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Historiques

  • [Livre] Le parfum de Katsu

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    Lecture terminée le : 13 septembre 2019

     

    Résumé : À quelques jours des noces qui doivent l’unir à Akeko Kawa, l’héritière du clan ennemi de son peuple, l’honorable seigneur de guerre Toru Okami croise la route de Katsu, modeste paysanne mariée à un homme violent qui se plaît à l’humilier chaque jour. Toru est troublé par la beauté sauvage et le parfum envoûtant de la jeune femme. Quand celle-ci sauve d’une chute le père gravement malade de Toru, le seigneur l’invite à rejoindre le château pour devenir la suivante de sa future épouse…


    Auteur : Claire Volanges

     

    Edition : France Loisirs

     

    Genre : Romance historique

     

    Date de parution : 28 avril 2019

     

    Prix moyen : 15€

     

    Mon avis : En général, dans la collection Nouvelle Plume, je prends des thrillers. Alors pourquoi ai-je choisi le parfum de Katsu ? Bonne question.
    En vérité, j’ai dû le voir sur une des chaînes booktube que je suis (généralement les suggestions de vibration littéraires qui ne me déçoivent jamais).
    Le parfum de Katsu a frôlé le coup de cœur. Mais vraiment frôlé. A vrai dire, je ne saurais pas dire pourquoi je n’ai pas atteint le coup de cœur parce que j’ai très vite complétement happée par cette histoire.
    L’histoire d’amour entre Katsu et Toru semble impossible : elle est mariée, il est sur le point de conclure un mariage politique.
    Leur les sentiments ne s’expriment pas physiquement, mais à travers des regards et les mots.
    La vie maritale de Katsu est toxique mais dans le japon féodal, une femme valait moins qu’un cheval et on se doute bien que la jeune femme n’a aucun recours contre sa brute de mari.
    Pour autant, si Katsu se soumet à son mari, contrainte et forcée, dans sa tête elle ne capitule pas. Son mari possède peut être son corps, mais il ne peut l’empêcher de s’élever intellectuellement au-dessus de lui.
    Akeko, la future épouse de Toru n’est guère mieux lotie. Alors, oui, elle ne subit pas de violence physique mais elle souffre aussi, même si elle cache sa souffrance derrière son attitude insupportable.
    Je ne vais pas dire que je l’ai appréciée mais on ne peut pas dire non plus qu’elle n’a aucune raison d’être amère.
    A part Akeko, Rintinto (le mari de Katsu), et quelques autres personnages qu’on croise ou qui sont juste cités, j’ai apprécié tous les autres personnages. Oui, même le frère cadet de Toru qui se conduit comme un vrai con, mais peut-être parce qu’il ne supporte pas l’idée de ne pas être maître de son destin.
    Le côté historique semble particulièrement bien documenté.
    A chaque terme japonais, une note de bas de page nous en explique le sens.
    Encore mieux, ces termes et leur explication sont récapitulés dans un glossaire à la fin du livre.
    C’est quelque chose de particulièrement apprécié car il n’y a rien qui m’énerve plus que de devoir aller sans cesse à la fin du livre à chaque fois que je tombe sur un terme inconnu, tout comme je déteste avoir à re-feuilleter un bouquin pour retrouver un terme en particuliers.

    A la fin du livre, il y a également un rappel des diverses légendes qui sont évoqués dans le roman.
    D’habitude, j’ai horreur de tomber sur un « à suivre » sans avoir été prévenue que le livre n’est finalement pas un one shot.
    Mais là, non, au contraire, j’ai été contente de savoir que j’allais pouvoir retrouver cet univers sans pour autant que la fin m’ait collée en PLS.

     

    Un extrait : Le village était endormi. On entendait à peine le chuchotement du vent dans les arbres. Même la pluie tombait avec la nonchalance d’une berceuse. Personne ne s’éveillait à une heure aussi précoce. Personne à part une jeune femme qui venait d’enfiler un pantalon et une chemise élimés pour prendre l’air.
    Anxieuse, elle jeta un regard à son mari qui cuvait son alcool de riz sur leur natte commune. Debout dans la pièce principale où ses beaux-parents dormaient, Katsu fit quelques pas sur les nattes posées à même la terre battue avant de pousser l’écran qui la séparait de l’extérieur.
    Comme à son habitude, elle prit les deux seaux en bois posés devant l’entrée pour aller chercher de l’eau. Elle aurait pu le faire à n’importe quelle heure de la journée, mais l’aube lui permettait de gagner quelques minutes de liberté.
    La rue était déserte. Le sol trempé de pluie brillait sous les faibles rayons de la lune. Le jour ne se lèverait pas avant une bonne heure, et Katsu se réjouissait par avance de ce petit moment de tranquillité. Aussi fugaces et éphémères soient-elles, elle savait que ces minutes lui appartenaient et que personne ne pourrait les lui ravir.
    Bientôt, elle pourrait savourer les premiers rayons du soleil. Cette promesse l’emplissait chaque matin de gratitude et lui permettait de rester debout.

     

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  • [Livre] La prisonnière du temps

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    Lecture terminée le : 23 août 2019

     

    Résumé : À l'été 1862, un groupe de jeunes peintres proches des Préraphaélites, menés par le talentueux Edward Radcliffe, s'installe au Birchwood Manor, sur les rives de la Tamise. Là, inspiré par sa muse, la sulfureuse Lily avec qui il vit une passion ravageuse, Edward peint des toiles qui marqueront l'histoire de l'art. Mais à la fin de sa retraite, une femme a été tuée, une autre a disparu, un inestimable diamant a été dérobé, et la vie d'Edward Radcliffe est brisée. Plus d'un siècle plus tard, Elodie Winslow, jeune archiviste à Londres fiancée à un golden-boy qui l'ennuie, découvre dans une vieille sacoche deux objets sans lien apparent : le portrait sépia d'une femme à la beauté saisissante en tenue victorienne, et un cahier de croquis contenant le dessin d'une demeure au bord de l'eau. Pourquoi le Birchwood Manor semble-t-il si familier à Elodie ? L'inconnue de la photo pourra-t-elle enfin livrer tous ses secrets ? Et si, en l'entraînant sur les traces d'une passion d'un autre siècle, son enquête l'aidait à percer le mystère de ses propres origines et à enfin mener la vie qu'elle désire ?


    Auteur : Kate Morton

     

    Edition : Presse de la cité

     

    Genre : Historique

     

    Date de parution : 04 avril 2019

     

    Prix moyen : 22€

     

    Mon avis : J’ai retrouvé dans ce livre tout ce que j’avais adoré dans le 1er livre que j’ai lu de l’auteur, « L’enfant du lac », à savoir le mélange des époques et des personnes. J’ai adoré ces histoires qui semblent n’avoir aucun lien entre elles si ce n’est cette maison, Birchwood manor.
    Et puis, au fil des pages, les destins s’entrecroisent, mais jamais franchement. Les liens entre les personnages sont parfois furtifs, comme un simple échange entre une femme adulte et un enfant.
    Tout début en 2017 avec une jeune archiviste passionnée, Elodie, qui découvre un carnet de croquis d’un artiste, dans un porte document d’un autre homme, le tout dans une sacoche au nom de l’artiste. La jeune femme travaillant pour une sorte de musée/archives consacrés à l’autre homme, elle cherche à savoir si la photo découverte avec le carnet appartenait à l’artiste ou à l’autre homme.
    Sa recherche de l’identité de la jeune femme la lance sur les traces de ce peintre et d’un diamant disparu.
    Birchwood manor est un personnage à part entière, elle qui fut tour à tour maison de particulier, pensionnat de jeune fille, refuse pour artiste ayant accueillis une famille chassée de Londres par les bombardements de la seconde guerre mondiale et enfin musée consacré au peintre dont on parle tout au long du livre, Edward Radcliffe.
    Un personnage, parmi tous ceux que l’on va rencontrer, traverse les époques. Un esprit, prisonnier de la maison, une femme qui y est morte et ne l’a jamais quitté.
    Qui est cette femme ? Comment est-elle morte ? Cela, on le découvrira par bribes pour n’avoir le fin mot… ben qu’à la fin de l’histoire, justement.
    Chacune des histoires a sa part d’émotions. J’ai particulièrement aimé celle de Juliet, qui s’installe à Birchwood manor avec ses trois enfants après que les bombes aient détruit leur maison londonienne.
    Ce livre n’est pas un livre que l’on peut lire rapidement, en pensant à moitié à autre chose. On a besoin de toute sa concentration pour suivre toutes les ramifications qui se révèlent au fil de l’histoire.
    Avec un minimum de concentration, les liens qui apparaissent sont assez clairs, on pourrait facilement en tracer un schéma.
    En résumant beaucoup, on pourrait dire que deux questions essentielles se posent : Qu’est-il arrivé à la jeune femme qui hante le manoir ? Où est passé le diamant, le fameux «Radcliffe blue » ?
    Et bien, je dois dire que si j’ai pu répondre à la première question (bon, ok, trois pages avant que ce soit écrit noir sur blanc, mais quand même), je n’avais vraiment, mais alors vraiment rien vu venir pour le diamant. J’en suis restée toute bête.
    J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman, et si je n’avais pas été si fatiguée, le soir après le boulot, je l’aurais certainement dévoré en deux jours.
    Je n’ai plus qu’une envie, choisir le prochain livre de Kate Morton dans lequel je vais me plonger.

     

    Un extrait : Si nous nous sommes retrouvés à Birchwood Manor, c’est que les lieux, disait Edward, étaient hantés. Ce n’était pas le cas – pas encore –, mais il faut être bien revêche pour s’abstenir de raconter une bonne histoire sous prétexte qu’elle est fausse. Edward était tout sauf revêche. Sa passion, sa foi aveugle en ce qu’il défendait, même les idées les plus absurdes, constituaient deux des raisons pour lesquelles j’étais tombée amoureuse de lui. Il avait la ferveur du prêcheur : dans sa bouche, n’importe quelle opinion revêtait la puissance d’une parole d’évangile. Il avait aussi le don d’attirer à lui des hommes et des femmes et d’allumer en eux des enthousiasmes incendiaires – brasiers devant lesquels tout pâlissait, hormis Edward et ses convictions.

    Mais Edward n’était pas un prêcheur.

    Je me souviens de lui. Je n’ai rien oublié.

    L’atelier dans le jardin de sa mère, à Londres, avec son toit de verre, l’odeur des couleurs qu’il venait de mélanger, le crissement des soies du pinceau sur la toile, tandis que son regard frôlait ma peau. Ce jour-là, j’avais les nerfs à vif. J’étais si désireuse de l’impressionner, de lui donner à voir une jeune femme que je n’étais pas, pendant qu’il me jaugeait et que l’injonction de Mme Mack me trottait dans la tête. « Ta mère était une vraie dame, ta famille des plus honorables : ne va pas l’oublier, ça, hein ! Si tu joues les bonnes cartes, nous recueillerons le fruit de nos efforts. »

    Alors je m’étais redressée sur la chaise en bois de rose, ce jour-là, dans l’atelier aux murs passés à la chaux, sous le buisson de pois de senteur aux rougeurs subtiles.

    Lorsque j’avais eu faim, la plus jeune de ses sœurs m’avait servi du thé et des gâteaux. Puis sa mère avait descendu l’étroite allée pour le regarder peindre. Elle adorait son fils. Elle voyait en lui s’accomplir les espoirs de la famille. Membre distingué de la Royal Academy, il était fiancé à une demoiselle généreusement dotée avec laquelle il engendrerait bien vite une portée d’héritiers aux yeux bruns.

    Une fille comme moi n’était pas faite pour lui.

    Sa mère par la suite s’est reproché le cours des événements. Mais il lui aurait été plus facile d’empêcher la lune de se lever que de nous séparer. J’étais, disait Edward, sa muse, son destin. Il l’avait su, compris, à la seconde où il m’avait vue sous la lumière trouble des becs de gaz, dans le vestibule du théâtre de Drury Lane.

    J’étais sa muse et son destin. Et lui, il était mien.

    C’était il y a si longtemps. Et c’était hier.

    Oh, je me souviens de l’amour.

     

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  • [Livre] La vallée des carnutes

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    Résumé : La vie est douce en pays carnute en cette fin du second siècle avant notre ère, au centre de ce qui deviendra un jour la Gaule, le commerce des céréales y enrichit désormais plus que les batailles et les butins. Cette quiétude est brutalement troublée par une série de morts aux circonstances effrayantes. Quel animal est sorti des enfers, et pourquoi ? Le druide Andanatos, autorité judiciaire incontestée, va devoir comprendre et dénouer l'écheveau, tandis que les menaces s'accumulent de toute part sur la Celtique. À l'est, les hordes cimbres et teutonnes s’apprêtent à déferler sur les riches campagnes celtes, tandis qu'au nord, des tribus belges ont retrouvé le chemin des pillages. Le jeune seigneur Donotalos, missionné par les druides, voit dans tous ces événements l'occasion de sortir de cette paix qui l'ennuie et d'être digne de sa glorieuse lignée. Il y trouvera plus encore.


    Auteur : Jean-Pierre Deséchalliers

     

    Edition : Autoédité

     

    Genre : Historique

     

    Date de parution : 01 septembre 2019

     

    Prix moyen : 18€

     

    Mon avis : La dernière fois que j’ai lu une histoire avec des druides, des bardes et des guerriers, c’était un « Astérix ».

    Alors, vous voyez, je partais de loin !
    Il y a beaucoup de personnages, avec des noms parfois très proches les uns des autres. Autant vous dire que j’ai énormément apprécié la délicate attention de l’auteur de nous mettre en début d’ouvrage un lexique des noms (des dieux, des personnages, des lieux, des fonctions…) ainsi que le calendrier utilisé par les druides qui nous permet de situer l’histoire dans le temps.
    En plus de la plongée dans la vie quotidienne des carnutes : justice, règles de successions, fêtes… On assiste aussi aux pillages des peuples ennemis et des combats qui en découlent.
    Et au milieu de tout cela, une étrange créature sème la terreur parmi la population.
    Même si tout laisse à penser que la bête en question est un sanglier plus gros que la moyenne, j’ai quand même eu le même sentiment d’angoisse qu’en lisant des romans sur la bête du Gévaudan.
    On sent un danger omniprésent, on sent que cet animal est bien trop intelligent pour un simple sanglier.
    Toute l’histoire ne tourne pas autour de cette affaire mais elle est en filigrane de l’histoire et sert un peu de fil conducteur.
    Ce roman semble très documenté mais je regrette un peu l’absence d’une bibliographie car je suppose que l’auteur a eu plus d’une source historique pour écrire son roman.
    En tout cas, au-delà des exactitudes ou éventuelles inexactitudes de la période historique, l’inspiration de l’auteur n’est jamais prise en défaut.
    Les chapitres sont très longs. D’habitude c’est quelque chose qui me dérange parce j’ai tendance à vouloir aller jusqu’au bout du chapitre en cours avant de dormir, mais là, l’histoire était si prenante que je ne me suis réellement rendue compte qu’en finissant le livre et en voyant le nombre total de chapitres, de leur longueur.
    Et si le texte comporte quelques coquilles, cela n’a jamais dérangé ma lecture et à chaque fois que j’ai dû poser le livre, j’ai eu beaucoup de mal à sortir de l’histoire.
    J’ai vraiment apprécié cette lecture même si je n’ai pas atteint le coup de cœur… mais ce n’était vraiment pas très loin !

     

    Un extrait : Une forte et longue averse prolongea la nuit, noyant tout autre bruit, et au petit jour le réveil fut paresseux, chacun restant réfugié à l’abri des maisons aux vastes toits de chaume et de branchages. Même les appels des bêtes manquaient de conviction.
    À son habitude, Artopennos fut un des premiers debout. Il passa le mors à Maros, son cheval pommelé gris et blanc aux épaules et à la croupe élevées et solides à même de le porter sans fatigue, et le sortit silencieusement de l’écurie. Puis il entama la ronde d’inspection qui inaugurait chacune de ses journées dans le domaine. Le portail franchi, il tourna à main droite en remontant la pente vers la forêt, selon un chemin invariable qui suivait le fossé hautement remparé qui cernait les habitations et les cours de Cauanoialon. Il en connaissait chaque pieu, chaque poutre, chaque pierre, et aucune anomalie n’aurait pu échapper à l’attention constante qui était sa raison de vivre depuis la promesse faite il y avait déjà bien des hivers. Tout en scrutant les défenses et les alentours, la mine sombre, il ressassait les événements de la nuit, irrité de les avoir si mal anticipés.
    Un guerrier devait tout envisager, et s’il devait risquer sa vie, il ne devait le faire qu’en pleine connaissance de cause ! Son imprévoyance avait mis Donotalos en danger, ce qui s’avérait pire que tout. De quoi enrager, après tout ce temps de vigilance sans faille.

    Le passé remontait en flots au fond de sa gorge. Il lui semblait entendre dans les appels et les cris de la maison qui s’animait de l’autre côté de la clôture, les éclats de rire et la voix forte d’Adiantos, le père de Donotalos, son seigneur, son ami.
    Artopennos l’avait servi comme premier écuyer dans ses incessantes campagnes, sans une hésitation, sans un doute. Guerriers redoutables, invaincus, ils avaient conquis honneurs et butins, assis la réputation du clan et ramené l’or qui avait permis de fonder et bâtir Cauanoialon tel qu’Adiantos l’avait rêvé. C’est lui aussi qui avait finalement guidé vers le vallon de la chouette le cheval de son maître, le corps ballant d’Adiantos sanglé sur le dos, après sa dernière bataille douze ans plus tôt. Par les dieux infernaux, cette bataille, quel piège, quelle déroute invraisemblable ! Artopennos en grinçait des dents chaque fois qu’il y pensait, c’est-à-dire souvent.
    Une fois de plus, il laissa filer ses souvenirs.

     

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  • [Livre] Victoria

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    Résumé : Alors qu’elle vient d’avoir dix-huit ans, Alexandrina Victoria est sacrée reine de Grande-Bretagne et d’Irlande. Dès lors, la jeune souveraine surprend tout le monde : elle abandonne son prénom détesté pour adopter celui de Victoria, insiste pour avoir ses propres appartements et rencontrer ses ministres en tête à tête. L’un d’entre eux, lord Melbourne, devient très vite son secrétaire particulier. Il aurait peut-être pu devenir davantage… si tout le monde n’avait pas soutenu que la reine devait épouser son cousin, le taciturne prince Albert. Mais ce que Victoria ignore encore c’est qu’en amour comme en politique, il ne faut pas se fier aux apparences.


    Auteur : Daisy Goodwin

     

    Edition : Milady

     

    Genre : Historique

     

    Date de parution : 20 octobre 2017

     

    Prix moyen : 18,50€

     

    Mon avis : Dans ce roman, que l’auteur a écrit en parallèle du scénario de la série « Victoria », Daisy Goodwin relate la vie, de façon romancée, de la reine Victoria de sn accession au trône jusqu’à ses fiançailles avec le prince Albert.
    J’ai adoré Victoria. Certes, elle est impulsive et têtue comme une bourrique, parfois naïve, mais il faut se rappeler qu’elle a 18 ans, qu’elle goûte pour la première fois de sa vie à la liberté et qu’elle est entourée de personnes qui entendent la manipuler pour exercer le pouvoir à travers elle.
    De son enfance à Kensington, isolée, stricte et à l’emploi du temps millimétré qui ne lui laisse aucune ouverture sur le monde, Victoria garde un souvenir amer et une profonde rancune envers sa mère et le conseiller de celle-ci, John Conroy.
    Sa seule alliée était la duchesse de Lehzen qui détestait la mère de Victoria et Conroy. Je me demande d’ailleurs pourquoi la duchesse et Conroy, qui avaient alors tous les pouvoirs, ne se sont pas débarrassé d’elle en la renvoyant à Hanovre.
    Victoria, une fois reine, est entourée de personnes malveillantes : son oncle Cumberland et Conroy sont certainement les pires.
    A première vue, on peut penser que la mère de Victoria fait partie des personnes malveillantes mais je pense que c’est une mère inquiète qui a été manipulée par un homme qui a su profiter de son isolement.
    Au final, j’ai trouvé la duchesse de Lehen bien plus malveillante.
    Son affection pour Victoria semble sincère mais sa possessivité la pousse à tenter d’isoler Victoria afin de la garder pour elle. Cet état d’esprit la pousse à mal conseiller la reine, comme dans l’affaire Flora Hasting.
    Lord Melbourne est le plus fidèle sujet de Victoria.
    L’auteur a fait le choix de faire une romance entre Melbourne et Victoria.
    Des sentiments partagés mais qui ne débouchent sur rien de concret par soucis des convenances.
    S’il parait évident que Victoria ait pu concevoir une grande admiration pour la première personne qui la traitait autrement que comme une fillette sans cervelle, et si la propension de la Reine à le consulter à propos de tout a produit certaines rumeurs, aucune relation sentimentale n’a été établie entre eux. Il est plus probable que Victoria, orpheline de père, ait vu en Melbourne, veuf et sans enfant de 40 ans son aîné, une figure paternelle et que l’homme ait vu en cette jeune femme inexpérimentée qu’il devait guider, une fille spirituelle.
    en dehors de ce côté romancé, le livre est asse fidèle sur le plan historique. Malgré ses plus de 500 pages, j’ai eu une impression de trop peu à la fin de ma lecture.
    J’avais encore envie de rester avec Victoria et Albert, de lire les débuts de leur vie à deux, la naissance de leurs enfants, sous la superbe plume de Daisy Goodwin.
    Il me faudra me contenter de la série !

     

    Un extrait : En ouvrant les yeux, Victoria vit un fin rayon de lumière filtrer à travers les volets. Elle entendait sa mère respirer dans le grand lit à l’autre bout de la pièce. Mais plus pour très longtemps. Bientôt, songea-t-elle, elle disposerait de sa propre chambre. Bientôt, elle pourrait descendre l’escalier sans tenir la main de Lehzen ; bientôt, elle pourrait faire ce qu’elle voudrait. Elle avait fêté son dix-huitième anniversaire le mois précédent ; par conséquent, le moment venu, elle régnerait seule.

    Dash leva la tête. Victoria entendit les pas précipités de sa gouvernante. Si Lehzen venait la voir maintenant, cela ne pouvait signifier qu’une chose. La jeune femme sortit de son lit et gagna la porte, qu’elle ouvrit à l’instant où Lehzen s’apprêtait à toquer. La baronne avait l’air si drôle, debout, la main levée, que Victoria éclata de rire ; mais elle se reprit en voyant l’expression de sa gouvernante.

    — Le messager de Windsor est en bas, annonça Lehzen. Il porte un brassard noir. (Elle s’inclina en faisant une profonde révérence.) Votre Majesté.

    Victoria sentit un sourire s’épanouir sur son visage sans qu’elle puisse le réprimer. Elle tendit la main et releva Lehzen pour que celle-ci lui fasse face. La dévotion qu’elle lut dans les yeux bruns inquiets de son aînée l’émut.

    — Ma très chère Lehzen, je suis si heureuse que vous soyez la première personne à m’appeler ainsi ! s’exclama Victoria.

    La gouvernante jeta un coup d’œil à la silhouette endormie dans le lit voisin, mais Victoria secoua la tête.

    — Je ne veux pas encore réveiller maman, dit-elle. La première chose qu’elle fera sera d’appeler sir John ; et ensuite, ils entreprendront de me dicter ce que je dois faire.

    Les lèvres de Lehzen frémirent.

    — Mais vous êtes la reine, Drina, protesta la baronne qui s’interrompit aussitôt en s’apercevant de sa bévue. Je veux dire, Majesté. Personne ne peut vous dicter ce que vous devez faire, à présent.

    Victoria sourit.

     

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  • [Livre] Black Hills (Paha Sata)

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    Résumé : Au milieu du 19e siècle, aux États-Unis, l'avancée des colons blancs atteint la région des Black Hills et des grandes plaines. Le soir de ses fiançailles, la jeune Emma London, issue de la bourgeoisie de Chicago, est enlevée par une bande de Sioux Lakotas. Emmenée de force au village indien, Emma y restera prisonnière durant près de huit mois : huit mois de révolte et de confrontation avec ses ravisseurs, mais aussi de découverte d'un peuple paradoxalement attachant, au cœur duquel naîtra un improbable amour. Écartelée entre ses origines et une société qui la fascine, Emma va devoir choisir. Ce choix ne se fera pas sans danger...


    Auteur : Christian Carlier

     

    Edition : Plumes solidaires

     

    Genre : Historique

     

    Date de parution : 15 Octobre 2019

     

    Prix moyen : 19€

     

    Mon avis : C’est sur la proposition des éditions plumes solidaires que j’ai découvert ce roman.
    Emma London est une jeune femme volontaire, qui n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Son père l’a fiancée à David Bentley, jeune homme de bonne famille, riche héritier, de la région des Black Hills dans le Dakota, à la limite des terres colonisées (oui, comme docteur Quinn, mais dans un autre état).
    Après la mort de son père, Emma ne voit aucune raison de reprendre sa parole et quitte son Chicago natal pour rejoindre son futur.
    Au cours de la soirée donnée pour fêter les fiançailles du fils de la maison, David et Emma s’éloignent dans le jardin et David, passablement ivre, tente de violer Emma.
    Au même moment, un petit groupe de Sioux Lakota menés par le chef Chayton s’introduisent sur la propriété pour délivrer certains des leurs, prisonniers et réduits en esclavage par Bentley père.
    Entendant les cris d’Emma et soucieux de ne pas laisser de témoins, ils s’approchent pour voir qui est là et David Bentley étant un homme qu’ils détestent, ils le frappent violemment, le laissant pour mort. Sur l’impulsion du moment, ils enlèvent Emma.
    Commence alors pour la jeune femme une incursion aussi effrayante que fascinante dans le monde des sioux Lakota.
    Comme tous les blancs de cette époque, Emma ne connait les indiens qu’à travers les préjugés véhiculés par ceux qui leur vole leurs terres, sans faire de distinction entre les différentes tribus.
    Pourtant, au fil des jours de sa captivité, Emma découvre un peuple qui, s’il est sans pitié avec ses ennemis, plutôt vaniteux et enclin à une certaine violence, se montre parfaitement cordial avec ses prisonniers, et mène une vie tournée vers la nature où le respect de l’autre tient une grande place. Petit à petit, celle que les indiens appellent du nom indien signifiant Carcajou (à cause de son caractère mordant, comme l’animal), va s’adapter bon gré, mal gré, à sa nouvelle vie.
    Pendant ce temps, chez les blancs, James Bentley est ivre de rage. Son désir de vengeance ne connait aucune limite. Et ce désir de vengeance est mêlé de son avidité de pouvoir. Je me suis même demandé sérieusement si c’était vraiment l’attaque de son fils qui le rendait furieux ou si c’était parce qu’il considère cette attaque comme une attaque contre son autorité.
    C’est un homme qui veut avoir tout le monde à sa botte, ou, à défaut, sous sa coupe.
    Ce mec à tout pour plaire : il n’est courageux que s’il est en position de force, hurle et menace dès qu’on le contrarie et enfin, méprise ouvertement tous ceux qu’il juge inférieurs, soit la quasi-totalité de son entourage.
    L’auteur n’idéalise pas les indiens. S’il dépeint un mode de vie empreint de respect au sein de leur tribu, il montre aussi que les guerres entre les tribus avec scalp et vol de chevaux et de femmes est la norme et qu’ils sont enclins à régler les conflits dans le sang.
    Mais aucun de ces défauts n’arrivent à la chevilles de ceux des blancs, pas forcément les colons, pauvres, qui viennent travailler la terre pour survivre et chez qui on attise la peur des indiens, mais les blancs qui sont là pour déposséder les indiens de leurs terres afin d’exploiter les ressources de cette dernière, et qui les chassent ou les réduisent en esclavage en les maltraitant et les rendant dépendant à l’alcool.
    J’ai beaucoup aimé, à la fin du roman, avoir la signification des noms indiens ainsi que le calendrier qu’ils utilisent et qui rythme leur vie (j’ai particulièrement aimé la lune du gel dans le tipi, je me demande bien ce qui a inspiré ce nom ^^ ).
    J’ai été complètement captivée par ce roman que j’ai lu d’une traite, n’arrivant jamais à m’en éloigner plus de quelques minutes (heureusement que je ne travaillais pas !).
    Je voulais impérativement savoir ce qui allait se passer au chapitre suivant et même à la page suivante. Et je n’ai pas été déçue !

     

    Un extrait : David et Emma sortent sur la terrasse afin de s’isoler de tous ces regards qui les suivent depuis le début de soirée. Seulement, il y a là aussi trop de monde. Un solide quadragénaire à la redingote élimée, la chemise ouverte sur un poitrail velu, vient leur réitérer ses vœux de bonheur d’une voix pâteuse. David propose à sa fiancée de faire quelques pas à l’extérieur, là où on les laissera en paix. Ils s’enfoncent lentement dans la nuit en se tenant par la main. Parce que la musique de l’orchestre fait écran, Emma n’entendra pas l’étrange mélopée qui vient de s’élever près d’eux, dans une partie du jardin qu’aucune lumière n’éclaire.

    Il s’y trouve, invisible à cet instant, une baraque de bois très basse, longue et étroite, au bardage confectionné de planches disjointes. C’est de là que provient le chant. Des hommes y sont enfermés, des Peaux-Rouges, serrés dans un espace réduit et si bas qu’ils ne peuvent s’y tenir debout. Ils sont huit, jeunes, sauf un. C’est le vieux qui a entonné la mélopée d’une voix grave. Une voix qui dit leur présence.

    David Bentley et sa milice les ont capturés la semaine précédente lors de l’attaque-surprise d’un camp de chasse où se trouvait Chayton. Ce dernier et quelques braves avaient pu s’échapper malgré les balles sifflant autour d’eux. Trois Peaux-Rouges avaient trouvé la mort, fauchés par les tirs des blancs. Les autres, stupéfiés, désarmés, avaient dû se rendre sans combattre. Ils ne faisaient que chasser sur leurs terres, loin du village des blancs. David Bentley les épargna parce qu’il avait besoin de cette main-d’œuvre gratuite et forcée qu’il loue aux fermiers aisés d’Oxfield. Pour faire taire les bonnes consciences — il s’en trouvait —, on présenta les Lakotas comme ayant été sur le point de commettre un vol de chevaux. Cela eut pu être possible, mais ce n’était pas le cas. Le vieil Indien n’avait pas vraiment de valeur marchande, toutefois James Benthey, qui se targue de bien connaître les indigènes, savait que les jeunes guerriers emprisonnés, poussés par la honte et l’affliction, pouvaient avoir des réactions extrêmes. La présence parmi eux d’un ancien se montrait apaisante. C’est pour cela qu’il avait épargné le vieux, pour qu’il conseille la sagesse aux jeunes. Les Lakotas ont foi en la parole des anciens. Peut-être que James Bentley ne connaissait pas si bien que cela les Lakotas, finalement.

     

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  • [Livre] Le choix du roi

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    Résumé : Royaume des Francs, 792. L’heure est grave : Charlemagne vient d'apprendre que son fils d’un premier lit, Pépin le Bossu, a conspiré contre lui. Le roi est loin d'avoir été un père idéal, mais la sentence est sans appel : le jeune traître doit rejoindre un monastère et y demeurer le restant de ses jours. Peu enclin à faire amende honorable et encore moins à devenir un homme de Dieu, Pépin dépérit. L'héritier déchu est loin de se douter que c’est par une entremise des plus inattendues que viendra son salut, avant d'entamer un périlleux voyage vers l'inconnu...


    Auteur : Solène Beauché

     

    Edition : Librinova

     

    Genre : Historique, Fantastique

     

    Date de parution : 15 novembre 2018

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : Ce roman m’a vraiment happée.
    A la lecture, on repère certains faits historiques connus, comme la mort de Roland à Roncevaux ou encore le défilé d’épouses de Charlemagne.
    Pour d’autres, c’était plus difficile. Il a fallu que je fouine sur internet pour découvrir qu’Amaudra (aussi appelée Alpaïs) a bel et bien existé.
    En fait, toute la base du roman est parfaitement juste historiquement parlant en ce qui concerne les personnages principaux. Puis, à partir du moment où Peypin le bossu et Amaudra se retrouvent, l’histoire se met en veilleuse, sans s’effacer totalement, pour laisser la place à la fiction.

    Mais très franchement, à part lorsqu'il est question d’un don surnaturel (dont on connaît l’existence mais qui ne prend pas le pas sur l’histoire), tout est parfaitement crédible et pourrait tout à fait s’être déroulé ainsi.

    L’histoire est découpée en trois parties, chacune étant racontée à la première personne par l’un des trois personnages principaux.
    La première partie est du point de vue de Charles (Charlemagne). Mon Dieu que j’ai pu détester ce type ! Son arrogance est insupportable, son attitude générale est d’une hypocrisie sans nom ! Il n’a que Dieu à la bouche alors que son comportement va à l’encontre de cette religion et notamment son rapport avec ses femmes.
    La seconde partie est racontée par Peypin le bossu et la troisième par Amaudra, les deux ainés de Charles qu’il a eu avec sa première épouse, Himiltrude, qu’il a répudiée pour conclure une alliance plus avantageuse, réduisant ses deux premiers enfants au rang de bâtard.
    Ces deux jeunes gens ont vécu, chacun à leur manière, une vie misérable à cause de leur père.
    Là, en revanche, j’ai vraiment adoré ces deux personnages et je serais bien incapable de vous dire si j’ai préféré Peypin ou Amaudra.
    L’histoire de chacun d’eux m’a profondément touchée. La solitude que ressent Peypin au sein de sa famille, ou celle d’Amaudra, en exil, utilisée honteusement par son père sans pour autant qu’il daigne faire autre chose que la reléguer aux oubliettes, m’a interpellée de la même façon.
    Cette saga familiale où un frère et une sœur se portent l’affection qui leur a toujours été refusée par un père égoïste, est portée par l’écriture captivante de l’auteur.
    Son histoire est si bien documentée que j’ai parfois eu l’impression de lire du Philippa Gregory.
    En demandant « Le choix du roi » comme service presse, j’espérais lire une histoire plaisante qui saurait me charmer.
    Elle a dépassé toutes mes espérances car j’ai eu un vrai coup de cœur pour ce superbe roman.

     

    Un extrait : Été 792. Je me redressai en sursaut, mon cœur battant la chamade. Le cauchemar qui m’avait réveillé m’engourdissait encore, plus vivace que jamais. Haletant, sans prendre la peine de me couvrir, j’enjambai le corps dénudé de l’une des jeunes filles qui partageait mon lit et me dirigeai vers la fenêtre. Dehors, la lune se dessinait en filigrane derrière une fine couche nuageuse. Ses contours nets et pleins découpaient dans le paysage des ombres ruisselantes. Une pluie diluvienne s’abattait sur Ratisbonne. Je lui présentai mon visage pour y laisser éclater quelques gouttelettes échappées des trombes d’eau crachées par le ciel. Un effluve de terre détrempée me parvint furtivement.

    J’avais rêvé qu’on me volait ma couronne. Mes assaillants n’avaient rien d’identifiable. Leur figure était lisse, à peine parée d’yeux vides, sans âme, comme sculptés à même leur peau. Ce n’était pas la première fois que ces visions m’apparaissaient. C’était le prix de la royauté. L’angoisse d’être déchu, de devenir un homme parmi les hommes ou pire, de quitter ce monde en sachant son royaume entre de mauvaises mains. Que cette peur ne m’ait jamais taraudé eut été intolérable.

    Je regagnai mon lit, que je distinguais tout juste dans l’obscurité à peine balayée de timides rayons lunaires. Aucune des deux servantes qui y dormaient à poings fermés, épuisées par nos ébats tardifs, n’avait bronché quand je m’étais réveillé en sursaut. L’une d’entre elles émit un gémissement discret tandis que j’embrassais son sein charnu, puis elle replongea dans un sommeil paisible. Le lendemain, elles retourneraient à leur vie de labeur avec la seule satisfaction d’avoir procuré une nuit de plaisir à leur roi. Le grain fin et ferme de leur peau contrastait avec le relâchement naissant de la mienne. Mon corps, bien qu’encore vigoureux, commençait à montrer les signes de ses quarante-cinq ans. Je n’étais plus un jeune homme.

    Soudain, j’entendis un garde se braquer à l’entrée de ma chambre. Une voix essoufflée semblait insister pour s'entretenir avec lui.

    — Pitié, je dois lui parler, c’est une question de vie ou de mort !

    — Le roi est occupé, il ne veut être dérangé sous aucun prétexte.

    Le tumulte provoqué par leur discussion fit tressaillir mes jeunes amantes qui, prises de panique, tentèrent tant bien que mal de cacher leur nudité. Elles étaient moins chastes quelques heures auparavant.

    Je les laissai à leur affolement, plus soucieux d’aller à la rencontre de celui qui osait troubler ma prétendue quiétude. J’interpellai l’importun, que je n’étais pas sûr de reconnaître. Il portait l’habit monacal et était trempé jusqu’aux os.

    — Que se passe-t-il ici ?

    — Roi Charles, je vous prie de m’excuser, mais je ne vous dérangerais pas si ce n’était pas de la plus haute importance. Mon nom est Fardulf. Je viens vous avertir du danger qui vous guette. Je me suis rendu coupable d’avoir cédé à la fatigue dans l’église dont je suis le chapelain et il y a quelques heures de cela, un bruit de pas m’a réveillé. Sous les nefs, des conspirateurs parlaient à voix basse contre vous. Ils ont pour dessein de vous tuer et de mettre votre fils Pépin sur le trône à votre place.

    — Pépin ? grinçai-je. Il n’a pas quinze ans, il est trop jeune pour régner. Et puis, la couronne d'Italie lui est tout acquise.

    — C’est de votre autre fils qu’il s’agit, roi Charles. Celui qui est contrefait. Je l’ai vu. Il était là, avec les conspirateurs.

    Un nœud étreignit ma poitrine tandis que le clerc, intarissable, continuait de radoter.

    — Ils m’ont surpris et j’ai couru aussi vite que j’ai pu pour leur échapper. Ils ont bien failli me rattraper, mais ma loyauté envers vous…

    Je n’écoutais déjà plus. J’avais été trahi par ma chair et mon sang.

     

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  • [Livre] Suzon

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    Résumé : Paris, 1698. Fille de bourgeois, insolente, véritable garçon manqué grimpant aux arbres et jurant comme un charretier, Suzon est placée à huit ans au couvent des Ursulines de Saint-Denis.
    Dans cette prison, elle se lie d’amitié avec Ederna, jeune aristocrate originaire de Saint-Malo, qui lui raconte mille histoires de corsaires bravant la mer pour la gloire du Royaume.
    Rendue à sa famille à dix-sept ans, Suzon, toujours aussi rebelle, tombe éperdument amoureuse d’Antoine Carreau, chevalier de Léré. Mais le jeune homme est tué au cours d’un duel, laissant Suzon inconsolable, à la tête d’une petite fortune.
    Elle décide de quitter Paris pour Saint-Malo, afin d’y rejoindre son amie Ederna, mariée et mère de deux enfants, qui l’accueille à bras ouverts.
    Pourtant, Suzon rêve d’un autre destin que celui que la nature et la société lui ont prescrit. L’appel du large hante ses jours et ses nuits. Mais une femme peut-elle, même au siècle des Lumières, vivre sa vie librement et assouvir sa soif d’indépendance et d’infini ?
    C’est donc travestie en homme qu’elle investit sa fortune pour armer une frégate et sillonner les mers au côté du séduisant capitaine Thomas Raquidel, qui ne sait rien de sa vraie nature.


    Auteur : Louise Bachellerie

     

    Edition : Delpierre

     

    Genre : Historique

     

    Date de parution : 21 Mars 2014

     

    Prix moyen : 16€

     

    Mon avis : J’ai beaucoup aimé le style de l’auteur qui emploie dans son récit les tournures de phrases que l’on pouvait trouver chez les auteurs du XVIIIème siècle. Cela nous permet de plonger encore plus dans l’histoire de Suzon car on a l’impression que l’histoire a été racontée par l’un de ses contemporains.
    Dès le début de l’histoire, on apprend deux choses sur Suzon : son père lui reproche de n’être qu’une fille et c’est une forte tête.
    Rebelle, garçon manqué, insolente, rien, ni les punitions, ni les brimades ne semblent pouvoir la faire plier. Expédiée au couvent sur les instances de sa belle-mère, les religieuses n’ont pas plus succès que le patriarche sur le caractère de la gamine.
    C’est au couvent que Suzon va rencontrer Ederna qui a été mon personnage préféré du roman. Posée et plus conventionnelle que son amie, Ederna a aussi son petit caractère mais sait où est le devoir qu’elle doit à son rang et s’est résignée à faire un mariage dépourvu d’amour. Tout au long des aventures de Suzon, elle sera un peu son point d’ancrage. Sa maison, son époux, son frère, ses enfants, sont le cocon dans lequel Suzon se sent en sécurité et là où elle retourne à chaque fois qu’elle est confrontée à quelque chose de trop difficile. Ederna ne lui reproche jamais rien, ou quand elle le fait, c’est à demi-mot, avec douceur et sans jugement. J’ai vraiment beaucoup aimé ce personnage et sa famille. Plus que Suzon que j’ai souvent trouvé inconséquente avec sa façon d’agir avant de réfléchir et de prendre des décisions en dépit du bon sens.
    Au début, Suzon ne se travestit en homme que pour pouvoir voyager en sécurité, le temps de rejoindre Ederna. Le travestissement peut la conduire en prison et, si on peut comprendre qu’elle n’ait pas osé prendre la route avec des biens précieux en tant que femme, on se serait attendu à ce qu’elle ne tente pas le sort en recommençant.
    Mais non, à peine arrivée à Saint-Malo, Suzon est prise par l’appel du large et, toujours sous sa fausse identité masculine, elle affrète un bateau pour aller jouer au corsaire, risquant ainsi sa propre vie (une femme s’embarquant comme homme sur un bateau risquait la peine de mort) et celle de son entourage (tout homme sur un bateau soupçonné d’avoir eu connaissance de la nature féminine d’un « matelot » est condamné à être pendu).
    A travers les péripéties de Suzon, on découvre la vie en mer. La dureté des capitaines, la dureté impitoyable des éléments et des hommes : quand on ne meurt pas empoisonné par de la viande avarié ou durant une tempête, on a toutes les chances d’être frappé par une punition injuste dont l’issue est souvent la mort.
    A côté de la vie en mer, on a un aperçu des débuts du règne de Louis XV, du commencement de la traite des nègres, à laquelle s’opposent déjà les philosophes, les salons parisiens, la piraterie…
    Le roman se lit assez vite, même si la lecture est quelque peu ralentie par l’abondance de détails historiques qu’il faut le temps d’assimiler.
    J’ai eu peur à plusieurs reprises, non seulement pour Suzon mais aussi et surtout pour son entourage qui n’est pas épargné.
    La fin du roman prépare le suivant qui sera consacré à la génération suivante en la personne de Louise, la fille de Suzon.

     

    Un extrait : Le sieur Pierre-Siméon Truchot, négociant en drap, indienne et soieries, établi à Paris, rue Saint-Dominique (anciennement chemin des vaches), nourrissait bien des reproches à l’égard de sa fille aînée. Le premier était qu’elle avait coûté la vie à sa mère, passée de vie à trépas quelques jours seulement après ses couches. Le second était qu’elle était une fille. Il avait espéré que ce premier enfant serait un garçon, un mâle vigoureux et plein de promesses : celle d’abord de le seconder, puis de lui succéder dans son négoce qui, en 1698, était fort prospère. Au lieu de cela, le nourrisson était malingre, dépourvu des attributs qu’on aurait aimé lui voir, et il l’avait privé définitivement de la compagnie de dame Flavie, sa première épouse qu’il aimait d’amour.
    Pour que la petite ne mourût pas de faim, il avait fallu embaucher une nourrice qui fait aussi office de servante. Deux ans plus tard, à l’aube du nouveau siècle, Pierre-Siméon Truchot avait repris femme. Si la première s’était montrée inapte à enfanter sans y perdre la vie, la seconde était d’une fécondité telle que, après de deux naissances en deux ans, le drapier avait résolu de renoncer aux plaisirs de la chair. Mais son épouse, qui était encore jeune et ardente, lui avait démontré que Dieu n’aurait point prisé qu’il négligeât son devoir conjugal. De leur lit naquirent donc deux autres enfants braillards qui exigèrent qu’on employât deux nouvelles servantes et qu’on engageât force dépenses diverses.
    Tous les marmots vécurent, crurent et embellirent, montrant tous une belle santé et des organes qui défiait en puissance, lorsqu’ils étaient réunis, les cris des marchants ambulants, les hennissements des chevaux et le bruit des marteaux frappant et taillant la pierre alentour, dans la rue, où l’on construisait à tour de bras de nouvelles demeurent et entrepôts.

     

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  • [Livre] La renaissance de Pemberley

     

    Je remercie Lise Antunes Simoes pour cette très belle lecture
    Lise, tu as une plume géniale, n’arrête jamais d’écrire ! Même si ça te prends des années pour décider d'écrire un nouveau roman.
    Après tout, entre les tomes 4 et 5 des enfants de la terre de Jean M. Auel, il s'est passé 12 ans! Alors on peut attendre ^^

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    Résumé : Alors qu’Elizabeth Bennet s’imaginait vieille fille, la voilà contre toute attente mariée à l’un des plus beaux partis du Derbyshire. Désormais, elle doit faire face à un défi de taille : assumer son rôle à Pemberley, l’immense et prestigieux domaine familial, où tout le monde exige qu’elle conduise sa maisonnée de main de maître. Elle n’a pas le droit à l’erreur, certains s’en réjouiraient beaucoup trop. Darcy est là, bien sûr, prêt à l’épauler, mais il ne peut pas la protéger de tout. Des mauvaises langues qui persiflent sur son passage. De l’isolement dans un pays où elle se sent étrangère. Des responsabilités, parfois lourdes, qu’elle doit apprendre à honorer. Du fantôme de Lady Anne, la mère de Darcy, à qui on la compare sans cesse.Heureusement, Elizabeth ne manque ni de volonté ni de courage. Un jour, elle en est sûre, elle triomphera des esprits les plus mesquins et prouvera à tous qu’elle est bien digne d’être la nouvelle maîtresse de Pemberley


    Auteur : Lise Antunes Simoes

     

    Edition : Bibliothèque et Archives nationales du Québec

     

    Genre : Romance historique

     

    Date de parution : 05 janvier 2019

     

    Prix moyen : 16€

     

    Mon avis : J’ai découvert la plume de l’auteur avec sa trilogie « Les filles de joie » que j’avais beaucoup aimé, d’autant plus qu’elle explorait le même univers que la série « maison close » qui m’avait laissé sur ma faim en étant brutalement annulée.
    Alors, quand l’auteur m’a contactée pour me proposer de lise son nouveau roman : « La renaissance de Pemberley », je n’ai pas hésité une seule seconde.
    Et j’ai bien fait, parce que ce roman est mon premier coup de cœur de janvier (il était temps ! Je l’ai lu autour du 23 janvier), et du coup de l’année.
    Il m’a tellement emballé que je pardonne à l’auteur de m’avoir fait faire une nuit presque blanche (alors que je bossais le lendemain !).
    J’ai toujours fait partie de ces personnes qui ont du mal à voir une histoire se refermer. D’autant plus quand il reste encore tant de choses à dire !
    Alexandra Ripley m’avait déjà sauvée de la frustration que la fin d’« autant en emporte le vent » avait causé avec son roman « Scarlett ».
    Aujourd’hui, c’est au tour de Lise Antunes Simoes de prolonger la magie d’ « Orgueil et préjugés » avec « La renaissance de Pemberley ».
    J’ai vraiment adoré ma lecture. Si le style respecte bien les codes de l’époque de Jane Austen, Lise Antunes Simoes ne fait pas pour autant de ses personnages des êtres asexués ne faisant que se donner de chastes baisers et se reproduisant par génération spontanée.
    Non. Du tout. Darcy et Elizabeth sont bien mari et femme jusqu’au bout des ongles et, à ce titre, partagent le même lit (Ouh, scandale!!! Ne riez pas, j'ai vu un avis qui considère comme négatif que Darcy et Elizabeth n'essaient pas de se reproduire à la manière des poissons rouges... Je m'interroge...). Mais si vous êtes adeptes des scènes à la Hugo Romance, passez votre chemin, ici tout est suggéré (pour ma part, je préfère nettement ça !).

    Quant aux personnages, que ce soit Bingley, Darcy, Elizabeth, Jane ou autres, ils sont remarquablement fidèles à ceux qu’avaient décrits Jane Austen.
    L’auteur est même allée plus loin en tenant compte de l’évolution des personnages tels que Georgiana qui acquiert une personnalité plus complexe ou Kitty qui, libérée de l’influence de Lydia, est bien plus supportable.
    Le chemin que fait Elizabeth pour s’imposer comme Dame de Pemberley, ses doutes, ses hésitations, comme ses succès, sont très bien décrits également. Les choses ne vont ni trop vite ni trop lentement et sont tout à fait crédibles.
    Pour ne rien gâcher, je pense que Lise Antunes Simoes et moi avons appréhendés les personnages de Jane Austen de la même façon car l’évolution qu’elle leur fait subir est très exactement ce que j’aurais imaginé et ce que j’avais envie de lire.
    Les descriptions donnent vraiment l’impression d’y être. Sans être une seule seconde lourdes ou ennuyeuses, elles nous font découvrir le manoir, le domaine, les terres qui l’entoure en même temps qu’Elizabeth.
    Lise Antunes Simoes, au travers d’Elizabeth, apporte un vent de modernité subtil à l’histoire tout en respectant les us et coutumes et le langage de l’époque.
    Non, ce n’est pas contradictoire ! Comme je le disais, c’est très subtil.
    Ai-je un point négatif à dire sur ce livre ? Absolument ! Il se termine !

    J’ai poussé un grand cri en refermant le livre. Il se peut même que j’ai dit que je détestais l’auteur (Pardon Lise).
    Mais j’avais tellement envie de continuer cette histoire, surtout considérant la fin. Comment ne pas avoir envie de rester en compagnie de Darcy, Bingley, Jane et surtout Elizabeth !
    Même la compagnie de Lady Catherine ou de Mr Collins était plaisante, c’est dire !
    Peut-être que si on est très gentil, qu’on insiste beaucoup, qu’on pleure un peu, peut être que Lise Antunes Simoes pourrait envisager une suite ? Alors ok, non, ce n'est pas prévu. Mais bon, on peut rêver, non ?

     

    Un extrait : La berline n’était pas conçue pour accueillir cinq personnes, mais depuis peu, Mrs. Bennet refusait catégoriquement que l’une des filles monte s’asseoir avec leur père, quand bien même le temps clément le permettrait. « Que diraient les gens s’ils vous voyaient, cheveux au vent, comme de vulgaires filles de ferme ? » s’était-elle exclamée. Les sœurs Bennet, qui avaient pourtant toujours voyagé sur le siège du cocher lorsque cela était nécessaire, n’avaient pas insisté. Depuis que Jane et Elizabeth étaient fiancées, leur mère redoublait d’inventivité et de prétextes – pour ne pas dire de lubies – et il était moins épuisant de la laisser faire que de chercher à argumenter.

    _ Ah, mes enfants, quel fardeau que d’avoir à gérer tant d’invitations, croyez-moi ! déclara Mrs. Bennet en s’éventant le visage de la main pour se rafraîchir. Il faut penser à tout et l’on n’a plus une minute à soi ! Et Dieu sait que je pars en étant certaine, une fois encore, d’avoir oublié quelque chose d’absolument indispensable… Et quand nous reviendrons, tout à l’heure, ces messieurs seront avec nous et il sera trop tard pour rattraper les bêtises de Hill… Ce matin, au lieu du jambon, nous aurons de la dinde. Savez-vous seulement combien coûte une dinde ? Non, bien sûr. Avant-hier, au dîner, c’était du lapin, du veau et une pintade. Et il y a cinq jours, un petit porcelet et des cailles, avec du foie de mouton. Tout cela coûte une fortune ! C’est que je n’avais pas imaginé que nous aurions à recevoir ces messieurs si souvent !

    _ Vous vous donnez bien du mal, maman, mais je suis certaine que Mr. Bingley, tout autant que Mr. Darcy, se contenterait volontiers d’un repas plus simple et convivial, en particulier aujourd’hui, objecta doucement Jane. Ce n’est qu’un déjeuner, après tout, pas un dîner mondain.

    _ « Non ut edam vivo, sed ut vivam edo », cita Mary. Les maîtres le disent depuis l’Antiquité : nous ne devrions pas vivre pour manger, mais seulement manger pour vivre.

    _ C’est vrai, renchérit Elizabeth, qui pour une fois était d’accord avec sa cadette, pourquoi organiser de tels festins ? Je pense comme Jane : Bingley et Darcy ne viennent pas chez nous pour les plaisirs de la table, et même au dîner ils se satisferaient amplement d’une bonne soupe et de viandes froides.

    _ De la soupe ! Des viandes froides ! s’écria Mrs. Bennet, scandalisée. Détrompez-vous, mon enfant ! Ces grands hommes sont habitués dès l’enfance au plus grand raffinement et ils ont l’œil pour détecter les fautes de goût. Vous deviendrez comme eux, Lizzy, bien sûr, et Jane également. Je suis persuadée qu’un jour prochain vous jetterez sur votre pauvre maman et sur votre modeste maison le même regard critique.

    _ Maman ! protestèrent les deux sœurs.

    _ Si, si, mes chéries, vous verrez !

     

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  • [Livre] La malédiction – T01 – Le hameau des fourches

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    Résumé : Depuis que Charlotte est toute petite, une malédiction semble peser sur elle et entraîner la mort des êtres qui lui sont chers. Pour fuir la peur et les rumeurs, sa grand-mère l’emmène vivre au loin, au hameau des Fourches, où elle espère qu’elles trouveront le bonheur parmi les habitants de ce village en plein développement.
    La jeune fille grandit et apprend les petites joies du quotidien auprès de sa grand-mère, d’Agnes Hamilton, qui l’initie au commerce de la laine, et des Abénaquis qui passent au gré des saisons. Mais Charlotte peut-elle réellement aspirer à une vie sans malheur ? Peut-elle envisager une histoire d’amour sans craindre pour la vie de celui dont elle rêve ? Tiraillée entre ses désirs et ses appréhensions, la jeune femme devra faire des choix qui marqueront son destin à jamais.


    Auteur : Louise Simard

     

    Edition : Goélette

     

    Genre : Historique

     

    Date de parution : 09 février 2015

     

    Prix moyen : ??

     

    Mon avis : Le hameau des fourches est le premier tome d’une trilogie de la littérature québécoise. Pour autant, je n’ai pas été gêné par des expressions typiquement québécoises comme on en trouve souvent dans les livres outre-Atlantique et que j’ai beaucoup de mal à suivre dans ma lecture.
    Charlotte n’est pas une fillette comme les autres. Née pendant une tempête, les habitants du village où elle est née l’on rapidement taxée de sorcellerie et de porteuse de malédiction car sa mère est morte en la mettant au monde. L’apparence de Charlotte, qui, selon la description que l’auteur en fait semble être plus ou moins albinos, n’arrange pas les choses et elle et les siens sont obligés de partir toujours plus loin pour semer la rumeur.
    Charlotte elle-même est persuadée de porter malheur et culpabilise beaucoup à chaque décès dans son entourage, qu’il soit incompréhensible, naturel, accidentel ou encore provoqué par un tiers.
    Sa grand-mère, Rachel, fini par l’emmener au hameau des fourches, un petit village peu peuplé, sur des terres reculées.
    Charlotte fait son nid dans ce village. Il n’est plus vraiment question d’une quelconque malédiction, hormis dans la tête de la gamine, ce qui n’empêche pas les gens de la regarder avec une certaine suspicion. Charlotte a hérité de sa grand-mère un caractère indépendant et elle ne veut pas se plier à quelque convention que ce soit et encore moins à un homme. De plus, comme elle reste persuadée que l’aimer et vivre avec elle porte malheur, elle ne veut pas se laisser aller à l’amour et au bonheur.
    Tisserande de talent, elle n’hésite pas à tenir tête à un riche militaire qui souhaite acquérir la totalité des terres alentours. Son attitude provoque bon nombre de regard en coin, d’autant plus que Charlotte est amoureuse d’un indien Abénaquis. On se doute que les habitants du village, tout comme le pasteur, ne voient pas cette relation d’un bon œil.
    En parallèle de l’histoire personnelle de Charlotte et de la malédiction qui semble la poursuivre, on suit également l’histoire de l’expansion et de l’évolution du hameau qui prend de l’ampleur, se transforme en village, puis en petite ville, avec tout ce que cela implique de criminalité, de nouveau arrivants, de pauvres gens cherchant à se loger, à travailler, à se nourrir… La spéculation des riches propriétaires, au détriment des fermiers, est de plus en plus importante.
    En réalité, j’ai trouvé cet aspect de l’histoire bien plus passionnant que l’histoire de la malédiction elle-même, surtout que pour chaque mort, une explication rationnelle existe.
    Si je lis la suite de l’histoire, ce sera plus pour voir la résolution du triangle amoureux de Charlotte, Atoan et Henri et pour savoir si la jeune femme va réussir à continuer à tenir tête aux riches promoteurs qui convoitent son lopin de terre et à faire évoluer son commerce.

     

    Un extrait : Trois jours après l’orage et les grands vents qui avaient secoué le village de Shelburne, en Nouvelle-Écosse, les habitants de toute la région environnante s’affairaient toujours à réparer les dégâts. Des arbres déracinés, des toits arrachés, des chaloupes qui s’étaient échouées sur la rive, se fracassant en mille morceaux, un hangar et un poulailler jetés à terre. Presque tout le monde avait été touché d’une façon ou d’une autre, et chacun faisait preuve de générosité et de solidarité.

    Joshua avait été appelé à plusieurs reprises pour panser des blessures mineures ou réconforter une personne âgée souffrant d’un malaise. Au courant de son malheur, les villageois avaient pris le temps de lui offrir leurs condoléances, lui témoignant beaucoup de compassion. Le jeune homme se sentait soutenu, et ce courant de sympathie le réconfortait sans le consoler.

    Seule la petite Charlotte le distrayait de sa peine. Il avait cru en vouloir à cette enfant jusqu’à la fin de leurs jours, mais il s’était vite rendu compte qu’il en était incapable. D’ailleurs, sa propre mère, à qui il avait confié la nouveau-née, ne l’aurait pas permis.

    Rachel Martin, boulangère de Shelburne et propriétaire d’une compagnie de pêche, n’aurait pas accepté que l’on reproche à une enfant d’exister. À ses yeux, la petite Charlotte n’était nullement responsable de la mort de sa mère, et chercher des coupables n’avait jamais aidé personne à surmonter les épreuves et à se prendre en main. Maintenant cinquantenaire, Rachel Martin savait de quoi elle parlait, car elle avait eu son lot de malheurs. Lorsque l’Angleterre avait voulu mater les rebelles américains, elle était restée fidèle à la couronne britannique et avait payé cher sa loyauté. Obligée de quitter New York à la fin de la guerre, comme des centaines d’autres loyalistes, elle s’était exilée à Shelburne, une grève rocailleuse encore inhabitée. Son mari, prisonnier des rebelles, avait été libéré après une longue captivité. Il était venu mourir auprès d’elle, en apportant le choléra dans la ville naissante, déjà rongée par la misère. Les filles de Rachel avaient elles aussi été frappées par cette terrible maladie, et la pauvre femme s’était retrouvée seule avec son fils. Après quelques années, elle avait rencontré le docteur Meixner. Cet homme d’une grande bonté l’avait ramenée dans le monde des vivants, à force d’amour et de patience. Très près de Joshua, il avait transmis au garçon ses connaissances médicales, avant de mourir à son tour. Leur bonheur avait été si court.

     

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  • [Livre] Mémoires de Marie-Antoinette – T02 – La Révolution

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    Résumé : En choisissant de raconter la vie de Marie-Antoinette comme si elle écrivait ses propres mémoires, Noël Simsolo trouve le ton juste pour brosser un portrait à la fois complet et touchant de la plus célèbre reine de France, auquel le trait léger et délicat d’Isa Python vient apporter un supplément d’élégance.


    Auteur : Noël Simsolo

     

    Edition : Glénat

     

    Genre : Bande dessinée, Historique

     

    Date de parution : 16 Mai 2018

     

    Prix moyen : 19,50€

     

    Mon avis : A la fin du premier tome, la Reine, qui, emprisonnée à la prison du Temple, écris ses mémoires, en était au moment d’une rumeur qui commence à enfler : l’achat par ses soins d’un faramineux collier.
    Le second tome reprend à cet endroit des mémoires : l’affaire du collier. Cette affaire a servi les intérêts des antimonarchistes qui ont pu discréditer la Reine et pointer du doigt ses dépenses alors que le peuple mourrait de faim. Et la Reine, blessée qu’on ne lui reconnaisse pas le statut de victime, ce qu’elle a le sentiment d’être dans cette escroquerie, a accumulé les erreurs de jugement.
    Avec la tourmente de la Révolution qui débute, on voit les nombreuses erreurs politiques commises par le couple royal. Le roi est montré comme un réformateur qui a préféré étouffer dans l’œuf ses idées progressistes pour ne pas aller à l’encontre de la tradition séculaire transmise par ses aïeux. La Reine, comme une monarchiste convaincue refusant le moindre compromis, à l’instar de ce qu’aurait fait sa mère.
    Le rythme est plus rapide dans ce second tome et on s’attarde moins que dans le premier sur le détail des événements (mais il faut dire que la période a été riche événements qui se sont succédés à un rythme effréné sur un temps très court).
    Comme dans le premier tome, la famille royale apparait toute en nuances : ni anges, ni démons, juste des êtres humains ayant commis des erreurs.
    Si j’ai un bémol, c’est que si, dans l’ensemble, les révolutionnaires apparaissent comme déterminés mais maîtres d’eux-mêmes, à chaque fois qu’on nous en montre des hystériques pétris de haine, il s’agit de femmes.
    L’illustrateur étant une illustratrice, j’aurais pensé ne pas trouver ce cliché selon lequel l’hystérie et la perte de contrôle sont des défauts typiquement féminins (d’autant qu’à part la marche des femmes et quelques figures féminines isolées, la Révolution a été avant tout une affaire d’hommes).
    Mais en dehors de ce bémol, j’ai adoré !

     

    Un extrait :

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