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Premières lignes

  • Premières lignes #43

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.
    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Je voulais juste vivre de Yeonmi Park dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

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    Le 31 mars 2007, par une nuit froide et obscure, ma mère et moi avons descendu la berge abrupte et rocailleuse du fleuve Yalu, alors gelé, qui sépare la Corée du Nord de la Chine. Des hommes patrouillaient au-dessus de nos têtes et à nos pieds, et à une centaine de mètres de chaque côté se trouvaient des postes de guet avec des soldats armés et prêts à tirer sur quiconque tenterait de franchir la frontière. Nous n’avions aucune idée de ce qui nous attendait, mais nous étions prêtes à tout pour entrer en Chine, où nous aurions peut-être une chance de survivre.
    J’avais treize ans et je pesais tout juste vingt-sept kilos. Moins d’une semaine plus tôt, j’avais été hospitalisée à Hyesan, ma ville natale, située à la frontière chinoise, à cause d’une infection intestinale grave diagnostiquée à tort comme appendicite par les médecins. L’incision me faisait encore affreusement souffrir et j’étais si faible que je parvenais à peine à marcher.
    Le jeune passeur nord-coréen qui nous faisait traverser insistait pour agir cette nuit. Il avait payé des gardes pour qu’ils ferment les yeux mais impossible de soudoyer tous les soldats alentour ; nous devions donc faire preuve d’une extrême prudence. Je l’ai suivi dans le noir, mais j’étais si instable sur mes jambes que j’ai dévalé la berge sur les fesses, provoquant des avalanches de cailloux devant moi. Il s’est retourné pour me murmurer avec colère de faire moins de bruit. Trop tard. Nous distinguions déjà la silhouette d’un soldat nord-coréen qui remontait depuis le lit du fleuve. Si l’homme faisait partie des soldats soudoyés, il ne semblait pas nous reconnaître.
    « Partez ! a-t-il hurlé. Rentrez chez vous ! »
    Notre guide est allé à sa rencontre et nous les avons entendus discuter à voix basse. Le guide est revenu seul.
    « Allons-y, a-t-il dit. Dépêchez-vous ! »
    Le printemps venait de s’installer et le temps se radoucissait, faisant fondre des plaques à la surface du fleuve gelé. L’endroit où nous traversions était étroit et profond, protégé du soleil en journée si bien que la glace y était suffisamment solide pour supporter notre poids – nous l’espérions en tout cas. Le passeur s’est servi d’un téléphone portable pour contacter quelqu’un sur l’autre rive, côté chinois, puis il a murmuré : « Courez ! »

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #42

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente Glacé de Bernard Minier dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

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    Chaque fois qu’il grimpait là-haut, il avait l’impression de saisir une vérité élémentaire de son existence. Mais il était incapable de dire laquelle.

    Huysmans déplaça son regard vers le sommet.

    Le terminus de la télécabine – un échafaudage métallique accroché à l’entrée bétonnée du puits d’accès – se rapprochait. Une fois la cabine immobilisée, les hommes emprunteraient une série de passerelles et d’escaliers jusqu’au blockhaus de béton.

    Le vent soufflait avec violence. Il devait faire dans les moins dix dehors.

    Huysmans plissa les yeux.

    Il y avait quelque chose d’inhabituel dans la forme de l’échafaudage.

    Quelque chose en plus…

    Comme une ombre parmi les entretoises et les poutrelles d’acier balayées par les bourrasques.

    Un aigle, songea-t-il, un aigle s’est pris dans les câbles et les poulies.

    Non, absurde. Mais c’était pourtant ça : un grand oiseau aux ailes déployées. Un vautour peut-être, prisonnier de la superstructure, empêtré entre les grilles et les barreaux.

    — Eh, regardez ça !

    La voix de Joachim. Il l’avait repéré, lui aussi. Les autres se tournèrent vers la plate-forme.

    — Bon Dieu ! qu’est-ce que c’est ?

    Ce n’est pas un oiseau en tout cas, songea Huysmans.

    Une inquiétude diffuse montait en lui. C’était accroché au-dessus de la plate-forme, juste en dessous des câbles et des poulies – comme suspendu dans les airs. Cela ressemblait à un papillon géant, un papillon sombre et maléfique qui se détachait sur la blancheur de la neige et du ciel.

    — Bordel ! c’est quoi ce truc ?

    La cabine ralentit sur son erre. Ils arrivaient. La forme grandit.

    — Sainte Mère de Dieu !

    Ce n’était pas un papillon – ni un oiseau.

    La cabine s’immobilisa, les portes s’ouvrirent automatiquement.

    Une rafale glacée chargée de flocons fouetta leurs visages. Mais personne ne descendit. Ils restèrent là, à contempler l’œuvre de folie et de mort. Ils savaient déjà qu’ils n’oublieraient jamais cette vision.

    Le vent hurlait autour de la plate-forme. Ce n’étaient plus des cris d’enfants que Huysmans entendait, mais ceux d’un autre supplice, des cris atroces couverts par les hurlements du vent. Ils reculèrent d’un pas à l’intérieur.

    La peur les percuta comme un train en marche. Huysmans se rua vers le casque à écouteurs, le vissa sur son crâne.

    — La centrale ? Ici Huysmans ! Appelez la gendarmerie ! Vite ! Dites-leur de rappliquer ! Il y a un cadavre ici ! Un truc de malade !

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #41

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente le premier tome de la passe-miroir: Les fiancées de l'hiver de Christelle Dabos dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

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    Bribe

    Au commencement, nous étions un.
    Mais Dieu nous jugeait impropres à le satisfaire ainsi, alors Dieu s’est mis à nous diviser. Dieu s’amusait beaucoup avec nous, puis Dieu se lassait et nous oubliait. Dieu pouvait être si cruel dans son indifférence qu’il m’épouvantait. Dieu savait se montrer doux, aussi, et je l’ai aimé comme je n’ai jamais aimé personne.
    Je crois que nous aurions tous pu vivre heureux en un sens, Dieu, moi et les autres, sans ce maudit bouquin. Il me répugnait. Je savais le lien qui me rattachait à lui de la plus écœurante des façons, mais cette horreur-là est venue plus tard, bien plus tard. Je n’ai pas compris tout de suite, j’étais trop ignorant.
    J’aimais Dieu, oui, mais je détestais ce bouquin qu’il ouvrait pour un oui ou pour un non. Dieu, lui, ça l’amusait énormément. Quand Dieu était content, il écrivait. Quand Dieu était en colère, il écrivait. Et un jour, où Dieu se sentait de très mauvaise humeur, il a fait une énorme bêtise.
    Dieu a brisé le monde en morceaux.

     

    L’archiviste

    On dit souvent des vieilles demeures qu’elles ont une âme. Sur Anima, l’arche où les objets prennent vie, les vieilles demeures ont surtout tendance à développer un épouvantable caractère.
    Le bâtiment des Archives familiales, par exemple, était continuellement de mauvaise humeur. Il passait ses journées à craqueler, à grincer, à fuir et à souffler pour exprimer son mécontentement. Il n’aimait pas les courants d’air qui faisaient claquer les portes mal fermées en été. Il n’aimait pas les pluies qui encrassaient sa gouttière en automne. Il n’aimait pas l’humidité qui infiltrait ses murs en hiver. Il n’aimait pas les mauvaises herbes qui revenaient envahir sa cour chaque printemps.
    Mais, par-dessus tout, le bâtiment des Archives n’aimait pas les visiteurs qui ne respectaient pas les horaires d’ouverture.
    C’est sans doute pourquoi, en ce petit matin de septembre, le bâtiment craquelait, grinçait, fuyait et soufflait encore plus que d’habitude. Il sentait venir quelqu’un alors qu’il était encore beaucoup trop tôt pour consulter les archives. Ce visiteur-là ne se tenait même pas devant la porte d’entrée, sur le perron, en visiteur respectable. Non, il pénétrait dans les lieux comme un voleur, directement par le vestiaire des Archives.
    Un nez était en train de pousser au beau milieu d’une armoire à glace.
    Le nez allait en avançant. Il émergea bientôt à sa suite une paire de lunettes, une arcade sourcilière, un front, une bouche, un menton, des joues, des yeux, des cheveux, un cou et des oreilles. Suspendu au milieu du miroir jusqu’aux épaules, le visage regarda à droite, puis à gauche. La pliure d’un genou affleura à son tour, un peu plus bas, et remorqua un corps qui s’arracha tout entier de l’armoire à glace, comme il l’aurait fait d’une baignoire. Une fois sortie du miroir, la silhouette ne se résumait plus qu’à un vieux manteau usé, une paire de lunettes grises, une longue écharpe tricolore.
    Et sous ces épaisseurs, il y avait Ophélie.

     

    Alors, tentés?

     

  • Premières lignes #40

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Un bel âge pour mourir de Barbara Abel dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

     

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    Lundi 29 avril 2002

    Le visage baigné de larmes, France se tient debout sur la terrasse, les mains cramponnées à la balustrade comme on s’agrippe à une bouée de sauvetage tandis que devant elle, le soleil se couche à l’horizon. Vu du quinzième étage, le spectacle qui s’étale sous ses yeux est de toute beauté, la ville couchée à ses pieds scintillant de mille points lumineux, encore faiblement éclairés par le sang des cieux projetant sur le paysage une sorte de traîne enflammée. Comme un avertissement.
    Elle ne peut s’empêcher de fermer les yeux, peut-être pour ne plus être témoin de cet embrasement de couleurs et de lumières, sublime mariage qui évoque en elle la passion et le bonheur. Et ce mouvement de faiblesse accentue encore la rage qui la meurtrit tout entière. Depuis combien de temps n’a-t-elle plus pleuré ?
    Elle se souvient vaguement de ce jour tragique où sa chienne, Clémence, s’est fait écraser par une fourgonnette postale, au milieu d’une petite route de campagne habituellement peu fréquentée. Le chauffeur n’avait cessé de clamer que l’animal s’était littéralement jeté sous ses roues, qu’il n’avait pas eu le temps de l’éviter, qu’il…
    La haine qu’elle avait alors ressentie pour cet homme s’apparente étrangement à celle qu’elle éprouve aujourd’hui envers Paul. Afin de sécher les larmes de sa fille, le père de France avait exigé qu’on suspende le permis de conduire du facteur pour une période de trois mois. L’homme avait perdu son travail et France avait retrouvé le sourire. La fillette avait alors une dizaine d’années. C’était il y a plus de cinquante ans.
    Lorsqu’elle rouvre les yeux, la tour Eiffel s’est illuminée comme par enchantement. Le ciel rougeoyant a déjà fait place à quelques rubans d’obscurité, laissant bientôt la nuit s’étendre sur la capitale. Les dents serrées, le visage dur, France tente vainement de ravaler ses larmes, effaçant d’une main vernie de rouge les traînées de mascara qui zèbrent ses joues fardées. Elle se hait déjà de se sentir si faible, si ébranlée par une situation qu’elle sait ne plus pouvoir maîtriser. Et ce visage larmoyant de peine, cette misérable défaillance qui trahit sa douleur, émotion abjecte entre toutes…
    Le dépit la fait grimacer, affichant sur ses traits le rictus d’un ressentiment trop violent à expulser par quelques sanglots retenus. Phalanges blanchies autour de la balustrade, agrippées de toute sa rancœur comme si elle cherchait à l’en arracher du balcon, à la tordre entre ses doigts, à la réduire en poussière.
    Elle aurait voulu pouvoir gémir, crier, hurler, trépigner, se traîner par terre en sanglotant, s’arracher les cheveux, se frapper le corps, se griffer le visage. L’intolérable impuissance qui la submerge inexorablement l’aveugle par-delà ses larmes, la mâchoire crispée jusqu’à s’en faire broyer les os, les dents, comme pour anéantir cette sensation inhumaine d’être à la merci de toute cette rage incontrôlable.
    N’y a-t-il vraiment plus rien à faire ? France embrasse d’un regard torve le peuple de fourmis qui zigzague à ses pieds, là, tout en bas, grouillant dans les artères de la grande cité. Et pour la première fois de sa vie, elle désire de toutes ses forces n’être plus qu’un seul de ces points noirs, informes, anonymes, sans visage. Sans importance.
    Pensée absurde. Inconcevable.
    Cherchant désespérément à retrouver son calme, elle aspire une grande bouffée d’air, bloque sa respiration, puis expulse le contenu de ses poumons, longuement, maîtrisant chaque battement de cœur qu’elle sent vibrer dans ses tempes, dans sa gorge et dans son ventre. Là… Doucement. Reprendre le contrôle de la situation.
    Rien n’est perdu. Il y a toujours une solution, même là où on ne l’attend pas. Par-delà le désordre de son esprit, elle revoit le visage neutre et impassible de son père qui, maintes fois confronté à des situations critiques, se plaisait à répéter avec un calme imperturbable : « Tout finit toujours par s’arranger. Même mal. »
    Même mal.

     

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  • Premières lignes #39

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Heartless de Marissa Meyer dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

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    Trois alléchantes tartes au citron luisaient sous le regard de Catherine. Elle enfonça dans le four ses mains entortillées dans des serviettes, ignorant la chaleur qui enveloppait ses bras et lui cuisait les joues, puis sortit la plaque. La garniture dorée des tartes frémit – à croire qu’elle était soulagée d’échapper à cette prison de pierre.
    Cath tenait la plaque avec autant de déférence que s’il s’était agi de la couronne du Roi. Elle traversa la cuisine sans la quitter des yeux pour la déposer en douceur sur la table. Les tartes tremblotèrent brièvement avant de s’immobiliser, scintillantes et parfaites.
    Posant ses serviettes, elle piocha parmi les écorces de citron enrobées de sucre qu’elle avait étalées sur un parchemin et les disposa en rosaces sur ses tartes, les enfonçant délicatement dans la garniture encore chaude. Des arômes de citron frais et de pâte au beurre assaillirent ses narines.
    Elle se recula d’un pas pour admirer son œuvre.
    Faire les tartes lui avait pris toute la matinée. Cinq heures à peser le beurre, le sucre et la farine, à mélanger, pétrir et rouler la pâte, à fouetter, cuire à petit feu et filtrer les jaunes d’œufs et le jus de citron pour leur donner une consistance crémeuse, couleur de boutons-d’or. Elle avait glacé la pâte et découpé les bords comme un napperon en dentelle. Elle avait fait bouillir les écorces de citron dans du sirop et broyé finement des cristaux de sucre pour la décoration. L’envie la démangeait d’en saupoudrer le dessus des tartes, mais elle se retint. Elles devaient d’abord refroidir, sans quoi le sucre fondrait en grumeaux disgracieux à la surface.
    Ces tartes étaient un condensé de tout ce qu’elle avait appris dans les vieux livres cornés rangés sur l’étagère de la cuisine. Catherine n’avait précipité aucune étape, négligé aucun geste, n’avait employé que des ingrédients de la meilleure qualité. Elle avait fait preuve d’une méticulosité sans faille. Elle y avait mis tout son cœur.
    Elle prolongea son inspection, scrutant chaque repli de pâte, chaque centimètre carré de la surface luisante.
    Avant de s’autoriser enfin un petit sourire.
    Elle avait sous les yeux trois tartes absolument divines, et tout le royaume de Cœur – depuis les dodos jusqu’au Roi en personne – devrait reconnaître qu’elle était la meilleure pâtissière. Même sa propre mère serait bien forcée d’en convenir.
    Soulagée, elle sautilla sur la pointe des pieds et battit des mains.
    — Vous êtes ma plus grande fierté, proclama-t-elle en écartant les bras au-dessus des tartes comme pour les adouber. À présent, partez à la conquête du monde avec votre volupté citronnée et faites naître des sourires sur toutes les bouches que vous remplirez de vos délices.
    — On s’adresse encore à la nourriture, lady Catherine ?
    — Ah ! mais pas à n’importe quelle nourriture, Cheshire. (Elle leva un doigt sans se retourner.) Je te présente les plus merveilleuses tartes au citron jamais préparées dans le glorieux royaume de Cœur.
    Une queue rayée s’enroula autour de son épaule droite. Une tête poilue ornée de longues moustaches apparut sur sa gauche. Le ronronnement pensif de Cheshire vibra le long de son dos.
    — Stupéfiant, dit le chat, sur ce ton que Catherine ne savait jamais comment interpréter.
    Il disparut de ses épaules pour réapparaître sur la table, une patte griffue tendue au-dessus des tartes. Cath bondit pour l’écarter.
    — Pas touche ! Elles sont destinées au Roi, sale bête.
    Les moustaches de Cheshire tressaillirent.
    — Au Roi ? Encore ?
    Cath attrapa un tabouret, l’approcha de la table en faisant crisser ses pieds sur le sol et s’assit dessus.
    — Je pensais lui en réserver une et faire servir les autres au banquet. Sa Majesté est si heureuse quand je lui cuisine quelque chose. Et le bonheur du Roi…
    — … fait celui du royaume.

     

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  • Premières lignes #38

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente Où passe l'aiguille de Véronique Mougin dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

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    Elle est venue de très loin, peut-être même de Chine, par on ne sait quelle bizarrerie d’aiguillage, par un contresens pugnace – Kiss n’habille que l’homme – l’improbable soie s’est glissée dans l’une des mailles rétrécies par la guerre, bien trop tard. Elle aurait mérité une caresse après ce long voyage mais une fois arrivée chez nous, mon père l’a déballée sans façon. Il a coincé le premier mètre sur la table de coupe, sous ses deux mains bien à plat, comme avant, comme s’il allait dégainer sa craie et finir de mater cette sauvage bientôt transformée en doublure de veston. Il l’a scrutée longuement, par habitude sans doute, de haut en bas, dessus dessous, puis dans un soupir repliée d’un coup sec et ligotée dans son papier gris. On ne voit plus maintenant le tissu fluide et brillant, juste aux deux extrémités du rouleau un faisceau de nacre et de reflets comprimés. C’est dommage.
    Une fois libérée, l’étoffe ondule en crans souples et froissés. Chaque pan déroulé est une vague qui s’élève, miroite puis s’écroule. Le sol finit par disparaître sous un océan de plis et de replis – ça passe le temps et c’est joli. Par chance, le placard à rouleaux de mon père n’a pas encore été entièrement vidé. Un coup de couteau sur la ficelle et le coton inonde la pièce à son tour, puis le drap de laine, la toile, la mer monte, à l’abordage ! Le carton plein de papiers d’emballage fait mon navire. Gaby grimpe sur la table, il s’empare du mètre de bois. Cet avorton ose me défier ? J’empoigne la plus longue paire de ciseaux. Le combat fratricide fait rage au milieu des flots. L’ennemi est petit mais tenace, il me porte un coup sévère – rafale de bobines en pleine trogne. Je réplique et sacrifie la boîte d’épingles qui éclate sur son front. Les pointes s’éparpillent par dizaines dans l’écume des lames du parquet.
    — Épingles renversées, signe de malchance, annône mon frère.
    — Arrête de répéter les conneries de papa et bats-toi, minus !
    — Tu vas voir ce que tu vas prendre, grand con.
    Mais l’odieux nain n’ose plus avancer à cause des épingles, voilà ce qu’il en coûte de s’attaquer pieds nus à son aîné. Il s’abrite derrière le buste mannequin, je flanque cette proue par terre d’un coup de talon. Défait, mon ennemi ancestral chouine comme le bébé qu’il est. Victoire de l’expérience, de la force et de la ruse ! Soudain, dans le couloir, une galopade : il est temps de trouver refuge sur les hauteurs.
    Dans quelques secondes, j’aurai enjambé la fenêtre et, du haut de mon arbre, j’entendrai un long rugissement, à mi-chemin entre le cri de la mouette enragée et le râle sifflant du cachalot blessé. Tout le quartier l’entendra, d’ailleurs – Herman Kiss a la colère sonore. Ma mère arrivera, discrète comme toujours, pour apaiser la furie de mon père et ranger le champ de bataille navale. Elle ramassera les bobines tombées à terre, et les épingles, et les tissus, sans trop soupirer. Au pire, elle dira :
    — C’était vraiment le moment…
    Ce n’est le moment de rien, de toute façon, ni de se battre, ni de jouer, ni même de parler ou de bouger une oreille : les Allemands nous ont envahis avant-hier. La Hongrie, maintenant, c’est chez eux. Personne ne sait ce qu’ils vont faire de nous, nous exproprier, nous déplacer peut-être, tout le monde se perd en conjectures. Je ne suis pas comme la soie, moi, je n’ai jamais été très loin. Si nous partons vraiment, ce sera mon premier voyage. Nos affaires déjà se font la malle, l’oncle Oscar est parti hier avec la montre de mon père et les velours. Ce soir il viendra chercher la laine et le coton, la soie inattendue, il veut tout prendre et tout cacher, même le mètre et la paire de ciseaux. Il a peur des réquisitions, des pillages. Mon père résiste : d’accord pour mettre les tissus à l’abri mais il n’est pas question que sa chère machine à coudre, sa Pfaff dernier cri, ce bijou technologique né de l’alliance féconde de la mécanique et du progrès, quitte la maison sans lui.
    — Il te resterait toujours tes aiguilles, suggère ma mère.
    Mais les aiguilles n’ont pas de crochet rotatif, elles ne transpercent pas le cuir comme du beurre. La Pfaff 130, si. Problème de la modernité : en cas de départ précipité, elle ne tient pas dans la poche.

     

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  • Premières lignes #37

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente Pourvu que la nuit s'achève de Nadia Hashimi dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

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    SANS DOUTE AI-JE MA PART DE RESPONSABILITÉ DANS CE CHAOS SANGLANT. COMMENT POURRAIT-IL EN être autrement ? Je vivais avec cet homme. J’assaisonnais la nourriture à son goût. Je lui frottais le dos. Je le traitais comme une épouse doit traiter son mari.
    Lui aussi faisait des choses pour moi. Il fredonnait pour m’apaiser, entre le chant et l’excuse, dès que j’éprouvais une vive contrariété. Ma colère ne tardait pas à s’éteindre. La façon dont ses sourcils dansaient, dont sa tête se balançait… Il était la glace venant à bout du feu de mes humeurs. Je me blottissais contre lui pour le plaisir de sentir son souffle me chatouiller la nuque.
    Et dire que tout cela devait prendre fin à quelques mètres à peine de notre lit conjugal. À quelques mètres de l’endroit où un sang impie avait déjà coulé. Notre petite cour, avec son rosier, sa corde à linge, fut le théâtre, l’année dernière, d’un véritable carnage. Je crains pour la santé mentale des roses, qui ont encore l’audace d’y fleurir.
    Leur rouge profond serait du plus bel effet sur une tombe. Cette pensée est-elle étrange ?
    Je crois que la plupart des femmes imaginent la mort de leur époux, soit parce qu’elles la redoutent ou l’attendent. C’est inévitable. On se demande quand et comment cela arrivera.
    J’avais imaginé mille morts différentes pour mon mari : en vieil homme entouré de ses enfants, ou bien abattu d’une balle par des insurgés, s’écroulant les deux mains sur le cœur, ou encore frappé par la foudre en se rendant là où il n’aurait pas dû. Cette dernière version était ma préférée. Allah, pardonne mon imagination débridée. J’ai hérité cette charmante manie de ma mère. La foudre aurait été tellement plus simple pour tout le monde : un éclair soudain et poétique fendant le ciel. Une fin douloureuse, mais brève.
    Toute souffrance m’est insupportable.
    Non, je n’ai jamais imaginé la mort de mon mari telle qu’elle s’est produite, mais que peut une épouse ? Les orages ne surviennent jamais lorsqu’on a besoin d’eux.
    Depuis l’adolescence, je maîtrise mes émotions en mettant les mots en vers, en créant de l’ordre et du rythme dans ma tête quand mon univers en est privé. Aujourd’hui encore, dans le triste état où je me trouve, un poème me vient.
     
    De toute ma hauteur, mon époux bien-aimé jamais ne me vit
    Car me tourner le dos fut l’affront qu’il me fit.

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #36

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente La mer en hiver de Susanna kearsley dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

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    Ce n’était pas un hasard. Rien de tout cela n’était arrivé par simple hasard.
    Je l’appris plus tard ; même si j’eus du mal à accepter cette évidence quand elle me frappa, car j’avais toujours cru fermement à l’autodétermination. Jusque-là, ma vie avait semblé corroborer cette idée – j’avais choisi certaines voies qui m’avaient menée à certaines fins, toutes positives, et je considérais les quelques contretemps rencontrés le long de la route non comme de la malchance, mais comme de simples fruits de mon jugement imparfait. Si j’avais dû choisir un credo, j’aurais opté pour ces deux vers du poète William Henley, vibrants de courage : Je suis maître de mon destin, je suis le capitaine de mon âme.
    Ainsi, lorsque tout commença en ce matin d’hiver, quand j’allai chercher la voiture que j’avais louée et que je quittai Aberdeen pour me diriger vers le nord, l’idée que quelqu’un d’autre puisse être à la barre ne m’effleura pas une seconde.
    Je croyais sincèrement que m’éloigner de la route principale pour emprunter celle qui longeait la rive découlait de ma propre décision. Sans doute pas la meilleure décision qui soit, d’ailleurs, étant donné que les routes étaient bordées de la neige la plus épaisse qui s’était abattue sur l’Écosse depuis quarante ans, et que l’on m’avait avertie des risques de dérapages et de retards. La prudence et le fait que j’aie un rendez-vous auraient dû m’inciter à rester sur la route principale, plus sûre, mais le petit panneau indiquant « Route côtière » me fit dévier.
    Mon père me disait toujours que j’avais la mer dans le sang. J’étais née et j’avais grandi sur la côte de la Nouvelle-Écosse, et je n’avais jamais pu résister à l’attrait des vagues. Alors, quand la route principale tourna vers l’intérieur des terres, je préférai bifurquer à droite et emprunter la voie côtière.
    Je ne pourrais pas dire à quelle distance je me trouvais lorsque j’aperçus sur les falaises le château en ruine, une ligne d’obscurité dentée se détachant sur un ciel nuageux, mais dès l’instant où je le vis, je fus captivée et accélérai. Je ne prêtai aucune attention aux grappes de maisons se dressant sur mon passage et sentis une pointe de déception lorsque la route repartit dans la direction opposée. Mais ensuite, derrière un bois touffu, la route tourna de nouveau et il surgit devant moi : un château sombre abandonné, s’élevant au milieu des champs enneigés qui s’étendaient entre la route et le bord de la falaise, comme pour en interdire l’accès.

     

    Alors, tentés?

     

  • Premières lignes #35

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.
    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Hate list de Jennifer Brown dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

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    [Extrait du Sun-Tribune du comté de Garvin, 3 mai 2008, Angela Dash, envoyée spéciale]

    Les enquêteurs chargés d’identifier les victimes de la tuerie qui a eu lieu vendredi matin dans la cafétéria du lycée de Garvin, cafétéria connue sous le nom du « Foyer », avouent avoir découvert une scène particulièrement « lugubre ».
    « Nous avons des équipes sur place qui inspectent le moindre détail, affirme le sergent Pam Marone. Nous commençons à avoir une idée précise de ce qui s’est passé hier matin. Ça n’a pas été facile. Certains de nos officiers les plus aguerris ont été très secoués en arrivant sur place. C’est une tragédie épouvantable. »
    La tuerie, déclenchée au moment où les élèves se préparaient pour le premier cours de la journée, a fait au moins six morts parmi eux, et un nombre important de blessés.
    Valérie Leftman, âgée de seize ans, fut la dernière victime visée avant que Nick Levil, le tueur présumé, ne retourne son arme contre lui.
    Touchée en pleine cuisse et à bout portant, Leftman a dû subir des soins chirurgicaux importants en raison de la gravité de ses blessures. L’hôpital du comté de Garvin estime qu’elle fait partie des personnes qui sont « dans un état critique ».
    « Elle saignait énormément, a précisé un médecin urgentiste à nos envoyés spéciaux. Il a dû toucher l’artère. »
    « Elle a beaucoup de chance, a renchéri une infirmière travaillant aux urgences. Elle va sans doute survivre, mais nous sommes obligés d’être très vigilants. Surtout vu le nombre de personnes qui souhaitent l’interroger. »
    Les rapports des témoins du massacre varient. Certains affirment que Leftman est une victime, d’autres une héroïne, d’autres encore prétendent qu’elle était impliquée dans le projet de Levil d’éliminer certains élèves qu’ils ne supportaient pas.
    À en croire le témoignage de Jane Keller, qui a vu de ses propres yeux le massacre, Levil aurait tiré sur Leftman accidentellement. « J’ai l’impression qu’elle a trébuché sur quelque chose mais je n’en suis pas complètement sûre, a-t-elle confié à nos envoyés. Tout ce que je sais c’est qu’après, tout est allé très vite. Et quand elle s’est écroulée sur lui, certains en ont profité pour fuir. »
    La police enquête pour savoir si le coup tiré sur Leftman était accidentel ou si c’est un double suicide qui aurait mal tourné.
    Des premières sources semblent indiquer que Leftman et Levil avaient soigneusement organisé leur suicide ; d’autres témoins, proches du couple, ajoutent qu’ils parlaient aussi d’homicide, d’où les doutes de la gendarmerie qui s’interroge pour savoir si la tuerie de Garvin n’aurait pas des causes plus profondes.
    « Ils parlaient souvent de la mort, affirme Mason Markum, un ami proche de Leftman et Levil. Nick en parlait plus souvent que Valérie, mais quand même, elle aussi y faisait allusion. On pensait que c’était une espèce de jeu entre eux, mais j’imagine qu’ils ne plaisantaient pas. J’ai du mal à croire qu’ils étaient sérieux. C’est fou, il y a trois heures encore je discutais avec Nick et il ne m’en a pas dit un mot. Pas un. »
    Que les blessures de Leftman soient intentionnelles ou non, il fait peu de doute dans l’esprit de la gendarmerie que Nick Levil avait prévu de se suicider après avoir tué une demi-douzaine d’élèves du lycée de Garvin.
    « Des témoins présents au moment de la fusillade affirment qu’après avoir tiré sur Leftman il a pointé son fusil sur sa tempe avant d’appuyer sur la gâchette », confirme Marone. Levil a été déclaré mort sur les lieux du crime.
    « C’était un soulagement, avoue Keller. Certains gamins ont poussé des cris de joie, ce qui est à mon avis une erreur. En même temps je comprends leur réaction. C’était franchement terrifiant. »
    La gendarmerie du comté de Garvin enquête pour savoir dans quelle mesure Leftman est impliquée dans la tuerie. La famille de la jeune fille a refusé d’émettre le moindre commentaire ; de son côté, la gendarmerie se contente de répéter qu’elle est « impatiente » d’avoir un entretien avec la jeune fille.

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #34

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.
    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Derrière la haine de Barbara Abel dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

     

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    Laetitia avait réussi un créneau parfait. Du premier coup. Ce qui, pourtant, n’adoucit pas son humeur.
    — Éteins ta Nintendo, Milo, on est arrivés, dit-elle machinalement.
    Sur la banquette arrière, le petit garçon était rivé à son jeu.
    La jeune femme sortit de la voiture tout en s’emparant de son porte-documents, du cartable de Milo, de deux sacs de courses… Plus de main pour ouvrir la portière à l’enfant : d’un coup de coude au carreau, elle lui signifia qu’elle ne l’attendrait pas.
    — Grouille-toi, Milo, je suis chargée comme une mule !
    — Attends, je dois sauvegarder !
    L’inconfortable posture de Laetitia fit frémir la soupe, l’indolence de son fils y déversa un litre de lait bouillonnant.
    — Milo ! asséna-t-elle sèchement, parce que le créneau était bien la seule chose qui se soit déroulée sans encombre ce jour-là. Tu sors de cette voiture tout de suite ou tu es privé de Nintendo pendant une semaine.
    — C’est bon ! soupira-t-il sans pour autant quitter sa console des yeux.
    Il fit glisser ses fesses jusqu’à l’extrémité de la banquette, mit un pied sur le trottoir et s’extirpa avec mollesse du véhicule.
    — Et ferme la portière, si ce n’est pas trop te demander !
    — Laetitia ! l’interpella derrière elle une voix qui la figea sur place. On peut parler quelques instants ?
    Elle se retourna. Tiphaine se tenait là, à quelques mètres à peine, en tenue de jogging. Elle était en nage, le visage luisant après l’effort qu’elle venait de fournir, quelques mèches de cheveux collées sur son front. Le souffle court, elle attendit une réponse qui ne vint pas puis, détournant les yeux, elle s’approcha de Milo dont elle ébouriffa la tête.
    — Ça va, mon grand ? lui demanda-t-elle gentiment.
    — Bonjour, Tatiphaine ! lui répondit l’enfant avec un lumineux sourire.
    Excédée, Laetitia les rejoignit en deux enjambées, saisit son fils par le bras d’un geste ferme et le fit passer derrière elle.
    — Je t’interdis de lui adresser la parole, siffla-t-elle entre ses dents.
    Tiphaine encaissa l’attaque sans broncher.
    — Laetitia, s’il te plaît… On peut parler ?
    — Milo, rentre à la maison ! lui intima sa mère.
    — Maman…
    — Rentre, je te dis ! le somma-t-elle d’un ton qui ne souffrait pas la discussion.
    Milo hésita puis, la mine boudeuse, se dirigea vers sa maison. Dès qu’il se fut éloigné, Laetitia revint sur Tiphaine :
    — Je te préviens, espèce de malade mentale, si je te vois encore une fois tourner autour de lui, je t’arrache les yeux !
    — Écoute, Laetitia, si tu n’arrives pas à comprendre que je n’ai jamais voulu…
    — Tais-toi ! murmura-t-elle en fermant les yeux en signe d’intense exaspération. Épargne-moi tes excuses à deux balles, je n’y crois pas une seconde !
    — Ah non ? Et qu’est-ce que tu crois, alors ?
    Laetitia la toisa d’un regard glacial.
    — J’ai très bien compris ce que tu cherches à faire, Tiphaine. Mais je te préviens : la prochaine fois qu’il arrive quoi que ce soit à Milo, j’appelle les flics !
    Tiphaine parut sincèrement étonnée. Elle dévisagea Laetitia d’un air interrogateur, hésitant sur le sens à donner à ses paroles. Puis, comme si elle comprenait soudain que rien ne pourrait la faire changer d’avis, elle soupira sans cacher la douleur que l’attitude de son interlocutrice instillait en elle :
    — Je ne sais pas dans quel délire parano tu es en train de sombrer, Laetitia, mais ce qui est sûr, c’est que tu es complètement à côté de la plaque. S’il te plaît, essaie de me croire un tout petit peu. Et si tu ne veux pas le faire pour moi, fais-le pour Milo. Parce que là, tu es en train de le détruire à petit feu…
    À ces mots, Laetitia haussa un sourcil narquois tandis qu’une lueur de cruauté traversait sa pupille, comme un éclair zébrant un ciel d’orage.
    — C’est vrai que tu t’y connais, toi, dans la manière de détruire un enfant, articula-t-elle d’un ton presque suave.

     

    Alors, tentés?