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Premières lignes

  • Premières lignes #16

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.
    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Un hiver en enfer de Jo Witek dont vous pouvez lire le résumé et ma chronique ICI

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    Dix-sept heures, enfin. La sonnerie venait de retentir dans un brouhaha libérateur. Alors que la plupart des élèves balançaient leurs affaires dans leur sac, tels des déchets dans un vide-ordures, Edward rangeait ses livres, cahiers et stylos avec une méthodologie chirurgicale. Toujours le dernier sorti, il appréciait le silence des salles de classe désertées. Une respiration, pour celui que l’on surnommait “Ed, le timbré” ou “Ed, le strange” et qui alimentait la petite haine ordinaire de la vie lycéenne. Ç’avait été comme ça dès son entrée au collège. Une timidité maladive, des TOC, un manque absolu de confiance en lui, autant de handicaps qui l’avaient empêché de trouver sa place dans cette jungle adolescente, où seuls les grandes gueules, les rigolos ou les lèche-bottes devenaient rois. Il avait fait avec. Se retranchant dans une solitude forcée, admirant la vie des jeunes heureux, sans espoir d’y participer. Il s’était habitué à cet isolement, tout comme à la violence quotidienne des petits jeux pervers de Traval et de Bosco. C’était injuste, c’était archaïque et à gerber, mais Edward avait abdiqué. Incapable d’en parler, incapable de se défendre, il se laissait manipuler pour avoir la paix, supportant sans révolte la nausée et les maux d’estomac matinaux.
    Il terminait de ranger un à un ses stylos dans sa trousse, respectant l’ordre des couleurs de l’arc-en-ciel, quand Hugo, le complice de Traval fit irruption dans la classe.
    — Ed le timbré, tu te ramènes ? Il y a un fight ce soir. T’as combien sur toi ? Cette fois, c’est du lourd.
    — Je ne peux pas ce soir. Mon père vient me chercher…
    — Conneries ! persifla Hugo. Dans cinq minutes dans les chiottes du gymnase, t’as intérêt à te ramener si tu veux pas finir la gueule dans ta pisse.
    Edward attrapa son sac, alluma son portable. Aucun message. Rien d’étonnant. Une vie sans surprise. Il avait hâte de se connecter à sa vraie réalité, sortir de cette mélasse In Real Life, pour pénétrer dans le monde fascinant des jeux en ligne massivement multijoueurs. Retrouver sa communauté, se sentir connecté à des centaines de joueurs en ligne, se glisser dans la peau de puissants avatars et prendre son envol. Un shoot de sensations fortes dont il ne pouvait plus se passer depuis quelque temps. Vivre, bon sang ! Vibrer autrement que dans cette stupide réalité.

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #15

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente Alex de Pierre Lemaître dont vous pouvez lire le résumé et ma chronique ICI

     

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    Alex adore ça. Il y a déjà près d’une heure qu’elle essaye, qu’elle hésite, qu’elle ressort, revient sur ses pas, essaye de nouveau. Perruques et postiches. Elle pourrait y passer des après-midi entiers.
    Il y a trois ou quatre ans, par hasard, elle a découvert cette boutique, boulevard de Strasbourg. Elle n’a pas vraiment regardé, elle est entrée par curiosité. Elle a reçu un tel choc de se voir ainsi en rousse, tout en elle était transformé à un tel point qu’elle l’a aussitôt achetée, cette perruque.
    Alex peut presque tout porter parce qu’elle est vraiment jolie. Ça n’a pas toujours été le cas, c’est venu à l’adolescence. Avant, elle a été une petite fille assez laide et terriblement maigre. Mais quand ça s’est déclenché, ç’a été comme une lame de fond, le corps a mué presque d’un coup, on aurait dit du morphing en accéléré, en quelques mois, Alex était ravissante. Du coup, comme personne ne s’y attendait plus, à cette grâce soudaine, à commencer par elle, elle n’est jamais parvenue à y croire réellement. Aujourd’hui encore.
    Une perruque rousse, par exemple, elle n’avait pas imaginé que ça pourrait lui aller aussi bien. Une découverte. Elle n’avait pas soupçonné la portée du changement, sa densité. C’est très superficiel, une perruque mais, inexplicablement, elle a eu l’impression qu’il se passait vraiment quelque chose de nouveau dans sa vie.
    Cette perruque, en fait, elle ne l’a jamais portée. De retour chez elle, elle s’est aussitôt rendu compte que c’était la qualité la plus médiocre. Ça faisait faux, moche, ça faisait pauvre. Elle l’a jetée. Pas dans la poubelle, non, dans un tiroir de la commode. Et de temps en temps, elle l’a reprise et s’est regardée avec. Cette perruque avait beau être affreuse, du genre qui hurle : « Je suis du synthétique bas de gamme », il n’empêche, ce qu’Alex voyait dans la glace lui donnait un potentiel auquel elle avait envie de croire. Elle est retournée boulevard de Strasbourg, elle a pris le temps de regarder les perruques de bonne qualité, parfois un peu chères pour son salaire d’infirmière intérimaire, mais qu’on pouvait vraiment porter. Et elle s’est lancée.
    Au début, ce n’est pas facile, il faut oser. Quand on est, comme Alex, d’un naturel assez complexé, trouver le culot de le faire demande une bonne demi-journée. Composer le bon maquillage, assortir les vêtements, les chaussures, le sac, (enfin, dégotter ce qui convient dans ce que vous avez déjà, on ne peut pas tout racheter chaque fois qu’on change de tête…). Mais ensuite vous sortez dans la rue et immédiatement, vous êtes quelqu’un d’autre. Pas vraiment, presque. Et, si ça ne change pas la vie, ça aide à passer le temps, surtout quand on n’attend plus grand-chose.

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #14

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente Absences de Lauren Oliver dont vous pouvez lire le résumé et ma chronique ICI

     

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    Le truc étrange, quand vous avez réchappé à la mort, c’est que tout le monde s’attend, ensuite, à ce que vous nagiez dans le bonheur, que vous preniez le temps de chasser les papillons dans les herbes hautes des prés, ou d’admirer les arcs-en-ciel qui se forment dans les flaques de cambouis sur l’autoroute. « C’est un miracle », dira-t-on avec un regard dégoulinant d’espoir, comme si vous veniez de recevoir un bon gros cadeau et que vous n’aviez pas intérêt à décevoir mamie au moment d’ouvrir le paquet, à faire une grimace en découvrant le pull informe qu’il contient.
    La vie ressemble à peu près à ça d’ailleurs : un pull informe plein de trous, de nœuds et de fils qui risquent de s’accrocher. Inconfortable et qui gratte. Un cadeau que vous n’avez jamais demandé, jamais désiré, jamais choisi. Un cadeau que vous devriez être impatient de revêtir, jour après jour, alors même que vous préféreriez rester au lit sans rien faire.
    La vérité est tout autre : il ne faut aucun talent particulier pour réchapper à la mort. Ou à la vie.

    Chapitre 1

    — Tu joues ?
    Ces deux mots-là sont ceux que j’ai entendus le plus souvent dans ma vie. « Tu joues ? » Dara, quatre ans, franchit la porte moustiquaire, les bras tendus devant elle, et s’élance sur la pelouse sans attendre ma réponse. « Tu joues ? » Dara, six ans, se glisse dans mon lit au milieu de la nuit, les yeux écarquillés, éclairée par la lune, ses cheveux humides parfumés au shampooing à la fraise. « Tu joues ? » Dara, huit ans, actionne la sonnette de son vélo ; Dara, dix ans, bat des cartes sur le caillebotis mouillé qui ceinture la piscine ; Dara, douze ans, fait tourner une bouteille de soda vide.
    À seize ans, Dara n’attend toujours pas ma réponse.
    — Pousse-toi, dit-elle en donnant un coup de genou dans la cuisse de sa meilleure amie, Ariana. Ma sœur veut jouer.
    — Il n’y a pas de place, rétorque celle-ci avant de gémir quand Dara s’avachit sur elle. Désolée, Nick.
    Elles sont entassées avec une demi-douzaine d’autres personnes dans une stalle vide de la grange d’Ariana, ou plutôt de ses parents. Une odeur de sciure et, plus discrètement, de purin imprègne l’atmosphère. Une bouteille de vodka, à demi vide, gît sur le sol de terre battue compacte, avec plusieurs packs de bières et une petite pile de vêtements variés : une écharpe, deux moufles dépareillées, une doudoune et le sweat-shirt moulant de Dara, rose, dans le dos duquel on peut lire, en lettres de strass, Reine des coquines. On dirait une sorte de sacrifice rituel, insolite, en l’honneur des dieux du strip-poker.
    — Aucun problème, m’empressé-je de dire. Je ne tiens pas à jouer. Je suis juste passée faire coucou.
    — Tu viens d’arriver, proteste Dara avec une moue.
    Ariana abat son jeu sur le sol.
    — Brelan de rois, annonce-t-elle avant d’ouvrir une bière dont la mousse déborde sur ses doigts. Matt, retire ton tee-shirt.
    Un mec tout sec, au nez un brin trop grand et à l’air vaseux de celui qui a déjà beaucoup bu. Puisqu’il ne porte que son tee-shirt, noir avec le dessin intrigant d’un castor borgne, j’en déduis que la doudoune lui appartient.
    — J’ai froid, gémit-il.
    — Ton tee-shirt ou ton fute, je te laisse le choix.
    Avec un soupir, Matt se tortille pour se déshabiller, dévoilant un dos maigre, constellé d’acné.
    — Où est Parker ?
    J’ai posé la question en affectant un ton détaché qui me dégoûte. Depuis que Dara… depuis qu’elle a fait je ne sais quoi avec lui, je n’arrive pas à mentionner mon ancien meilleur ami sans avoir la sensation qu’une boule de Noël s’est coincée dans ma gorge.
    Dara, qui s’apprêtait à distribuer une nouvelle manche, se fige. Ça ne dure qu’une seconde. Après avoir lancé une dernière carte en direction d’Ariana et pris connaissance de sa main, elle répond :
    — Aucune idée.
    — Je lui ai envoyé un texto, il m’a dit qu’il venait.
    — Ouais, eh bien il est peut-être reparti.
    Dara plonge ses yeux noirs dans les miens : le message est clair. « Lâche l’affaire. » J’en déduis qu’ils se sont encore disputés. Ou pas justement, et que là est le problème. Il refuse d’entrer dans son jeu.

     

    Alors, tenté?

  • Premières lignes #13

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente Orgueil et préjugés de Jane Austen dont vous pouvez lire le résumé et ma chronique ICI

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    C’est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier, et, si peu que l’on sache de son sentiment à cet égard, lorsqu’il arrive dans une nouvelle résidence, cette idée est si bien fixée dans l’esprit de ses voisins qu’ils le considèrent sur-le-champ comme la propriété légitime de l’une ou l’autre de leurs filles.
    – Savez-vous, mon cher ami, dit un jour Mrs. Bennet à son mari, que Netherfield Park est enfin loué ?
    Mr. Bennet répondit qu’il l’ignorait.
    – Eh bien, c’est chose faite. Je le tiens de Mrs. Long qui sort d’ici.
    Mr. Bennet garda le silence.
    – Vous n’avez donc pas envie de savoir qui s’y installe ! s’écria sa femme impatientée.
    – Vous brûlez de me le dire et je ne vois aucun inconvénient à l’apprendre.
    Mrs. Bennet n’en demandait pas davantage.
    – Eh bien, mon ami, à ce que dit Mrs. Long, le nouveau locataire de Netherfield serait un jeune homme très riche du nord de l’Angleterre. Il est venu lundi dernier en chaise de poste pour visiter la propriété et l’a trouvée tellement à son goût qu’il s’est immédiatement entendu avec Mr. Morris. Il doit s’y installer avant la Saint-Michel et plusieurs domestiques arrivent dès la fin de la semaine prochaine afin de mettre la maison en état.
    – Comment s’appelle-t-il ?
    – Bingley.
    – Marié ou célibataire ?
    – Oh ! mon ami, célibataire ! célibataire et très riche ! Quatre ou cinq mille livres de rente ! Quelle chance pour nos filles !
    – Nos filles ? En quoi cela les touche-t-il ?
    – Que vous êtes donc agaçant, mon ami ! Je pense, vous le devinez bien, qu’il pourrait être un parti pour l’une d’elles.
    – Est-ce dans cette intention qu’il vient s’installer ici ?
    – Dans cette intention ! Quelle plaisanterie ! Comment pouvez-vous parler ainsi ?… Tout de même, il n’y aurait rien d’invraisemblable à ce qu’il s’éprenne de l’une d’elles. C’est pourquoi vous ferez bien d’aller lui rendre visite dès son arrivée.
    – Je n’en vois pas l’utilité. Vous pouvez y aller vous-même avec vos filles, ou vous pouvez les envoyer seules, ce qui serait peut-être encore préférable, car vous êtes si bien conservée que Mr. Bingley pourrait se tromper et égarer sur vous sa préférence.
    – Vous me flattez, mon cher. J’ai certainement eu ma part de beauté jadis, mais aujourd’hui j’ai abdiqué toute prétention. Lorsqu’une femme a cinq filles en âge de se marier elle doit cesser de songer à ses propres charmes.
    – D’autant que, dans ce cas, il est rare qu’il lui en reste beaucoup.
    – Enfin, mon ami, il faut absolument que vous alliez voir Mr. Bingley dès qu’il sera notre voisin.
    – Je ne m’y engage nullement.
    – Mais pensez un peu à vos enfants, à ce que serait pour l’une d’elles un tel établissement ! Sir William et lady Lucas ont résolu d’y aller uniquement pour cette raison, car vous savez que, d’ordinaire, ils ne font jamais visite aux nouveaux venus. Je vous le répète. Il est indispensable que vous alliez à Netherfield, sans quoi nous ne pourrions y aller nous-mêmes.
    – Vous avez vraiment trop de scrupules, ma chère. Je suis persuadé que Mr. Bingley serait enchanté de vous voir, et je pourrais vous confier quelques lignes pour l’assurer de mon chaleureux consentement à son mariage avec celle de mes filles qu’il voudra bien choisir. Je crois, toutefois, que je mettrai un mot en faveur de ma petite Lizzy.
    – Quelle idée ! Lizzy n’a rien de plus que les autres ; elle est beaucoup moins jolie que Jane et n’a pas la vivacité de Lydia.
    – Certes, elles n’ont pas grand’chose pour les recommander les unes ni les autres, elles sont sottes et ignorantes comme toutes les jeunes filles. Lizzy, pourtant, a un peu plus d’esprit que ses sœurs.
    – Oh ! Mr. Bennet, parler ainsi de ses propres filles !… Mais vous prenez toujours plaisir à me vexer ; vous n’avez aucune pitié pour mes pauvres nerfs !
    – Vous vous trompez, ma chère ! J’ai pour vos nerfs le plus grand respect. Ce sont de vieux amis : voilà plus de vingt ans que je vous entends parler d’eux avec considération.

     

    Alors, tenté?

  • Premières lignes #12

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente Tornade de Jennifer Brown dont vous pouvez lire le résumé et ma chronique ICI

     

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    Marine voulait à tout prix m’apprendre sa danse préférée, le swing de la côte Est. C’était son rêve, son unique objectif dans la vie. Elle passait son temps à me tirer par le bras ou à se placer debout devant la télé, les mains sur les hanches, avec son vernis à ongles pailleté et son tutu de petit rat rose qui frémissait.
    – Allez, Jersey, viens, on va rigoler. Tu vas adorer, Jersey ! Tu m’entends ? Jerseeey !
    Elle avait appris à danser le swing au cours de Miss Janice. Techniquement parlant, ce n’est pas un numéro de danse qu’elles étaient censées répéter, mais un soir, Janice était d’humeur nostalgique, et elle avait mis un CD de swing avant de leur montrer les mouvements. Marine avait adoré.
    Elle passait des heures à compter ses pas en enlaçant un cavalier imaginaire avec ses petits bras potelés de gamine de cinq ans et ses boucles brunes qui sautillaient à un rythme qu’elle était seule à entendre tandis qu’elle fredonnait les quelques mesures dont elle se souvenait.
    Elle voulait absolument que je sois son cavalier. Elle m’imaginait déjà en train de lui saisir les poignets, de la balancer entre mes deux jambes et de la projeter dans les airs avant de la rattraper, et à la fin, faisant la révérence dans un costume assorti face au public.
    – Pas tout de suite, Marine, lui répondais-je.
    J’étais toujours absorbée par la télé, par mes devoirs ou par les SMS que j’envoyais à mes meilleures amies, Jane et Dani, pour me plaindre des petites sœurs – de vraies pestes, surtout celles qui pensent que la seule chose qui compte, c’est le swing de la côte Est.
    Marine vivait en justaucorps, et j’avoue qu’elle en avait une collection impressionnante. Certains étaient à paillettes, d’autres en velours, certains ressemblaient à des smokings, d’autres étaient tout simples, mais aux couleurs de l’arc-en-ciel. Elle les portait jusqu’à ce qu’ils soient tellement étroits que ses petites fesses ressortaient et les hauts en résille avaient des trous assez larges pour y passer le poing. Maman était obligée de les jeter discrètement quand elle n’était pas là et d’en acheter de nouveaux pour les remplacer en douce.
    Le jour où Marine est entrée en maternelle, nous nous sommes demandé si elle exigerait de porter des justaucorps, ne sachant comment elle réagirait si sa maîtresse refusait. Nous redoutions ce que j’appelais la Débâcle, les caprices le matin avant de sortir, les ultimatums…
    Car elle mettait des justaucorps partout. Dans la maison, pour aller faire des courses, au lit.
    Et bien entendu, en cours de danse.
    Même le jour de la tornade, elle en portait un : un justaucorps orange mandarine, avec des bandes de velours noires sur le côté et une rangée de pierreries autour du cou. Je m’en souviens parce que c’est celui qu’elle avait quand elle m’a demandé de danser le swing de la côte Est avant d’aller à son cours ce jour-là.
    – Je vais te montrer, m’a-t-elle dit, pleine d’espoir, sautillant sur la pointe des pieds près du canapé où j’étais affalée à regarder une publicité pour une voiture – comme si un jour j’aurais de quoi m’acheter une voiture.
    – Non merci. Pousse-toi, tu me caches l’écran.
    Elle avait une tache de couleur sur la joue – la trace d’une friandise sucrée –, et les mèches autour de son visage avaient l’air collantes. Sans doute une glace Popsicle. C’était à la fin du mois de mai et il faisait assez chaud pour avoir envie d’une Popsicle. L’école finissait la semaine suivante et officiellement, j’entrais en terminale.
    Elle s’est penchée vers moi en vrillant ses petits doigts potelés – et collants – dans mon épaule.
    – On s’en fiche, de la pub. Allez, lève-toi. Je vais te montrer.
    – Non merci, Marine, ai-je grogné en tapotant sur ma chemise à la hauteur de l’épaule.
    Elle a commencé à sauter devant moi et à répéter en hurlant stplaîtstplaîtstplaît, quand soudain j’ai crié :
    – Non ! Je n’en ai aucune envie ! Fous le camp !
    Elle s’est figée en boudant, relâchant la lèvre inférieure comme les enfants prêts à éclater en sanglots, mais elle n’a rien dit. Pas un mot. Pas un pleur. Pas de crise. Elle a cligné de l’œil et s’est détournée, les pierres de son justaucorps reflétant soudain la lumière de l’écran de télévision. Je l’ai entendue entrer dans la chambre de maman et parler avec elle. Peu après elles sont parties pour son cours de danse. Ouf, je pouvais souffler.
    Je l’adorais, Marine.
    Je l’adorais, ma petite sœur.
    Mais dans les jours qui ont suivi, combien de fois ce Fous le camp ! est revenu hanter mes nuits. Je revoyais sa lèvre qui tremblait. Je revoyais le lent clignement de ses grands yeux de fée. Je la revoyais s’éloigner sur la pointe des pieds, brusquement aveuglée par l’éclat des paillettes de son justaucorps.

     

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  • Premières lignes #11

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente Nos étoiles contraires de John Green dont vous pouvez lire le résumé et ma chronique ICI

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    L'année de mes dix-sept ans, vers la fin de l’hiver, ma mère a décrété que je faisais une dépression. Tout ça parce que je ne sortais quasiment pas de la maison, que je traînais au lit à longueur de journée, que je relisais le même livre en boucle, que je sautais des repas et que je passais le plus clair de mon immense temps libre à penser à la mort.
    Quoi qu’on lise sur le cancer (brochures, sites Internet ou autres), on trouvera toujours la dépression parmi les effets secondaires. Pourtant, la dépression n’est pas un effet secondaire du cancer. C’est mourir qui provoque la dépression (et le cancer, et à peu près tout, d’ailleurs). Mais ma mère, persuadée que je devais être soignée, a pris rendez-vous chez mon médecin, le docteur Jim, qui a confirmé que je nageais en pleine dépression, une dépression tétanisante et tout ce qu’il y a de plus clinique. Conclusion : il fallait modifier mon traitement, et je devais m’inscrire à un groupe de soutien hebdomadaire.
    Le groupe mettait en scène des personnages plus ou moins mal en point et sa composition changeait régulièrement. Pourquoi changeait-elle ? C’était un effet secondaire de mourir.
    Inutile de préciser que ces séances étaient déprimantes au possible. Elles avaient lieu tous les mercredis dans la crypte en forme de croix d’une église épiscopale aux murs de pierre. On s’asseyait en cercle au centre de la croix, là où les deux morceaux de bois auraient dû se croiser : pile où le cœur de Jésus aurait dû se trouver.
    Je le savais parce que Patrick, l’animateur, qui était aussi la seule personne du groupe à avoir plus de dix-huit ans, nous bassinait à chaque réunion avec le cœur de Jésus, au centre duquel nous, jeunes survivants du cancer, étions littéralement réunis.
    Voilà comment ça se passait au cœur du cœur de Dieu : notre groupe de six, sept ou dix arrivait à pied ou en chaise roulante, piochait dans un malheureux assortiment de biscuits et se servait un verre de limonade, avant de prendre place dans le cercle de la vérité et d’écouter Patrick débiter pour la millième fois le récit déprimant de sa vie – comment il avait eu un cancer des testicules et aurait dû en mourir, sauf qu’il n’était pas mort et que maintenant il était même un adulte bien vivant qui se tenait devant nous dans la crypte d’une église de la 137e ville d’Amérique la plus agréable à vivre, divorcé, accro aux jeux vidéo, seul, vivotant du maigre revenu que lui rapportait l’exploitation de son passé de super-cancéreux, futur détenteur d’un master ne risquant pas d’améliorer ses perspectives de carrière, et qui attendait, comme nous tous, que l’épée de Damoclès lui procure le soulagement auquel il avait échappé des années plus tôt quand le cancer lui avait pris ses couilles, mais avait épargné ce que seule une âme charitable aurait pu appeler « sa vie ».
    ET TOI AUSSI, TU PEUX AVOIR CETTE CHANCE !
    Après quoi, chacun se présentait : nom, âge, diagnostic et humeur du jour. Je m’appelle Hazel, avais-je dit quand mon tour était arrivé. J’ai seize ans. Cancer de la thyroïde à l’origine, mais mes poumons sont truffés de métastases depuis longtemps. Sinon ça va.

     

    Alors, tenté?

  • Premières lignes #10

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente Fils unique de Jack Ketchum dont vous pouvez lire le résumé et ma chronique ICI

     

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    Assez, pensa-t-elle.
    Ça suffit, bon sang !
    Le bébé pleurait.
    Le bébé voulait téter. Ou le bébé voulait être porté. Ou alors le bébé s’était chié ou pissé dessus ou peut-être voulait-il pisser ou chier sur elle, qu’il se retenait, emmagasinait tout ça, en attendant le bon moment, quand elle viendrait le changer et qu’il pourrait lui projeter sa merde en pleine figure. C’était déjà arrivé.
    Elle sortit du lit et marcha jusqu’au berceau. L’homme continua à dormir.
    Elle souleva le bébé et palpa sa couche. Sèche. Elle agita l’enfant de haut en bas. Il pleura de plus belle.
    Pas question de lui donner le sein !
    Ses mamelons étaient déjà bien assez endoloris comme cela.
    Elle était encore une belle femme et elle avait bien l’intention de le rester.
    À partir de demain, je te mets au biberon, pensa-t-elle. Je me fiche de l’avis des médecins. Je peux faire ce que je veux avec toi…
    Tu sais quoi ? Tu m’appartiens.
    Encore un peu éméchée à cause de tout le porto qu’elle avait bu avant le dîner, elle avait mal à la tête. Elle buvait peu. Excepté ces derniers temps. Elle n’avait qu’une envie : retourner se coucher et cuver. Mais non, elle devait de nouveau s’occuper du bébé. Toutes les nuits, la même histoire. Toutes les nuits, le bébé. Son mari ne se réveillait jamais. Et les rares fois où cela lui arrivait, il se contentait de rouler vers elle et de lui dire que le bébé pleurait. Comme si elle ne le savait pas déjà, comme si elle n’avait pas appréhendé ce moment…
    En tout cas, le bébé n’avait peut-être pas besoin de faire pipi, mais elle si.
    Elle prit le nourrisson avec elle, espérant que le trajet entre la chambre et les toilettes l’aiderait à se rendormir. On pouvait toujours rêver…
    Elle avança à pas feutrés dans le couloir qui menait à la salle de bains, releva sa chemise de nuit et s’accroupit, le bébé dans les bras, son visage rouge de colère et la bouche grande ouverte. Le bruit qui en sortait sans interruption lui sembla remplir la pièce minuscule. Elle sentit l’odeur forte de sa propre urine, mêlée à celle, chaude et charnelle, si caractéristique du bébé. L’odeur de ses larmes également.
    Certaines personnes aimaient l’odeur des bébés.
    Pas elle.
    Pour elle, son bébé ne sentait même pas comme un être humain.
    Quand elle se releva et tira la chasse, le bébé hurla.
    Pour de bon.
    Elle le secoua.
    — Bon Dieu ! le gronda-t-elle. Tu vas la fermer, oui ?
    Il se mit à pleurer. Elle eut l’impression qu’un vent brûlant soufflait en elle.
    Je vais te faire taire, tu vas voir. C’est terminé !

     

    Alors tentés?

  • Premières lignes #9

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.
    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Ma raison de vivre de Rebecca Donovan dont vous pouvez lire le résumé et ma chronique ICI

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    Inspirer.
    Souffler.
    Les yeux humides et la gorge serrée, j’ai avalé ma salive. Énervée par ma propre faiblesse, j’ai essuyé rageusement la larme qui glissait sur ma joue. Je devais chasser ces pensées. Et tenir le coup.
    Mon regard a erré sur les rares meubles de ce qui me tenait lieu de chambre : un vieux bureau et une chaise bancale achetés dans un vide-greniers, ainsi qu’une petite commode qui avait dû, elle aussi, connaître de nombreux propriétaires. Aucune photo aux murs, pas le moindre souvenir de ma vie d’avant. Cette pièce était mon refuge, le seul espace où je pouvais me retirer, cacher ma souffrance, à l’abri des regards assassins et des mots cinglants.
    Comment m’étais-je retrouvée là ? La réponse était simple : je n’avais pas d’autre endroit où aller. Ils étaient la seule famille qui me restait. Les seuls à pouvoir m’accueillir.
    Pour échapper à ces sombres pensées, je me suis allongée sur mon lit et j’ai essayé de me concentrer sur mes devoirs. En tendant le bras pour attraper mon livre de maths, j’ai laissé échapper un gémissement. La douleur était déjà bien là, une douleur lancinante qui me transperçait l’épaule. Les souvenirs ont aussitôt resurgi. La colère est montée en moi. J’ai serré les poings de rage, les mâchoires crispées, tandis que les images défilaient devant mes yeux.
    Respirer.
    J’ai fermé les paupières et pris une profonde inspiration pour laisser le vide m’envahir. Il fallait à tout prix lutter, ne pas laisser ces pensées gagner mon cerveau. Je me suis plongée dans mon livre.
    C’est un léger bruit à ma porte qui m’a réveillée, une heure plus tard. Je me suis redressée vivement et, scrutant l’obscurité de la chambre, je me suis efforcée de reprendre mes esprits.
    — Oui ? ai-je dit, tendue.
    — Emma ? a répondu une voix flûtée tandis que ma porte s’ouvrait tout doucement.
    — Tu peux entrer, Jack.
    Sa petite tête est apparue dans l’entrebâillement. Il a jeté un œil autour de moi avant de me regarder d’un air inquiet. Du haut de ses six ans, il avait déjà compris beaucoup de choses.
    — Le dîner est prêt, a-t-il annoncé en baissant les yeux.
    Il semblait presque malheureux d’être le messager de cette information.
    — J’arrive, ai-je répondu avec un sourire forcé.
    Tournant les talons, il est sorti de la chambre. De la salle à manger m’est parvenu le bruit des assiettes et des verres qu’on pose sur la table, accompagné du joyeux babillage de Leyla. Je connaissais la suite : dès que je rejoindrais la jolie petite famille, l’atmosphère se chargerait d’électricité. Comme si ma seule présence était un outrage à ce bonheur parfait.
    Je me suis armée de courage et, à pas lents et l’estomac noué, je les ai rejoints. Les yeux baissés, je suis entrée. Heureusement, elle ne m’a pas vue tout de suite.
    — Emma ! s’est écriée Leyla en se précipitant vers moi.
    À l’instant où je me suis penchée pour la prendre dans mes bras, j’ai senti cette douleur à l’épaule. Je me suis mordu les lèvres pour ne pas crier.
    — Tu as vu mon dessin ? m’a-t-elle demandé en montrant fièrement une grande feuille recouverte de coups de feutres roses et jaunes.
    Dans mon dos, j’ai deviné son regard meurtrier.
    — Maman, tu as vu mon tyrannosaure ! a lancé Jack pour attirer l’attention de sa mère.
    — Il est très beau, mon chéri, a-t-elle répondu.
    — C’est magnifique, ai-je glissé à Leyla. Va te mettre à table, maintenant, s’il te plaît.
    À seulement quatre ans, elle était à mille lieues d’imaginer que sa démonstration de tendresse avait déclenché les hostilités. J’étais sa grande cousine qu’elle adorait, elle était mon soleil dans cette maison de malheur. Comment aurais-je pu lui en vouloir de son affection ? Mais j’allais le payer cher.
    La conversation a repris et je suis redevenue invisible aux yeux de tous. Après avoir attendu qu’ils se soient servis, j’ai pris à mon tour du poulet et des pommes de terre. Sentant que chacun de mes gestes était épié, je n’ai pas levé les yeux de mon assiette. Ma maigre ration ne suffirait pas à calmer ma faim, je le savais. Mais je n’avais pas osé en prendre davantage.
    Elle parlait sans cesse, racontant dans ses moindres détails sa journée au bureau. Sa voix me retournait l’estomac. George, comme toujours, la réconfortait avec des paroles gentilles. Lorsque j’ai demandé à voix basse si je pouvais sortir de table, il m’a lancé un de ses regards insaisissables et a hoché la tête en guise d’autorisation.
    J’ai emporté mon assiette à la cuisine, ainsi que celles de Jack et Leyla qui avaient déjà filé dans le salon pour regarder la télé. Ma routine du soir commençait : débarrasser, rincer les assiettes avant de les mettre dans le lave-vaisselle, puis laver les plats et les casseroles que George avait utilisés pour préparer le dîner.
    J’ai attendu que tout le monde soit dans le salon avant de prendre ce qui restait sur la table. Après avoir fait et rangé toute la vaisselle, sorti les poubelles et passé la serpillière dans la cuisine, je suis retournée dans ma chambre. Le plus discrètement possible, j’ai traversé le salon où les enfants riaient et dansaient devant la télévision. Personne ne m’a remarquée, comme d’habitude.
    Je me suis allongée sur mon lit, j’ai mis mes écouteurs et ai monté le volume à fond pour laisser la musique m’envahir. Le lendemain, j’avais un match. Je rentrerais tard et n’assisterais donc pas à ce merveilleux dîner de famille. Une journée supplémentaire s’écoulerait, rendant plus proche le moment où, enfin, tout cela serait derrière moi. Quand je me suis tournée sur le côté, la douleur m’a cruellement rappelé ce que « tout cela » était. J’ai éteint la lumière et me suis laissé bercer par la musique pour trouver le sommeil.

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #8

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.
    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente La reine clandestine de Philippa Gregory dont vous pouvez lire le résumé et ma chronique ICI

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    J’ai pour père sir Richard Woodville, baron Rivers, noble du royaume, propriétaire de bonnes terres et partisan des véritables rois d’Angleterre : la lignée de Lancastre. Ma mère tire ses quartiers de noblesse du duché de Bourgogne. Dans ses veines coule le sang de Mélusine, qui fonda cette auguste maison avec le premier des ducs, son amant. La voix de la déesse se fait encore entendre quand, par-dessus les toits du château, elle avertit d’un long cri plaintif que le fils héritier se meurt, que la famille est maudite.
    Du fait de cette ascendance contradictoire, de cette solide terre anglaise à laquelle se mêlent les eaux françaises, on me tient tantôt pour une fille ordinaire, tantôt une enchanteresse. Certains affirment que ces deux qualités me dépeignent d’égale mesure. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, alors que je brosse ma chevelure avec soin, la couvre de ma plus haute coiffe, puis prends la route de Northampton avec mes deux fils à la main, je donnerais tout ce que je possède pour être simplement irrésistible.
    Il me faut attirer l’attention d’un jeune homme qui s’apprête à livrer une énième bataille contre un ennemi invincible. Peut-être ne m’apercevra-t-il même pas. Son humeur ne le portera ni à l’écoute d’une requête ni au badinage. Je dois susciter sa compassion pour qu’il mette un terme à mes tourments. Cet homme, au cou duquel se pendent chaque soir des femmes magnifiques, doit également choisir parmi des centaines de postulants dès qu’il lui plaît d’octroyer un poste.
    Ce personnage est un usurpateur, un tyran, mon ennemi tout comme son père l’était avant lui. Mon propre père s’en fut combattre à Towton ce gamin vantard qui se proclame roi d’Angleterre. Jamais je ne vis chevalier plus brisé que lui lorsqu’il revint de cette bataille, livide, la chemise imbibée de sang. Il balbutiait que ce jouvenceau surpassait les plus grands commandants, que notre cause était perdue. Vingt mille hommes périrent à Towton ; aucun champ de bataille anglais n’avait jamais été jonché d’autant de cadavres. Mon père qualifia la victoire yorkiste de véritable « fauchée de Lancastriens ». Dans son sillage, le roi Henri, notre souverain légitime, dut s’enfuir en Écosse avec son épouse, la reine Marguerite d’Anjou.
    Ceux d’entre nous demeurés en Angleterre ne se rendirent point sans combattre. Les échauffourées se succédèrent contre ce faux roi, cet enfant d’York. Mon propre époux, sir John Grey, périt à la tête de notre cavalerie à la bataille de St Albans, il y a trois ans, me laissant veuve, dépossédée de mes terres et de ma fortune. Ma belle-mère s’en est alors emparée, avec la bénédiction du véritable vainqueur. Celui que l’on surnomme le « faiseur de rois » : Richard Neville, comte de Warwick. Ce talentueux marionnettiste, maître de l’enfant-roi yorkiste, est parvenu à transformer en monarque un gamin vaniteux de vingt-deux ans. Il s’emploie aujourd’hui à convertir l’Angleterre en antichambre de l’enfer pour les partisans de la maison de Lancastre.
    Les Yorkistes occupent à présent toutes les positions dominantes du royaume, tirent profit des places fortes, des commerces et des impôts les plus lucratifs. Les amis du jeune souverain forment la nouvelle cour. Quant à nous, les vaincus, nous sommes devenus des étrangers dans notre propre pays, tandis que notre reine ourdit sa vengeance avec un vieil ennemi de l’Angleterre, Louis de France. Il nous faut accepter les conditions dictées par le tyran d’York, priant en notre for intérieur que Dieu s’en détourne et assiste notre souverain légitime lorsqu’il guidera son armée vers l’ultime confrontation.
    Dans l’intervalle, je m’applique à recoller les morceaux épars de ma vie. J’ambitionne de récupérer ma fortune, sans pouvoir compter sur l’aide de parents ni d’amis car j’appartiens à une famille de traîtres, pardonnés mais honnis, dépouillés de tout pouvoir.

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #7

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.
    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente La servante écarlate de Margaret Atwood

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    Nous dormions dans ce qui fut autrefois le gymnase. Le sol était en bois verni, avec des lignes et des cercles tracés à la peinture, pour les jeux qui s’y jouaient naguère ; les cerceaux des paniers de basket-ball étaient encore en place, mais les filets avaient disparu. Un balcon courait autour de la pièce, pour recevoir le public, et je croyais sentir, ténue comme une image persistante, une odeur âcre de sueur transpercée par les effluves sucrés de chewing-gum et de parfum que dégageaient les jeunes spectatrices, que les photographies me montraient en jupes de feutrine, plus tard en minijupes, ensuite en pantalons, puis parées d’une unique boucle d’oreille, les cheveux en épi, striés de vert. On avait dû y organiser des bals ; leur musique y traînait encore, palimpseste de sons non entendus, un style succédant à l’autre, courant souterrain de batterie, plainte désespérée, guirlandes de fleurs en papier mousseline, diables en carton, boule de miroirs pivotante, poudrant les danseurs d’une neige de lumière.
    Cette salle sentait les vieilles étreintes, et la solitude, et une attente de quelque chose sans forme ni nom. Je me rappelle cette nostalgie de quelque chose qui était toujours sur le point d’arriver et qui n’était jamais comme ces mains alors posées sur nous, au creux des reins, ou comme ce qui se passait sur le siège arrière, dans le parking, ou dans le salon de télévision, le son coupé, avec seules les images à clignoter sur la chair émue. Nous soupirions après le futur. Comment l’avions-nous acquis, ce don de l’insatiabilité ? Il était dans l’air ; et il y demeurait, comme une pensée à retardement, tandis que nous essayions de dormir dans les lits de camp qui avaient été disposés en rangées, espacées pour que nous ne puissions pas nous parler. Nous avions des draps de molleton, comme ceux des enfants, et des couvertures de l’armée, des vieilles, encore marquées U.S. Nous pliions soigneusement nos vêtements et les déposions sur les tabourets placés au pied des lits. La lumière était en veilleuse, mais pas éteinte. Tante Sarah et Tante Élisabeth patrouillaient ; un aiguillon électrique à bétail était suspendu par une lanière à leur ceinture de cuir.
    Pas de pistolet, pourtant, même à elles on n’aurait pas confié une arme. Les revolvers étaient réservés aux gardes, triés spécialement parmi les Anges. Les gardes n’étaient pas autorisés à entrer dans le bâtiment, sauf sur appel, et nous n’étions pas autorisées à en sortir sauf pour nos promenades, deux fois par jour, à faire deux par deux le tour du terrain de football, qui était maintenant entouré d’une clôture en maillons de chaîne, surmontée de fil de fer barbelé. Les Anges se tenaient à l’extérieur, le dos vers nous. Ils étaient pour nous des objets de peur, mais d’autre chose aussi. Si seulement ils voulaient bien regarder. Si seulement nous pouvions leur parler. Quelque chose pourrait être échangé, pensions-nous, quelque arrangement conclu, quelque marché, nous avions encore nos corps. Tel était notre fantasme.
    Nous apprîmes à murmurer presque sans bruit. Dans la demi-obscurité nous pouvions étendre le bras, quand les Tantes ne regardaient pas, et nous toucher la main à travers l’espace. Nous apprîmes à lire sur les lèvres, la tête à plat sur le lit, tournée sur le côté, à nous entre-observer la bouche. C’est ainsi que nous avons échangé nos prénoms, d’un lit à l’autre.
    Alma. Janine. Dolorès. Moira. June.

     

    Alors, tentés?