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Classiques

  • [Livre] Moby Dick

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    Résumé : Attiré par la mer et le large, Ishmaël (en), le narrateur, décide de partir à la chasse à la baleine. Il embarque sur le Péquod (en), baleinier commandé par le capitaine Achab. Ismaël se rend vite compte que le bateau ne chasse pas uniquement pour alimenter le marché de la baleine. Achab recherche Moby Dick, un cachalot blanc particulièrement féroce et d'une taille impressionnante, qui lui a arraché une jambe par le passé. Achab emmène son équipage dans un voyage autour du monde à la poursuite du cachalot dont il a juré de se venger.

     

    Auteur : Herman Melville

     

    Edition : Ferni

     

    Genre : Classique étranger

     

    Date de parution : 1978 (traduction partielle)

     

    Prix moyen : 10€ (d’occasion)

     

    Mon avis : La version que je possède est une traduction partielle de 1978, expurgée de toutes les descriptions et longueurs que l’on reproche souvent à se livre à l’origine de près de 1000 pages et 135 chapitres (dans la version partielle que j’ai, il y a 287p et 21 chapitres, sans pour autant  qu’on ait une sensation de manque).
    Je ne regrette pas que cette version ait supprimé tous les passages sur l’étude des baleines, sur la chasse, sur les diverses utilisations qui sont faites de la viande de baleine… Ce sont des informations qui sont certainement intéressantes, mais qui ont plus leur place dans un traité que dans un roman. Pour le peu qui a été conservé dans la version que j’ai lu, j’ai trouvé que ça coupait le rythme de l’histoire et après coup, c’était difficile de se remettre dedans.
    Il faut dire que la lecture est assez difficile : il y a peu de dialogues, les personnages ne sont guère attachants. Le seul qui aurait pu l’être est Queequeg mais il n’est pas assez développé pour qu’on puisse vraiment avoir de l’empathie pour lui.
    La narration est assez monotone, Ismaël décrivant tout ce qu’il fais presque geste par geste (disons qu’après trois pages où il ne fait que décrire la vie sur la baleinière, on commence à comprendre la situation…).
    Achab est détestable, il se fiche complètement des autres, que ce soit ses hommes ou ceux que sa baleinière croise sur sa route. Pendant une grande partie du roman, on se demande même si la baleine blanche ne serait pas qu’une élucubration de son esprit malade (même si on sait bien que non). Son obsession à tuer la baleine blanche serait peut être moins malsaine s’il ne prêtait pas à la bête une préméditation dans ses attaques qui ne sont que des réactions normales d’un animal traqué, blessé et effrayé. Achab se place en victime en oubliant un peu vite que c’est lui l’agresseur, et non la baleine.
    Mais qui est le plus coupable dans cette histoire ? Le capitaine Achab et sa folie ? Ou ses second, qui bien conscient que l’homme a non seulement perdu l’esprit mais agit en totale contradiction avec les ordres donnés par les propriétaires du bateau, le laisse faire, par pure lâcheté, alors que même Achab admet qu’ils auraient le droit pour eux.
    De plus alors que le résumé et le sujet du livre promettent de l’action et de l’aventure, on en a finalement très peu : seulement pendant les 2 ou 3 chasses auxquelles on assiste. Tout le reste est lent, très lent.
    La fin est attendue, il n’y a aucune surprise et elle est trop rapide par rapport à la longueur du roman (même dans cette version abrégée). Quant à l’épilogue, il est si bref qu’on en garde un sentiment de manque, d’inachevé. On aurait presque préféré qu’il n’y en ait pas.

    Un extrait : Appelez-moi Ismaël, si vous voulez. Il y a quelques années – à quoi bon préciser davantage ? – n’ayant plus d’argent en poche, ou si peu, et rien à faire à terre, je décidai de naviguer encore et de revoir les grands espaces liquides du globe. C’est ma façon de chasse le spleen et de purifier le sang. Quand je sens ma bouche prendre un pli amer, quand un Novembre triste et bruineux s’installe en mon âme, quand je me surprends arrêté devant les magasins de Pompes Funèbres et suivant tous les enterrements que je rencontre, c’est qu’il est grand temps pour moi de lever l’ancre. Mais n’allez pas croire que j’embarque comme passager, car pour être passager, il faut avoir une bourse et une bourse n’est qu’un chiffon si elle est vide. Non, quand je vais en mer c’est comme simple matelot. Mais pourquoi, après avoir plusieurs fois pris l’air du large en m’engageant dans la Marine marchande, ne suis-je mis dans la tête d’aller pêcher la baleine ? Maintenant que toutes les circonstances me reviennent, je crois comprendre un peu quels motifs m’ont poussé à jouer ce rôle. En premier, venait l’image fabuleuse de la grande baleine elle-même. Ce monstre formidable et mystérieux, les océans lointains et sauvages où il roulait sa masse semblable à une île, et les périls indescriptibles qu’il représentait, tout cela piquait au vif ma curiosité. Pour un autre, tout ceci n’aurait peut-être pas d’attrait, mais moi je brûle sans cesse de découvrir les choses lointaines. J’aime naviguer sur les mers interdites et débarquer sur les rivages redoutables. Pour toutes ces raisons, la pêche à la baleine était la bienvenue.

  • [Livre] Le Robinson suisse

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    Résumé : Quel heureux homme que ce Robinson suisse ! Il a en effet sauvé du naufrage sa famille au complet. Les débris du vaisseau vont être pour lui l'occasion de prouver de quoi il est capable. Au milieu d'une nature tour à tour généreuse et hostile, périlleuse et insolite, il va reconstruire sa vie quotidienne à force d'ingéniosité et de courage.

     

    Auteur : Johann David Wyss

     

    Edition : CreateSpace Independent Publishing Platform

     

    Genre : Classique étranger

     

    Date de parution : 2012 (pour cette édition)

     

    Prix moyen : 14€

     

    Mon avis : Ce livre ne fait pas l’unanimité comme j’ai pu le voir en lisant les avis sur internet. Toutefois, la plupart du temps, à la lecture des critiques, j’ai eu l’impression que le livre n’avait pas été compris.
    Souvent, les gens se plaignent de la trop grande facilité que ces Robinson suisses ont à trouver tout le nécessaire à leur survie et à leur confort, ainsi que du coté moralisateur et monsieur je-sais-tout du père. Ils analysent le livre comme ils le feraient de tout roman d’aventure.

    Or, un livre écrit par un pasteur à la fin du XVIIIème siècle (bien que publié en 1812, il a été écrit en 1794) n’a pas vocation à être un divertissement. Le titre d’origine était « La Famille suisse Robinson ou Le Prédicateur suisse naufragé et sa famille. Un livre didactique pour les enfants et les enfants des amis à la ville et la campagne ».
    Son but était donc de faire passer un message.

    Ici, ce message s’oriente autour de la religion (vous me direz, normal pour un pasteur).
    D’abord, l’auteur s’attache à rappeler la toute puissance paternelle, garante de la moralité et de la sauvegarde de la famille. L’obéissance filiale aveugle étant, à l’époque, au sommet de la religion, juste avant celle dû à Dieu, il n’est guère étonnant d’avoir ici un père quasiment infaillible dont les quelques rares lacunes n’ont d’autre but que de le laisser soumis à la bienveillance de Dieu et de permettre à ses fils de se former au métier d’adulte sans pour autant les délivrer du joug paternel.
    Ensuite, l’auteur met en avant l’action divine.

    Dieu étant supposé récompenser ses fidèles les plus dévoués, il n’est guère étonnant de voir la facilité avec laquelle les Robinsons pourvoient à leurs besoins.
    Le message dispensé est donc de garder foi en Dieu dans les épreuves (naufrage puis exil), de le remercier sans cesse de ses bontés (les nombreuses prières, et qu’on attirera ainsi la bienveillance de Dieu.

    J’ai vu aussi beaucoup de critiques sur les massacres d’animaux perpétrés par la famille.
    Il faut se remettre dans le contexte. En 1794, l’esclavage existait toujours, les femmes pouvaient compter leurs droits sur les doigts d’une main, les enfants appartenaient à leur père comme de simples meubles, les domestiques étaient soumis à leurs employeurs… Alors franchement les animaux… (Il a quand même fallut attendre le XXIème siècle pour qu’ils perdent le statut de meubles et gagnent celui d’êtres dotés de sensibilité)… Si ce genre de massacre me choque dans l’absolu, en revanche, je ne suis pas choquée d’en trouver dans un livre écrit à cette époque.

    Si j’ai une critique à faire, c’est que le père est constamment dans le reproche, et surtout, qu’il se montre parfois assez hypocrite.
    Par exemple, il réprimande son fils pour mensonge alors que ce dernier, en prétendant n’avoir rien chassé, ne voulait que faire une surprise à ses frères, puis, il demande à ses fils de mentir à leur mère pour exactement les mêmes raisons.

    J’ai aussi trouvé qu’il ne montrait pas le bon exemple en ne s’excusant jamais, notamment quand il se rendait compte que ses reproches ne sont pas fondés.

    L’ellipse de 8 ans, à la fin, est compréhensible et le narrateur lui-même explique, que, passée les deux premières années, l’existence des naufragés devient trop répétitive pour être racontée sans ennuyer.

    Même si ce livre est plus un livre de morale qu’autre chose, je l’ai beaucoup aimé.
    Cela dit, je le déconseille à la fois à ceux qui n’aiment pas les classiques et à ceux qui aspirent à trouver des notions modernes dans leurs lectures.


    Un extrait : La tempête durait depuis six mortels jours, et, le septième, sa violence, au lieu de diminuer, semblait augmenter encore. Elle nous avait jetés vers le S.-O., si loin de notre route, que personne ne savait où nous nous trouvions. Les passagers, les matelots, les officiers étaient sans courage et sans force ; les mâts, brisés, étaient tombés par-dessus le bord ; le vaisseau, désemparé, ne manœuvrait plus, et les vagues irritées le poussaient ça et là. Les matelots se répandaient en longues prières et offraient au Ciel des vœux ardents ; tout le monde était du reste dans la consternation, et ne s’occupait que des moyens de sauver ses jours.

    « Enfants, dis-je à mes quatre fils effrayés et en pleurs, Dieu peut nous empêcher de périr s’il le veut ; autrement soumettons-nous à sa volonté ; car nous nous reverrons dans le ciel, où nous ne serons plus jamais séparés. »

    Cependant ma courageuse femme essuyait une larme, et, plus tranquille que les enfants, qui se pressaient autour d’elle, elle s’efforçait de les rassurer, tandis que mon cœur, à moi, se brisait à l’idée du danger qui menaçait ces êtres bien-aimés. Nous tombâmes enfin tous à genoux, et les paroles échappées à mes enfants me prouvèrent qu’ils savaient aussi prier, et puiser le courage dans leurs prières. Je remarquai que Fritz demandait au Seigneur de sauver les jours de ses chers parents et de ses frères, sans parler de lui-même.

    Cette occupation nous fit oublier pendant quelque temps le danger qui nous menaçait, et je sentis mon cœur se rassurer un peu à la vue de toutes ces petites têtes religieusement inclinées. Soudain nous entendîmes, au milieu du bruit des vagues, une voix crier : « Terre ! terre ! » et au même instant nous éprouvâmes un choc si violent, que nous en fûmes tous renversés, et que nous crûmes le navire en pièces ; un craquement se fit entendre ; nous avions touché. Aussitôt une voix que je reconnus pour celle du capitaine cria : « Nous sommes perdus ! Mettez les chaloupes en mer ! » Mon cœur frémit à ces funestes mots : Nous sommes perdus ! Je résolus cependant de monter sur le pont, pour voir si nous n’avions plus rien à espérer. À peine y mettais-je le pied qu’une énorme vague le balaya et me renversa sans connaissance contre le mât. Lorsque je revins à moi, je vis le dernier de nos matelots sauter dans la chaloupe, et les embarcations les plus légères, pleines de monde, s’éloigner du navire. Je criai, je les suppliai de me recevoir, moi et les miens… Le mugissement de la tempête les empêcha d’entendre ma voix, ou la fureur des vagues de venir nous chercher. Au milieu de mon désespoir, je remarquai cependant avec un sentiment de bonheur que l’eau ne pouvait atteindre jusqu’à la cabine que mes bien-aimés occupaient au-dessous de la chambre du capitaine ; et, en regardant bien attentivement vers le S., je crus apercevoir par intervalles une terre qui, malgré son aspect sauvage, devint l’objet de tous mes vœux.

  • [Livre] La dame du manoir de Wildfell Hall

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    Résumé : L’arrivée de Mrs Helen Graham, nouvelle occupante du manoir délabré de Wildfell, alimente tous les on-dit.
    Qui est donc cette mystérieuse artiste, qui se dit veuve et vit seule avec son jeune fils ? Quel inconvenant secret cache-t-elle ? Et pourquoi son voisin veille-t-il si jalousement sur elle ?
    Même Gilbert Markham, un prospère éleveur tombé sous le charme d'Helen, commence à douter d'elle. Il est vrai qu'Eliza Millward, sa promise, ne cesse de propager des ragots sur la dame du manoir. Un drame semble inévitable...

     

    Auteur : Anne Brontë

     

    Edition : Archipoche

     

    Genre : Classique

     

    Date de parution : 2012 (archipoche)
                                  1848 (1ère édition)

     

    Prix moyen : 7€

     

    Mon avis : J’ai reçu ce livre lors d’un swap il y a des lustres et je n’ai jamais eu le temps de le lire. Il y a quelques mois, j’ai essayé mais je n’ai pas du tout réussi à entrer dans l’histoire.
    Et puis, là, pour rattraper mon retard dans un challenge, je l’ai remis sur ma table de chevet et, dès les 1ères lignes, j’ai été happée dans l’histoire.
    L’histoire en elle-même est du point de vue de Gilbert Markham qui écrit une longue lettre à un ami, mais, en milieu de lecture, le point de vue devient celui d’Helen Graham du fait d’un journal intime que Gilbert recopie intégralement dans sa lettre. Par ce tour de passe-passe, on a donc deux points de vue différents suivant les périodes de l’histoire.
    Le voisinage de Wildfell hall semble faire de la médisance un sport national. J’ai souvent regretté que la bonne éducation et les convenances empêchent Helen de les envoyer vertement balader.
    Vous imaginez si, aujourd’hui, une voisine que vous venez à peine de rencontrer, vous disait que vous ne savez pas élever votre fils, que vous avez tout faux et qu’elle va vous envoyer le curé pour qu’il vous chapitre à ce sujet ? Personnellement, je lui fais avaler son assiette de gâteau sec par les narines.
    Gilbert n’est guère mieux, même s’il essaie de se donner le beau rôle. Son attitude envers Mr Lawrence, qui est censé être son ami, est inqualifiable. Il se montre insultant voire violent uniquement parce qu’il pense que la voisine lui préfère le voisin ?
    Quand on arrive au journal intime d’Helen on a envie de la secouer et de lui dire de ne surtout pas se faire avoir. Dans un sens, sa tante n’avait pas tort, mais elle a perdu toute crédibilité aux yeux de sa nièce par sa manière de faire, d’essayer de la manipuler pour lui faire accepter un mariage à sa propre convenance. Il était à parier qu’une fille de 18 ans libre de choisir son mari aller s’obstiner.
    Du côté de l’entourage d’Helen, on ne peut pas s’empêcher de plaindre l’amie d’Helen, Millicent, car son mariage semble être le pire de tous et on a peur pour sa petite sœur car on voit que leur mère est prête à tout pour marier ses filles au plus vite.
    A la lecture de ce journal, on se dit que les apparences sont parfois trompeuses mais que ça ne rattrape pas toutes les fois où elles étaient plutôt transparentes.
    Helen est peut être un peu trop religieuse, et se cache un peu trop derrière la religion, mais si cela lui permet de tenir face au comportement de son mari, franchement, ça ou autre chose…
    Pour le mari d’Helen, Anne Brontë s’est inspirée de la déchéance de son frère qui a sombré dans la dissipation, le jeu, l’alcool (très classe pour un fils de pasteur).
    Anne est moins connue que ses sœurs Emily (les hauts de hurlevents) et Charlotte (Jane Eyre), mais on trouve assez facilement ses deux romans, tandis que ses sœurs ne sont connus que par un seul ouvrage chacune (même si Charlotte a écris plusieurs livres).

    Cette critique de la conduite des hommes et la réaction d’Helen devant l’attitude de son époux a profondément choqué la société de l’époque pour laquelle une femme doit subir en silence « tout ce que Dieu lui envoie ».
    Cette « révolte » fait de ce roman l’un des premiers romans féministes (enfin plus ou moins, vu que le mariage reste la panacée).
    Ce roman a tant choqué, qu’après la mort d’Anne, sa propre sœur, Charlotte, va interdire sa réimpression.
    Heureusement que finalement, il a été réédité, car sinon, on serait passé à coté d’un vrai chef-d’œuvre.

    Un extrait : - Je voulais vous rapporter ce que j’ai appris chez elle, reprit Rose. J’en meurs d’envie depuis des heures ! Vous savez tous qu’on raconte depuis des semaines que Wildfell Hall est sur le point de trouver un locataire, n’est ce pas ? Et bien ! Figurez vous que le manoir est habité depuis plus d’une semaine ! Et nous ne le savions même pas !

    - Pas possible ! s’exclama ma mère.

    - Absurde ! cria Fergus

    - C’est pourtant vrai !...Et la nouvelle locataire est une dame seule.

    - Seigneur !...Mais la maison est en ruine !

    - Elle a fait effectuer les réparations indispensables dans deux ou trois pièces ; elle y habite toute seule avec une vieille femme qui lui sert de servante !

    - Oh ! mais cela gâte tout ! Moi qui avait espéré qu’il s’agissait d’une sorcière, dit Fergus, en sculptant la tranche de pain épaisse de trois centimètres qu’il s’était coupée.

    - Ne dis pas de bêtises Fergus ! Mais c’est étrange, n’est-ce-pas maman ?

    - Etrange ? Je puis à peine y croire !

    - Mais tu peux me croire… Jane Wilson l’a vue. Elle a accompagné sa mère qui, évidemment, dès qu’elle eut entendu qu’une étrangère s’installait dans le voisinage, s’est précipitée et l’a ensevelie sous une pluie de questions. Elle s’appelle Mrs Graham et porte le deuil, non pas les grands voiles de veuve, mais un deuil plus simple ; elles disent qu’elle est très jeune, qu’elle n’a pas plus de vingt-cinq à vingt-six ans et est très réservée. Elles ont cherché par tous les moyens à savoir qui elle est et d’où elle vient, mais ni les questions directes et opiniâtres de Mrs Wilson ni les manœuvres habiles de miss Wilson n’ont amené une réponse précise, ni même une réponse vague, qui aurait pu satisfaire leur curiosité et jeter un peu de lumière sur le passé ou les relations de cette dame. Elle a été à peine polie et visiblement pressée de les voir à nouveau franchir le seuil. Mais Eliza Millward m’a dit que son père irait très prochainement au manoir, car il estime que Mrs Graham a grand besoin des conseils d’un pasteur ; elle ne s’est pas montrée à l’église dimanche et elle – je veux dire Eliza – demandera à accompagner son père, car elle espère rapporter quelques nouvelles passionnantes de cette visite. Tu sais bien Gilbert, qu’elle obtient toujours ce qu’elle veut. Nous devrions y aller aussi, maman, la plus simple politesse l’exige.

     

     

  • [Livre] Mansfield Park

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    Résumé : Fanny Price est issue d'une famille pauvre qu'elle quitte à l'âge de dix ans pour vivre avec son oncle et sa tante, Sir Thomas et Lady Bertram, à Mansfield Park. Sir Thomas désire en effet aider Mrs. Price, la mère de Fanny et la sœur de Lady Bertram, en prenant en charge l'éducation de Fanny.

    Celle-ci est donc élevée avec ses cousins, légèrement plus âgés qu'elle, Tom, Edmund, Maria et Julia, mais il lui est presque constamment rappelé qu'elle leur est inférieure. Seul Edmund fait preuve de gentillesse à son égard; Maria et Julia la méprisent, Tom ne lui prête pas attention. Fanny maintient une correspondance régulière avec son frère William, officier de la Royal Navy. Elle acquiert en grandissant, notamment au contact d'Edmond, un sens moral qui lui sert de guide pour toute chose. La gratitude et l'affection qu'elle éprouve à l'égard de son cousin se transforment au fil des ans en un amour qu'elle garde secret.

    Les jours passent calmement à Mansfield Park, jusqu'au jour où Lord Bertram part aux Caraïbes et que de nouveaux jeunes gens font leur arrivée dans les environs : Mr. et Miss Crawford, frère et sœur de la femme du nouveau pasteur. Leur arrivée bouleverse la vie austère de Mansfield Park, sous les yeux de Fanny...

     

    Auteur : Jane Austen

     

    Edition : 10/18

     

    Genre : Classique étranger

     

    Date de parution : 2012

     

    Prix moyen : 6€

     

    Mon avis : J’ai eu plus de mal à entrer dans l’histoire de ce Jane Austen que dans orgueil et préjugés ou dans raison et sentiments. L’écriture est pourtant toujours aussi belle et addictive, typique de l’époque de Jane Austen. Mais je ne sais pas, peut-être parce que l’histoire est plus lente à se mettre en place (on est quand même sur un beau petit pavé de 646 pages).
    L’histoire reste très classique avec une jeune fille de condition modeste (bon ici c’est la seule à l’être, alors que dans les autres livres que j’ai lu, toute la famille l’est).
    Pourtant j’ai apprécié les personnages. Enfin j’ai surtout apprécié les détester parce qu’il faut bien avouer, ils ne sont pas très sympathiques.
    Commençons par notre héroïne Fanny Price. Fanny est la fille de la plus jeune sœur de Lady Bertram et Mme Norris. Celle-ci a fait un mariage assez désastreux en terme de finance et très productif en terme d’enfants. Mme Norris décide donc de convaincre Sir Thomas, son beau-frère, d’accueillir l’ainée des filles Price pour l’élever « convenablement ». Ainsi arrive Fanny à Mansfield Park.
    Fanny est douce, un peu craintive, très très timide mais dotée d’un sens moral irréprochable. Trop peut-être même, car, si elle n’avait pas eu la crainte de mettre certaines personnes dans l’embarras et qu’elle avait dit clairement à son oncle pourquoi elle refusait son prétendant, il aurait non seulement surement compris, mais se serait méfié de bonhomme comme de la peste.
    Alors qu’il était prévu qu’elle soit élevée comme ses cousins, elle est nettement considérée comme inférieure, notamment par sa tante Norris qui, malheureusement, à une influence considérable sur ses deux nièces Maria et Julia. Les deux cousines la méprisent donc un peu, elles ne sont pas particulièrement méchantes avec elle, mais elles la considèrent comme quantité négligeable. Mme Norris, elle, en revanche, est vraiment méchante, elle n’aime pas Fanny, même si on ne sait pas trop pourquoi. Alors que l’idée de l’accueillir vient d’elle, on dirait qu’elle est indisposée par la présence de la petite puis jeune fille.
    Tom l’ainé de la famille n’est ni gentil, ni méchant. C’est le plus âgé, il a 17 ans quand Fanny débarque, il a des fréquentation pas toujours très recommandable et il pense plus à ses plaisirs qu’à autre chose.
    Enfin parmi les cousins, il y a Edmond qui est plus intègre, plus droit dans ses bottes. Il aime beaucoup Fanny mais parfois se confie à elle sans se rendre compte que ce qu’il lui dit peut la toucher voire la peiner. Il reste quand même le personnage le plus gentil et le plus honnête avec son père Sir Thomas.
    Le problème de Sir Thomas, en dehors du fait qu’il doit partir à l’étranger pendant plusieurs mois, est qu’il est d’un abord froid et austère. Il fait plein de petites choses pour Fanny mais il la terrifie. Il est aussi très conservateur et a du mal à s’adapter aux évolutions de la société. Je me rappelle avoir été très marquée à un moment quand il dit à Fanny qu’elle l’a déçue parce « vous avez montré que vous pouvez et voulez décider par vous-même sans aucune considération ou déférence envers ceux qui ont certainement quelques droits à vous guider ». Voilà, clairement, pour lui, une femme n’a aucune décision à prendre, elle doit s’en remettre à ses parents masculins. Et pourtant, plus tard dans le livre, on voit clairement que le bonheur de ses filles dans le mariage l’emporte nettement sur le statut social de leur conjoint.
    J’ai eu du mal à cerner Lady Bertram. Elle a l’air de n’être capable de rien, même pas de penser par elle-même. Mais elle est surement la seule à pourvoir montrer de l’affection.
    Quant au frère et à la sœur de Mme Grant, la femme du pasteur, c’est un peu eux qui vont venir dérégler la machine bien huilée de Mansfield Park. Ce n’est pas qu’ils soient méchants, mais les lacunes de leur éducation se font clairement sentir tout au long du livre, surtout du point de vue de la moralité.
    J’ai un peu regretté la fin, que j’ai trouvée expédiée, même si c’est là une volonté de l’auteur qu’elle annonce en début de chapitre.
    Même si c’est le plus long et le moins rythmé des romans de Jane Austen, Cela reste un livre à lire, surtout si on aime cet auteur.

    Un extrait : Il y a de cela à peu près trente ans, Mlle Maria Ward d’Huntingdon, n’ayant pour toute fortune que sept cents livres, eut la chance de conquérir le cœur de Sir Thomas Bertram de Mansfield Park, dans le comté de Northampton. De ce fait elle fut élevée au rang de femme de baronnet avec tout le luxe et tout le confort que lui apportait une maison bien montée et digne de sa situation.

    Tout Huntingdon applaudit à ce mariage magnifique et son oncle l’avocat, l’autorisa à user de ses talents jusqu’à concurrence de trois mille livres. Ses deux sœurs devaient bénéficier de son changement de situation et leurs amis et connaissances n’avaient aucun scrupule à prédire que Mlle Ward et Mlle Frances, aussi jolies que Mlle Maria, feraient certes d’aussi beaux mariages. Mais il n’y a pas, dans le monde, autant d’hommes possédant une grosse fortune qu’il y a de jolies femmes pour les mériter.

    Six ans plus tard, Mlle Ward se crut obligée de s’éprendre du Rév. A. Norris, un ami de son beau-frère, qui n’avait pratiquement aucune fortune et Mlle Frances fit encore pire.

    L’union de Mlle Ward n’était pas à dédaigner et Sir Thomas avait heureusement les moyens de donner l’hospitalité à son ami, à Mansfield, de sorte que M. et Mme Norris commencèrent leur vie conjugale avec moins de mille livres par an.

    Mais Mlle Frances désobligea toute sa famille en s’éprenant d’un lieutenant de marine, sans éducation, sans fortune et sans avenir. Elle aurait difficilement pu s’arrêter à un choix plus malencontreux. Sir Thomas Bertram avait tout intérêt, autant par principe que par fierté, à souhaiter que tous ceux de sa famille aient une situation respectable et aurait aidé de bon cœur la sœur de Lady Bertram dans ce sens. Mais la profession du mari de celle-ci était si peu intéressante qu’avant qu’il n’ait eu le temps de trouver le moyen de les aider, une mésintelligence profonde intervint entre les deux sœurs. C’était ce qui devait naturellement arriver à la suite d’un mariage aussi désastreux. Pour éviter des reproches inutiles, Mme Price n’avait jamais écrit à sa famille à ce sujet, jusqu’à ce qu’elle fût mariée. Lady Bertram, qui était une femme de caractère froid et indolent, se serait très bien accommodée d’abandonner sa sœur et de ne plus penser à elle.

    Mais Mme Norris était moins passive et ne fut satisfaite que lorsqu’elle eut écrit une longue lettre furieuse à Fanny, où elle lui montrait l’indignité de sa conduite et l’injuriait en conséquence. À son tour, Mme Price se froissa et se fâcha. Il y eut un échange de lettres désagréables entre elles, dans lesquelles Sir Thomas ne fut pas épargné, tant et si bien qu’il en résulta une brouille qui dura un temps considérable.

    Leurs habitations étaient si éloignées et leurs cercles de relations si différents, qu’ils entendirent à peine parler les uns des autres pendant les onze années qui suivirent et que ce fut par hasard que Sir Thomas apprit par Mme Norris, qui était toujours au courant de tout, que Fanny allait avoir un autre enfant. Après ce long laps de temps, Mme Price ne put supporter plus longtemps son ressentiment vis-à-vis de quelqu’un qui aurait pu l’aider et ne l’aidait pas. Une famille s’accroissant toujours, un mari inapte au service actif, mais aimant la bonne compagnie et les liqueurs fines, et un très petit revenu pour combler tous ces désirs la décidèrent à reconquérir les amis qu’elle avait si sottement sacrifiés. Elle adressa à Lady Bertram une lettre pleine de contrition et de désespoir, parlant avec émotion de ses enfants à qui il manquait le strict nécessaire et demandant la réconciliation. Elle attendait son neuvième enfant et après avoir exposé sa situation demandait à Lady Bertram d’être la marraine en la suppliant de s’occuper des huit autres. Son aîné était un garçon de dix ans plein d’esprit et qui désirait faire son chemin dans la vie, mais comment pouvait-elle l’aider ? Ne pourrait-il être utile à quelque chose dans une des propriétés que Sir Thomas avait dans les Indes ? Tout serait bon pour lui. Que pensait Sir Thomas de Woolwich ? Ou bien ne pouvait-on l’envoyer dans l’Est…

    La lettre produisit son effet. Elle rétablit la paix et ramena la bonté. Sir Thomas envoya des conseils et des recommandations. Lady Bertram de l’argent et une layette et Mme Norris écrivit des lettres.

    Tels furent les résultats immédiats, mais durant ces douze mois Mme Price obtint un autre avantage. Mme Norris déclara souvent à ses amis et connaissances qu’elle ne pouvait laisser sa pauvre sœur dans le besoin et quoique ayant déjà fait beaucoup pour elle, elle sentait qu’elle devait faire encore davantage. Elle émit l’idée de soulager Mme Price de la charge de l’un de ses enfants.

     

  • [Livre] Northanger abbey

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    Résumé : Par sa gaucherie, ses rêveries naïves et son engouement pour les vieux châteaux, Catherine Morland semble loin des modèles de vertu.

    Mais si cette jeune Bovary délicatement british n'a rien d'une héroïne, c'est que Jane Austen s'amuse !

    Et nous emporte, d'une plume malicieuse, d'un bout à l'autre du plus moderne des romans austeniens.

     

    Auteur : Jane Austen

     

    Edition : Milady

     

    Genre : Classique étranger

     

    Date de parution : 29 Janvier 2016

     

    Prix moyen : 6€

     

    Mon avis : Dès les premières pages, Jane Austen nous prévient : Catherine Morland est une anti-héroïne. Non qu’elle soit frivole, inconstante ou mal éduquée, mais elle est désespérément ordinaire. C’est une jeune fille de la campagne, dépourvue de talent particulier tel que la couture, le dessin ou la musique, ni laide, ni d’une grande beauté, ni excessivement vertueuse, ni scandaleuse, un peu naïve, avec très peu de connaissance du monde dans lequel elle s’apprête à faire son entrée aux coté de Mme Allen, voisine et amie de ses parents qui l’emmène en séjour à Bath.
    Mais, parce que l’auteur en a décidé ainsi, ce sera une héroïne.
    Ce n’est pas mon roman préféré de Jane Austen, je lui ai préféré Raison et sentiments qui reste mon roman préféré, mais ce n’est pas pour autant que je ne l’ai pas aimé. Malgré sa normalité Catherine est une jeune femme très agréable. Sa naïveté, ou plus exactement son manque de duplicité qui la rend quasiment incapable de déceler ce genre de comportement chez autrui, la fait paraître plus faible qu’elle ne l’est en réalité.
    En revanche, chez les personnages secondaires, on se retrouve vraiment dans le bain Jane Austen : Isabelle Thorpe est manipulatrice et fausse, son frère John Thorpe est vaniteux et d’un sans gène qui m’a vraiment énervée. J’ai regretté que les convenances de l’époque empêchent Catherine de lui dire ses quatre vérités parce que j’aurais vraiment adoré qu’il s’en prenne plein la tronche cet insupportable arrogant.
    Quant au général Tilney, son comportement est déplorable. Non seulement il se conduit d’une manière indigne de son rang, mais en plus il met en danger une autre personne par orgueil !
    Même si Mme Allen manque singulièrement d’intelligence, du moins est-elle sincère dans ses affections et digne d’être l’amie des Morland.
    De même Henry et Eléonore Tilney, les enfants du général, malgré la grossièreté de leur père, sont-ils parfaitement sympathique et honnête. Catherine a de la chance d’avoir Eléonore pour amie (et inversement).

    Comme toujours chez Jane Austen, tout est bien qui fini bien, mais j’aurais aimé que les Thorpe et le général Tilney récoltent ce qu’ils avaient semé.

    Un extrait : Au moment où Catherine Morland va être jetée dans les difficultés et les dangers d’un séjour de six semaines à Bath, et pour le cas où les pages suivantes ne parviendraient pas à documenter suffisamment le lecteur, ajoutons quelques mots à ce qui a déjà été dit sur elle : Son cœur était affectueux ; son caractère, gai et ouvert, sans vanité ni affectation. Ses manières perdaient leur gaucherie effarouchée. Sa personne était avenante et, dans ses bons jours, jolie ; son intelligence à peu près aussi inculte que l’est ordinairement l’intelligence d’une fille de dix-sept ans.

    On pourrait supposer que, l’heure du départ approchant, l’anxiété maternelle de Mme Morland fut très cruelle ; mille pressentiments des maux qui pouvaient résulter pour sa chère Catherine de cette terrible séparation devaient accabler son cœur et la « jeter dans les larmes », le dernier ou les deux derniers jours de leur vie en commun ; et les avis les plus topiques devaient naturellement fluer de ses lèvres sages dans leur entretien d’adieu, en son cabinet. Des instructions en vue de déjouer la violence de tels nobles et baronnets, qui se plaisent à enlever de vive force les jeunes femmes et les conduisent en quelque ferme isolée, devaient, en un tel moment, soulager le trop plein de son cœur. Qui ne le penserait ? Mais Mme Morland savait si peu de chose des lords et baronnets qu’elle ne dit pas un mot de leur coutumière malfaisance et ne se méfia pas du danger que leurs machinations pouvaient faire courir à sa fille. Ses avis se restreignirent aux points suivants : « Je vous prie, Catherine, de vous envelopper toujours bien chaudement le cou, pour rentrer le soir ; et je désire que vous teniez à jour le compte de l’argent que vous dépenserez ; voici un petit livre à cet effet. »

    Sally, ou plutôt Sarah (comment une jeune fille de grandes manières atteindrait-elle seize ans sans donner à son nom de tous les jours une forme plus romantique ?) doit, de par la force des choses, être en l’occurrence l’amie intime et la confidente de sa sœur. Cependant (est-ce assez remarquable !) elle ne contraignit pas Catherine à faire telles promesses solennelles : écrire par chaque poste, fournir des renseignements sur tout le monde, relater en détail les conversations entendues à Bath.

    Vraiment toute chose relative à cet important voyage fut traitée par les Morland avec une modération et un calme mieux d’accord avec les usages de la vie courante qu’avec cette sensibilité affinée que devrait mettre en éveil la première séparation d’une héroïne et de sa famille. Son père, au lieu de lui ouvrir un compte illimité chez son banquier ou même de lui mettre dans la main une centaine de livres en bank-notes, lui donna seulement dix guinées et lui promit de lui envoyer d’autre argent quand elle en aurait besoin.

    Sous ces modestes auspices, le voyage commença. Il fut dénué d’événements. Ni voleurs ni tempêtes n’intervinrent, ni d’accident de voiture propice à la présentation d’un héros. Rien de plus alarmant ne se produisit, qu’une crainte, – savoir : si madame Allen n’avait pas oublié ses socques dans une auberge ; et heureusement cette crainte était sans fondement.

     

  • [Livre] Orgueil et préjugés

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    Résumé : Élisabeth Bennet a quatre sœurs et une mère qui ne songe qu'à les marier. Quand parvient la nouvelle de l'installation à Netherfield, le domaine voisin, de Mr Bingley, célibataire et beau parti, toutes les dames des alentours sont en émoi, d'autant plus qu'il est accompagné de son ami Mr Darcy, un jeune et riche aristocrate. Les préparatifs du prochain bal occupent tous les esprits...
    Jane Austen peint avec ce qu'il faut d'ironie les turbulences du cœur des jeunes filles et, aujourd'hui comme hier, on s'indigne avec l'orgueilleuse Élisabeth, puis on ouvre les yeux sur les voies détournées qu'emprunte l'amour...

     

    Auteur : Jane Austen

     

    Edition : Milady

     

    Genre : Classique étranger

     

    Date de parution :

     

    Prix moyen : 5€

     

    Mon avis : Enfin, après avoir lu et adoré Raison et sentiments, vu orgueil et préjugés en mini-série de 6 épisodes avec les excellents Colin Firth et Jennifer Ehle, lu de multiples réécriture de ses œuvres, j’ai enfin trouvé le temps de m’attaquer à Orgueil et préjugés !
    Rien à dire sur l’écriture, je retrouve tout ce que j’avais aimé dans Raison et Sentiments : une héroïne sympathique et raisonnable, une famille qui l’est moins, un style addictif…
    Elisabeth et Jane sont vraiment les deux seules Bennet qu’on puisse sauver dans cette famille de fou, quoique Elisabeth ait tendance à porter des jugements à l’emporte-pièce et Jane, au contraire, à se montrer trop bienveillante : leurs deux plus jeunes sœurs sont à l’image de leur mère : stupide, égoïste et mal élevée, avec un sens des convenances frisant le zéro absolu. Leur père, quoique plus intelligent, semble avoir pour habitude de dire ce qu’il pense sans se soucier de qui peut l’entendre et de ce que cela peut avoir comme effet négatif sur sa propre réputation et celle de ses filles, et surtout de ses filles aînées. Quant à l’enfant du milieu : Mary, elle se sert de la culture comme un moyen d’être au centre de l’attention sans aucune capacité de parler à bon escient ou de savoir s’arrêter, surtout quand elle joue de la musique.
    On passera sur le cousin éloigné, Mr Collins, qui est ridicule avec ses manières et ses certitudes qui cachent une âme de cloporte.

    Devant le portrait de cette famille, peut-on vraiment blâmer Mr Darcy d’avoir eu des réserves et même de sacrés inquiétudes à l’idée de voir son ami se lier de manière définitive avec eux ?
    S’il a un tort (et il en a) c’est de ne pas être assez franc avec son ami, de le manipuler, et de trop l’être avec Elisabeth, l’humiliant volontairement au nom de la franchise.

    Je reproche également à Mr Bingley de ne pas être capable de prendre la moindre décision sans l’approbation de Darcy et les applaudissements de ses sœurs, lesquelles sont hautaines et prétentieuses.

    Même si on peut facilement deviner comment les choses vont se terminer, le plus intéressant est de voir le cheminement jusqu’à cette fin.

    Il est difficile de ne pas raconter tout le roman tant on a l’impression que tout le monde le connaît. Avant même de le lire, de lire une de ses réécriture ou de voir la série, je savais déjà ce qui se passait et comment ça se terminait (un peu comme autant en emporte le vent).

    Du coup, je vais arrêter là en disant que c’est un super roman et que, même si vous croyez le connaître, si vous ne l’avez jamais lu, foncez !


    Un extrait : C’est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier, et, si peu que l’on sache de son sentiment à cet égard, lorsqu’il arrive dans une nouvelle résidence, cette idée est si bien fixée dans l’esprit de ses voisins qu’ils le considèrent sur-le-champ comme la propriété légitime de l’une ou l’autre de leurs filles.

    – Savez-vous, mon cher ami, dit un jour Mrs. Bennet à son mari, que Netherfield Park est enfin loué ?

    Mr. Bennet répondit qu’il l’ignorait.

    – Eh bien, c’est chose faite. Je le tiens de Mrs. Long qui sort d’ici.

    Mr. Bennet garda le silence.

    – Vous n’avez donc pas envie de savoir qui s’y installe ! s’écria sa femme impatientée.

    – Vous brûlez de me le dire et je ne vois aucun inconvénient à l’apprendre.

    Mrs. Bennet n’en demandait pas davantage.

    – Eh bien, mon ami, à ce que dit Mrs. Long, le nouveau locataire de Netherfield serait un jeune homme très riche du nord de l’Angleterre. Il est venu lundi dernier en chaise de poste pour visiter la propriété et l’a trouvée tellement à son goût qu’il s’est immédiatement entendu avec Mr. Morris. Il doit s’y installer avant la Saint-Michel et plusieurs domestiques arrivent dès la fin de la semaine prochaine afin de mettre la maison en état.

    – Comment s’appelle-t-il ?

    – Bingley.

    – Marié ou célibataire ?

    – Oh ! mon ami, célibataire ! célibataire et très riche ! Quatre ou cinq mille livres de rente ! Quelle chance pour nos filles !

    – Nos filles ? En quoi cela les touche-t-il ?

    – Que vous êtes donc agaçant, mon ami ! Je pense, vous le devinez bien, qu’il pourrait être un parti pour l’une d’elles.

    – Est-ce dans cette intention qu’il vient s’installer ici ?

    – Dans cette intention ! Quelle plaisanterie ! Comment pouvez-vous parler ainsi ?… Tout de même, il n’y aurait rien d’invraisemblable à ce qu’il s’éprenne de l’une d’elles. C’est pourquoi vous ferez bien d’aller lui rendre visite dès son arrivée.

    – Je n’en vois pas l’utilité. Vous pouvez y aller vous-même avec vos filles, ou vous pouvez les envoyer seules, ce qui serait peut-être encore préférable, car vous êtes si bien conservée que Mr. Bingley pourrait se tromper et égarer sur vous sa préférence.

    – Vous me flattez, mon cher. J’ai certainement eu ma part de beauté jadis, mais aujourd’hui j’ai abdiqué toute prétention. Lorsqu’une femme a cinq filles en âge de se marier elle doit cesser de songer à ses propres charmes.

    – D’autant que, dans ce cas, il est rare qu’il lui en reste beaucoup.

    – Enfin, mon ami, il faut absolument que vous alliez voir Mr. Bingley dès qu’il sera notre voisin.

    – Je ne m’y engage nullement.

    – Mais pensez un peu à vos enfants, à ce que serait pour l’une d’elles un tel établissement ! Sir William et lady Lucas ont résolu d’y aller uniquement pour cette raison, car vous savez que, d’ordinaire, ils ne font jamais visite aux nouveaux venus. Je vous le répète. Il est indispensable que vous alliez à Netherfield, sans quoi nous ne pourrions y aller nous-mêmes.

    – Vous avez vraiment trop de scrupules, ma chère. Je suis persuadé que Mr. Bingley serait enchanté de vous voir, et je pourrais vous confier quelques lignes pour l’assurer de mon chaleureux consentement à son mariage avec celle de mes filles qu’il voudra bien choisir. Je crois, toutefois, que je mettrai un mot en faveur de ma petite Lizzy.

    – Quelle idée ! Lizzy n’a rien de plus que les autres ; elle est beaucoup moins jolie que Jane et n’a pas la vivacité de Lydia.

    – Certes, elles n’ont pas grand’chose pour les recommander les unes ni les autres, elles sont sottes et ignorantes comme toutes les jeunes filles. Lizzy, pourtant, a un peu plus d’esprit que ses sœurs.

     

  • [Livre] Jane Eyre

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    Résumé : Orpheline, Jane Eyre est recueilli à contrecœur par une tante qui la traite durement. Placée dans un orphelinat, elle y reste jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Elle devient alors institutrice dans une famille et tombe passionnément amoureuse du père de son élève. Un amour partagé, auquel elle résistera d'abord. Mais son sentiment, plus fort que tout, aura raison de ses incertitudes.

     

    Auteur : Charlotte Brontë

     

    Edition : Livre de Poche

     

    Genre : Classique étranger

     

    Date de parution : 16 octobre 1847 (1ère publication)

     

    Prix moyen : 4€

     

    Mon avis : Il y a quelques années, j’ai vu l’adaptation cinéma de ce livre et j’avais beaucoup aimé. Comme je me doutais que le livre était plus riche que le film, j’ai décidé de le lire.
    J’ai laissé passer suffisamment de temps entre le visionnage du film et ma lecture, pour ne pas être tentée de faire de multiples comparaisons entre les deux.
    J’aime beaucoup le style d’écriture, qui est simple sans envolées lyriques.

    Pour décrire Lowood, l’école de charité où est envoyé Jane, Charlotte Brontë s’est inspirée de l’école de Cowan Bridge où elle fut envoyée avec ses sœurs. Cette école, malgré son excellente réputation, n’était pas chauffée, la nourriture était insuffisante et préparée sans hygiène, le directeur, un pasteur tyrannique et une des institutrices, Miss Andrews faisait preuve d’une grande cruauté. Ces personnes vont trouver leur pendant dans Jane Eyre sous les traits de M. Brocklehurst et de Miss Scatcherd. C’est lors de leur séjour dans cette école que les sœurs aînées de Charlotte contractent la tuberculose et décèdent à peine retirées de l’établissement. Cet évènement, qui a énormément marqué Charlotte (d’autant que la tuberculose va emporter presque tous les membres de la famille), est reporté dans Jane Eyre à travers l’histoire d’Helen Burns, l’amie de la jeune orpheline.
    Tout comme sa sœur Anne, Charlotte s’est grandement inspirée de sa propre vie pour créer Jane, son personnage principal. Comme Jane, Charlotte a été enseignante dans son ancienne école, puis institutrice dans une famille. Son physique lui-même semble correspondre à la description qui est faite de Jane.
    Au niveau des personnages, j’aime beaucoup Jane, qui est très lucide sur ses défauts même si elle se montre parfois sévère envers elle-même.
    Rochester est plus dur à cerner, mais plus on avance dans le livre, plus on comprend son attitude.
    En revanche, Saint-John m’a énervée. En tant que pasteur, je trouve qu’il méprise trop les tâches humbles : il rêve de grandes actions et de gloire, ce qui, à mon sens, en fait un mauvais ministre. Son attitude vis-à-vis de Jane est pénible : il agit comme si elle devait lui obéir en tout alors que c’est lui qui lui est redevable, ce qu’il semble facilement oublier. J’aurais aimé que Jane soit moins réservée et lui dise ses quatre vérités, mais ce n’était pas vraiment les manières de l’époque.
    Je ne me rappelle pas qu’il ait été si insupportable dans le film !
    Je me souvenais de la fin, mais elle est bien plus développée dans le livre et donne bien plus de détails. J’ai beaucoup apprécié que Jane, à la fin du roman, nous donne des nouvelles de ce que sont devenus les personnages dont elle était le plus proche.
    Il me restera à lire les hauts de Hurlevent et j’aurais ainsi lu les œuvres principales de toutes les sœurs Brontë !

    Un extrait : Depuis ma conversation avec M. Loyd et la conférence que je viens de rapporter entre Bessie et Mlle Abbot, j'espérais un prochain changement dans ma position ; aussi combien étais-je impatiente d'une prompte guérison ! Je désirais et j'attendais en silence ; mais tout demeurait dans le même état. Les jours et les semaines s'écoulaient ; j'avais recouvré ma santé habituelle ; cependant, il n'était plus question du sujet qui m'intéressait tant. Mme Reed arrêtait quelquefois sur moi son regard sévère ; mais elle m'adressait rarement la parole.

    Depuis ma maladie, la ligne de séparation qui s'était faite entre ses enfants et moi devenait encore plus profonde. Je dormais à part dans un petit cabinet ; je prenais mes repas seule ; je passais tout mon temps dans la chambre des enfants, tandis que mes cousins se tenaient constamment dans le salon. Ma tante ne parlait jamais de m'envoyer en pension, et pourtant je sentais instinctivement qu'elle ne me souffrirait plus longtemps sous le même toit qu'elle ; car alors, plus que jamais, chaque fois que son regard tombait sur moi, il exprimait une aversion profondément enracinée.

    Éliza et Georgiana, obéissant évidemment aux ordres qui leur avaient été donnés, me parlaient aussi peu que possible. John me faisait des grimaces toutes les fois qu'il me rencontrait. Un jour, il essaya de me battre ; mais je me retournai contre lui, poussée par ce même sentiment de colère profonde et de révolte désespérée qui une fois déjà s'était emparé de moi. Il crut prudent de renoncer à ses projets. Il s'éloigna de moi en me menaçant, et en criant que je lui avais cassé le nez. J'avais en effet frappé cette partie proéminente de son visage, avec toute la force de mon poing ; quand je le vis dompté, soit par le coup, soit par mon regard, je me sentis toute disposée à profiter de mes avantages ; mais il avait déjà rejoint sa mère, et je l'entendis raconter, d'un ton pleureur, que cette méchante Jane s'était précipitée sur lui comme une chatte furieuse.

    Sa mère l'interrompit brusquement.

    «Ne me parlez plus de cette enfant, John, lui dit-elle ; je vous ai défendu de l'approcher ; elle ne mérite pas qu'on prenne garde à ses actes ; je ne désire voir ni vous ni vos sœurs jouer avec elle.»

    J'étais appuyée sur la rampe de l'escalier, tout près de là. Je m'écriai subitement et sans penser à ce que je disais :

    «C'est-à-dire qu'ils ne sont pas dignes de jouer avec moi.»

    Mme Reed était une vigoureuse femme. En entendant cette étrange et audacieuse déclaration, elle monta rapidement l'escalier ; plus prompte qu'un vent impétueux, elle m'entraîna dans la chambre des enfants et me poussa près de mon lit, en me défendant de quitter cette place et de prononcer une seule parole pendant le reste du jour.

    «Que dirait mon oncle Reed, s'il était là ?» demandai-je presque involontairement.

    Je dis presque involontairement ; car ces paroles, ma langue les prononçait sans que pour ainsi dire mon esprit y eût consenti. Il y avait en moi une puissance qui parlait avant que je pusse m'y opposer.

    «Comment ! s'écria Mme Reed, respirant à peine. Ses yeux gris, ordinairement froids et immobiles, se troublèrent et prirent une expression de terreur ; elle lâcha mon bras, semblant douter si j'étais une enfant ou un esprit.

    J'avais commencé, je ne pouvais plus m'arrêter.

    «Mon onde Reed est dans le ciel, continuai-je ; il voit ce que vous faites et ce que vous pensez, et mon père et ma mère aussi ; ils savent que vous m'enfermez tout le jour, et que vous souhaitez ma mort.»

    Mme Reed se fut bientôt remise ; elle me secoua violemment, et, après m'avoir donné un soufflet, elle partit sans ajouter un seul mot.

    Bessie y suppléa par un sermon d'une heure ; elle me prouva clairement que j'étais l'enfant la plus méchante et la plus abandonnée qui eût habité sous un toit. J'étais tentée de le croire, car je ne sentais que de mauvaises inspirations s'élever dans mon cœur.

     

  • [Livre] Raison et sentiments

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    Résumé : Injustement privées de leur héritage, Elinor et Marianne Dashwood sont contraintes de quitter le Sussex pour le Devonshire, où elles sont rapidement acceptées par la bourgeoisie locale étriquée et à l'hypocrisie feutrée. L'aînée, Elinor, a dû renoncer à un amour qui semblait partagé, tandis que Marianne s'éprend bien vite du séduisant Willoughby. Si Elinor, qui représente la raison, dissimule ses peines de cœur, sa cadette étale son bonheur au grand jour, incapable de masquer ses sentiments. Jusqu'au jour où Willoughby disparaît...

    Auteur : Jane Austen. Appartenant à la gentry anglaise, Jane Austen n’a pas signé ce roman lorsqu’il est paru, se contentant de noter : signé par une dame. En effet sa position sociale lui interdisait de signer un roman destiné à la vente. Tous ses romans ont été publiés dans les dernières années de sa vie, de 1811 à 1816. Deux, écrits probablement au début des années 1800, ont été publiés à titre posthume. Née en 1775, elle décède en 1817 d’une maladie qui n’a pas été clairement établie.

    Edition : Archipoche

    Genre : Romance/ Classique étranger

    Date de parution : Par cette édition : 22 Novembre 2006 ; sinon le roman a été publié pour la première fois en 1811.

    Prix moyen : 7€

    Mon avis : J’ai lu ce roman dans le cadre d’un challenge sur le forum clubdelecture et je l’ai, du coup, ouvert un peu à contrecœur. Je voulais remplir le challenge mais je n’avais pas plus envie que ça de lire un roman classique. Même s’il s’agissait d’une romance. Même d’un auteur anglais. Et puis j’ai lu les premières pages et je n’ai plus pu le lâcher jusqu’à la fin. Dès le début du roman on sent bien qu’Elinor est la raisonnable de la famille, celle qui a la tête sur les épaules. Ses sœurs et sa mère vivent dans leur monde, un monde ou leurs désirs doivent devenir réalités, où parce qu’un jeune homme fait un regard un peu tendre à une jeune fille, cela veut dire qu’il va forcément l’épouser et où rien, absolument rien, ne prend le pas sur l’amour. Je me  suis plus retrouvée en Elinor qui a plus les pieds sur terre, (elle sait bien que l’honneur, la position sociale, l’argent, entrent toujours en ligne de compte) qu’en Marianne qui est trop « comédienne » à mon goût. Cela ne l’empêche pas d’aimer et de souffrir des évènements qui se produisent, contrairement à ce que semblent penser sa mère et sa sœur, mais elle ne se livre pas à de grands cris de désespoir, sa souffrance est plus digne, elle sait montrer une certaine réserve. Ça a vraiment été mon personnage préféré. J’ai trouvée Mme Jennings trop indiscrète et à la limite de la bienséance avec sa façon de colporter des rumeurs sur les mariages qui sont, selon elle, censés se produire. Marianne m’a paru d’un égoïsme sans nom. Willoughby est un sale type, Fanny une vrai garce et leur frère un faible incapable de s’affirmer même dans son égoïsme et sa cupidité. Finalement, je dois avouer qu’en dehors d’Elinor, du colonel Benton et d’Edward Ferrars (qui n’a comme défaut que sa mère et sa sœur), les autres personnages m’ont assez énervée : les uns avec leur avarice, les autres avec leur manière de se mêler de ce qui ne les regarde pas et tous pour faire des montagnes de taupinières.
    Je suppose que cette caricature des personnages secondaires était faite pour cela : faire ressortir les qualités d’Elinor, Ferrars et du colonel Benton et montrer le changement qui s’opère en Marianne quand elle devient plus femme et moins adolescente.
    J’ai aimé la fin, parfaite pour une romantique comme moi et j’ai vraiment apprécié l’adaptation cinématographique d’Ang Lee avec  Emma Thompson et Kate Winslet dans les rôles des sœurs Dashwood mais bien entendu, le livre est bien meilleur.

    Un extrait :Les funérailles ne furent pas plus tôt achevées que Mme John Dashwood, sans en avertir sa belle-mère, arriva à Norland Park avec son fils et tous leurs domestiques. Personne ne pouvait lui disputer le droit d’y venir ; puisque, au moment du décès de leur père, cette terre leur appartenait ; mais le peu de délicatesse de ce procédé aurait été senti même par une femme ordinaire, et Mme Dashwood mère, avec un sens parfait des convenances, ne pouvait qu’en être très blessée. Mme John Dashwood n’avait jamais cherché à se faire aimer de la famille de son mari ; mais jusqu’alors, ne vivant point avec eux, elle n’avait pas eu l’occasion de leur prouver combien peu elle se souciait des réactions d’autrui.

    Mme Dashwood fut si aigrie de cette conduite, et désirait si vivement le faire sentir à sa belle-fille, qu’à l’arrivée de cette dernière elle aurait quitté pour toujours la maison si sa fille aînée ne lui avait fait observer qu’il ne fallait pas se brouiller avec leur frère. Elle céda à ses prières, à ses représentations, et, pour l’amour de ses trois filles, consentit à rester pour le moment à Norland Park.

    Elinor, son aînée, dont les avis étaient presque toujours suivis, possédait une force d’esprit, une raison éclairée, un jugement prompt et sûr, qui la rendaient très capable d’être, à dix-neuf ans seulement, le conseil de sa mère, et lui assuraient le droit de contredire quelquefois, pour leur avantage à toutes, une vivacité d’esprit et d’imagination, qui, chez Mme Dashwood, aurait souvent conduit à l’imprudence ; mais Elinor n’abusait pas de cet empire. Elle avait un cœur excellent ; elle était douce, affectionnée ; ses sentiments étaient très vifs ; mais elle savait les gouverner ; c’est une science bien utile aux femmes, que sa mère n’avait jamais apprise, et qu’une de ses sœurs, celle qui la suivait immédiatement, avait résolu de ne jamais pratiquer.

    Pour l’intelligence, l’esprit et les talents, Marianne était sur de nombreux points l’égale d’Elinor ; mais sa sensibilité toujours en mouvement n’était jamais réprimée par la raison. Elle s’abandonnait sans mesure, sans retenue à toutes ses impressions ; ses chagrins, ses joies étaient toujours extrêmes ; elle était d’ailleurs aimable, généreuse, intéressante sous tous les rapports, et même par la chaleur de son cœur. Elle avait toutes les vertus, excepté la prudence. Sa ressemblance avec sa mère était frappante ; aussi était-elle sa favorite.

    Elinor voyait avec peine l’excès de la sensibilité de sa sœur, tandis que leur mère en était enchantée, et l’excitait au lieu de la réprimer. Elles s’encourageaient l’une l’autre dans leur affliction, la renouvelaient volontairement et sans cesse par toutes les réflexions qui pouvaient l’augmenter, et n’admettaient aucune espèce de consolation, pas même dans l’avenir. Elinor était tout aussi profondément affligée, mais elle s’efforçait de surmonter sa douleur, et d’être utile à tout ce qui l’entourait. Elle prit sur elle de mettre chaque chose en règle avec son frère pour recevoir sa belle-sœur à son arrivée, et l’aider dans son établissement. Par cette sage conduite, elle parvint à relever un peu l’esprit abattu de sa mère, et à lui donner au moins le désir de l’imiter.

    Sa sœur cadette, la jeune Margaret, n’était encore qu’une enfant ; mais, à treize ans, elle ne promettait guère de devenir plus tard l’égale de ses aînées.