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  • Premières lignes #126

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.

    Cette semaine, je vous présente Ne la réveillez pas d'Angelina Delcroix

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    10 mars 2015, Seine-­et-Marne

    Il m’a vu ! Je dois courir plus vite. Si je me retourne, je suis mort.

    Des cris horribles ! C’est ça qui m’a réveillé. Et tout ce sang ! Mais qu’est-­ce que je faisais dans cette forêt ?

    Impossible de me souvenir.

    Le goût métallique sur mes lèvres me balance de violents coups de pied à l’estomac.

    Je dois sauver ma peau.

    Je le sens, il se rapproche de moi. Putain ! Non ! Je ne veux pas mourir !

    J’ai si mal dans ma poitrine. Mon cœur va exploser, mais je ne dois pas ralentir.

    C’est qui, ce type ? Et la femme ? Ça ne peut pas être elle.

    La nuit tombe. Je n’y vois plus rien. Les branches se jettent devant moi. Mes pieds s’emmêlent dans les souches. Merde !

    Pourtant, ces cheveux blonds, ce jogging gris et ces baskets roses. Je sais qu’elle vient courir ici deux soirs par semaine. Non ! Impossible !

    J’y suis. L’arbre tressé. C’est juste derrière. Ma gorge me brûle et laisse échapper des sifflements ridicules.

    Les ronces s’acharnent sur moi. Je n’ai pas le temps de les esquiver. Je fonce à travers toutes ces griffes. L’une d’elles m’agrippe le coin de la paupière et gagne un bout de chair. Mon œil se ferme sous la douleur, et ma main vient monter la garde.

    La stupeur me fige. C’est quoi, ça ? Pourquoi je porte des gants ?

    Et tout ce sang dessus ! Beaucoup trop pour qu’il vienne de mon œil.

    La voilà ! Elle est immense, cette baraque ! Pourquoi je me sens si mal en la voyant ? Et si la gueule du loup était devant moi ? Je suis pris au piège et la peur se propage en moi à une vitesse hallucinante.

    Je n’ai plus le choix. Mes muscles, inondés de vagues brûlantes, se tétanisent. Je n’arrive plus à accélérer.

    Je me jette contre la porte en bois et tape de toutes mes forces en regardant derrière moi. S’il arrive avant qu’on m’ouvre ! J’veux pas crever, pitié !

    Une lucarne à l’étage s’allume. Je continue à tambouriner en hurlant d’ouvrir.

     

    J’entends le bruit de la clé dans la serrure. Mon instinct de survie irradie chaque partie de mon corps. Je force sur la porte pour m’engouffrer à l’intérieur, mais une main se pose sur mon torse et me repousse fermement.

    — Doucement, Numéro 10.

    — Laissez-­moi rentrer ! Il va me buter !

    J’essaye de me faufiler sur le côté, mais l’homme m’en empêche.

    Numéro 10. Pourquoi il m’appelle Numéro 10 ?

    — N’oublie pas, Numéro 10, tout ceci n’est qu’un jeu.

    Le jeu ! J’arrête de lutter. L’homme enlève sa main.

    Je regarde derrière moi. Tout est calme.

    — Tu as réussi, Numéro 10.

    Réussi quoi ? Je ne comprends rien à ce qu’il raconte, et j’ai une sensation désagréable quand sa voix pénètre mes oreilles.

    — Il était juste derrière moi, là ! Il est où ?

    — Il est là, me dit-­il froidement.

    Quoi ? La peur se transforme en un truc monstrueux dans mon ventre. Mon cœur essaye de sortir de ma poitrine. Tout se brouille.

    — Tu as accompli la mission, Numéro 10.

    La mission !

    Ça me revient !

    Ma mère. Son jogging gris et ses baskets roses. Ses boucles blondes qui se sont colorées en un carmin effrayant sous mes yeux. Non ! Pas elle !

    Je baisse lentement la tête. Mes vêtements sont recouverts de sang. Comment c’est possible ?

    Je glisse mes yeux vers l’homme en face de moi. Ce regard, je le connais. Je bloque dessus.

    — Excellent. Tu es prêt, dit-­il en souriant.

    Mon crâne ! Ça serre tellement ! C’est horrible. Mes mains se plaquent de chaque côté de ma tête pour l’empêcher d’exploser. En vain.

    18 mars 2015, Alpes-­Maritimes

    Il m’a vu ! Je dois fuir. Si je me retourne, je suis mort.

    Mais qu’est-­ce que je foutais dans cette maison ?

    La table en verre. Elle a explosé, et c’est là que je me suis réveillé.

    Il était déjà trop tard. Le corps était désarticulé sur l’amas de rasoirs transparents, et la gorge n’en finissait pas de se purger.

    C’était qui, cette femme ? Impossible de le savoir, vu l’état de son visage.

    Je cours à travers les ruelles sombres. Je dois sauver ma peau.

    Je sors de la ville. Je sais qu’il faut aller à droite juste après le panneau. Le panneau ! Villefranche-­sur-Mer.

    Mon souffle est court. Je ressemble à un gibier traqué qui pue la mort.

    Deuxième à gauche.

    Les lampadaires n’éclairent pas plus loin que leurs pieds ! J’y vois rien. Il peut surgir de n’importe où.

    La peur grossit mes muscles, et mes foulées s’accélèrent.

    Maintenant, première à droite.

    C’est quoi, ce GPS dans ma tête ?

    Villefranche, c’est là qu’elle habite. Non ! Impossible !

    Voiture grise au plafonnier allumé. C’est là que je dois aller.

    Comment je le sais ?

    J’entends des pieds frapper le bitume. Il est tout près ! Non, c’est moi ! J’en sais rien ! La peur trompe tous mes sens.

    Le nom sur la sonnette. Ça me revient ! Non ! Elle ne peut pas être morte. Pas elle.

    Je vois la voiture. Elle est garée de l’autre côté de la route. Il y a un homme au volant.

    Et si c’était un piège ? Je ferais mieux de continuer.

    Mais je ne peux plus. Mon corps souffre trop.

    J’ouvre la portière. Une bâche en plastique recouvre mon siège.

    Je penche la tête pour voir qui m’attend. Je le connais, je grimpe et lui crie de démarrer.

    Il ne bouge pas.

    — Allez, on se casse ! Il arrive !

    Il est trop calme, ce n’est pas normal !

    — Je sais. Ça va, Numéro 10, n’oublie pas que tout ceci n’est qu’un jeu.

    Le jeu !

    Je regarde dans le rétro. Tout est calme. Rien d’autre que des halos orangés à intervalles réguliers sur la route. Je n’ai pas rêvé, pourtant ! Il était bien derrière moi !

    — Tu as réussi, Numéro 10.

    Réussi quoi ? Je n’aime pas ce que je ressens. Sa voix me tétanise. Mon esprit se brouille. Quelque chose s’empare de moi à l’intérieur de mon crâne et essaye d’arracher mes tempes pour sortir.

    Je baisse la tête. Mon pantalon… J’hallucine ! C’est pas possible !

    Je ferme les yeux pour chasser la vision malsaine. Quand mes paupières finissent par s’ouvrir, tremblantes, le sang est toujours là. Partout. Il y en a trop ! Mes mains aussi sont recouvertes de ce rouge visqueux. Mon cœur frôle mes lèvres.

    Je regarde l’homme à côté de moi. Ses yeux absorbent les miens. Je ne peux plus m’en extraire.

    — Mission accomplie, Numéro 10.

    La mission !

    Ça me revient !

    Ma mère. Villefranche. Son nom sur la sonnette. Non ! Pas elle.

    — Excellent.

    Mon crâne ! Mon cerveau va partir en bouillie ! Mes yeux se verrouillent en une grimace atroce. Plus rien.

     

    Alors, tentés?

  • [Livre] Un peu, beaucoup… jusqu’à la mort

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    Lecture terminée le : 28 février 2020

     

    Résumé : La révélation du thriller français confirme son statut avec ce troisième roman, sombre et surprenant ! Fragilisée par le décès de l’un de ses coéquipiers, l’adjudante Joy Morel doit aussi apprendre à composer avec sa récente maternité. Mais une étrange affaire la ramène sur le terrain : un homme, sobre depuis plusieurs années, est retrouvé mort après un coma éthylique. À ses côtés, le cadavre de son épouse, ligotée et mutilée…


    Auteur : Angélina Delcroix

     

    Edition : France Loisirs

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 2019

     

    Prix moyen : 19€

     

    Mon avis : Dans ce 3ème tome d’Angelina Delcroix suivant Joy Morel, il se passe beaucoup de choses.
    On va avoir la réponse à bon nombre de questions qu’on se posait sur le 1er tome comme sur le second.
    En parallèle, il y a une enquête propre à ce tome, comme toujours, qui va donner bien du fil à retordre à l’équipe.
    Il faut dire qu’elle est dans un sale état, l’équipe. Après la mort de leur collègue dans le tome précédent, il y a des tensions certaines. Des reproches sont faits avec plus ou moins de virulence. De plus, avec ce qu’à fait leur ancien capitaine, ils ont du mal à faire confiance au nouveau, qui a pourtant l’air d’être une femme de valeur (mais j’ai appris à me méfier des apparences dans ces livres-là).
    Quant à Joy, maman depuis peu, elle a très envie de reprendre le boulot, mais les menaces qu’elle a reçu à la fin du tome précédent concernant son fils, ainsi que son absence de souvenirs de ce qu’elle a réellement fait dans le tome 1, la fragilise beaucoup. Heureusement elle peut (enfin) compter sur le père de son fils pour la soutenir. Celui-là, j’avais envie de lui en coller une à la fin du tome 1 mais il est bien remonté dans mon estime depuis.
    Avec toutes ces histoires parallèles, j’ai du coup été distraite de l’enquête principale (comment ça, c’est une excuse bidon ?) et je me suis faite avoir comme une bleue.
    Alors, comme il n’y a pas de raison que vous ne vous fassiez pas avoir vous aussi, tout ce que je vous dirais, c’est que je croyais la même chose que Christophe. Voilà. Comme quand ce personnage dira ce qu’il croyait, la vérité aura déjà été révélée, ça ne va pas vous avancer à grand-chose !
    J’ai adoré la manière dont l’auteur traite la folie meurtrière ainsi que les problèmes psychologiques des divers personnages.
    Et bien entendu, elle s’est beaucoup amusée à nous balader de fausses pistes en fausses pistes.
    Comme dans les deux premiers tomes, j’ai très vite été prise dans l’écriture et j’ai eu énormément de mal à poser ce roman avant la dernière ligne.
    Comme dans ce 3ème tome, on a les réponses aux questions, je me demande si on aura un 4ème tome sur les enquêtes de Joy Morel.
    J’avoue que j’aimerais bien en savoir plus sur le nouveau capitaine et sur le nouveau gendarme qui a intégré la brigade et l’équipe du lieutenant Barrère, car il me fait plus penser à un psychopathe qu’à un gendarme.
    Même si le tome 2 est relativement indépendant du tome 1 (on n’y fait que quelques allusions qui ne gênent pas la lecture), il me semble vraiment indispensable de lire ces trois livres dans l’ordre, d’une part pour suivre l’évolution des personnages et d’autre part pour ne pas être complètement perdu dans ce troisième opus.
    Il ne vous viendrait pas à l’esprit de regarder les épisodes d’une série dans le désordre, non ?
    Et bien là, c’est pareil. Ne passez pas à côté de ces thrillers en sautant les étapes. Il n’y a plus qu’à attendre pour voir si on retrouvera ou non l’adjudant Joy Morel dans une prochaine histoire à glacer le sang !

     

    Un extrait : — Joyeux anniversaire !

    Sur le gâteau, il y a cinq bougies. Pourtant, l’homme prêt à souffler sur elles vient de fêter ses 45 ans. Six personnes ont les yeux rivés sur lui. Certaines semblent fières, d’autres envieuses, et une est impassible. La pièce est petite, les chaises inconfortables, et les murs blancs placardés d’affiches qui promettent une vie meilleure. Quand la dernière flamme se transforme en fumée odorante et que les mains cessent de féliciter bruyamment, l’organisateur de la soirée prend la parole :

    — Félicitations, Jacques ! Cinq années ! Quel beau chemin. Je suis heureux que nous puissions, ce soir, évoquer ton parcours puisque nous accueillons un nouveau membre, et ton expérience est une fabuleuse entrée en matière.

    Tous les regards se tournent vers la nouvelle personne en question. Celle-ci ne semble pas prête à parler. L’organisateur, se devant de respecter le silence des membres du groupe, reporte son attention sur la star de la soirée :

    — Jacques, voudrais-tu partager avec nous tout le chemin que tu as parcouru depuis ton arrivée ici ?

    L’homme interpellé affiche un large sourire, fier de prendre la parole et de pouvoir répandre des messages positifs :

    — Merci à tous. Je suis très ému ce soir, et votre présence à mes côtés est importante. C’est grâce à vous si je peux souffler ces bougies.

    — Non, Jacques, intervient l’organisateur. C’est grâce à toi, et à Dieu qui a su te guider sur la bonne voie.

    Le nouveau membre sent sa respiration devenir plus profonde à mesure que son ventre se tord à l’écoute de ces mots stéréotypés. Jacques continue :

    — Il y a cinq ans, quand j’ai franchi ces portes pour la première fois, j’étais convaincu que l’association ne pourrait rien pour moi. J’étais perdu, seul face à mes problèmes, à ma souffrance qui ne cessait de croître. Je recevais mon dernier avertissement avant licenciement. Ma vie était devenue un château de cartes, et chaque heure qui passait emportait l’édifice sur son passage. Je n’avais plus qu’une seule amie qui me comprenait et me soulageait. Le déclic a été le claquement de la porte derrière ma femme et mes enfants. Elle avait décidé de me laisser, elle aussi. Avant de partir, elle m’avait jeté une carte au visage. Je me suis d’abord mis en colère, en rejetant l’idée. Puis, j’ai compris que ma meilleure amie était en fait ma pire ennemie. Celle qui m’avait coupé de tout le monde, qui m’avait fait passer à côté de la vie de mes enfants, qui m’avait fait perdre mon statut de cadre supérieur. J’ai alors ramassé la carte que je venais de balancer dans la poubelle. Dessus, il était inscrit « AA ». J’ai composé le numéro. La suite, vous la connaissez. Ici, j’ai trouvé du soutien, du partage, de la compréhension et des sourires. Aujourd’hui, je suis fier de dire que ça fait cinq ans que je n’ai pas touché une goutte d’alcool.

    Jacques termine sa tirade en regardant la nouvelle personne présente à la réunion. Cette dernière comprend qu’il est temps d’intervenir :

    — Merci ! Votre histoire donne drôlement envie d’y croire. Mais, dites-moi, Jacques, n’avez-vous pas perdu des choses plus importantes que celles que vous avez trouvées en arrêtant de boire ?

    L’organisateur de la soirée perçoit le malaise provoqué par cette interrogation. Il décide de prendre la parole :

    — Cette question est intéressante, mais je vous propose de commencer par vous présenter avant de rentrer dans le vif de la discussion.

    — Très bien, comme vous voulez. Je préfère ne pas vous dire mon prénom, il me semble que le mot « anonyme » sur votre porte me le permet. Je suis là, comme vous tous, pour un problème lié à l’alcool, mais je ne suis pas alcoolique, et je ne l’ai jamais été.

    Les visages se figent sous l’effet de la surprise.

    — Pourtant, vous pouvez être fiers de moi puisque ça fait, aujourd’hui, exactement dix jours que je n’ai pas tué.

    Les cœurs sautent des crans, et les cris fusent quand le canon de l’arme s’attarde sur chaque tête. Mouvement de panique. Réflexes de fuite. Les chaises tombent, les corps se ruent vers la sortie. Six détonations rapprochées. Tirs précis. Le silence envahit la pièce.

     

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  • [Livre] Les rois maudits – T01 – Le roi de fer

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    Lecture terminée le : 26 février 2020

     

    Résumé : Le Roi de fer, premier volume du cycle, a pour figure centrale Philippe IV le Bel, roi d'une beauté légendaire qui régnait sur la France en maître absolu. Tout devait s'incliner, plier ou rompre devant l'autorité royale. Mais l'idée nationale logeait dans la tête de ce prince calme et cruel pour qui la raison d'Etat dominait toutes les autres.
    Sous son règne, la France était grande et les Français malheureux.


    Auteur : Maurice Druon, lu par François Berland

     

    Edition : Sixtrid

     

    Genre : Historique

     

    Date de parution : 02 Juin 2015

     

    Prix moyen : 19€

     

    Mon avis : Second livre audio dans lequel je me lance, j’ai eu plus de mal à suivre l’histoire que lors de mon écoute de la biographie de Marie-Antoinette.
    François Berland donne vraiment vie au texte magnifique de Maurice Druon.
    Dans ces livres, parce qu’il s’agit de romans et non de pures biographies, il y a pas mal de dialogues et je crois que c’est en partie à cause de ça que je me suis parfois un peu perdue.
    De plus, L’auteur part souvent dans des digressions, suit plusieurs trames en même temps, et j’aurais sans doute moins eu de mal à garder le cap en lecture visuelle.
    Ce premier tome couvre la période comprise entre le massacre des templiers avec la mise au bûcher du grand maître Jacques de Molay et la mort de Philippe le Bel.
    Dans ce premier tome, si la trame principale reste la malédiction jetée par de Molay au moment de mourir, on balaie beaucoup d’histoire secondaires : les fameuses infidélités des belles-filles du roi, les batailles morales et juridiques entre Mahaut et Robert d’Artois, les lombards…
    Même si en version audio, j’ai parfois eu du mal à me souvenir de ce que j’avais écouté d’une séance à l’autre, les dialogues sont toujours savoureux avec très souvent un humour très noirs mais très présent.
    On sent bien que, bien qu’il ait écrit un roman, une fiction, avec malédiction, sorcellerie etc…., l’auteur connait cette période de l’histoire sur le bout du doigt.
    J’ai encore les 6 tomes suivants en livres audio, dont 5 lu par le même comédien, mais je vais sans doute laisser reposer un peu tout ça avant de me lancer dans une autre lecture de ce type.

     

    Un extrait :


    podcast

     

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  • [Livre] Si je serai grande

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    Lecture terminée le : 23 février 2020

     

    Résumé : Deux voisines de 6 ans disparues le même jour.
    Une petite fille à l’imagination débordante qui vit dans la peur de déplaire à ses parents.
    Des corps d’enfants découverts, et au milieu des cadavres, une survivante.
    Pour l’adjudante Joy Morel, enceinte de quatre mois, c’est le début d’une enquête éprouvante aux frontières de l’inimaginable…


    Auteur : Angélina Delcroix

     

    Edition : France Loisirs

     

    Genre : Thriller

     

    Date de parution : 16 Août 2018

     

    Prix moyen : 19€

     

    Mon avis : Imaginez le pire scénario impliquant des enfants. Multipliez-le par 2. Vous serez encore loin du compte. Angelina Delcroix nous entraîne dans une histoire, certes addictive, mais terriblement sombre et dont on ne sort pas indemne.
    Franchement, si j’avais su à quel point cette histoire serait prenante (et flippante), je l’aurais commencée un samedi matin plutôt qu’un dimanche soir (avec la nuit blanche qui va avec la veille d’une reprise de boulot !)
    Impossible de rester insensible devant le sujet de ce roman. D’une part, on sait que les pratiques décrites peuvent parfaitement avoir lieu, que ces groupuscules peuvent parfaitement exister, étendant leurs tentacules jusque dans les plus hautes sphères de la société, se rendant ainsi intouchables.
    Les pratiques décrites, l’arrogance et le sadisme dont font preuve les membres du groupe, donne envie de leur vider un chargeur dans la tête. Pas de procès. Juste de l’élimination pure et simple. C’est tout ce qu’ils méritent.
    On peut dire que l’auteur s’est inspirée de l’affaire Zandvoort, qu’elle cite d’ailleurs dans ses sources.
    J’ai été contente de retrouver Joy Morel même si celle-ci, enceinte de 4 mois, est toujours affectée par les évènements du précédent roman.
    Mais avec cette enquête pour le moins difficile, la jeune femme n’a guère le loisir de se pencher sérieusement sur ses problèmes et ses traumatismes.
    En parallèle de l’enquête menée par l’équipe du lieutenant Barrère, enquête quelque peu entravée par les membres haut placés de la secte qui n’ont aucune envie de voir leur magouilles et leurs petits jeux sadiques être interrompus, on suis l’évolution d’Eléonore. On la découvre petite fille de 6 ans, bien avant la découverte du charnier qui va lancer l’enquête, puis adolescente de 16 ans au moment de cette dernière. Très vite, on comprend que cette gamine grandit au sein de la secte. Voir les évènements à travers les yeux d’une enfant les rend encore plus terrifiants.
    Je ne m’attendais pas à la fin. A plusieurs éléments de la fin d’ailleurs.
    L’un d’eux m’a particulièrement touchée et prise par surprise et il va certainement avoir un impact important et durable sur l’équipe.
    Les autres éléments m’ont, eux, particulièrement frustrée mais j’ai eu le sentiment qu’on n’a pas fini d’entendre parler de cette affaire et de ses retombées.
    J’espère en savoir plus dans le prochain tome de l’auteur que j’ai heureusement en ma possession et qui ne va pas rester très longtemps dans ma Pile à Lire.

     

    Un extrait : En entrant dans la brigade au petit matin, elle ressentit de l’excitation alors que le calme régnait à l’accueil. Est-ce que la grossesse aiguise les sens au point d’en développer un sixième ? Elle s’avança vers le bureau du lieutenant Olivier Barrère. Au moment de frapper, la porte s’ouvrit brusquement et la fit sursauter. Barrère remarqua sa stupeur et afficha un air embarrassé. Derrière lui, Ben et Florac finissaient de s’équiper précipitamment. Tous les deux stoppèrent net leur avancée en voyant Joy face à Barrère. On aurait dit trois gamins pris la main dans le sac.

    — Vous partez où, là ? Vous aviez l’intention de passer me chercher ?

    Les regards fuyants derrière le dos de Barrère échauffèrent Joy.

    — Oh ! Vous allez où ?

    Barrère finit par lever la tête en soupirant.

    — On a été appelés sur un truc, il faut qu’on aille voir.

    — O.K. Je répète ma question, est-ce que vous veniez me chercher ?

    — Non.

    Les sourcils de Joy grimpèrent au plafond.

    — Sympas, les mecs ! Depuis quand vous vous la jouez solo, là ?

    — Écoute, Joy, c’est mieux que tu ne viennes pas, je crois.

    Elle pencha la tête sur le côté pour fixer Ben qui venait de répondre derrière Barrère.

    — Et tu vas m’expliquer pourquoi. T’as intérêt à avoir des arguments béton, parce que si tu me sors un « vu ton état », je te rentre dedans !

    Barrère ne laissa pas le temps à quiconque de prendre la parole.

    — En effet, vu ton état, tu restes là, Joy.

    — Quoi ? Non, mais c’est une blague !

    Elle balança les bras de droite à gauche au-dessus de sa tête.

    — Eh oh les gars ! C’est moi, Joy. Alors oui, j’ai le ventre qui pousse, mais je suis toujours l’adjudant Morel, et non je ne suis pas impotente. Je n’ai pas besoin de la surprotection de faux papas autoproclamés, là, ça va !

    Le numéro de Joy ne fit sourire personne. Ses tripes saisirent la gravité de la situation.

    — Olivier ! Dis-moi ce qui se passe.

    — Un charnier a été découvert.

    — Ah merde ! souffla Joy. Écoute, c’est gentil de vous inquiéter pour moi, mais je veux venir avec vous quand même.

    — Joy, soupira Barrère.

    Il baissa les yeux, marqua une pause le temps de contrôler l’émotion qui tapait du pied dans le fond de sa gorge, et fixa de nouveau Joy.

    — Ce sont des enfants.

     

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  • [Livre] L'ours

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    Lecture terminée le : 28 janvier 2020

     

    Résumé : Anna, 5 ans, et son petit frère Stick campent avec leurs parents dans un parc naturel sauvage lorsqu’ils sont surpris en pleine nuit par ce que la petite fille confond avec un gros chien. Le lendemain, Anna découvre qu’elle et Stick sont désormais seuls, et que c’est à elle, la « grande », qu’il incombe de protéger son frère. Débute alors pour les deux enfants isolés une dangereuse errance…


    Auteur : Claire Cameron

     

    Edition : 10/18

     

    Genre : Roman contemporain

     

    Date de parution : 05 Janvier 2017

     

    Prix moyen : 7€

     

    Mon avis : Avant même de commencer le livre, on sait exactement ce qu’il arrive aux parents d’Anna. En effet, dans la préface, l’auteur nous parle du fait divers qui a inspiré son livre : un couple de campeurs s’était fait sauvagement attaqué par un ours sans aucune raison. L’alerte avait été donnée lorsqu’on ne les avait pas vus revenir au bout de 3 jours et il avait fallu encore deux jours pour trouver le campement dévasté et l’ours montant la garde à côté des cadavres. Pour son histoire, l’auteur a rajouté des enfants et a fait de l’ainée, une fillette de 5 ans, le narrateur de l’histoire.
    La fillette ne comprend pas ce qu’il se passe et la brutalité de l’attaque ne lui laisse pas le temps d’assimiler quoi que ce soit. J’ai trouvé vraiment horrible de la voir parler de ce qu’il se passe, de comment elle l’a perçu, tout en sachant ce qu’il s’est vraiment passé.
    On ne peut pas dire que j’ai apprécié Anna et son frère. Alors, ok, vous allez me dire que ce ne sont que des enfants, mais ils passent leur temps à se battre, ou à faire leur possible pour que l’autre n’obtienne pas ce qu’ils arrivent à avoir.
    Oui, je sais, je n’ai aucune patience avec les gosses ! Surtout les sales mioches mal élevés.
    Le récit, fait pas une enfant, dans le langage d’une enfant de 5 ans également, était une bonne idée, et à plus d’une reprise, il m’a filé la chair de poule.
    D’un autre côté, c’était parfois difficile de suivre ce genre de langage et à une ou deux occasions, je n’ai carrément pas compris de quoi parlait Anna.
    J’ai aussi sauté certains passages, parce que ça commençait à faire un peu long.
    J’ai été un peu contrarié par les passages avec la psy, car elle m’a fait penser à ces psy qui à une époque voulaient tellement que des enfants dénoncent des agressions sexuelles qui n’avaient jamais eu lieu qu’ils leur ont créé de faux souvenirs à force de faire les questions et les réponses. Là c’est un peu pareil, la psy semble vouloir à toute force qu’Anna soit complétement traumatisée et ne la laisse pas s’exprimer à son rythme.
    L’épilogue est terrifiant en ce sens qu’avec le recul, on se rend compte de dangers auxquels on a pas forcément pensé au cours de l’histoire et que la réponse à la question « pourquoi il n’y a pas eu ce danger-là » est vraiment horrifiante dans sa froide simplicité.
    Le seul reproche que j’aurais à faire à ce livre est qu’il détaille un peu trop chaque fait et geste des enfants avec un langage qui devient vite pénible à lire.
    J’aurais préféré un récit à la troisième personne avec, pourquoi pas, des notes écrites dans le langage d’Anna, un peu comme si un psy ou un policier avaient été en train de rédiger un rapport sur l’histoire.
    C’était une lecture intéressante, mais ce langage m’a empêchée de vraiment entrer dans l’histoire et d’en profiter pleinement.

     

    Un extrait : Même avec les yeux très fermés j’entends la fermeture Éclair se déchirer. Je me retourne pour regarder. Il y a un bout de ciel vraiment bleu foncé maintenant mais la tête de Pap le cache presque complètement. Il a l’air en colère et moi je vais avoir des ennuis. Il crie et je vois rien que des dents, pas très blanches mais grandes, grandes… Des crocs pointus devant et par derrière des dents encore plus grosses et larges, qui pourraient être dans la bouche d’un dinosaure. Presque toutes ont un morceau d’or au milieu. C’est là qu’il cache notre trésor, en sûreté parce qu’aucun voleur pourra le prendre là-dedans, ou si dans la nuit un cambrioleur vient le prendre il devra essayer de partir avec les dents de Pap aussi et ça le réveillera, et il fera fuir le méchant. Je me recroqueville et il me soulève d’un coup.

    Pap me serre contre lui mais c’est pas un câlin, il m’écrase et je perds tout l’air que j’avais dans mon corps. Le ciel tremble. Je vois un bras qui ressemble à une griffe et c’est une branche d’arbre pleine d’aiguilles. Pap court, je suis secouée dans tous les sens. Ça crie toujours. La tête de Gwen monte et descend, monte et descend, si je ne la tiens pas fort-fort elle va tomber, je la rapproche de ma figure et j’essaie de sentir son odeur mais elle ballotte trop.
    Pap me pousse en arrière et je vois des choses s’éparpiller par terre, et je me dis qu’il met du désordre. Ensuite, il part en courant et je sens le sol rentrer dans mon dos, ça pique et ça empêche de respirer. Une grosse aiguille de pin se plante dans la fente entre le haut et le bas de mon pyjama. Le pantalon de mon pyje tombe tout le temps, surtout si je cours, alors je dois le remonter par derrière avec la main. Un jour un garçon a ri en me montrant du doigt et il a dit qu’il voyait mon derrière mais c’était pas vrai, pas la partie toute ronde mais seulement le haut de la fente qui sort du pantalon. Maman, elle dit que c’est mon sourire d’en bas. J’aime bien les pantalons qui restent en place.

    Je voudrais le remonter plus haut mais Pap m’a reprise sous son bras et il me lance en l’air comme il le fait dans l’eau du lac, seulement il y a pas d’eau ici. Je me cogne la tête. Je hurle ça fait mal et Pap est tellement fâché qu’il crie aussi, sauf que la pagaille partout c’est lui, pas moi. Ou bien Stick est sorti de la tente sans rien dire et c’est lui qui a fait tout ce désordre ? En tout cas, Pap continue à crier. Il me pousse et il me pousse et je me demande s’il va me jeter dans le lac, il le fait des fois mais on est censés jouer doucement dans l’eau, on doit rire et être contents pour que Pap me laisse grimper sur ses épaules et sauter debout, ou bien c’est lui qui me lance. Quand c’est moi qui plonge j’ai pas peur, je pince mon nez et je pars en avant et tous les bruits s’arrêtent. C’est tranquille, sous l’eau. Il y a des bulles autour de moi mais pas de requins parce qu’ils vivent pas dans notre lac, rien que de tout petits poissons qui me mordillent les doigts de pied si je reste vraiment sans bouger et ça fait même pas mal. Quand il y a le silence et que je vois les bulles, je sais que c’est le moment de remonter, je dépince mon nez et je bats des jambes, je ressors de l’eau et je trouve le bras de Pap pour me tenir, et alors tous les bruits reviennent dans mes oreilles.

    Cette fois Pap me jette mais je pars pas sous l’eau. J’ai quelque chose de dur dans mon dos et lui, il appuie sur mon ventre mais c’est pas un jeu. On a pas le droit de se pousser, normalement, je lui dis d’arrêter et je crie, parce qu’il hurle tellement de trucs à la fois qu’il doit pas pouvoir m’entendre. Il me pousse encore même si c’est pas autorisé, et cette fois ça fait trop mal dans mon bidou, alors je me roule en boule autour de Gwen. Il me lance sur le dos, je sens l’air courir de chaque côté de moi. Il y a un bruit sourd bang et un clic.

     

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  • C'est lundi que lisez-vous? #284

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    Rendez-vous initié par Mallou qui s'est inspirée de It's Monday, What are you reading ? de One Person’s Journey Through a World of Books. Le récapitulatif des liens se fait maintenant sur le blog I believe in Pixie Dust.

     

    Il s'agit de répondre à trois questions:

    Qu'ai-je lu la semaine passée?
    Que suis-je en train de lire?
    Que lirai-je après?

     

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    Et vous, que lisez-vous?

  • Premières lignes #125

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    Premières lignes est un rendez-vous livresque mis en place par Aurélia du blog Ma lecturothèqueLa liste des participants est répertoriée sur son blog (Si ce n’est que son rdv est le dimanche et que je mettrai le mien en ligne chaque samedi).
    Le principe est de, chaque semaine, vous faire découvrir un livre en vous en livrant les premières lignes.

    Cette semaine, je vous présente Chroniques homérides T01 Le souffle de Midas d'Alison Germain

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    Tandis qu’il étreignait son amante blessée, Rikke sentit le désespoir grignoter son âme. La perdre, comment l’imaginer ? Un monde sans elle serait dénué de reliefs, de nuances et de beauté. Une existence fade, sans raison d’être. La vie s’effaçait peu à peu des prunelles de sa bien-aimée. Les deux opales cristallines que Rikke ne se lassait jamais de contempler étaient ternes, presque figées. Pourtant, il discernait encore une certaine volonté en elles. Une lueur d’espoir.

    — Tiens bon, Lia…

    Elle tremblait contre lui, sans qu’il ne puisse la soulager. Sa peau d’une froideur mortuaire et son teint lugubre laissaient présager l’issue fatale. Avec toute la puissance de son être, il souhaita furieusement échanger sa place avec elle, pour la libérer et endurer lui-même la souffrance qui la torturait.

    À la minute où il l’avait rencontrée, des années plus tôt, il s’était juré par-dessus tout de la protéger. Ce serment allait au-delà de son devoir de Gardien, son besoin d’assurer sa sécurité était vital. Une évidence. Mais ce soir, par son manque de vigilance, Rikke avait manqué à sa parole. Sous-estimant l’épée de Damoclès qui planait au-dessus de la jeune femme, il avait provoqué sa mort. Une erreur au goût d’amertume insoluble.

    — Ne lâche pas, Lia, ne lâche pas…

    Un sourire sur son visage marmoréen. Même dans la détresse, elle était d’une beauté à faire vibrer les tréfonds de son âme. Il résista soudain à l’envie de l’embrasser, de peur qu’elle ne gaspille ses dernières forces pour lui. Sa générosité était sans faille ; même lorsqu’elle n’avait rien, elle donnait tout.

    D’une main sur ses cheveux, il espéra lui apporter du réconfort. Un apaisement bienvenu.

    — Rikke, souffla-t-elle à grande peine, il faut…

    Sa voix était méconnaissable, tordue par la douleur. Il voulut lui demander de se taire, de ne pas s’essouffler. D’autant plus qu’il redoutait ce qu’elle allait dire.

    — Il faut le protéger, gémit-elle comme si elle avait perçu ses sombres pensées.

    Lui… Pourquoi cette obsession ? Rikke serra les dents, prenant pleinement conscience de la répugnance qu’il avait pour cette chose qui vampirisait les dernières forces de Lia, qui volait leurs derniers instants. Elle l’avait laissé aveuglément guider son existence. Rikke détestait cette loyauté exacerbée qu’elle lui portait, comme s’il comptait plus encore que sa propre vie.

    — Écoute-moi…

    La voix de Lia était faible, déchirée. Rikke admit immédiatement qu’elle était définitivement condamnée. Ses bourreaux l’avaient mutilée abominablement, pensant pouvoir s’approprier ce qu’elle protégeait avec tant de ferveur. Lui, toujours lui. Maculé du sang de sa bien-aimée, la rage grimpa en Rikke, insufflant un désir de vengeance insoutenable.

    — Il ne faut pas qu’il meure, supplia la blessée.

    Ne pouvait-elle pas l’oublier, juste un moment ? Elle lui avait dédié sa vie, fallait-il aussi qu’elle lui concède sa mort ? Rikke ne voulait plus la partager, plus avec lui. Il resserra ses bras autour des frêles épaules de la jeune femme dans un geste désespéré. L’étreindre à présent revenait à saisir de la fumée ; il pouvait déployer tous les efforts du monde, jamais il ne parviendrait à retenir ces volutes de vie qui se dispersaient. Cela le rendait fou.

    — Il l’a sentie, Rikke, elle, continua Lia, la Désignée, il l’a reconnue. Elle est là, tout près… Je dois lui transmettre. Je dois achever ce pour quoi je suis venue ici…

    Rikke tressaillit à l’évocation de cet instant. Ce fragment de temps où il l’avait laissé partir. Seule. Lorsque Lia avait parlé de léguer son don et qu’elle était parvenue à identifier la pauvre âme qui en hériterait, Rikke avait cru pouvoir être libéré, être enfin débarrassé de ce parasite qui gangrenait leur couple depuis des décennies. Quelle ironie ! S’il avait imaginé un seul instant que l’excursion lui arracherait la moitié du cœur, jamais il n’y aurait consenti.

    Pour lui, Lia était tout ; rien, pas même le plus puissant des dons, ne justifiait son sacrifice. Mais comment la retenir…

    — Je t’en prie, ne fais pas ça, la supplia-t-il.

    L’angoisse étrangla sa voix. Quelque chose se brisa instantanément en lui, quelque chose d’irréparable. Elle avait pris sa décision et ne luttait plus pour sa survie. Ces dernières minutes, elle les sacrifiait à la faveur de sa mission. Comme elle l’avait fait sa vie entière. Même leur amour n’imposait aucune borne à sa dévotion. Pourtant Rikke ne lui en tenait pas rigueur, au contraire. Son courage, sa détermination et son intégrité remarquable le remplissaient de fierté. Jamais il n’oublierait sa témérité, sa bravoure et sa droiture. Il garderait son visage à jamais gravé sur son cœur et ferait tout pour respecter sa mémoire, pour honorer son combat.

    Lui dédiant tout son amour, il embrassa ses lèvres une ultime fois.

    — Tu le protégeras, Rikke, promets-le-moi…

    Refuser ne lui traversa pas l’esprit. Il haïssait ce don, mais les sentiments qu’il nourrissait pour Lia allaient au-delà de son aversion et scellèrent d’instinct son engagement. Lia le savait. Il lui survivrait malgré son chagrin et veillerait sur la nouvelle porteuse ; malgré la tristesse permanente liée à cette mission.

    Sa fiancée lui sourit, puis, sans qu’il ne puisse l’arrêter, il la vit puiser ses dernières forces pour lancer l’Appel.

     

    Alors, tentés?

  • [Livre] Gisèle Alain

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    Lecture terminée le : 22 février 2020

     

    Résumé : Début du XXe siècle. Héritière d’une famille noble, en rupture avec les siens, la jeune Gisèle gagne sa vie comme logeuse dans une pension. Mélange déroutant d’assurance et de fragilité, l’intrépide demoiselle décide de monter son agence pour devenir… femme à tout faire !
    Sauvetage de chats égarés, négociations secrètes pour les notables de la ville, bâtisse à retaper du sol au plafond : elle découvre les aléas de la vie, tout en enchantant son entourage par sa vitalité et sa fantaisie. Mais c’est sans compter sur un passé qui ne va pas tarder à la rattraper et à jeter un voile sombre sur cette liberté fraîchement acquise…


    Auteur : Sui Kasai

     

    Edition : Ki-oon

     

    Genre : Manga

     

    Date de parution : entre 2012 et 2016

     

    Prix moyen : 7,65€ chaque tome

     

    Mon avis : J’ai bien aimé ce manga. Nettement moins les personnages et en particulier Gisèle, le personnage principal.
    Si on comprend fort bien pourquoi elle a décidé de quitter sa riche famille, les quelques scènes montrant sa vie familiale nous éclairent suffisamment sur ce point, elle reste exaspérante par son attitude.

    Certes, cela part toujours d’un bon sentiment, mais elle a la naïveté d’une gamine de 13 ans tout en se prenant pour une femme accomplie. Heureusement que sa gentillesse et sa bonne humeur lui attire la bienveillance générale parce que certaines de ses actions auraient pu avoir des conséquences graves (comme provoquer la perte de son emploi chez un de ses clients auquel elle va faire un scandale sur son lieu de travail parce qu’il n’a pas pu tenir sa promesse d’emmener sa fille au parc).
    Il y a quand même un gros manque de crédibilité sur l’ensemble de ces mangas. Déjà, une gosse de 13 ans, de bonne famille, qui devient logeuse comme ça, sans que personne ne trouve rien à y redire, c’est invraisemblable.
    Si plusieurs adultes tentent de mettre Gisèle face à son attitude et de lui faire comprendre qu’un travail n’est pas un jeu dont elle peut changer les termes contractuels à sa guise, le seul qui semble avoir une influence sur elle est aussi l’un des seuls à la traiter réellement comme l’enfant qu’elle est : son ancien majordome.
    J’ai bien aimé Eric mais je l’aurais aimé plus franc et plus décidé. Il se laisse marcher sur les pieds par Gisèle, qui l’exploite et qui l’empêche donc de chercher du travail, mais aussi par la maison d’édition qui finit par l’embaucher mais pas du tout pour les raisons qui lui sont présentées dans la lettre d’embauche.
    Les autres personnages sont moins présents et si Colette m’a exaspérée par son manque de morale (d’ailleurs j’ai trouvé que c’était moyen de la part de l’auteur de la laisser continuer son manège comme si c’était quelque chose de normal), j’ai bien aimé la petite fille et la vieille dame au chat.
    J’ai l’impression que le tome 5 sera le dernier traduit, je ne sais même pas s’il y a d’autres tomes dans la version originale mais si ce tome 5 se termine comme le tome 1 commence, bouclant ainsi la boucle, j’ai quand même eu un sentiment d’inachevé car pas mal de questions restent en suspens. Peut-être que le manga n’a pas su trouver son public et personnellement, je ne suis pas vraiment frustrée de ne pas savoir comment les liens familiaux, amicaux et amoureux de Gisèle vont se développer et même s’il y avait eu plus de tomes, je ne suis pas sûre que je les aurais lus.
    Ce n’était pas une mauvaise lecture en soi, mais il ne me laissera pas beaucoup de souvenirs, surtout en comparaison de « le mari de mon frère » et de Bride Stories » qui reste ma saga chouchou.

     

    Un extrait :

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  • [Livre] Le Wonderling

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    Lecture terminée le : 21 février 2020

     

    Résumé : Vous êtes-vous déjà retrouvé avec une créature fraîchement orpheline sur les bras ou dont personne ne veut ? Nous avons la solution !
    Bienvenue au Foyer pour Créatures Ingérables et Bâtardes, une institution dirigée par la redoutable Mlle Furonkle !
    Cette femme méchante et acariâtre considère que ses jeunes pensionnaires qui vivent dans la peur n’existent que pour souffrir et la servir. Hybrides mi-animaux, mi-humains, ces pupilles travaillent comme des forçats à l’école autant qu’à l’usine et ont l’interdiction de se livrer à des activités d’enfants de leur âge, et surtout de chanter ou de faire de la musique. Le Wonderling, sorte de renard à une oreille et au cœur pur et qu’on appelle Numéro 13 (d’après le médaillon avec lequel on l’a trouvé) à défaut de véritable prénom, n’a jamais connu d’autre maison. D’une timidité maladive, il prend pourtant la défense d’une jeune camarade oiseau, Babiole, qui va lui faire deux dons en retour : un vrai prénom – Arthur – … et une amitié indéfectible ! Tous deux vont parvenir à s’échapper du Foyer et vivre d’incroyables aventures au cours desquelles la formidable destinée d’Arthur va se révéler.


    Auteur : Mira Bartók

     

    Edition : France Loisirs

     

    Genre : Jeunesse

     

    Date de parution : 2019

     

    Prix moyen : 20€

     

    Mon avis : Dans l’univers de Mira Bartok, on trouve des créatures hybrides : mi-humaine, mi-animale, parfois mélange de plusieurs animaux.
    Numéro 13 est un hybride humain-renard pourvu d’une seule oreille. Il n’a jamais eu de prénom, porte un médaillon avec un 13 inscrit dessus et n’a jamais connu que l’orphelinat pour les créatures dans son genre, tenu par Mme Furonkle.
    Rien qu’au nom, on imagine bien le charmant caractère de la patronne.
    Ce foyer, et la manière dont les orphelins sont traités, rappelle un peu Oliver Twist : Tout y est, l’ambiance, les repas trop léger et immonde, le travail en usine…
    Petit rappel à Oliver Twist aussi avec un personnage que numéro 13 va rencontrer au cours de ses aventures : Quintus, son nouvel « ami », a un petit air de Fagin, même s’il est quand même plus sympathique.
    Une nouvelle arrivante au foyer, un petit oiseau sans ailes nommée Babiole, inventrice de génie, va le renommer Arthur, car elle est sûre qu’il va accomplir une quête.
    Le roman est divisé en 3 parties, chacune étant une étape de la quête d’Arthur. On peut vraiment parler de quête car, d’un voyage initial à la recherche de ses origines, l’aventure d’Arthur va le conduire à affronter un véritable complot.
    J’ai beaucoup aimé Arthur, un petit loulou sensible et aussi terrifié qu’une souris (dont il comprend le langage d’ailleurs) mais qui n’hésite pas à affronter ses peurs pour venir en aide aux autres.
    J’ai aussi vraiment appréciée Babiole. C’est une vraie pile électrique, dotée d’une véritable agilité malgré son absence d’ailes.
    A côté de cette histoire totalement géniale, le livre en lui-même est vraiment magnifique. Que ce soit la couverture, les pages annonçant les parties ou les diverses illustrations, c’est un ouvrage magnifique.
    Ce n’est pas ce à quoi j’attache le plus d’importance dans une lecture, mais il faut avouer que ça rajoute un certain plaisir.
    Dans plusieurs chroniques, j’ai lu « dans ce premier tome », cependant, je n’ai trouvé ni sur le livre, ni sur internet, de mention que ce livre soit le premier tome d’une saga plutôt qu’un one shot.
    La fin, que j’ai d’ailleurs beaucoup aimée, ne le laisse pas entendre davantage et, si on n’a pas absolument toutes les réponses à toutes les questions, ça ne m’a pas dérangée.
    La fin montre que la voie du changement a d’ores et déjà été empruntée.
    Quant à savoir où elle conduit… à chacun de faire parler son imagination !

     

    Un extrait : Beaucoup de noms lui avaient été donnés avant qu’il fût baptisé « Le Wonderling » : Tête-de-Boue, Crétin, Rampant et Crampon, pour n’en citer que quelques-uns. Ca ne l’ennuyait guère, même quand on l’avait surnommé « Rampant ». Non, le nom qu’il détestait réellement, c’était celui qu’on lui avait donné en premier, du moins dans son souvenir : Numéro 13. Ce n’était pas vraiment un nom. Juste un numéro écrit en rouge sur un morceau de papier, glissé dans un dossier lui-même rangé dans une pièce qui contenait des centaines de papiers et de dossiers. Ce numéro était gravé sur un petit médaillon en fer-blanc qu’il portait en pendentif au bout d’une ficelle. Il était aussi cousu à l’intérieur de sa chemise grise en lambeaux et de son pantalon gris élimé. Et il était peint sur son lit étroit et dur dans le dortoir, au milieu des lits d’autres créatures qui avaient au moins eu la chance d’hériter d’un nom à leur naissance.
    Numéro 13 ressemblait à un renard, mais se tenait sur ses pattes arrière comme un enfant et il ne possédait pas de queue à proprement parler. Ses yeux avaient une adorable teinte noisette et étaient pailletés d’or. Mais son regard indiquait que, malgré son jeune âge, il était en proie à un chagrin inexplicable.
    C’était une créature au cœur innocent. Mais quel genre de créature, exactement ? Malgré son visage de renardeau, son museau tenait davantage de celui du chien, et il avait quelque chose du lapin : son nez s’agitait lorsqu’il sentait approcher un danger, et il tremblait en entendant retentir la cloche de l’orphelinat. Mais son trait le plus singulier était sans contexte son oreille unique.
    Comment avait-il perdu une oreille (peut-être même était-il né sans), il n’en avait aucune idée. Son oreille droite, pointue comme celle d’un renard, était soyeuse comme le velours et recouverte d’une fourrure cuivrée comme le reste de sa personne à l’exception d’une petite tache blanche en forme de feuille sur sa poitrine. Si on exceptait son oreille manquante, Numéro 13 n’avait rien de singulier, du moins pas à première vue, puisqu’il vivait dans un monde où la frontière entre les humains et les animaux n’était pas clairement définie. Ce qui n’empêchait pas les gens de le trouver étrange.

    - Ca porte malheur, cette oreille, murmuraient-ils entre eux. Il doit être sourd comme un pot celui-là ! Et ce nom – Numéro 13 ! Il porte malheur, pour sûr !

    La nuit, il tentait de se rassurer, comme tous les enfants du monde vivant dans la peur. Il sortait de sous son oreiller un doux morceau de tissu bleu, qui n’était autre qu’un fragment de sa petite couverture de bébé. Il pensait deviner, brodé dans l’un des coins, un m minuscule, mais il n’en était pas certain, parce que le fil jadis doré s’était délavé avec le temps.
    Le morceau de tissu servait à protéger une minuscule clé dorée. Il ne savait pas ce qu’elle ouvrait, ni si elle avait un jour ouvert quoi que ce soit d’important – il savait juste que le chiffon et la clé étaient les seuls souvenirs de son premier foyer.

     

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  • [Livre] La légende des quatre – T03 – Le clan des serpents

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    Lecture terminée le : 17 février 2020

     

    Résumé : Les Yokaïs se regroupent pour lutter contre les humains, dans une guerre féroce et sanglante.
    Alors que le combat approche, Maya se révolte en pensant aux innocents qui vont mourir.
    La menace humaine est réelle, mais si elle venait également d’ailleurs ?


    Auteur : Cassandra O'Donnell

     

    Edition : Flammarion

     

    Genre : Jeunesse

     

    Date de parution : 20 Novembre 2019

     

    Prix moyen : 15€

     

    Mon avis : Dans ce 3ème tome, après le clan des loups et le clan des tigres, on en apprend un plus sur le clan des serpents.
    Autre clan, autres mœurs et celui-ci est un vrai panier de crabe où chaque membre obéi par peur en attendant de trouver le courage d’assassiner le roi en exercice, et pas forcément à la loyale comme ce serait le cas dans un défi lancé à l’Alpha du clan des loups par un de ses subordonnés. D’ailleurs, si la traitrise est vu d’un sale œil par les lupaï et les Taïgan, clairement chez les Serpaï, pas vu pas pris et si un serpaï réussi son coup, il gagne le trône sans plus de cérémonie.
    Du coup, les serpents ont une vie bien plus solitaire que les autres clans étant donné que les femelles sont aussi retorses que les mâles et n’hésitent pas à assassiner leur compagnon dans son sommeil pour atteindre le pouvoir.
    C’est dans le clan des serpents que l’on entend parler pour la première fois de manière très claire de la « maladie » qui frappe les Yokaï, souvent les plus âgés. Une maladie qui leur fait perdre leur part d’humanité et agir comme des bêtes sauvages sans conscience.
    Les Yokaï, par nature ennemis les uns des autres, ont décidé de lancer un plan, d’extermination de la race humaine et donc d’allier les forces des différents clans pour ce faire.
    Mais tout le monde n’accepte pas cette éradication, ce qui risque de provoquer quelques dissensions.
    Wan se montre plus humain quand il est avec Maya, même s’il s’en défend vertement, et cela n’échappe pas à son clan. Après, est ce que ça le rend plus faible ou plus fort, là est toute la question.
    J’ai vraiment aimé que Maya reste fidèle à ses convictions, même si elles ne font pas l’unanimité parmi les Yokaï, et aussi qu’elle tienne tête à son alpha de père et à Bregan, qui s’est plus ou moins autoproclamé roi des Taigan, qui l’enfermeraient volontiers sous une jolie cloche de verre pour la protéger si elle se laissait faire.
    On peut pratiquement dire qu’elle est seule contre tous, car, même ceux qui ne sont pas contre ses idées, ne veulent pas qu’elle prenne de risque pour les imposer. Cependant elle reste celle qui défend le plus ses convictions, ne faisant des concessions qu’à contrecœur.
    Remarquez, que je ne suis pas forcément une pro-humain dans cet univers. Enfin pas tellement des humains en eux même, mais les masses sont manipulés et contrôlé par cette espèce de groupe anti-Yokaï, Résilience, qui ne respecte même pas sa propre espèce, qui n’est motivé que par l’argent et le pouvoir et qui eux, méritent amplement l’éradication.
    Autre chose que j’ai beaucoup aimé dans ce tome, c’est qu’on commence à avoir un aperçu du clan des aigles. Comme il vit dans les hauteurs et ne se mêle pour ainsi dire pas aux autres, il reste très mystérieux.
    D’eux on ne connait finalement que Nel, qui ne semble pas être une fidèle représentante des mœurs de sa race, et la Reine et mère de Nel, Aeyon, qui était déjà pénible, rigide et vindicative mais qui depuis semble avoir carrément tourné psychopathe ! Avec une telle mère, Nel a bien du mérite de ne pas être plus perturbée (et perturbante) que ça !
    J’ai vraiment le sentiment que Nel va devoir supporter de lourdes responsabilités et prendre une décision bien difficile pour son âge (même si les aigles semblent mûrir plus vite que les autres Yokaï). Vu les quelques échanges auxquels ont assistent entre la mère et la fille, j’ai vraiment très envie d’en découvrir plus sur leur clan.
    La guerre qu’ont déclenché les clans (eux diront sans doute que ce sont les humains qui l’ont déclenchée) ne va pas être de tout repos et les humains semblent bien décidés à vendre chèrement leur peau. Les Yokaï ne vont pas traverser ces combats sans lourdes pertes et je ne suis pas sûre qu’ils s’attendaient à une telle résistance.
    Du coup, à présent, j’ai vraiment hâte de lire le 4ème et dernier tome, (qui, à l’heure où j’écris cette chronique devrait sortir dans quelques mois) autant pour en savoir plus sur le clan des Rapaï que pour connaitre la fin de toute cette histoire.

     

    Un extrait : Le jour était levé depuis de nombreuses heures lorsque le chariot était entré sur les terres frontalières qui longeaient le territoire des loups. Le cœur battant, la gorge sèche, les yeux scrutant avec anxiété le chemin qui défilait sous les sabots des chevaux, les occupants du chariot avaient roulé depuis, sans faire de halte ni prendre le moindre repos.

    — Tu entends ces hurlements ? demanda Ronan, le regard braqué sur la forêt qui se dessinait au loin, trop proches, nous sommes trop proches…

    — Tiens, bois un coup, ça te détendra, affirma Bert, son compagnon de voyage, un petit homme au front dégarni et aux joues creuses, en lui tendant sa gourde de vin.

    Ronan prit la gourde et but une gorgée sans relâcher son attention. Il avait de bonnes raisons d’être inquiet. La semaine précédente, les Yokaïs avaient attaqué tous les villages situés à proximité de leurs terres et on racontait qu’ils venaient à présent de s’emparer de la petite ville de Tedeskah.

    — Je savais que ça finirait mal ! On leur avait dit qu’il fallait être complètement fou pour défier les bêtes, mais penses-tu qu’ils nous ont écoutés ? Non, non, bien sûr que non, pourquoi l’auraient-ils fait ? Après tout, on n’est que des frontaliens ! grogna Ronan dans sa barbe.

    — Ces gens n’ont même jamais croisé un Taïgan ou un Serpaï de leur vie, alors comment voulais-tu qu’ils comprennent ? soupira Bert.

    Non, ceux qui habitaient les grandes cités n’avaient pas compris. Ils n’avaient pas écouté les frontaliens, les habitants qui résidaient dans les villages situés aux limites des terres Yokaïs, quand ils leur avaient expliqué à quel point les bêtes étaient puissantes et dangereuses. Et à présent, il était trop tard. « Petite colline », « Grande prairie », « Terre fertile », « Grand bosquet » et tous les autres bourgs frontaliens avaient disparu…

    — Ne leur cherche pas d’excuse, on les avait avertis du danger ! On leur avait dit ce qui allait se passer ! C’est leur faute ! Tu n’étais pas là, mais moi j’ai vu, j’ai vu les cadavres mutilés de ces pauvres gens, j’ai vu les mères regarder en hurlant les bêtes dévorer leurs enfants !

    Le ton de Ronan était si amer qu’il pouvait pratiquement sentir un goût acide lui brûler la langue. Caché en haut d’un arbre, il avait miraculeusement échappé au massacre de « Grande prairie », mais les scènes atroces auxquelles il avait assisté hantaient chacune de ses nuits et il se réveillait tous les matins en tremblant, le front couvert de sueur et des larmes coulant sur ses joues.

     

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