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Fantasy/Science-Fiction

  • [Livre] La mécanique du Chaos – T01 – Le grand partage

     

    Je remercie le site Librinova et Tom Joad pour cette lecture

     

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    Résumé : « — C’est parti, dit Lana sans réfléchir. Ça va nous tomber dessus avec une puissance incroyable...
    Comme pour lui donner raison, un sifflement s'éleva du côté est. D'abord lointain, timide, semblable au chuintement d'une cocotte-minute. Et puis de plus en plus impérieux. Il devint vite assourdissant, terrifiant. Le ciel et la terre s'étaient mis à gémir, à hurler de concert. Et ça continuait de croître de façon exponentielle. […] Le vent ne tournait pas, il fonçait en ligne droite comme un tsunami, et son souffle titanesque balayait tout sur son passage en une fraction de seconde...
    — Seigneur ! » pensa Lana horrifiée. »
    Alors que l’univers semble s’abattre sur Lana et son frère Alex, parviendront-ils à s’échapper avant qu’il ne soit trop tard ?

     

    Auteur : Tom Joad

     

    Edition : Librinova

     

    Genre : Aventure/ Anticipation

     

    Date de parution : 2017

     

    Prix moyen : 2€

     

    Mon avis : J’ai adoré ce livre ! Enfin un livre autoédité qui a la qualité de ceux qui ont passé le barrage impitoyable de l’édition traditionnelle.
    Les dialogues sont naturels et percutants. Il n’y a pas de dialogues inutiles faits uniquement pour meubler et donner quelques paragraphes supplémentaires à un texte trop court. Non, ici chaque échange est intéressant et utile pour l’histoire.
    Les descriptions sont courtes et vont droit au but, il n’y a donc aucune longueur et c’est tant mieux parce que dans ce genre de livres, les longueurs font perdre tout le rythme et il est difficile ensuite de se remettre dans le bain.
    Il y a quelques coquilles, mais nettement moins que ce que j’ai pu voir dans d’autres livres autoédités. La plupart du temps ce sont des mots qui, a priori, n’ont pas été effacé alors que l’auteur a changé une partie de la phrase. Par exemple : « et traversa la chambre sur à pas de loup ». Je suppose que l’auteur avait commencé par écrire quelque chose comme « et traversa la chambre sur la pointe des pieds » et qu’il a ensuite changé pour « à pas de loup ». Dans l’opération, il semblerait que « sur » n’ait pas été effacé. Voilà le genre de coquilles que l’on peut trouver et il faut dire qu’il y en a très peu.
    L’histoire est mise en place assez rapidement et on apprend les informations en même temps que les personnages ce qui nous donne vraiment l’impression de vivre les évènements.
    Lana et Alex sont deux ados assez attachants, même si Alex est un peu trop donneur de leçon à mon goût. Franck, leur père, est un peu trop « militaire » (remarquez, pour un capitaine des Navy Seals, ça se comprend un peu), il a un peu trop tendance a exiger de ses enfants qu’ils soient de parfaits soldats ce qui ne semble pas marcher avec sa fille.
    Price est si détestable qu’il en est écœurant et si ses gardes et sa « petite amie » ne sont pas blancs comme neige, loin de là, ils semblent quand même avoir une certaine morale et je suis impatiente de voir ce qu’ils réservent à ce sale type.
    On fini ce tome avec énormément de questions en suspens.
    Si souvent je trouve qu’il est un peu présomptueux de la part des auteurs autoédités d’écrire un roman en plusieurs tomes, ici je suis contente que Tom Joad l’ait fait et je suis vraiment très impatiente de découvrir le tome 2 !

     

    Un extrait : Franck raccrocha le téléphone avec un grognement sourd et balança la poche de glace à l'autre bout du bureau. Elle s'aplatit sur le mur et retomba mollement sur le parquet. Il se força ensuite à inspirer profondément et posa ses grosses mains à plat devant lui. Il détestait agir dans l'urgence, mais là il n'avait pas le choix. Tous ses plans tombaient à l'eau.

    Il ne fallait pas compter attraper un avion d'une ligne régulière. Il était également trop tard pour espérer parcourir en voiture les centaines de kilomètres les séparant de la future Zone Blanche. Aussitôt les premiers phénomènes observés, le gigantesque dispositif se mettrait en place, créant une frontière presque hermétique qui leur interdirait l'accès vers l'ouest. Les principaux axes routiers seraient barrés par l'armée. Les transports aériens seraient suspendus jusqu'à une date inconnue.

    Les gens se retrouveraient alors bloqués d'un côté ou de l'autre. Du bon ou du mauvais. Question de chance, ou de relations...

    Pour l'instant, Franck et ses enfants se trouvaient du mauvais côté, et même lui ne pouvait mesurer tout ce que cela impliquait - personne ne le pouvait vraiment, en fait, il y avait trop de paramètres inconnus. Après le mal de chien qu'il s'était donné ces derniers mois pour assurer leur avenir, c'était à devenir dingue.

    Pourtant, il ne fallait surtout pas qu'il cède à la colère, et encore moins à la panique. Cela ne ferait qu'empirer les choses. Il devait relativiser, se dire que dans leur malheur ils avaient quand même de la chance. Ils vivaient aux environs du quarante-cinquième parallèle, suffisamment au Nord pour couper au plus gros du désastre - du moins en théorie. Mais pour ceux qui habitaient plus au Sud, vers le point zéro, ce serait l'enfer sur terre...

    Garder la tête froide. Rester calme, concentré et méthodique.

    Selon les informations relayées par Terry, l'événement se produirait donc durant la nuit, aux alentours d'une heure. Soit près de deux mois avant la date qu'on leur avait donnée depuis le départ.

    Franck ne croyait absolument pas à l'erreur de calcul. Ils s'étaient fait berner, tous autant qu'ils étaient. On avait acheté leur silence à coups de promesses, et maintenant...

    Ainsi, seuls quelques initiés – parmi les plus riches, les plus puissants - allaient finalement tirer leur épingle du jeu ; un groupe encore plus réduit que celui initialement prévu. Ces salauds ne l'emporteraient pas au paradis, mais l'heure des comptes viendrait plus tard. Du moins, Franck l'espérait de tout cœur. Il fallait bien qu'il subsiste encore un peu de justice dans ce monde, sinon on ne pouvait plus croire en rien...

    Pour l'instant, il fallait parer au plus pressé.

    Il n'était plus question de mettre la maison en vente pour récupérer de l'argent - Franck avait fait des économies, mais dans ce Nouveau Monde où ils allaient vivre, qui pouvait savoir... -, ni de préparer psychologiquement Lana et Alex au déménagement, comme c'était prévu. Ils allaient tous y laisser des plumes, ça ne faisait pas de doute.

  • [Livre] L'héritière

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    Résumé : Twylla est promise au prince héritier du royaume de Lormere. Mais la jeune élue possède un don maléfique. Elle a le pouvoir de tuer par son simple toucher : elle est l'arme parfaite ! La cruelle reine qui l'a adoptée la contraint à exécuter les traîtres. Nul ne peut approcher Twylla sans risquer sa vie. Jusqu'au jour où Lief, son nouveau garde, charmant et rebelle, fait vaciller la jeune fille dans sa foi et sa soumission ...

     

    Auteur : Melinda Salisbury

     

    Edition : Gallimard

     

    Genre : Fantasy

     

    Date de parution : 17 avril 2015

     

    Prix moyen : 17€

     

    Mon avis : Avec l’héritière, nous voilà dans un roman tirant vers le médiéval fantasy. Ainsi nous avons des monarchies, des légendes, des croyances, mais très peu de magie en dehors de la capacité de Twylla à tuer d’un simple contact.
    Sur le moment, on peut se dire que cette histoire de tuer au contact donne une impression déjà vu avec la saga insaisissable de Tahereh Mafi, mais ce n’est pas aussi simple. L’histoire de Twylla est bien plus complexe qu’il n’y parait au premier abord.
    On découvre l’univers petit à petit, ce qui peut parfois être frustrant. Comme par exemple dans le cas de la mangeuse de péchés. Ce nom est cité dès le début de l’histoire, mais ce n’est que bien plus tard qu’il nous est clairement expliqué. Parfois, certains détails ne le sont pas, laissant au lecteur le soin de faire une déduction logique en s’appuyant sur le contexte et les dialogues (comme la signification des yeux de taureau lors d’une dévoration).
    De la même façon, on apprend le contenu des croyances et les légendes qui s’y rattachent au fur et à mesure du récit, parfois bien loin du moment où on voit le nom des dieux ou héros de légende pour la première fois.
    Pour autant, cette façon de faire ne m’a pas gênée, bien au contraire. J’avais l’impression d’être en vacances dans un pays étrangers et d’en découvrir les coutumes au fur et à mesure de mon voyage.
    L’histoire se passe presque exclusivement dans une partie assez restreinte du château ainsi que dans les jardins. Les extérieurs sont très peu évoqués dans l’histoire : la forêt où a lieu les chasses un peu plus que le reste que l’on ne connait qu’au travers des souvenirs de la vie de Twylla avant qu’elle ne soit « élue ». On parle un peu des pays alentours par le biais des voyages de Merek mais on ne sait pas grand-chose d’eux.
    Quand l’histoire commence, on rencontre une Twylla soumise, très concentrée sur sa tâche et qui, bien qu’elle en déteste certains aspects, ne cherche absolument pas à s’y soustraire. Depuis sa naissance, la jeune fille est promise à une destinée et est donc conditionnée à ne pas remettre en question les choix des dieux.
    Dans l’histoire il va y avoir une sorte de triangle amoureux. Je dis une sorte car pour moi un triangle amoureux c’est quand deux personnes sont amoureux de la 3ème et que celle-ci éprouve des sentiments pour les deux de sorte qu’on ait vraiment du mal à savoir où va vraiment son cœur. Là c’est un peu différent, même si on a bien trois personnes.
    Concernant les personnages, j’ai pu constater que chaque personnage auquel l’auteur accorde de l’attention va avoir une importance dans l’histoire.
    On peut quand même retenir 4 personnages principaux : Twylla, bien sûr, dont j’ai déjà parlé ; Lief, son nouveau garde qui parait insousciant mais cache peut être des secrets, Merek, le prince à qui est promise Twylla et à qui j’ai eu un peu de mal à faire confiance et enfin la reine qui est tout simplement diabolique (cruelle, mot utilisé dans le quatrième de couverture pour la décrire n’est clairement pas assez fort !)
    La fin est ouverte, ce qui est normal puisqu’il y a 2 autres tomes en anglais (je ne sais pas si une traduction française est prévue) mais j’ai trouvé que cette fin pouvait se suffire à elle-même avec un brin d’imagination.
    J’ai vraiment passé un bon moment avec ce roman !

    Un extrait : Mes gardes marchent prudemment à mes côtés, le corps tendu, en maintenant une bonne distance entre eux et moi. Si je levais le bras vers l’un d’eux, ils s’écarteraient, horrifiés. Si je trébuchais ou m’évanouissais et que leur instinct les trahissait, les poussant à accourir pour me rattraper, ils signeraient leur arrêt de mort. On leur trancherait la gorge sur-le-champ, par compassion. Être égorgé est une chance comparé à l’agonie causée par ma peau empoisonnée.

    Tyrek n’a pas eu cette chance.

    Dans la chambre de Révélation, mes gardes se placent contre la porte et l’apothicaire de la reine, Rulf, m’indique d’un bref signe de tête le tabouret sur lequel je dois m’asseoir, puis il me tourne le dos et passe en revue son équipement. Les murs sont tapissés d’étagères où s’alignent des bocaux emplis de substances troubles, de poudres étranges et de feuilles inconnues, entassés sans ordre apparent. Rien n’est étiqueté, du moins je ne distingue pas grand-chose à la faible lumière des bougies, car il n’y a point de fenêtres à cet étage souterrain. Au début, il me paraissait incongru qu’un rituel comme la Révélation s’accomplisse ici dans le secret, en ce lieu perdu dans le labyrinthe des passages qui sillonnent les sous-sols du château. Mais maintenant, je comprends. Si j’échouais… Il vaut mieux éviter que cela n’arrive sous le regard de la cour et de tout le royaume. Il vaut mieux que cela se passe dans le secret d’une petite pièce, à mi-chemin entre l’enfer des cachots et le quasi-paradis du Grand Salon.

    Tandis que, assise sur le tabouret, j’arrange mes jupes autour de moi, l’un de mes gardes, le plus jeune, racle le sol de ses pieds. Ce son est trop bruyant pour la pièce exiguë. Rulf se retourne et le gratifie d’un coup d’œil sévère. Puis il croise mon regard. Son expression est neutre, son visage impassible comme un masque, et je pense que, même s’il n’était pas muet, il n’aurait rien à me dire maintenant.

  • [Livre] La soudaine apparition de Hope Arden

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    Résumé : Je m'appelle Hope Arden mais vous oublierez ce nom et jusqu'à mon existence. Nous nous sommes déjà rencontrés des milliers de fois. Je suis la fille dont personne ne se souvient. Tout a commencé quand j'avais seize ans. Un lent déclin, un isolement inéluctable. Mon père qui oublie de me conduire au lycée. Ma mère qui met la table pour trois, pas quatre. Un prof qui omet de demander un essai que je n'ai pas rendu. Un ami qui me regarde et voit une étrangère. Qu'importe ce que je fais, ce que je dis, les blessures que j'inflige, les crimes que je commets. Vous ne vous souviendrez jamais de moi. On ne peut pas dire que ça me facilite la vie, mais ça fait aussi de moi une personne dangereuse.

     

    Auteur : Claire North

     

    Edition : Delpierre

     

    Genre : SF

     

    Date de parution : 24 juin 2016

     

    Prix moyen : 24€

     

    Mon avis : Ce livre m’a laissé une impression mitigée. Je n’arrive pas à dire si je l’ai aimé ou non. Bien que je n’aie été à aucun moment tentée de l’abandonner, j’ai trouvé qu’il y avait trop de longueurs.
    C’est le premier livre de l’auteur que je lis, mais il semblerait que tous ses romans soient sur le même modèle, avec une alternance du présent et du passé et je pense que, si c’est passé avec ce livre-là, c’est que c’était original, mais ça ne passera pas deux fois.
    J’ai trouvé l’écriture très saccadée ce qui était parfois désagréable. Sur une petite partie du texte, cela donnait du relief et c’était intéressant, mais sur la longueur, c’est vite devenu un frein non seulement à la lecture mais aussi à la compréhension de l’histoire.
    Le fait que Hope revienne sur son passé nous permet de mieux comprendre ce qui lui arrive, dans la mesure du possible, mais les digressions qui parsème le texte : énumérations, définitions de mots etc… sont très vite pénible. Il m’est arrivé de sauter des passages entiers pour pouvoir retrouver le fil de l’histoire.
    En dehors de ces éléments plutôt négatifs, j’ai bien aimé l’histoire qui dénonce l’addiction au paraître et aux applications qui dirigent presque nos vies, décidant pour nous de ce qui est « bien » ou non. Ici on atteint la perfection quand on rentre dans un moule exclusivement fabriqué par un homme qui s’est basé sur ce qui fait vibrer les jeunes : les stars de cinéma, les célébrités, les paillettes… Tout dans le physique, rien dans la tête et surtout pas de sens critique, voilà la société que Claire North dépeint avec acidité à travers une histoire de vol, de terrorisme et de vengeance.
    Cependant j’ai eu du mal à m’attacher à Hope, surtout à cause de ces informations, parfois dénuées de rapports avec les évènements, qu’elle récite comme un mantra.
    Sa petite sœur, handicapée mentale suite à une maladie infantile, est la seule à se souvenir d’elle et j’ai trouvé dommage que ce lien entre les deux sœurs ne soit pas plus exploité.
    Difficile aussi d’appréhender le fait d’être oubliable comme Hope qu’on oublie dans les 60 secondes après l’avoir quitté des yeux. J’ai trouvé certains personnages durs avec elle, comme l’inspecteur ou l’homme de main de l’entreprise qui a créé l’application mise en cause dans le roman. On lui reproche d’être une voleuse, alors qu’elle ne peut pas avoir de diplôme, ni avoir de travail (comment faire quand chaque jour votre patron oublie qu’il vous a embauché ?). Il faut bien qu’elle survive.
    J’ai bien aimé que Hope rencontre une autre personne comme elle, mais encore une fois, comme avec sa petite sœur, l’idée à peine ébauchée n’a pas été exploitée. C’est vraiment dommage car on reste sur sa faim en permanence, attendant sans cesse des réponses qui ne viennent pas sur des personnages qui ne font que passer.
    Le sujet était intéressant, mais il aurait pu être bien mieux traité.

    Un extrait : Le monde commença à m’oublier quand j’avais seize ans.

    Ce fut un déclin lent et progressif, une petite chose à la fois.

    Mon père, négligeant de me conduire au lycée.

    Ma mère, dressant la table pour trois au lieu de quatre. « Oh ! disait-elle quand j’entrais dans la cuisine, j’ai dû croire que tu étais sortie. »

    Une enseignante, Mlle Thomas, la seule du lycée qui se souciait de ses élèves – pleine de foi en eux, d’espoir en leur avenir –, omettant de me réclamer mes devoirs, de m’interroger, d’écouter mes réponses, jusqu’à ce que je finisse par ne plus lever la main.

    Mes amis, les cinq qui étaient au centre de ma vie, ceux avec lesquels je déjeunais systématiquement, s’asseyant un beau jour à une autre table, non pas à dessein et pour me mettre à l’écart, mais parce que leur regard passait à travers moi : ils ne voyaient plus qu’une inconnue.

    Une dissociation entre mon nom et mon visage pendant l’appel. On se souvient de mon nom, mais le lien est rompu. Qui est Hope Arden ? Un gribouillis à l’encre sans passé ; rien de plus.

    D’abord, on oublie mon visage, puis ma voix, et enfin, très lentement, on oublie ce que j’ai fait. J’ai giflé Adam, mon meilleur copain, le jour où il m’a oubliée. Il est sorti de la pièce en trombe, choqué, et je lui ai couru après, rouge de culpabilité. Le temps que je le rattrape, il était assis dans le couloir de l’aile de sciences, frottant sa joue en feu.

    – Ça va ? ai-je demandé.

    – Ouais, a-t-il répondu. J’ai juste un peu mal.

    – Je suis désolée.

    – Pourquoi ? Ce n’est pas comme si tu avais fait quelque chose.

    Il me regardait ainsi qu’une inconnue, mais il avait des larmes dans les yeux en parlant. De quoi se souvenait-il alors ? Pas de moi, pas de Hope Arden, la fille avec qui il avait grandi. Pas de ma main sur son visage, pas de mes cris postillonnant : « Souviens-toi de moi, souviens-toi de moi ! » La douleur dimi­­nuait, emportant mon souvenir avec elle. Il éprouvait du chagrin, de la colère, de la peur ; ces émotions brillaient dans ses yeux, mais d’où venaient-elles ? Il ne le savait déjà plus, et son souvenir de moi s’effritait tel un château de sable devant la marée.

  • [Livre] A voté

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    Résumé : En 2008, les États-Unis s’apprêtent à voter pour leur prochain président. Dans l’État de l’Indiana, dans le comté de Monroe, dans la petite ville de Bloomington, la rumeur enfle et semble se confirmer peu à peu... Et si c’était ici qu’allait se décider le résultat du scrutin ? Depuis que le pays s’est converti à la « démocratie électronique », le puissant ordinateur Multivac sélectionne LE citoyen qui décidera du nom du prochain leader du monde libre. L’omnisciente machine est en effet capable d’analyser ses réponses à un questionnaire qu’elle a elle-même savamment établi, les recoupant avec les tendances observées dans le reste de la société, pour déterminer le résultat de l’élection… qui, désormais, n’a plus de raison d’être.
    Chez les Muller de Bloomington, l’effervescence est à son comble. La petite Linda, dix ans, dont la conscience politique est maintenue en alerte par les précieux conseils de son grand-père en est persuadée, c’est papa qui sera L’électeur de l’année. Mais lorsque les agents du gouvernement envahissent la maison pour assurer le plus grand secret au déroulement du processus, Norman Muller se montre plus que récalcitrant…

     

    Auteur : Isaac Asimov

     

    Edition : Le passager clandestin

     

    Genre : Anticipation - SF

     

    Date de parution : 1955 (1ere édition) ; 08 octobre 2016 (éditions le passager clandestin)

     

    Prix moyen : 4€

     

    Mon avis : Asimov décrit dans sa nouvelle une démocratie poussée au maximum dans laquelle une machine surpuissante va déterminer le vote de l’ensemble des Etats-Unis selon les réponses d’un seul et unique électeur.
    Asimov nous décrit, au travers des explications du grand-père de la petite Linda, qui a lui connu le suffrage universel, comment le souci de libérer le contribuable des frais des élections, des mensonges et des campagnes électorales va conduire à finalement nier la démocratie. Car comment parler de démocratie quand un seul homme représente un pays et que lui-même n’a pas son mot à dire, ses pensées et actes étant analysés par une machine.
    La réduction de plus en plus nette des « échantillons représentatifs » revient à nier toute démocratie. C’est ce que font les sondages aujourd’hui : le panel interrogé étant de plus en plus réduit, mais les résultats réputés de plus en plus fiables.
    Asimov nous montre les dérives d’une société dans laquelle le plus récalcitrant fini par entrer, sans même s’en rendre compte, dans le moule. Ainsi, Norman, l’électeur de l’année, qui est plus que récalcitrant à participer à cette parodie de démocratie, va finir par ressentir la fierté du patriote qui a fait son devoir (peut être à force qu’on lui répète qu’il doit être fier).
    On est ici aux prises avec le mythe de la machine destinée à contrôler l’espèce humaine. Si ce n’est pas encore Skynet, on n’en est pas loin car ceux qui sont là pour gérer la machine obéissent aveuglément à ses indications. De là à ce que les machines ne contrôlent le moindre aspect de la vie, il n’y a qu’un pas.

    Un extrait : Linda, dix ans, était la seule personne de la famille qui semblât prendre plaisir à être réveillée. Norman Muller l’entendait, en ce moment, à travers la torpeur cotonneuse et malsaine dans laquelle il était plongé. Il avait enfin réussi à s’endormir une heure auparavant, mais c’était d’épuisement plus que de sommeil. Maintenant, la fillette était à son chevet et le secouait en criant :

    - Papa, papa, réveille-toi. Réveille-toi !

    - Ca va Linda, murmura-t-il en réprimant un grognement
    - Mais papa, il y a des policiers partout… plus que d’habitude. Des cars pleins d’agents et tout ça…
    Renonçant à dormir, Norman Muller se redressa sur les coudes en jetant autour de lui un regard trouble. Dehors, le jour commençait à naître – un jour aussi misérablement grisâtre que son humeur. Il entendait Sarah, sa femme, trainer les pieds en préparant le petit déjeuner, tandis que, dans la salle de bain, Matthew, son beau-père, graillonnait vigoureusement. Norman se dit que l’agent Handley devait être là, tout prêt, à l’attendre.
    C’était le jour J.
    Le jour des élections !

     

  • [Livre] Wicked : La véritable histoire de la sorcière de l'Ouest

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    Résumé : Qui est vraiment cette mystérieuse sorcière? Est-elle donc si méchante? Comment a-t-elle hérité de cette terrible réputation? Et si c'était elle, la véritable héroïne du monde d'Oz? Ouvrez ce livre et vous découvrirez enfin la merveilleuse et terrible vérité. Quels que soient vos souvenirs de ce chef-d’œuvre qu'est Le Magicien d'Oz, vous serez passionné et touché par le destin incroyable de cette femme au courage exceptionnel. Entrez dans un monde fantastique si riche et si vivant que vous ne verrez plus jamais les contes de la même manière...

     

    Auteur : Gregory Maguire

     

    Edition : Bragelonne

     

    Genre : Fantasy

     

    Date de parution : 20 mai 2011

     

    Prix moyen : 25€

     

    Mon avis : Ce livre, j’en avais envie depuis que j’ai vu la booktubeuse Margaud Liseuse en parler sur sa chaîne. Une vraie obsession… et épuisé en France. Qu’à cela ne tienne, la Suisse c’est pas bien loin ! Et me voilà en possession de mon précieeuuuuux….
    Après je me connais, vu le mal que j’ai eu à l’avoir, il était parti pour attendre des mois avant que je me décide à le lire (Il était tellement bien, installé dans la bibliothèque). Sauf qu’une de mes copinautes de forum a senti la chose arriver et elle me l’a choisi pour la lecture de février/mars.
    Et elle a bien fait, parce que c’est un livre tout simplement génial !
    J’ai beaucoup aimé le style de l’auteur, mais alors attention, faut pas avoir de gosses qui crient, de bonhomme qui ronfle ou de chat qui miaule, parce que c’est un brin complexe.
    Je n’ai pas lu le magicien d’Oz (j’ai juste vu le film) mais tous ceux qui l’ont lu m’ont affirmé que c’était une petite histoire assez simple, avec des personnages sans grande complexité, qui n’étaient pas vraiment approfondis : on ne sait rien de leur passé, de leurs aspirations sur le long terme… Mais avec Wicked, on est dans un autre registre.
    Déjà, d’après ce qu’on a pu me dire du roman de L. Frank Baum, Wicked est plus adulte et nettement plus sombre.
    On va ainsi suivre la méchante sorcière de l’ouest, prénommée Elphaba, fille d’un pasteur, depuis sa naissance dérangeante, avec sa peau étrangement verte, jusqu’à sa fin.
    L’histoire n’a pas vocation à réécrire l’histoire originelle, ni même à s’en écarter, mais à la considérer d’un œil neuf.
    Chaque personnage gravitant autour d’Elphaba va ainsi être approfondi, que ce soit Glinda, Nessarose (la méchante sorcière de l’Est) ou encore le magicien lui-même.
    Loin d’un conte pour enfant, on va trouver ici de la politique, des coups d’Etat, de la sécession, de l’extrémisme religieux, de la discrimination, de la violation de droits, de l’exploitation et de l’oppression des peuples mais aussi de la résistance à la dictature.
    Alors que dans le magicien d’Oz on nous présente Elphaba comme LA méchante sorcière, ici, on va connaître tous les évènements qui ont amené les gens à la considérer ainsi.
    Au fil des pages, on découvre une méchante sorcière pas si méchante que ça, mais humaniste, engagée dans la lutte pour la liberté. On la découvre au cours de ses études pendant lesquelles elle côtoie une certaine Glinda, une jeune aristocrate hautaine et superficielle, pas vraiment une sainte, mais pas non plus fondamentalement méchante.
    Et surtout, on va comprendre pourquoi elle en veut autant au Magicien et pourquoi elle est aussi obsédée par les souliers que récupère Dorothy.
    L’auteur a utilisé des ellipses temporelles pour avancer dans l’histoire. A la fin de chaque « période » on reste avec de nombreuses questions qui seront résolues pour la plupart dans la « période » suivante qui a souvent lieu plusieurs années plus tard. Cette méthode de narration permet d’avancer plus vite, mais aussi d’avoir des réponses aux questions qui sont posées avec le recul que les personnages ont acquis avec les années écoulées.
    J’ai vraiment beaucoup aimé Elphaba, d’autant plus que les personnages qui l’entourent ne provoquent guère de sentiments positifs. Dans le meilleur des cas, ils sont faibles et incapables de comprendre les enjeux de ce qui se passe autour d’eux. Pour d’autres, comme Nessarose, ils sont tout simplement imbuvables.
    J’ai vraiment passé un excellent moment de lecture, mais je n’ai pas lu très vite car la richesse du monde que nous présente Gregory Maguire est telle qu’on a l’impression de lire plus de pages qu’il n’y en a, tant il y a d’informations à assimiler.

    Un extrait : Pendant des jours, Melena ne put supporter de regarder la créature. Elle la tenait, comme le doit une mère. Elle attendait que la lame de fond de l’amour maternel se lève et l’emporte. Elle ne pleurait pas. Elle mâchait des feuilles de pinlobe, dérivant loin du désastre.
    C’était elle. Une elle. Melena s’entrainait mentalement quand elle était seule. Le paquet agité et mécontent n’était pas mâle ; ce n’était pas neutre ; c’était féminin. Ca dormait, comme un tas de feuilles de chou lavées et mises à sécher sur la table.
    Dans une crise de panique, Melena écrivit à Colwen pour extirper la gouvernante de sa retraite. Frex partit dans une carriole pour aller chercher Nounou à l’arrêt de Roquebarre. En chemin, Nounou demanda à Frex ce qui n’allait pas.
    - Qu’est ce qui ne va pas ? soupira-t-il, et il se perdit dans ses pensées.
    La vieille comprit qu’elle avait mal choisi ses mots ; voilà que Frex pensait à autre chose. Il se mit à débiter en marmonnant des considérations générales sur la nature du mal. Un vide créé par l’absence inexplicable du Dieu Innommé, et dans lequel le poison spirituel se précipite. Un vortex.
    - Je veux dire : quel est l’état de l’enfant ! répliqua Nounou, au bord de l’explosion. Ce n’est pas de l’univers qu’il faut me parler, mais d’un enfant, si je dois vous aider ! Pourquoi Melena fait-elle appel à moi, au lieu de sa mère ? Pourquoi n’a-t-elle pas écrit à son grand-père ? C’est l’éminent Thropp, pour l’amour de Dieu ! Melena ne peut pas avoir négligé ses devoirs à ce point-là, ou alors la vie à la campagne est-elle pire que ce que nous pensions ?
    - C’est pire que ce que nous pensions, répondit tristement Frex. Le bébé… il vaut mieux vous préparer, Nounou, pour ne pas crier. Le bébé a des lésions.
    -Des lésions ?
    Nounou étreignit la poignée de sa valise et tourna les yeux vers les buissons aux feuilles rouges, en bord de route.
    - Frex, dites-moi tout.
    - C’est une fille, dit Frex

    - Quelles « lésions » en effet, ironisa Nounou, mais Frex, comme d’habitude, ne comprit pas la pique. Eh bien, au moins le titre familial est préservé pour les générations suivantes. A-t-elle tous ses membres ?

    - Oui

    - Plus que tous ses membres ?

    - Non

    - Est-ce qu’elle tète ?

    - Impossible. Elle a des dents extraordinaires, Nounou. On dirait des dents de requin.
    - Eh bien, elle ne sera pas le premier bébé à grandir en tétant un chiffon ou une bouteille au lieu d’un téton, ne vous inquiétez pas pour ça.

    - Elle est de la mauvaise couleur, dit Frex.

    - De quelle couleur est la « mauvaise couleur » ?

    L’espace d’un instant, Frex ne put que hocher la tête. Nounou, qui ne l’appréciait guère et n’avait nulle envie de l’apprécier, se radoucit tout de même.

    - Frex, cela ne peut pas être si grave. Il y a toujours un moyen de s’en sortir. Dites-le à Nounou.

    - C’est vert, dit-il enfin. Nounou, c’est vert comme de la mousse.

    - Elle est verte, vous voulez dire. C’est une fille, pour l’amour du ciel !

    - Ce n’est pas pour l’amour du ciel. (Frex se mit à pleurer.) Cela ne fait aucun bien au ciel, et il ne l’approuve pas. Qu’allons-nous faire.

    - Allons. (Nounou détestait les hommes qui chouinaient.) Ca ne peut pas être si grave que ça. Melena n’a pas une goutte de sang gâté. Quelle que soit l’affection de cette enfant, elle réagira aux soins de Nounou. Ayez foi en Nounou.

    - J’avais foi dans le Dieu Innommé, sanglota Frex.

    - Nous n’œuvrons pas toujours dans des directions opposées, Dieu et Nounou, dit Nounou.

    Elle savait que c’était blasphématoire, mais elle ne pouvait résister à cette pique, tant que les défenses de Frex étaient au plus bas.

    - Mais ne vous inquiétez pas, je n’en soufflerai mot à la famille de Melena. Nous allons régler tout ça en un éclair, et nul n’aura besoin de le savoir. Le bébé a un nom ?

    - Elphaba, dit Frex

    - D’après Sainte Aelphaba de la Cascade ?

    - Oui

    - Un joli prénom ancien. Vous utiliserez le diminutif courant de « Fabala », je suppose.

    - Qui peut savoir si elle vivra assez longtemps pour qu’on lui donne un surnom ?

    On avait l’impression que Frex l’espérait.

     

     

  • [Livre] Korss'Hanes - T01 - L'Eveil

     

    Je remercie les auteurs et le site Librinova pour cette lecture

     

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    Résumé
     : La naissance de deux enfants peut-elle faire basculer le destin d’une nation ?
    Une ancienne prophétie le laisse suggérer et les événements se précipitent. Une guerre se prépare mais qui pourra en prévoir les conséquences ?
    Quand le passé antique et les légendes ressuscitent, le monde des hommes flirte avec le bord du précipice.
    Les enfants du présage se retrouvent au centre du combat. Mais peut-on se fier aux prophéties ?

     

    Auteur : Benjamin Lebrun et Yohann Carouge

     

    Edition : Auto-Edition avec l’aide de Librinova

     

    Genre : Fantasy

     

    Date de parution : 4 Janvier 2017

     

    Prix moyen : 21€

     

    Mon avis : J’ai mis un certain temps à lire ce livre car je n’ai pas vraiment l’habitude (ni la patience, mea culpa) de lire de la fantasy. Il faut dire que ce premier tome a la lourde charge de nous présenter tout un monde avec ses coutumes (plusieurs coutumes, car plusieurs peuples), ses traditions, ses légendes etc… Cela donne un univers très riche et une somme d’informations assez importante à intégrer.
    Pour autant, les auteurs ne se sont pas laissés emportés dans des pages et des pages indigestes de descriptions. Les informations, quoique nombreuses, sont dispersées tout au long du roman, ce qui les rend plus faciles à appréhender.
    En général, j’ai du mal à apprécier les romans auto-édités. Les auteurs ont du mal à accepter cet état de fait, mais force est de constater que si leur roman n’a pas trouvé de maison d’édition, ce n’est pas pour rien.
    Mais ce roman fait partie des exceptions ! Il est bien meilleur que ce que j’ai pu voir, en général, dans le domaine de l’autoédition.
    Il a un style clair et direct, qui évite les répétitions inutiles (la plupart du temps), et le langage inadapté au style du livre, ce qui est le reproche que l’on peut le plus souvent faire aux romans auto-édités.
    Peut-être le fait que les auteurs soient deux les a-t-il aidés à ce sujet.

    Bien sûr, il a quelques défauts, mais ce sont des défauts qui ne seront pas difficile à corriger.
    Parmi eux on compte quelques maladresses de langage, quelques fautes d’orthographes (ou peut-être des coquilles), quelques erreurs de concordance. Le plus gros « problème » est un gros souci d’accord du participe passé qui se présente à plusieurs reprises.
    En bref, rien qui ne soit insurmontable et qui ne peut pas être corrigé avec une relecture plus minutieuse.
    Et même si on grince un peu des dents, cela n’empêche pas la lecture car le texte reste tout à fait compréhensible et ce n’est pas non plus comme s’il y avait une faute à chaque paragraphe.
    Il y a parfois des mots d’argot français qui semblent dénoter dans un monde inconnu comme celui créé par les auteurs (Quand une guerrière « s’emplafonna » contre un mur, il m’a fallu 5 minutes pour arrêter de rigoler… ça a un peu cassé le coté dramatique et sérieux de la scène).

    J’ai beaucoup aimé la complexité des personnages. Aucun d’entre eux n’est tout blanc ou tout noir, et même pour ceux à qui on ne donnerait même pas l’heure, il est difficile de comprendre leurs motivations du premier coup.
    Les personnages sont attachants, qu’ils soient principaux ou secondaires. A chaque combat, j’avais presque peur de tourner les pages, car, s’il y a bien une chose qui ressort des scènes de bataille c’est que, comme dans Game of thrones : personne n’est à l’abri !!! (Bon à part peut-être les jumeaux, mais pour combien de temps ?).
    Comme tout premier tome qui se respecte, celui-ci nous fait nous poser plein de questions.
    Il y en a une que je me pose plus particulièrement : le traître qui se fait crever un œil (non, je ne spoile pas, quand il se fait crever un œil, on sait déjà que c’est un traître) : j’aurais aimé en savoir plus sur ses motivations. Alors oui, ok, il y a l’ambition et l’avidité. Mais il y a aussi une profonde haine, et, étant donné qu’il semblerait que ce soit un ami d’une des héroïnes (ou en tout cas qu’il l’a été dans le passé), j’aurais aimé savoir ce qui avait provoqué cette haine.
    Les dieux et déesses m’ont également intriguée et agacée. Déjà, il semblerait qu’ils ne soient pas plus divinités que vous et moi, seulement de puissants shamans si l’on se fie à une discussion entre « la déesse » et l’un des derniers représentants d’une race ancienne (et là, ça devient difficile d’en parler sans trop en dire !). Je suis curieuse de voir comment cela va tourner… Surtout après les révélations faites sur l’un des jumeaux.

    La fin est assez intrigante pour qu’on ait envie d’en savoir plus et, si le prochain tome est plus relu et corrigé, ce livre sera digne de ceux qui ont inspiré les auteurs !

    Un extrait : L’éclat étincelant des rayons des soleils ne perturbait pas les deux combattants. De nombreuses gouttes de sueur ruisselaient sur leurs fronts plissés. La concentration était à son paroxysme. Le fer s’entrechoquait tandis que de la poussière s’envolait à chaque mouvement d’esquive, de parade ou d’attaque. La fluidité et la vitesse d’exécution des gestes des bretteurs laissaient supposer une grande maîtrise dans l’art de l’acier. Les épéistes étaient splendides à observer, leur gestuelle était un véritable spectacle pour la dizaine d’officiers en armure intégrale, attroupés autour des deux fines lames. Chacun d’entre eux hurlait des encouragements à l’encontre de son favori. Les deux bretteurs n’avaient rien de commun. L’un était un véritable colosse maniant une large épée à deux mains, et l’autre, une amazone combattant avec deux armes. Elle alliait la grâce, la précision et l’agilité d’un félin.

    Soudain, d’une facilité déconcertante, cette dernière désarma son adversaire à l’aide d’un moulinet du poignet et en profita pour lui poser une de ses lames sur la gorge. Celui-ci était maintenant à genoux dans la poussière. Leurs regards se croisèrent lorsque plusieurs cris de soldats brisèrent l’instant de silence d’après confrontation. Elle se retourna arborant un sourire resplendissant. Malgré les marques de l’effort, sa beauté envoûtante n’était en aucun cas affectée. Sa chevelure brune flottait au gré des rafales de vent, ses courbes fines et sa taille de guêpe auraient fait frémir de désir un homme de foi.

    Alors que tout semblait gagné, le colosse lui faucha les jambes à l’aide de son puissant avant-bras droit. La belle guerrière eut à peine le temps de réaliser ce qui lui arrivait que le genou de son adversaire se posait sur sa cage thoracique, lui coupant le souffle et bloquant, par la même occasion, sa capacité de mouvement. Il lui adressa alors la parole d’un air sévère, le ton de sa voix n’avait rien d’agréable. On aurait dit la leçon d’un adulte envers un garnement un peu trop effronté.

    — Combien de fois devrais-je te répéter Illiaka que rien n’est gagné tant que ton adversaire n’est pas tombé sous les coups de ta lame ? Si tu jouais ta vie en ce moment, tes entrailles seraient déjà en train de se déverser sur ce sol.

    — Mais père, ce n’était qu’un entraînement ! Je n’ai pas combattu avec l’intention de vous tuer.

    Ce genre de discours, emprunt de légèreté, énervait au plus haut point Kiran Ryan, le général en charge de la forteresse d’Yvosk.

    — Sotte ! Tu n’es qu’une sotte ! Nous ne sommes pas en guerre mais ne prends pas cet entraînement à la légère. Je n’irai pas ramasser les restes de ton cadavre si tu succombes sous le poids de ton insouciance.

    Illiaka s’échappa de l’emprise de son père, se leva et se dirigea vers ses quartiers. Elle se retourna et le défia du regard.

    — Celui qui me tuera n’est pas encore né ! Personne ne manie l’art de l’acier mieux que moi et vous le savez très bien, assura-t-elle en s’éloignant.

    Alors qu’elle se dirigeait vers ses appartements, elle décida de faire un léger détour par les murs d’enceinte de la cité. Arriver en haut n’était pas chose aisée, leur hauteur avait déjà repoussé par le passé de nombreuses tentatives d’invasion. La forteresse était restée inviolée jusqu’à ce jour, les armées romoriennes et thodoriennes avaient subi quantité d’échecs. De gigantesques « tueurs de pierre » gardaient la muraille, il s’agissait de catapultes capables d’envoyer d’énormes amas de roches. Un véritable massacre si l’armée adverse n’arrivait pas à les neutraliser. Cette dizaine d’engins de mort faisait la fierté de la cité kholienne d’Yvosk. Du haut des remparts, Illiaka pouvait observer ses futures terres, celles qu’elle avait juré de défendre au péril de sa vie. Être la fille de Kiran Ryan impliquait de lourdes responsabilités et elle n’en était pas peu fière.

     

  • [Livre] Miss Peregrine et les enfants particuliers

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    Résumé : Jacob Portman, 16 ans, écoute depuis son enfance les récits fabuleux de son grand-père. Ce dernier, un juif polonais, a passé une partie de sa vie sur une minuscule île du pays de Galles, où ses parents l'avaient envoyé pour le protéger de la menace nazie. Le jeune Abe Portman y a été recueilli par Miss Peregrine Faucon, la directrice d'un orphelinat pour enfants « particuliers ». Selon ses dires, Abe y côtoyait une ribambelle d'enfants doués de capacités surnaturelles, censées les protéger des « Monstres ».Un soir, Jacob trouve son grand-père mortellement blessé par une créature qui s'enfuit sous ses yeux. Bouleversé, Jacob part en quête de vérité sur l'île si chère à son grand-père. En découvrant le pensionnat en ruines, il n’a plus aucun doute : les enfants particuliers ont réellement existé. Mais étaient-ils dangereux ? Pourquoi vivaient-ils ainsi reclus, cachés de tous ? Et s'ils étaient toujours en vie, aussi étrange que cela puisse paraître…

     

    Auteur : Ransom Riggs

     

    Edition : Bayard Jeunesse

     

    Genre : Young Adult

     

    Date de parution : 31 Mai 2012

     

    Prix moyen : 16€

     

    Mon avis : J’avais la trilogie de Miss Peregrine et les enfants particuliers dans ma PAL depuis des mois, mais ce n’est qu’en voyant la bande annonce de l’adaptation cinéma que je me suis enfin décidée à l’en sortir avec ce premier tome.
    Le début est assez lent mais ce n'est pas frustrant parce qu'on sent bien que l'auteur prend le temps de poser les jalons de son histoire et de nous faire faire connaissance avec Jacob. C'est en effet nécessaire car dès qu'on rentre dans le vif du sujet on a une multitude de personnages à découvrir et on n’aurait pas eu le temps de découvrir correctement Jacob.
    J'ai beaucoup aimé Jacob qui, même s'il ne croit pas trop aux histoires de son grand père le laisse les lui raconter contrairement à son père qui a fiche le plus grand mépris envers le vieil homme.

    D'ailleurs quand sa tante trouve un livre dédicacé par le grand père a l'intention de Jacob et qu'elle le lui donne on sent bien que ça agace son père.  Comme s'il voulait gommer tout souvenir du vieil homme.

    Les parents de Jacob sont agaçants. Le père plus que la mère d'ailleurs. La mère est d'une famille riche elle n'a jamais connu rien d'autre et si sa manière de vouloir que son fils pense argent avant tout est pénible on se dit que c'est le mode de vie qu'elle a toujours connu.

    Le père lui c'est différent. Son argent c'est celui de sa femme. Il est incapable de faire quoi que ce soit. Au moindre obstacle il abandonne ses projets ce qu'il peut se permettre vu que sa femme l'entretien. Mais il ne montre aucune modestie comme s'il avait gagné et mérité cet argent.
    En faisant des recherches sur le passé de son grand-père, Jacob va découvrir la vérité sur les enfants particuliers et leurs ennemis petit à petit. D'ailleurs miss Peregrine a été un peu fatigante avec sa tendance à faire de la rétention d'informations. Je comprends qu’elle veuille protéger le secret des enfants particuliers, mais à un moment donné, dès lors qu’elle dit à Jacob qu’il est des leurs, qu’elle lui dise une bonne fois pour toute à quoi il s’expose au lieu de lâcher les données par bribes et d’interdire à tous de parler.
    J'ai beaucoup aimé les passages de 1940 à aujourd'hui ainsi que toutes les explications de miss Peregrine sur les contraintes de la boucle temporelle. On est moins dans le « on fait ce qu’on veut sans la moindre conséquence » comme on peut le voir parfois. Ici non seulement il y a des conséquences et pas des moindres.
    Les explications sur la création des creux et des estres sont captivante et j'ai été bluffée par tout ce dont on se rend compte quand Jacob parle avec l'estre à la presque fin. Je ne m'attendais vraiment pas à ce que ça aille si loin. Vu comment se termine ce tome, ça promet pour les suivants dans lesquels on sera vraiment au cœur de l’action !

    Un extrait : La salle de repos des employés était une pièce aveugle, froide et humide. Linda, l’assistante en pharmacie, grignotait un sandwich sans croûte dans la lumière criarde du distributeur de sodas. Elle m’a indiqué du menton le téléphone fixé au mur.

    — Un type te demande sur la deux. Il a l’air complètement flippé.

    J’ai récupéré le récepteur qui pendouillait au bout de son fil.

    — Yakob ? C’est toi ?

    — Salut, Grandpa.

    — Yakob, Dieu soit loué ! J’ai besoin de ma clé. Ou est ma clé ?

    Il était essoufflé et paraissait inquiet.

    — Quelle clé ?

    — Ne te moque pas de moi, a-t-il rétorque sèchement. Tu sais parfaitement laquelle.

    — Tu as dû la ranger au mauvais endroit.

    — Tu es de mèche avec ton père. Dis-le-moi. Il n’en saura rien.

    — Je ne suis de mèche avec personne.

    Puis, pour changer de sujet :

    — Tu as pris tes médicaments, ce matin ?

    — Ils viennent me chercher ! Je ne sais pas comment ils m’ont retrouvé après toutes ces années, mais ils sont là. Avec quoi je vais les combattre ? Avec un couteau à beurre ?

    Ce n’était pas la première fois que j’entendais mon grand-père tenir ce genre de discours. Il vieillissait et, franchement, il commençait à perdre la boule. Au début, les signes de son déclin étaient presque imperceptibles : il oubliait de faire ses courses, donnait à ma mère le prénom de ma tante… Mais pendant l’été sa confusion mentale était devenue cruellement évidente. Les histoires qu’il avait inventées sur sa vie pendant la guerre – les monstres, l’île enchantée – l’obsédaient. Il semblait convaincu de leur réalité. Il était particulièrement agité depuis quelques semaines, et mes parents, craignant qu’il ne se mette en danger, envisageaient sérieusement de le placer dans une maison de retraite. Pour une raison mystérieuse, j’étais le seul à recevoir ses coups de fil apocalyptiques.

    Comme d’habitude, j’ai fait mon possible pour le calmer :

    — Tu ne crains rien. Tout va bien. Je passerai te voir tout à l’heure avec un DVD. On le regardera ensemble. D’accord ?

    — Non ! Reste où tu es ! C’est dangereux, ici !

    — Grandpa, il n’y a plus de monstres : tu les as tous tués pendant la guerre, souviens-toi.

    Par souci de discrétion, j’ai tourné le dos à Linda, qui lorgnait d’un air curieux par-dessus son magazine de mode.

    — Pas tous ! a protesté mon grand-père. J’en ai tué beaucoup, c’est vrai, mais il y en a toujours plus.

    Je l’entendais ouvrir des tiroirs, claquer des portes, se cogner partout… Il était en pleine crise de démence.

    — Je t’interdis de venir, tu m’entends ? Je vais me débrouiller : leur couper la langue et les poignarder dans les yeux. C’est la meilleure méthode ! Si seulement je trouvais cette maudite clé !

    La clé en question ouvrait une armoire métallique dans son garage, où il stockait assez de fusils et de couteaux pour armer une petite milice. Grandpa avait consacré la moitié de sa vie à collectionner ces armes, achetées dans des expositions aux quatre coins du pays. En semaine, il partait pour d’interminables parties de chasse et, le dimanche, il traînait ses enfants dans des concours de tir pour leur apprendre le maniement des armes. Il aimait tellement ses fusils qu’il dormait avec. Pour preuve, un vieux cliché que mon père me montrait parfois. On y voyait Grandpa Portman assoupi, un revolver à la main.

    Quand j’ai demandé à mon père pourquoi Grandpa était fasciné par les armes à feu, il m’a expliqué que c’était souvent le cas des anciens soldats, ou des personnes victimes de traumatismes. Avec tout ce que mon grand-père avait vécu, on pouvait comprendre qu’il ne se sente en sécurité nulle part, même pas chez lui. Et, par une triste ironie du sort, maintenant que les illusions et la paranoïa l’emportaient sur sa raison, il n’était effectivement plus en sécurité chez lui, avec tous ces pistolets. C’est pourquoi mon père lui avait subtilisé sa clé.

    J’ai répété que j’ignorais où elle était. Grandpa a proféré de nouveaux jurons et claqué encore quelques portes, signe qu’il reprenait ses recherches.

    Après quelque temps, il a renoncé :

    — Bah ! Ton père n’a qu’à garder cette clé si ça lui chante. Il aura mon cadavre sur la conscience !

     

     

  • [Livre] Red Hill

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    Résumé : Scarlet est divorcée et mère de deux petites filles. Les élever seule est un combat quotidien qu'elle mène avec ténacité.

    Marié depuis plusieurs années à une femme de plus en plus distante, Nathan n'a qu'un vague souvenir de ce qu'est l'amour. En revanche, sa petite Zoe le comble de bonheur tous les jours.

    Miranda, elle, n'a qu'une préoccupation : l'organisation d'un week-end à la campagne avec sa soeur Ashley et leurs copains respectifs.

    Lorsque leur monde s'effondre, ces personnages ordinaires vont devoir affronter l'extraordinaire. Il leur faudra prendre en main leur destin pour avoir une chance de survie. Mais qu'arrive-t-il quand ceux pour qui vous êtes prêt à mourir sont aussi ceux qui peuvent vous détruire...?

     

    Auteur : Jamie McGuire

     

    Edition : J'ai lu

     

    Genre : Fantastique

     

    Date de parution : 23 Septembre 2015

     

    Prix moyen : 10€

     

    Mon avis : D’habitude, je ne suis pas une grande fan des zombies. J’ai du mal à leur trouver un intérêt (je ne supporte pas la série walking dead, par exemple). Mais ici, ça fonctionne. Alors certes, les zombies sont très présents, mais on ne les voit qu’au travers des yeux de quelques personnes. Après la trame de l’histoire reste très classique : des zombies, des humains les fuyant, et le moyen pour les seconds de survivre aux premiers.
    Rien, dans le quatrième de couverture, ne laisse supposer qu’on va se retrouver dans une histoire de zombies. C’est un choix, mais ça peut rebuter parce que ces histoires-là sont assez particulières, et ça peut vraiment énerver de tomber sur des zombies au détour d’une page quand on ne supporte pas ça.
    J’ai beaucoup aimé l’idée de suivre alternativement l’un des trois personnages, à savoir Scarlett, qui est séparée de ses deux filles, lesquelles étaient avec leur père au moment du début de l’épidémie ; Nathan qui est père célibataire (depuis peu) d’une toute petite fille et Miranda, qui avec son copain, sa sœur Ashley et le petit-ami de celle-ci était sur le chemin pour aller passer le week-end chez son père.
    Comme je le disais, je n’aime pas particulièrement les histoires de zombies (sauf quand c’est humoristique) mais ici, et je pense que c’est ça qui m’a fait apprécier l’histoire, j’ai bien aimé l’idée que tout parte de l’expérience scientifique d’un homme qui n’a pas voulu se contenter de prolonger la vie humaine en cherchant à soigner des maladies, mais a voulu ramener les morts à la vie. J’ai bien aimé aussi que les gens n’y croient pas tout de suite et puis qu’une fois qu’il leur est impossible de continuer à se voiler la face, qu’ils se retrouvent démunis, n’ayant comme repère que les nombreux films sur le sujet. D’ailleurs un des personnages va pointer la grande faiblesse de ces films qui est de ne pas « prévenir » de l’impact psychologique d’une telle catastrophe.
    Au niveau des personnages, Scarlett est sans doute celle qui m’a le plus énervée alors que je l’aimais bien au début du livre.
    Autant je comprends son besoin désespéré de retrouver ses filles, autant j’ai trouvé anormal qu’elle mette en danger tout le groupe, sans même leur demander ni avis ni permission (après tout elle n’est pas chez elle et j’ai trouvé que Miranda et Ashley avaient eu beaucoup de patience de ne pas lui dire d’aller chercher ses filles ailleurs).
    Bryce aussi était pénible, dans une moindre mesure. Son côté petit-copain jaloux, ça allait 5 minutes, mais au bout d’un moment on a juste envie de lui coller de grandes baffes et de lui rappeler que même s’il n’aime pas Joey, parce qu’il est efficace, charmant et qu’il ne laisse pas les filles de marbre, ils sont quand même en danger de mort et que Joey est un militaire qui revient à peine d’Afganistan et qui est donc probablement le plus qualifié question survie.
    J’ai aussi beaucoup aimé que les histoires de chacun des protagonistes s’entremêlent sans qu’ils en aient forcément conscience et sans que ce soit forcément de manière poussée.
    J’ai lu beaucoup de chroniques parlant d’un tome 2, et sur les bases comme booknode, Red Hill est noté comme étant un tome 1, cependant, rien, ni dans mes recherches, ni dans la fin du livre ne laisse supposer qu’il y aura un tome 2. En revanche, l’auteur a écrit une nouvelle qui nous raconte ce qu’on fait les filles de Scarlett pendant que leur mère se demandait si elles étaient ou non en vie (alors bien sûr, une fois lu Red Hill, on saura si elles se retrouvent ou non, mais dans tous les cas, l’idée est sympa, d’avoir ce côté-là du récit.)

    Un extrait : L’avertissement était bref – presque lâché en passant. « Les dépouilles ont été rassemblées et éliminées. » Puis les animateurs radio firent quelques plaisanteries, et cela en resta là. Il me fallut un moment pour prendre la mesure de ce que la journaliste avait annoncé à travers les haut-parleurs de ma Suburban : Enfin. Un savant zurichois avait enfin réussi à créer ce qui – jusqu’alors – n’était que pure fiction. Pendant des années, au mépris de toute déontologie scientifique, Elias Klein s’était échiné vainement à ranimer un cadavre. Autrefois considéré parmi les génies de ce monde, il était désormais la risée de tous. Et ce jour-là, il serait devenu un criminel, s’il n’avait pas été mort.

    À cet instant, je surveillais dans le rétroviseur mes filles qui se disputaient sur la banquette arrière, et les deux mots qui auraient dû tout changer avaient traversé mon cerveau sans trop m’interpeller. Deux mots qui, si je n’avais pas été en train de rappeler à Halle de donner l’autorisation de sortie à son professeur, m’auraient fait repartir pied au plancher.

    Dépouilles. Rassemblées.

    Mais j’étais trop occupée à rabâcher pour la troisième fois que le père des petites, Andrew, viendrait les chercher à l’école ce soir-là. Ils feraient ensuite une heure de route jusqu’à Anderson, la ville que nous appelions naguère notre chez-nous, où ils écouteraient le gouverneur Bellmon s’adresser aux collègues pompiers d’Andrew devant un parterre de journalistes locaux. Andrew pensait que cela plairait aux filles, et j’étais bien d’accord avec lui – peut-être pour la première fois depuis notre divorce.

    Même s’il manquait la plupart du temps de sensibilité, mon ex était un homme de devoir. S’il emmenait nos filles – Jenna, tout juste treize ans, à qui sa beauté (et sa bêtise) risquait de jouer des tours, et Halle, sept ans – au bowling, au restaurant, voire au cinéma, c’était uniquement parce qu’il s’y sentait obligé. Pour lui, passer du temps avec ses enfants faisait partie d’un boulot qu’il accomplissait sans plaisir.

    Quand Halle me saisit la tête et la fit brusquement pivoter pour me déposer de force des baisers mouillés sur les joues, j’en profitai pour remonter sur son nez ses lunettes à épaisse monture noire. Sans savourer l’instant, sans me douter que tant d’obstacles ce jour-là allaient se mettre entre nous pour nous séparer. Halle sautilla en chantonnant bruyamment tout au long du chemin menant à l’entrée de l’école. Elle était la seule personne de ma connaissance à être capable de se montrer à la fois aussi horripilante et attendrissante.

     

  • [Livre] Extinction

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    Résumé : Alors qu'une gigantesque tempête de neige s'abat sur Manhattan, Internet s'effondre, entraînant dans sa chute les infrastructures municipales : l'électricité, l'eau courante... Le black-out est total, les vivres viennent à manquer. Dehors, c'est la loi de la jungle, entre pillages et épidémies. On accuse les Chinois, les cyberpirates. La faim, le froid, la soif guettent à chaque coin de rue – mais l'ennemi le plus redoutable partage sans doute votre palier...

    Dans la résidence de Chelsea ou, hier encore, les voisins se pressaient joyeusement autour d'un barbecue, confiance et solidarité s'érodent peu à peu. Mike Mitchell, jeune père et ingénieur aisé, sait que la menace peut surgir de partout. Aucune barricade ne peut garantir contre la trahison, l'égoïsme, la paranoïa... Sa vie, celle de sa femme et de son fils ne dépendent que de son jugement. À mesure que la communauté se disloque, l'extinction opère son effroyable sélection naturelle...

     

    Auteur : Matthew Mather

     

    Edition : Fleuve Noir

     

    Genre : SF/Thriller

     

    Date de parution : 12 Novembre 2015

     

    Prix moyen : 21€

     

    Mon avis : Ce livre est un roman apocalyptique mais pas dans le sens où on l’entend habituellement.
    Déjà, je dis apocalyptique, parce qu’on est vraiment au cœur de l’action, on n’arrive pas après la bataille, quand les survivants d’une catastrophe naturelle/guerre nucléaire/épidémie/attaque de zombie (rayer la mention inutile) ont déjà commencé à s’organiser pour survivre. Ici le livre commence sous les meilleurs auspices. Il fait beau, bien qu’on soit proche de noël, le temps est suffisamment doux pour faire un barbecue sur le toit, les voisins s’entendent plus ou moins bien. Bref tout va bien.
    Le personnage principal a bien quelques petits ennuis de couple, mais bon, qui n’en a pas…
    Les discussions vont bon train, et notre « héros », appelons-le comme ça pour faire simple, s’amuse à provoquer son meilleur ami, un survivaliste adepte de la théorie du complot.
    Et puis il y a des petites choses qui commencent à se dérègler. Rien de bien méchant, vraiment : un réseau téléphonique saturé, internet qui rame (que celui qui n’a jamais pesté devant une page internet qui met des plombes à s’ouvrir jette la première pierre à ces personnages qui n’ont rien vu venir).
    Une tempête de neige s’annonce. Mais à New York, ce n’est pas la première.
    Et c’est là que les choses vont commencer à déraper.
    Ce que j’ai aimé dans ce roman, c’est qu’on est pas confronté à une épidémie concoctée par un savant fou, à une attaque extraterrestre ou à tout autre catastrophe qui ne peux arriver que dans les bouquins ou les films.
    Ici la cause de la débandade est plus que plausible. Notre monde est tellement dépendant de la technologie qu’on peut effectivement se demander ce qu’il se passerait si on n’était plus capable de faire fonctionner les centrales électriques, les distributions d’eau, les réseaux de communications…Comment obtenir du secours si on ne peut joindre personne ? Comment soigner les gens si les hôpitaux sont paralysés ?
    Mais ce qui fait la force de ce roman, c’est l’analyse de la réaction des gens. Combien de temps avant que certains ne décident d’employer la force pour avoir plus de nourriture que les autres ? Combien de temps avant de décider de tuer pour une bouteille d’eau ?
    J’avais classé ce livre en SF mais c’est également un thriller, un thriller psychologique qui prend aux tripes.
    Le « héros » comme je l’ai appelé tout à l’heure, Mike, n’a justement rien d’un héros. C’est un homme sans histoire, qui a des doutes quant à son couple au moment où tout commence, qui ne sait pas comment réagir, qui n’est pas sûr de réussir à protéger sa femme enceinte et son fils de 2 ans.

    Ce qui fait le plus peur dans ce livre, c’est que ce n’est pas un roman de fiction, mais que ce pourrait bien être un roman d’anticipation.

    Un extrait : — Nous vivons une époque incroyable !

    Dépité, j’ai examiné la saucisse carbonisée piquée sur ma fourche, avant de la reposer à l’écart, sur le bord du gril.

    — Incroyablement dangereuse, oui ! s’est esclaffé Chuck, mon voisin de palier et meilleur ami. Beau travail ! Je te parie qu’elle est encore congelée, à l’intérieur.

    Les températures étant depuis plusieurs jours inhabituellement douces pour une fin novembre, le mercredi, veille de Thanksgiving, j’avais décidé au débotté d’organiser un barbecue sur le toit-terrasse de notre immeuble, un ancien entrepôt de Chelsea converti en résidence. La plupart de nos voisins n’avaient pas encore quitté la ville pour le long week-end férié et, en compagnie de Luke, mon fils de deux ans, j’avais consacré la matinée à frapper de porte en porte, pour les convier à notre barbecue.

    — Ne dénigre pas mes talents de cuisinier, et ne te lance pas sur ce sujet – s’il te plaît.

    C’était une superbe fin de journée, avec un coucher de soleil spectaculaire. Notre perchoir, au septième étage, nous offrait une vue imprenable : le ruban de feuillages rouges et dorés qui ourlait les rives de l’Hudson d’un côté, le skyline de Manhattan de l’autre. J’avais beau vivre depuis deux ans à New York, je m’émerveillais toujours autant de la vitalité qui faisait battre le cœur de cette ville. J’ai contemplé avec satisfaction la trentaine de voisins rassemblés sur le toit, pas peu fier qu’ils aient répondu aussi nombreux à mon invitation.

    — Selon toi, il y a donc peu de chances qu’une éruption solaire anéantisse la planète ? a repris Chuck, un pétillement malicieux dans ses yeux noisette.

    Avec son timbre nasillard de gars du Sud, même l’évocation d’un cataclysme ressemblait aux paroles d’une ballade. Ce soir-là, d’ailleurs, dans son jean déchiré et son T-shirt des Ramones, à voir ses cheveux blonds coiffés au pétard à mèche et sa barbe de deux jours, on aurait dit une rock star en train de décompresser sur une chaise longue, une canette de bière à la main.

    — C’est exactement ce sur quoi je veux éviter de te lancer…

    — Je pointe juste du doigt que…

    — Ce que tu pointes du doigt, c’est une catastrophe, l’ai-je coupé en levant les yeux au ciel. Comme d’habitude. Alors que l’humanité vit, justement en ce moment, une des transitions les plus incroyables de toute son histoire !

     

  • [Livre] Running Man

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    Résumé : Au début du XXIe siècle, la dictature s'est installée aux Etats-Unis. La télévision, arme suprême du nouveau pouvoir, règne sans partage sur le peuple. Une chaîne unique diffuse une émission de jeu suivie par des millions de « fans » : c'est « La grande Traque ».
    Ben Richards décide de s'engager dans une compétition mortelle pour trouver l'argent nécessaire afin de soigner son enfant. Pendant trente jours, il devra fuir les redoutables « chasseurs » lancés à sa poursuite, déterminés à le tuer, et échapper aussi à la curiosité des « honnêtes » citoyens, encouragés à la délation et qui reçoivent une prime pour tout renseignement susceptible d'aider à le localiser. Ben Richards a-t-il une chance de s'en sortir quand tous les moyens sont bons pour l'éliminer ?

    Auteur : Stephen King

     

    Edition : Le Livre de Poche

     

    Genre : Science-fiction

     

    Date de parution : 19 Avril 1988

     

    Prix moyen : 7€

     

    Mon avis : Le premier point fort de ce livre c’est les chapitres faits sur le modèle du compte à rebours. Le compte démarre à 100, les « chapitres » ne sont pas d’une longueur régulière même s’ils sont généralement assez courts, ce qui ajoute à la tension instaurée par Stephen King. C’est presque impossible de laisser le livre de côté sans se faire violence tant on veut savoir ce qu’il va se passer.

    Le libertel, une télé obligatoire (il est obligatoire de l’avoir mais pas de la regarder, ce qui nous semble normal mais, dans cette histoire, ne l’est pas tant que ça. La loi sur le visionnage obligatoire n’étant pas passée à quelques voix près) est un instrument de contrôle des populations. Il diffuse surtout des jeux de télé-réalité qui permettent aux pauvres de réussir à gagner un peu d’argent mais qui sont le plus souvent mortels pour les participants. On voit clairement que c’est un moyen pour les pouvoirs publics de contrôler la population : les riches sont accros à ces jeux, et les pauvres, qui doivent subir de nombreux tests pour être sélectionnés, se pressent pour participer par désespoir, ce qui permet aux autorités de se débarrasser des indésirables au grand jour sous couvert de jeux.
    Ce qui m’a fait « sourire » d’entrée, c’est que l’action se situe en 2025. Stephen King l’ayant écrit en 1987, c’est donc un livre futuriste. Et je me dis qu’il n’avait pas grand espoir ni grande confiance en l’humanité pour imaginer une telle société qui se serait mise en place en moins de 40 ans…
    On voit la manipulation des autorités qui présentent Ben Richards comme un monstre maléfique, le faisant détester avant même que le jeu commence. Les photos de sa femme sont également retouchées pour qu’elle ne puisse pas inspirer la moindre compassion. Le jeu est clairement truqué car si Ben doit survivre un mois, si chaque citoyen peut gagner de l’argent en donnant des informations sur sa localisation s’il le repère, si chaque chasseur tué par Ben lui rapporte de l’argent supplémentaire, en réalité les dés sont pipés : ceux qui aident Ben sont condamnés à mort, les chasseurs sont à ses trousses, mais aussi la police. Il est donc considéré comme un prisonnier en cavale et non pas simplement comme un participant à un jeu qui a accepté de mettre sa vie dans la balance.
    Il faut dire que Ben est dangereux pour le pouvoir en place : il est pauvre mais intelligent, il sait lire, il sait réfléchir (dans un pays où il faut un salaire de cadre supérieur pour avoir le droit d’accéder aux bibliothèques), il remet en cause le gouvernement, refuse de se laisser mourir dans son coin en silence, il veut faire bouger les mentalités, faire sortir les pauvres de leur inertie et tenter de réveiller les consciences des riches. Et cela, le gouvernement ne peut pas se le permettre car, comme toute dictature, si le peuple dépasse sa peur et décide de se battre, ils savent que leur régime s’écroulera.
    La fin m’a surprise. Je ne sais pas vraiment si je l’apprécie. Disons que j’aurais aimé une autre fin, mais que, au vu des évènements, je trouve qu’il n’y avait guère d’autre fin possible.

    Un extrait : A l’entrée du couloir, une main s’abattit lourdement sur son épaule.

    — Eh ! Toi, ta carte !

    Richards la montra. Le flic se détendit. Son visage de fouine exprimait la déception.

    — Ça vous plaît de refouler les gars, hein ? lui dit Richards. Ça vous donne de l’importance.

    — Tu veux retourner d’où tu viens, minus ?

    Richards avança. Le flic ne fit rien pour l’en empêcher.

    Arrivé à mi-chemin des ascenseurs, il se retourna :

    — Eh, m’sieur ! (Le policier le regarda d’un air menaçant.) Vous avez une famille ? La semaine prochaine, ça pourrait être vous !

    — Circulez ! cria le flic, furieux.

    Une vingtaine de candidats attendaient devant les ascenseurs. Richards montra sa carte au flic de service. Celui-ci l’examina attentivement.

    — T’aimes jouer au dur, fiston ?

    Richards sourit.

    — Ça m’arrive.

    — Ils vont vite te ramollir, t’en fais pas. Tu feras le malin, quand t’auras trois balles dans la peau ?

    — Autant que vous sans votre revolver et avec votre froc à vos pieds, rétorqua Richards sans cesser de sourire.

    Un moment, il crut que le flic allait l’assommer, mais il se contenta de dire :

    — Tu perds rien pour attendre. Tu te traîneras à genoux avant que ça soit fini, t’inquiète pas.

    Le flic se tourna vers de nouveaux arrivants et demanda à voir leur carte.

    L’homme qui attendait devant Richards se retourna. Il avait un visage triste et malheureux ; ses cheveux bouclés faisaient des crans.

    — Tu sais, mon gars, tu devrais pas les asticoter comme ça. Le téléphone arabe, ça marche.

    — Vraiment ? répondit Richards avec affabilité.

    L’homme se détourna.

    Les portes du premier ascenseur s’ouvrirent soudain. Un flic noir au gros ventre protégeait la rangée de boutons de son large dos. Au fond de la cabine, un autre policier, assis derrière un panneau en plastique à l’épreuve des balles, lisait un magazine sado en 3— D. Il tenait un fusil à canon scié entre les genoux.

    — Serrez au fond ! cria le gros flic d’un air important. Allons, serrez !

    Tassés au point qu’il devenait impossible de respirer, ils montèrent d’un étage. Les portes s’ouvrirent. Richards, qui dépassait tous les autres d’une tête, vit une vaste salle d’attente avec des rangées de sièges et un énorme Libertel. Il aperçut aussi, dans un coin, un distributeur de cigarettes.

    — Sortez ! Sortez tous ! Les cartes à la main gauche !

    Sous la surveillance de trois policiers, chacun montra sa carte à l’œil impersonnel d’une caméra. Pour une raison inconnue, une sonnerie retentit à la vue d’une douzaine de cartes, dont les détenteurs furent ramenés dans l’ascenseur.

    Richards montra sa carte. On lui fit signe d’avancer. Il alla droit vers la machine à cigarettes, obtint un paquet de Blams et s’assit le plus loin possible du Libertel. Il alluma une cigarette et rejeta la fumée en toussant. C’était sa première depuis six mois.