concevoir qu’il puisse commettre un tel acte.
    Certains fustigent sa naïveté, et naïve, elle l’a été, c’est certain, et à plusieurs reprises, mais tous les commentaires désobligeants qu’on a pu lui faire n’auront jamais la force de la culpabilité qu’elle a ressenti. Savoir que si elle avait écouté son entourage, rien ne serait arrivé est bien pire que tout ce qu’on peut lui dire. Savoir sa fille prisonnière d’un pays aux mœurs dignes du Moyen Age est la pire des punitions.
    Non content de lui enlever son enfant, Saddam et sa famille de dégénérés ont d’abord essayé de la retenir prisonnière, puis, outrés qu’elle ait osé se battre, qu’elle ait refusé l’esclavage qu’on essayait de lui imposer, ont tout simplement essayé de se débarrasser d’elle en l’accusant d’apostasie (ce qui est passable de la peine de mort en Arabie Saoudite).
    Candice n’a eu d’autre choix que de fuir sans sa fille.
    Ce qui m’a le plus outré c’est l’attitude des français, de certains français. Oui encore plus que celle des Saoudiens, ce n’est pas peu dire : entre madame le consul de France qui est corrompue jusqu’à la moelle (et qui, à mon sens, aurait dû être démise de ses fonctions et accusée de haute trahison, mais bon…), l’avocate qui de toute évidence n’a pas envie de causer trop d’ennuis à la famille princière et l’Etat qui ne fait rien alors que Haya aurait pu être récupérée au Liban… Mais qu’est-ce que la vie d’une jeune femme et l’avenir d’une petite fille face aux accords juteux que notre pays ne cesse de signer avec un pays qui bafoue sans cesse les droits dont nous sommes censés être les pères fondateurs ?
    Malgré le décès de Candice, en 2012, sa famille continue de se battre pour le retour de Haya.

    Un extrait : Avant de vous raconter mon histoire, et celle de ma fille Haya, qui a aujourd’hui dix ans, je dois vous dire ceci : j’ai aimé follement, passionnément, l’homme dont je vais vous parler dans ce livre. Des années durant, cet amour m’a nourrie. J’ai vécu pour, et par lui. C’était un voyageur : pour être libre de le rejoindre, partout dans le monde, j’ai interrompu mes études. Afin de me rendre toujours disponible pour lui, j’ai accepté de ne pas travailler, et de dépendre de lui financièrement. Oui, j’ai aimé cet homme. Je l’ai choyé, j’ai voulu être pour lui une amante, une amie, une sœur. Pour le garder, par peur de le perdre, j’ai accepté des choses que je ne me serais jamais cru capable d’accepter. Cet homme aussi m’a profondément aimée, aujourd’hui encore j’en suis persuadée. Il m’a donné le plus beau des cadeaux : ma fille.
    Puis il me l’a reprise.
    J’étais très jeune lorsque je l’ai rencontré, je n’avais pas encore vingt ans. Plus une adolescente, pas tout à fait une adulte. Est-ce une excuse pour avoir été aussi crédule ? J’aimerais croire que oui, ainsi culpabiliserais-je moins. Ainsi comprendriez-vous mieux les lourdes erreurs que j’ai pu commettre. Au fil de ces pages, à un moment ou à un autre, vous allez me trouver bien naïve. Peut-être même stupide. Vous vous direz que j’avais perdu tout jugement. Certains me reprocheront de m’être laissée humilier, d’autres de n’avoir pas mieux protégé ma fille, d’autres enfin se diront même, peut-être, que j’ai mérité ce qui m’est arrivé. Tous ces reproches, je me les suis déjà maintes et maintes fois adressés. La culpabilité m’a longtemps habitée, mais l’énergie dont je dois faire preuve quotidiennement pour me battre est trop précieuse pour que je la gaspille. Aujourd’hui, mon seul but est de retrouver enfin mon enfant : elle m’a été enlevée il y a déjà trois ans.

     

  • |Livre] Les portes du néant

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    Résumé : Figure de l’opposition au régime de Bachar al-Assad, Samar Yazbek est contrainte de quitter son pays tant aimé en juin 2011. Depuis son exil, elle ressent l’urgence de témoigner. Au mépris du danger, elle retourne clandestinement dans son pays, en s’infiltrant par une brèche dans la frontière turque. Trois voyages en enfer dans la région d’Idlib où elle vit de l’intérieur l’horreur de la guerre civile, aux côtés des activistes. Des premières manifestations pacifiques pour la démocratie, à la formation de l’Armée Syrienne Libre, jusqu’à l’émergence de l’État islamique, Samar Yazbek livre un témoignage courageux sur le quotidien des combattants, des enfants, des hommes et des femmes ordinaires qui luttent pour survivre. Elle dit l’odeur de la terre après l’explosion d’une bombe, l’effroi dans le regard des mères, les corps mutilés ; elle dit l’une des plus grandes tragédies du XXIe siècle.

     

    Auteur : Samar Yazbak

     

    Edition : Stock

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 09 mars 2016

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : Ce témoignage n’est pas un livre qui se lit vite. Il manque un certain engagement de l’auteur que l’on sent détachée de son récit. Elle nous livre les faits assez froidement et surtout avec des répétitions qui nous font vite décrocher. A chacune de ses sorties, elle rencontre des familles avec des histoires similaires. On se dit qu’elle aurait pu nous raconter l’histoire de l’une de ces familles puis préciser que chaque famille qu’elle a rencontrée a une histoire similaire. Mais non, l’auteur s’obstine à répéter, pages après pages, les mêmes histoires, histoires qui, entre parenthèses, ne sont guère exceptionnelles et ont lieu, avec plus ou moins de similitudes, dans toutes les guerres, qu’elles soient civiles ou non.
    Chacun des chapitres du livre, que l’auteur appelle « porte » représente un de ses retours clandestins en Syrie. Chacun est d’ailleurs plus long que le précédent.
    L’auteur raconte la guerre entre les rebelles et le régime de Bachar al-Assad auquel un autre groupe va se mêler, celui des djihadistes qui profitent de cette guerre et de tout le désespoir qui en découle pour s’implanter de plus en plus dans le pays.
    Je n’ai que moyennement apprécié la remarque sur les autres pays, la Turquie en l’occurrence mais qui peut être appliqué à tous les pays, quand l’auteur dit qu’ils se plaignent de la présence massive des Syriens mais qu’ils sont bien content qu’ils soient là pour s’enrichir. Alors non, ils ne sont pas « bien content », ils s’en accommodent, nuance. Quant à s’enrichir… Encore faudrait-il que les Syriens aient de l’argent à dépenser, eux qui vivent dans ces pays des aides qu’on leur apporte !
    Je n’arrive pas à savoir si ses retours en Syrie sont dû à son mal du pays et son envie d’aider le peuple syrien encore sur place ou à son besoin de témoigner, quoi que dans ce cas là plusieurs retours n’étaient pas nécessaires. Surtout avec une petite fille qui l’attend en France et qui n’a pas d’autre famille qu’elle. Etre militante, c’est bien, mettre en jeu la vie d’une petite fille qui n’a rien demandé, c’est autre chose.
    On se demande si sa « cause » n’est pas plus importante que sa propre fille.
    Un témoignage qui ne m’a pas convaincu. Trop répétitif, trop long, il ne m’a pas plongé dans la compassion pour les victimes de cette guerre, pas plus en tout cas que les quelques infos qu’on voit à la télé ou sur internet. Pourtant pour être une adepte des témoignages, j’en ai lu bon nombre qui nous plongeait vraiment au cœur de leur histoire. Celui-ci a raté son objectif.

     

    Un extrait : Les barbelés me lacérèrent le dos. J’étais secouée de tremblements incontrôlables. Après de longues heures passées à attendre la tombée de la nuit pour éviter d’attirer l’attention des soldats turcs, je levai enfin la tête et regardai le ciel qui virait au noir. Sous les barbelés qui délimitaient la frontière, on avait creusé un fossé juste assez grand pour une personne. Mes pieds s’enfoncèrent dans le sol et les pointes du fil de fer griffèrent mon dos alors que je rampais sous la ligne de démarcation entre les deux pays.
    Je pris une profonde inspiration, me relevai et courus aussi vite que possible, comme on m’avait dit de le faire. Vite. Une demi-heure en sprint, c’est la distance à couvrir avant d’être à l’abri de l’autre coté de la frontière. Je courus, courus sur un sol traître et rocailleux d’un pied léger pourtant. Les battements de mon cœur me portaient, me soulevaient. Essoufflée, je ne cessais de murmurer : Je suis revenue ! Ce n’est pas une scène de film ! C’est réel. Je courais en répétant : Je suis revenue… Je suis ici.
    Derrière nous, on pouvait entendre des coups de feu et le roulement des blindés du côté turc, mais nous avions réussi : nous étions passés.

  • [Livre] J'ai dix ans, ma vie est un cauchemar

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    Résumé : " Erreur de casting ", abandonné par son père à la naissance, Christian Faison subira les humiliations maternelles toute son enfance... Quand sa mère rencontre enfin un homme, celui-ci se révèle être un tortionnaire. Pendant plusieurs années, il maltraite Christian et sa maman. Jusqu'à leur fuite. Le petit garçon découvre alors le monde de la nuit, ses dangers et sa liberté. Quelques rares personnes, touchées par son intelligence et ses qualités humaines, lui ouvriront d'autres horizons. Sans haine mais avec une détermination sans faille, il décide seul de se réinsérer dans la société.

     

    Auteur : Christian Faison

     

    Edition : J’ai lu

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 07 novembre 2007

     

    Prix moyen : 6€

     

    Mon avis : Ecrit à la première personne ce témoignage a plus une valeur thérapeutique pour l’auteur qu’une réelle valeur de quelque nature que ce soit pour le lecteur.
    J’ai regretté que l’auteur se sente obligé de se justifier toutes les deux pages en assurant qu’il n’invente pas, qu’il n’exagère pas, que tout s’est réellement passé comme il le raconte. Le dire une fois au début du livre aurait largement suffit, mais on dirait qu’il cherche un moyen d’étirer son témoignage.
    De la même façon, il répète inlassablement les mêmes choses concernant sa mère : on a un peu l’impression de tourner en rond.
    Il est effarant de réaliser que la majorité de sa vie dans la rue n’est finalement du qu’à l’orgueil et l’égoïsme de sa mère qui refuse catégoriquement de demander les aides sociales auxquelles elle aurait pourtant droit. Elle préfère faire travailler son fils la moitié de la nuit avant de l’envoyer à l’école, quasiment mort de fatigue, où, bien entendu, il n’est pas en état de faire quoi que ce soit.
    Toute sa vie, cette femme détruit son fils psychologiquement. On se demande ce que font les services sociaux, quand, alors qu’il travaille toute la nuit, des policiers de la Brigade Spéciale de Nuit le voient s’épuiser à la tâche. Comment une telle mère a-t-elle pu conserver la garde de son fils.
    Heureusement, il va croiser la route de quelques personnes qui vont l’aider à garder la tête hors de l’eau et à maintenir un niveau d’instruction suffisant pour, s’il ne va pas jusqu’au BAC, lui permettre de trouver sa voie professionnelle.
    Si ce livre est un exercice thérapeutique pour l’auteur on peut lui reprocher d’avoir un peu trop de distance, de ne pas décrire ses sentiments. Il énonce parfois les faits comme un journaliste narrant une affaire.
    Mais quelques soient les défauts d’écriture de ce livre, on en peut nier que Christian Faison a fait preuve d’un courage et d’une détermination sans faille pour s’en sortir, pour se faire une vie « normale », malgré le mauvais départ qu’il a eu dans la vie : enfant non désiré par sa mère, abandonné à la naissance par son père, brutalisé et quasiment réduit en esclavage par son beau-père, un vrai sociopathe.
    C’est sa foi, quelques religieux qui ont été ses professeurs, et celle qui deviendra sa femme qui l’ont soutenu envers et contre tout pour qu’il réussisse sa vie et dans sa vie.

    Un extrait : Je suis né à l’hôpital public Hoche, à Nîmes, le 9 février 1963. C’était le tout début de l’après midi. Je n’étais pas le bienvenu.
    Lorsque les sages-femmes me présentèrent à maman, elle détourna la tête et refusa de poser sur moi le moindre regard. Du moins est-ce l’unique récit de ma naissance qu’elle me fera plus tard, répétée à satiété des années durant. Au cas où je risquerais d’oublier que je n’étais pas le fruit béni d’un amour épanoui.
    A tout prendre – puisque de toute façon un accident de la nature lui imposait cette naissance de trop, cet être non désiré entré par effraction dans sa déjà triste vie -, elle eût préféré une fille. Double désillusion, double peine que je paierai jusqu’à plus soif, avec une inlassable régularité.
    Quelques année plus tard, cheveux bouclés, visage fin, silhouette androgyne, je serai souvent pris pour une fille et maman ne démentira pas, ou si peu. Ce mensonge par omission faisait naitre en elle un curieux sentiment de rêve non abouti, de possibilité avortée.
    Quand j’aurai atteint l’âge de comprendre ces choses-là, je prendrai conscience de sa haine tenace envers les hommes. Tous les hommes. Et j’en étais un, du moins en devenir. Présent tous les jours devant elle, ma vue lui rappellera constamment ce hic, cet os tenace dont elle ne voudra jamais tenter de se débarrasser.
    Elle aurait tant souhaité que je devienne danseuse ! Combien de fois l’entendrai-je invoquer ce manque qui semblait abyssal : elle n’avait pas eu de fille et n’en aurait jamais. Pas de fille à son image pour la modeler selon sa propre révolte, son caractère ombrageux d’un entêtement rare dans l’autodestruction, afin de pouvoir se venger du sexe fort par procuration.
    Elle rêvera toujours cette fille impossible, rêve trouble et malsain, me faisant partager malgré moi sa rancœur et son amertume, sans prendre conscience – ou ne voulant pas la voir – de la souffrance muette qu’elle créera en moi. Ce poison fera lentement son office destructeur au plus intime de mon esprit.

     

  • [Livre] Madeleine Project

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    Résumé : "On appellerait cela un « docutweet », ou un récit d’ordre documentaire construit avec les outils – et la grammaire – de Twitter. C’est l’exercice inédit, périlleux mais jubilatoire, auquel s’est livré Clara Beaudoux il y a quelques mois, à partir des trésors retrouvés dans la cave de son nouvel appartement. Les souvenirs d’une vie, ceux de Madeleine, que ses héritiers ont accepté de divulguer par l’intermédiaire de la jeune réalisatrice. Deux séries de tweets disséminés tout au long d’une semaine allaient permettre aux internautes de découvrir ces histoires, celle de Madeleine et celle que Clara a nourrie avec son personnage. « Madeleine Project », un récit très réussi qui devient aujourd’hui un livre."

     

    Auteur : Clara Beaudoux

     

    Edition : Sous-sol

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 26 mai 2016

     

    Prix moyen : 18€

     

    Mon avis : J’ai été très déçue par ce « livre ». Pour moi il n'a rien à faire dans un prix littéraire parce que la compilation de tweets n'a rien d'un travail d'écriture.
    Même si, avant même de le lire, j’étais assez réticente devant le projet, je me disais qu’il devait y avoir au moins un point positif : dans la mesure où, sur twitter, chaque tweet est limité à 140 caractères, je me suis dit que la personne qui a initié le projet avait certainement dû faire preuve d’imagination et de vocabulaire pour réussi à commenter ses trouvailles en si peu de mots.
    Mais finalement ça a été une nouvelle déception car soit elle a fait des tweet très long simplement en les numérotant sur le mode : 1/3 ; 2/3 ; 3/3 ; soit elle a fait des tweets très basiques, sans aucune recherche et souvent dignes d’ados commentant Closer.
    Ex : 1er tweet sous une photo d’un objet apparemment plat enveloppé de papier kraft : « Un Picasso dans ce paquet ? »
    2nd tweet sous une photo d’une tableau : « Euh non..
    Je pensais aussi que la vie de Madeleine avait dû comporter quelque chose de fascinant pour qu’on en fasse ainsi l’étalage. Genre une héroïne méconnue de la résistance comme il y en a tant eu. Mais non. Tout ce que l'on a c'est la vie entière et intime livrée aux regards d'inconnus d'une pauvre femme qui n'avait rien demandé et qui n'avait pas de descendant pour empêcher une arriviste de faire le buzz, pour commencer, puis du pognon (18€ le recueil quand même) sur son dos.

    J'ai trouvé ça choquant. Du vrai voyeurisme. Avec en plus des photos de qualités médiocres.

    J'ai honte pour « l'auteur » et pour la maison d'édition qui porte bien son nom d'éditions du sous-sol.

    Un extrait : 

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  • [Livre] Les filles de Sultana

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    Résumé : Dans ce deuxième ouvrage qui évoque la vie de la princesse Sultana d’Arabie Saoudite, derrière le voile, derrière les murs de la domination masculine, une femme cultivée, intelligente et drôle, critique et raconte un pouvoir absolu.

    Plus que le récit de la vie d’une princesse, d’une épouse et d’une mère de famille, ce livre est le cri d’une femme dans le désert masculin de son pays, ou la moindre velléité de féminisme, la plus minuscule des libertés, sont des péchés.

     

    Auteur : Jean P. Sasson

     

    Edition : Pocket

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 16 Mars 1998

     

    Prix moyen : 5€

     

    Mon avis : Dans ce second témoignage, la princesse Sultana, dont le premier témoignage a été découvert par les hommes de sa famille, persiste dans la dénonciation des actions menées contre les femmes dans son pays. Mais, peut-être est-ce dû au fait qu’elle est plus surveillée, dans ce second tome, elle parle surtout de ses enfants et des actes de personnes étrangères à la famille (bizarrement, son mari, qu’elle accusait de tous les maux dans le premier tome, est ici compréhensif et ouvert). Bien sûr elle continue à ne pas épargner son père, son frère ou sa belle-mère, mais on la sent moins vindicative.
    De ses trois enfants, son fils semble être le plus équilibré : les actions menées contre les femmes le révoltent, au point qu’il va transgresser la loi pour aider un couple d’amoureux à se retrouver malgré l’opposition de la famille de la jeune femme.
    En ce qui concerne ses filles, c’est plus compliqué. Le bon côté des choses, c’est qu’elles ne vivent pas leur adolescence comme l’a vécu Sultana, puisque, contrairement à leur mère, elles ont l’amour de Karim, leur père.
    Mais malgré l’amour qu’il leur porte, la société est ainsi faite, qu’il est plus souvent en compagnie de son fils que de ses filles et que leur frère a nécessairement plus de liberté qu’elles.
    Leurs réactions va être diamétralement opposées : Maha, l’aînée, va traverser une crise où la haine de son frère va être aussi forte que son désir de s’émanciper de la pression des religieux ; tandis qu’Amani, la cadette, va plonger dans une ferveur religieuse qui va la conduire à l’extrémisme, au point d’inquiéter ses parents.
    Sultana va revenir sur la pratique de l’excision, à laquelle elle va être confrontée à travers une de ses domestiques égyptiennes. Son impuissance à intervenir va la plonger dans une profonde affliction et cette pratique va fortement impressionner son fils, qui n’arrive pas à croire que l’on puisse faire cela à des petites filles (toutes les réactions de celui-ci rendent Sultana très fière car il n’a pas cette mentalité qui pousse les hommes d’Arabie Saoudite à asservir les femmes).
    Nous allons également avoir des réponses à certains évènements cités dans le tome 1, comme le sort réservé à Sameera, l’amie d’une des sœurs de Sultana.
    Le livre se termine sur une note à la fois plus sombre, avec un drame qui arrive à l’une des sœurs de Sultana, et plus légère, avec des sœurs unies autour de leur sujet de moquerie préféré, leur frère.
    En anglais, le témoignage de Sultana est une trilogie. Le dernier tome (Princess Sultana's Circle) est centré sur des membres de la famille (une nièce, un cousin et des neveux). Il semblerait que l’éditeur français n’ait pas jugé utile de le publier.
    En 2014, la journaliste qui relate le témoignage de Sultana a publié un quatrième tome.
    La publication d’un tel nombre de tome fait s’interroger sur la véracité du récit. En effet, s’il est si difficile de parler à des journalistes étrangers, comment expliquer que Sultana ait pu le faire tant de fois, alors même que son premier témoignage avait été découvert ?
    Malgré ces interrogations, ces livres restent très intéressants à lire.

    Un extrait : Père n’est pas encore rentré, et apparemment nous sommes les derniers arrivés. Les onze autres enfants vivants de ma mère ont été convoqués, mais sans leurs conjoints. Je sais que trois de mes sœurs ont pris l’avion de Jeddah pour Ryyad, et deux autres sont venues de Taïf.
    D’un coup d’œil, je m’aperçois que Karim est le seul membre extérieur à la famille. Même la dernière épouse de mon père et ses enfants sont invisibles. Je devine qu’on les a confinés dans leurs appartements privés.
    L’urgence bizarre de cette réunion me ramène au livre et mon cœur se serre d’effroi. Ma sœur Sara et moi échangeons des regards angoissés. Elle est la seule de la famille à être au courant de cette publication, ses craintes sont les mêmes que les miennes.
    Tous ceux de mon sang me saluent, excepté mon unique frère, Ali. Et je surprends des coups d’œil sournois et furtifs de sa part dans ma direction.
    Quelques instants après notre arrivée, père pénètre dans la pièce. Ses dix filles se redressent en même temps, avec respect et, chacune à leur tour, rendent hommage à l’homme qui leur a donné la vie – sans le moindre amour.
    Je n’ai pas vu mon père depuis quelques mois ; il me semble las et prématurément vieilli. Au moment où je tente de l’embrasser sur la joue, il se détourne avec impatience, refusant délibérément mon élan. Mes peurs n’en deviennent que plus intenses. Je vois bien maintenant à quel point je me suis montrée naïve en croyant que les Al Sa’ud étaient trop préoccupés par une insatiable soif de richesses pour prêter attention aux libres.
    Je tremble de plus en plus.

     

  • [Livre] Ma vie d'esclave chez les mormons

     

    Je remercie la masse critique de Babelio et les éditions Jourdan pour cette lecture.

     

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    Résumé : Dix ans après son mariage, dans un cas historique qui a secoué la nation américaine et mené à la réécriture des lois, Ann a divorcé de son puissant mari mormon, prétextant la négligence et les traitements cruels.

    En 1876, Ann Eliza a publié une autobiographie intitulée « Wife n° 19 ».

    Elle explique la raison de son écriture : « Si j’entreprends la rédaction de cet ouvrage, c’est pour montrer au monde le véritable visage du mormonisme et dénoncer les pitoyables conditions de vie de ses femmes, réduites au pire esclavage qui soit. Ce n’est pas seulement leur corps qui leur est ravi, mais également leur âme. »

    Son autobiographie est un document poignant révélant comment Brigham Young, président de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, et d’autres hommes mormons vivaient à la tête de nombreux ménages, visitant leurs femmes tour à tour, devenues de véritables servantes.

    Ann Eliza Young a parcouru les États-Unis pour expliquer la dégradation de la polygamie et du mormonisme, mais aussi pour révéler la véritable personnalité de Brigham Young lui-même. Elle a témoigné devant le Congrès américain en 1875. Ses remarques ont contribué à un passage de la loi qui a réorganisé le système judiciaire du territoire de l’Utah, aidant le gouvernement fédéral à poursuivre les polygames.

     

    Auteur : Ann Eliza Young

     

    Edition : Jourdan

     

    Genre : Témoignage

     

    Date de parution : 13 juillet 2016

     

    Prix moyen : 19€

     

    Mon avis : Avant de commencer mon avis, il convient de préciser que l’église de Jésus Christ des Saints des Derniers Jours n’est pas considéré comme une secte et rassemble près de 15 millions de membres dont un peu plus de 6 millions aux USA ce qui en fait la quatrième confession chrétienne la plus importante des Etats-Unis.
    Il faut aussi noter que la polygamie a été interdite par l’Eglise en 1889 et qu’aujourd’hui celle-ci prône, comme la plupart des religions chrétienne l’abstinence en dehors du mariage et la fidélité absolue à un seul et unique époux.
    Le mariage plural ou polygamie est toujours pratiqué par une minorité dissidente qui a refusé l’évolution de l’Eglise et se qui se fait appeler l’église fondamentaliste de Jesus-Christ des Saints des derniers jours. L’Eglise officielle ne les reconnaît pas comme des mormons.
    A l’époque où Ann Eliza a écrit son témoignage, du vivant de Brigham Young, la pratique de la polygamie battait son plein.

    Ann Eliza est fortement opposée au mormonisme et à la polygamie et on ne peut pas ne pas le savoir tant elle est virulente sur le sujet.
    Elle veut tellement convaincre du bien fondé de son point de vue, qu’elle en perd toute objectivité et se contredit régulièrement. Elle dit à plusieurs reprises que les mormons sont manipulés par leur leader, Brigham Young, qui n’est ni plus ni moins qu’un malfrat entouré d’hommes de main faisant régner la terreur, puis quelques pages plus loin fait des généralités en disant que tous les mormons sont des êtres vils et violents.
    Concernant la polygamie, elle refuse de concevoir ou d’accepter que d’autres femmes puissent trouver un équilibre dans cette pratique. D’ailleurs elle dénigre non seulement celles qui lui disent y trouver leur compte, mais aussi celles qui déclarent que la polygamie en elle-même n’est pas en cause, mais que c’est la manière de la mettre en œuvre qui est lamentable (mariages forcés, mariages d’adolescentes avec des hommes plus âgés, abandon des épouses plurales par leurs époux qui ne subviennent pas à leurs besoins…). J’ai effectivement eu l’impression qu’au lieu de se serrer les coudes entre elles, les femmes passaient leur temps à s’opposer les unes aux autres sans se préoccuper que certaines d’entre elles avaient été contraintes au mariage.
    Ce trait de caractère entier et manquant d’objectivité apparaît également quand elle parle des indiens. Pour elle les indiens sont des monstres qui ne sont là que pour s’approprier les biens d’autrui par ruse voire violence pouvant aller jusqu’au meurtre. Quand on la voit parler des indiens de la manière dont elle reproche à Brigham Young de parler des non-mormons, on a du mal à lui accorder du crédit sur le reste de son histoire.
    Ann Eliza reproche à l’Eglise mormone beaucoup de chose, certes réelles, mais qu’elle semble croire réservées aux membres de cette religion. Je pense qu’elle a du finir par se rendre compte que quelque soit la religion, il y a des hommes qui abandonnent leurs femmes (la différence est qu’ils divorcent, les laissant sans ressources, pour en épouser une autre), d’autres qui les maltraitent, il y a des pères qui ne s’occupent pas de leurs enfants et des escrocs… je ne crois pas qu’elle réalise que le problème ne vient pas de la religion, mais des hommes en eux même. Quand au fait que les femmes sont considérées comme inférieures… c’est le cas dans la majorité des religions et si aujourd’hui la plupart d’entre elles ont évoluées, à l’époque ou Ann Eliza a écrit son livre, les femmes étaient loin d’être les égales des hommes, quelque soit leur religion.

    Ann Eliza est si pressée de faire valoir son point de vue que son texte, au fil des chapitre, perd en clarté et en cohérence : mots manquants ou au contraire deux mots côte à côte (de toute évidence, elle a voulu mettre un autre mot en oubliant de rayer le premier qu’elle avait choisi), répétition de phrases presque identiques à la suite l’une de l’autre, inversion de termes (ses compagnons et lui de voyage)…
    De toute évidence le traducteur et l’éditeur ont souhaité laisser le texte en l’état, mais je doute du bien fondé de ce choix car le texte est plus difficile à suivre et toutes ces erreurs rendent la lecture fastidieuse. Ca n’aurait pas été dénaturer le texte d’en corriger les coquilles. N’est ce pas là le travail de l’éditeur, même si l’auteur est décédé ?

    Le titre du livre est peut être mal choisi parce que je l’ai terminé et j’attends toujours de voir « la vie d’esclave » qu’elle a mené. De tout le livre, l’auteur ne nous livre que quelques anecdotes de sa vie personnelle au milieu d’un procès général de la religion mormone qui va de sa création par Joseph Smith à son apostasie.

    Puisqu’elle nous livre là un témoignage, j’aurais préféré en savoir plus sur son mariage et sur le traitement cruel qu’elle reproche à Brigham Young (et que vu le personnage je ne remets pas en doute) plutôt que de nous présenter les cas des dizaines de personnes dont elle nous parle.
    Je ne vois pas en quoi les massacres des Gentils (les non mormons) ou des apostats alors qu’elle n’était qu’une enfant, les missions à l’étranger, l’organisation interne de l’Eglise ont à voir avec sa prétendue vie d’esclave.
    Ici j’ai l’impression qu’on nous a promis un documentaire sur la révolution française et que après avoir retracé toute l’histoire de la royauté en France, le documentaire se termine par : « Et puis un jour le peuple a craqué et la révolution française a eu lieu et a mis fin à la monarchie ».
    En gros on reste un peu sur notre faim.

    Un extrait : Les mormons se retrouvèrent dans un pétrin sans nom lorsqu’ils intégrèrent la polygamie à leur mode de vie.
    Si notre famille, qui ne comptait alors que deux épouses, s’en sortait relativement bien, ce n’était malheureusement pas le cas de toutes les familles. Dans celles de mon oncle, par exemple, la transition ne se fit pas si facilement.
    En Illinois, Milo Webb, un des frères de mon père, avait épousé une femme charmante à bien des égards. Elle vouait à son mari un amour absolu et ce dernier le lui rendait au centuple. Tous deux membres de l’Eglise mormone, ils vécurent en parfaite harmonie jusqu’en 1846, date de la construction du Temple de Nauvoo.
    Les hommes que les autorités jugeaient dignes de pénétrer dans l’édifice pour y recevoir les dotations sacrées se virent confier que la polygamie faisait à présent partie intégrante de leur religion. Ils ne devaient pas se déshonorer en se présentant pour la cérémonie de Dotation avec une seule épouse à leur bras. Cette première femme, l’élue de leur cœur, la mère de leurs enfants, leur partenaire et âme sœur, qui ne reculait devant aucun sacrifice, qui s’était liée à eux pour le meilleur et surtout pour le pire, qui croyait que seule la mort pouvait les séparer et qui avait fait sien le Dieu et les proches de son mari, ne suffisait plus désormais. Si un homme avait l’audace de s’en tenir aux dictats de sa conscience et se présentait à la cérémonie accompagné de sa seule épouse, les autorités s’empressaient de le couvrir de ridicule. Brigham et Kimball ne manquaient d’ailleurs jamais une occasion, ni de se moquer, ni de mettre en garde les fidèles qui s’y risquaient : seuls les hommes polygames pourraient entrer dans le royaume de Dieu.
    A l’instar de mon père, mon oncle était un homme consciencieux et fidèle à sa religion. Si c’était là la volonté du Seigneur, il lui fallait obéir sans plus attendre. Il demanda donc en mariage une jeune fille du nom de Jane Matthews. La jeune fille demanda conseil aux autorités de l’Eglise et, comme celles-ci lui confièrent que le salut de son âme en dépendait, elle accepta. Sous le regard de sa première femme, mon oncle et Jane Matthews reçurent donc leurs dotations et furent scellés l’un à l’autre.
    Sa première femme lui avait donné son consentement à contrecœur. Elle ne toléra l’idée de se retrouver dans une relation polygame que par devoir religieux. Ni elle, ni son mari n’avaient mesuré toute l’ampleur du malheur qui allait s’abattre sur leur famille. S’ils avaient su dans quelle impasse ils s’apprêtaient à s’engouffrer, je pense qu’ils y auraient songé à deux fois.
    La nouvelle Mme Webb s’installa dans son nouveau foyer et y demeura jusqu’au départ de Nauvoo. Pendant ce court laps de temps, cette famille jadis heureuse, était devenue méconnaissable ! L’amour et la félicité n’étaient plus ; la discorde et la haine régnaient à présent en maîtres.
    La première épouse se rendit compte très vite que la polygamie n’était pas une mince affaire. Contrairement à ce qu’on lui avait pourtant affirmé, le temps n’arrangeait rien. Elle en vint à détester cordialement la nouvelle venue : elles avaient beau partager le même toit, elle refusait obstinément d’adresser la parole à sa rivale. La jalousie eut presque raison de sa santé mentale ; elle était devenue d’une violence sans nom.