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Premières lignes

  • Premières lignes #24

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.
    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente La perle et la coquille de Nadia Hashimi dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

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    SHAHLA NOUS ATTENDAIT, POSTÉE DEVANT LA PORTE DE notre maison, dont le métal vert vif rouillait sur les bords. Elle tendait le cou. Au tournant, Parwin et moi décelâmes le soulagement dans ses yeux. Nous n’avions pas intérêt à être en retard une fois de plus.
    Parwin me lança un regard et nous pressâmes le pas. Nous fîmes de notre mieux pour ne pas courir. Nos semelles de caoutchouc claquaient contre la route et soulevaient des nuages de poussière. L’ourlet de nos jupes battait contre nos chevilles. Mon foulard collait à mon front où perlait la sueur. Il en était sûrement de même pour celui de Parwin, vu qu’il ne s’était pas encore envolé.
    Maudits garçons. C’était leur faute ! Avec leurs sourires effrontés et leurs pantalons déchirés ! Ce n’était pas la première fois qu’ils nous mettaient en retard.
    Nous dépassâmes à toute vitesse les portes des maisons : bleue, violet, bordeaux. Des taches de couleur sur une toile d’argile.
    Shahla nous fit signe de la rejoindre.
    — Dépêchez-vous ! chuchota-t-elle fiévreusement.
    Haletantes, nous la suivîmes à l’intérieur. La porte se referma dans un fracas métallique.
    — Parwin ! Pourquoi as-tu fait ça ?
    — Désolée, désolée ! Je ne savais pas que ça ferait autant de bruit.
    Shahla leva les yeux au ciel, tout comme moi. Parwin laissait toujours la porte se claquer derrière elle.
    — Que faisiez-vous, tout ce temps ? Vous n’avez pas pris le raccourci derrière la boulangerie ?
    — On ne pouvait pas, Shahla ! Il était là-bas !
    Nous avions contourné la place du marché, évitant la boulangerie autour de laquelle traînaient les garçons, épaules voûtées, regards scrutateurs balayant la jungle kaki qu’était notre village.
    Après les matchs de football improvisés dans la rue, c’était le sport préféré des garçons en âge d’aller à l’école – regarder les filles. Ils rôdaient, attendaient que nous sortions de nos salles de classe. Dès qu’on s’éloignait de l’établissement, il arrivait qu’un garçon se faufile entre voitures et piétons pour suivre la fille innocente qui lui avait tapé dans l’œil. En la pistant, il revendiquait son droit sur elle. C’est ma copine, se vantait-il alors auprès de ses camarades, la place est prise. Ce jour-là, ma sœur de douze ans, Shahla, s’était trouvée malgré elle dans la ligne de mire.
    Pour le garçon, ce petit jeu était censé flatter la fille. Mais celle-ci prenait peur avant tout, car les gens préféraient croire qu’elle avait volontairement attiré les regards sur elle. En fait, les garçons n’avaient que peu de distractions.
    — Shahla, où est Rohila ? murmurai-je, le cœur battant la chamade tandis que nous traversions la maison sur la pointe des pieds.
    — Elle est allée porter de la nourriture aux voisins. Madar-jan leur a préparé des aubergines. Je crois que quelqu’un est mort là-bas.
    Mort ? Mon estomac se noua et j’emboîtai le pas à Shahla.
    — Où est Madar-jan ? chuchota nerveusement Parwin.
    — Elle est allée coucher le bébé, répondit Shahla en se tournant vers nous. Alors vous avez intérêt à ne pas faire trop de bruit, sinon elle saura que vous venez à peine de rentrer.
    Parwin et moi nous figeâmes soudain. En voyant nos yeux écarquillés, Shahla se décomposa. Elle se retourna brusquement et tomba nez à nez avec Madar-jan. Celle-ci venait d’ouvrir la porte de service et se tenait dans la petite cour pavée située à l’arrière de la maison.
    — Votre mère a parfaitement conscience de l’heure à laquelle vous êtes rentrées et aussi du genre d’exemple que votre grande sœur vous donne.
    Ses bras croisés étaient aussi crispés que le ton de sa voix.
    Shahla, honteuse, baissa la tête. Parwin et moi essayâmes d’éviter le regard foudroyant de Madar-jan.
    — Où étiez-vous passées ?
    Comme j’aurais aimé lui dire la vérité !
    Un garçon, qui avait la chance de posséder une bicyclette, avait suivi Shahla, nous avait doublées avant de décrire des cercles devant nous. Shahla ne lui prêtait pas attention. Quand je murmurai à son oreille qu’il la regardait, elle me fit taire, comme si le seul fait d’en parler rendait cela plus réel. À la troisième boucle, il s’approcha dangereusement.
    Il fit demi-tour puis revint vers nous. Il descendit la rue à toute allure, avant de ralentir en nous rejoignant. Shahla détournait le regard en prenant un air énervé.
    — Parwin, attention !
    Avant que je puisse écarter ma sœur, la roue avant du cycliste harceleur roula sur une boîte de conserve, vacilla de gauche à droite, puis fit une embardée pour éviter un chien errant. La bicyclette fonça alors sur nous. Sourcils dressés, bouche bée, le garçon luttait pour ne pas perdre l’équilibre. Il effleura Parwin avant de dégringoler sur le perron d’un marchand d’épices.
    — Oh, mon Dieu ! s’exclama Parwin tout étourdie. Regarde-le ! Les quatre fers en l’air !
    — Tu crois qu’il est blessé ? demanda Shahla la main sur la bouche, à croire qu’elle n’avait jamais rien vu d’aussi tragique.
    — Parwin, ta jupe !
    Mes yeux étaient passés du visage inquiet de Shahla à l’ourlet déchiré de la jupe de Parwin. Les câbles dentelés reliant les rayons du vélo s’y étaient accrochés.
    C’était son uniforme d’école tout neuf et Parwin se mit instantanément à pleurer. Nous savions que si Madar-jan le répétait à notre père, il nous confinerait à la maison et nous priverait d’école. C’était déjà arrivé par le passé.

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #23

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Du feu de l'enfer de Sire Cédric dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

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    Elle avait cessé de crier et de pleurer.
    À présent elle courait. Nue, terrifiée, et déjà épuisée après tout ce qu’elle avait subi. Elle courait pour sa vie, si tant est qu’elle ait encore une chance de se sortir de ce piège infernal.
    Ses pieds foulaient le tapis d’aiguilles de pin. Les branches et les buissons s’accrochaient à sa peau exposée, griffant ses bras, ses cuisses, jusqu’au sang.
    Elle gémissait à chaque nouvelle coupure, un bras devant le visage pour protéger ses yeux.
    Plus vite.
    La panique, brûlante et vertigineuse, la poussait dans sa fuite. C’était sa seule chance désormais : il lui fallait à tout prix atteindre l’enceinte de la propriété.
    Ne pas s’arrêter.
    La nuit était assez claire pour qu’elle puisse se repérer parmi les arbres, bien que la brume ne lui facilite pas les choses. Elle trébuchait, ses orteils heurtaient des cailloux. Elle étouffait du mieux possible ses gémissements. Il ne fallait surtout pas attirer l’attention. Surtout pas lui permettre de la retrouver.
    Elle ne devait penser à rien d’autre que fuir. Fuir.
    Se faufiler entre les pins, tant qu’il lui restait des forces.
    L’homme à ses trousses, lui, n’abandonnerait pas. Il s’était peut-être même rapproché. Elle ne l’entendait pas, mais cela ne voulait rien dire, car elle n’entendait plus grand-chose, à cause des battements affolés de son cœur.
    Elle évitait de se retourner pour vérifier.
    Si jamais elle apercevait son masque horrible, là juste derrière elle, la frayeur lui ôterait probablement ses dernières forces. C’était tout ce qu’elle voulait éviter.
    Fuir.
    Elle continua de courir dans l’obscurité. Elle ressentait à peine le froid. Ses seins étaient douloureux à force de tressauter. Elle les écrasa d’une main, protégeant son visage de l’autre.
    Elle dut pourtant ralentir.
    Droit devant elle. En plein milieu du chemin. Quelque chose pendait aux branches d’un arbre. Pendant quelques instants, à cause de l’obscurité, elle ne comprit pas ce qu’elle avait sous les yeux.
    Il n’y avait pas qu’une seule chose. Au moins deux… Non, trois.
    Des silhouettes. Suspendues par les pieds. De la taille d’enfants.
    Elle serra les dents pour ne pas hurler, resta quelques instants pétrifiée par la peur de ce qu’elle allait découvrir.
    Pas des enfants. Par pitié.
    S’approchant à pas craintifs, elle observa les silhouettes. Ce n’était, Dieu merci, pas des êtres humains.
    Des chiens.
    Ils étaient accrochés aux branches par des crocs de boucher. Des chiens de grande taille. L’un d’eux ressemblait à un doberman. Il y avait aussi un berger allemand. Impossible d’être sûre, car on leur avait tranché la tête. Leur sang s’était répandu sur le sol, et à présent elle sentait son contact visqueux sous ses pieds nus.
    Pas le temps de tergiverser. L’affolement et le dégoût lui donnaient l’impression que la terre tanguait et cherchait à la renverser. Elle avança, luttant contre la nausée. Le doberman était partiellement dépecé. La puanteur de la chair en décomposition la prit à la gorge.
    C’était un cauchemar.

     

    Alors, tenté?

  • Premières lignes #22

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.
    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente L'enfant du lac de Kate Morton dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

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    À présent, la pluie tombait à verse ; le bas de sa robe était maculé de boue. Il faudrait la cacher en rentrant : personne ne devait savoir qu’elle était sortie.
    La lune était masquée par les nuages – bonne fortune qu’elle ne méritait pas ; elle poursuivit sa route dans les ténèbres épaisses aussi promptement qu’elle le pouvait. Elle était venue creuser le trou plus tôt dans la journée : mais ce n’était que maintenant, sous le couvert de la nuit, qu’elle pourrait finir le travail. La pluie hérissait la surface du ruisseau à truites et tambourinait sans relâche sur les berges. Dans les fougères, tout près, un mouvement vif se fit sentir ; elle ne s’en émut pas et continua sa course. Elle parcourait les bois depuis sa plus tendre enfance et connaissait les lieux comme sa poche.
    Quand la chose s’était produite, elle avait pensé tout avouer – au début, c’était encore possible. Mais elle avait raté le coche ; maintenant, c’était trop tard. La machine s’était mise en marche : les battues, la police, les appels à témoignage publiés dans la presse. Elle ne pouvait plus en parler à personne, ne pouvait plus revenir en arrière. On ne lui pardonnerait jamais. Il n’y avait plus qu’une solution : enterrer la preuve.
    Elle atteignit enfin l’endroit qu’elle avait choisi plus tôt dans la journée. La boîte, qu’elle transportait dans un sac, était étonnamment lourde. Quel soulagement de pouvoir la poser. Elle se mit à quatre pattes pour dégager les fougères et les branchages qui dissimulaient le trou. L’odeur de terre mouillée était envahissante : mélange de champignons, de déjections de mulots et autres matières pourrissantes. Un jour, son père lui avait expliqué que la forêt était parcourue par les hommes depuis des générations et que nombreux étaient les corps inhumés au plus profond du lourd humus. Elle le savait, ces pensées réjouissaient son père. La stabilité de la nature le consolait ; ce passé plus que millénaire avait à ses yeux le pouvoir d’atténuer les chagrins et les problèmes du présent. Sans doute était-ce parfois le cas : mais, se dit-elle, pas en cet instant-là, pas pour ce problème-là.
    Elle déposa le sac dans le trou ; la lune alors, pendant une ou deux secondes, sembla percer les nuages. Les larmes n’étaient pas loin : elle les ravala, tout en rabattant la terre à pleines mains. Pleurer, ici, maintenant ? Non, elle n’allait pas s’accorder cette faiblesse. Elle aplatit la terre de ses paumes, l’égalisa soigneusement avant de piétiner le sol, de toutes ses forces, jusqu’à en perdre le souffle.
    Voilà. C’était fait.
    Il lui vint à l’esprit qu’il fallait peut-être prononcer quelques mots avant de quitter ce coin de forêt loin de tout. Parler de la mort de l’innocence, des terribles remords qui l’accompagneraient jusqu’à la fin de ses jours. Elle ne desserra pas les lèvres. Cette sotte idée la faisait rougir de honte.
    Elle rebroussa chemin, retraversa la forêt, prenant soin d’éviter le hangar à bateaux et les souvenirs qui s’y rattachaient. L’aube pointait lorsqu’elle vit paraître la maison. La pluie n’était plus qu’un crachin. Les vaguelettes clapotaient sur le rivage du lac tandis que le dernier rossignol faisait ses adieux. Les fauvettes à tête noire et les pouillots se réveillaient ; un cheval hennit dans le lointain. Elle ne pouvait le savoir alors, mais ces sons de l’aube ne la quitteraient jamais. Ils la suivraient partout où elle irait, s’insinuant dans ses rêves et dans ses cauchemars, lui rappelant sans cesse ce dont elle s’était rendue coupable.

     

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  • Premières lignes #21

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente Le dernier repos de Sarah de Robert Dugoni dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

     

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    Son instructeur tactique à l’école de police avait adoré les charrier pendant leurs exercices d’entraînement à l’aube.
    — Le sommeil, c’est surfait. Vous apprendrez à vous en passer, affirmait-il.
    Mensonge.
    Le sommeil, c’était comme le sexe. Moins on en avait, plus on en avait besoin, et ces derniers temps, Tracy Crosswhite manquait singulièrement des deux.
    Elle s’étira les épaules et la nuque. Elle n’avait pas eu le temps pour un jogging matinal, et se sentait raide et ensommeillée, alors même qu’elle ne se souvenait pas d’avoir beaucoup dormi, si ce n’est pas du tout. Trop de mauvaise bouffe et trop de caféine, disait son médecin. Il n’avait pas tort, mais bien manger et faire de l’exercice nécessitait du temps dont Tracy ne disposait pas lorsqu’elle enquêtait sur un homicide. Renoncer à la caféine, autant couper l’arrivée d’essence d’un moteur de voiture. Sans café, elle mourrait.
    — Hé, Prof, tu es là drôlement tôt. Quelqu’un est mort ?
    Vic Fazzio appuya sa considérable carcasse contre la cloison de l’alcôve vitrée de Tracy. La plaisanterie était aussi vieille que le Département des homicides, mais jamais éculée lorsqu’elle sortait de la bouche de Faz, de sa voix rauque et son accent du New Jersey. Avec sa banane poivre et sel et son visage charnu, l’« Affranchi ita- lien » autoproclamé du département aurait parfaitement pu jouer les gardes du corps silencieux des films de mafieux. Faz tenait à la main les mots croisés du New York Times et un livre provenant d’une bibliothèque, ce qui signifiait que le café avait fait son effet. Dieu vienne en aide à ceux qui voulaient utiliser les toilettes des hommes quand Faz les occupait. Il était connu pour rester à mariner une demi-heure sur ses réponses ou bien à la lecture d’un chapitre particulièrement captivant.
    Tracy lui tendit une des photos de scène de crime qu’elle avait imprimée le matin même.
    — Une danseuse sur Aurora.
    — J’en ai entendu parler. Un truc tordu, non ?
    — J’ai vu pire quand je travaillais sur les crimes sexuels.
    — J’avais oublié. Tu as remplacé le sexe par la mort.
    — La mort, c’est plus facile, dit-elle en volant une autre des répliques favorites de Faz.
    La danseuse, Nicole Hansen, avait été retrouvée pieds et poings attachés dans une chambre de motel miteux sur Aurora Avenue, dans les quartiers nord de Seattle. D’abord nouée autour de son cou, la corde était tirée dans son dos, lui liant les poignets et les chevilles – un système très élaboré. Tracy tendit à Faz le rapport du médecin légiste.

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #20

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Jamais plus de Colleen Hoover dont vous pouvez lire ma chronique ICI

     

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    À califourchon sur le rebord du toit, je contemple les rues de Boston depuis le onzième étage, sans pouvoir m’empêcher de songer au suicide.
    Pas le mien. J’aime assez ma vie pour compter la savourer jusqu’au bout.
    Je songe davantage à d’autres gens et je me demande comment certains peuvent vouloir mettre fin à leurs jours. Et s’ils finissaient par le regretter ? Durant le moment qui sépare leur saut de l’impact final… Ils doivent bien être pris d’une seconde de remords au cours de cette brève chute libre. Regardent-ils le sol qui s’approche en se disant : Et merde ! Je n’aurais pas dû.
    Au fond, peut-être pas.
    Je pense beaucoup à la mort. Surtout aujourd’hui, alors que je viens – il y a douze heures – de prononcer la plus épique des oraisons funèbres à laquelle les habitants de Plethora aient jamais assisté. Bon, d’accord, ce n’était peut-être pas la plus épique. Certains la considéreraient davantage comme la plus désastreuse. Tout dépend s’il s’agit du point de vue de ma mère ou du mien. Ma mère qui ne voudra sans doute plus m’adresser la parole pendant au moins un an.
    Qu’on ne s’y trompe pas, mon oraison n’était pas assez profonde pour entrer dans l’Histoire, comme celle de Brooke Shields aux funérailles de Michael Jackson, ou celle de la sœur de Steve Jobs, ou celle du frère de Pat Tillman. Mais elle était quand même épique, dans son genre.
    Au début, j’étais anxieuse. C’était bien l’enterrement du prodigieux Andrew Bloom, maire révéré de notre bonne ville de Plethora, dans le Maine. Propriétaire de la plus prospère des agences immobilières de la région. Époux de l’exquise Jenny Bloom, professeure adjointe la plus adorée de tout Plethora. Et père de Lily Bloom – cette drôle de fille aux improbables cheveux roux, qui avait trouvé le moyen de tomber amoureuse d’un S.D.F et jeté l’opprobre sur toute sa famille.
    Bon, c’est moi. Je suis Lily Bloom, et Andrew était mon père.
    J’avais à peine achevé son oraison funèbre que j’ai dû foncer prendre mon vol de retour pour Boston ; là, j’ai filé vers le premier toit accessible. Encore une fois, je ne suis pas suicidaire. Je n’ai aucune intention de me balancer au sol. J’avais juste besoin d’un peu d’air et de silence, choses totalement impossibles depuis mon appartement du deuxième étage, sans aucun accès au toit et où sévit une coloc qui adore s’entendre chanter.
    En revanche, je ne pensais pas qu’il y ferait aussi froid. Ce n’est pas insupportable, c’est juste désagréable. Au moins, je vois les étoiles. Père décédé, coloc exaspérante, éloges douteux, tout ça ne paraît plus si terrible quand le ciel nocturne est assez clair pour littéralement témoigner de la grandeur de l’univers.
    J’aime bien quand le ciel me rend trop insignifiante.
    J’aime cette nuit.
    Enfin… Pour tout dire, il faudrait que j’apporte une petite correction à cette dernière phrase.
    J’aimais cette nuit.
    Car, pas de chance, la porte vient de s’ouvrir si brutalement qu’on pourrait s’attendre à voir l’escalier cracher un être humain sur le toit. Puis elle claque et des pas retentissent derrière moi. Je ne me donne même pas la peine de regarder. Qui que ce soit, il ne risque pas de me repérer, assise sur le rebord à gauche de l’entrée. Cette personne a surgi si brusquement… Ce n’est pas ma faute si elle se croit seule.

     

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  • Premières lignes #19

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente Forbidden de Tabitha Suzuma dont vous pourrez lire ma chronique ICI

     

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    Je regarde les petites boules noires éparpillées sur le rebord de la fenêtre à la peinture blanche écaillée, et qui crisseraient sous les pas si l’on marchait dessus. Difficile d’imaginer qu’elles ont un jour été en vie ! Je me demande ce qu’on peut ressentir enfermé dans un bocal en verre sans air, à rôtir pendant deux longs mois sous un soleil de plomb, à voir l’extérieur où le vent agite les arbres verts, alors qu’on se heurte encore et encore à un mur invisible qui interdit accès à tout ce qui est réel, vivant et vital, et que, blessé, épuisé, vaincu par cet obstacle infranchissable, on finit par succomber. À quel moment une mouche renonce-t-elle à s’évader par une fenêtre fermée ? Son instinct de survie la pousse-t-il à continuer jusqu’à ce qu’elle en soit physiquement incapable, ou comprend-elle enfin, après s’être écrasée une fois de trop contre la vitre, qu’elle ne pourra jamais sortir ? À quel moment estime-t-on qu’il est temps de renoncer ?
    Je détourne les yeux des minuscules carcasses et tente de me concentrer sur les nombreuses équations du second degré tracées au tableau. Je sens que je transpire ; des mèches de cheveux sont collées à mon front, ma chemise adhère à ma peau. Le soleil a cogné tout l’après-midi à travers les grandes baies et je suis précisément assis derrière l’une d’elles, à moitié aveuglé par ses rayons puissants. Le rebord de la chaise en plastique me rentre dans le dos, car je suis légèrement penché en arrière, une jambe étendue et le talon posé sur le petit radiateur contre le mur. Les poignets de ma chemise pendent autour de ma main, maculés d’encre, sales. La page blanche posée devant moi semble me considérer d’un air désespéré et, dans un état quasi léthargique, je me mets à résoudre les équations, d’une écriture à peine lisible. Le stylo glisse entre mes doigts moites, j’essaie de déglutir, mais j’ai la bouche si sèche que je n’y parviens pas… Cela fait à peu près une heure que je suis dans cette position, cependant je sais qu’il est vain d’essayer d’en trouver une plus confortable. Je m’attarde sur les résultats que j’ai trouvés, inclinant la plume de mon stylo de sorte qu’elle accroche un peu le papier, car, si je finis trop tôt, je n’aurai plus rien à faire, à part contempler de nouveau le spectacle des insectes morts. J’ai mal à la tête. L’air de la pièce est chargé de la transpiration de trente-deux adolescents qui macèrent dans une classe où il fait bien trop chaud. Je ressens comme une pression sur la cage thoracique. J’ai du mal à respirer, et ce n’est pas seulement dû à l’atmosphère étouffante qui règne dans la salle de classe. Cette boule pèse sur moi depuis mardi, au moment où j’ai franchi les grilles du lycée pour affronter une nouvelle année scolaire. La semaine n’est pas encore terminée, et j’ai déjà l’impression d’être ici depuis une éternité. Entre les murs de l’école, le temps ne s’écoule pas, il semble se solidifier. Rien n’a changé. Les gens sont toujours les mêmes : expressions ineptes, sourires méprisants. Je les regarde sans les voir quand j’entre dans la classe, tout comme je suis transparent à leurs yeux. Je suis ici sans l’être. Les professeurs me marquent présent, mais personne ne me voit : il faut dire que, après des années de pratique, j’ai le don de me rendre invisible.

     

    Alors tenté?

  • Premières lignes #18

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Avec tes yeux de Sire Cédric.

     

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    Verts.
    Ils sont verts.
    Mêlés de vagues bleues.
    Tels deux lagons. Ronds. Frémissants.
    Ses yeux sont de cette couleur-là.
    Brillants de terreur.
    Mouillés par les larmes qui coulent à flots sur son visage couvert d’hématomes.
    Il a voulu cette femme dès l’instant où il l’a croisée.
    Il n’a cessé d’y penser depuis. Comptant les heures. Se préparant.
    Quand il a découvert sa maison, isolée des autres, en bordure de forêt, il a compris que c’était un signe du destin.
    Il fallait qu’il le fasse.
    Encore une fois.
    Pour cette femme-là. Ces yeux-là. Ce vert profond mêlé de bleu.
    — Lisa, susurre-t-il à la silhouette ensanglantée, recroquevillée à ses pieds. Tu t’appelles Lisa, n’est-ce pas ? Inutile de crier. Personne ne t’entend. Tu ne peux pas empêcher ce qui va arriver…



    Lisa ne doit pas écouter cet homme. Surtout pas.
    Ne pas perdre espoir.
    Elle lutte pour retenir ses larmes. En vain. La panique l’empêche de réfléchir, tout se mélange dans sa tête.
    Elle ne parvient toujours pas vraiment à comprendre ce qui se passe. Pourquoi cela lui arrive à elle.
    Le plus terrifiant, c’est qu’elle n’a rien vu venir.
    Elle ignore comment l’individu a pu s’introduire chez elle. Elle est certaine d’avoir mis l’alarme en service et verrouillé la porte en rentrant, elle le fait systématiquement. C’est le bon sens le plus élémentaire quand on est une femme de vingt-six ans habitant seule dans un coin reculé.
    Elle n’a pas entendu s’approcher son agresseur, non plus. Elle somnolait devant une série dans le salon, comme elle aime le faire le dimanche soir, pour profiter des dernières heures du week-end. Elle a juste senti une présence derrière elle. Ou plutôt, elle a senti l’odeur. Inattendue. Nauséabonde. Un relent de viande avariée. L’instant suivant, des mains puissantes l’ont prise à la gorge. L’homme l’a arrachée du canapé et jetée au sol. Elle a hurlé, a essayé de lui échapper en se glissant sous la table, mais l’intrus a écarté le meuble d’un seul geste et l’a tirée par les chevilles. Il l’a frappée au visage, violemment, faisant éclater la pulpe de ses lèvres, l’a rouée de coups jusqu’à ce qu’elle reste clouée au sol, haletante, brisée par la douleur.
    — Par pitié, balbutie-t-elle, arrêtez… Quoi que vous vouliez… Je vous donnerai tout ce que j’ai…
    Chaque syllabe est une torture. Le sang inonde sa bouche. Sa pommette gauche est fendue, elle lui fait particulièrement mal. L’os est sans doute cassé. Ses cheveux collent au sang qui ruisselle sur son visage.
    Elle tente néanmoins d’atteindre la cuisine en rampant. Il y a des couteaux, dans cette pièce. Si elle parvenait à s’en approcher…

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #17

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.
    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Une vraie famille de Valentin Musso dont vous pouvez lire le résumé et ma chronique ICI

     

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    À 10 h 18, il franchit le porche d’entrée et pénétra dans la cour d’honneur de l’université.
    Si les touristes désireux d’admirer la chapelle et les vieux bâtiments en pierre de taille se faisaient refouler à longueur de journée par le vigile, lui était passé sans encombre. Avec son jean, ses sneakers, ses lunettes à monture écaille de tortue et son sac à dos, il n’était qu’un étudiant parmi d’autres. Invisible.
    Un nuage se déchira, le soleil vint frapper la cour d’une lumière vive, presque surnaturelle. Il y vit un signe d’encouragement.
    Il suivit du regard deux pigeons qui finirent par se poser sur le parvis, à quelques mètres de lui. Ils lui apparurent comme deux anges descendus du ciel pour célébrer sa mission.
    Plusieurs étudiants étaient assis sur les marches, en bordure de la galerie. Leurs silhouettes se découpaient devant ces étranges peintures murales qu’il avait eu si souvent l’occasion d’observer. Elles représentaient des hommes à cheval avançant bravement sous les étendards, au son des fifres et des tambours. Un cortège en liesse les suivait. Il était seul, mais il traversa la cour aussi fièrement que ces chevaliers. Pas d’épée ni de bouclier à la main. Il avait mieux que ça.
    Une ou deux têtes lui étaient familières. Sans doute avait-il été assis un jour à côté de ces garçons dans un amphithéâtre. Peut-être leur avait-il déjà parlé, peut-être aurait-il pu devenir ami avec eux. Qu’importe… Ils n’étaient plus aujourd’hui que des êtres noyés dans un parfait anonymat.
    Il entra par la façade nord et se retrouva dans le grand vestibule à arcades, orné de statues des grands hommes du passé. Le cadre était solennel, grandiose, à la hauteur de l’acte qu’il allait accomplir.
    Dans son sac à dos, ni livres ni mémoire de recherche. Seulement un pistolet semi-automatique dix-sept coups. Six cents grammes. Canon et culasse en acier. Poignée en polymère. Une arme qu’il n’avait jamais utilisée que sur des cibles dans les stands de tir.
    Il resta immobile, planté au centre du hall. Quelques personnes passèrent devant lui en le dévisageant. Il ne leur prêta aucune attention. Des images s’animèrent dans sa tête. Il se représentait les visages suffisants des psychiatres médiatiques qui défileraient le lendemain sur toutes les chaînes nationales pour débiter des discours définitifs censés expliquer son geste.
    Les battements de son cœur s’accélérèrent mais il n’éprouvait pas de panique. Il se sentait bien, au contraire, les sens aiguisés par l’excitation.
    Il s’engagea dans le couloir qui longeait la bibliothèque. C’est là que son instinct lui disait d’aller. Il lui suffisait d’écouter la voix… De suivre les instructions.
    À 10 h 40, quelqu’un hurla. Ce fut un cri étrange, asexué, qui ne traduisait rien d’autre qu’un effroi hébété. Une plainte incongrue qui déchira la quiétude habituelle du lieu.
    Des têtes se levèrent. Des yeux cherchèrent l’auteur du hurlement plus que ce qui l’avait provoqué. Il y eut un moment de flottement, de ceux où l’on ne sait pas bien à quoi se raccrocher… Comme si ce cri d’alerte pouvait augurer du pire ou n’être en définitive qu’un simple canular.
    L’individu tenait son arme à bout de bras, vers un point invisible. Il avait reculé la culasse pour engager la première balle dans la chambre. Les autres suivraient toutes seules. L’intérêt d’un semi-automatique…

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #16

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.
    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Un hiver en enfer de Jo Witek dont vous pouvez lire le résumé et ma chronique ICI

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    Dix-sept heures, enfin. La sonnerie venait de retentir dans un brouhaha libérateur. Alors que la plupart des élèves balançaient leurs affaires dans leur sac, tels des déchets dans un vide-ordures, Edward rangeait ses livres, cahiers et stylos avec une méthodologie chirurgicale. Toujours le dernier sorti, il appréciait le silence des salles de classe désertées. Une respiration, pour celui que l’on surnommait “Ed, le timbré” ou “Ed, le strange” et qui alimentait la petite haine ordinaire de la vie lycéenne. Ç’avait été comme ça dès son entrée au collège. Une timidité maladive, des TOC, un manque absolu de confiance en lui, autant de handicaps qui l’avaient empêché de trouver sa place dans cette jungle adolescente, où seuls les grandes gueules, les rigolos ou les lèche-bottes devenaient rois. Il avait fait avec. Se retranchant dans une solitude forcée, admirant la vie des jeunes heureux, sans espoir d’y participer. Il s’était habitué à cet isolement, tout comme à la violence quotidienne des petits jeux pervers de Traval et de Bosco. C’était injuste, c’était archaïque et à gerber, mais Edward avait abdiqué. Incapable d’en parler, incapable de se défendre, il se laissait manipuler pour avoir la paix, supportant sans révolte la nausée et les maux d’estomac matinaux.
    Il terminait de ranger un à un ses stylos dans sa trousse, respectant l’ordre des couleurs de l’arc-en-ciel, quand Hugo, le complice de Traval fit irruption dans la classe.
    — Ed le timbré, tu te ramènes ? Il y a un fight ce soir. T’as combien sur toi ? Cette fois, c’est du lourd.
    — Je ne peux pas ce soir. Mon père vient me chercher…
    — Conneries ! persifla Hugo. Dans cinq minutes dans les chiottes du gymnase, t’as intérêt à te ramener si tu veux pas finir la gueule dans ta pisse.
    Edward attrapa son sac, alluma son portable. Aucun message. Rien d’étonnant. Une vie sans surprise. Il avait hâte de se connecter à sa vraie réalité, sortir de cette mélasse In Real Life, pour pénétrer dans le monde fascinant des jeux en ligne massivement multijoueurs. Retrouver sa communauté, se sentir connecté à des centaines de joueurs en ligne, se glisser dans la peau de puissants avatars et prendre son envol. Un shoot de sensations fortes dont il ne pouvait plus se passer depuis quelque temps. Vivre, bon sang ! Vibrer autrement que dans cette stupide réalité.

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #15

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.
    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Alex de Pierre Lemaître dont vous pouvez lire le résumé et ma chronique ICI

     

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    Alex adore ça. Il y a déjà près d’une heure qu’elle essaye, qu’elle hésite, qu’elle ressort, revient sur ses pas, essaye de nouveau. Perruques et postiches. Elle pourrait y passer des après-midi entiers.
    Il y a trois ou quatre ans, par hasard, elle a découvert cette boutique, boulevard de Strasbourg. Elle n’a pas vraiment regardé, elle est entrée par curiosité. Elle a reçu un tel choc de se voir ainsi en rousse, tout en elle était transformé à un tel point qu’elle l’a aussitôt achetée, cette perruque.
    Alex peut presque tout porter parce qu’elle est vraiment jolie. Ça n’a pas toujours été le cas, c’est venu à l’adolescence. Avant, elle a été une petite fille assez laide et terriblement maigre. Mais quand ça s’est déclenché, ç’a été comme une lame de fond, le corps a mué presque d’un coup, on aurait dit du morphing en accéléré, en quelques mois, Alex était ravissante. Du coup, comme personne ne s’y attendait plus, à cette grâce soudaine, à commencer par elle, elle n’est jamais parvenue à y croire réellement. Aujourd’hui encore.
    Une perruque rousse, par exemple, elle n’avait pas imaginé que ça pourrait lui aller aussi bien. Une découverte. Elle n’avait pas soupçonné la portée du changement, sa densité. C’est très superficiel, une perruque mais, inexplicablement, elle a eu l’impression qu’il se passait vraiment quelque chose de nouveau dans sa vie.
    Cette perruque, en fait, elle ne l’a jamais portée. De retour chez elle, elle s’est aussitôt rendu compte que c’était la qualité la plus médiocre. Ça faisait faux, moche, ça faisait pauvre. Elle l’a jetée. Pas dans la poubelle, non, dans un tiroir de la commode. Et de temps en temps, elle l’a reprise et s’est regardée avec. Cette perruque avait beau être affreuse, du genre qui hurle : « Je suis du synthétique bas de gamme », il n’empêche, ce qu’Alex voyait dans la glace lui donnait un potentiel auquel elle avait envie de croire. Elle est retournée boulevard de Strasbourg, elle a pris le temps de regarder les perruques de bonne qualité, parfois un peu chères pour son salaire d’infirmière intérimaire, mais qu’on pouvait vraiment porter. Et elle s’est lancée.
    Au début, ce n’est pas facile, il faut oser. Quand on est, comme Alex, d’un naturel assez complexé, trouver le culot de le faire demande une bonne demi-journée. Composer le bon maquillage, assortir les vêtements, les chaussures, le sac, (enfin, dégotter ce qui convient dans ce que vous avez déjà, on ne peut pas tout racheter chaque fois qu’on change de tête…). Mais ensuite vous sortez dans la rue et immédiatement, vous êtes quelqu’un d’autre. Pas vraiment, presque. Et, si ça ne change pas la vie, ça aide à passer le temps, surtout quand on n’attend plus grand-chose.

     

    Alors, tentés?