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Premières lignes

  • Premières lignes #38

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.
    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Où passe l'aiguille de Véronique Mougin dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

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    Elle est venue de très loin, peut-être même de Chine, par on ne sait quelle bizarrerie d’aiguillage, par un contresens pugnace – Kiss n’habille que l’homme – l’improbable soie s’est glissée dans l’une des mailles rétrécies par la guerre, bien trop tard. Elle aurait mérité une caresse après ce long voyage mais une fois arrivée chez nous, mon père l’a déballée sans façon. Il a coincé le premier mètre sur la table de coupe, sous ses deux mains bien à plat, comme avant, comme s’il allait dégainer sa craie et finir de mater cette sauvage bientôt transformée en doublure de veston. Il l’a scrutée longuement, par habitude sans doute, de haut en bas, dessus dessous, puis dans un soupir repliée d’un coup sec et ligotée dans son papier gris. On ne voit plus maintenant le tissu fluide et brillant, juste aux deux extrémités du rouleau un faisceau de nacre et de reflets comprimés. C’est dommage.
    Une fois libérée, l’étoffe ondule en crans souples et froissés. Chaque pan déroulé est une vague qui s’élève, miroite puis s’écroule. Le sol finit par disparaître sous un océan de plis et de replis – ça passe le temps et c’est joli. Par chance, le placard à rouleaux de mon père n’a pas encore été entièrement vidé. Un coup de couteau sur la ficelle et le coton inonde la pièce à son tour, puis le drap de laine, la toile, la mer monte, à l’abordage ! Le carton plein de papiers d’emballage fait mon navire. Gaby grimpe sur la table, il s’empare du mètre de bois. Cet avorton ose me défier ? J’empoigne la plus longue paire de ciseaux. Le combat fratricide fait rage au milieu des flots. L’ennemi est petit mais tenace, il me porte un coup sévère – rafale de bobines en pleine trogne. Je réplique et sacrifie la boîte d’épingles qui éclate sur son front. Les pointes s’éparpillent par dizaines dans l’écume des lames du parquet.
    — Épingles renversées, signe de malchance, annône mon frère.
    — Arrête de répéter les conneries de papa et bats-toi, minus !
    — Tu vas voir ce que tu vas prendre, grand con.
    Mais l’odieux nain n’ose plus avancer à cause des épingles, voilà ce qu’il en coûte de s’attaquer pieds nus à son aîné. Il s’abrite derrière le buste mannequin, je flanque cette proue par terre d’un coup de talon. Défait, mon ennemi ancestral chouine comme le bébé qu’il est. Victoire de l’expérience, de la force et de la ruse ! Soudain, dans le couloir, une galopade : il est temps de trouver refuge sur les hauteurs.
    Dans quelques secondes, j’aurai enjambé la fenêtre et, du haut de mon arbre, j’entendrai un long rugissement, à mi-chemin entre le cri de la mouette enragée et le râle sifflant du cachalot blessé. Tout le quartier l’entendra, d’ailleurs – Herman Kiss a la colère sonore. Ma mère arrivera, discrète comme toujours, pour apaiser la furie de mon père et ranger le champ de bataille navale. Elle ramassera les bobines tombées à terre, et les épingles, et les tissus, sans trop soupirer. Au pire, elle dira :
    — C’était vraiment le moment…
    Ce n’est le moment de rien, de toute façon, ni de se battre, ni de jouer, ni même de parler ou de bouger une oreille : les Allemands nous ont envahis avant-hier. La Hongrie, maintenant, c’est chez eux. Personne ne sait ce qu’ils vont faire de nous, nous exproprier, nous déplacer peut-être, tout le monde se perd en conjectures. Je ne suis pas comme la soie, moi, je n’ai jamais été très loin. Si nous partons vraiment, ce sera mon premier voyage. Nos affaires déjà se font la malle, l’oncle Oscar est parti hier avec la montre de mon père et les velours. Ce soir il viendra chercher la laine et le coton, la soie inattendue, il veut tout prendre et tout cacher, même le mètre et la paire de ciseaux. Il a peur des réquisitions, des pillages. Mon père résiste : d’accord pour mettre les tissus à l’abri mais il n’est pas question que sa chère machine à coudre, sa Pfaff dernier cri, ce bijou technologique né de l’alliance féconde de la mécanique et du progrès, quitte la maison sans lui.
    — Il te resterait toujours tes aiguilles, suggère ma mère.
    Mais les aiguilles n’ont pas de crochet rotatif, elles ne transpercent pas le cuir comme du beurre. La Pfaff 130, si. Problème de la modernité : en cas de départ précipité, elle ne tient pas dans la poche.

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #37

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente Pourvu que la nuit s'achève de Nadia Hashimi dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

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    SANS DOUTE AI-JE MA PART DE RESPONSABILITÉ DANS CE CHAOS SANGLANT. COMMENT POURRAIT-IL EN être autrement ? Je vivais avec cet homme. J’assaisonnais la nourriture à son goût. Je lui frottais le dos. Je le traitais comme une épouse doit traiter son mari.
    Lui aussi faisait des choses pour moi. Il fredonnait pour m’apaiser, entre le chant et l’excuse, dès que j’éprouvais une vive contrariété. Ma colère ne tardait pas à s’éteindre. La façon dont ses sourcils dansaient, dont sa tête se balançait… Il était la glace venant à bout du feu de mes humeurs. Je me blottissais contre lui pour le plaisir de sentir son souffle me chatouiller la nuque.
    Et dire que tout cela devait prendre fin à quelques mètres à peine de notre lit conjugal. À quelques mètres de l’endroit où un sang impie avait déjà coulé. Notre petite cour, avec son rosier, sa corde à linge, fut le théâtre, l’année dernière, d’un véritable carnage. Je crains pour la santé mentale des roses, qui ont encore l’audace d’y fleurir.
    Leur rouge profond serait du plus bel effet sur une tombe. Cette pensée est-elle étrange ?
    Je crois que la plupart des femmes imaginent la mort de leur époux, soit parce qu’elles la redoutent ou l’attendent. C’est inévitable. On se demande quand et comment cela arrivera.
    J’avais imaginé mille morts différentes pour mon mari : en vieil homme entouré de ses enfants, ou bien abattu d’une balle par des insurgés, s’écroulant les deux mains sur le cœur, ou encore frappé par la foudre en se rendant là où il n’aurait pas dû. Cette dernière version était ma préférée. Allah, pardonne mon imagination débridée. J’ai hérité cette charmante manie de ma mère. La foudre aurait été tellement plus simple pour tout le monde : un éclair soudain et poétique fendant le ciel. Une fin douloureuse, mais brève.
    Toute souffrance m’est insupportable.
    Non, je n’ai jamais imaginé la mort de mon mari telle qu’elle s’est produite, mais que peut une épouse ? Les orages ne surviennent jamais lorsqu’on a besoin d’eux.
    Depuis l’adolescence, je maîtrise mes émotions en mettant les mots en vers, en créant de l’ordre et du rythme dans ma tête quand mon univers en est privé. Aujourd’hui encore, dans le triste état où je me trouve, un poème me vient.
     
    De toute ma hauteur, mon époux bien-aimé jamais ne me vit
    Car me tourner le dos fut l’affront qu’il me fit.

     

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  • Premières lignes #36

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente La mer en hiver de Susanna kearsley dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

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    Ce n’était pas un hasard. Rien de tout cela n’était arrivé par simple hasard.
    Je l’appris plus tard ; même si j’eus du mal à accepter cette évidence quand elle me frappa, car j’avais toujours cru fermement à l’autodétermination. Jusque-là, ma vie avait semblé corroborer cette idée – j’avais choisi certaines voies qui m’avaient menée à certaines fins, toutes positives, et je considérais les quelques contretemps rencontrés le long de la route non comme de la malchance, mais comme de simples fruits de mon jugement imparfait. Si j’avais dû choisir un credo, j’aurais opté pour ces deux vers du poète William Henley, vibrants de courage : Je suis maître de mon destin, je suis le capitaine de mon âme.
    Ainsi, lorsque tout commença en ce matin d’hiver, quand j’allai chercher la voiture que j’avais louée et que je quittai Aberdeen pour me diriger vers le nord, l’idée que quelqu’un d’autre puisse être à la barre ne m’effleura pas une seconde.
    Je croyais sincèrement que m’éloigner de la route principale pour emprunter celle qui longeait la rive découlait de ma propre décision. Sans doute pas la meilleure décision qui soit, d’ailleurs, étant donné que les routes étaient bordées de la neige la plus épaisse qui s’était abattue sur l’Écosse depuis quarante ans, et que l’on m’avait avertie des risques de dérapages et de retards. La prudence et le fait que j’aie un rendez-vous auraient dû m’inciter à rester sur la route principale, plus sûre, mais le petit panneau indiquant « Route côtière » me fit dévier.
    Mon père me disait toujours que j’avais la mer dans le sang. J’étais née et j’avais grandi sur la côte de la Nouvelle-Écosse, et je n’avais jamais pu résister à l’attrait des vagues. Alors, quand la route principale tourna vers l’intérieur des terres, je préférai bifurquer à droite et emprunter la voie côtière.
    Je ne pourrais pas dire à quelle distance je me trouvais lorsque j’aperçus sur les falaises le château en ruine, une ligne d’obscurité dentée se détachant sur un ciel nuageux, mais dès l’instant où je le vis, je fus captivée et accélérai. Je ne prêtai aucune attention aux grappes de maisons se dressant sur mon passage et sentis une pointe de déception lorsque la route repartit dans la direction opposée. Mais ensuite, derrière un bois touffu, la route tourna de nouveau et il surgit devant moi : un château sombre abandonné, s’élevant au milieu des champs enneigés qui s’étendaient entre la route et le bord de la falaise, comme pour en interdire l’accès.

     

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  • Premières lignes #35

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente Hate list de Jennifer Brown dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

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    [Extrait du Sun-Tribune du comté de Garvin, 3 mai 2008, Angela Dash, envoyée spéciale]

    Les enquêteurs chargés d’identifier les victimes de la tuerie qui a eu lieu vendredi matin dans la cafétéria du lycée de Garvin, cafétéria connue sous le nom du « Foyer », avouent avoir découvert une scène particulièrement « lugubre ».
    « Nous avons des équipes sur place qui inspectent le moindre détail, affirme le sergent Pam Marone. Nous commençons à avoir une idée précise de ce qui s’est passé hier matin. Ça n’a pas été facile. Certains de nos officiers les plus aguerris ont été très secoués en arrivant sur place. C’est une tragédie épouvantable. »
    La tuerie, déclenchée au moment où les élèves se préparaient pour le premier cours de la journée, a fait au moins six morts parmi eux, et un nombre important de blessés.
    Valérie Leftman, âgée de seize ans, fut la dernière victime visée avant que Nick Levil, le tueur présumé, ne retourne son arme contre lui.
    Touchée en pleine cuisse et à bout portant, Leftman a dû subir des soins chirurgicaux importants en raison de la gravité de ses blessures. L’hôpital du comté de Garvin estime qu’elle fait partie des personnes qui sont « dans un état critique ».
    « Elle saignait énormément, a précisé un médecin urgentiste à nos envoyés spéciaux. Il a dû toucher l’artère. »
    « Elle a beaucoup de chance, a renchéri une infirmière travaillant aux urgences. Elle va sans doute survivre, mais nous sommes obligés d’être très vigilants. Surtout vu le nombre de personnes qui souhaitent l’interroger. »
    Les rapports des témoins du massacre varient. Certains affirment que Leftman est une victime, d’autres une héroïne, d’autres encore prétendent qu’elle était impliquée dans le projet de Levil d’éliminer certains élèves qu’ils ne supportaient pas.
    À en croire le témoignage de Jane Keller, qui a vu de ses propres yeux le massacre, Levil aurait tiré sur Leftman accidentellement. « J’ai l’impression qu’elle a trébuché sur quelque chose mais je n’en suis pas complètement sûre, a-t-elle confié à nos envoyés. Tout ce que je sais c’est qu’après, tout est allé très vite. Et quand elle s’est écroulée sur lui, certains en ont profité pour fuir. »
    La police enquête pour savoir si le coup tiré sur Leftman était accidentel ou si c’est un double suicide qui aurait mal tourné.
    Des premières sources semblent indiquer que Leftman et Levil avaient soigneusement organisé leur suicide ; d’autres témoins, proches du couple, ajoutent qu’ils parlaient aussi d’homicide, d’où les doutes de la gendarmerie qui s’interroge pour savoir si la tuerie de Garvin n’aurait pas des causes plus profondes.
    « Ils parlaient souvent de la mort, affirme Mason Markum, un ami proche de Leftman et Levil. Nick en parlait plus souvent que Valérie, mais quand même, elle aussi y faisait allusion. On pensait que c’était une espèce de jeu entre eux, mais j’imagine qu’ils ne plaisantaient pas. J’ai du mal à croire qu’ils étaient sérieux. C’est fou, il y a trois heures encore je discutais avec Nick et il ne m’en a pas dit un mot. Pas un. »
    Que les blessures de Leftman soient intentionnelles ou non, il fait peu de doute dans l’esprit de la gendarmerie que Nick Levil avait prévu de se suicider après avoir tué une demi-douzaine d’élèves du lycée de Garvin.
    « Des témoins présents au moment de la fusillade affirment qu’après avoir tiré sur Leftman il a pointé son fusil sur sa tempe avant d’appuyer sur la gâchette », confirme Marone. Levil a été déclaré mort sur les lieux du crime.
    « C’était un soulagement, avoue Keller. Certains gamins ont poussé des cris de joie, ce qui est à mon avis une erreur. En même temps je comprends leur réaction. C’était franchement terrifiant. »
    La gendarmerie du comté de Garvin enquête pour savoir dans quelle mesure Leftman est impliquée dans la tuerie. La famille de la jeune fille a refusé d’émettre le moindre commentaire ; de son côté, la gendarmerie se contente de répéter qu’elle est « impatiente » d’avoir un entretien avec la jeune fille.

     

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  • Premières lignes #34

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente Derrière la haine de Barbara Abel dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

     

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    Laetitia avait réussi un créneau parfait. Du premier coup. Ce qui, pourtant, n’adoucit pas son humeur.
    — Éteins ta Nintendo, Milo, on est arrivés, dit-elle machinalement.
    Sur la banquette arrière, le petit garçon était rivé à son jeu.
    La jeune femme sortit de la voiture tout en s’emparant de son porte-documents, du cartable de Milo, de deux sacs de courses… Plus de main pour ouvrir la portière à l’enfant : d’un coup de coude au carreau, elle lui signifia qu’elle ne l’attendrait pas.
    — Grouille-toi, Milo, je suis chargée comme une mule !
    — Attends, je dois sauvegarder !
    L’inconfortable posture de Laetitia fit frémir la soupe, l’indolence de son fils y déversa un litre de lait bouillonnant.
    — Milo ! asséna-t-elle sèchement, parce que le créneau était bien la seule chose qui se soit déroulée sans encombre ce jour-là. Tu sors de cette voiture tout de suite ou tu es privé de Nintendo pendant une semaine.
    — C’est bon ! soupira-t-il sans pour autant quitter sa console des yeux.
    Il fit glisser ses fesses jusqu’à l’extrémité de la banquette, mit un pied sur le trottoir et s’extirpa avec mollesse du véhicule.
    — Et ferme la portière, si ce n’est pas trop te demander !
    — Laetitia ! l’interpella derrière elle une voix qui la figea sur place. On peut parler quelques instants ?
    Elle se retourna. Tiphaine se tenait là, à quelques mètres à peine, en tenue de jogging. Elle était en nage, le visage luisant après l’effort qu’elle venait de fournir, quelques mèches de cheveux collées sur son front. Le souffle court, elle attendit une réponse qui ne vint pas puis, détournant les yeux, elle s’approcha de Milo dont elle ébouriffa la tête.
    — Ça va, mon grand ? lui demanda-t-elle gentiment.
    — Bonjour, Tatiphaine ! lui répondit l’enfant avec un lumineux sourire.
    Excédée, Laetitia les rejoignit en deux enjambées, saisit son fils par le bras d’un geste ferme et le fit passer derrière elle.
    — Je t’interdis de lui adresser la parole, siffla-t-elle entre ses dents.
    Tiphaine encaissa l’attaque sans broncher.
    — Laetitia, s’il te plaît… On peut parler ?
    — Milo, rentre à la maison ! lui intima sa mère.
    — Maman…
    — Rentre, je te dis ! le somma-t-elle d’un ton qui ne souffrait pas la discussion.
    Milo hésita puis, la mine boudeuse, se dirigea vers sa maison. Dès qu’il se fut éloigné, Laetitia revint sur Tiphaine :
    — Je te préviens, espèce de malade mentale, si je te vois encore une fois tourner autour de lui, je t’arrache les yeux !
    — Écoute, Laetitia, si tu n’arrives pas à comprendre que je n’ai jamais voulu…
    — Tais-toi ! murmura-t-elle en fermant les yeux en signe d’intense exaspération. Épargne-moi tes excuses à deux balles, je n’y crois pas une seconde !
    — Ah non ? Et qu’est-ce que tu crois, alors ?
    Laetitia la toisa d’un regard glacial.
    — J’ai très bien compris ce que tu cherches à faire, Tiphaine. Mais je te préviens : la prochaine fois qu’il arrive quoi que ce soit à Milo, j’appelle les flics !
    Tiphaine parut sincèrement étonnée. Elle dévisagea Laetitia d’un air interrogateur, hésitant sur le sens à donner à ses paroles. Puis, comme si elle comprenait soudain que rien ne pourrait la faire changer d’avis, elle soupira sans cacher la douleur que l’attitude de son interlocutrice instillait en elle :
    — Je ne sais pas dans quel délire parano tu es en train de sombrer, Laetitia, mais ce qui est sûr, c’est que tu es complètement à côté de la plaque. S’il te plaît, essaie de me croire un tout petit peu. Et si tu ne veux pas le faire pour moi, fais-le pour Milo. Parce que là, tu es en train de le détruire à petit feu…
    À ces mots, Laetitia haussa un sourcil narquois tandis qu’une lueur de cruauté traversait sa pupille, comme un éclair zébrant un ciel d’orage.
    — C’est vrai que tu t’y connais, toi, dans la manière de détruire un enfant, articula-t-elle d’un ton presque suave.

     

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  • Premières lignes #33

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    Cette semaine, je vous présente Et si... de Rebecca Donovan dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

     

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    — Qu’est-ce qu’on fout ici, Cal ? me demande Rae en me tendant une bière. Je ne les aimais déjà pas quand on était au lycée. Et ça n’a pas changé.
    Et pourtant si, quelque chose a changé.
    Assis sur le hayon de mon pick-up, je bois quelques gorgées en balayant du regard la foule, divisée en petits groupes. Ce sont les mêmes qu’à la fin du lycée, l’année dernière : les sportifs, les artistes, les fumeurs de pétards et, bien sûr, les élites.
    C’est à cause d’eux que je suis ici. En quelque sorte.
    — On reste une heure, et après on se casse, déclare Rae en sirotant sa bière.
    Lentement, elle baisse son verre en écarquillant les yeux.
    — Je rêve ou Heather Townsend vient vers nous ?
    Je lève les yeux au moment où Heather apparaît devant moi. Un sourire aguicheur sur les lèvres, elle enroule une mèche de cheveux blonds autour de l’un de ses doigts.
    — Salut, Cal. Ça me fait plaisir que tu sois venu.
    Elle s’approche de moi, et se glisse entre mes jambes.
    — Les soirées en pleine nature, ça fait tellement… lycée ! dit-elle en soupirant. La fac était censée nous rendre un peu plus adultes, mais… on dirait que c’est raté !
    — Ouais, nos parents ont toujours autant de mal à nous laisser boire et saccager leur maison !
    Elle rit aux éclats comme si ma remarque était la chose la plus drôle qu’elle ait jamais entendue.
    — Non mais j’hallucine ! grommelle Rae.
    Heather se penche vers moi, et son visage se retrouve si près du mien que je sens son souffle.
    — J’ai l’impression que toi et moi, on va bien se marrer, cet été.
    J’avale ma salive. Impossible de reculer davantage à moins de m’allonger.
    — Je ne suis ici que pour une semaine, lui dis-je.
    Sa lèvre inférieure se tord alors en une moue boudeuse pas très sexy.
    — Tu vas où après ? me demande-t-elle en posant une main sur mon genou.
    Mon corps entier se crispe.
    — Dans l’Oregon. Je vais travailler pour mon oncle.
    — Mais tu es arrivé, genre… aujourd’hui.
    J’entends Rae marmonner quelque chose.
    — Désolé, dis-je en haussant les épaules. Alors, euh… où sont les autres ? Nicole n’est pas avec vous, à ce que je vois.
    Heather fait un pas en arrière en levant les yeux au ciel. Elle croise les bras. J’ai touché un point sensible.
    — Je ne sais pas. J’imagine qu’elle se croit supérieure à nous maintenant qu’elle est à Harvard.
    Je poursuis mon interrogatoire.
    — Tu as eu de ses nouvelles depuis la remise des diplômes ?
    — Non. Pas un seul texto ! Quand même, on était ses meilleures amies depuis, genre… toujours. Et rien ! Quelle garce !
    Face à tant d’hostilité, j’écarquille les yeux.
    — Heather.
    Vi se tient derrière elle, les mains sur les hanches.
    — C’est par ici que ça se passe.
    Elle lui indique d’un mouvement de tête le groupe des élites, tous agglutinés autour de la BMW de Kyle.
    Heather tourne les talons et suit Vi. Jusqu’à aujourd’hui, cette bande ne nous avait jamais jugés dignes d’intérêt.

     

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  • Premières lignes #32

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    Cette semaine, je vous présente Il faut sauver Zoé d'Alyson Noël dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

     

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    Il paraît que le deuil est un processus en cinq étapes :
    1. déni,
    2. colère,
    3. questionnement,
    4. dépression,
    5. acceptation.
    Il y a encore un an, j’ignorais complètement que des spécialistes s’étaient penchés sur la question et avaient ordonné leurs résultats sous forme de liste. Cela dit, même si je l’avais su, je ne me serais jamais doutée que, quelques jours avant mon quatorzième anniversaire, je me retrouverais coincée en plein dans l’étape numéro un.
    Personne ne s’attend jamais à recevoir ce genre de nouvelle, et pour cause. C’est bien connu, les histoires sordides qui justifient l’interruption de ton émission préférée par un présentateur qui fait une tête d’enterrement et annonce un « développement de dernière minute dans la terrible affaire qui fait trembler la nation », ça n’arrive qu’aux autres. Normalement…
    Le pire, c’est que j’ai été la première à apprendre la vérité.
    Enfin, après les flics.
    Et après Zoé, bien sûr.
    Je ne parle même pas du taré à cause de qui c’est arrivé.
    Les détectives se sont contentés de me demander si mes parents étaient là, mais j’ai lu une telle tristesse sur leur visage, un tel découragement dans leurs yeux, que j’ai tout de suite compris.
    J’étais seule à la maison et m’efforçais de respecter ma petite routine consistant à me goinfrer de gâteaux devant la télé pour repousser le moment de faire mes devoirs. Sauf que le cœur n’y était pas. En temps normal, à 16 h 10 un jour de semaine, mes parents sont au travail, ma sœur Zoé traîne avec son copain, et je suis installée en tailleur sur le tapis du salon, adossée au canapé et attablée devant un grand verre de lait froid dans lequel je trempe des Oreo jusqu’à en avoir les dents toutes noires et le ventre tout gonflé.
    Cet après-midi-là, j’essayais donc de me convaincre que rien n’avait changé, que mes parents n’étaient pas en train d’écumer la région à la recherche de Zoé, et que je n’étais pas en plein déni avant même de savoir pourquoi.

     

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  • Premières lignes #31

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    Cette semaine, je vous présente Joyland de Stephen King dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

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    J’avais une voiture, mais au cours de cet automne 1973, je suis allé à Joyland à pied presque tous les jours depuis le petit gîte de bord de mer de Mrs. Shoplaw où je logeais à Heaven’s Bay. Ça me semblait la meilleure chose à faire. La seule, à vrai dire. Début septembre, la plage de Heaven’s Bay est quasiment déserte. Et ça m’allait. Car cet automne-là fut le plus beau de ma vie, même quarante ans plus tard je peux le dire. Et je n’ai jamais été aussi malheureux de ma vie, ça aussi je peux le dire. Les gens trouvent que les premières amours sont tendres. Et jamais plus tendres que lorsque ce premier lien se brise… Il y a bien un millier de chansons pop et country à l’appui : des histoires d’imbéciles qui ont eu le cœur brisé. Le fait est que ce premier cœur brisé est toujours le plus douloureux, le plus long à guérir, et celui qui laisse la cicatrice la plus visible. Tendre, vous croyez ?
    *
    De septembre jusqu’à début octobre, les ciels de la Caroline du Nord sont dégagés et l’air est doux même à sept heures du matin, l’heure où je quittais mon appartement du premier étage par l’escalier extérieur. Si je partais vêtu d’un blouson léger, il finissait généralement autour de ma taille avant que j’aie parcouru les cinq kilomètres séparant la ville du parc d’attractions.
    Mon rituel commençait par un arrêt chez Betty, à la boulangerie, pour acheter deux croissants tout chauds. Mon ombre, longue d’au moins six mètres, marchait avec moi sur le sable. Des mouettes pleines d’espoir tournoyaient au-dessus de ma tête, attirées par l’odeur des croissants dans leur papier paraffiné. Et quand je rentrais aux alentours de cinq heures (même si des fois il m’arrivait de rester plus tard – rien ni personne ne m’attendait à Heaven’s Bay, petite station balnéaire qui se rendormait à la fin de l’été), mon ombre marchait sur l’eau. Si c’était marée haute, elle ondulait à la surface, semblant danser une hula lancinante.
    Je ne saurais l’affirmer, mais je pense que le petit garçon, la femme et le chien étaient là dès mon premier trajet à pied par la plage.

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #30

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.
    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Chuuut de Janine Boissard dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

     

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    Chut ! Quand j'étais petite et que je n'arrêtais pas de demander « pourquoi, pourquoi, pourquoi ? », c'était la réponse que je recevais le plus souvent.
    « Chut » avec les gros yeux, « chut » avec des larmes dans les yeux, « chut » avec un doigt posé sur les lèvres comme un barreau de plus.
    Toute la famille vivait au château, la maison de mon grand-père, même si ça n'était pas un vrai avec un pont-levis, des tours et des mâchicoulis d'où tu jettes de la poix brûlante et des pierres sur l'ennemi, mais un château quand même, et maman m'expliquait que grand-père était un roi, le roi du cognac, comme la ville de François Ier que l'on voyait des fenêtres du haut. Et, derrière la grille, toutes ces rangées de vigne étaient ses armées, les bouteilles d'alcool qu'on en tirait ses oriflammes, et sur chacune son nom était marqué : Edmond de Saint Junien.
    De chaque côté du château qui donnait sur une grande cour avec un puits fleuri – interdit de s'asseoir sur la margelle –, grand-père avait fait ajouter des ailes qu'on appelait aussi des « dépendances », afin d'y loger ses quatre enfants lorsqu'ils seraient mariés : une pour Baudoin et Roselyne, les aînés, une pour Monique et Hermine (maman), les cadettes.

    Aujourd'hui, c'était fait. L'oncle Baudoin et la tante Béatrix occupaient l'aile droite avec leurs trois enfants, Thibaut, Louis-Adrien et Philippine. La tante Monique, l'aile gauche avec son fils Alexander, et nous à côté, bien séparés, chacun chez soi, Hermine et Gilles, mes parents avec moi, Fine, et mon petit frère Benjamin.
    Et là, les « pourquoi » commençaient.
    — Dis, maman, pourquoi les volets de la dépendance de tante Roselyne sont toujours fermés ? Où elle est ? Pourquoi on l'a jamais vue ?
    — Chut, ma Fine, répondait maman. Ta tante Roselyne est partie très loin, dans un autre pays. Ça a fait beaucoup de chagrin à tes grands-parents, alors surtout tu ne leur en parles pas.
    — Et toi aussi, maman, ça t'a fait beaucoup de chagrin ?
    — Bien sûr, c'était ma grande sœur.
    — Et elle reviendra quand ?
    Là, c'était « chut » les larmes aux yeux.
    — Jamais, mon cœur.

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #29

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.
    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Le testament de Marie de Colm Toibin dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

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    Ils viennent plus souvent ces temps-ci, mes deux visiteurs, et ils se montrent chaque fois plus impatients avec moi et avec le monde. Il y a en eux quelque chose d’affamé et de dur, une brutalité qui leur bout dans le sang, que je reconnais et que je flaire comme un animal aux abois. Mais je ne suis plus un animal. Maintenant c’est autre chose. On s’occupe de moi, on m’interroge avec douceur, on me surveille. Ils croient que je ne connais pas la nature complexe de leurs désirs. Mais rien ne m’échappe. Sauf le sommeil. Le sommeil m’échappe. Peut-être suis-je trop vieille pour dormir. Ou alors n’y a-t-il plus rien à gagner pour moi en dormant. Peut-être n’ai-je plus besoin de rêver ni de me reposer. Peut-être mes yeux savent-ils qu’ils vont bientôt se fermer pour de bon. Qu’il en soit ainsi alors. Je resterai éveillée. Je traverserai encore ce couloir au lever du jour, quand l’aube insinue ses rayons dans cette pièce. J’ai mes propres raisons de guetter, d’observer, d’attendre. Avant le repos définitif, il y a cette longue veille. Et il me suffit de savoir qu’elle va prendre fin.
    Ils croient que je ne comprends pas ce qui se trame dans le monde ; ils croient que le sens de leurs questions m’échappe, que je ne perçois pas l’ombre de cruauté sur leur visage et l’exaspération dans leur voix chaque fois que j’évite de leur répondre, ou que je leur réponds d’une façon évasive qui ne mène à rien. Ou quand je ne me souviens pas de ce dont ils aimeraient que je me souvienne. Ils sont trop enfermés dans leurs propres besoins, qui sont insatiables ; trop abrutis aussi par les restes de cette terreur que nous avons tous subie pour comprendre qu’en réalité je me souviens de tout. La mémoire emplit mon corps autant que le sang et que les os.
    Cela me plaît qu’ils me nourrissent, m’habillent et me protègent. En retour, je ferai pour eux ce que je peux, mais pas davantage. De même que je ne peux respirer à la place d’un autre, aider son cœur à battre, empêcher ses os de s’effriter ni sa chair de se flétrir, je ne peux dire autre chose que ce que je dis. Et je sais combien cela les dérange et les perturbe. Ils me feraient presque sourire avec leur sérieux, leur soif d’anecdotes, leur besoin avide d’une forme simple, définie, où couler le récit de ce qui nous est arrivé. C’est seulement que j’ai oublié comment on fait. Je n’ai plus l’usage des sourires. De même que je n’ai plus l’usage des larmes. Il fut un temps où je croyais avoir épuisé ma réserve de larmes, mais par chance les pensées dérisoires de ce genre ne m’encombrent pas longtemps. Elles s’en vont ; seul demeure ce qui est vrai. Il reste toujours des larmes pour qui en a suffisamment besoin. C’est le corps qui fabrique les larmes. Moi, je n’en ai plus le besoin, et cela devrait m’être un soulagement. Mais je ne recherche pas le soulagement ; seulement la solitude, et la satisfaction amère qui me vient de la certitude que je ne dirai rien qui ne soit vrai.

     

    Alors, tentés?