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Fantasy/Science-Fiction

  • [Livre] Everless

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    Lecture terminée le : 22 novembre 2019

     

    Résumé : Julie vit dans la misère avec son père. Pour pouvoir payer ses dettes, celui-ci va consulter l'extracteur de temps. Car au royaume de Sempera, tout se paie en temps. On peut en effet transformer en métal précieux le temps de vie contenu dans le sang...
    Pour éviter que son père, déjà très affaibli, se condamne en procédant à une nouvelle saignée, Julie se fait engager comme domestique à Everless, la résidence des Gerling, la famille la plus puissante du royaume. On va y célébrer les noces de Roan, le fils cadet de la famille, avec la fille adoptive de la reine. Cette dernière est agée de plusieurs centaines d'années grâce à ses richesses (la monnaie créée à partir du sang peut aussi se consommer pour allonger la vie...)
    Or, Julie est depuis toujours secrètement amoureuse de Roan. Car elle a vécu à Everless dans son enfance. Mais suite à un tragique accident, son père et elle ont dû s'enfuir. Et son père lui a toujours interdit de retourner à Everless...


    Auteur : Sara Holland

     

    Edition : Bayard

     

    Genre : Fantasy

     

    Date de parution : 09 Mai 2019

     

    Prix moyen : 18€

     

    Mon avis : Dans le monde de Sempera, le sang contient du temps et peut être extrait pour être transformé en pièce de monnaie. Car tout se paye en temps.
    Du coup, le peuple vit dans la misère, et avec les extractions, meurt rapidement, tandis que les riches peuvent vivre des centaines d’années grâce au temps de ceux qu’ils exploitent.
    Les pièces obtenues avec le sang peuvent soit servir de monnaie, soit être dissoute dans un liquide pour être absorbées et ainsi allonger le temps de vie de celui qui les consomme.
    Julie et son père font partie des plus pauvres et la jeune fille craint que le temps de son père ne soit bientôt épuisé s’il continue à faire extraire son sang. Travailler à Everless, la résidence de la riche famille qui gouverne cette partie du royaume, permettrait à la jeune fille de soulager son père, mais ce dernier ne veut rien entendre. Il refuse catégoriquement que Julie remette les pieds à Everless, d’où ils se sont enfuit des années auparavant suite à un grave incident.
    J’ai beaucoup aimé ce livre, mais il ne m’a pas vraiment surprise, ou très peu.
    Déjà, toute cette histoire de paiement par le temps me fait penser au film Time out.
    Ensuite, vu que le livre ne s’éloigne guère des codes du genre, j’ai quasiment tout vu venir des kilomètres à l’avance.
    Par exemple, si je me méfiais d’un personnage, il se révélait effectivement dans les mauvais camps, même si je ne savais à l’avance quels actes il allait commettre.
    Ce qui m’a empêcher de m’ennuyer, ça a été justement ce point : que même si j’arrivais à voir à l’avance qui était dans un camp ou dans l’autre (bon y’a pas réellement de camps, il n’y a pas de guerre en cours, mais disons qui est un pourri et qui est inoffensif ou bienveillant), comme je ne savais pas exactement ce qu’ils allaient faire, j’attendais de voir comment ils allaient être démasqués, repérés etc…
    Avec tous ces personnages qui portent quand même un masque, on ressent une impression de danger permanente, surtout qu’on ne sait pas bien d’où il vient.
    Au fur et à mesure qu’on avance dans le récit, il gagne en originalité, notamment avec la légende de l'envoûteuse et de l’alchimiste, sur laquelle repose une grande partie de l’histoire et que j’ai particulièrement aimée.
    En termes de personnages, j’ai beaucoup aimé Julie, volontaire sans être tête brûlée, ainsi que Liam, malgré son caractère et son comportement.
    J’ai été plus mitigée en ce qui concerne Roan. Je peux apprécier un personnage qui soit un véritable salaud, comme un personnage qui soit adorable, mais j’ai du mal avec les mollassons. Et c’est exactement comme ça que je vois Roan. Il est gentil, oui, mais il semble ne vouloir s’impliquer dans rien, n’avoir aucune conviction, et oublier avec une facilité déconcertante la pauvreté et les injustices du moment qu’elles n’ont pas lieu sous ses yeux. Ça m’a autant énervée que ça a l’air d’agacer son frère, Liam.
    Il y a beaucoup d’autres personnages, mais dire ce que j’ai pensé d’eux reviendrait à en dire beaucoup trop sur l’histoire. Disons j’en ai apprécié autant que j’en ai détesté.
    J’ai aussi beaucoup aimé le rythme du récit ainsi que l’ambiance qui est assez pesante.
    Dans ce 1er tome, il y a très peu de romance, mais j’ai eu le sentiment que tout se mettait doucement en place pour qu’on en ai une belle dans le tome 2.
    Un second tome que j’ai hâte de découvrir et qu’on devrait avoir aux alentours de mai 2020 si la maison d’édition française garde le même écart de publication avec la VO.

     

    Un extrait : Presque tous les habitants de Sempéra trouvent la forêt effrayante, à cause des vieilles histoires de fées capables de figer le temps contenu dans leur sang ou de sorcières pouvant les vider de leurs années d’un simple chuchotis. On raconte même que l’esprit de l’Alchimiste hante ces bois, et qu’il est assez puissant pour emprisonner des éternités entières dans un souffle.

    Moi, ce ne sont pas les fées qui m’effraient. La forêt recèle des dangers bien réels – des voleurs en embuscade, portant poignard acéré et poudre alchimique à la ceinture, prêts à saigner du temps à quiconque ose s’aventurer loin de son village. On les nomme les saigneurs. C’est à cause d’eux que papa n’aime pas que j’aille chasser, mais nous n’avons pas le choix. En hiver, de toute façon, les sous-bois ne sont pas assez denses pour offrir une cachette aux brigands, et aucun chant d’oiseau ne couvre les bruits de leurs pas.

    De plus, je connais ces bois mieux que personne. J’ai toujours adoré m’y promener, flâner sous les branches enchevêtrées qui masquent le soleil et forment un rempart contre le vent cinglant. Je pourrais y passer mes journées, ou marcher sans plus m’arrêter parmi les arbres miroitants de givre et de glace, sous les rais de soleil effilés comme des dagues. Et disparaître.

    Tu parles ! Jamais je n’abandonnerai mon père, surtout s’il est…

    – Ne dis pas de bêtises, m’interromps-je.

    Ce mensonge gèle dans l’air glacial et retombe comme de la neige. Je le chasse d’un coup de pied.

    Papa raconte que certains arbres sont vieux de mille ans, qu’ils étaient déjà là bien avant la naissance de tous les habitants peuplant le royaume aujourd’hui, avant même que la reine accède au trône, ou que l’Alchimiste et l’Envoûteuse transforment le temps en sang et en métal – si tant est qu’une telle époque ait jamais existé. Ces arbres seront encore debout quand nous aurons tous quitté ce monde. Pourtant, ce ne sont pas des prédateurs comme les loups ou les hommes. Les racines qui s’étendent sous mes pieds ne vivent pas depuis des siècles en aspirant les forces des autres plantes jusqu’à ce qu’elles se flétrissent et deviennent grises. Et l’on ne peut pas les saigner pour en extraire leur temps.

    Si seulement nous ressemblions davantage aux arbres.

    Le vieux mousquet de papa pèse sur mon dos, lourd et inutile. J’ai eu beau marcher des lieues, je n’ai pas croisé de gibier. Dans quelques heures, il fera nuit, et les marchands baisseront l’un après l’autre la toile de leur étal. Bientôt, je serai obligée de rentrer au bourg et de me rendre chez l’extracteur de temps. J’avais espéré que la chasse me calmerait, me donnerait du courage pour ce qui m’attend, mais j’ai encore plus peur qu’avant de partir.

    Demain, nous devrons régler le loyer de notre chaumière de Crofton. Comme tous les mois, la famille Gerling renflouera ses coffres avec notre fer-de-sang, au prétexte que nous lui sommes redevables pour la protection qu’elle nous apporte. Pour les terres qu’elle nous prête. Le mois dernier, nous n’avons pas pu payer, mais nous nous en sommes tirés avec un avertissement du percepteur – parce que papa semblait trop mal en point, et moi trop jeune –, mais ce n’était pas un geste de charité de sa part. Ce mois-ci, il exigera le double, peut-être même plus. Maintenant que j’ai dix-sept ans, l’âge légal pour donner ses années à saigner, je sais que je n’ai plus le choix.

    S’il a toute sa tête, papa sera très en colère.

     

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  • [Livre] Les arcanes d’Hemera – T02

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    Lecture terminée le : 09 novembre 2019

     

    Résumé : Depuis qu’Allyn a accepté d’intégrer les rangs de l’Organisation, sa vie n’a plus rien d’ordinaire. Son équipier est incernable, son colocataire fantôme refuse son aide et deux Anges Noirs l’ont dans le collimateur… Pourtant rien ne semble la décourager, pas même la recherche éprouvante d’une âme perdue lui donnant du fil à retordre. Ignorante des manigances qui se jouent et des dissimulations de son entourage, Allyn persiste dans la mission qu’elle s’est attribuée. Seulement s’il y a bien une leçon qu’elle aurait dû retenir, c’est que depuis son arrivée à l’Organisation, les choses ne se déroulent jamais comme prévu…


    Auteur : Elyna E.C.

     

    Edition : Inceptio

     

    Genre : Fantastique

     

    Date de parution : 26 Octobre 2018

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : J’avais acheté le tome 2 en même temps que le tome 1 mais j’ai volontairement attendu avant de lire ce second tome (enfin, attendu pas très longtemps non plus : deux mois), histoire de laisser décanter ma première lecture.
    Dans ce tome, Allyn s’est un peu plus affirmée mais l’âme perdue à laquelle elle s’intéresse depuis son entrée à l’organisation, Marion, lui donne du fil à retordre. Et Lucas ne la ménage toujours pas.
    Il est vraiment insupportable et je me suis demandée qui Allyn allait se payer en premier : Lucas ou un ange noir.
    Et encore, si je n’ai pas mis Maël sur le rang des candidats à la baffe, c’est qu’il est immatériel.
    De plus, Allyn commence à se poser des questions sur les secrets que cache l’association. C’est compréhensible, les singuliers font tout le boulot, prennent tous les risques, et ceux qui se contentent de rester bien planqués (vous sentez l’allusion à cette larve de Loïc Fortin ?) se permettent de leur donner des leçons.
    Dans ce tome, on va en apprendre plus sur Lucas et sur Allyn et leurs passés respectifs.
    Je ne suis pas une grande fan des anges que je trouve bien trop arrogants. Et ce n’est pas ceux de ce livre qui vont me réconcilier avec l’espèce : ils montrent qu’ils se considèrent comme supérieur alors qu’ils devraient être au service de l’humanité.
    J’ai un peu regretté Lucius. Son côté sadique et son humour grinçant m’a manqué et si je comprends pourquoi il n’y a pas eu de confrontation mais j’aurais bien aimé voir quelques conversations avec Aldrick.
    Pour Maël, je suis mitigée. D’un côté, je l’ai trouvé particulièrement odieux, d’un autre les anges ont une sacrée part de responsabilité dans tout ça, mais en même temps, est-ce que ça l’autorise à se comporter ainsi ?
    Mitigée, quoi…
    Et puis, comme parfois les choses sont bien faites, en plus d’avoir eu un énorme coup de cœur pour ce tome, j’ai appris qu’un tome 3 n’allait pas tarder à être publié (J’ai essayé de connaitre la date, mais bon, d’un auteur aussi sadique, il fallait s’attendre à ce qu’elle résiste à la torture !)
    Il n’y a plus qu’à croiser les doigts pour que cette bande de tortionnaires ne nous fassent pas trop attendre !
    en attendant, j’ai plein d’autres romans inceptio à lire !

     

    Un extrait : Lorsque Lucas s’avachit sur la chaise vide en face de la mienne ce matin-là, il le fait avec si peu de délicatesse que j’en manque de renverser mon petit déjeuner sur mon plateau-repas.

    — Toi, on peut dire que tu as le chic pour choisir tes âmes perdues, lance-t-il en guise de préambule.

    Bien le bonjour à toi aussi.

    — Je présume que tu as fait connaissance avec Marion.

    — Cette femme est horrible.

    — Ravie que pour une fois on soit capable de s’entendre sur un point.

    Lucas fronce les sourcils et m’examine longuement avant de continuer :

    — Bref, j’ai tout autant envie de reprendre la lecture que de me couper une main, mais de toute manière ce n’est pas important pour le moment, car je pense avoir trouvé un souvenir intéressant.

    — Vraiment ? Déjà ?

    — Je lis vite, assure-t-il.

    Harper penche la tête sur le côté, sûrement dans l’espoir de déchiffrer mon expression blasée. Décidée à ne pas lui faciliter la tâche, je laisse mes cheveux détachés pendouiller devant mon visage en me penchant pour touiller mon chocolat chaud.

    — Quelque chose ne va pas ? demande-t-il comme si nous étions soudain redevenus les meilleurs amis du monde.

    Ravalant la répartie que je meurs d’envie de lui déballer depuis quelque temps, je l’ignore en contemplant ma cuillère recouverte de mousse blanche.

    — Allyn ?

    — Quoi ? m’impatienté-je en relevant les yeux.

    — Je t’ai posé une question.

    — Que j’ai ignorée, au cas où tu ne l’aurais pas compris.

    Il se renfrogne.

    — Allyn, arrête un peu, veux-tu ? Nous n’arriverons pas à travailler correctement si tu continues à me faire la tête.

    Alors là, c’est la meilleure de l’année. C’est avec énormément de self-control que je me retiens de lui lancer ma boisson brûlante au visage.

     

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  • [Livre] Le dernier magicien – T01 – L’Ars Arcana

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    Lecture terminée le : 04 octobre 2019

     

    Résumé : Arrêter le magicien.
    Voler le Livre.
    Sauver le futur.
    De nos jours à New York, les magiciens vivent terrés dans Manhattan, piégés par le Brink, une barrière d'énergie sombre inventée par l’Ordre. S’ils la traversent, ils perdent leur pouvoir, et souvent leur vie.
    C’est compter sans Esta, une magicienne ultra-douée qui récupère des artéfacts de l’Ordre en voyageant dans le temps. En effet, la jeune fille a le don de circuler à travers les époques. Et l’heure de sa grande mission est venue : elle doit se rendre en 1902 et empêcher un Magicien de se jeter du haut du pont de Brooklyn avec le Livre ancien contenant les secrets de l’Ordre. Esta saura-t-elle trahir le passé et ceux qu’elle aime pour sauver l’avenir ?


    Auteur : Lisa Mawell

     

    Edition : Casterman

     

    Genre : Fantastique

     

    Date de parution : 19 septembre 2018

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : Dans un New York où la magie existe, deux groupes s’affrontent : Les mages, qui ont de la magie en eux naturellement, et l’Ordre, qui se sert d’artéfacts pour avoir accès à la magie.
    L’Ordre veut éradiquer les mages, ils ont même créés une barrière pour les emprisonner sur l’île de Manhattan. Tout mage qui tente qui quitter l’île et de traverser la barrière est aussitôt dépossédé de sa magie. Or un magie ne survie pas à cet arrachement.
    Esta est une jeune mage du XXIème siècle. Orpheline, elle a été recueillie par un vieux mage qui l’a formée à être une voleuse exceptionnelle sans avoir à utiliser sa magie et donc, sans risquer d’être repérée par l’Ordre. A son époque, la magie est devenue une légende dans l’esprit des gens et le peu mages qui restent, ainsi que l’Ordre, continuent leur combat dans l’ombre.
    Les mages ne peuvent faire tout ce qu’ils veulent  avec leur magie. Chacun a une « affinité » qui définit son type de pouvoir.
    L’affinité d’Esta est de pouvoir naviguer sur le fil du temps.
    Elle reçoit la mission de retourner en 1902 pour y voler un livre : L’ars Arcana, qui aurait permis à l’Ordre de créer la barrière et qui est indispensable pour défaire l’Ordre.
    Mais en 1900, les choses sont bien différentes. L’Ordre règne sur la ville et mages sont réunis en clans rivaux qui se font une guerre acharnée (un peu ambiance Gang of New York).
    Je me suis énormément attachée à Esta. Elle est vraiment super cette gamine !

    Dolph n’est pas vraiment un type bien. C’est un chef de clan, plutôt amer (on peut le comprendre, il a ses raisons), qui n’hésite pas à torturer ses hommes s’il doute de leur fidélité et qui ne doit pas plus hésiter à tuer.
    Et en même temps, est ce qu’il pourrait survivre et protéger ceux qui dépendent de lui sans cette dureté ?
    Du coup, on ne peut pas dire qu’il m’ait vraiment déplu, en tout cas, il est intéressant.
    Viola aussi est difficile à cerner. Aussi affutée et tranchantes que les lames qu’elle aime à manier, elle est aussi d’une loyauté sans borne.
    Quant à Harte, je l’ai vraiment beaucoup aimé. Il refuse d’être affilié à un gang (et de perdre ainsi sa liberté) et fraye avec des membres de l’Ordre en dissimulant à tout le fait qu’il est un mage. Il joue un jeu dangereux en se produisant sur scène comme illusionniste et en cachant son affinité derrière une connaissance scientifique de son sujet (tout comme les membres de l’Ordre).
    C’est lui qu’Esta va identifier dès le début comme étant le « dernier magicien », lui que sa mission est de doubler.
    Leur histoire est tourmentée et rien d’une romance fleur bleue.
    Après autant de tension, de rebondissements et d’action, je ne m’attendais pas à ce que les derniers chapitres soient aussi dévastateurs.
    C’est comme si après avoir survécu à des turbulences et un atterrissage forcé, on se prenait un tsunami en pleine poire.
    Je ne m’attendais tellement pas à ça ! Tant de révélations qui s’imbriquent les unes dans les autres.
    L’écriture est vraiment géniale, l’univers est d’une richesse incroyable et autant dire qu’en plus de 600p, l’auteur prend tout le temps qu’il faut pour le mettre correctement en place.
    Et ce, pour mon plus grand plaisir.
    Tout cela me donne extrêmement envie de découvrir la suite, qui, heureusement, ne devrait pas trop tarder !

     

    Un extrait : Mais les meilleurs magiciens sont avant tout de bons menteurs, et ce magicien-là n’était rien moins qu’exceptionnel.

    Il baissa le bras ; le silence et le vide du pont l’enveloppèrent et la dure réalité le heurta de plein fouet. Si sa vie était une suite d’illusions, sa mort serait la plus grande d’entre elles. Car pour une fois, il n’y aurait pas d’imposture. Pour une fois, il n’y aurait que la vérité. Son ultime évasion.

    Cette pensée le fit frissonner — à moins que ce ne fût le vent glacial qui transperçait le fin tissu de sa veste. D’ici quelques semaines, le froid aurait complètement disparu.

    Il faisait le bon choix. Le printemps était une saison agréable mais l’été, entre la puanteur humide des rues, la chaleur oppressante qui régnait dans les appartements et la sueur qui perlait en permanence dans le dos... Cette façon qu’avait la ville de perdre un peu la tête dès que montaient les températures, voilà qui ne lui manquerait pas.

    Mais bien sûr, c’était un autre mensonge. Un de plus, un de moins... Il laisserait le soin à d’autres de faire le tri.

    Il pouvait encore partir, pensa-t-il alors dans un élan de désespoir. Il pouvait traverser le reste du pont, braver la Barrière. Peut-être atteindrait-il l’autre côté. Certains y parvenaient, après tout. Peut-être finirait-il comme sa mère — il ne méritait certainement pas mieux.

    Il restait une petite chance qu’il survive, auquel cas il pourrait repartir de zéro. Il connaissait assez de tours: il avait déjà changé de vie et de nom par le passé, il pouvait recommencer. Ou essayer, tout du moins.

    Non, il savait que cela ne fonctionnerait pas. Fuir n’était qu’une autre façon de mourir. Et l’Ordre, lui, n’était pas limité par la Barrière, il continuerait de le pourchasser. Un certain temps, en tout cas. Détruire le Livre ne suffirait pas. Quand l’Ordre le retrouverait — et ce n’était qu’une question de temps —, il ne le lâcherait plus jamais. L’Ordre se servirait de lui. Il serait exploité jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien du jeune homme qu’il était.

    Il préférait s’en remettre à l’océan.

    Il grimpa sur la rambarde et dut s’agripper à un câble pour garder l’équilibre contre les bourrasques violentes de ce mois de mars. Au loin, côté ville, il perçut le grondement des calèches mêlé de bribes de voix animées. L’heure n’était plus à l’hésitation.

     

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  • [Livre] Apostasie

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    Lecture terminée le : 29 septembre 2019

     

    Résumé : Anthelme croit en la magie des livres qu'il dévore. Étudiant désabusé et sans attaches, il décide de vivre en ermite et de s'offrir un destin à la mesure de ses rêves. Sur son chemin, il découvre une étrange forêt d'arbres écarlates, qu'il ne quitte plus que pour se ravitailler en romans dans la bibliothèque la plus proche.
    Un jour, au hasard des étagères, il tombe sur un ouvrage qui semble décrire les particularités du lieu où il s'est installé. Il comprend alors que le moment est venu pour lui de percer les secrets de son refuge.
    Mais lorsque le maître de la Sylve Rouge, beau comme la mort et avide de sang, l'invite dans son donjon pour lui conter l'ensorcelante légende de la princesse Apostasie, comment différencier le rêve du cauchemar ?


    Auteur : Vincent Tassy

     

    Edition : Editions du chat noir

     

    Genre : Fantasy

     

    Date de parution : 04 avril 2016

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : J’ai tellement entendu parler de ce livre que je ne pouvais que l’intégrer à la PAL du Pumpkin Autumn Challenge 2019.
    L’écriture de l’auteur n’est pas vraiment mon style et j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans l’histoire (vous allez rire, j’ai imaginé que le texte était lu par Guillaume Lebon, la voix française de Sherlock Holmes dans Elementary, et c’est passé comme une lettre à la poste).
    J’ai vraiment plongé dans l’histoire quand commence le récit de celle de Lavinia et Ambrosius, dans lequel se trouve justement le personnage éponyme.
    Apostasie est plus un symbole, une quête, qu’un personnage. Elle n’est que très peu présente, mais est au centre de toutes les réflexions.
    Si Anthelme m’a fatiguée avec ses questions pseudo-existentielle et que j’ai eu envie de le renvoyer dans la vraie vie à coup de pied aux fesses, si Irvine et Apholion m’ont profondément déplu tant je les ai trouvé antipathique, faux et mesquins, j’ai vraiment aimé les autres personnages, surtout Lavinia et Sarah.

    L’écriture est poétique, avec un vocabulaire recherché, parfois désuet (franchement, il faudrait que je reprenne ce livre et que je me fasse un répertoire !).
    Il y a beaucoup de descriptions, d’énumérations. C’est parfois un peu lourd, mais la plupart du temps c’est surtout très beau.
    Par contre, si le texte est poétique, l’histoire n’en demeure pas moins horrifique avec des scènes qui restent un moment en mémoire.
    Difficile d’en dire plus sans trop en dire car le livre ne fait finalement que 333 pages.
    Dites-vous que vous allez croiser de l’amour, de la haine, de l’obsession, de la folie, de la jalousie, de la lassitude, de la folie et de la rage.
    Vincent Tassy renoue avec une image très traditionnelle du vampire, très éloigné des Edward Cullen, Spike et autre Stefan Salvatore.
    Si vous en avez ras la casquette des vampires végétariens défenseurs de la veuve et de l’orphelin, et que vous n’êtes pas rebutés par les textes poétiques et oniriques : Foncez !
    (Sinon, si la poésie ce n’est pas votre truc, tournez-vous vers Morgane Caussarieu, ses vampires sont flippants aussi).

     

    Un extrait : Mon ombre.

    Ma pauvre ombre.

    Depuis le coucher du soleil, elle saigne. Et ça ne s’arrêtera plus. Mais d’où vient-il, tout ce sang ? De nulle part, sans doute. Des eaux noires d’une malédiction.

    Je ne pourrai plus sortir de chez moi, maintenant. Je m’en moque. Je vais peut-être me laisser mourir de faim. Me noyer. Est-ce que mon ombre saignera encore quand je serai mort ? Est-ce qu’elle pourra engloutir le monde ? Oui. Je crois bien. Je l’ai lu.

    On trouvera mon corps, la source de ce mal inconnu. On l’enterrera quelque part. On priera pour que des funérailles mettent fin à l’inondation. Mais le sang se répandra encore et encore ; partout dans la terre, depuis la racine poreuse de mon cercueil. Même dans l’obscurité de la tombe j’aurai toujours une ombre. Alors on étudiera les arcanes de ma dépouille pour neutraliser son fléau, on voudra me réduire en cendres, mais leurs ombres invisibles, même celles de mes chairs désintégrées, saigneront en averses éternelles. Dans des siècles, ou plus tôt, ou plus tard, mes ombres auront tout noyé.

    Je n’ignore plus les raisons de cette blessure indolore qui ne cicatrisera jamais. Ce sang, ce sang qui ne tarit pas, mon ombre ne l’aurait jamais versé si je n’avais pas été la proie des fleurs de la Sylve Rouge.

    À l’heure noire où mon ombre ruisselle je voudrais dire l’histoire des fleurs maudites, des amours maudites, des splendeurs maudites qui m’ont mené ici. Reclus dans mon taudis, à la lueur grise et fatiguée d’une ampoule nue, je voudrais une dernière fantaisie, raconter l’histoire d’Apostasie.

    Mon encre n’est pas enchantée. Mes mots n’auront pas d’énergie ; il n’y aura pas de miracle. Lorsqu’à la surface du monde il n’y aura plus que du sang, mes feuillets se ramolliront, et les souvenirs qu’ils renferment disparaîtront bêtement. C’est tout.

    Mais je dois faire vite. Bientôt, on frappera à ma porte ; ce sera quelqu’un qui passe près d’ici, et qui s’inquiète du liquide qui se faufile dans l’interstice.

     

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  • [Livre] The Wicked Deep

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    Lecture terminée le : 20 septembre 2019

     

    Résumé : C’est une histoire de vengeance... Il y a près de deux siècles, Marguerite, Aurora et Hazel Swan, trois jeunes femmes belles, libres et indépendantes, furent accusées de sorcellerie par les habitants de la ville de Sparrow. Des pierres accrochées aux chevilles, les trois sœurs furent noyées. Exécutées. Depuis ce jour, chaque année au mois de juin, les sœurs Swan sortent des eaux de la baie pour choisir trois jeunes filles, trois hôtes. Dans le corps de ces adolescentes, Marguerite, Aurora et Hazel reviennent se venger. Et cette année encore, Penny le sait, alors que les touristes afflueront, on retrouvera des cadavres de jeunes hommes sur la plage… Car cette malédiction, rien ne semble pouvoir l’arrêter.


    Auteur : Shea Ernshaw

     

    Edition : Rageot

     

    Genre : Fantastique

     

    Date de parution : 24 avril 2019

     

    Prix moyen : 17,50€

     

    Mon avis : En 1822, trois sœurs, trop belles et délurées pour l’époque et pour leur bien, furent accusées de sorcellerie et, après une parodie de procès, noyées dans le port de la petite ville de Sparrow.
    Depuis, chaque année, les trois sœurs s’emparent du corps de trois jeunes filles et assouvissent leur soif de vengeance en noyant de jeunes hommes dans le port où elles ont trouvé la mort.
    L’histoire se déroule près de 200 ans après la mort des Swan Sisters, et, régulièrement, des chapitres nous racontent ce qu’il s’est passé à l’époque. Au fil du roman, on sait donc exactement comment s’est déroulé la fin de la vie de Marguerite, Aurora et Hazel Swan, et on comprend mieux leur colère. Car même si elles se sont montrées imprudentes et désinvoltes, surtout l’aînée, Marguerite, elles ne méritaient certainement pas le sort qui leur a été réservé.
    Penny est une adolescente qui vit sur une île de l’autre côté de la baie où se trouve la ville de Sparrow.
    Son père a disparu depuis trois ans, et sa mère en a plus ou moins perdu l’esprit.
    Elle croit dur comme fer à l’existence des trois sœurs et n’apprécie pas du tout le folklore créé autour de cette histoire, car elle n’oublie pas que chaque année, il y a des morts.
    Je me suis rapidement attachée à Penny. Sa situation n’a rien de facile, mais elle garde le cap, bien qu’elle s’oublie un peu trop souvent pour prendre soin des autres, notamment de sa mère.
    Même si Penny semble vraiment apprécier Bo, j’ai eu plus de mal avec ce jeune homme, et surtout avec les décisions qu’il prend. Heureusement à la fin, il remonte un peu dans mon estime.
    J’ai été tellement plongée dans cette histoire que je n’ai pas vu le temps passer.
    J’ai compris, bien avant que ce soit révélé, tout un pan de l’histoire, mais ça ne m’a pas dérangée. Au contraire, j’étais contente d’avoir bien analysé la situation et j’étais impatiente de savoir comment les choses allaient évoluer avec cet aspect-là.
    Entre le chapitre qui raconte le « procès » des sœurs Swan et la révélation « officielle » de ce que j’avais compris plus tôt, je dois dire que j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps.
    Ça faisait longtemps que je n’avais pas été aussi bouleversée par une histoire.
    L’atmosphère dans ce livre est sombre. Même si les touristes affluent pour la Swan saison, même si les jeunes de la ville organisent une fête à son début et une autre à la fin, le risque est bien réel, des jeunes hommes mourant noyés chaque année.
    Si les adultes en charge des noyades, penchent pour des suicides ou des noyades accidentelles, les jeunes de la ville développent une vraie paranoïa envers les filles, chacune étant soupçonnée de servir de « vaisseau » à une sœur Swan. La légende disant que si la fille possédée est tuée, la sœur qui la possède mourra aussi, on peut dire que la situation pourrait rapidement devenir explosive.
    L’univers est d’une complexité que l’on n’imagine pas au premier abord. Tout se dévoile naturellement au fil des chapitres.
    J’ai trouvé la fin douce-amère, mais je n’en aurais pas voulu d’une autre. Elle est parfaite, même si elle est un peu mélancolique.
    En tout cas, je note Shea Ernshaw dans la liste des auteurs à ne pas perdre de vue.

     

    Un extrait : La veille de l’ouverture de la Swan Season m’a toujours pesé. C’est comme un nuage noir dont je ne peux me dégager.

    Savoir ce qui se prépare, la mort qui s’approche doucement et s’empare de la ville comme le destin, grattant à la porte de chaque magasin, de chaque maison… Je le sens dans l’air, dans les embruns de la mer, dans les espaces vides entre les gouttes de pluie. Les Swan Sisters arrivent.

    Toutes les chambres des trois bed and breakfast de la baie sont réservées pour les trois prochaines semaines, jusqu’à la fin de la Swan Season – à minuit le jour du solstice d’été. Les chambres avec vue sur la mer partent au double du prix des autres. Les gens aiment ouvrir leurs fenêtres et sortir sur leur balcon pour écouter l’appel lancinant des Swan Sisters qui chantent au loin dans le port.

    Une poignée de touristes en avance sont déjà arrivés et traînent leurs bagages dans les bed and breakfast, ou prennent des photos du port. Ils demandent où trouver le meilleur café, ou un bon bol de soupe bien chaude, parce que c’est toujours lors de leur premier jour en ville qu’ils ont le plus froid – froid qui s’insinue entre les os pour ne plus vous quitter.

    Je déteste cette période de l’année, comme la plupart des locaux. Mais ce n’est pas l’afflux de touristes qui me dérange : c’est l’exploitation, le spectacle qu’on fait d’une saison qui est en réalité une malédiction pour cette ville.

    Arrivée sur le quai, je jette mon sac sur une des banquettes en bois du skiff. Dans la peinture blanche, des éraflures et des coups ponctuent tout le côté tribord, comme du morse. Mon père repeignait le skiff tous les printemps, mais le bateau a été négligé ces trois dernières années. Depuis que mon père a disparu quelque part en mer, des fois, je me sens comme cette coque : écorchée, cabossée, abandonnée à la rouille.

     

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  • [Livre] Four dead queens

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    Lecture terminée le : 20 juin 2020

     

    Résumé : Keralie, la plus habile voleuse des quatre royaumes, vole un jour ce qu’elle n’aurait jamais dû voler. En touchant l’objet dérobé, elle voit ce qu’elle n’aurait pas dû voir : les quatre reines de Quadara ont été assassinées. Mais la jeune fille compte bien tirer profit des informations qu’elle possède en les échangeant contre une récompense au Palais…

    À condition d’y parvenir. De tromper Varin, le ténébreux (et séduisant) jeune Éonien auquel appartient l’objet volé. De semer Mackiel, le malfrat qui lui a tout appris avant de se retourner contre elle. Et surtout, d’arrêter le meurtrier.

    Une course contre la mort commence pour Keralie.


    Auteur : Astrid Scholte

     

    Edition : Casterman

     

    Genre : Fantasy

     

    Date de parution : 03 Juin 2020

     

    Prix moyen : 19€

     

    Mon avis : Quadara est un royaume séparé en quatre quadrants, chacun dirigé par une reine. Des règles très strictes, les « lois des reines », encadrent la manière dont est dirigé Quadara et ce pour éviter que le royaume de replonge dans la guerre civile.
    Certaines de ces lois des reines m’ont parue injustes, inutiles et même cruelles. Sentiments que semblent partager certaines des reines, d’ailleurs.
    Loin, très loin du palais, on fait la connaissance de Keralie, une jeune voleuse issue d’une famille de pêcheurs assez pauvre.
    Contrairement à beaucoup d’héroïne de livres, Keralie est voleuse par choix, parce qu’elle refusait de vivre la même vie que ses parents.
    Mais le vol de la cargaison d’un messager, Varin, vol qui semblait anodin, va la projeter au cœur d’une véritable intrigue policière.
    La quatrième de couverture ne nous prépare absolument pas au sac de nœuds dans lequel vont être expédiés les personnages.
    La construction de ce roman n’est pas vraiment linéaire. La temporalité est un peu floue et le roman est à multiples voix dont chacune semble avoir son propre rythme.
    Pour autant, il n’y a pas de difficulté pour suivre l’histoire (bon, je ne dis pas qu’on ne se pose pas quelques questions de temps en temps…)
    Mais surtout, rien, absolument rien, ne pouvait me préparer au retournement de situation qu’offre ce livre.
    Je m’attendais bien à un retournement de situation mais j’étais partie dans une toute autre direction (mais ça aurait pu ! Ce n’était pas complétement tiré par les cheveux !).
    Mais bon, clairement, je me suis faite totalement balader et je n’aurais pas pu être plus à côté de la plaque que ça.
    La lecture va très vite et le rythme ne retombe jamais. Même dans les moments moins intenses, on apprend tout un tas d’informations utiles (et pour moi, les infos, c’est du rythme).
    Je me suis méfiée de beaucoup de monde (de vraiment beaucoup de monde) et, comme pour le retournement de situation, j’étais complètement et totalement à côté de la plaque.
    J’ai vraiment adoré ce roman. C’est un vrai coup de cœur. Il n’y a rien qui m’ait déplu ou qui m’ait déçue dans ce livre. Dès que j’ai commencé, je n’ai plus pu le lâcher et arrivée vers la fin, j’ai carrément fait une quasi-nuit blanche pour le terminer.
    Et en plus, pour ne rien gâcher, il s’agit d’un one shot. C’est un détail que j’ai beaucoup apprécié car d’une part, je n’ai pas toujours envie de m’embarquer pour plusieurs tomes, et d’autre part, j’ai parfois l’impression que les auteurs ne sont plus capables de construire une histoire complète en plus ou moins 700 pages.
    J’ai donc été ravie que ce soit le cas ici !

     

    Un extrait : Inconfortablement installée sur son trône, Iris changea de position pour réarranger ses épais jupons. Coulant à flots à travers le plafond bombé, le soleil de midi illuminait le cadran doré placé juste en contrebas. Il était orné des armoiries de la nation de Quadara, avec des arêtes épaisses pour matérialiser les murs qui divisaient le pays. Au centre, un globe d’ambre réfléchissait la lumière, éclairant ainsi les inscriptions gravées dans le marbre de la salle des trônes. Elles rappelaient à chacune des reines, ainsi qu’à celles et ceux qui assistaient à une audience royale, les relations autorisées entre les quadrants, ainsi que les règles strictes auxquelles les reines devaient se conformer : les Lois des Reines. Alors que le territoire de Quadara demeurait divisé, les reines, elles, régnaient au sein de la même cour, leurs quatre trônes formant un cercle autour du cadran. Ensemble, mais séparées. Chacune d’entre elles faisait face à la section correspondant à son territoire. Le visiteur suivant d’Iris quitta le paravent qui isolait les reines du public. La souveraine jeta un coup d’œil à Marguerite, l’une de ses sœurs de règne, qui était assise à côté d’elle. Celle-ci haussa un sourcil, amusée, quand l’homme fit la révérence en s’inclinant si bas qu’il effleura presque le marbre poli à ses pieds. Il se tenait sur les armoiries d’Archia : une île à dominante agricole bordée de feuillages et de fleurs, avec un cerf au sommet d’une montagne, le tout cerclé par d’énergiques tourbillons dorés. Aujourd’hui âgée de trente ans, Iris n’avait pas revu Archia depuis douze ans. Mais aussi longtemps qu’elle vivrait, jamais elle n’oublierait l’air vif, les forêts profondes et les collines ondoyantes de sa terre natale. Même quand il se redressa, l’homme n’osa pas croiser le regard de la reine. Cela était dommage pour lui, parce qu’elle avait de très jolis yeux. — Ma Reine, commença-t-il d’une voix tremblante. Parfait, pensa Iris. Elle mettait un point d’honneur à ce qu’on la craigne – une quête chronophage, mais qui en valait la peine. Elle savait que son quadrant, Archia, pouvait être considéré comme le moins redoutable des quatre. Ses habitants, méfiants envers ce qui relevait des avancées technologiques, restaient en général dans leur coin, traversant rarement le détroit qui les séparait du continent. Les Archiens se concentraient sur le travail physique et sur un seul objectif : mener une existence qui, bien que modeste, pouvait être considérée comme une bonne vie.

     

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  • [Livre] Les arcanes d’Hemera – T01

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    Lecture terminée le : 15 septembre 2019

     

    Résumé : « Croyez-vous en une vie après la mort, mademoiselle Rivière ? »

    C’est un discours pour le moins intrigant que tient le directeur adjoint de l’Organisation à Allyn, après lui avoir fortement conseillé de le suivre dans un lieu mystérieux.

    D’après lui, Allyn possèderait le même don qu’Axel, son frère défunt, à savoir celui de circuler dans un monde parallèle… mais dans quel but ?

    Tout cela la laisse perplexe. Même si depuis deux mois elle vit une situation pour le moins surprenante, ce n’est pas pour autant qu’elle va croire en ce genre de choses.

    Et pourtant…

    Entraînée par le flot de révélations et le désir d’en apprendre plus sur son frère, elle doit se rendre à l’évidence, l’Organisation et la mission qui lui est confiée semblent bien réelles ! Et presque tous comptent sur elle pour reprendre le poste qu’Axel a laissé vacant.

    Allyn va donc se retrouver confrontée à un univers dont elle ignorait l’existence, et devoir supporter un coéquipier lunatique qui refuse de travailler avec elle pour une raison encore obscure…


    Auteur : Elyna E.C.

     

    Edition : Inceptio

     

    Genre : Fantastique

     

    Date de parution : 12 septembre 2018

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : Alerte coup de cœur !

    J’ai ce livre depuis début janvier 2019 et Dieu seul sait pourquoi il m’a fallu 9 mois pour le sortir de ma PAL (qui as dit « en même temps, t’as vu la taille de ta PAL ? »)

    Le début m’a agacée. J’avais envie de foutre des baffes à ce crétin de Fortin, le directeur adjoint de l’Organisation (oui, bon, ok, ce point précis n’a guère changé au fil de ma lecture).
    Et puis… et puis Allyn, notre héroïne têtue comme une bourrique, plonge dans un livre… et là, c’en était fini de moi ! J’étais accro !
    Alors vous pensez bien que quand on plonge dans les Affres, ce monde où l’Organisation fait ses missions, rien ni personne n’aurait plus pu me sortir de ce livre (sauf l’épuisement, lui, il a réussi quelques heures. Mais là, c’est de la prise en traître !).
    Le fait qu’Allyn ne connaisse rien de ce monde-là nous permet de le découvrir avec elle et donc de ne pas être perdu (enfin pas plus que le personnage principal, en tout cas).
    Les circonstances qui entourent la mort des parents d’Allyn, tout comme celles qui entourent la mort de son frère, Axel, sont assez nébuleuses et ne se révèlent que petit à petit.
    Ce dernier drame semble d’ailleurs être le point d’apparition, du moins aux yeux d’Allyn, de Maël, son « fantôme de compagnie ». Si au début il semble être un fantôme normal (si j’ose dire), très vite, j’ai eu l’impression qu’il cachait pas mal de choses. Je l’aime bien cela dit, même si ses crises de jalousie sont un peu pénibles.

    Allyn présente quelques capacités qui la distinguent des autres mais, comme elle ne semble pas les maîtriser du tout, on ne peut pas vraiment dire qu’elles lui permettent de s’élever au-dessus du lot.

    Et sinon, on en parle de Lucas ? Ancien équipier d’Axel, qui devient l’équipier d’Allyn, de toute évidence à contrecœur, j’ai eu très sérieusement envie de lui taper la tête contre un mur (crépis de préférence) jusqu’à ce qu’il nous crache enfin ce qu’il a sur le cœur ! Non vraiment, faut qu’il se détende ce garçon ! Parce que souffler le chaud et le froid comme ça, c’est usant pour les nerfs ! Surtout les nôtres !

    Si je ne savais pas qu’il s’agit là d’un premier roman, je ne l’aurais jamais deviné tant il est dépourvu des défauts qu’on rencontre généralement dans ces ouvrages.
    Il est vraiment abouti, et si je ne sais pas quel est le travail éditorial fait dessus, je remarque néanmoins que beaucoup de grosses maisons d’édition (qui en plus vendent leurs livres plus chers) n’atteignent pas cette qualité.
    Pour en revenir au livre, j’ai vraiment tout aimé, que ce soit l’histoire ou les personnages.
    D’ailleurs l’auteur se laisse aller à de très nets penchants sadiques avec eux. Elle ne leur épargne rien (non mais des clowns quoi !).
    Quant à la fin… la fin !!
    Bon sang ! Même si j’ai engueulé l’auteur (qui s’est honteusement déchargé sur sa maison d’édition à ce sujet), j’ai bien aimé cette fin. Surtout parce que j’ai déjà le tome 2 et que je ne vais donc pas attendre longtemps pour connaitre la suite !

     

    Un extrait : - Allo la Terre, tu es parmi nous ?

    Bien qu’il sût pertinemment qu’Anna détestait qu’on la dérange dans ce genre d’occasion, Axel ne put résister à la tentation de la bousculer pour lui faire rompre le contact avec la pierre froide.

    - Axel ! Espèce d’idiot ! tu m’as fait peur.

    - Et toi aussi tu fais flipper, tu décroches de là parfois ?

    - Pour faire quoi ?

    A cette question pleine de bon sens, Axel fut incapable d’apporter une réponse.

    - Ca tombe bien que tu sois là, ajouta-t-elle en baissant les yeux vers la pelouse verdoyante, j’ai quelque chose à te montrer.

    - Dois-je me méfier ?

    - Ca risque de ne pas te plaire.

    Axel réprima un grognement.

    - Je te vois venir… Anna, si c’est encore pour plaider la cause d’Aldrik, laisse tomber, ça n’en vaut pas la peine. Tu sais bien que je ne…

    - Je ne te ferais pas cet affront, Axel, le coupa-t-elle. Et je suis très sérieuse, viens voir ça.

    Le front plissé, Axel étudia l’expression figée de son amie lorsqu’elle pivota face au dolmen afin d’y reposer sa paume. Il n’était pas, pour sa part, très familier avec cet instrument. Ce dernier exigeait une sacrée maîtrise, non pas physique, mais mentale ; car il était toujours difficile de se confronter au monde des vivants tout en en étant soi-même privé pour l’éternité.

    - Anna… Je sais que tu adores ce truc, mais sérieusement, ce sera sans moi.

    - Reste !

    Le cri qu’elle laissa échapper attisa sa curiosité. On pouvait qualifier Anna de bien des façons, mais l’hystérie n’en faisait pas partie.

    - Ils cherchent à te remplacer, Axel, articula-t-elle avec difficulté. Je crois que tu devrais voir ça.

     

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  • [Livre] Horizons – T02 – Déroute et des ruines

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    Lecture terminée le : 03 septembre 2019

     

    Résumé : Du sang et des larmes. C'est tout ce que Xalyah aura obtenu sur la Grand-Place d'Orléans, en plus d'une balle dans le ventre. Alors que la mort aurait dû la faucher, Khenzo en a décidé autrement, veillant sur elle sans relâche. Anéantie par la terrible désillusion qui l'a frappé, la jeune femme va devoir s'accrocher à un ultime espoir pour survivre; celui de retrouver la personne qui manque à l'appel. Panser ses plaies, se relever et repartir ne lui aura jamais paru si difficile. La différence étant qu'aujourd'hui, elle n'est plus seule. Xalyah est néanmoins loin d'être arrivée au bout de ses surprises, tandis que, dans l'ombre, se prépare l'avenir de la France.


    Auteur : Lysiah Maro

     

    Edition : Inceptio

     

    Genre : Science-Fiction

     

    Date de parution : 11 février 2019

     

    Prix moyen : 19€

     

    Mon avis : Le tome 2 reprend très exactement où se termine le tome 1, au point que cet opus commence au chapitre 15.
    Bon j’avoue, je me suis lancée dans cette lecture avec tant d’enthousiasme que je ne me suis pas rendue compte que l’histoire commençait au chapitre 15 (c’est Manon, de la chaine vibration littéraire, qui me l’a fait remarquer).
    Après ce qui est arrivé à sa famille, Xalyah n’a plus d’objectif à suivre (enfin, d’objectif raisonnable, pas d’idée complétement folle et suicidaire). Et pourtant, elle évoque un « il » qui semble avoir peut être échappé au massacre.

    Elle est toujours aussi obstinée et plus sa carapace se craquelle, ce qui n’est guère étonnant vu ce qu’elle a subi, plus elle repousse les autres, de peur de s’attacher.
    Au fil des rencontres, on se rend compte que ceux qui s’estiment légitime pour diriger le pays sont tout fait du même bois.

    J’ai trouvé que ceux qui organisent la résistance sont aussi méprisables que les sbires de Macrélois ou que l’autre organisation qui lui dispute le contrôle du territoire.

    J’adore Xalyah. Contrairement à d’autres héroïnes de romans du même genre, elle ne fait pas de compromis quand ils ne lui conviennent pas. Quitte à en prendre plein la tête, elle reste fidèle à ses convictions.

    Plusieurs personnages m’ont vraiment énervée et en tête de liste Xavier et le général qui commande la résistance (auto-proclamé chef de la résistance, d’ailleurs).
    Dans ce tome, on en apprend aussi plus sur le passé de Xalyah et notamment sur ce qu’il lui est arrivé quand elle a été séparée de sa famille.
    Même si on les voit peu de temps, j’ai beaucoup aimé Lisa et Henri. La petite communauté dans laquelle ils vivent est la seule à ne pas imposer de règles absurdes dans le seul but de se donner de l’importance (Genre Madeline et Yessen).
    Pour Khenzo, je suis toujours mitigée. Il est très serviable ce garçon, mais il veut modeler Xalyah pour qu’elle soit conforme à ce qu’il juge bien et j’ai eu plus d’une fois envie de lui péter les dents.

    Je n’irais pas jusqu’à dire que j’avais vu venir la fin, mais entre le caractère de Xalyah et ce qu’elle se prend dans la tête, ça parait quand même logique.
    Par contre, je n’ai pas, mais alors absolument pas confiance en la personne à qui elle s’en remet pour l’aider dans son projet.

    Xalyah a pris un risque en se fiant à cette personne et j’ai peur que ça lui revienne dans la tête façon boomerang.

    Heureusement, je n’aurais pas trop à attendre pour le savoir car j’ai lu ce tome peu de temps avant la sortie du tome 3 qui est dûment précommandé !

    Je serais donc vite fixée !

     

    Un extrait : L’aube vient de se lever et Khenzo m’attend, assis en travers de la porte d’entrée, à l’abri du vent. Surprise de voir qu’il ne m’a pas abandonnée comme il aurait été en droit de le faire après la façon dont je me suis comportée avec lui, je reste immobile. Tout en le dévisageant en silence, je plaque une main sur mon flanc pour endiguer la douleur qui irradie toujours de ma plaie par balle. Si seulement il n’y avait que cette douleur qui me fasse souffrir…

    - tu as pris ta décision à ce que je vois, déclare-t-il d’une voic qui ne laisse transparaître aucune émotion.

    - Excuse-moi, murmuré-je, penaude.

    - C’est déjà fait.

    Il se relève et s’avance vers moi en me tendant une pomme :

    - Mange.

    Un peu décontenancée, je continue à le scruter. Il n’était pas obligé de me repêcher dans ce fleuve. Il n’était pas obligé de me retirer cette putain de balle et de me recoudre pour que je ne me vide pas de mon sang. Il était encore moins obligé de veiller sur moi plusieurs jours. Mais il l’a fait, et je ne lui ai même pas dit merci. Non, je ne suis pas foutue de lui dire ce simple mort qu’il mérite pourtant amplement. Pour reprendre contenance, j’attrape le fruit juteux qu’il me tend et me concentre dessus.

    - Où as-tu trouvé ça ?

    - On s’en fout, répond-il un peu brusquement. Mange-la, c’est tout.

     

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  • [Livre] Dry

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    Lecture terminée le : 15 août 2019

     

    Résumé : Avez-vous déjà eu vraiment soif ?

    La sécheresse s'éternise en Californie et le quotidien de chacun s'est transformé en une longue liste d'interdictions : ne pas arroser la pelouse, ne pas remplir sa piscine, limiter les douches...

    Jusqu'à ce que les robinets se tarissent pour de bon. La paisible banlieue où vivent Alyssa et sa famille vire alors à la zone de guerre.

    Soif et désespoir font se dresser les voisins les uns contre les autres. Le jour où ses parents ne donnent plus signe de vie et où son existence et celle de son petit frère sont menacées, Alyssa va devoir faire de terribles choix pour survivre au moins un jour de plus.


    Auteur : Neal & Jarod Shusterman

     

    Edition : Robert Laffont (R)

     

    Genre : Science-Fiction

     

    Date de parution : 22 Novembre 2018

     

    Prix moyen : 18€

     

    Mon avis : J’ai la faucheuse depuis sa sortie, mais c’est finalement avec Dry que je découvre la plume de Neal Shusterman.

    Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce roman a un côté flippant non négligeable, sans doute parce que la réaction des uns et des autres face à une catastrophe de ce type est totalement crédible.

    Le côté « loi martiale » est également crédible quand on voit la tendance des USA à faire intervenir l’armée à tout bout de champs.
    Après le début et la fin m’ont paru un peu rapide. J’aurais aimé plus d’explication, plus de développement sur ces moments-là.
    J’ai beau savoir qu’on peut mourir après seulement 3 jours sans boire, j’ai trouvé que la situation dégénérait à grande échelle vraiment très vite et qu’à contrario, le gouvernement prenait vraiment beaucoup de temps pour intervenir.
    Quant au retour à la normale, je l’ai trouvé un peu abrupt.
    J’ai beaucoup aimé les personnages principaux (Alyssa, Garrett et Kelton) parce qu’ils ne sont pas des « guerriers » qui ont réponse à tout et qui ne sont pas « badass » comme on dit.
    Non, parce qu’il faut arrêter de déconner, les ados de 16 ans sont plus comme Alyssa que comme Tris dans Divergente ou Katniss dans Hunger Games, n’en déplaise aux dits ados.
    Alors oui, ils commettent des erreurs, et des belles, ils se découragent, ils se fourrent dans des situations pas possibles, et c’est tout à fait normal car ce ne sont que des enfants qui ont eu des vies plutôt protégées, même Kelton, malgré son survivaliste de père.
    Jacqui est un peu plus débrouillarde car plus âgée et surtout ayant vécu une vie nettement moins protégée. Pour autant, elle n’a pas autant de ressources qu’elle le prétend et elle exagère beaucoup ses capacités criminelles.

    Le roman porte beaucoup sur la consommation d’eau et l’avenir de la planète. Il est évidement que le réchauffement climatique est un problème sérieux qui pourrait bien conduire à ce genre de pénurie, mais dans ce cas précis, j’ai trouvé que le plus gros problème venait de l’attitude des gens face à la crise.
    Dans une moindre mesure cela me fait penser aux pénuries d’essence lors des grèves de routiers. Si les gens ne s’étaient pas rué sur les stations-services, parfois pour faire l’équivalent de plusieurs pleins grâce à des bidons, le réapprovisionnement, tout ralentit qu’il soit, aurait été suffisant. Là c’est la même chose. Les gens se ruent sur les magasins et raflent le plus de bouteilles d’eau possible, boivent sans précaution (quand ils ne se lavent pas avec), parfois plus qu’ils ne boivent en temps normal… si tout le monde avait gardé son calme, acheté le strict nécessaire et s’étaient rationnés un minimum, il y aurait sans doute eu moins de victimes.
    Bien entendu, si la pénurie est généralisée au niveau mondial, là, je suis bien d’accord, on est foutu !

    Ce roman était addictif, au point que je l’ai lu en seulement quelques heures.
    Mais j’avoue qu’il m’a donné très soif !

     

    Un extrait : Maman s’est déplacée. Elle se tient maintenant sur le seuil du salon, immobile, la gamelle du chien dans la main gauche. Un frisson me parcourt, et je ne saurais dire pourquoi.

    — Qu’est-ce qu’il y a de si important pour que tu me déranges en pleine séance de…

    — Chut ! l’interrompt maman.

    Ça lui arrive rarement de dire à papa de se taire. À Garrett et moi, oui, toute la journée. Mais mes parents ne font jamais ça entre eux. C’est une règle tacite.

    Elle regarde la télé, où la présentatrice du journal télévisé évoque la « crise de l’eau ». C’est ainsi que les médias en parlent depuis que les gens en ont eu assez d’entendre rabâcher le mot « sécheresse ». Un peu comme le « réchauffement climatique » devenu le « changement climatique », et le terme « guerre » remplacé par le mot « conflit ». Maintenant, ils ont trouvé une nouvelle formule. Une nouvelle étape dans le drame qui touche nos ressources en eau. On parle désormais de « Tap-Out », pour faire référence à l’eau qui ne coule plus des robinets.

    Oncle Basil émerge de son nuage de vapeur un instant.

    — Qu’est-ce qui se passe ?

    — L’Arizona et le Nevada viennent de se retirer de l’accord sur l’approvisionnement en eau, lui apprend maman. Ils ont fermé tous les barrages sous prétexte qu’ils ont eux-mêmes besoin de l’eau.

    Autrement dit, le fleuve Colorado n’atteindra plus la Californie.

    Oncle Basil s’imprègne de la nouvelle.

    — Ils ferment le fleuve comme s’il s’agissait d’un vulgaire robinet ! Ils ont le droit ?

    Mon père hausse un sourcil.

    — Ils viennent de le faire.

     

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  • [Livre] La passe-miroir – T03 – La mémoire de Babel

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    Lecture terminée le : 29 juillet 2019

     

    Résumé : Après deux ans et sept mois à se morfondre sur l'arche d'Anima, Ophélie a décidé d'agir. Sous une fausse identité, Ophélie rejoint Babel, arche cosmopolite et joyau de modernité. Ses talents de liseuse suffiront-ils à déjouer les pièges d'adversaires toujours plus redoutables ? A-t-elle la moindre chance de retrouver la trace de Thorn ?


    Auteur : Christelle Dabos

     

    Edition : Gallimard

     

    Genre : Fantasy

     

    Date de parution : 01 juin 2017

     

    Prix moyen : 18€

     

    Mon avis : J’ai tenu le plus longtemps possible avant de craquer et de lire ce troisième tome.
    Il faut dire qu’avec l’annonce de la sortie du tome 4 pour novembre 2019, il était clair que je n’allais plus réussir à repousser cette lecture plus longtemps (en plus comme le 4, c’est le dernier tome, je pourrais me jeter dessus dès sa sortie dans scrupules ni remords).
    Dans ce 3ème tome, on se retrouve près de 3 ans (2 ans et 7 mois pour être précis) après l’évasion de Thorn de sa prison et le rapatriement forcé d’Ophélie sur son arche sous les doyennes.
    Ophélie s’ennuie et s’étiole. Après avoir vu son musée dépouillé de tout ce qui a trait à la guerre, elle refuse d’y remettre les pieds. Depuis, elle ne sort de chez elle que si on l’y force et est rongé d’inquiétude pour son ours de mari.
    Mais Ophélie ne va pas rester bien longtemps à se morfondre sur son arche. Avec un petit coup de pouce extérieur, elle fausse compagnie à ces saletés de doyennes et décide de partir seule à la recherche de Thorn tandis que sa tante et marraine, elle, rejoint le pôle.
    La chose qui frappe chez Ophélie, c’est son désir de grandir, de sortir de sa coquille, malgré son manque de confiance en elle que sa maladresse et le mode de vie sur Babel ne va pas arranger.
    Si je devais résumer Babel en un mot, ce serait « hypocrisie ».
    Tout est extrêmement codifié, de la couleur des vêtements au langage à employer, les interdits sont nombreux, notamment tout ce qui parle de la guerre est interdit. Mais sous le vernis : égocentrisme, élitisme, menaces, voire violence cachée… franchement pas un endroit où on a envie de vivre.
    Les personnages secondaires sont moins présents que dans les autres tomes, ou plutôt, on est tellement en symbiose avec Ophélie que les personnages secondaires semblent moins importants.
    Les esprits de famille, les jumeaux Pollux et Hélène, sont aussi différent l’un de l’autre que Farouk l’est d’Artémis. Pour autant ils sont intéressants.
    J’ai bien aimé Ambroise, que j’aurais aimé voir plus, et j’ai fini par apprécier Octavio, qui pourtant m’agaçait beaucoup au départ.
    Dans ce tome, on en apprend un peu plus sur Dieu, mais on ne sait toujours pas s’il est une menace ou si ses intentions sont plus positives que ses méthodes.
    Parallèlement à l’histoire d’Ophélie sur Babel, on fait quelques incursions au pôle où, outre les manigances d’Archibald, on rencontre Victoire, la fille de Farouk et Bérénilde. Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette petite est digne d’intérêt et j’ai hâte de voir son évolution dans le 4ème tome.
    Bien entendu, Thorn va être présent dans ce tome. Il réussit l’exploit de paraitre à la fois plus froid et distant et plus ouvert.
    Avec lui, Mme Thorn ne va pas s’ennuyer tous les jours, c’est moi qui vous le dit (mais qu’est-ce que j’aime les voir ensemble ces deux-là).
    Ce tome fait vraiment avancer l’histoire. Il répond à certaines questions mais en pose d’autres et l’auteur va avoir fort à faire pour répondre à tout ça et dépatouiller Ophélie et Thorn de l’océan de galères dans lequel elle les a allégrement plongés.
    Autant vous dire que je vais compter les jours jusqu’à la sortie du 4ème et dernier tome.

     

    Un extrait : L’horloge fonçait à toute allure. C’était une immense comtoise montée sur roulettes avec un balancier qui battait puissamment les secondes. Ce n’était pas tous les jours qu’Ophélie voyait un meuble de cette stature se précipiter sur elle.

    – Veuillez l’excuser, chère cousine ! s’exclama une jeune fille en tirant de toutes ses forces sur la laisse de l’horloge. Elle n’est pas si familière d’habitude. À sa décharge, maman ne la sort pas souvent. Puis-je avoir une gaufre ?

    Ophélie observa prudemment l’horloge dont les roulettes continuaient de crisser sur le dallage.

    – Je vous mets du sirop d’érable ? demanda-t-elle en piochant une gaufre croustillante sur le présentoir.

    – Sans façon, cousine. Joyeuses Tocantes !

    – Joyeuses Tocantes.

    Ophélie avait répondu sans conviction en regardant la jeune fille et sa grande horloge se perdre dans la foule. S’il y avait un événement qu’elle n’avait pas le cœur à fêter, c’était bien celui-là. Assignée au stand de gaufres, au beau milieu du marché artisanal d’Anima, elle n’en finissait pas de voir défiler des pendules à coucou et des réveille-matin. La cacophonie ininterrompue des tic-tac et des « Joyeuses Tocantes ! » se répercutait sur les grandes vitres de la halle. Ophélie avait l’impression que toutes ces aiguilles tournaient uniquement pour lui rappeler ce qu’elle n’avait pas envie de se rappeler.

    – Deux ans et sept mois.

    Ophélie observa la tante Roseline qui avait jeté ces mots en même temps que des gaufres fumantes sur le présentoir. À elle aussi, les Tocantes donnaient des idées noires.

    – Crois-tu que madame répondrait à nos lettres ? siffla la tante Roseline en agitant sa spatule. Ah, ça, je suppose que madame a mieux à faire de ses journées.

    – Vous êtes injuste, dit Ophélie. Berenilde a probablement essayé de nous contacter.

    La tante Roseline reposa sa spatule sur le moule à gaufres et s’essuya les mains dans son tablier de cuisine.

    – Bien sûr que je suis injuste. Après ce qui s’est passé au Pôle, ça ne m’étonnerait pas que les Doyennes sabotent notre correspondance. Je ne devrais pas me plaindre en ta présence. Ces deux ans et sept mois ont été encore plus silencieux pour toi que pour moi.

    Ophélie n’avait pas envie d’en parler. Le simple fait d’y penser lui donnait l’impression d’avoir avalé les aiguilles d’une horloge. Elle s’empressa de servir un bijoutier, paré de ses plus belles montres.

    – Eh bien, eh bien ! s’agaça-t-il lorsque ses montres se mirent toutes à claquer frénétiquement du couvercle. Où sont passées vos bonnes manières, mesdemoiselles ? Vous voulez donc que je vous ramène à la boutique ?

    – Ne les grondez pas, dit Ophélie, c’est moi qui leur fais cet effet. Du sirop ?

    – La gaufre suffira. Joyeuses Tocantes !

    Ophélie regarda le bijoutier s’éloigner et reposa sur la table la bouteille de sirop qu’elle avait failli renverser.

     

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