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Premières lignes

  • Premières lignes #125

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.

    Cette semaine, je vous présente Chroniques homérides T01 Le souffle de Midas d'Alison Germain

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    Tandis qu’il étreignait son amante blessée, Rikke sentit le désespoir grignoter son âme. La perdre, comment l’imaginer ? Un monde sans elle serait dénué de reliefs, de nuances et de beauté. Une existence fade, sans raison d’être. La vie s’effaçait peu à peu des prunelles de sa bien-aimée. Les deux opales cristallines que Rikke ne se lassait jamais de contempler étaient ternes, presque figées. Pourtant, il discernait encore une certaine volonté en elles. Une lueur d’espoir.

    — Tiens bon, Lia…

    Elle tremblait contre lui, sans qu’il ne puisse la soulager. Sa peau d’une froideur mortuaire et son teint lugubre laissaient présager l’issue fatale. Avec toute la puissance de son être, il souhaita furieusement échanger sa place avec elle, pour la libérer et endurer lui-même la souffrance qui la torturait.

    À la minute où il l’avait rencontrée, des années plus tôt, il s’était juré par-dessus tout de la protéger. Ce serment allait au-delà de son devoir de Gardien, son besoin d’assurer sa sécurité était vital. Une évidence. Mais ce soir, par son manque de vigilance, Rikke avait manqué à sa parole. Sous-estimant l’épée de Damoclès qui planait au-dessus de la jeune femme, il avait provoqué sa mort. Une erreur au goût d’amertume insoluble.

    — Ne lâche pas, Lia, ne lâche pas…

    Un sourire sur son visage marmoréen. Même dans la détresse, elle était d’une beauté à faire vibrer les tréfonds de son âme. Il résista soudain à l’envie de l’embrasser, de peur qu’elle ne gaspille ses dernières forces pour lui. Sa générosité était sans faille ; même lorsqu’elle n’avait rien, elle donnait tout.

    D’une main sur ses cheveux, il espéra lui apporter du réconfort. Un apaisement bienvenu.

    — Rikke, souffla-t-elle à grande peine, il faut…

    Sa voix était méconnaissable, tordue par la douleur. Il voulut lui demander de se taire, de ne pas s’essouffler. D’autant plus qu’il redoutait ce qu’elle allait dire.

    — Il faut le protéger, gémit-elle comme si elle avait perçu ses sombres pensées.

    Lui… Pourquoi cette obsession ? Rikke serra les dents, prenant pleinement conscience de la répugnance qu’il avait pour cette chose qui vampirisait les dernières forces de Lia, qui volait leurs derniers instants. Elle l’avait laissé aveuglément guider son existence. Rikke détestait cette loyauté exacerbée qu’elle lui portait, comme s’il comptait plus encore que sa propre vie.

    — Écoute-moi…

    La voix de Lia était faible, déchirée. Rikke admit immédiatement qu’elle était définitivement condamnée. Ses bourreaux l’avaient mutilée abominablement, pensant pouvoir s’approprier ce qu’elle protégeait avec tant de ferveur. Lui, toujours lui. Maculé du sang de sa bien-aimée, la rage grimpa en Rikke, insufflant un désir de vengeance insoutenable.

    — Il ne faut pas qu’il meure, supplia la blessée.

    Ne pouvait-elle pas l’oublier, juste un moment ? Elle lui avait dédié sa vie, fallait-il aussi qu’elle lui concède sa mort ? Rikke ne voulait plus la partager, plus avec lui. Il resserra ses bras autour des frêles épaules de la jeune femme dans un geste désespéré. L’étreindre à présent revenait à saisir de la fumée ; il pouvait déployer tous les efforts du monde, jamais il ne parviendrait à retenir ces volutes de vie qui se dispersaient. Cela le rendait fou.

    — Il l’a sentie, Rikke, elle, continua Lia, la Désignée, il l’a reconnue. Elle est là, tout près… Je dois lui transmettre. Je dois achever ce pour quoi je suis venue ici…

    Rikke tressaillit à l’évocation de cet instant. Ce fragment de temps où il l’avait laissé partir. Seule. Lorsque Lia avait parlé de léguer son don et qu’elle était parvenue à identifier la pauvre âme qui en hériterait, Rikke avait cru pouvoir être libéré, être enfin débarrassé de ce parasite qui gangrenait leur couple depuis des décennies. Quelle ironie ! S’il avait imaginé un seul instant que l’excursion lui arracherait la moitié du cœur, jamais il n’y aurait consenti.

    Pour lui, Lia était tout ; rien, pas même le plus puissant des dons, ne justifiait son sacrifice. Mais comment la retenir…

    — Je t’en prie, ne fais pas ça, la supplia-t-il.

    L’angoisse étrangla sa voix. Quelque chose se brisa instantanément en lui, quelque chose d’irréparable. Elle avait pris sa décision et ne luttait plus pour sa survie. Ces dernières minutes, elle les sacrifiait à la faveur de sa mission. Comme elle l’avait fait sa vie entière. Même leur amour n’imposait aucune borne à sa dévotion. Pourtant Rikke ne lui en tenait pas rigueur, au contraire. Son courage, sa détermination et son intégrité remarquable le remplissaient de fierté. Jamais il n’oublierait sa témérité, sa bravoure et sa droiture. Il garderait son visage à jamais gravé sur son cœur et ferait tout pour respecter sa mémoire, pour honorer son combat.

    Lui dédiant tout son amour, il embrassa ses lèvres une ultime fois.

    — Tu le protégeras, Rikke, promets-le-moi…

    Refuser ne lui traversa pas l’esprit. Il haïssait ce don, mais les sentiments qu’il nourrissait pour Lia allaient au-delà de son aversion et scellèrent d’instinct son engagement. Lia le savait. Il lui survivrait malgré son chagrin et veillerait sur la nouvelle porteuse ; malgré la tristesse permanente liée à cette mission.

    Sa fiancée lui sourit, puis, sans qu’il ne puisse l’arrêter, il la vit puiser ses dernières forces pour lancer l’Appel.

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #124

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente Le ferry de Mats Strandberg

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    Un peu moins d’une heure avant le départ. Elle a encore le temps de changer d’avis. Encore le temps de retraverser le terminal en tirant sa valise derrière elle, de longer de nouveau le quai, descendre dans le métro, retourner à la gare centrale de Stockholm et refaire le trajet en sens inverse pour rentrer chez elle à Enköping. Elle n’a qu’à oublier cette idée folle qui lui est passée par la tête. Et un jour peut-être rira-t-elle d’elle-même en se revoyant, la veille au soir, assise dans sa cuisine alors que les voix de la radio ne parvenaient pas à couvrir le tic-tac de l’horloge. Il faut dire qu’elle avait déjà bu trop de rioja et qu’elle avait son compte. Elle avait vidé un dernier verre malgré tout et décidé qu’il était temps de se prendre en main. Carpe diem. Cueillir le jour qui passe. Cueillir l’aventure.

    Oui, peut-être un jour trouvera-t-elle tout cela très drôle, mais Marianne en doute. C’est difficile de rire de soi-même quand on n’a personne avec qui le faire.

    Comment tout cela avait-il commencé, au fait ? Ah oui, elle avait vu une publicité à la télévision plus tôt dans la soirée – des gens bien habillés, ordinaires, si ce n’est qu’ils avaient l’air plus heureux –, mais c’est léger comme explication. Ça ne lui ressemble pas.

    Elle avait réservé le billet dans la foulée, sans se laisser le temps de le regretter. Son état d’excitation était tel qu’elle n’avait pu trouver le sommeil, malgré le vin… Et cette sensation d’urgence avait perduré toute la matinée, alors qu’elle se teignait les cheveux, puis l’après-midi tandis qu’elle préparait sa valise, et sur tout le chemin jusqu’ici. Comme si l’aventure avait déjà commencé. Comme si elle pouvait se fuir elle-même en fuyant son quotidien.

    Mais à présent elle se regarde dans le miroir, sa tête pèse des tonnes et le regret l’a quand même rattrapée, comme une seconde gueule de bois qui s’ajouterait à la première.

    Marianne se penche en avant et essuie un peu de son mascara, qui a coulé. Dans les toilettes pour femmes du terminal du ferry, sous la lumière bleutée des néons, ses poches sous les yeux semblent démesurées. Elle recule, se passe les doigts dans ses cheveux à la coupe sage. Elle peut encore sentir le parfum de la teinture. Elle sort un rouge à lèvres de son sac à main et rectifie son maquillage d’un geste souple et familier, puis fait mine d’embrasser son reflet dans la glace. Lutte contre le nuage noir qui veut monter en elle et l’envahir, la dévorer tout entière.

    Quelqu’un tire la chasse d’eau dans un box derrière elle et déverrouille la porte. Marianne se redresse, tire sur son corsage. Se ressaisir, il faut qu’elle se ressaisisse. Une jeune femme brune, vêtue d’un top sans manches d’un rose criard se dirige vers le lavabo près du sien. Marianne étudie la peau lisse de ses bras. Les muscles qui se devinent quand elle se lave les mains et va prendre une serviette en papier. Elle est trop maigre. Les traits de son visage sont si anguleux qu’ils en deviennent presque masculins. Mais Marianne suppose que beaucoup la trouveraient jolie. Sexy, en tout cas. Un petit diamant brille sur l’une de ses incisives. Il y a du strass rose sur les poches arrière de son jean. Marianne se surprend à l’observer sous toutes les coutures et détourne les yeux. Mais la fille sort et disparaît dans le terminal sans lui accorder un regard.

    Marianne est invisible. A-t-elle vraiment un jour été aussi jeune elle-même ?

    C’était il y a si longtemps. Une autre époque, une autre ville. Elle était alors mariée à un homme qui l’aimait de son mieux. Leurs enfants étaient petits et vivaient encore dans l’illusion que leur mère était une sorte de demi-déesse. Elle avait un travail qui la confortait chaque jour dans son statut. Et ses voisins étaient toujours heureux de lui offrir une tasse de café quand elle passait à l’improviste.

    Dire qu’il y avait alors des jours où Marianne rêvait d’être seule. De bénéficier de quelques heures de solitude pour être enfin à l’écoute de ses pensées. Cela lui paraissait le comble du luxe.

    Si c’est bien le cas, elle nage dans le luxe, ces temps-ci. En réalité, le luxe est tout ce qui lui reste.

     

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  • Premières lignes #123

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    Cette semaine, je vous présente Le zoo de Gin Phillips

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    JOAN EST RESTÉE LONGTEMPS EN APPUI sur la pointe de ses pieds nus, les genoux pliés, la jupe frôlant la terre, mais là, elle a trop mal aux cuisses, alors elle s'assied sur le sable.

    Elle sent que quelque chose la pique. Elle passe la main sous sa fesse et récupère une petite lance de plastique – pas plus longue que son doigt –, ce qui n'a rien d'étonnant : elle trouve sans arrêt de minuscules armes de ce genre dans les endroits les plus inattendus.

    — Tu as perdu une lance ? demande-t-elle. À moins que ce ne soit un sceptre ?

    Sans répondre, Lincoln prend le petit objet de plastique qu'elle lui présente dans le creux de sa paume. Il n'attendait apparemment que l'occasion de s'asseoir sur ses genoux parce qu'il se retourne et s'installe confortablement sur le siège naturel offert par sa mère. Il n'y a pas un grain de sable accroché à ses vêtements. Il est du genre soigneux ; il n'a jamais aimé la peinture avec les doigts.

    — Tu veux un nez, maman ? propose-t-il.

    — J'en ai déjà un, répond-elle.

    — Tu en veux un en plus ?

    — Ça ne se refuse pas !

    Il repousse ses cheveux bruns et bouclés de son front ; ils mériteraient un bon coup de ciseaux. La mère et le fils sont à l'abri d'un toit de bois soutenu par des poteaux ronds, mais tout autour d'eux le vent qui souffle dans les arbres provoque une pluie de feuilles et fait jouer les branches, composant une marqueterie d'ombre et de lumière sur le gravier gris.

    — Où est-ce que tu trouves ces nez en plus ? demande-t-elle.

    — Au magasin de nez.

    Elle rit, s'appuie des deux mains sur le sol meuble, collant. D'une pichenette, elle déloge quelques grains humides sous ses ongles. L'Aire de fouille des dinosaures est toujours un endroit humide et frais où le soleil n'arrive jamais. Pourtant, malgré le sable et les feuilles sur sa jupe, c'est peut-être son coin préféré du zoo – à l'écart des allées principales, après le manège, la Ménagerie pour les petits et les volières des coqs, au-delà de la parcelle boisée envahie par les herbes folles simplement signalée par la pancarte ZONE FORESTIÈRE. Des sentiers étroits couverts de gravier serpentent entre les arbres, les rochers et les habitats de quelques animaux isolés : un vautour dans une cabane où traîne, allez savoir pourquoi, une camionnette rouillée ; une chouette qui louche sur un jouet à mâcher suspendu ; des dindes sauvages perpétuellement couchées, immobiles, au point que Joan se demande si elles ont vraiment des pattes. Elle imagine une facétie de chasseur cruel, qui arborerait en trophée un collier composé de pattes de dinde.

    Elle aime l'étrangeté, le côté désordonné de ces bois qui font régulièrement l'objet de tentatives hasardeuses pour leur donner un air de parc d'attractions. En ce moment, une tyrolienne est tendue entre les arbres, mais elle ne voit jamais personne l'utiliser. Elle se rappelle avoir découvert, il y a quelques années, des animatroniques en forme de dinosaures, et une autre fois un parcours hanté où surgissaient des fantômes. On détecte encore des traces d'aménagements plus anciens : de gros blocs de pierre – réels ou pas –, des palissades de rondins fendus et une cabane de trappeur. Rien de tout cela n'a de finalité évidente. Des bassins de ciment vides ont peut-être servi d'abreuvoirs à de gros mammifères. On remarque des traces éparses de parcours nature, une signalisation aléatoire qui donne l'impression d'une promenade plus improvisée que guidée – un arbre porte la plaque SASSAFRAS tandis que la vingtaine d'autres qui l'entourent sont anonymes.

    — Il faut que je te dise, commence Lincoln en posant la main sur son genou. Tu sais ce qui aurait été bien utile à Odin ?

    Il se trouve que depuis quelque temps, elle en connaît un rayon sur les dieux nordiques.

    — Un marchand d'yeux ? répond-elle.

    — Oui, c'est ça ! Parce qu'alors il aurait pu enlever son cache-œil.

    — Sauf s'il l'aime, son cache-œil.

    — Sauf dans ce cas, oui, convient Lincoln.

    Le sable autour d'eux est jonché de petits héros et de méchants en plastique : Thor, Loki, Captain America, Green Lantern et Iron Man. Tout tourne autour des super-héros, ces derniers temps. Des squelettes factices sont enfouis un peu partout dans le bac – derrière eux, les vertèbres d'un animal disparu dépassent du sable –, et on peut les dégager à l'aide de pinceaux usés placés à cet effet dans un seau. Elle venait ici déterrer des os de dinosaure avec Lincoln, dans son ancienne vie de petit garçon de trois ans. Mais aujourd'hui, il a quatre ans et deux mois, et son ancien moi d'archéologue a déjà laissé place à plusieurs autres vocations successives.

     

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  • Premières lignes #122

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente La fille sous la glace de Robert Bryndza

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    Andrea Douglas-Brown se hâtait dans l’avenue déserte et silencieuse dont les trottoirs brillaient sous la lune. Le cliquetis de ses talons hauts résonnait irrégulièrement, révélant qu’elle avait bu beaucoup, beaucoup de vodka. L’air de janvier était vif et mordait ses jambes nues. Dans leur sillage, Noël et le jour de l’an n’avaient laissé qu’un vide glacial et stérile. Les vitrines des magasins se succédaient, toutes plongées dans l’obscurité, à l’exception d’un débit de boissons crasseux qu’éclairait par intermittence un réverbère défaillant. Il y avait bien un Indien, assis à l’intérieur, penché sur l’écran lumineux de son ordinateur portable, mais il ne remarqua pas Andrea.

    Elle était si galvanisée par la colère, si résolument pressée de laisser loin derrière elle le pub dont elle sortait, qu’elle n’avait pas cherché à savoir où elle allait. Et elle ne commença à se poser la question que lorsqu’elle constata que de grandes maisons en retrait du trottoir avaient remplacé les magasins. Le squelette d’un orme lançait ses branches vers un ciel sans étoiles.

    Andrea fit une pause et s’appuya contre un mur pour reprendre son souffle. Le sang battait dans ses veines, et l’air glacé lui brûlait les poumons quand elle inspirait. En se retournant, elle vit qu’elle s’était beaucoup éloignée et qu’elle avait gravi la moitié de la colline. En dessous d’elle, la route descendait comme une coulée de mélasse à laquelle la lumière des lampes au sodium donnait une couleur orange. En bas, l’obscurité se refermait sur la gare.

    Le silence et le froid l’oppressaient. L’haleine qui s’échappait d’entre ses lèvres formait un nuage de vapeur en entrant au contact de l’air, mais, à part ça, tout était figé. Elle coinça sa pochette rose sous son bras et, certaine qu’il n’y avait personne aux alentours, retroussa l’ourlet de sa minirobe et récupéra l’iPhone qu’elle avait glissé sous l’élastique de sa culotte. L’éclairage orangé de la rue fit paresseusement scintiller les cristaux Swarovski de la coque. L’écran indiquait qu’il n’y avait pas de réseau. Andrea pesta, remit l’iPhone en place, puis ouvrit la fermeture Éclair de sa pochette. Un autre iPhone, d’un modèle plus ancien et auquel il manquait des cristaux, était niché à l’intérieur. Sur celui-ci non plus il n’y avait pas de réseau. Andrea sentit monter la panique et regarda autour d’elle. Les maisons étaient à distance de la rue, cachées derrière des haies de haute taille et des portails en fer forgé. Si elle voulait capter un signal, il fallait qu’elle grimpe jusqu’au sommet de la colline. Et là, merde ! tant pis, elle appellerait le chauffeur de son père. À elle de trouver une explication pour justifier sa présence au sud de la Tamise… Elle boutonna sa petite veste de cuir, s’enveloppa de ses bras, et se mit en chemin tout en serrant son iPhone au creux de sa main comme s’il s’était agi d’un talisman.

    C’est à ce moment-là que le moteur d’une voiture se fit entendre dans son dos. Elle se retourna. Les phares l’aveuglèrent, puis leur faisceau joua sur ses jambes nues, lui donnant l’impression d’être prise dans un piège. D’abord, elle espéra que c’était un taxi ; mais le toit de la voiture était trop bas ; et il n’y avait pas de signal jaune. Alors elle reprit sa marche. Le bruit du moteur monta en puissance ; bientôt, les phares la capturèrent, projetant un grand cercle de lumière sur le trottoir.

     

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  • Premières lignes #121

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    Cette semaine, je vous présente Too late de Colleen Hoover

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    Des doigts tièdes entrelacent les miens, enfonçant davantage mes mains dans le matelas. J’ai les paupières trop lourdes pour les rouvrir tellement je manque de sommeil, cette semaine. Ce mois-ci, devrais-je dire.

    Ou plutôt toute cette putain d’année !

    Dans un gémissement, j’essaie de resserrer les jambes mais je n’y arrive pas. Je sens trop de pression partout. Sur ma poitrine, contre ma joue, entre mes cuisses. Il me faut plusieurs secondes pour dégager ma conscience de sa brume de sommeil, mais je suis assez consciente pour savoir ce qu’il est en train de faire. Je murmure d’un ton irrité :

    – Asa. Lâche-moi.

    Il pousse à plusieurs reprises tout le poids de son corps sur le mien, geignant contre mon oreille, me griffant la joue de sa barbe matinale.

    – J’ai presque fini, chérie, souffle-t-il.

    J’essaie de dégager mes mains mais il les serre trop fort, me rappelant que je ne suis qu’une prisonnière dans mon propre lit, qu’il est le gardien de la chambre. Asa m’a toujours fait sentir que mon corps était à sa disposition. Il n’est pas méchant pour autant, il n’utilise jamais la force, mais il a continuellement envie de moi, et ça commence à m’exaspérer.

    Comme en ce moment.

    À six heures du matin.

    Le soleil vient de se lever, un rayon passe sous la porte ; Asa vient à peine de se coucher après la fête d’hier soir. Seulement moi, j’ai cours dans moins de deux heures. J’aurais préféré ne pas être réveillée de cette façon, après tout juste trois heures de sommeil.

    J’enroule les jambes autour de sa taille, en espérant lui donner l’impression que je prends du plaisir aussi. Dès que je me montre un peu intéressée, il termine plus vite.

    Il empaume mon sein droit et je laisse échapper le gémissement qu’il attend, à l’instant où il se met à trembler contre moi.

    – Merde ! grogne-t-il en enfouissant le visage dans mes cheveux.

    Maintenant, il oscille légèrement sur moi. Au bout de quelques secondes, il s’effondre dans un profond soupir, puis m’embrasse sur la joue et roule vers sa place sur le lit. Il se lève, ôte le préservatif, qu’il jette dans la poubelle, puis attrape une bouteille d’eau sur la table de nuit, la porte à sa bouche tout en promenant ses yeux sur mon corps dénudé. Ses lèvres s’étirent en un sourire indolent.

    – Ça me plaît de penser que je suis le seul à pénétrer là-dedans.

    Il avale les dernières gorgées, debout, nu, à côté du lit. Difficile d’accepter ses compliments quand il surnomme mon corps « là-dedans ».

    Il est séduisant mais est loin d’être parfait. En fait, il n’a que des défauts, il est juste beau mec. Et aussi frimeur, susceptible, parfois difficile à gérer. Sauf qu’il m’aime. Il m’adore. Et je mentirais si je disais que je ne l’aime pas. Il y a tant de choses en lui que je voudrais changer si je le pouvais mais, pour le moment, je n’ai que lui, alors je m’en accommode

     

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  • Premières lignes #120

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    Cette semaine, je vous présente Fragiles de Sarah Morant

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    Douze ans plus tôt
    Gabriel sourit à la fillette et réajusta le coussin rose sous sa tête, prenant garde de ne pas accrocher ses longs cheveux blonds. Elle était si fragile.

    — Tu as appris à lire aujourd’hui ?

    — Oui, mais tu es trop petite pour comprendre, Evangeline, rétorqua le petit garçon en souriant doucement.

    — Mais non, Gaby, j’ai quatre ans, protesta-t-elle en montrant quatre petits doigts, si fins que le garçon les aurait brisés d’une main.

    Il ébouriffa ses cheveux de blé alors qu’elle déformait légèrement les phrases, ne prononçant pas suffisamment les lettres sifflantes. Il aimait Evangeline. C’était incontestable et profondément ancré en lui. Impossible, pour un enfant d’un tel âge. Mais Gabriel avait depuis longtemps compris que rien n’était réellement impossible. Alors il lui promit de lui expliquer sa leçon le lendemain soir, parce que après tout il lui avait déjà appris à écrire son prénom et celui de sa poupée.

    — Dis, Gaby, maman sera là demain ?

    Son cœur se tordit alors que lui aussi il voulait voir sa maman. Il voulait qu’elle le prenne dans ses bras et qu’elle l’emmène très loin d’ici. Ils partiraient à trois, avec Evangeline, et ils mangeraient des glaces sur la plage. C’était un rêve qu’il faisait la plupart des nuits.

    Toutefois, il n’était pas bête, même si son père lui répétait souvent le contraire. Il savait que, parfois, les grandes personnes s’en allaient.

    Et que, parfois, elles ne revenaient pas.

    Il ne voulait pas dire cela à son Evy. À la place, il prit Carla, sa poupée fétiche, et détourna son attention des sombres pensées qui la guettaient.

    Evangeline n’avait que quatre ans, c’était si facile pour elle d’oublier. Gabriel en avait deux de plus, et pourtant il avait déjà l’impression d’être un adulte.

    Il attendit patiemment qu’elle s’endorme et, alors, il se glissa hors du lit pour rejoindre sa propre chambre. Il n’aimait pas la laisser seule, mais il savait aussi qu’elle ne risquait rien pour l’instant.

    L’enfant marcha sur la pointe des pieds, prenant garde de ne pas glisser à cause de ses chaussettes et d’éviter les trois lattes grinçantes du parquet. Avant de refermer la porte et de se fondre dans l’obscurité du couloir, il se retourna sur la petite silhouette endormie. Lui-même avait du mal à atteindre la poignée de la porte.

    — Si personne ne vient nous chercher, moi je serai là. Je t’emmènerai avec moi et on partira loin, très loin. Au Pays imaginaire pour rencontrer Peter Pan, dans la forêt avec Blanche-Neige ou dans l’océan d’Ariel pour danser avec elle et Sébastien. Je te protégerai quoi qu’il arrive et tu verras, on sera super heureux à deux, souffla-t-il à mi-voix, même si la petite poupée endormie ne pouvait pas l’entendre.

    C’étaient des paroles lourdes pour un petit garçon et, plus encore, c’était une promesse.

    Mais Gabriel ne savait pas, à l’époque, qu’il serait incapable de la tenir.

     

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  • Premières lignes #119

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    Cette semaine, je vous présente Au bois dormant de Christine Feret-Fleury

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    — Je suis là, Ariane.

    Voix de soie, à peine plus qu’un murmure. Si sonore, pourtant. Elle semblait venir de tous les angles de la pièce. Du miroir qui surmontait la petite table. Des rideaux. Du lit aux draps bien tirés. Si blancs, dans la pénombre. Si blancs…

    — Je t’attendais. Bientôt, Ariane, tu pourras te reposer. Pour toujours.

    Ariane s’immobilisa, à peine essoufflée. Elle avait monté l’escalier marche après marche, comme portée par un rêve ou un pressentiment. Avait-elle réellement entendu un appel ? Ressenti l’urgence d’y répondre ? Son esprit effleura la question. L’abandonna. Dans quelques instants, rien de tout cela n’aurait plus d’importance.

    La peur, sa compagne familière depuis tant de mois, l’avait quittée. L’émotion qui la submergeait ressemblait à du soulagement. Sa fuite avait pris fin. Comme le chuchotait l’ombre, elle allait connaître un repos que nul ne viendrait troubler. Profond. Éternel.

    Un froissement. Léger. Dans la salle de bains, une lampe venait de s’allumer. La lumière dessinait les contours de la porte. Quelqu’un respirait, là, derrière le battant de bois décoré de moulures. L’attendait. Depuis le jour de sa naissance, il l’attendait. Il l’avait, de loin ou de près, regardée grandir. Venir à lui.

    Et il était là pour cueillir sa proie.

    Le Rouet. Ariane croyait tout savoir de lui. Tout ce que la presse avait rapporté, de meurtre en meurtre, la mise en scène méticuleusement construite autour des jeunes filles qu’il sacrifiait à sa folie, son souci excessif du détail, le papier crème des lettres qu’il envoyait aux familles, la rose épanouie glissée entre les doigts raidis, la piqûre à l’index gauche, les ronces coupées, le parfum qui s’attardait longtemps dans les pièces où les cadavres attendaient d’être découverts.

    Le Tueur invisible. On ne le voyait jamais ni entrer ni sortir. Il apparaissait, accomplissait son œuvre de mort, puis se volatilisait.

    Un fantôme.

    D’innombrables suspects avaient été interrogés. Trois psychiatres, spécialisés dans les pathologies criminelles, avaient étudié son cas. Leurs conclusions se contredisaient. Le Rouet ne se laissait ni prendre, ni cerner. Créature aux masques multiples, menteur de génie, caméléon.

    Personne n’avait jamais vu son visage. Sauf ses victimes.

    La respiration d’Ariane, à présent, était lente et régulière. Presque paisible. Elle regardait, comme fascinée, le bouton de la porte.

    Qui tournait.

    Un déclic presque imperceptible : le pêne venait de glisser hors de sa gâche. Le rai de lumière s’épaissit. La porte s’ouvrait, lentement, si lentement.

    Ariane se mordit la lèvre pour ne pas gémir. Qu’on en finisse, avait-elle envie de crier.

    Viens, maintenant.

    Viens.

    — Ariane. Comme tu es belle, mon enfant.

    Toujours la même voix basse et douce, émanant cette fois d’une source unique, silhouette enveloppée d’une longue cape, plus noire dans son auréole de clarté. Ariane plissa les yeux, cherchant à deviner les traits du visage noyé dans l’ombre du capuchon.

    Au-dehors, les bruits de la ville n’étaient plus perceptibles. Le fleuve, pourtant, sortait de sa gangue de glace, qui craquait ; des blocs, détachés, se heurtaient avec de sourdes explosions. Le printemps était là, aux portes de la forêt. Un printemps qu’elle ne verrait pas.

    Le Rouet se pencha. Alluma une lampe placée sur un guéridon. Se redressa. Rejeta son capuchon.

    Les traits d’Ariane se figèrent. Une lueur d’incompréhension naquit dans son regard. Puis disparut.

    Elle fit un pas en avant.

    Les mains ouvertes, tendues.

    Souriante.

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #118

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.

    Cette semaine, je vous présente Arrêt d'urgence de Belinda Bauer

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    Il faisait tellement chaud dans la voiture que l’odeur des sièges donnait l’impression qu’ils étaient en train de fondre. Jack était en short, et à chaque fois qu’il desserrait les jambes, elles faisaient un bruit de scotch qu’on décolle.

    Pas un souffle d’air ne passait à travers les vitres baissées : on n’entendait que le grésillement de petits insectes, comme le froissement d’un papier ancien. Tout là-haut était suspendu un unique lambeau de nuage, tandis qu’un avion invisible laissait une traînée de craie dans le ciel d’un bleu éclatant.

    Des gouttes de sueur ruisselaient sur la nuque de Jack, il ouvrit la portière d’un geste brusque.

    — Non ! protesta Joy. Maman a dit de rester dans la voiture !

    — Mais je ne pars pas ! répliqua-t-il. J’essaie juste de me rafraîchir un peu.

    L’après-midi était calme et il n’y avait pas beaucoup de circulation, mais à chaque fois qu’une voiture passait, la vieille Toyota vibrait un peu.

    Quand c’était un camion, elle vibrait beaucoup.

    — Ferme la porte ! ordonna Joy.

    Jack s’exécuta avec un tss… tss d’agacement. Joy en faisait des tonnes. À neuf ans, elle ne cessait de passer du rire aux larmes… quand elle ne chantait pas. En général, elle obtenait ce qu’elle voulait.

    — Ça fait combien de temps, maintenant ? demanda-t-elle en pleurnichant.

    Jack regarda sa montre. Il l’avait eue en cadeau pour son dernier anniversaire – celui de ses onze ans – alors qu’il avait demandé une PlayStation.

    — Vingt minutes, répondit-il.

    Il mentait. Cela faisait près d’une heure que le moteur avait toussoté et que la voiture avait fait une embardée, avant de s’arrêter en crissant sur la bande d’arrêt d’urgence de la M5, l’autoroute du Sud. Plus d’une demi-heure s’était donc écoulée depuis que leur mère les avait laissés là pour partir à la recherche d’un téléphone d’urgence.

    Restez dans la voiture. Je ne serai pas longue.

    Eh bien, si ; elle était longue, justement, et l’irritation de Jack monta d’un cran – comme toujours quand sa mère se retrouvait dans une situation que son père aurait mieux gérée. Papa aurait su ce qui n’allait pas avec la voiture. Il n’aurait pas vidé la batterie en essayant de redémarrer mille fois la voiture. Il aurait eu un téléphone portable et n’aurait pas été obligé de remonter la route à pied comme un homme des cavernes pour trouver un téléphone d’urgence.

    Merry se mit à chouiner en se tortillant dans son siège auto. Le soleil lui piquait les yeux.

    Joy se pencha et lui remit sa tétine dans la bouche.

    — Merde, qu’est-ce qu’il fait chaud, lâcha Jack.

    — Tu as dit « merde ». Je le dirai à Maman, fit Joy – mais sans sa conviction habituelle.

    La chaleur anéantissait toute conviction.

    Une chaleur écrasante.


    Alors, tenté?

  • Premières lignes #117

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente Innocent de Emmanuel Valnet

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    Septembre 2013
    La radio crépita et cracha une fois encore le même avis de recherche diffusé depuis plus de trois heures sur les ondes de la police de la ville de New York. Toutes les forces disponibles étaient mobilisées. Plus de quinze mille officiers en uniforme et en civil avaient été dispatchés dans les rues de la métropole et tous les commissariats étaient en alerte.

    Tim Burns remonta la vitre de la portière. Le réveil avait été brutal. Averti en pleine nuit de cette nouvelle disparition, il avait immédiatement sauté au bas de son lit en prenant seulement quelques minutes pour se préparer avant de foncer tête baissée pour sillonner les rues de la ville au volant de sa Dodge Charger.

    Le temps maussade n’arrangeait rien. Une pluie nocturne et froide s’écrasait en continu sur le pare-brise en formant de la buée, ce qui diminuait fortement la visibilité. En plus de l’avis de recherche diffusé régulièrement, les messages réguliers de chaque patrouille pour signaler qu’elles n’avaient encore retrouvé personne lui tapaient sur les nerfs. Il avait envie d’un café ou de n’importe quoi de réconfortant et de chaud pour endiguer ce froid qui ne le quittait pas.

    Surtout, il avait besoin d’entendre que tout allait bien, qu’elle allait réapparaître et que ce n’était qu’une erreur. Peut-être s’était-elle perdue dans le lit d’un quelconque amant, ou bien était-elle partie pour une nuit de fête en oubliant tout le reste ? Ce ne serait pas la première des frasques auxquelles Tim devait faire face. Il avait toujours été là pour elle, même lorsqu’elle plongeait au fond de ces gouffres où il avait failli plusieurs fois la suivre. Mais cette fois, le contexte était différent.

    L’enseigne d’un bar apparut au coin de la rue et Tim décida de s’accorder une pause. Alors qu’il rangeait sa Dodge le long du trottoir, la radio annonça que la voiture correspondant à l’avis de recherche avait été localisée quelque part dans Bay Ridge. Tim oublia immédiatement son envie de café et enfonça l’accélérateur. Il se trouvait à seulement une vingtaine de minutes de l’endroit. Cramponné au volant, Tim lança la sirène pour se frayer un chemin dans la circulation.

    Quand il parvint enfin à destination, les véhicules de patrouille étaient déjà nombreux sur les lieux. Les lueurs bleues des gyrophares tournoyaient dans la nuit et venaient compléter un éclairage de rue défaillant, en lui ajoutant une dimension tragique. Tim gara sa voiture et, avant d’en sortir, s’empara de sa Maglite réglementaire. D’un pas lent, il avança vers la Ford Crown Victoria qui était déjà l’objet de toutes les attentions du département de la scientifique. À quelques mètres, il stoppa sa progression et s’immobilisa.

    Balancé entre crainte et désespoir, Tim braqua le faisceau de sa lampe torche sur le siège vide du conducteur. Des projecteurs installés à la hâte éclairaient l’intérieur, mais sur l’instant, il avait eu besoin de croire que ce geste contribuerait à la faire revenir. Son cœur se serra, car contre toute attente, le véhicule demeurait désespérément vide. La réalité frappa Tim de plein fouet : Carole avait disparu.

    Alors, tenté?

  • Premières lignes #116

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente Cogito de Victor Dixen

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    Roxane Le Gall

    De : Stages Science Infuse <stages-science-infuse@noosynth.com>

    Envoyé : Jeudi 2 février, 10 h 09

    Objet : Présélection bourse au stage Science Infuse de printemps

    Pièce jointe : Dossier de candidature.doc

     

    Chère mademoiselle Le Gall,

    Je me permets de vous contacter aujourd’hui pour vous annoncer que vous avez été présélectionnée pour une bourse offerte par l’entreprise Noosynth, afin de participer au stage « Science Infuse » du printemps prochain – du 14 au 22 avril inclus –, dans les eaux internationales de l’Atlantique.

    Ce séjour de préparation intensive au BAC (brevet d’accès aux corporations) repose sur la technologie révolutionnaire de la programmation neuronale. D’une valeur marchande d’un million d’euros, il offre un taux de réussite à l’examen de 100 %.

    Votre profil a été repéré parmi des milliers d’autres lycéens en forte difficulté scolaire, sur la base des résultats du contrôle continu, librement accessibles aux corporations sur les serveurs de l’Éducation nationale.

    Pour valider votre candidature et tenter de bénéficier de cette bourse, veuillez compléter le dossier en pièce jointe et me le renvoyer avant le 15 février.

    Je vous prie d’agréer, chère mademoiselle Le Gall, mes studieuses salutations.

    Illustration
    Édouard Delaunay

    Directeur du pôle Recrutement, Stages Science Infuse

    Noosynth France

    Quai de Grenelle

    75008 Paris

     

    Alors, tenté?