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Premières lignes

  • Premières lignes #3

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.
    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Une bonne épouse indienne d'Anne Cherian

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    "Le billet d’avion et l’aérogramme arrivèrent le même jour. L’équipe de nettoyage avait déposé le courrier en une pile bien nette sur le plan de travail de la cuisine. Comme toujours, l’appartement était impeccable, et l’odeur âcre et tenace du produit désinfectant rappelait à Neel l’hôpital.
    Il vérifia la date et l’itinéraire – 16 juin, San Francisco-Bombay, via Francfort – et rangea le billet dans le tiroir « Inde ». Celui-ci contenait trois cents roupies, reste de son précédent voyage, une poignée de menue monnaie et son passeport indien dont il oubliait toujours de se débarrasser. Il possédait un passeport américain à présent, et c’était la première fois qu’il lui fallait un visa pour entrer en Inde.
    Sans la moindre hésitation, il froissa la lettre de sa mère et la jeta à la poubelle. Elle serait furieuse si elle découvrait qu’il ne l’avait pas lue malgré tout le mal qu’elle s’était donné, mais, à raison de trois lettres par semaine au cours des derniers mois, il en connaissait le contenu par cœur. Toutes commençaient par la sempiternelle question : « Quand viens-tu ? » Allait-il vraiment laisser Grand-Père mourir sans le revoir une dernière fois ? Puis, après l’inévitable paragraphe dans lequel elle exprimait son souci pour lui (« Tu manges correctement ? Tu dors assez ? »), sa mère développait la vraie raison de sa lettre sur le reste de la fine feuille de papier : le mariage. Les filles. Ou, comme elle disait, « l’étoffe d’une bonne épouse ».
    Lors de son dernier voyage, trois ans auparavant, il avait refusé de rencontrer les filles qu’elle avait sélectionnées pour lui. Après une semaine de cris et de larmes, de lamentations adressées aux dieux qui l’avaient affligée d’un fils si difficile, elle dut endurer une terrible humiliation en annulant les visites de ces familles empressées. « Je suis tellement désolée, mais mon fils… Vous savez comme ils changent une fois qu’ils partent en Amérrrique. Il dit qu’il est trop jeune pour se marier. » Elle ne pouvait plus invoquer cette excuse maintenant. Neel avait trente-cinq ans et, comme elle ne cessait de le lui rappeler, bientôt il ne ferait plus partie des hommes « éligibles ».
    Neel avait envie de se débarrasser du billet d’avion aussi, mais il savait qu’il ne pouvait pas remettre ce voyage à plus tard. Son grand-père était malade depuis un mois et, bien qu’elle n’entrât pas dans les détails, sa mère ne cessait de lui répéter que Tattappa n’avait plus longtemps à vivre.
    Tattappa savait-il que Mummy avait de nouveau recours à ses anciennes ruses ? Pourquoi ne s’associait-il pas à elle pour l’amener à accepter un mariage arrangé ? se demandait Neel. Après tout, il était l’unique petit-fils qui perpétuerait leur nom, celui d’une famille ancienne et très respectée. D’après Tattappa, qui l’avait appris de la bouche de son propre grand-père, la famille Sarath était originaire d’un minuscule royaume datant de l’époque où l’Inde, pas encore sous le joug britannique, évoquait un puzzle, chaque pièce représentant le terrain de jeu héréditaire d’un millier de rois. Quand Neel était jeune, il adorait écouter l’histoire de leur lointain ancêtre, lequel avait épousé la fille du roi et acquis une belle réputation en devenant un Premier ministre d’une grande habileté. Au cours des quatre derniers siècles, les Sarath avaient maintenu le « nom » de la famille en se mariant dans leur caste, les Iyengars, la meilleure de toutes les castes de l’Inde du Sud, convoitée pour la peau claire de ses membres et pour leur intelligence. Les filles épousaient des fonctionnaires, des capitaines de l’armée, des hommes confortablement installés au sein des couches supérieures de la société indienne et grimpant encore plus haut dans l’échelle sociale. Et les hommes se mariaient avec des beautés au teint clair comme sa mère.
    Tattappa comprenait, semble-t-il, que Neel s’était fait une nouvelle vie en tant que docteur Neel Sarath, anesthésiste, à présent citoyen américain. Ou peut-être ne souhaitait-il pas chercher une autre jeune fille, ayant déjà choisi Mummy pour son propre fils. Mummy, elle, tenait manifestement au privilège d’élire sa future bru."

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #2

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.
    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Réponds si tu m'entends de Marian Keyes.

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    "L'adresse de l'expéditeur ne figurait pas sur l'enveloppe. Bizarre. J'ai ressenti un léger malaise. Qui s'est accentué lorsque j'ai remarqué mes nom et adresse...
    Une femme sensée n 'aurait pas parcouru ce courrier. Une femme sensée l'aurait jeté à la poubelle sans autre forme de procès. Mais, à part un bref laps de temps entre vingt-neuf et trente ans, quand m'étais-je déjà montrée raisonnable ?
    Alors voilà, j'ai décacheté l'enveloppe.
    C'était une carte, une aquarelle représentant des fleurs défraîchies dans un vase. Assez fine pour que je distingue au toucher quelque chose à l'intérieur. De l'argent ? Un chèque ? Je faisais dans le sarcasme — même si personne n 'était là pour m'entendre et si, de toute façon, je prononçais ces mots en mon for intérieur.
    Oui, il y avait bien quelque chose à l'intérieur : une photo... Pourquoi m'envoyait-on cette photo ? J'en avais déjà tout un tas. Puis je me suis aperçue que je me trompais. Ce n'était pas lui. Et là, soudain, j'ai tout compris.

    ***

    Maman a ouvert la porte du salon toute grande en lançant : « Bonjour, Anna, c'est l'heure de tes cachets. »
    Elle essayait d'avancer d'un pas décidé, comme les infirmières qu'elle avait vues dans les séries télé, mais la pièce était tellement encombrée de meubles qu'elle avait du mal à se frayer un chemin vers moi.
    Deux mois que j'étais arrivée en Irlande. J'étais incapable de monter l'escalier, avec ma rotule luxée, alors mes parents m'avaient installé un lit au rez-de-chaussée, dans le Beau Salon.
    Ne vous y méprenez pas, c'était un immense honneur : en temps normal, nous n'avions le droit d'entrer dans cette pièce que lors des fêtes de Noël. Le reste de l'année, toutes les activités familiales - séances télé, grignotage de chocolat, chamailleries - avaient lieu dans le garage où nous étions à l'étroit, reconverti et pompeusement baptisé « Salle Télé ».
    Mais lorsqu'on a mis mon lit dans le Beau Salon, il n'y avait plus d'endroit où entreposer le mobilier -canapés à gros coussins et autres fauteuils à pompons de passementerie. Désormais, la pièce ressemblait à un magasin de meubles bon marché où des centaines de canapés s'entassent les uns contre les autres, de sorte qu' il fallait presque les escalader comme des rochers en bord de mer.

    « Bon, à nous. » Maman a sorti mon ordonnance, sur laquelle figuraient les heures exactes auxquelles je devais prendre mes médicaments - antibiotiques, anti-inflammatoires, antidépresseurs, somnifères, vitamines, antalgiques qui procuraient une très agréable sensation de flottement, et un membre de la famille Valium qu'elle avait remisé dans un coin secret.
    Boîtes et flacons s'empilaient sur une petite table basse en bois finement ciselé - plusieurs chiens en porcelaine d'une laideur infâme leur avaient cédé la place et se retrouvaient par terre à me lancer des regards lourds de reproche -, et maman s'est mise à les trier pour me donner les bonnes pilules.
    Mon lit avait été ingénieusement placé près de la fenêtre pour que je puisse regarder les gens qui passaient. Sauf que c'était impossible : se trouvait là un voilage aussi inamovible qu'un rideau de fer. Au sens non pas physique, comprenez-le bien, mais social : dans la banlieue dublinoise, écarter effrontément ses rideaux pour avoir une vue imprenable sur « les gens qui passent » est un faux pas équivalant presque à peindre sa porte d'entrée en écossais. De toute façon, il n'y avait pas de passants. Quoique... En fait, depuis quelque temps, à travers le voile, j'avais remarqué une vieille dame qui s'arrêtait presque chaque jour pour faire uriner son chien devant chez nous. Parfois, j'avais l'impression que le chien, un adorable terrier blanc tacheté de noir, n'en avait pas envie, mais que sa maîtresse avait l'air d'insister.
    « Voilà, ma petite demoiselle. » Maman ne m'avait jamais appelée « ma petite demoiselle » avant tous ces événements. « Allez, avale-moi ça. » Elle m'a glissé une poignée de gélules dans la bouche et m'a passé un verre d'eau. Elle était adorable, vraiment, même si je la soupçonnais de seulement jouer un rôle."


    Alors, tentés?

  • Premières lignes #1

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèque. La liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.
    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Virtuosity de Jessica Martinez dont vous pouvez lire le résumé et ma chronique ICI

     

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    "Le balcon me glaçait la joue. Dix étages plus bas, le trafic était dense sur la grande artère longeant le lac, pourtant j’avais l’impression que le ronronnement des moteurs résonnait à des kilomètres de là. Le spectacle sous mes yeux était d’un calme parfait : un ciel noir et sans étoiles surplombant le lac Michigan, mon bras nu glissé entre les barreaux métalliques de la rambarde et la crosse caramel de mon violon dépassant de mon poing serré.

    Je n’avais qu’à ouvrir la main. Dérouler les doigts, un à un. Lorsque le dernier lâcherait prise, le violon fendrait la nuit telle une flèche, filant vers la terre ferme, en bas. Et tout serait terminé.

    Je libérai mon souffle et sentis mon corps se plaquer contre le béton. Diana m’en voudrait pour la robe. C’était sa couturière qui avait travaillé la mousseline légère, au moyen de surjets et de fronces, pour obtenir ces cascades de bleus, déclinés en trois nuances. À présent écrasés sous moi, les tourbillons de tissu, chiffonnés, devaient absorber la saleté, la graisse et autres cendres de cigarette qui s’accumulent sur les balcons des chambres d’hôtel.

    Je frissonnai. Le vent s’engouffrait par bourrasques, soulevant mes cheveux, qui me fouettaient le visage et le dos, décolleté. Je m’étais débarrassée depuis un moment des barrettes et épingles – c’était même la première chose que j’avais faite en pénétrant dans la chambre. Ensuite j’avais quitté mes chaussures à talons, mes collants et mes boucles d’oreilles. Ça n’avait pas suffi. Je n’arrivais pas à me défaire de la honte qui me collait à la peau.

    J’étais alors sortie sur le balcon avec mon violon.

    La morsure de ce cauchemar éveillé était encore vive, la tension continuait à me nouer la poitrine, la tête, les mollets et les doigts.

    Un million deux.

    Cet instrument valait un million deux cent mille dollars. Ce nombre était difficile à comprendre. À ressentir. J’imprimai un mouvement de balancier au violon, très léger, et fermai les yeux. Meurtrière. Le mot avait surgi dans mon esprit et je le chassai aussitôt. Ridicule : un violon n’était ni un bébé ni un animal. Il n’était pas vivant.

    Je m’en convaincrais plus facilement cependant, si je ne l’avais pas senti respirer, pas entendu chanter.

    Je soulève les paupières. Mes articulations, blanchies, frémissent. L’effet des comprimés se dissipe progressivement. La musique est terminée. J’ouvre la main."

     

    Est ce qu'il vous tente?