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Premières lignes

  • Premières lignes #21

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.
    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Le dernier repos de Sarah de Robert Dugoni dont vous pouvez lire ma chronique ICI.

     

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    Son instructeur tactique à l’école de police avait adoré les charrier pendant leurs exercices d’entraînement à l’aube.
    — Le sommeil, c’est surfait. Vous apprendrez à vous en passer, affirmait-il.
    Mensonge.
    Le sommeil, c’était comme le sexe. Moins on en avait, plus on en avait besoin, et ces derniers temps, Tracy Crosswhite manquait singulièrement des deux.
    Elle s’étira les épaules et la nuque. Elle n’avait pas eu le temps pour un jogging matinal, et se sentait raide et ensommeillée, alors même qu’elle ne se souvenait pas d’avoir beaucoup dormi, si ce n’est pas du tout. Trop de mauvaise bouffe et trop de caféine, disait son médecin. Il n’avait pas tort, mais bien manger et faire de l’exercice nécessitait du temps dont Tracy ne disposait pas lorsqu’elle enquêtait sur un homicide. Renoncer à la caféine, autant couper l’arrivée d’essence d’un moteur de voiture. Sans café, elle mourrait.
    — Hé, Prof, tu es là drôlement tôt. Quelqu’un est mort ?
    Vic Fazzio appuya sa considérable carcasse contre la cloison de l’alcôve vitrée de Tracy. La plaisanterie était aussi vieille que le Département des homicides, mais jamais éculée lorsqu’elle sortait de la bouche de Faz, de sa voix rauque et son accent du New Jersey. Avec sa banane poivre et sel et son visage charnu, l’« Affranchi ita- lien » autoproclamé du département aurait parfaitement pu jouer les gardes du corps silencieux des films de mafieux. Faz tenait à la main les mots croisés du New York Times et un livre provenant d’une bibliothèque, ce qui signifiait que le café avait fait son effet. Dieu vienne en aide à ceux qui voulaient utiliser les toilettes des hommes quand Faz les occupait. Il était connu pour rester à mariner une demi-heure sur ses réponses ou bien à la lecture d’un chapitre particulièrement captivant.
    Tracy lui tendit une des photos de scène de crime qu’elle avait imprimée le matin même.
    — Une danseuse sur Aurora.
    — J’en ai entendu parler. Un truc tordu, non ?
    — J’ai vu pire quand je travaillais sur les crimes sexuels.
    — J’avais oublié. Tu as remplacé le sexe par la mort.
    — La mort, c’est plus facile, dit-elle en volant une autre des répliques favorites de Faz.
    La danseuse, Nicole Hansen, avait été retrouvée pieds et poings attachés dans une chambre de motel miteux sur Aurora Avenue, dans les quartiers nord de Seattle. D’abord nouée autour de son cou, la corde était tirée dans son dos, lui liant les poignets et les chevilles – un système très élaboré. Tracy tendit à Faz le rapport du médecin légiste.

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #20

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente Jamais plus de Colleen Hoover dont vous pouvez lire ma chronique ICI

     

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    À califourchon sur le rebord du toit, je contemple les rues de Boston depuis le onzième étage, sans pouvoir m’empêcher de songer au suicide.
    Pas le mien. J’aime assez ma vie pour compter la savourer jusqu’au bout.
    Je songe davantage à d’autres gens et je me demande comment certains peuvent vouloir mettre fin à leurs jours. Et s’ils finissaient par le regretter ? Durant le moment qui sépare leur saut de l’impact final… Ils doivent bien être pris d’une seconde de remords au cours de cette brève chute libre. Regardent-ils le sol qui s’approche en se disant : Et merde ! Je n’aurais pas dû.
    Au fond, peut-être pas.
    Je pense beaucoup à la mort. Surtout aujourd’hui, alors que je viens – il y a douze heures – de prononcer la plus épique des oraisons funèbres à laquelle les habitants de Plethora aient jamais assisté. Bon, d’accord, ce n’était peut-être pas la plus épique. Certains la considéreraient davantage comme la plus désastreuse. Tout dépend s’il s’agit du point de vue de ma mère ou du mien. Ma mère qui ne voudra sans doute plus m’adresser la parole pendant au moins un an.
    Qu’on ne s’y trompe pas, mon oraison n’était pas assez profonde pour entrer dans l’Histoire, comme celle de Brooke Shields aux funérailles de Michael Jackson, ou celle de la sœur de Steve Jobs, ou celle du frère de Pat Tillman. Mais elle était quand même épique, dans son genre.
    Au début, j’étais anxieuse. C’était bien l’enterrement du prodigieux Andrew Bloom, maire révéré de notre bonne ville de Plethora, dans le Maine. Propriétaire de la plus prospère des agences immobilières de la région. Époux de l’exquise Jenny Bloom, professeure adjointe la plus adorée de tout Plethora. Et père de Lily Bloom – cette drôle de fille aux improbables cheveux roux, qui avait trouvé le moyen de tomber amoureuse d’un S.D.F et jeté l’opprobre sur toute sa famille.
    Bon, c’est moi. Je suis Lily Bloom, et Andrew était mon père.
    J’avais à peine achevé son oraison funèbre que j’ai dû foncer prendre mon vol de retour pour Boston ; là, j’ai filé vers le premier toit accessible. Encore une fois, je ne suis pas suicidaire. Je n’ai aucune intention de me balancer au sol. J’avais juste besoin d’un peu d’air et de silence, choses totalement impossibles depuis mon appartement du deuxième étage, sans aucun accès au toit et où sévit une coloc qui adore s’entendre chanter.
    En revanche, je ne pensais pas qu’il y ferait aussi froid. Ce n’est pas insupportable, c’est juste désagréable. Au moins, je vois les étoiles. Père décédé, coloc exaspérante, éloges douteux, tout ça ne paraît plus si terrible quand le ciel nocturne est assez clair pour littéralement témoigner de la grandeur de l’univers.
    J’aime bien quand le ciel me rend trop insignifiante.
    J’aime cette nuit.
    Enfin… Pour tout dire, il faudrait que j’apporte une petite correction à cette dernière phrase.
    J’aimais cette nuit.
    Car, pas de chance, la porte vient de s’ouvrir si brutalement qu’on pourrait s’attendre à voir l’escalier cracher un être humain sur le toit. Puis elle claque et des pas retentissent derrière moi. Je ne me donne même pas la peine de regarder. Qui que ce soit, il ne risque pas de me repérer, assise sur le rebord à gauche de l’entrée. Cette personne a surgi si brusquement… Ce n’est pas ma faute si elle se croit seule.

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #19

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente Forbidden de Tabitha Suzuma dont vous pourrez lire ma chronique ICI

     

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    Je regarde les petites boules noires éparpillées sur le rebord de la fenêtre à la peinture blanche écaillée, et qui crisseraient sous les pas si l’on marchait dessus. Difficile d’imaginer qu’elles ont un jour été en vie ! Je me demande ce qu’on peut ressentir enfermé dans un bocal en verre sans air, à rôtir pendant deux longs mois sous un soleil de plomb, à voir l’extérieur où le vent agite les arbres verts, alors qu’on se heurte encore et encore à un mur invisible qui interdit accès à tout ce qui est réel, vivant et vital, et que, blessé, épuisé, vaincu par cet obstacle infranchissable, on finit par succomber. À quel moment une mouche renonce-t-elle à s’évader par une fenêtre fermée ? Son instinct de survie la pousse-t-il à continuer jusqu’à ce qu’elle en soit physiquement incapable, ou comprend-elle enfin, après s’être écrasée une fois de trop contre la vitre, qu’elle ne pourra jamais sortir ? À quel moment estime-t-on qu’il est temps de renoncer ?
    Je détourne les yeux des minuscules carcasses et tente de me concentrer sur les nombreuses équations du second degré tracées au tableau. Je sens que je transpire ; des mèches de cheveux sont collées à mon front, ma chemise adhère à ma peau. Le soleil a cogné tout l’après-midi à travers les grandes baies et je suis précisément assis derrière l’une d’elles, à moitié aveuglé par ses rayons puissants. Le rebord de la chaise en plastique me rentre dans le dos, car je suis légèrement penché en arrière, une jambe étendue et le talon posé sur le petit radiateur contre le mur. Les poignets de ma chemise pendent autour de ma main, maculés d’encre, sales. La page blanche posée devant moi semble me considérer d’un air désespéré et, dans un état quasi léthargique, je me mets à résoudre les équations, d’une écriture à peine lisible. Le stylo glisse entre mes doigts moites, j’essaie de déglutir, mais j’ai la bouche si sèche que je n’y parviens pas… Cela fait à peu près une heure que je suis dans cette position, cependant je sais qu’il est vain d’essayer d’en trouver une plus confortable. Je m’attarde sur les résultats que j’ai trouvés, inclinant la plume de mon stylo de sorte qu’elle accroche un peu le papier, car, si je finis trop tôt, je n’aurai plus rien à faire, à part contempler de nouveau le spectacle des insectes morts. J’ai mal à la tête. L’air de la pièce est chargé de la transpiration de trente-deux adolescents qui macèrent dans une classe où il fait bien trop chaud. Je ressens comme une pression sur la cage thoracique. J’ai du mal à respirer, et ce n’est pas seulement dû à l’atmosphère étouffante qui règne dans la salle de classe. Cette boule pèse sur moi depuis mardi, au moment où j’ai franchi les grilles du lycée pour affronter une nouvelle année scolaire. La semaine n’est pas encore terminée, et j’ai déjà l’impression d’être ici depuis une éternité. Entre les murs de l’école, le temps ne s’écoule pas, il semble se solidifier. Rien n’a changé. Les gens sont toujours les mêmes : expressions ineptes, sourires méprisants. Je les regarde sans les voir quand j’entre dans la classe, tout comme je suis transparent à leurs yeux. Je suis ici sans l’être. Les professeurs me marquent présent, mais personne ne me voit : il faut dire que, après des années de pratique, j’ai le don de me rendre invisible.

     

    Alors tenté?

  • Premières lignes #18

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Cette semaine, je vous présente Avec tes yeux de Sire Cédric.

     

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    Verts.
    Ils sont verts.
    Mêlés de vagues bleues.
    Tels deux lagons. Ronds. Frémissants.
    Ses yeux sont de cette couleur-là.
    Brillants de terreur.
    Mouillés par les larmes qui coulent à flots sur son visage couvert d’hématomes.
    Il a voulu cette femme dès l’instant où il l’a croisée.
    Il n’a cessé d’y penser depuis. Comptant les heures. Se préparant.
    Quand il a découvert sa maison, isolée des autres, en bordure de forêt, il a compris que c’était un signe du destin.
    Il fallait qu’il le fasse.
    Encore une fois.
    Pour cette femme-là. Ces yeux-là. Ce vert profond mêlé de bleu.
    — Lisa, susurre-t-il à la silhouette ensanglantée, recroquevillée à ses pieds. Tu t’appelles Lisa, n’est-ce pas ? Inutile de crier. Personne ne t’entend. Tu ne peux pas empêcher ce qui va arriver…



    Lisa ne doit pas écouter cet homme. Surtout pas.
    Ne pas perdre espoir.
    Elle lutte pour retenir ses larmes. En vain. La panique l’empêche de réfléchir, tout se mélange dans sa tête.
    Elle ne parvient toujours pas vraiment à comprendre ce qui se passe. Pourquoi cela lui arrive à elle.
    Le plus terrifiant, c’est qu’elle n’a rien vu venir.
    Elle ignore comment l’individu a pu s’introduire chez elle. Elle est certaine d’avoir mis l’alarme en service et verrouillé la porte en rentrant, elle le fait systématiquement. C’est le bon sens le plus élémentaire quand on est une femme de vingt-six ans habitant seule dans un coin reculé.
    Elle n’a pas entendu s’approcher son agresseur, non plus. Elle somnolait devant une série dans le salon, comme elle aime le faire le dimanche soir, pour profiter des dernières heures du week-end. Elle a juste senti une présence derrière elle. Ou plutôt, elle a senti l’odeur. Inattendue. Nauséabonde. Un relent de viande avariée. L’instant suivant, des mains puissantes l’ont prise à la gorge. L’homme l’a arrachée du canapé et jetée au sol. Elle a hurlé, a essayé de lui échapper en se glissant sous la table, mais l’intrus a écarté le meuble d’un seul geste et l’a tirée par les chevilles. Il l’a frappée au visage, violemment, faisant éclater la pulpe de ses lèvres, l’a rouée de coups jusqu’à ce qu’elle reste clouée au sol, haletante, brisée par la douleur.
    — Par pitié, balbutie-t-elle, arrêtez… Quoi que vous vouliez… Je vous donnerai tout ce que j’ai…
    Chaque syllabe est une torture. Le sang inonde sa bouche. Sa pommette gauche est fendue, elle lui fait particulièrement mal. L’os est sans doute cassé. Ses cheveux collent au sang qui ruisselle sur son visage.
    Elle tente néanmoins d’atteindre la cuisine en rampant. Il y a des couteaux, dans cette pièce. Si elle parvenait à s’en approcher…

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #17

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
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    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Une vraie famille de Valentin Musso dont vous pouvez lire le résumé et ma chronique ICI

     

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    À 10 h 18, il franchit le porche d’entrée et pénétra dans la cour d’honneur de l’université.
    Si les touristes désireux d’admirer la chapelle et les vieux bâtiments en pierre de taille se faisaient refouler à longueur de journée par le vigile, lui était passé sans encombre. Avec son jean, ses sneakers, ses lunettes à monture écaille de tortue et son sac à dos, il n’était qu’un étudiant parmi d’autres. Invisible.
    Un nuage se déchira, le soleil vint frapper la cour d’une lumière vive, presque surnaturelle. Il y vit un signe d’encouragement.
    Il suivit du regard deux pigeons qui finirent par se poser sur le parvis, à quelques mètres de lui. Ils lui apparurent comme deux anges descendus du ciel pour célébrer sa mission.
    Plusieurs étudiants étaient assis sur les marches, en bordure de la galerie. Leurs silhouettes se découpaient devant ces étranges peintures murales qu’il avait eu si souvent l’occasion d’observer. Elles représentaient des hommes à cheval avançant bravement sous les étendards, au son des fifres et des tambours. Un cortège en liesse les suivait. Il était seul, mais il traversa la cour aussi fièrement que ces chevaliers. Pas d’épée ni de bouclier à la main. Il avait mieux que ça.
    Une ou deux têtes lui étaient familières. Sans doute avait-il été assis un jour à côté de ces garçons dans un amphithéâtre. Peut-être leur avait-il déjà parlé, peut-être aurait-il pu devenir ami avec eux. Qu’importe… Ils n’étaient plus aujourd’hui que des êtres noyés dans un parfait anonymat.
    Il entra par la façade nord et se retrouva dans le grand vestibule à arcades, orné de statues des grands hommes du passé. Le cadre était solennel, grandiose, à la hauteur de l’acte qu’il allait accomplir.
    Dans son sac à dos, ni livres ni mémoire de recherche. Seulement un pistolet semi-automatique dix-sept coups. Six cents grammes. Canon et culasse en acier. Poignée en polymère. Une arme qu’il n’avait jamais utilisée que sur des cibles dans les stands de tir.
    Il resta immobile, planté au centre du hall. Quelques personnes passèrent devant lui en le dévisageant. Il ne leur prêta aucune attention. Des images s’animèrent dans sa tête. Il se représentait les visages suffisants des psychiatres médiatiques qui défileraient le lendemain sur toutes les chaînes nationales pour débiter des discours définitifs censés expliquer son geste.
    Les battements de son cœur s’accélérèrent mais il n’éprouvait pas de panique. Il se sentait bien, au contraire, les sens aiguisés par l’excitation.
    Il s’engagea dans le couloir qui longeait la bibliothèque. C’est là que son instinct lui disait d’aller. Il lui suffisait d’écouter la voix… De suivre les instructions.
    À 10 h 40, quelqu’un hurla. Ce fut un cri étrange, asexué, qui ne traduisait rien d’autre qu’un effroi hébété. Une plainte incongrue qui déchira la quiétude habituelle du lieu.
    Des têtes se levèrent. Des yeux cherchèrent l’auteur du hurlement plus que ce qui l’avait provoqué. Il y eut un moment de flottement, de ceux où l’on ne sait pas bien à quoi se raccrocher… Comme si ce cri d’alerte pouvait augurer du pire ou n’être en définitive qu’un simple canular.
    L’individu tenait son arme à bout de bras, vers un point invisible. Il avait reculé la culasse pour engager la première balle dans la chambre. Les autres suivraient toutes seules. L’intérêt d’un semi-automatique…

     

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  • Premières lignes #16

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    Cette semaine, je vous présente Un hiver en enfer de Jo Witek dont vous pouvez lire le résumé et ma chronique ICI

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    Dix-sept heures, enfin. La sonnerie venait de retentir dans un brouhaha libérateur. Alors que la plupart des élèves balançaient leurs affaires dans leur sac, tels des déchets dans un vide-ordures, Edward rangeait ses livres, cahiers et stylos avec une méthodologie chirurgicale. Toujours le dernier sorti, il appréciait le silence des salles de classe désertées. Une respiration, pour celui que l’on surnommait “Ed, le timbré” ou “Ed, le strange” et qui alimentait la petite haine ordinaire de la vie lycéenne. Ç’avait été comme ça dès son entrée au collège. Une timidité maladive, des TOC, un manque absolu de confiance en lui, autant de handicaps qui l’avaient empêché de trouver sa place dans cette jungle adolescente, où seuls les grandes gueules, les rigolos ou les lèche-bottes devenaient rois. Il avait fait avec. Se retranchant dans une solitude forcée, admirant la vie des jeunes heureux, sans espoir d’y participer. Il s’était habitué à cet isolement, tout comme à la violence quotidienne des petits jeux pervers de Traval et de Bosco. C’était injuste, c’était archaïque et à gerber, mais Edward avait abdiqué. Incapable d’en parler, incapable de se défendre, il se laissait manipuler pour avoir la paix, supportant sans révolte la nausée et les maux d’estomac matinaux.
    Il terminait de ranger un à un ses stylos dans sa trousse, respectant l’ordre des couleurs de l’arc-en-ciel, quand Hugo, le complice de Traval fit irruption dans la classe.
    — Ed le timbré, tu te ramènes ? Il y a un fight ce soir. T’as combien sur toi ? Cette fois, c’est du lourd.
    — Je ne peux pas ce soir. Mon père vient me chercher…
    — Conneries ! persifla Hugo. Dans cinq minutes dans les chiottes du gymnase, t’as intérêt à te ramener si tu veux pas finir la gueule dans ta pisse.
    Edward attrapa son sac, alluma son portable. Aucun message. Rien d’étonnant. Une vie sans surprise. Il avait hâte de se connecter à sa vraie réalité, sortir de cette mélasse In Real Life, pour pénétrer dans le monde fascinant des jeux en ligne massivement multijoueurs. Retrouver sa communauté, se sentir connecté à des centaines de joueurs en ligne, se glisser dans la peau de puissants avatars et prendre son envol. Un shoot de sensations fortes dont il ne pouvait plus se passer depuis quelque temps. Vivre, bon sang ! Vibrer autrement que dans cette stupide réalité.

     

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  • Premières lignes #15

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    Cette semaine, je vous présente Alex de Pierre Lemaître dont vous pouvez lire le résumé et ma chronique ICI

     

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    Alex adore ça. Il y a déjà près d’une heure qu’elle essaye, qu’elle hésite, qu’elle ressort, revient sur ses pas, essaye de nouveau. Perruques et postiches. Elle pourrait y passer des après-midi entiers.
    Il y a trois ou quatre ans, par hasard, elle a découvert cette boutique, boulevard de Strasbourg. Elle n’a pas vraiment regardé, elle est entrée par curiosité. Elle a reçu un tel choc de se voir ainsi en rousse, tout en elle était transformé à un tel point qu’elle l’a aussitôt achetée, cette perruque.
    Alex peut presque tout porter parce qu’elle est vraiment jolie. Ça n’a pas toujours été le cas, c’est venu à l’adolescence. Avant, elle a été une petite fille assez laide et terriblement maigre. Mais quand ça s’est déclenché, ç’a été comme une lame de fond, le corps a mué presque d’un coup, on aurait dit du morphing en accéléré, en quelques mois, Alex était ravissante. Du coup, comme personne ne s’y attendait plus, à cette grâce soudaine, à commencer par elle, elle n’est jamais parvenue à y croire réellement. Aujourd’hui encore.
    Une perruque rousse, par exemple, elle n’avait pas imaginé que ça pourrait lui aller aussi bien. Une découverte. Elle n’avait pas soupçonné la portée du changement, sa densité. C’est très superficiel, une perruque mais, inexplicablement, elle a eu l’impression qu’il se passait vraiment quelque chose de nouveau dans sa vie.
    Cette perruque, en fait, elle ne l’a jamais portée. De retour chez elle, elle s’est aussitôt rendu compte que c’était la qualité la plus médiocre. Ça faisait faux, moche, ça faisait pauvre. Elle l’a jetée. Pas dans la poubelle, non, dans un tiroir de la commode. Et de temps en temps, elle l’a reprise et s’est regardée avec. Cette perruque avait beau être affreuse, du genre qui hurle : « Je suis du synthétique bas de gamme », il n’empêche, ce qu’Alex voyait dans la glace lui donnait un potentiel auquel elle avait envie de croire. Elle est retournée boulevard de Strasbourg, elle a pris le temps de regarder les perruques de bonne qualité, parfois un peu chères pour son salaire d’infirmière intérimaire, mais qu’on pouvait vraiment porter. Et elle s’est lancée.
    Au début, ce n’est pas facile, il faut oser. Quand on est, comme Alex, d’un naturel assez complexé, trouver le culot de le faire demande une bonne demi-journée. Composer le bon maquillage, assortir les vêtements, les chaussures, le sac, (enfin, dégotter ce qui convient dans ce que vous avez déjà, on ne peut pas tout racheter chaque fois qu’on change de tête…). Mais ensuite vous sortez dans la rue et immédiatement, vous êtes quelqu’un d’autre. Pas vraiment, presque. Et, si ça ne change pas la vie, ça aide à passer le temps, surtout quand on n’attend plus grand-chose.

     

    Alors, tentés?

  • Premières lignes #14

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    Cette semaine, je vous présente Absences de Lauren Oliver dont vous pouvez lire le résumé et ma chronique ICI

     

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    Le truc étrange, quand vous avez réchappé à la mort, c’est que tout le monde s’attend, ensuite, à ce que vous nagiez dans le bonheur, que vous preniez le temps de chasser les papillons dans les herbes hautes des prés, ou d’admirer les arcs-en-ciel qui se forment dans les flaques de cambouis sur l’autoroute. « C’est un miracle », dira-t-on avec un regard dégoulinant d’espoir, comme si vous veniez de recevoir un bon gros cadeau et que vous n’aviez pas intérêt à décevoir mamie au moment d’ouvrir le paquet, à faire une grimace en découvrant le pull informe qu’il contient.
    La vie ressemble à peu près à ça d’ailleurs : un pull informe plein de trous, de nœuds et de fils qui risquent de s’accrocher. Inconfortable et qui gratte. Un cadeau que vous n’avez jamais demandé, jamais désiré, jamais choisi. Un cadeau que vous devriez être impatient de revêtir, jour après jour, alors même que vous préféreriez rester au lit sans rien faire.
    La vérité est tout autre : il ne faut aucun talent particulier pour réchapper à la mort. Ou à la vie.

    Chapitre 1

    — Tu joues ?
    Ces deux mots-là sont ceux que j’ai entendus le plus souvent dans ma vie. « Tu joues ? » Dara, quatre ans, franchit la porte moustiquaire, les bras tendus devant elle, et s’élance sur la pelouse sans attendre ma réponse. « Tu joues ? » Dara, six ans, se glisse dans mon lit au milieu de la nuit, les yeux écarquillés, éclairée par la lune, ses cheveux humides parfumés au shampooing à la fraise. « Tu joues ? » Dara, huit ans, actionne la sonnette de son vélo ; Dara, dix ans, bat des cartes sur le caillebotis mouillé qui ceinture la piscine ; Dara, douze ans, fait tourner une bouteille de soda vide.
    À seize ans, Dara n’attend toujours pas ma réponse.
    — Pousse-toi, dit-elle en donnant un coup de genou dans la cuisse de sa meilleure amie, Ariana. Ma sœur veut jouer.
    — Il n’y a pas de place, rétorque celle-ci avant de gémir quand Dara s’avachit sur elle. Désolée, Nick.
    Elles sont entassées avec une demi-douzaine d’autres personnes dans une stalle vide de la grange d’Ariana, ou plutôt de ses parents. Une odeur de sciure et, plus discrètement, de purin imprègne l’atmosphère. Une bouteille de vodka, à demi vide, gît sur le sol de terre battue compacte, avec plusieurs packs de bières et une petite pile de vêtements variés : une écharpe, deux moufles dépareillées, une doudoune et le sweat-shirt moulant de Dara, rose, dans le dos duquel on peut lire, en lettres de strass, Reine des coquines. On dirait une sorte de sacrifice rituel, insolite, en l’honneur des dieux du strip-poker.
    — Aucun problème, m’empressé-je de dire. Je ne tiens pas à jouer. Je suis juste passée faire coucou.
    — Tu viens d’arriver, proteste Dara avec une moue.
    Ariana abat son jeu sur le sol.
    — Brelan de rois, annonce-t-elle avant d’ouvrir une bière dont la mousse déborde sur ses doigts. Matt, retire ton tee-shirt.
    Un mec tout sec, au nez un brin trop grand et à l’air vaseux de celui qui a déjà beaucoup bu. Puisqu’il ne porte que son tee-shirt, noir avec le dessin intrigant d’un castor borgne, j’en déduis que la doudoune lui appartient.
    — J’ai froid, gémit-il.
    — Ton tee-shirt ou ton fute, je te laisse le choix.
    Avec un soupir, Matt se tortille pour se déshabiller, dévoilant un dos maigre, constellé d’acné.
    — Où est Parker ?
    J’ai posé la question en affectant un ton détaché qui me dégoûte. Depuis que Dara… depuis qu’elle a fait je ne sais quoi avec lui, je n’arrive pas à mentionner mon ancien meilleur ami sans avoir la sensation qu’une boule de Noël s’est coincée dans ma gorge.
    Dara, qui s’apprêtait à distribuer une nouvelle manche, se fige. Ça ne dure qu’une seconde. Après avoir lancé une dernière carte en direction d’Ariana et pris connaissance de sa main, elle répond :
    — Aucune idée.
    — Je lui ai envoyé un texto, il m’a dit qu’il venait.
    — Ouais, eh bien il est peut-être reparti.
    Dara plonge ses yeux noirs dans les miens : le message est clair. « Lâche l’affaire. » J’en déduis qu’ils se sont encore disputés. Ou pas justement, et que là est le problème. Il refuse d’entrer dans son jeu.

     

    Alors, tenté?

  • Premières lignes #13

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.
    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Orgueil et préjugés de Jane Austen dont vous pouvez lire le résumé et ma chronique ICI

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    C’est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier, et, si peu que l’on sache de son sentiment à cet égard, lorsqu’il arrive dans une nouvelle résidence, cette idée est si bien fixée dans l’esprit de ses voisins qu’ils le considèrent sur-le-champ comme la propriété légitime de l’une ou l’autre de leurs filles.
    – Savez-vous, mon cher ami, dit un jour Mrs. Bennet à son mari, que Netherfield Park est enfin loué ?
    Mr. Bennet répondit qu’il l’ignorait.
    – Eh bien, c’est chose faite. Je le tiens de Mrs. Long qui sort d’ici.
    Mr. Bennet garda le silence.
    – Vous n’avez donc pas envie de savoir qui s’y installe ! s’écria sa femme impatientée.
    – Vous brûlez de me le dire et je ne vois aucun inconvénient à l’apprendre.
    Mrs. Bennet n’en demandait pas davantage.
    – Eh bien, mon ami, à ce que dit Mrs. Long, le nouveau locataire de Netherfield serait un jeune homme très riche du nord de l’Angleterre. Il est venu lundi dernier en chaise de poste pour visiter la propriété et l’a trouvée tellement à son goût qu’il s’est immédiatement entendu avec Mr. Morris. Il doit s’y installer avant la Saint-Michel et plusieurs domestiques arrivent dès la fin de la semaine prochaine afin de mettre la maison en état.
    – Comment s’appelle-t-il ?
    – Bingley.
    – Marié ou célibataire ?
    – Oh ! mon ami, célibataire ! célibataire et très riche ! Quatre ou cinq mille livres de rente ! Quelle chance pour nos filles !
    – Nos filles ? En quoi cela les touche-t-il ?
    – Que vous êtes donc agaçant, mon ami ! Je pense, vous le devinez bien, qu’il pourrait être un parti pour l’une d’elles.
    – Est-ce dans cette intention qu’il vient s’installer ici ?
    – Dans cette intention ! Quelle plaisanterie ! Comment pouvez-vous parler ainsi ?… Tout de même, il n’y aurait rien d’invraisemblable à ce qu’il s’éprenne de l’une d’elles. C’est pourquoi vous ferez bien d’aller lui rendre visite dès son arrivée.
    – Je n’en vois pas l’utilité. Vous pouvez y aller vous-même avec vos filles, ou vous pouvez les envoyer seules, ce qui serait peut-être encore préférable, car vous êtes si bien conservée que Mr. Bingley pourrait se tromper et égarer sur vous sa préférence.
    – Vous me flattez, mon cher. J’ai certainement eu ma part de beauté jadis, mais aujourd’hui j’ai abdiqué toute prétention. Lorsqu’une femme a cinq filles en âge de se marier elle doit cesser de songer à ses propres charmes.
    – D’autant que, dans ce cas, il est rare qu’il lui en reste beaucoup.
    – Enfin, mon ami, il faut absolument que vous alliez voir Mr. Bingley dès qu’il sera notre voisin.
    – Je ne m’y engage nullement.
    – Mais pensez un peu à vos enfants, à ce que serait pour l’une d’elles un tel établissement ! Sir William et lady Lucas ont résolu d’y aller uniquement pour cette raison, car vous savez que, d’ordinaire, ils ne font jamais visite aux nouveaux venus. Je vous le répète. Il est indispensable que vous alliez à Netherfield, sans quoi nous ne pourrions y aller nous-mêmes.
    – Vous avez vraiment trop de scrupules, ma chère. Je suis persuadé que Mr. Bingley serait enchanté de vous voir, et je pourrais vous confier quelques lignes pour l’assurer de mon chaleureux consentement à son mariage avec celle de mes filles qu’il voudra bien choisir. Je crois, toutefois, que je mettrai un mot en faveur de ma petite Lizzy.
    – Quelle idée ! Lizzy n’a rien de plus que les autres ; elle est beaucoup moins jolie que Jane et n’a pas la vivacité de Lydia.
    – Certes, elles n’ont pas grand’chose pour les recommander les unes ni les autres, elles sont sottes et ignorantes comme toutes les jeunes filles. Lizzy, pourtant, a un peu plus d’esprit que ses sœurs.
    – Oh ! Mr. Bennet, parler ainsi de ses propres filles !… Mais vous prenez toujours plaisir à me vexer ; vous n’avez aucune pitié pour mes pauvres nerfs !
    – Vous vous trompez, ma chère ! J’ai pour vos nerfs le plus grand respect. Ce sont de vieux amis : voilà plus de vingt ans que je vous entends parler d’eux avec considération.

     

    Alors, tenté?

  • Premières lignes #12

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.
    Pour ma part, j’ai décidé de vous faire découvrir mes coups de cœurs !

     

    Cette semaine, je vous présente Tornade de Jennifer Brown dont vous pouvez lire le résumé et ma chronique ICI

     

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    Marine voulait à tout prix m’apprendre sa danse préférée, le swing de la côte Est. C’était son rêve, son unique objectif dans la vie. Elle passait son temps à me tirer par le bras ou à se placer debout devant la télé, les mains sur les hanches, avec son vernis à ongles pailleté et son tutu de petit rat rose qui frémissait.
    – Allez, Jersey, viens, on va rigoler. Tu vas adorer, Jersey ! Tu m’entends ? Jerseeey !
    Elle avait appris à danser le swing au cours de Miss Janice. Techniquement parlant, ce n’est pas un numéro de danse qu’elles étaient censées répéter, mais un soir, Janice était d’humeur nostalgique, et elle avait mis un CD de swing avant de leur montrer les mouvements. Marine avait adoré.
    Elle passait des heures à compter ses pas en enlaçant un cavalier imaginaire avec ses petits bras potelés de gamine de cinq ans et ses boucles brunes qui sautillaient à un rythme qu’elle était seule à entendre tandis qu’elle fredonnait les quelques mesures dont elle se souvenait.
    Elle voulait absolument que je sois son cavalier. Elle m’imaginait déjà en train de lui saisir les poignets, de la balancer entre mes deux jambes et de la projeter dans les airs avant de la rattraper, et à la fin, faisant la révérence dans un costume assorti face au public.
    – Pas tout de suite, Marine, lui répondais-je.
    J’étais toujours absorbée par la télé, par mes devoirs ou par les SMS que j’envoyais à mes meilleures amies, Jane et Dani, pour me plaindre des petites sœurs – de vraies pestes, surtout celles qui pensent que la seule chose qui compte, c’est le swing de la côte Est.
    Marine vivait en justaucorps, et j’avoue qu’elle en avait une collection impressionnante. Certains étaient à paillettes, d’autres en velours, certains ressemblaient à des smokings, d’autres étaient tout simples, mais aux couleurs de l’arc-en-ciel. Elle les portait jusqu’à ce qu’ils soient tellement étroits que ses petites fesses ressortaient et les hauts en résille avaient des trous assez larges pour y passer le poing. Maman était obligée de les jeter discrètement quand elle n’était pas là et d’en acheter de nouveaux pour les remplacer en douce.
    Le jour où Marine est entrée en maternelle, nous nous sommes demandé si elle exigerait de porter des justaucorps, ne sachant comment elle réagirait si sa maîtresse refusait. Nous redoutions ce que j’appelais la Débâcle, les caprices le matin avant de sortir, les ultimatums…
    Car elle mettait des justaucorps partout. Dans la maison, pour aller faire des courses, au lit.
    Et bien entendu, en cours de danse.
    Même le jour de la tornade, elle en portait un : un justaucorps orange mandarine, avec des bandes de velours noires sur le côté et une rangée de pierreries autour du cou. Je m’en souviens parce que c’est celui qu’elle avait quand elle m’a demandé de danser le swing de la côte Est avant d’aller à son cours ce jour-là.
    – Je vais te montrer, m’a-t-elle dit, pleine d’espoir, sautillant sur la pointe des pieds près du canapé où j’étais affalée à regarder une publicité pour une voiture – comme si un jour j’aurais de quoi m’acheter une voiture.
    – Non merci. Pousse-toi, tu me caches l’écran.
    Elle avait une tache de couleur sur la joue – la trace d’une friandise sucrée –, et les mèches autour de son visage avaient l’air collantes. Sans doute une glace Popsicle. C’était à la fin du mois de mai et il faisait assez chaud pour avoir envie d’une Popsicle. L’école finissait la semaine suivante et officiellement, j’entrais en terminale.
    Elle s’est penchée vers moi en vrillant ses petits doigts potelés – et collants – dans mon épaule.
    – On s’en fiche, de la pub. Allez, lève-toi. Je vais te montrer.
    – Non merci, Marine, ai-je grogné en tapotant sur ma chemise à la hauteur de l’épaule.
    Elle a commencé à sauter devant moi et à répéter en hurlant stplaîtstplaîtstplaît, quand soudain j’ai crié :
    – Non ! Je n’en ai aucune envie ! Fous le camp !
    Elle s’est figée en boudant, relâchant la lèvre inférieure comme les enfants prêts à éclater en sanglots, mais elle n’a rien dit. Pas un mot. Pas un pleur. Pas de crise. Elle a cligné de l’œil et s’est détournée, les pierres de son justaucorps reflétant soudain la lumière de l’écran de télévision. Je l’ai entendue entrer dans la chambre de maman et parler avec elle. Peu après elles sont parties pour son cours de danse. Ouf, je pouvais souffler.
    Je l’adorais, Marine.
    Je l’adorais, ma petite sœur.
    Mais dans les jours qui ont suivi, combien de fois ce Fous le camp ! est revenu hanter mes nuits. Je revoyais sa lèvre qui tremblait. Je revoyais le lent clignement de ses grands yeux de fée. Je la revoyais s’éloigner sur la pointe des pieds, brusquement aveuglée par l’éclat des paillettes de son justaucorps.

     

    Alors, tenté?