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[Livre] La sirène

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Résumé : Une fille au lourd secret.

Le garçon de ses rêves.

Un océan les sépare.

 

Kahlen est une Sirène, vouée à servir son maître l'Océan en poussant les humains à la noyade. Son arme ? Une voix fatale pour qui a le malheur de l'entendre... et qui l'oblige à se faire passer pour muette lorsqu'elle séjourne sur la terre ferme.

Akinli, lui, est un séduisant jeune homme, qui incarne tout ce dont Kahlen a toujours rêvé.

Alors que leur amour naissant leur fait courir un grave danger, Kahlen est-elle prête à tout risquer pour Akinli ?

 

Auteur : Kiera Cass

 

Edition : Robert Laffont

 

Genre : Young Adult

 

Date de parution : 22 septembre 2016

 

Prix moyen : 17,90€

 

Mon avis : Même s’il n’est publié que cette année, « La sirène » a été écrit avant la sélection. Comme quoi quand une série marche bien, les manuscrits qui n’intéressaient pas les éditeurs deviennent subitement dignes d’intérêt. Et heureusement pour nous parce que ça aurait été dommage de passer à côté de cette histoire.
Une grande place est laissé à l’imagination car, bien que l’auteur nous donne les grandes lignes du monde des sirènes, de leurs obligations etc… elle ne nous indique que le minimum et à dose homéopathique. Ainsi, à plus de la moitié du livre, on apprend encore un détail sur les obligations et devoirs des sirènes ainsi que sur ce qui compose leur vie.
Il y a des tas de choses qu’on ignore, comme où les sirènes trouvent l’argent pour se loger, leurs achats etc...
La romance entre Kahlen et Akinli est présente mais assez peu au final, car si on regarde bien ils ne passent que très peu de temps ensemble, mais cela renforce le côté « âme sœur ».
Les personnages ne sont pas très fouillés et leur psychologie est tout juste abordée. J’aurais aimé en savoir plus sur eux, qu’ils aient plus de consistances. Le côté : on oublie tout de notre vie d’avant, m’a semblé être un raccourci pour ne pas avoir à créer un vrai passé aux sirènes.
Kahlen n’est pas une héroïne pleine d’entrain et déterminée, elle serait plutôt effacée et dépressive, sa condition de sirène comportant une clause qu’elle n’arrive pas à supporter, même après 80 ans de services.
L’Océan est encore plus difficile à cerner que les autres : tout à tour aimante et colérique, elle tient en piètre estime les humains et se montre exagérément possessive envers ses « esclaves ». Mais d’un autre côté, elle a un lourd fardeau à porter : la sauvegarde du monde. Elle n’a de vraies interactions qu’avec ses sirènes qui, pour la plupart, la considère comme leur maitresse et non comme une mère ou une amie. Sa compréhension de l’amour est donc très limitée, même si elle parle de son amour pour ses « filles » à tout bout de champ.

J’ai trouvé dommage que le résumé laisse penser qu’il y avait une grande romance et qu’on allait parler que de ça dans le roman alors que cette dernière n’est qu’un fil conducteur permettant de mettre en avant les bouleversements que connait cette petite « fratrie ».
Malgré ses quelques défauts, j’ai beaucoup apprécié ce roman qui se lit très vite.

Un extrait : Pourquoi ? » veut-elle savoir, le visage bouffi par l’eau de mer.

Je lève les mains pour lui faire comprendre que je représente un danger pour elle, qu’elle ne doit pas s’approcher. Mais elle n’a pas peur de moi. Elle veut se venger. À n’importe quel prix.

« Pourquoi ? » répète-t-elle. Des algues enroulées autour de sa jambe traînent derrière elle.

La phrase franchit mes lèvres avant que je me souvienne que ma voix est un instrument de mort. « Je ne pouvais pas agir autrement. »

Surprise : elle avance toujours à pas résolus. La fin est proche. Je vais payer pour toutes les horreurs que j’ai commises.

« J’avais trois enfants.

— Je n’en savais rien ! Je vous le jure, je n’en savais rien du tout ! »

Elle s’arrête enfin, son visage à quelques centimètres du mien. Je m’attends à recevoir une grêle de coups, ou à être étranglée – le châtiment que je mérite. Mais la femme – la noyée – reste plantée là, immobile, la tête inclinée comme pour me jauger, les yeux exorbités, le teint couleur de plomb.

Alors elle se rue sur moi.

Je me réveille en agitant les bras.

Un cauchemar. J’ai fait un cauchemar. Je pose une main sur ma poitrine, afin de contenir mon cœur qui galope, et mes doigts entrent en contact avec le carnet. Je le prends et j’étudie les pages sur lesquelles sont collées des coupures de journaux. Cela m’apprendra à travailler dessus avant d’aller me coucher.

Je me suis endormie après avoir apporté la dernière touche à la page consacrée à Kerry Straus. L’une des personnes qui ont trouvé la mort lors du naufrage le plus récent. Plus que deux passagers et j’aurai récolté des informations sur chacun. L’Arcatia sera peut-être le premier paquebot dont j’aurai identifié toutes les victimes.

Je m’attarde un instant sur le regard pétillant de malice de Kerry telle qu’on la voit sur une photo empruntée au site Internet qui honore sa mémoire. On sent que c’est un travail d’amateur sûrement dû à un mari éploré qui, entre trois enfants privés de mère qui ne peuvent pas se nourrir éternellement de spaghettis et le train-train abrutissant du travail, a déjà fort à faire. Kerry semblait porter en elle une promesse, un idéal qui irradie d’elle sur le cliché.

Ce qu’elle avait en elle, je l’ai donné en pâture à l’Océan.

« Au moins, toi, tu avais une famille, dis-je à la photo. Ta mort n’est pas passée inaperçue. »

Si seulement je pouvais lui expliquer qu’une vie tronquée vaut mieux qu’une vie qui traîne en longueur. Je referme le carnet de l’Arcatia et je le range dans la malle avec les autres – un carnet par naufrage. Les gens capables de comprendre ce qui se passe dans ma tête se comptent sur les doigts d’une main, et je me sens parfois bien seule.

Je me rends ensuite au salon, où Elizabeth et Miaka sont en pleine conversation. Elles parlent trop fort à mon goût.

« Kahlen ! Miaka vient d’avoir une nouvelle idée pour son avenir », s’exclame Elizabeth.

Discrètement, je vais vérifier que les fenêtres sont bien fermées. Elles savent qu’il faut éviter à tout prix d’être entendues mais elles ne sont pas aussi prudentes que moi.

Je vais m’asseoir dans un coin de la pièce. Mince comme un roseau, les cheveux noir de jais, Miaka est la joie personnifiée. Elle a gagné mon affection dès notre première rencontre.

« Raconte-moi.

— Je me suis dit que je pouvais acheter une galerie d’art, annonce-t-elle avec un grand sourire.

— Vraiment ? Tu vendrais des tableaux au lieu de peindre, alors ?

— À mon avis, jamais tu n’abandonneras tes pinceaux, intervient Elizabeth.

— Tu as trop de talent, Miaka.

— Diriger quelque chose, ça doit être amusant, vous ne trouvez pas ?

— Si. Avoir son affaire à soi, c’est un concept terriblement séduisant.

— Exactement ce que je me dis ! s’exclame Miaka en pianotant sur son téléphone. Être responsable, indépendante. C’est ce qui nous manque dans notre vie, alors l’idée, ce serait d’en profiter plus tard. »

Je m’apprête à contredire Miaka – nous avons énormément de responsabilités, au contraire de ce qu’elle semble penser –, mais Elizabeth me prend de vitesse.

« J’ai eu une nouvelle idée, moi aussi ! J’en suis arrivée à la conclusion que j’aime vraiment chanter. Je crois que j’aimerais utiliser ma voix d’une façon différente.

— Tu ferais merveille comme chanteuse dans un groupe.

— C’est justement la carrière à laquelle je pensais ! » piaille Elizabeth.

J’observe mes camarades, fascinée par le fait que trois personnes aussi opposées que nous, nées à des époques et dans des milieux différents, s’entendent aussi bien. Même Aisling, lorsqu’elle décide de s’arracher à la solitude qu’elle s’impose à elle-même et de séjourner quelque temps avec nous, trouve naturellement sa place, comme la pièce manquante d’un puzzle.

« Et toi, Kahlen ?

— Pardon ?

— Il y a des rêves que tu voudrais réaliser ? »

Nous avons joué à ce jeu des centaines de fois, c’est un moyen de garder le moral. J’avais envisagé de devenir médecin, afin de me faire pardonner toutes les vies que j’ai fauchées. Danseuse, en vue d’exploiter tout le potentiel de mon corps. Écrivain, pour m’exprimer autrement que par ma voix. Astronaute, pour mettre la plus grande distance possible entre l’Océan et moi. J’avais épuisé à peu près toutes les possibilités.

Mais, en toute franchise, je sais que je n’ai qu’un rêve dans ma vie et rien que d’y songer me fait souffrir.

Je scrute le livre d’histoire posé près de mon fauteuil préféré – le livre que j’avais eu l’intention de rapporter dans ma chambre hier soir et dans lequel j’ai caché un magazine consacré au mariage – et j’accompagne mon sourire d’un haussement d’épaules.

« Oh, rien de nouveau à signaler. »

 

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